Election à la présidence de l’UMP: stabilisation générale

1. La bataille des parrainages se termine sur l’échec de Copé à reprendre l’avantage. Certes, il semble avoir refait son retard, avec un rapport de 46 000 contre 47 000. Mais, autant le chiffre de Fillon ne sera jamais connu précisément, autant le chiffre précis de Copé ne l’est que formellement:
– l’huissier est-il déjà intervenu avant le dépôt d’une partie des parrainages à l’UMP ?
– l’huissier n’était pas en mesure de certifier la validité des parrainages, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les manipulations,
– le camp Copé a retenu des parrainages jusqu’au samedi suivant le mardi jour de dépôt: à ce compte-là, combien de parrainages étaient-ils valables et pourquoi ne pas accepter les candidatures de Le Maire et NKM qui, mardi, étaient finalement assez proches du but ?

L’essentiel est en fait que Fillon a réussi à passer sans dommages à travers cette épreuve des parrainages, qui aurait pu remettre les deux camps sur un pied d’égalité.

2. Il peut donc aborder la phase suivante plus sereinement, d’autant que les sondages sont stables.

La dernière livraison nous vient d’Harris Interactive, qui n’avait pas encore sondé sur la présidence de l’UMP et qui l’a fait, du 20 au 22 septembre 2012, auprès d’un échantillon total de 1484 personnes, pour le compte de 20 Minutes.

A la question de la personnalité que l’on souhaite voir élue, il a été répondu, respectivement par l’ensemble de l’échantillon, les sympathisants de droite et ceux de l’UMP:
Fillon 45 / 71 / 71
Copé 13 / 21 / 23
aucun 41 / 8 / 6
ne se prononce pas 1 / 0 / 0

et auprès des sympathisants MoDem, ARES (disons UDI désormais !) et FN:
Fillon 49 / 75 / 44
Copé 9 / 12 / 19
aucun 36 / 12 / 37
ne se prononce pas 7 / 0 / 0

et parmi les électeurs de Sarkozy, Bayrou et Le Pen:
Fillon 69 / 64 / 43
Copé 22 / 6 / 19
aucun 9 / 27 / 38
ne se prononce pas 3 / 0 / 0

Ainsi, est de nouveau confirmé le positionnement plus modéré de Fillon, mais aussi sa très bonne tenue au fur et à mesure que l’on se rapproche du coeur de l’UMP. A l’inverse, Copé ne parvient pas vraiment à être plus performant à l’extrême-droite ou chez les électeurs de Sarkozy. Le côté technocratique et arrogant de Copé peut ici clairement le desservir, voire un aspect « bling-bling » ou quelques relents antisémites.

La plus-value électorale de Copé est donc faible, alors que Fillon est en mesure de mordre largement au centre-droit et au centre, sans perdre trop à droite ou même à l’extrême-droite. Cet argument de l’attrape-tout peut encourager les adhérents à privilégier l’efficacité électorale (au moins supposée).

D’ailleurs, à la question de savoir si l’élection de Fillon serait une « bonne chose », les sympathisants UMP répondent positivement à 69% contre 3% (28% ni bonne ni mauvaise). Pour l’élection de Copé, les chiffres ne sont que de 31% contre 14% (et 54%). Cela confirme peut-être l’intégration de ce critère d’efficacité électorale potentielle dans une présidentielle.

Plus précisément, à la question de savoir si une élection à la présidence de l’UMP constituerait un premier pas vers la candidature en 2017, les sympathisants UMP répondent selon un éventail 31/55/13/1 pour Fillon et 21/50/24/5 pour Copé (certainement, probablement, probablement pas, certainement pas). Cette question est certes ambiguë: certains peuvent la comprendre de manière « distante » et analytique, en projetant ce que l’élu lui-même ferait de sa victoire; d’autres peuvent simplement juger, à titre personnel, que cela donnerait une légitimité telle que la candidature de 2017 en découlerait logiquement. Toutefois, cela montre une plus forte légitimité, réelle ou projetée, accordée alors à Fillon.

De manière désormais classique, le soutien à Fillon progresse avec l’âge, le diplôme et la CSP. Copé n’a pas vraiment de points forts, même s’il enregistre quelques points supplémentaires chez les jeunes, les artisans-commerçants voire, de manière surprenante, les ouvriers.

La mobilisation potentielle pour Fillon est donc bonne, puisque les électeurs âgés sont normalement les plus susceptibles de voter. En outre, en fonction de l’intérêt porté à la compétition (« beaucoup », « assez », « pas vraiment », « pas du tout », respectivement), le soutien pour Fillon reste fort:
Fillon 72 / 70 / 53 / 22
Copé 27 / 17 / 15 / 5
Même si Copé est plus fort chez ceux qui s’y intéressent beaucoup, Fillon reste très haut.

En sens inverse, parmi les électeurs de Fillon, 10% s’intéressent beaucoup et 31% assez, tandis que chez Copé, les chiffres sont de 13% et 28%: des totaux équivalents, avec un léger avantage à Copé. Rien d’aussi massif de ce que veulent faire accroire les copéistes, donc.

