Election à la présidence de l’UMP: Copé va-t-il reprendre le dessus sur Fillon ?

Comme Ségolène Royal, ce blog n’est pas mort, mais il est un fait qu’il est quelque peu en retrait ;). C’est ce que j’avais annoncé, me rendant toutefois face à l’amicale pression (moyennement) générale pour continuer jusqu’aux législatives (bonne idée, les cartes nous ont permis de nous amuser et de nous « griser » pour quelques semaines) et, désormais, jusqu’à la présidence de l’UMP, mais en ne postant qu’épisodiquement, en fonction de l’actualité sondagière. Celle-ci est malheureusement peu intense à propos de l’UMP…

Dans mon article précédent, j’avais indiqué que l’après-législatives n’apparaissait pas spécialement favorable à Fillon, même si, en réalité, il conservait beaucoup de raisons d’espérer. Malgré les sondages, le consensus majoritaire semble plutôt être à un retour en force de Copé, fondé sur la mobilisation de la base. Fillon va-t-il se faire doubler ?

1. Le sondage CSA pour les Echos, réalisé les 26 et 27 juin (échantillon de 1005), montrait que son image auprès des électeurs de droite s’effritait, même si elle restait largement positive (respectivement image positive/négative/ne sait pas):
Fillon 84 / 14 / 2 (-10)
Juppé 80 / 16 / 4 (-5)
Bertrand 69 / 23 / 8 (=)
Copé 68 / 27 /5 (-1)
NKM 61 / 31 / 8 (-1)

Par ailleurs, des candidatures ou, plus largement, des possibilités de candidatures émergent en grand nombre à mesure que l’été avance:
– Dominique Dord est officiellement candidat, même si cela a reçu peu d’échos;
– Le Maire, Baroin, Bertrand, NKM, Dati, Estrosi n’excluent rien, comme l’on dit en pareille circonstance, même s’ils se cachent tous derrière la nécessité que leurs idées « soient reprises » d’ici la fin août ou le début septembre.

Nous l’avions déjà souligné, le phénomène tient largement à la volonté de se placer auprès des 2 (ou 3, du temps où Juppé avait encore une chance) poids lourds. Mais Pécresse, suivie -probablement plus tôt qu’il ne le pensait- par Wauquiez, a un peu brisé l’intérêt de cette technique. Au contraire, elle a relativement bien joué, en pouvant, plus tard, faire valoir son antériorité dans le ralliement (comme Fillon l’avait fait dès 2005 à l’égard de Sarkozy, après son « renvoi » par Chirac et Villepin); évidemment, si Fillon perd, comme elle n’a pas de base propre (contrairement à Wauquiez ou Bertrand), elle sera grande perdante…

L’autre facteur contraignant, c’est le caractère restreint du ticket que chaque candidat à la présidence devra composer: seulement un vice-président et un SG à ses côtés, cela réduit fortement le champ des possibles, surtout s’il faut envisager d’intégrer un ancien UDF (je ne parle même pas de la volonté de voir apparaître à la fois du centriste, du libéral et du radical…), espérer ne mécontenter personne dans les différentes tendances de l’ex-RPR, tenter d’équilibrer géographiquement ou parvenir à représenter les différentes générations. Ce ticket réduit n’offre pas assez de perspectives et crée au contraire beaucoup de mécontents: une vraie difficulté à gérer…

Alors même que Copé va, peu ou prou, être contraint de reprendre Raffarin comme vice-président, il ne lui restera plus que la place de SG à offrir. Que privilégier ? L’efficacité technocratique et organisationnelle, réelle (Le Maire) ou supposée (Baroin – oui, Baroin est probablement plus proche de Borloo que de Juppé, de ce point de vue…) ? Le poids d’une grosse fédération ou même de plusieurs (avec Estrosi, même si le ralliement de Ciotti à Fillon est un coup dur pour Estrosi et Copé) ? Une femme (Dati, mais elle est totalement incontrôlable; NKM est trop éloignée idéologiquement) et/ou de la « jeunesse » (Baroin et Le Maire sont-ils si « jeunes » ?…) ? Un élargissement idéologique (Daubresse) ? Aucune solution n’est réellement bonne et un choix « chasse » les autres.

Aussi, le bal des prétendants aux seconds rôles semble tellement nourri, que les volontés de ceux-ci s’annihilent entre elles. Or, c’est parmi les soutiens potentiels de Copé que le trop-plein se manifeste le plus nettement: Estrosi, Dati, Baroin, Le Maire, sur le papier, devraient être derrière Copé, même si, dans le cas de Le Maire et de Baroin, la proximité idéologique est davantage avec Fillon.

Certes, certains se positionnent davantage sur le créneau de la motion et du « mouvement » que de la candidature à la présidence (libéraux de Chatel-Novelli-Longuet, certains gaullistes avec Karoutchi, « humanistes » et giscardiens autour de Raffarin et/ou Léonetti, voire les sarkozystes historiques avec Hortefeux), mais l’éparpillement se manifeste là encore davantage du côté de Copé.

Ce bourgeonnement de candidatures potentielles doit aussi au fait que l’UMP n’est pas habituée aux courants comme le PS, qui les pratique depuis 40 ans. Au PS, tous les seconds et troisièmes couteaux savent désormais estimer a priori s’ils ont des chances ou pas et savent « jauger » de la nécessité de se rallier, de s’allier ou de se taire provisoirement. A l’UMP, ils pensent tous pouvoir concourir, alors que beaucoup ne franchiront même pas l’étape des parrainages et des signatures (cf. mon article précédent) et que ceux qui y parviendront courent le risque d’un score à la Bockel.

A cet égard, précisons qu’au 30 juin 2012, il y avait 264 137 adhérents à jour de cotisation à l’UMP. Pour pouvoir postuler à la présidence, il faut donc rassembler 3% de signatures, soit 7 924, dans 10 départements différents (même Fillon ne semble pas avoir commencé la collecte).

