L’après-législatives: le PS a tous les pouvoirs et tous les problèmes, l’UMP entame son opposition de la plus mauvaise des manières

La « décompression » après l’intense période électorale et quelques soucis personnels malheureusement persistants espacent l’activité de ce blog… La fréquentation est revenue au « noyau dur » de la fin d’année 2011😉 Voici de quoi relancer quelques réflexions et discussions:

1. Les groupes à l’Assemblée sont formés (http://www.assemblee-nationale.fr/14/tribun/xml/effectifs_groupes.asp) et donnent finalement lieu à peu de surprises, même si les groupes RRDP et UDI raviront les « amateurs »:
– le FG n’a trouvé que les plus à gauche des députés d’outre-mer pour atteindre tout juste le seuil des 15 députés,
– le MRC reste dans la mouvance socialiste et la quasi-totalité des DVG sont au sein du groupe socialiste,
– le PRG a réussi à constituer un groupe en ralliant le seul député du MUP (le parti de Hue) et un MoDem de la Réunion,
– ce qui montre bien, alors que Jean Lassalle reste sur le banc des non-inscrits, que le MoDem est en voie de dissolution totale,
– l’UDI ne comporte que 5 des 12 radicaux et agrège les différentes sous-tendances du NC et des égarés de la droite plus dure (CNI, DLR, DVD), même si les MPF et Dupont-Aignan restent non-inscrits,
– l’UMP subit peu de « déchets », seul le très modéré Favennec de Mayenne et l’inclassable Plagnol rejoignant l’UDI.

Les suppléants des ministres se substitueront à ces derniers, mais cela ne devrait pas menacer le groupe RDDP, un PRG suppléant pouvant remplacer Sylvia Pinel, ni le groupe écologiste, qui a une marge de 3 députés.

Les contentieux sont désormais connus (http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/elections-legislatives-2012/contentieux/contentieux-des-elections-legislatives-2012-tableau-general.114818.html) et pourraient se révéler intéressants.

Les plus anciens se souviennent des 4 partielles organisées en janvier 1982 et qui avaient vu le retour à droite assez net des 4 circonscriptions, avec des candidats « emblématiques » (Peyrefitte, Dominati, Bénouville, Bourg-Broc). Cela avait porté un premier coup à l’état de grâce de l’époque. Aujourd’hui, probablement rien de semblable car l’état de grâce sera probablement déjà totalement dissipé au moment où le Conseil constitutionnel aura terminé son examen des saisines (à la fin de l’année). En outre, la droite est menacée de manière égale à la gauche et, même avec un fort mécontentement, pourrait très bien ne pas être en mesure de conserver certains sièges.

En effet, comme le montre la liste établie par Antonio (http://uselectionatlas.org/FORUM/index.php?topic=152693.345), sur 19 contestations portant sur des victoires à moins de 51%, 11 concernent des élus de gauche et 8 des élus de droite. Mais, si l’on se contente des élections à moins de 50,5%, la répartition est de 7 partout. En ce qui concerne les triangulaires emportées avec moins de 1% d’écart, c’est équilibré (3-3 et même 1-1 pour les triangulaires emportées avec moins de 0,5% d’écart).

Qui plus est, l’UMP compte des « vedettes » ou des « semi-vedettes » parmi ses élus menacés: Devedjian, Greff, Chartier, Gorges, Scellier, Mancel (dans le cas de Devedjian et Chartier, ce serait un mauvais coup pour Fillon d’ailleurs), alors que le PS n’est menacé de défaite médiatique que face au FN (Kemel-Le Pen bien entendu et Andrieux-Ravier): qu’il perde et il aura de toute façon eu l’occasion de remuer de nouveau le couteau FN dans la plaie UMP; qu’il gagne (et c’est le plus probable car partielle implique abstention encore plus forte, ce qui affectera logiquement davantage l’électorat FN) et cela éclipsera d’autres défaites.