Au final, ainsi que le montre notre graphique, la prédominance de Fillon se stabilise et n’a pas été affectée par l’épisode des parrainages, les seules incursions en dessous d’un rapport de forces 70-30 étant dues à la présence d’un tiers important (Juppé ou Sarkozy) ou au fait que c’était la préférence pour la présidentielle de 2017 qui était sondée:

3. La prochaine étape importante sera celle des débats télévisés. Plus acculé, Copé risque d’être plus violent et agressif (ses proches disent qu’il a été naïf sur les parrainages… ils vont le faire passer pour gentil, bientôt ! Cela promet des coups bas et durs pour la suite…). Ainsi, l’avantage de Fillon pourrait bien perdurer, surtout qu’il lui suffit, à lui, de taper sur l’ambulance hollando-écolo-socialiste pour ne pas paraître trop « mou ».

Les débats seront d’autant plus importants que la campagne de terrain a tellement accéléré, même de la part de l’estropié Fillon, que, avant le 18 novembre, tous les adhérents auront potentiellement pu approcher les deux hommes.

D’autant plus également que les ralliements se tarissent. Certes, Fillon est soutenu par Balladur, mais je doute de l’impact majeur de ce ralliement… sauf peut-être sur les plus de 65 ans en Ile-de-France et dans les Savoies…

J’en profite pour actualiser ma carte de pronostics « à l’instinct » (qu’Eric Dupin, sur Slate, a citée à ma grande surprise, me faisant grand honneur, même si d’aucuns apparatchiki de l’UMP auraient probablement plus de vista que moi… mais, que voulez-vous, ils n’en font pas, eux, de jolies cartes en couleur ! 😉 ou seulement dans le secret des QG de campagne):

Sinon, Juppé semble vouloir se réfugier dans le non-alignement, ce qui entraînerait peut-être Baroin (surtout, ne pas insulter l’avenir…), Apparu, Accoyer, MAM (malgré son compagnon Ollier), voire NKM à faire de même et à ne pas se prononcer et confirmerait Le Maire dans son refus affiché de ne pas se prononcer. Ne resterait plus alors que Bertrand, que l’on voit mal tomber ailleurs que chez Fillon et qui, de toute façon, n’aurait pas un effet décisif, même si un ralliement à Copé redonnerait sûrement de la dynamique à ce dernier.

Toutefois, le monde journalistique semble apprécier l’humour actuel et la sérénité de Fillon, tandis que Copé, trop sarkozyste et pas assez sarkozyen (trop droitiste, sans avoir le « charme » qui a pu opérer en 2007 sur l’aréopage des journaleux qui le suivaient, même de gauche), ne passe décidément pas très bien dans la presse. Certes, Le Figaro, derrière les Dassault, pourrait favoriser Copé in fine, mais ce n’est pas encore flagrant. Mais, globalement, il semble de plus en plus difficile pour Copé de regagner de la dynamique, tant les journalistes-commentateurs-experts (ceux des services politiques qui se font aussi éditorialistes ou commentateurs de talk-shows) insistent sur « la machine Copé qui n’accroche pas ».

4. J’en reste là pour aujourd’hui et je prends le risque de promettre quelques supputations prochaines sur:
– les différentes hypothèses de victoire à latête de l’UMP et pour les 4 ans qui vont suivre, jusqu’aux primaires,
– les espoirs de la droite pour 2017 et surtout 2022,
– les espoirs de la gauche pour 2017 et surtout 2022,
le tout à l’aune d’un système américanisé, avec la nécessité d’intégrer les élections intermédiaires mais aussi un facteur bien français: le parasite FN.

Election à la présidence de l’UMP: bonne tenue de Fillon dans la bataille des parrainages

1. So far, so good… Ma foi, Fillon doit se dire qu’il ne lui reste plus que l’épreuve médiatique des débats à franchir avant de remporter la présidence de l’UMP.

La grande nouvelle du jour est en effet que Fillon aurait atteint les 45 000 parrainages, coiffant sur le poteau et à la surprise générale un Copé à un peu plus de 35 000… Or, reprendre la main et relancer la dynamique par une victoire symbolique sur les parrainages était bien l’objectif premier de Copé.

Au surplus, on peut considérer sans risque majeur d’erreur que Fillon aurait été majoritaire parmi les 8 200 parrainages de Bertrand, les 7 200 de Le Maire (joli score et peu éloigné de la barre des 7 924), les 6 700 de NKM. Certes, le camp Copé a peut-être « joué » à faire soutenir d’autres candidats « modérés », susceptibles d’affaiblir Fillon; mais cela doit être marginal: nous ne sommes plus à l’époque Pasqua et Copé lui-même avait besoin du maximum de parrainages pour ne pas en gaspiller trop par des manoeuvres excessivement compliquées.

En ne prenant en compte que les parrainages des deux candidats, le rapport de forces est de 56-44. Nous sommes loin des résultats des sondages, mais, avec une meilleure proportion de fillonistes dans les parrainages de Bertrand, NKM et Le Maire, on se rapprocherait d’un score plus probable de 60-40 (sans cependant atteindre les 66-34 en additionnant Fillon, Bertrand, NKM, Le Maire).