Certaines candidatures sont enfin poussées par l’un ou l’autre poids lourd pour tenter de déstabiliser l’autre, notamment, aujourd’hui, le seul vrai candidat déclaré, Fillon. Il est peu douteux que Copé voit effectivement d’un bon oeil ce « parasitage » supposé, voire l’encourage. Un « pacte » avec Baroin ou Le Maire (du type DSK-Aubry, c’est-à-dire plus implicite qu’autre chose, plutôt que du type Blair-Brown) n’est pas à exclure, ni, bien entendu, une opération plus directement téléguidée dans le cas de Dati ou d’Estrosi.
De manière similaire, il n’est pas impossible que NKM, voire Le Maire, « roulent » en partie pour préparer une éventuelle opération Juppé de « sortie par le haut ». C’est toutefois beaucoup moins probable et la candidature anticipée de Fillon a clairement court-circuité Juppé et nettement affaibli ce dernier.

Au final, le foisonnement des déclarations d’intention n’est en réalité pas si favorable à Copé car, si même des éléments a priori fidèles comme Baroin, Estrosi ou Dati songent à se lancer, c’est bien que son propre contrôle de l’UMP est loin d’être total et que sa candidature n’est pas si évidente que cela. Si trop de ralliements s’opèrent ensuite en considération d’une soi-disant « reprise des idées », cela aura toute l’apparence de l’artifice et de la manipulation, ce qui serait également défavorable pour Copé. Il s’agit bien de candidatures potentielles et non d’appels à la candidature de Copé avec, à défaut, une candidature personnelle à la clef, ce qui aurait été, formellement, plus favorable à ce dernier.

Plus généralement, trop de parasitage contre Fillon tue le parasitage: pour les médias (qui ignorent le pauvre Dord), Fillon est le seul candidat et tout le reste, c’est le « bruit » ambiant; ces faux candidats se transforment un peu en Sept Nains et certains commencent probablement à se dévaloriser à force de tortiller leur positionnement (en particulier Bertrand, NKM et Baroin; Le Maire, au moins, a le mérite de mettre réellement en avant des idées, même si elles sont le copié-collé du petit bréviaire filloniste).

2. En réalité, Fillon possède les avantages de ses faiblesses:

– il est moins « marqué », au point que certains pourraient s’étonner qu’un gaulliste social tienne un discours d’austérité euro-réaliste et ne renie pas la fermeté sarkozyste en matière de sécurité ?
Justement, par sa simple personne, il rassemble déjà plus largement qu’un Copé droitisé, « sarkozysé » sur la forme (amour de l’argent, ambition, arrivisme, activisme) comme sur le fond (identité nationale, bienveillance à l’égard du FN) et y ajoutant même des facteurs défavorables aux yeux de l’électorat (c’est un énarque, il a une image technocratique, il est bien plus libéral en économie que le colberto-opportuniste Sarkozy, il est réellement intelligent);

–  il a moins de réseaux et de soutiens que Copé, voire apparaît seul ?
Justement, il a moins de monde à récompenser et il peut se permettre de présenter un ticket renouvelé (Wauquiez et Pécresse ont l’avantage de la jeunesse et de représenter, peu ou prou pour le premier, l’ancienne UDF et, pour la deuxième, le RPR chiraquien); il n’a pas trop à se soucier de ménager l’un tout en promettant à l’autre et en nommant quand même un troisième;

– il ne contrôle pas l’appareil et ne compte pas de majorité dans les grosses fédérations ?
Justement, il peut apparaître plus libre, peut faire campagne de manière plus souple et « légère » et peut se concentrer sur ce qui, désormais, entre largement en ligne de compte pour les électeurs, que ce soient dans des élections internes ou dans des élections générales: le positionnement personnel. Fillon est plus proche de la situation d’un Hollande que de celle d’une Aubry (à laquelle Copé pourrait être davantage comparé, seulement en termes de positionnement interne, bien entendu);
par ailleurs, désigner Ciotti comme directeur de campagne indique qu’il ne néglige pas l’efficacité organisationnelle et qu’il ne sous-estime pas la dureté du combat;

– il n’est pas perçu comme fiable et fidèle et n’attire pas les soutiens ?
Justement, il lui suffit de ne pas être Copé pour être sûr, au final, de récupérer les Bertrand, NKM, Jouanno, Apparu, voire Accoyer, MAM, Ollier. En attendant, que Bertrand fasse semblant d’hésiter lui libère la nécessité de composer avec une équipe trop composite et trop divisée; c’est peut-être encore plus vrai avec l’égotiste NKM, toujours délicate à cornaquer.

Le sondage TNS-Sofres-Sopra Group pour i-Télé, réalisé le 5 juillet dernier (échantillon total de 1010), confirme la prééminence de Fillon (dans l’ensemble des interviewés / parmi les sympathisants UMP) pour ce qui est de la personne « qui incarne le mieux l’opposition face au gouvernement aujourd’hui« :
Fillon 29 / 49
Copé 12 / 24
Juppé 16 / 22
Le Pen 23 / 14
aucun 14 / 5
Borloo 5 / 4
Bayrou 3 / 1
ne sait pas 13 / 4

Le rapport de force est équivalent en ce qui concerne la personnalité qui a « le plus de potentiel pour incarner l’opposition à l’avenir« :
Fillon 30 / 48
Sarkozy 11 / 25
Copé 10 / 20
Juppé 17 / 18
NKM 5 / 5
Le Maire 3 / 4
Baroin 5 / 3
Bertrand 2 / 2
Wauquiez 1 / 2
Pécresse 1 / 1
aucun 13 / 0
ne sait pas 19 / 6