En outre, pour le PS, la majorité à lui seul n’est pas sérieusement menacée: 2 des plus susceptibles de chuter en cas de partielle sont des Verts… (Doubs et Hérault). 4 PS peuvent chuter (Eure, Loiret, Vosges, 6e de l’Hérault où il n’y aura alors pas de triangulaire et où l’UMP peut l’emporter), car je doute qu’au-delà d’un demi-point d’écart, il y ait invalidation. Si c’était le cas, au pire, les deux triangulaires des Bouches-du-Rhône pourraient se transformer en duels et l’UMP l’emporter; mais est-elle si sûre de devancer le FN à chaque fois ? De plus, Ferrand est déjà mort et évitera au PS une défaite plus médiatique.

Au final, le gouvernement peut espérer éviter que ces partielles ne deviennent une défaite nationale fort embarrassante (ce qui fut le cas à plusieurs reprises dans le passé: les législatives partielles de janvier 1982, la municipale de Dreux fin 1982, les partielles « provoquées » par Noir et Barzach en 1991, ou même la défaite de l’UMP à Rambouillet lors de la dernière législature même si ce ne fut pas un cataclysme…), grâce à un certain équilibre des risques et au battage de Le Pen, qui s’assurera de frapper autant une UMP à feu et à sang que le PS.

2. Le PS a donc désormais tous les pouvoirs, mais aussi tous les problèmes et chacun peut déjà voir les hésitations et reniements sur des promesses pourtant peu ambitieuses, ainsi que l’absence de rapport de forces favorable au niveau économique et international et la difficulté à trancher même sur des questions mineures (ça, c’est une caractéristique moderne générale, mais elle semble amplifiée par la prudence naturelle de Hollande et par ce mécanisme compliqué dans lequel tout passe par Ayrault avant d’aller à l’Elysée, simplement pour l’apparence d’un Président ne se mêlant pas du quotidien – sauf qu’il est intervenu à La Rochelle ou pour l’élection à la présidence de l’Assemblée et que son conseiller parlementaire est à Matignon chaque semaine pour la réunion de la majorité…). De très importantes désillusions sont donc à prévoir.

Sans compter que si, les places ayant été nombreuses à distribuer, peu de socialistes importants et d’avenir se retrouvent frustrés, l’équilibre reste celui de la primaire socialiste. La direction du pays est assurée par ceux qui ont gagné le premier tour de la primaire et par ceux qui les ont ralliés. Les hollandais sont dominants aux postes d’importance (Moscovici, Sapin, Touraine, Le Drian, Le Roux, Rebsamen), de même que les « ralliés » (Valls, Batho, Cahuzac, Montebourg), appuyés par les barons locaux. Les oppositions internes potentielles sont affaiblies: Royal est politiquement morte, Fabius est « casé » pour la fin de sa carrière, Delanoë s’est fait dépouiller, l’élection très nette du fabiusio-aubryste Bartolone à la présidence de l’Assemblée permet finalement, à peu de frais, au tandem Hollande-Ayrault de ne pas paraître trop écrasant et de conserver la possibilité de pousser à l’inverse Rebsamen à la tête du PS.

Seule Martine Aubry reste l’adversaire interne potentielle, pour peu qu’elle reste première secrétaire, ce que j’ai vraiment du mal à exclure.

3. Le PS ne sera pas gêné à gauche en matière de fonctionnement politique et institutionnel:
– la majorité absolue du PS est une garantie minimale de tranquillité, au moins au départ,
– EE-LV se retrouve « radical de gauchisé »: quelques ministres, des groupes parlementaires, mais une dépendance électorale totale à l’égard du PS, aucune capacité d’influence réelle au coeur du pouvoir et des responsables nationaux notabilisés,
– Mélenchon affaibli à défaut d’être totalement assagi.