Pour le Nouvel Observateur, LH2 a sondé un échantillon de 969 personnes, les 14 et 15 septembre, pour savoir qui serait « le plus capable de faire gagner la droite » en 2017. Respectivement parmi l’ensemble des répondants, parmi les sympathisants de droite, ceux de l’UMP et les électeurs de Sarkozy, les résultats sont les suivants:
Fillon 37 / 32 / 32 / 34
Copé 15 / 18 / 21 / 15
Sarkozy 27 / 40 / 43 / 46
aucun 11 / 5 / 1 / ?
ne se prononce pas 10 / 5 / 3 / ?

Pour notre graphique, je ‘en retiendrai qu’un rapport de forces de 60-40, justement, entre Fillon et Copé.

Bien sûr, cela introduit d’emblée l’incertitude sur le retour de Sarkozy et sa capacité à convaincre les adhérents de l’UMP et les électeurs de droite. Mais, autant je suis convaincu de sa volonté et de sa future tentative de revenir, autant ce sondage se révèlera faux:
– nous ne sommes qu’à 4 mois et demi de l’élection,
– les médias, même de gauche, ne peuvent s’empêcher de parler de leur « personnage » favori, Sarkozy, ce qui contribue à faire durer le sillage de son quinquennat,
– les « affaires » ne l’ont pas encore totalement rattrapé,
– les électeurs de la primaire UMP de 2016 seront d’abord pragmatiques et constateront l’avantage relatif de Fillon dans un second tour de présidentielle,
– Fillon va peut-être contrôler l’appareil UMP et sera le « premier opposant »,
– comme aux USA, il faut un peu de temps avant que le candidat battu s’efface des hypothèses pour l’élection suivante,
– comme aux USA, l’échec ne pardonnera plus dans le système présidentiel français.

Certes, Sarkozy ne reculera devant rien (utilisation de « leurres » pendant 4 ans tels que Bertrand, Copé ou Dati; exploitation d’une éventuelle déception aux municipales de 2014; pressions psychologiques et personnelles contre un Fillon qu’il connaît bien; primaire dure;…). Mais, normalement, il retombera dans les travers qui l’ont déjà perdu.

2. Mais fermons la parenthèse 2017 (on y reviendra), revenons au présent et constatons que Fillon, après l’amateurisme de l’été, dégage une certaine force tranquille, faite de pondération, d’humour et de rigueur sur le fond, qui tranche avec un certain patinage chez Copé, qui a tenté de s’adoucir, qui vient de tenter l' »émotion » sur les parrainages et qui teste tous les angles d’attaque sur Fillon.

Fillon a tranquillement annoncé son « ticket« : Wauquiez vice-président, Pécresse SG (pas forcément une bonne idée, car un Wauquiez aurait mieux réussi dans ce poste de « soutier en chef »), Ciotti SG adjoint. Il ne s’embarrasse pas de conserver des places pour Bertrand et Juppé (la présidence du conseil national ne peut suffire à tout le monde…) et se permet de ne pas faire apparaître Estrosi. Certes, il peut toujours promettre le futur porte-parolat, mais il n’éprouve pas le besoin d’élargir son socle de départ.
On aurait pu penser qu’il ferait de cette annonce un « événement » plus important, mais il semble se tenir à une ligneplus personnalisée, ce qui est peut-être plus clair.

Même lorsqu’une mauvaise surprise surgit (Morano finalement dans le camp Copé – comme prévu initialement, ceci étant dit), il semble toujours avoir des ressources pour l’effacer et éviter qu’elle n’entame sa dynamique (ainsi, Longuet et Ollier soutiennent aussi Fillon, après Bussereau et Lancar).

Copé n’a ainsi toujours pas réussi à inverser la dynamique et cela peut avoir des conséquences négatives pour la suite, même s’il reste précisément 2 mois de campagne, soit une quasi-éternité:

– les vrais hésitants pourraient ne pas prendre trop de risques et rallier Fillon, au vu du soutien militant inattendu qu’il a reçu: Bertrand, Juppé, MAM ne sont pas des casse-cous et ils devraient logiquement suivre le vent dominant; d’ailleurs « POM » (Ollier) semble rouler pour Fillon, ce qui anticipe peut-être le ralliement de MAM;
pourquoi l’arriviste Baroin ne ferait-il pas la même chose ? (c’est peu probable, et pourtant…);
NKM et Le Maire sont logiquement plus proches de Fillon;
Le Maire pourrait faire parler les liens personnels, mais le fait qu’il ait signé la motion « Boîte à idées » avec Jouanno, Gaymard et Apparu (2 fillonistes et 1 juppéiste) est peut-être une indication inverse; certes, il a dit solennellement qu’il ne choisirait pas, mais c’est difficile à croire; NKM a été moins solennelle et, comme Guaino, finira bien par dire quelque chose;
une unanimité des 3 autres candidats potentiels aurait un air de 1er tour de primaire socialiste, lorsque Martine Aubry n’avait reçu le soutien d’aucun candidat non qualifé pour le 2nd; là encore, c’est affaire de dynamique;

les médias ne font qu’amplifier les dynamiques, surtout lorsqu’elles les surprennent et les prennent à revers de leurs anticipations, ce qui est le cas sur les parrainages;