Bien entendu, TNS-Sofres ne nous dit pas combien de réponses étaient possibles (manifestement plus d’une…) et quels « électorats » ont fait deux choix (Sarkozy-Copé ?), ni quelle était la taille de l’échantillon des « sympathisants UMP ». Toutefois, les proportions se ressemblent d’un sondage à l’autre et Fillon est le seul à réellement battre… Sarkozy et donc la nostalgie de victoires passées (pourtant bien réduites si l’on excepte 2007 !). Fillon est comme Merkel: pas vraiment charismatique mais de plus en plus incontournable et central pour son partiJuppé est un peu le Giuliani de 2008: populaire, pronostiqué haut, jamais vraiment écrasé dans les sondages mais jamais au bon endroit au bon moment, « pschitt » comme aurait dit Chirac (celui-ci avait au moins raison sur une chose: Juppé était bien « le meilleur d’entre nous », mais, en France, ce n’est jamais le meilleur -dans ce sens- qui gagne… 😦 ). Copé ne progresse pas et fait penser à ces Huckabee 2008, Gingrich 2012, Santorum 2012, censés électriser la base et prévaloir sur McCain ou Romney, mais finalement incapables de l’emporter sur le candidat considéré comme le mieux placé pour gagner les élections « générales ».

Le dernier baromètre IFOP pour Paris-Match, réalisé les 12-13 juillet (échantillon total de 1008), comprenait, comme en juin, un « duel » Copé-Fillon, avec simplement l’expression d’une « préférence entre personnalités » (dans l’ensemble de l’échantillon/parmi les sympathisants UMP)
Fillon 73 (-3) / 81 (+2)
Copé 22 (+3) / 18 (-3)
aucun 5 (=) / 1 (+1)

La baisse de Fillon dans la population générale tient essentiellement à son recul dans les électorats FN et FG… Rien de bien grave à cette heure, donc 😛
Dans le détail, le score de Fillon augmente avec l’âge, ce qui est toujours une bonne nouvelle dans le cadre d’un scrutin interne, de « spécialistes » et attirant des personnes motivées. Les scores sont plus uniformes en matière de diplômes jusqu’au niveau bac; en revanche, pour les diplômés du supérieur, l’avance de Fillon est plus nette.
Si Fillon est largement dominant chez les professions libérales et les cadres supérieurs (84/13), il est très fort chez les retraités (79/15) et les artisans-commerçants (75/25), éléments importants dans l’électorat UMP. Il n’est pas ridicule dans les professions intermédiaires (68/27) et n’est « faible » que dans l’électorat populaire-populaire, moins représenté à l’UMP (65/30 chez les employés et 68/31 chez les ouvriers).
Logiquement, il est dominant dans l’électorat MoDem (86/14) et Bayrou (84/16), dans l’électorat PS (78/19) et dans l’électorat Sarkozy (77/21). Il n’est pas si élevé dans l’électorat EE-LV (71/24), mais l’échantillon est peut-être faible. Le plus drôle est bien entendu le bon niveau relatif de Copé, le libéral, l’associé d’un grand cabinet d’avocats, l’énarque triomphant, dans l’électorat FG (59/33), LO-NPA (63/26, même si l’échantillon est infime) et FN (60/33), étant posé que Fillon est meilleur dans l’électorat Le Pen large (68/28), probablement une bonne nouvelle pour lui au regard des électeurs potentiels, même au sein des adhérents, de la côte méditerranéenne.

3. Evidemment, d’aucuns pourront répliquer qu’en sens inverse, Ed Miliband a prévalu sur David (mais, justement, certains s’en mordent les doigts, tant Ed est désormais quasiment la seule incertitude sur le chemin de la reconquête par le Labour…) et que Copé possède encore des avantages importants:
– le contrôle de l’appareil central, de l’accès aux fichiers d’adhérents, des différents courriers et publications qui parviennent aux adhérents; la décision, sous couvert d’économies budgétaires (l’UMP perd 12 millions de financement public par an… glups…), de recourir à un vote papier par circonscription et non à un vote Internet va favoriser les militants les plus mobilisés (potentiellement plus copéistes) et laissera évidemment la porte ouverte à des bourrages d’urnes plus aisés…
– le soutien assez large des grosses fédérations du Sud-Est (Bouches-du-Rhône, Var, Alpes-Maritimes, Gard, Hérault) et une bonne présence dans les autres grosses fédérations françaises, soit directement (Seine-et-Marne, Rhône, Nord), soit indirectement au travers des sarkozystes et de tout ce qui est anti-Fillon (Hauts-de-Seine, Moselle) laissent peu de grosses fédérations à Fillon (Yvelines, Paris à moitié), même si un ralliement de Falco, après le ralliement de Ciotti, pourait entamer la prédominance copéiste dans le Sud-Est et celui d’un Richert de quelques autres barons alsaciens pourrait rééquilibrer le Bas-Rhin et le Haut-Rhin;
– le soutien de beaucoup d’élus, qui commence d’être mis en branle au travers d’appels à sa candidature, qui peut cependant présenter le désavantage de contredire l’axe de campagne initial (Fillon candidat des barons et des élites contre Copé candidat de la base et des militants « d’en bas ») et d’apporter des soutiens peu avantageux (Tron par exemple);
– un engagement personnel fort et une volonté et une ambition très fortes et anciennes, celles qui font les futurs présidents de la République;
– un positionnement plus à droite qui semble davantage correspondre au profil actuel des militants de l’UMP;
– une alliance au moins objective avec des cadres importants du parti, dans beaucoup de sensibilités (Raffarin, Daubresse, Novelli -même s’il semble plus hésitant qu’initialement envisagé-, Hortefeux, Estrosi, Karoutchi,…).