Toutefois, ce repos devrait être de courte durée car il va se poser un réel problème de représentation de l’inévitable « colère sociale »:
– l’extrême-gauche trotskyste est laminée: elle n’aura pas de financement public, tant son score aux législatives a été faible; ses ténors ont quitté la scène (Laguiller, Besancenot),
– le PCF ressort affaibli de l’expérience FG et Mélenchon s’est « abîmé » tout seul, les deux protagonistes se faisant désormais des reproches mutuels assez durs,
– Montebourg et Hamon sont devenus des ministres bien sages,
– la CGT se divise et les syndicats contestataires sont plus dispersés que jamais.

La fonction tribunicienne, l’incarnation de la contestation populaire sont donc à prendre… Il est fort possible que, par défaut, Mélenchon reste la figure emblématique de la gauche de la gauche, tant les médias ont besoin d’un visage et d’une voix pour remplir émissions, reportages et interviews. Mais Marine Le Pen peut évidemment tenter d’en profiter, même à la marge.

Si la déception à l’égard de Franz-im-Glück devient très, très élevée, ce ne serait d’ailleurs pas si dramatique pour le PS car la montée du FN assurerait de belles divisions persistantes à droite et une réélection plus aisée en 2017 avec une Marine Le Pen au second tour… On joue là avec le feu, mais le PS sait faire !

4. Le FN s’est sorti correctement d’une séquence électorale qui aurait pu être négative pour son avenir. Après tout, la présidentielle n’a pas été aussi bonne que prévu et les législatives ont montré une capacité de nuisance réduite (à peine 30 triangulaires réellement problématiques pour la droite) et une difficulté à s’imposer au second tour, même si l’étiage s’est élevé (de ce point de vue, les résultats des candidats FN opposés à Vauzelle et Andrieux dans les Bouches-du-Rhône ou celui de Philippot en Moselle ou de la présidente elle-même sont édifiants, bien davantage que les victoires par défaut de Collard et Marion Maréchal-Le Pen).

Le FN reste également dépendant de l’avenir de l’UMP et de la manière dont la droite va se recomposer ou se décomposer. Quelles que soient les objurgations morales de la gauche, le « cordon sanitaire » autour du FN a été bien plus résistant que, par exemple, en 1988, quand des accords locaux avaient été conclus dans les Bouches-du-Rhône et le Var (on l’oublie vite…). Le FN n’a donc pas réussi à se mettre en position dynamique de décideur de l’avenir de la droite.

En outre, la percée médiatique de la nièce pourrait, à terme, faire de l’ombre à la tante… mais serait une bonne nouvelle pour la droite, tant la nièce semble être surtout la petite fille et l’héritière du vieux FN, celui de l’Algérie française, de la poigne et du poujadisme isolationniste.

5. Au centre et à droite, le paysage est évidemment proche du champ de ruines.

– Certes, la nuisance Bayrou semble désormais définitivement éteinte. Mais ce n’est pas pour autant que Borloo parviendra à recréer une UDF digne de ce nom. Le centre-droit manque d’abord d’un chef. Borloo est une illusion et n’a jamais concrétisé les espoirs placés en lui, en raison de sa personnalité désorganisée et velléitaire. Lagarde tarde à percer. Hénart a été battu. Tous les autres sont des notables locaux sans avenir. Le groupe UDI est un patchwork qui montre les limites de l’élargissement: tous les centristes (notamment Daubresse, pourtant inscrit à l’URCID, le vecteur de financement du centre-droit) et la plupart des radicaux de l’UMP (en tous les cas ceux élus dans le Sud-Est ou l’Est, dans des circos très à droite…) restent « bien au chaud » à l’UMP. C’est donc un rassemblement par défaut et il est difficile d’imaginer que l’UDI ou sa concrétisation dans un nouveau parti puisse réussir là où l’ARES a échoué il n’y a même pas un an…

– En outre, le débat est déjà bien monopolisé par l’UMP, qui comporte une expression très modérée (NKM, Jouanno,…) qui préempte en partie le centre-droit et fait de l’ombre à ceux qui se tiennent hors de l’UMP.