Copé va être contraint d’attaquer davantage, notamment lors des débats, ce qui fera resurgir l’image sarkozyenne d’agressivité et d’agitation qu’il tentait récemment de dissiper; il n’aborde pas cette nouvelle phase en ayant « remis les compteurs à zéro » et ce n’est pas du tout à son avantage;

– le haut niveau des parrainages et le longueur de la campagne encore à venir laissent entrevoir une forte mobilisation des adhérents de l’UMP le 18 novembre prochain, bien supérieure aux 140 000 qu’annoncent les commentateurs: le seuil des 200 000 votants pourrait bien être dépassé; l’équipe Copé elle-même avait d’ailleurs dit qu’un parrain mobiliserait un électeur de plus…;
or, une forte mobilisation signifie un électorat plus large et, a priori, plus favorable à Fillon car plus éloigné du coeur ultra-militant et plus « dur » politiquement;

la dynamique des motions pourrait ne pas être si favorable à Copé; certes, tous les leaders ont pris leurs précautions, mais, quand même, la motion Raffarin-Chatel est largement menée par des copéistes (un paradoxe quand cette motion est plutôt censée être une sorte d’UDF interne…);
or, sa bonne tenue dans les sondages pourrait être contrecarrée par la motion de Wauquiez (qui sera perçue comme filloniste, à tort ou à raison) et par la motion Le Maire et alii (sur la base de la bonne colecte de parrainages pour Le Maire mais aussi NKM);
les autres motions auront davantage de mal à être étiquetées copéistes, les « gaullistes » étant plus identifiés à MAM qu’à Karoutchi et la Droite populaire étant sourcilleuse sur son indépendance et sa spécificité;
la Droite forte (Peltier et les sarkolâtres) pourrait l’être davantage mais sera probablement noyée dans le nombre important de « mouvements » potentiels.

Je précise d’ailleurs que je n’ai pas accordé beaucoup d’importance aux motions, car, contrairement au PS, elles ne seront pas « exhaustives »: un adhérent n’est pas contraint de suivre une motion particulière, un membre du conseil national n’a pas obligation de « s’affilier » et toutes les motions ne se transformeront pas en « mouvements ». Il est probable que leur physionomie sera largement dictée par le résultat du duel Fillon-Copé et non l’inverse.

Finalement, il est peut-être temps de commencer à croire en la victoire de Fillon… 😉

Election à la présidence de l’UMP: stabilité des sondages et inutilité de Xavier Bertrand

1. La dernière livraison de l’IFOP pour Paris-Match (sondage réalisé les 6 et 7 septembre 2012 auprès d’un échantillon total de 1007 personnes) ne repose pas sur un questionnement direct pour la présidence de l’UMP, mais sur la « préférence pour une personnalité » et donc s’en rapproche clairement et, comme pour les trois précédents « tableaux de bord », je l’intègre dans notre graphique général du rapport de force Fillon-Copé:
Fillon 73 (+3)
Copé 25 (+1)
ni l’un ni l’autre 1 (-5)
ne se prononce pas 1 (+1)

Fillon est proportionnellement plus fort avec l’âge et recrute dans toutes les catégories de diplômes. Il est moins fort chez les ouvriers (62-33) et, marginalement, chez les commerçants et artisans (67-29).
La seule évolution de moyen terme décelable est l’évolution « politique », avec une situation davantage de centre-droit pour Fillon, qui était moins marquée avant l’été: 62-36 chez les électeurs FN et 64-32 chez les électeurs Le Pen, mais 74-19 chez les électeurs PS et 91-8 chez les électeurs Bayrou.
Toutefois, il reste fort dans le coeur de l’électorat UMP: 71-27 chez les électeurs Sarkozy.
Chez les électeurs PCF-PG, le rapport est de 65-16.

Publié avant-hier, le sondage IFOP pour Atlantico.fr est plus intéressant, mais donne exactement le même rapport de forces. Réalisé du 11 au 14 septembre 2012 auprès de 428 sympathisants de l’UMP (extraits d’un échantillon total de 2012 personnes), il donne
Fillon 59 (-3)
Copé 20 (-1)
NKM 6 (+2)
Le Maire 4 (+2)
Bertrand 3 (+2)
Guaino 1 (+1)
aucun 7 (-3)

Malgré un grignotement de chacun des petits candidats, le duel majeur n’est pas remis sérieusement en cause.
Dans le détail, les caractéristiques de l’électorat potentiel de chacun sont comme immuables.
Fillon est quasiment d’autant plus fort que l’âge est plus élevé: toujours un bon élément en termes de mobilisation potentielle.
Il est fort dans toutes les CSP, sauf chez les ouvriers (Copé est à 36%) et les « autres inactifs », soit les étudiants et les chômeurs (Copé à 25%), catégories de toute façon peu représentées à l’UMP et moins susceptibles de se déplacer. En termes géographiques, si Le Maire est relativement bon dans les communes rurales (8% – même score chez les retraités), Fillon fournit un score étonnant en Ile-de-France: 64-17 contre Copé. Mais, ici, l’écart entre sympathisants et militants peut être très fort, encore davantage que dans toutes les provinces.