4. Mais Fillon paraît en mesure de faire mentir les pronostics pessimistes:
le « culte du chef » n’est pas forcément aussi systématique que les apparences gaullo-chiraco-sarkozystes ont pu le laisser penser; en 1999, MAM avait réussi à vaincre Delevoye, le candidat (certes lui-même très peu leader dans l’âme…) du « chef » Chirac à la présidence du RPR (n’oublions d’ailleurs pas qu’à cette occasion, Fillon avait fait campagne -Devedjian étant le 4e larron- et avait déjà pu se faire apprécier des militants; certes, c’était il y a 13 ans, mais les jeunes ont simplement vieilli 😉 et les vieux sont un peu plus vieux !)
la « normalité » de Fillon, les comparaisons que l’on peut faire avec Hollande ou Ayrault, ne sont pas forcément un handicap dans la mesure où, en tout cas pour le moment, le modèle Sarkozy continue d’être rejeté; en outre, il « suffit » d’être au niveau de Hollande… quand on dirige aujourd’hui l’UMP; bien entendu, les choses pourront changer et l’éloignement présidentiel, avec le quinquennat et le précédent Sarkozy, cela ne marchera peut-être plus (on perçoit déjà des signes d’impatience face à « lou ravi » Hollande…); mais, pour le moment, Fillon combine une certaine stature de sérieux et d’homme d’Etat (que cela soit réel ou non) avec une plus grande tranquillité non-sarkozyenne, et c’est suffisant; Sarkozy a dévalorisé à la fois l’homme providentiel et l’homme de l’action permanente: si le second reviendra sûrement en grâce rapidement, le premier mettra plus longtemps à ressusciter;
Fillon conserve un positionnement central à l’UMP qui n’est pas forcément un handicap, car le renouvellement des adhérents depuis 2002 et surtout depuis le pic 2005-2007 ne s’est pas forcément effectué dans le sens que l’on peut penser; beaucoup de « droitiers » attirés par Sarkozy ont pu quitter l’UMP au fur et à mesure de la déception et des défaites électorales du quinquennat Sarkozy;
ce positionnement central vaut sur le plan idéologique, Copé n’étant central que fonctionnellement (comme Aubry avant lui);
l’electability compte désormais davantage et Fillon est évidemment plus avenant pour l’extérieur que Copé, en raison des caractéristiques de ce dernier, rappelées ci-dessus; en outre, si Borloo arrive enfin au terme de ce qu’il doit faire depuis déjà de nombreuses années (on ne rit pas !), Copé pourrait très bien se retrouver asphyxié entre une Le Pen au zénith après 5 années de descente aux enfers et d’impuissance socialiste face à la crise, propres à désespérer Billancourt mais aussi le bureau A 213 de la caisse locale de Sécu, d’une part, et un Borloo plus modéré et apte à récupérer le centre-droit et les anciens électeurs de Bayrou;
je me répète, mais ce sont bien Royal et Hollande qui ont prévalu en 2006 et 2011, non Fabius ou Aubry; certes, il s’agissait de primaires et, pour la direction d’un parti, la donne peut être différente; sauf qu’il y aura identification chef-candidat, car c’est l’UMP, que le chef du parti d’opposition est le candidat naturel et que les statuts l’impliquent au moins indirectement (le président devenu Président n’étant pas remplacé à cette place);
la cacophonie actuelle à l’UMP ne semble pas maîtrisée par Copé et il apparaît quelque peu usé et moins « brillant » et confiant qu’à l’accoutumée, alors que Fillon met un soin particulier à conserver constance et éloignement (au moins apparent) des petites manoeuvres d’appareil; au-delà du profil plus modeste et moins triomphateur et arrogant que Copé tente probablement de se sculpter, on ne peut pas non plus dire que son mandat de SG a été particulièrement plus réussi que ceux de Devedjian et Bertrand, pourtant bien critiqués et méprisés.

5. Si l’élection était une primaire ouverte, il n’y aurait évidemment aucun suspense et l’on pourrait pronostiquer la victoire de Fillon, certes pas à 80/20, mais probablement à 60/40 ou quelque chose d’approchant.

Avec une élection réservée aux adhérents, Copé reste bien entendu compétitif. Toutefois, les militants des partis sont très au fait de la vie politique et ont intégré les grandes leçons de tactique électorale et de marketing politique. Ils ont surtout envie de gagner les prochaines élections générales et, de ce point de vue, Fillon garde l’avantage…

Même si les électeurs de droite ne peuvent que s’inquiéter devant la « guerre à tous les étages » qui est en train de se développer, avec des « étiquetages » et des divisions et rejets personnels aussi puissants et indélébiles que lors des vieux affrontements giscardo-chiraquiens et chiraco-balladuriens, réjouissons-nous du suspense actuel… ce qui nous changera de la présidentielle !

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L’après-législatives: le PS a tous les pouvoirs et tous les problèmes, l’UMP entame son opposition de la plus mauvaise des manières

La « décompression » après l’intense période électorale et quelques soucis personnels malheureusement persistants espacent l’activité de ce blog… La fréquentation est revenue au « noyau dur » de la fin d’année 2011 😉 Voici de quoi relancer quelques réflexions et discussions:

1. Les groupes à l’Assemblée sont formés (http://www.assemblee-nationale.fr/14/tribun/xml/effectifs_groupes.asp) et donnent finalement lieu à peu de surprises, même si les groupes RRDP et UDI raviront les « amateurs »:
– le FG n’a trouvé que les plus à gauche des députés d’outre-mer pour atteindre tout juste le seuil des 15 députés,
– le MRC reste dans la mouvance socialiste et la quasi-totalité des DVG sont au sein du groupe socialiste,
– le PRG a réussi à constituer un groupe en ralliant le seul député du MUP (le parti de Hue) et un MoDem de la Réunion,
– ce qui montre bien, alors que Jean Lassalle reste sur le banc des non-inscrits, que le MoDem est en voie de dissolution totale,
– l’UDI ne comporte que 5 des 12 radicaux et agrège les différentes sous-tendances du NC et des égarés de la droite plus dure (CNI, DLR, DVD), même si les MPF et Dupont-Aignan restent non-inscrits,
– l’UMP subit peu de « déchets », seul le très modéré Favennec de Mayenne et l’inclassable Plagnol rejoignant l’UDI.