Mais c’est bien la seule force de l’UMP que d’être le réceptacle naturel de la droite et du centre-droit, fonctionnellement, car c’est là que va l’argent public et c’est là que s’organisent les primaires: je le répète, dans un système américanisé, l’important, ce sont les finances et les primaires…

A part celà, l’UMP est extrêmement affaiblie car elle engage sa recomposition-décomposition de la plus mauvaise des manières. Elle n’a probablement pas assez perdu à la présidentielle et même aux législatives, ce qui donne l’illusion d’une santé pas si défaillante et alimente ceux qui ne veulent pas remettre à plat la stratégie.

Sarkozy n’a pas assez perdu. Cela signifie que son ombre personnelle (le futur rôle qu’il pourrait jouer, une autre candidature) est toujours là et que, malgré les ennuis judiciaires qui l’useront sur le moyen terme, l’UMP n’est pas dégagée à 100% de la possibilité d’une nouvelle candidature, surtout que les affrontements actuels montrent que son leadership assurait une solidarité minimale (même s’il n’était pas du tout un despote faisant taire toutes les dissensions, ni non plus un bon mécanicien de l’ombre…).

Cela signifie aussi que la question de la « droitisation » reste entière. A-t-elle évité une 3e place au 1er tour ? A-t-elle assuré de meilleurs reports à la présidentielle ou aux législatives ? Au contraire, a-t-elle empêché de grignoter les quelques points manquants au centre ? A-t-elle définitivement éloigné des contingents centristes et modérés, dans l’Ouest, en Ile-de-France et dans les grandes villes ?

De ce point de vue, je dirais que quasiment tous les dirigeants de l’UMP ont tort:
– il est faux de considérer que les triangulaires ont été un problème pour la droite: à peine 30 et, sur ce total, peut-être une petite quinzaine réellement fatale à la droite; cela a peut être permis au PS d’avoir sa majorité absolue seul, mais cela n’a pas décidé de l’issue des élections;
– on ne peut pas non plus inférer un quelconque positionnement des électeurs sur le débat interne de l’UMP en fonction des résultats individuels: Morano devait de toute façon perdre dans une circo « à bascule »; Bertrand a gagné moins nettement que prévu; Hénart a bien été battu; Guéant n’a pas perdu en raison de son attitude à l’égard du FN, etc.
la résistance de l’UMP aux législatives s’explique par les fortes positions FN dans l’électorat boutiquier voire conservateur et par un report correct vers l’UMP: Ain, Jura, Alsace, Lyonnais, Oise, même Drôme, Vaucluse; dans les zones d’électorat FN populaire, l’UMP s’en sort évidemment moins bien, mais sans que cela soit non plus dramatique (Somme, Ardennes, Territoire-de-Belfort, Loire), même si c’est bien sûr mauvais dans le Gard et l’Hérault; et ce alors même que, répétons-le, il n’y a pas eud ‘accord équivalent à celui de 1988 et pas de désistements réciproques « sauvages » sauf dans un cas pour l’UMP (et un pour le FN);
mais il n’est pas non plus certain que le « ni ni » ait quelque chose à voir là-dedans: les électeurs ne sont pas forcément sensibles à ces subtils positionnements entre partis et ils rallient tout simplement leur camp naturel au second tour. Dans le sens inverse, les préventions de nombreux électeurs UMP à l’égard du FN ou leur disparition, selon les cas, créent, hors de toute consigne d’appareil, une réalité qui n’est pas aisée à gérer, mais qui reste sur le plan tactique et électoral.

Le problème n’est donc pas si essentiel que cela (au sens de « touchant à l’essence de la droite »). Il tient davantage à une stratégie de long terme, pas forcément à une question d’idéologie (l’UMP ne peut être qu’une « grande maison » si elle veut rester unie et donc laisser cohabiter NKM et Longuet ou Méhaignerie et Mariani). De ce point de vue, un positionnement rigoureux sur le plan budgétaire et économique et ferme sur les questions sociétales et sécuritaires est largement suffisant. Nul n’est besoin d’en « rajouter »… La prudence est probablement recommandée sur l’Europe. A l’inverse, les relations avec le FN n’ont aucune raison de changer: pas de contact avec ce parti et attitude « décontractée » car simple, claire et ferme sur le sujet. Ce n’est pas évident étant donné la cacophonie interne à l’UMP et la pression médiatique, mais ce serait probablement la voie idéale.