La prédominance sondagière de Fillon se poursuit donc, sans grand changement, avec toujours le même bémol: ce sont bien des sympathisants déclarés qui sont sondés, non les adhérents de l’UMP, ceux qui iront voter.

Il paraît peu envisageable que le rapport soit inversé ou même que Copé soit légèrement au-dessus de Fillon, à 51-49. Si les sondages devaient se stabiliser ainsi jusqu’à la fin, le rapport de forces final serait probablement de 60-40, celui qui permet d’affirmer qu’une victoire est solide et légitime:
Jospin-Emmanuelli  (primaire de 1995) 65,8/34,2
Alliot-Marie-Delevoye (présidence du RPR de 1999) 62,7/37,3
Pécresse-Karoutchi (primaire régionale de 2009) 59,9/40,1
Le Pen-Gollnisch (présidence du FN et primaire de 2010) 67,7/32,3
Joly-Hulot (primaire de 2011) 58,2/41,3
Mélenchon-Chassaigne (primaire de 2011) 59,1/36,8
Hollande-Aubry (primaire de 2011) 56,6/43,4.

Il paraît donc difficile de croire que l’on pourrait se retrouver dans le scénario du PS en 2008 (Aubry-Royal).
Et pourtant…

2. La « bataille des ralliements » continue de battre son plein. L’incertitude continue notamment de peser sur le positionnement de Juppé et, de manière secondaire, de Bertrand, Le Maire et NKM.

Cela fait beaucoup d’inconnues et Copé, tant auprès de Juppé que de Le Maire et, évidemment de Baroin, conserve une capacité de conviction importante.
A l’heure actuelle, la période n’est pas faste pour Copé car, après Estrosi et Morano, Fillon a réussi à arracher Bussereau et Lancar à l’autre camp. Concrètement, ce ne sont pas des super-poids lourds. Mais, localement, Bussereau peut compter dans une fédération (Charente-Maritime), dont nous avons vu qu’elle n’était pas négligeable, et dans une région où il est en mesure de contrebalancer en partie l’influence de Raffarin.
Quant à Benjamin Lancar, il dirige quand même les Jeunes Pops, dont nous venons de voir qu’a priori, ils étaient largement copéistes. Et il représente justement une « force militante »: à force, l’argument de Copé sur « les militants contre les barons » ne pourra quand même plus trop tenir.
Surtout, dans l’un comme dans l’autre cas, tout concordait pour les inscrire parmi les soutiens de Copé. D’ici à ce que la même surprise ait lieu sur Le Maire ou même Baroin…

Quant à Xavier Bertrand, il semble avoir tout faux. Il a encore réussi à repousser le jour de sa décision, en entretenant artificiellement le suspense sur sa candidature. Aujourd’hui, il veut monnayer son ralliement et fait peser une pseudo-menace avec sa candidature à la primaire de 2016… Quelle arme nucléaire quand on voit son niveau dans les sondages… De l’art de rentabiliser au maximum ses 3-4%… Mais, à force de se faire désirer, plus personne ne l’attendra et la vraie campagne débutera sans lui, entre le 18 septembre et le 5 octobre. Il apparaît un peu comme la grenouille voulant se faire plus grosse que le boeuf…

(Nous reviendrons sur la perspective de 2016-17, mais constatons d’ores et déjà que nous sommes, électoralement parlant, dans une optique désormais totalement américaine, conséquence logique et prévisible dès 2000 avec l’adoption du quinquennat.)

Encore davantage que les ralliements, la « bataille des parrainages« , à partir de demain, sera sûrement utilisée par Copé pour tenter d’amorcer une dynamique inverse.

Les copéistes annoncent qu’ils sont au-delà des 20 000 parrainages, tandis que les fillonistes seraient aux environs des 15 000. Mais nous ne saurons en réalité jamais véritablement combien de parrainages valides chaque candidat aura reçus, puisque la COCOE (commission d’organisation) ne publiera que la liste des candidats retenus, sans le nombre de parrainages validés, sur le modèle du Conseil constitutionnel en matière d’élection présidentielle.

Certes, les copéistes ont dit qu’ils tiendraient les parrainages à la disposition de journalistes pour prouver leurs dires (et la confidentialité ? ils optent maintenant plutôt pour un constat d’huissier…), mais il est certain qu’il y aura un peu d’intoxication, probablement comme Xavier Bertrand, avec ses sacs censés contenir 8 200 parrainages.

Surtout, étant donné la différence sociologique des électorats potentiels de Fillon et de Copé, il y a fort à parier que les copéistes sont plus mobilisés que les fillonistes: ainsi, une avance sur les parrainages aura bien un effet médiatique positif pour Copé, mais elle ne signifiera pas pour autant un rapport de forces équivalent dans l’ensemble des adhérents (déjà, je peux vous assurer que Fillon aura au moins 2 voix de plus que le nombre de ses parrainages 😀 ): c’est la même chose pour l’affluence aux meetings, qui n’annonce pas le résultat dans les urnes.