Les suppléants des ministres se substitueront à ces derniers, mais cela ne devrait pas menacer le groupe RDDP, un PRG suppléant pouvant remplacer Sylvia Pinel, ni le groupe écologiste, qui a une marge de 3 députés.

Les contentieux sont désormais connus (http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/elections-legislatives-2012/contentieux/contentieux-des-elections-legislatives-2012-tableau-general.114818.html) et pourraient se révéler intéressants.

Les plus anciens se souviennent des 4 partielles organisées en janvier 1982 et qui avaient vu le retour à droite assez net des 4 circonscriptions, avec des candidats « emblématiques » (Peyrefitte, Dominati, Bénouville, Bourg-Broc). Cela avait porté un premier coup à l’état de grâce de l’époque. Aujourd’hui, probablement rien de semblable car l’état de grâce sera probablement déjà totalement dissipé au moment où le Conseil constitutionnel aura terminé son examen des saisines (à la fin de l’année). En outre, la droite est menacée de manière égale à la gauche et, même avec un fort mécontentement, pourrait très bien ne pas être en mesure de conserver certains sièges.

En effet, comme le montre la liste établie par Antonio (http://uselectionatlas.org/FORUM/index.php?topic=152693.345), sur 19 contestations portant sur des victoires à moins de 51%, 11 concernent des élus de gauche et 8 des élus de droite. Mais, si l’on se contente des élections à moins de 50,5%, la répartition est de 7 partout. En ce qui concerne les triangulaires emportées avec moins de 1% d’écart, c’est équilibré (3-3 et même 1-1 pour les triangulaires emportées avec moins de 0,5% d’écart).

Qui plus est, l’UMP compte des « vedettes » ou des « semi-vedettes » parmi ses élus menacés: Devedjian, Greff, Chartier, Gorges, Scellier, Mancel (dans le cas de Devedjian et Chartier, ce serait un mauvais coup pour Fillon d’ailleurs), alors que le PS n’est menacé de défaite médiatique que face au FN (Kemel-Le Pen bien entendu et Andrieux-Ravier): qu’il perde et il aura de toute façon eu l’occasion de remuer de nouveau le couteau FN dans la plaie UMP; qu’il gagne (et c’est le plus probable car partielle implique abstention encore plus forte, ce qui affectera logiquement davantage l’électorat FN) et cela éclipsera d’autres défaites.

En outre, pour le PS, la majorité à lui seul n’est pas sérieusement menacée: 2 des plus susceptibles de chuter en cas de partielle sont des Verts… (Doubs et Hérault). 4 PS peuvent chuter (Eure, Loiret, Vosges, 6e de l’Hérault où il n’y aura alors pas de triangulaire et où l’UMP peut l’emporter), car je doute qu’au-delà d’un demi-point d’écart, il y ait invalidation. Si c’était le cas, au pire, les deux triangulaires des Bouches-du-Rhône pourraient se transformer en duels et l’UMP l’emporter; mais est-elle si sûre de devancer le FN à chaque fois ? De plus, Ferrand est déjà mort et évitera au PS une défaite plus médiatique.

Au final, le gouvernement peut espérer éviter que ces partielles ne deviennent une défaite nationale fort embarrassante (ce qui fut le cas à plusieurs reprises dans le passé: les législatives partielles de janvier 1982, la municipale de Dreux fin 1982, les partielles « provoquées » par Noir et Barzach en 1991, ou même la défaite de l’UMP à Rambouillet lors de la dernière législature même si ce ne fut pas un cataclysme…), grâce à un certain équilibre des risques et au battage de Le Pen, qui s’assurera de frapper autant une UMP à feu et à sang que le PS.

2. Le PS a donc désormais tous les pouvoirs, mais aussi tous les problèmes et chacun peut déjà voir les hésitations et reniements sur des promesses pourtant peu ambitieuses, ainsi que l’absence de rapport de forces favorable au niveau économique et international et la difficulté à trancher même sur des questions mineures (ça, c’est une caractéristique moderne générale, mais elle semble amplifiée par la prudence naturelle de Hollande et par ce mécanisme compliqué dans lequel tout passe par Ayrault avant d’aller à l’Elysée, simplement pour l’apparence d’un Président ne se mêlant pas du quotidien – sauf qu’il est intervenu à La Rochelle ou pour l’élection à la présidence de l’Assemblée et que son conseiller parlementaire est à Matignon chaque semaine pour la réunion de la majorité…). De très importantes désillusions sont donc à prévoir.

Sans compter que si, les places ayant été nombreuses à distribuer, peu de socialistes importants et d’avenir se retrouvent frustrés, l’équilibre reste celui de la primaire socialiste. La direction du pays est assurée par ceux qui ont gagné le premier tour de la primaire et par ceux qui les ont ralliés. Les hollandais sont dominants aux postes d’importance (Moscovici, Sapin, Touraine, Le Drian, Le Roux, Rebsamen), de même que les « ralliés » (Valls, Batho, Cahuzac, Montebourg), appuyés par les barons locaux. Les oppositions internes potentielles sont affaiblies: Royal est politiquement morte, Fabius est « casé » pour la fin de sa carrière, Delanoë s’est fait dépouiller, l’élection très nette du fabiusio-aubryste Bartolone à la présidence de l’Assemblée permet finalement, à peu de frais, au tandem Hollande-Ayrault de ne pas paraître trop écrasant et de conserver la possibilité de pousser à l’inverse Rebsamen à la tête du PS.

Seule Martine Aubry reste l’adversaire interne potentielle, pour peu qu’elle reste première secrétaire, ce que j’ai vraiment du mal à exclure.

3. Le PS ne sera pas gêné à gauche en matière de fonctionnement politique et institutionnel:
– la majorité absolue du PS est une garantie minimale de tranquillité, au moins au départ,
– EE-LV se retrouve « radical de gauchisé »: quelques ministres, des groupes parlementaires, mais une dépendance électorale totale à l’égard du PS, aucune capacité d’influence réelle au coeur du pouvoir et des responsables nationaux notabilisés,
– Mélenchon affaibli à défaut d’être totalement assagi.