Mais l’UMP ne résiste déjà pas aux délices habituels des divisions de la droite. Ce n’est pas anormal de s’écharper; le problème, c’est que tout devient immédiatement personnel et « total » à droite. L’extrême division, au sein même de chacun des grands ensembles, prend une tournure « barons du gaullisme »,  giscardo-chiraquienne ou chiraco-balladurienne qui ne peut manquer d’inquiéter profondément l’électeur de droite. L’éventuel retour de Villepin (:P), l’omniprésence médiatique de personnalités aux propos incontrôlables (Dati, Moreno, Bachelot, Jouanno, Estrosi,…) ne facilitent pas les choses et contribuent à cette guerre « totale » qui s’amorce.

Surtout que la bataille se déroule « à tous les étages ». Les batailles à l’intérieur de la bataille, pour les postes subalternes (SG, vice-président délégué, secrétariats nationaux, chefs de « mouvements ») expliquent les désaccords NKM-Pécresse d’un côté, les divergences Raffarin-Hortefeux de l’autre, ou l’apparente autonomisation de Bertrand à l’égard de Fillon ou de Baroin à l’égard de Copé. Les articles 26 et 27 des statuts de l’UMP prévoient bien des « tickets » Président-Vice-Président délégué-Secrétaire Général, à élire en même temps au scrutin majoritaire à deux tours (avec qualification des 2 tickets arrivés en tête, sans possibilité de pananchage, nous dit l’article 25 du règlement intérieur).

Wauquiez jusqu’à la semaine dernière, NKM, même Bertrand menacent de « se compter », mais c’est pour tenter de mieux se « vendre » à Fillon. Il en est de même de l’autre côté pour Baroin ou Raffarin, Le Maire pouvant apparemment se rallier à chaque camp et Chatel essayant d’abord de structurer son courant, tandis qu’Apparu joue la carte Juppé et que Pécresse, en étant la première d’importance à se positionner ouvertement, joue la récompense à venir si Fillon l’emporte (un peu comme certains hollandais historiques, comme Valls entre les deux tours de la primaire ou comme Fillon en 2005 auprès de Sarkozy). D’ailleurs, certains ralliés (Wauquiez d’un côté, Chatel ou Baroin de l’autre, Le Maire au milieu) pourraient très bien présenter quand même une motion au Congrès, afin d’avoir un mouvement, soit pour mieux peser sur leur leader, vainqueur, soit pour pouvoir se retourner en cas de défaite du leader et… prendre déjà sa place.

L’atomisation pourrait cependant être plus limitée que redouté: certains auront du mal à mettre à exécution leur menace de se présenter. En effet, il ne faut pas oublier que, pour être candidat, il faut réunir la signature de 3% des adhérents, ce qui représente 7500 à 7800 personnes à convaincre dans au moins 10 département différents… Sachant que les candidatures devront être déposées au plus tard mi-septembre (2 mois avant le Congrès)… De même, il n’y aura pas autant de mouvements que ce qui nous est annoncé: l’article 16 des statuts de l’UMP prévoit qu' »un mouvement peut être constitué dès lors que sa déclaration de principe a été parrainée par un nombre minimum de 10 parlementaires de l’Union, représentant au moins dix fédérations départementales, et a recueilli au moins 10% des suffrages exprimés au Congrès« . NKM, Baroin, Karoutchi pourraient avoir quelques soucis à atteindre l’un ou l’autre de ces critères, a fortiori Le Maire. Le courant libéral (Chatel, Longuet, Novelli, Tabarot,…), la Droite moderne, ne devrait pas avoir de difficulté, ni ceux de la Droite sociale (Wauquiez) et de la Droite populaire (Mariani). J’ignore si la Droite humaniste se recomposera pour tenir compte de NKM d’un côté, de Raffarin de l’autre, voire de Bertrand. Quant aux gaullistes et chiraquiens, la cohérence entre Karoutchi, MAM, Baroin, Le Maire n’apparaît pas clairement.