Toutefois, ce sont le ou les débats télévisés qui constitueront probablement le morceau de choix: la « bataille médiatique » reste la plus importante. La campagne de terrain restera sûrement importante, mais elle ne mobilisera que les déjà convaincus; elle peut avoir seulement un effet indirect, en convaincant les médias que la dynamique est plutôt chez l’un ou chez l’autre et en modifiant alors, éventuellement, le discours ambiant. Dans cette campagne de terrain, alors que Fillon n’est toujours pas débarrassé de ses cannes (on a dépassé les 15 jours, pourtant…), il apparaît néanmoins presque aussi présent que Copé, au moins sur le plan médiatique.

Les débats télévisés auront une possibilité d’influence essentielle car ils peuvent éventuellement modifier les traits d’image. Copé devance Fillon sur un seul trait, le dynamisme, mais justement peut en faire un levier en focalisant les choses sur le fonctionnement du parti. Toutefois, dans le contexte général, la stature, l’expérience et le positionnement rocardo-juppéo-barriste de Fillon lui assurent une forte avance.

De ce point de vue, la position de challenger de Copé est plus intéressante, car les médias (comme nous tous 😉 ) aiment le suspense et les « remontées fantastiques ». Ceci étant dit, les petites bisbilles internes au gouvernement, les premiers « pas de géant » de l’hypo-président, le Premier ministre déjà essoré pour certains, tout cela semble encore devoir agiter le microcosme pour quelques temps. L’essentiel pour Fillon serait que les médias continuent de traiter l’UMP comme une simple distraction, sans remettre en cause l’actuel bruit de fond d’une « victoire annoncée ».

J’ai cependant du mal à croire que cela tiendra 2 mois entiers, même avec le répit des vacances de la Toussaint. Or, si Copé parvient déjà à modifier son image médiatique, ce sera une grande partie du chemin, car la modification viendra alors parmi les adhérents et militants, plus réceptifs et réactifs que l’ensemble des sympathisants. Il n’a de toute façon rien à perdre et peut se permettre d’être plus offensif, de réclamer plusieurs débats et une formule en face-à-face et non en côte-à-côte et de continuer d’utiliser les relais de la logistique d’appareil (quand on reçoit, à 1 seconde d’intervalle, un SMS de JFC candidat annonçant une réunion locale et un SMS de JF Copé SG annonçant la bonne prise en compte de la réadhésion, on peut effectivement douter de l’impartialité totale de l’appareil du parti… 😛 ).

Et puis, je me répète sur ce point également, mais les médias de gauche pourraient se réveiller en faveur de leur « meilleur ennemi » (sachant que, de l’autre côté, le Figaro et Atlantico semblent tenir, pour le moment, sur une position de neutralité prudente et attentiste…).

A suivre dès demain…

Election à la présidence de l’UMP: que nous apprend la répartition des adhérents de l’UMP sur le territoire ?

1. Peu de Français sont syndiqués et peu de Français sont membres d’un parti politique. Le phénomène est général dans les pays industrialisés, mais il a toujours été plus marqué dans les pays occidentaux et en France en particulier.

L’UMP n’échappe pas à cette situation. Globalement, les adhérents de l’UMP représentent 0,3942% de la population française (en tous les cas, ceux à jour de cotisation au 30 juin 2012). Certes, il peut être factice de prendre en compte les Français âgés de moins de 18 ans, mais il n’y a pas d’âge légal minimum pour adhérer à un parti et aucune limitation ne figure dans les statuts de l’UMP (le PS indique 15 ans); d’ailleurs, dès l’instant où le représentant légal du mineur l’autoriserait, il n’y aurait de totue façon aucune limite, dans la mesure où il s’agit de la liberté d’association. Bref, les proportions retenues ici le sont par rapport à l’ensemble de la population.

Les regroupements en tranches « irrégulières » ont été effectués pour associer des départements plus similaires: j’ai scindé là où apparaissait un écart conséquent entre deux départements.

Plusieurs éléments paraissent régir la répartition territoriale des adhérents de l’UMP:

– comme élément modérateur, la présence d’un centre-droit fortement incarné sur le plan local semble avoir freiné l’implantation de l’UMP: Sauvadet en Côte d’Or, Leroy dans le Loir-et-Cher, Loos, Zeller, Bockel ou quantité de « divers droite », radicaux et centristes en Alsace; la Bretagne, le Nord-Ouest en général, mais aussi l’Eure-et-Loir, les Deux-Sèvres ou l’Aveyron (malgré la longue présence de l’atypique RPR Godfrain) ont des traditions UDF ancrées et qui ont probablement limité la progression de l’UMP;

– le gaullo-chiraquisme de jadis conserve encore quelques traces: franges occidentales du Massif Central, Périgord, façade atlantique du Sud-Ouest, Paris et les banlieues riches ou moyennes de la capitale. L’influence de quelque baron local du passé peut également constituer un élément d’explication possible: Lipkowski en Charente-Maritime, Ollier dans les Hautes-Alpes, Mancel et les vieux Dassault dans l’Oise, Galley dans l’Aube;