Toutefois, ce repos devrait être de courte durée car il va se poser un réel problème de représentation de l’inévitable « colère sociale »:
– l’extrême-gauche trotskyste est laminée: elle n’aura pas de financement public, tant son score aux législatives a été faible; ses ténors ont quitté la scène (Laguiller, Besancenot),
– le PCF ressort affaibli de l’expérience FG et Mélenchon s’est « abîmé » tout seul, les deux protagonistes se faisant désormais des reproches mutuels assez durs,
– Montebourg et Hamon sont devenus des ministres bien sages,
– la CGT se divise et les syndicats contestataires sont plus dispersés que jamais.

La fonction tribunicienne, l’incarnation de la contestation populaire sont donc à prendre… Il est fort possible que, par défaut, Mélenchon reste la figure emblématique de la gauche de la gauche, tant les médias ont besoin d’un visage et d’une voix pour remplir émissions, reportages et interviews. Mais Marine Le Pen peut évidemment tenter d’en profiter, même à la marge.

Si la déception à l’égard de Franz-im-Glück devient très, très élevée, ce ne serait d’ailleurs pas si dramatique pour le PS car la montée du FN assurerait de belles divisions persistantes à droite et une réélection plus aisée en 2017 avec une Marine Le Pen au second tour… On joue là avec le feu, mais le PS sait faire !

4. Le FN s’est sorti correctement d’une séquence électorale qui aurait pu être négative pour son avenir. Après tout, la présidentielle n’a pas été aussi bonne que prévu et les législatives ont montré une capacité de nuisance réduite (à peine 30 triangulaires réellement problématiques pour la droite) et une difficulté à s’imposer au second tour, même si l’étiage s’est élevé (de ce point de vue, les résultats des candidats FN opposés à Vauzelle et Andrieux dans les Bouches-du-Rhône ou celui de Philippot en Moselle ou de la présidente elle-même sont édifiants, bien davantage que les victoires par défaut de Collard et Marion Maréchal-Le Pen).

Le FN reste également dépendant de l’avenir de l’UMP et de la manière dont la droite va se recomposer ou se décomposer. Quelles que soient les objurgations morales de la gauche, le « cordon sanitaire » autour du FN a été bien plus résistant que, par exemple, en 1988, quand des accords locaux avaient été conclus dans les Bouches-du-Rhône et le Var (on l’oublie vite…). Le FN n’a donc pas réussi à se mettre en position dynamique de décideur de l’avenir de la droite.

En outre, la percée médiatique de la nièce pourrait, à terme, faire de l’ombre à la tante… mais serait une bonne nouvelle pour la droite, tant la nièce semble être surtout la petite fille et l’héritière du vieux FN, celui de l’Algérie française, de la poigne et du poujadisme isolationniste.

5. Au centre et à droite, le paysage est évidemment proche du champ de ruines.

– Certes, la nuisance Bayrou semble désormais définitivement éteinte. Mais ce n’est pas pour autant que Borloo parviendra à recréer une UDF digne de ce nom. Le centre-droit manque d’abord d’un chef. Borloo est une illusion et n’a jamais concrétisé les espoirs placés en lui, en raison de sa personnalité désorganisée et velléitaire. Lagarde tarde à percer. Hénart a été battu. Tous les autres sont des notables locaux sans avenir. Le groupe UDI est un patchwork qui montre les limites de l’élargissement: tous les centristes (notamment Daubresse, pourtant inscrit à l’URCID, le vecteur de financement du centre-droit) et la plupart des radicaux de l’UMP (en tous les cas ceux élus dans le Sud-Est ou l’Est, dans des circos très à droite…) restent « bien au chaud » à l’UMP. C’est donc un rassemblement par défaut et il est difficile d’imaginer que l’UDI ou sa concrétisation dans un nouveau parti puisse réussir là où l’ARES a échoué il n’y a même pas un an…

– En outre, le débat est déjà bien monopolisé par l’UMP, qui comporte une expression très modérée (NKM, Jouanno,…) qui préempte en partie le centre-droit et fait de l’ombre à ceux qui se tiennent hors de l’UMP.

Mais c’est bien la seule force de l’UMP que d’être le réceptacle naturel de la droite et du centre-droit, fonctionnellement, car c’est là que va l’argent public et c’est là que s’organisent les primaires: je le répète, dans un système américanisé, l’important, ce sont les finances et les primaires…

A part celà, l’UMP est extrêmement affaiblie car elle engage sa recomposition-décomposition de la plus mauvaise des manières. Elle n’a probablement pas assez perdu à la présidentielle et même aux législatives, ce qui donne l’illusion d’une santé pas si défaillante et alimente ceux qui ne veulent pas remettre à plat la stratégie.

Sarkozy n’a pas assez perdu. Cela signifie que son ombre personnelle (le futur rôle qu’il pourrait jouer, une autre candidature) est toujours là et que, malgré les ennuis judiciaires qui l’useront sur le moyen terme, l’UMP n’est pas dégagée à 100% de la possibilité d’une nouvelle candidature, surtout que les affrontements actuels montrent que son leadership assurait une solidarité minimale (même s’il n’était pas du tout un despote faisant taire toutes les dissensions, ni non plus un bon mécanicien de l’ombre…).

Cela signifie aussi que la question de la « droitisation » reste entière. A-t-elle évité une 3e place au 1er tour ? A-t-elle assuré de meilleurs reports à la présidentielle ou aux législatives ? Au contraire, a-t-elle empêché de grignoter les quelques points manquants au centre ? A-t-elle définitivement éloigné des contingents centristes et modérés, dans l’Ouest, en Ile-de-France et dans les grandes villes ?