J’ai déjà spéculé sur les différents courants et nous aurons l’occasion d’y revenir, mais si les principaux protagonistes ne se lancent pas (Copé, Fillon, Juppé n’ont aucune obligation d’appartenir à un mouvement) et si les pré-requis pour simplement se présenter aux suffrages du Congrès sont trop difficiles à réunir, le nombre final de mouvements risque d’être un peu décevant pour le « fanatique » de cuisine interne des partis😉
L’absence d’obligation de rallier une motion, contrairement à ce qui se passe au PS, risque aussi d’empêcher de bien mesurer les équilibres internes (un peu comme lorsqu’existe au PS une motion de la direction regroupant les principaux courants) et de survaloriser des mouvements minoritaires, les adhérents pensant qu’il faut forcément en soutenir un ou en soutenant un tout simplement pour qu’il puisse s’exprimer mais sans adhérer à toutes ses propositions.

Sur le plan de l’affrontement majeur, Copé-Fillon, à ce jour, Fillon a probablement perdu du terrain par rapport à la situation pré-législatives:
– Bertrand n’a pas sérieusement inquiété Jacob,
– le flux de sondages s’est tari et ne « porte » plus l’ancien Premier ministre,
– son attitude très personnelle et peu chaleureuse à l’égard de ceux qui peuvent le rallier (Bertrand, Le Maire,…) n’est pas de nature à élargir ses minces réseaux internes,
– dans un paysage trop atomisé, c’est davantage Juppé que Fillon qui pourrait s’imposer comme un recours et un « pape de transition », en attendant le vrai combat de la primaire de 2016.

Mais Copé n’est pas entièrement solide:
– la fragmentation atteint aussi son propre camp: Chatel, Longuet et Novelli à la manoeuvre et pas forcément uniquement pour le compte de Copé; Baroin et Le Maire non contrôlés; Raffarin en désaccord sur le fond même si toujours allié objectif; Morano et Dati plutôt contre-productives; structuration des sarkozystes; Droite populaire grincheuse, frustrée et risquant de « bouder » à force d’être stigmatisée;
– le ralliement de Ciotti à Fillon, même s’il ne remet pas en cause, à ce jour, le probable tropisme des Alpes-Maritimes vers Copé (Estrosi n’aime ni Copé ni Fillon mais déteste probablement encore davantage ce dernier), est intéressant car il montre une capacité « attrape-tout » de Fillon que Copé ne possèdera jamais et qui avait fait, en son temps, l’attrait de DSK puis de Hollande;
– même s’il bénéficie d’une forme de soutien indirect (et objectif) de médias de gauche (certains articles du Monde ou de Libération sont édifiants) qui accentuent les faiblesses de Fillon (adversaire plus gênant pour la gauche que Copé, évidemment…), l’ambiance générale reste favorable à ce dernier, surtout avec les ralliements médiatisés et échelonnés de Pécresse et Wauquiez;
– le caractère désordonné du débat (Pécresse défendant Sarkozy et même Buisson mais ralliant Fillon; Raffarin critiquant le « ni ni » et revendiquant le droit d’inventaire mais restant objectivement copéiste; Bertrand détestant Copé mais hésitant à l’égard de Fillon; Bachelot qui défend Sarkozy contre Sarkozy ou qui critique 2012 en s’appuyant sur 2007; ceux qui critiquent Sarkozy mais refusent l' »inventaire » et ceux qui veulent l' »inventaire » mais encensent Sarkozy;…) ne plaide pour le moment pas pour sa maîtrise de l’appareil et l’agitation autour des « mouvements » pourrait l’avoir quelque peu dépassé.