– de ce point de vue, des héritages ont pu se faire et de nouveaux barons prolonger l’influence de leurs aînés: Bussereau en Charente-Maritime, Marini, Woerth, Courtial et Dassault dans l’Oise, Copé en Seine-et-Marne (après Peyrefitte et Larché), Novelli et Peltier en Indre-et-Loire (après Royer), Baroin dans l’Aube, même Raffarin dans la Vienne (après Monory);

– l’influence de barons locaux plus « récents » n’est pas à exclure: Bertrand dans l’Aisne est l’exemple le plus frappant; mais aussi peut-être Chatel en Haute-Marne (bien que le sanctuaire du gaullisme puisse à lui seul expliquer cette situation);

– la politisation plus grande liée à l’urbanisation peut en partie expliquer les pourcentages élevés d’adhésion en Ile-de-France, dans le Rhône ou même en Loire-Atlantique (en comparaison de son environnement, dans ce dernier cas); à l’inverse, la faible implication politique dans des départements traditionnellement abstentionnistes (Nord-Pas-de-Calais, Moselle ou même Loire) se retrouve peut-être, aussi, dans la carte de l’UMP;

– mais c’est évidemment la droitisation du Sud-Est qui est extrêmement lisible, avec un arc Menton-Arles très puissant, mais aussi des terres plus à gauche où l’appartenance à l’UMP est forte: Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales, Vaucluse, en raison d’une prédominance RPR (ou DL « dure ») suivie d’un quasi-monopole UMP à droite. Le contraste avec l’Alsace-Moselle ou l’Orléanais, pourtant fortes terres de droite est frappant: c’est bien une droite boutiquière et industrieuse, mâtinée d’une droite de retraités héliotropiques, qui a investi en masse l’UMP.

Il faut bien sûr garder à l’esprit quelques précautions et nuances dans l’interprétation de ces chiffres. Le caractère restreint du nombre d’adhérents dans certains départements peut rendre le pourcentage fort variable (Saint-Pierre-et-Miquelon est largement en tête…). Dans les DOM et les COM, le manque de fiabilité de certains recensements peut altérer celle dudit pourcentage. En ce qui concerne les Français de l’étranger, l’inertie dans l’actualisation de l’immatriculation peut également conduire à fausser ledit pourcentage.

2. Tout cela reste cependant fort peu encourageant pour Fillon.

La forte présence provençale, azuréenne et languedocienne, représentative de la droitisation de l’UMP ne peut le favoriser, même s’il bénéficie là de ralliements de poids (Estrosi, Ciotti, Falco, Léonetti). Les contingents importants d’Ile-de-France, même dans des départements plus à gauche, sont loin d’être seulement le fait de cadres, professions libérales et professions intellectuelles plus fortement engagés; il y a bien une composante populaire « vindicative » qui tire vers la droite et sera plus attirée par la candidature Copé, d’ailleurs ouvertement revendiquée comme « populaire » et ancrée dans des terres « difficiles » (sous-entendu, de gauche et FN). Copé, en outre, est un voisin et cela peut encore renforcer ses probables bons scores en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, voire dans le Val-d’Oise.

Qu’il s’agisse de la droite boutiquière, des artisans-commerçants, ou de celle des retraités conservateurs et sécuritaires, cette « droite dure » se tournera plus naturellement vers Copé, même si Fillon peut rassurer le grand âge.
Qu’il s’agisse de la droite industrieuse, celle des entrepreneurs, dont le libéralisme la fera suivre des Chatel, Novelli et Mariton chez Copé, ou celle d’exploitants agricoles, pour qui la présence de Jacob chez Copé comptera, la tâche de Fillon sera rude.

Certes, Fillon peut espérer réaliser quelques percées chez les cadres supérieurs et entrepreneurs, plutôt en Ile-de-France ou dans le Lyonnais. Mais cela ne contrebalancera pas forcément les gros contingents dont il vient d’être question.

De plus, la faiblesse du nord-ouest, de l’ouest du grand bassin parisien, mais aussi de terres plus raisonnables et/ou plus traditionnelles du nord-est (Alsace, Bourgogne historique), ne peut que réduire la base de départ de Fillon, plus modérée.

Même dans des fédérations plus « mélangées » et équilibrées, Fillon risque de pâtir de ralliements nombreux du côté de Copé, soit de barons locaux (Oise, Indre-et-Loire), soit de l’appareil local (Rhône), ou de ralliements quasiment « contre nature » (Daubresse dans le Nord, Raffarin en Poitou-Charentes).

Certes, Fillon continue de rallier:
– Devedjian l’a bien entendu rejoint, mais c’est plutôt une… mauvaise nouvelle, tant Devedjian est un marginal dans son propre département,
Morano a créé une grande surprise en ralliant Fillon: là, en revanche, le jeu est peut-être réouvert en Meurthe-et-Moselle, même si Rosso-Debord est, elle, derrière Copé et même si un certain nombre d’adhérents modérés ont dû suivre Hénart dans l' »aventure » d’un parti radical indépendant de l’UMP,
– Teissier, à Marseille, ne se rallie que parce qu’il est l’ennemi des ennemis de Fillon (Gaudin, Deflesselles,…). Avec Valérie Boyer (que l’on a tort de résumer à une représentante supplémentaire de la Droite populaire et qui prend ici date, alors qu’elle aurait très bien pu être une solution habile de Gaudin pour le remplacer), il apporte toutefois une petit bouffée d’oxygène à Fillon dans les Bouches-du-Rhône, ce qui « libèrera » sûrement le vote de quelques militants.