De ce point de vue, je dirais que quasiment tous les dirigeants de l’UMP ont tort:
– il est faux de considérer que les triangulaires ont été un problème pour la droite: à peine 30 et, sur ce total, peut-être une petite quinzaine réellement fatale à la droite; cela a peut être permis au PS d’avoir sa majorité absolue seul, mais cela n’a pas décidé de l’issue des élections;
– on ne peut pas non plus inférer un quelconque positionnement des électeurs sur le débat interne de l’UMP en fonction des résultats individuels: Morano devait de toute façon perdre dans une circo « à bascule »; Bertrand a gagné moins nettement que prévu; Hénart a bien été battu; Guéant n’a pas perdu en raison de son attitude à l’égard du FN, etc.
la résistance de l’UMP aux législatives s’explique par les fortes positions FN dans l’électorat boutiquier voire conservateur et par un report correct vers l’UMP: Ain, Jura, Alsace, Lyonnais, Oise, même Drôme, Vaucluse; dans les zones d’électorat FN populaire, l’UMP s’en sort évidemment moins bien, mais sans que cela soit non plus dramatique (Somme, Ardennes, Territoire-de-Belfort, Loire), même si c’est bien sûr mauvais dans le Gard et l’Hérault; et ce alors même que, répétons-le, il n’y a pas eud ‘accord équivalent à celui de 1988 et pas de désistements réciproques « sauvages » sauf dans un cas pour l’UMP (et un pour le FN);
mais il n’est pas non plus certain que le « ni ni » ait quelque chose à voir là-dedans: les électeurs ne sont pas forcément sensibles à ces subtils positionnements entre partis et ils rallient tout simplement leur camp naturel au second tour. Dans le sens inverse, les préventions de nombreux électeurs UMP à l’égard du FN ou leur disparition, selon les cas, créent, hors de toute consigne d’appareil, une réalité qui n’est pas aisée à gérer, mais qui reste sur le plan tactique et électoral.

Le problème n’est donc pas si essentiel que cela (au sens de « touchant à l’essence de la droite »). Il tient davantage à une stratégie de long terme, pas forcément à une question d’idéologie (l’UMP ne peut être qu’une « grande maison » si elle veut rester unie et donc laisser cohabiter NKM et Longuet ou Méhaignerie et Mariani). De ce point de vue, un positionnement rigoureux sur le plan budgétaire et économique et ferme sur les questions sociétales et sécuritaires est largement suffisant. Nul n’est besoin d’en « rajouter »… La prudence est probablement recommandée sur l’Europe. A l’inverse, les relations avec le FN n’ont aucune raison de changer: pas de contact avec ce parti et attitude « décontractée » car simple, claire et ferme sur le sujet. Ce n’est pas évident étant donné la cacophonie interne à l’UMP et la pression médiatique, mais ce serait probablement la voie idéale.

Mais l’UMP ne résiste déjà pas aux délices habituels des divisions de la droite. Ce n’est pas anormal de s’écharper; le problème, c’est que tout devient immédiatement personnel et « total » à droite. L’extrême division, au sein même de chacun des grands ensembles, prend une tournure « barons du gaullisme »,  giscardo-chiraquienne ou chiraco-balladurienne qui ne peut manquer d’inquiéter profondément l’électeur de droite. L’éventuel retour de Villepin (:P), l’omniprésence médiatique de personnalités aux propos incontrôlables (Dati, Moreno, Bachelot, Jouanno, Estrosi,…) ne facilitent pas les choses et contribuent à cette guerre « totale » qui s’amorce.

Surtout que la bataille se déroule « à tous les étages ». Les batailles à l’intérieur de la bataille, pour les postes subalternes (SG, vice-président délégué, secrétariats nationaux, chefs de « mouvements ») expliquent les désaccords NKM-Pécresse d’un côté, les divergences Raffarin-Hortefeux de l’autre, ou l’apparente autonomisation de Bertrand à l’égard de Fillon ou de Baroin à l’égard de Copé. Les articles 26 et 27 des statuts de l’UMP prévoient bien des « tickets » Président-Vice-Président délégué-Secrétaire Général, à élire en même temps au scrutin majoritaire à deux tours (avec qualification des 2 tickets arrivés en tête, sans possibilité de pananchage, nous dit l’article 25 du règlement intérieur).

Wauquiez jusqu’à la semaine dernière, NKM, même Bertrand menacent de « se compter », mais c’est pour tenter de mieux se « vendre » à Fillon. Il en est de même de l’autre côté pour Baroin ou Raffarin, Le Maire pouvant apparemment se rallier à chaque camp et Chatel essayant d’abord de structurer son courant, tandis qu’Apparu joue la carte Juppé et que Pécresse, en étant la première d’importance à se positionner ouvertement, joue la récompense à venir si Fillon l’emporte (un peu comme certains hollandais historiques, comme Valls entre les deux tours de la primaire ou comme Fillon en 2005 auprès de Sarkozy). D’ailleurs, certains ralliés (Wauquiez d’un côté, Chatel ou Baroin de l’autre, Le Maire au milieu) pourraient très bien présenter quand même une motion au Congrès, afin d’avoir un mouvement, soit pour mieux peser sur leur leader, vainqueur, soit pour pouvoir se retourner en cas de défaite du leader et… prendre déjà sa place.