On s’oriente donc vers une bataille entre la popularité extérieure et « généraliste » de Fillon et la combativité interne et mieux ciblée de Copé. Au PS, Royal avait triomphé de Fabius et Hollande a battu Aubry. Pourtant, Copé reste fort, appuyé sur l’appareil et sur des inimitiés fortes qui existent à l’égard de Fillon chez de nombreux apparatchiki; quant à la personnalité, il est certain que Fillon n’est pas le mieux armé, même si, après tout, le candidat « normal » a longtemps été décrié et sous-estimé…

Dans ce jeu, Juppé a probablement « loupé le coche », car il est intervenu trop tôt tout en n’allant pas jusqu’au bout: Fillon l’a « grillé ». Or, pour que Juppé prospérât, il aurait fallu qu’il attendît sur l’Aventin une guerre civile totale. Là, il s’est dévalorisé tout en ne préemptant pas l’aile modérée de l’UMP. En outre, l’idée d’un président-sage ou arbitre est totalement antinomique de toute l’histoire de la droite depuis Pompidou. La droite a toujours voulu un vrai chef qui soit aussi son candidat et le RPR -le véritable ancêtre de l’UMP- en a toujours eu un; même l’UDF fut créée en ce sens.

Certes, le président de l’UMP ne sera élu que pour 3 ans (curieux…) et, en 2015, il faudra peut-être tout remettre sur le métier, surtout si Copé perd. Mais de bonnes élections locales et européennes en 2014 devraient conforter le vainqueur de cet automne et lui éviter le retour de… Sarkozy.

3 réflexions sur “L’après-législatives: le PS a tous les pouvoirs et tous les problèmes, l’UMP entame son opposition de la plus mauvaise des manières

  1. Décidément, les arcanes de la cuisine interne à droite sont d’une complexité dérountante. Chapeau bas pour ta capacité à t’orienter dans cet imbroglio !

    Quoiqu’il en soit, c’est une situation intéressante qui se profile à l’horizon. J’ai quelques désaccords (sur la situation par rapport au FN, déja évoquée, sur le sérieux d’une hypothèse de « comeback » sarkozien, etc) mais globalement c’est très convaincant. Maintenant, je vais profiter du spectacle (avant que les vrais ennuis ne commences pour la gauche, ce qui, sauf miracle, ne saurait tarder).

    • Les perquisitions médiatiques chez Sarkozy donnent un ou deux jours de répit supplémentaire, mais déjà, ce mercredi, le PLFR va faire « atterrir » une partie de la gauche.
      Mais le PLFI et le PLFSS de cet automne vont signer la fin du hollandisme. D’ici là, Mélenchon aura mangé quelques vitamines, sucé quelques pastilles et éliminé quelques communistes et il repartira comme en 40 !

      Sur Sarkozy, je ne pense pas qu’il reviendra, je pense qu’il tentera de revenir mais sans y parvenir, c’est tout.
      L’association des amis de Sarkozy a déjà prévu ses modalités de financement… Etonnant, non ?🙂

  2. M. Fillon, il faut le reconnaître à beaucoup de qualités. Compétence, sérieux, humanisme, calme, modestie (et simplicité si j’étais socialiste). Le hic c’est que je le trouve à l’image d’un F. Hollande, un peu trop “normal“. Un peu trop sujet à l’évitement en cas de conflit. Il donne l’impression d’être porté sur le flou et le secret par apport à ses véritables pensées ou intentions. Il me donne le sentiment d’être un très bon premier ministre, il l’a prouvé, je ne suis pas certaine qu’il ait l’étoffe d’un président. Celui-ci se doit de faire preuve en toutes circonstances d’autorité pour diriger et trancher. Au vu de ces critères M. Copé ou M. Juppé me semblent mieux correspondre à l’idée que je me fais du président de mon pays.

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