L’atomisation pourrait cependant être plus limitée que redouté: certains auront du mal à mettre à exécution leur menace de se présenter. En effet, il ne faut pas oublier que, pour être candidat, il faut réunir la signature de 3% des adhérents, ce qui représente 7500 à 7800 personnes à convaincre dans au moins 10 département différents… Sachant que les candidatures devront être déposées au plus tard mi-septembre (2 mois avant le Congrès)… De même, il n’y aura pas autant de mouvements que ce qui nous est annoncé: l’article 16 des statuts de l’UMP prévoit qu' »un mouvement peut être constitué dès lors que sa déclaration de principe a été parrainée par un nombre minimum de 10 parlementaires de l’Union, représentant au moins dix fédérations départementales, et a recueilli au moins 10% des suffrages exprimés au Congrès« . NKM, Baroin, Karoutchi pourraient avoir quelques soucis à atteindre l’un ou l’autre de ces critères, a fortiori Le Maire. Le courant libéral (Chatel, Longuet, Novelli, Tabarot,…), la Droite moderne, ne devrait pas avoir de difficulté, ni ceux de la Droite sociale (Wauquiez) et de la Droite populaire (Mariani). J’ignore si la Droite humaniste se recomposera pour tenir compte de NKM d’un côté, de Raffarin de l’autre, voire de Bertrand. Quant aux gaullistes et chiraquiens, la cohérence entre Karoutchi, MAM, Baroin, Le Maire n’apparaît pas clairement.

J’ai déjà spéculé sur les différents courants et nous aurons l’occasion d’y revenir, mais si les principaux protagonistes ne se lancent pas (Copé, Fillon, Juppé n’ont aucune obligation d’appartenir à un mouvement) et si les pré-requis pour simplement se présenter aux suffrages du Congrès sont trop difficiles à réunir, le nombre final de mouvements risque d’être un peu décevant pour le « fanatique » de cuisine interne des partis 😉
L’absence d’obligation de rallier une motion, contrairement à ce qui se passe au PS, risque aussi d’empêcher de bien mesurer les équilibres internes (un peu comme lorsqu’existe au PS une motion de la direction regroupant les principaux courants) et de survaloriser des mouvements minoritaires, les adhérents pensant qu’il faut forcément en soutenir un ou en soutenant un tout simplement pour qu’il puisse s’exprimer mais sans adhérer à toutes ses propositions.

Sur le plan de l’affrontement majeur, Copé-Fillon, à ce jour, Fillon a probablement perdu du terrain par rapport à la situation pré-législatives:
– Bertrand n’a pas sérieusement inquiété Jacob,
– le flux de sondages s’est tari et ne « porte » plus l’ancien Premier ministre,
– son attitude très personnelle et peu chaleureuse à l’égard de ceux qui peuvent le rallier (Bertrand, Le Maire,…) n’est pas de nature à élargir ses minces réseaux internes,
– dans un paysage trop atomisé, c’est davantage Juppé que Fillon qui pourrait s’imposer comme un recours et un « pape de transition », en attendant le vrai combat de la primaire de 2016.

Mais Copé n’est pas entièrement solide:
– la fragmentation atteint aussi son propre camp: Chatel, Longuet et Novelli à la manoeuvre et pas forcément uniquement pour le compte de Copé; Baroin et Le Maire non contrôlés; Raffarin en désaccord sur le fond même si toujours allié objectif; Morano et Dati plutôt contre-productives; structuration des sarkozystes; Droite populaire grincheuse, frustrée et risquant de « bouder » à force d’être stigmatisée;
– le ralliement de Ciotti à Fillon, même s’il ne remet pas en cause, à ce jour, le probable tropisme des Alpes-Maritimes vers Copé (Estrosi n’aime ni Copé ni Fillon mais déteste probablement encore davantage ce dernier), est intéressant car il montre une capacité « attrape-tout » de Fillon que Copé ne possèdera jamais et qui avait fait, en son temps, l’attrait de DSK puis de Hollande;
– même s’il bénéficie d’une forme de soutien indirect (et objectif) de médias de gauche (certains articles du Monde ou de Libération sont édifiants) qui accentuent les faiblesses de Fillon (adversaire plus gênant pour la gauche que Copé, évidemment…), l’ambiance générale reste favorable à ce dernier, surtout avec les ralliements médiatisés et échelonnés de Pécresse et Wauquiez;
– le caractère désordonné du débat (Pécresse défendant Sarkozy et même Buisson mais ralliant Fillon; Raffarin critiquant le « ni ni » et revendiquant le droit d’inventaire mais restant objectivement copéiste; Bertrand détestant Copé mais hésitant à l’égard de Fillon; Bachelot qui défend Sarkozy contre Sarkozy ou qui critique 2012 en s’appuyant sur 2007; ceux qui critiquent Sarkozy mais refusent l' »inventaire » et ceux qui veulent l' »inventaire » mais encensent Sarkozy;…) ne plaide pour le moment pas pour sa maîtrise de l’appareil et l’agitation autour des « mouvements » pourrait l’avoir quelque peu dépassé.

On s’oriente donc vers une bataille entre la popularité extérieure et « généraliste » de Fillon et la combativité interne et mieux ciblée de Copé. Au PS, Royal avait triomphé de Fabius et Hollande a battu Aubry. Pourtant, Copé reste fort, appuyé sur l’appareil et sur des inimitiés fortes qui existent à l’égard de Fillon chez de nombreux apparatchiki; quant à la personnalité, il est certain que Fillon n’est pas le mieux armé, même si, après tout, le candidat « normal » a longtemps été décrié et sous-estimé…

Dans ce jeu, Juppé a probablement « loupé le coche », car il est intervenu trop tôt tout en n’allant pas jusqu’au bout: Fillon l’a « grillé ». Or, pour que Juppé prospérât, il aurait fallu qu’il attendît sur l’Aventin une guerre civile totale. Là, il s’est dévalorisé tout en ne préemptant pas l’aile modérée de l’UMP. En outre, l’idée d’un président-sage ou arbitre est totalement antinomique de toute l’histoire de la droite depuis Pompidou. La droite a toujours voulu un vrai chef qui soit aussi son candidat et le RPR -le véritable ancêtre de l’UMP- en a toujours eu un; même l’UDF fut créée en ce sens.

Certes, le président de l’UMP ne sera élu que pour 3 ans (curieux…) et, en 2015, il faudra peut-être tout remettre sur le métier, surtout si Copé perd. Mais de bonnes élections locales et européennes en 2014 devraient conforter le vainqueur de cet automne et lui éviter le retour de… Sarkozy.