Il reste des ralliements à venir qui pourraient continuer de le favoriser:
– Bussereau n’a, à ma connaissance, pas fait connaître sa préférence et, même si ce serait là aussi une petite surprise, il pourrait opter pour Fillon, même si Quentin, à Royan, semble davantage destiné à soutenir Copé; la Charente-Maritime est une fédération numériquement non négligeable,
– Carrez ne veut finalement pas s’aligner et c’est plutôt un recul pour Copé,
– Accoyer pourrait sortir de son non-alignement et assurer un bon score en Haute-Savoie,
– logiquement, Le Maire devrait le rejoindre et garantir le département de l’Eure et un peu au-delà (Seine-Maritime et Eure-et-Loir),
Juppé, bien entendu, aurait un poids significatif dans toutes les fédérations d’Aquitaine (avec, de manière accessoire, MAM dans les Pyrénées-Atlantiques) et au-delà (Edouard Philippe, le maire du Havre, suivrait alors probablement vers Fillon si à la fois Juppé et Le Maire le soutiennent; idem pour Apparu qui rééquilibrerait le combat dans la Marne); mais les copéistes ont vu quelques signaux de Juppé en faveur de Copé (insistance sur les « mouvements », par exemple),
Bertrand assurerait l’Aisne, fédération non négligeable, comme nous pouvons le constater sur la carte, mais aussi de bons scores en Picardie et un peu plus au nord.

Mais Copé peut encore compter sur quelques ralliements tardifs mais pouvant avoir un certain retentissement:
Baroin, même si, comme je l’ai dit, plus il attend, moins il comptera,
– d’autres barons locaux comme Warsmann dans les Ardennes, Fromion dans le Cher ou Marleix en Auvergne (surtout avec Hortefeux en plus) peuvent encore le rejoindre.

Bref, rien n’est joué, loin de là. Il est vrai que le fait que Copé éprouve le besoin de déclarer qu’il « sen[tait] une dynamique » tendrait plutôt à prouver qu’il ressent quelques difficultés. Mais l’échéance est lointaine.

L’actualisation de ma carte de pronostics, en prenant en compte les ralliements récents (y compris Béchu dans le Maine-et-Loire, par exemple), montre que la faiblesse de Fillon en Ile-de-France, dans le Suid-Est et dans le Nord-Est pourrait suffire à Copé à refaire son retard.

Election à la présidence de l’UMP: la dynamique Copé ne parvient pas (encore ?) à s’imposer

1. Un sondage TNS-Sofres pour i-Télé, réalisé le 30 août 2012 auprès de 1000 internautes (la précision est ainsi donnée: il ne s’agit pas de Français interrogés par Internet, mais d’internautes, sans que l’on sache quelle a été la différence de recrutement, puisque l’échantillon est toujours censé être représentatif de l’ensemble de la population), pose des questions différentes des désormais réguliers sondages IFOP mais tend vers le même constat d’une prédominance persistante de Fillon.

A la question « qui est en train de gagner ou de perdre des points ? » dans la campagne pour la présidence de l’UMP, les résultats sont les suivants parmi les sympathisants UMP (gagner/perdre/ni l’un ni l’autre/sans opinion):
Fillon 64 / 11 / 14 / 11, soit un solde positif de 53 (dans l’ensemble de la population, solde positif de 33)
Copé 37 / 32 / 19 / 32, soit un solde positif de 9 (dans l’ensemble, solde négatif de 5)
NKM 11 / 22 / 44 / 23, soit un solde négatif de 11 (dans l’ensemble, solde négatif de 14)
Le Maire 6 / 18 / 40 / 36, soit un solde négatif de 12 (dans l’ensemble, solde négatif de 8)

A la question du meilleur opposant à Hollande (question qui peut aller dans le sens du Fillon parlant déjà de 2017 comme du SG Copé omniprésent en radio pour commenter chaque mesure ou non-mesure de l’exécutif), les résultats sont les suivants, respectivement dans l’ensemble de l’échantillon, chez les sympathisants UMP, chez ceux du FN, chez ceux du Parti Radical et chez ceux du MoDem:
Fillon 63 / 68 / 60 / 74 / 71
Copé 18 / 24 / 22 / 16 / 10
NKM 11 / 5 / 9 / 4 / 9
Le Maire 8 / 3 / 9 / 6 / 10

Chez les électeurs du 1er tour de 2012 ayant voté Sarkozy, Le Pen et Bayrou respectivement:
Fillon 71 / 60 / 66
Copé 20 / 26 / 24
NKM 7 / 6 / 7
Le Maire 2 / 8 / 3

Plusieurs confirmations ici:
les autres candidats que Fillon et Copé sont marginalisés et reçoivent le peu de soutien dont ils disposent de l’extérieur de l’UMP,
plus on se rapproche de l’UMP ayant voté Sarkozy, plus Fillon est fort: il est le candidat « légitimiste »,
Fillon se positionne de manière plus modérée que Copé, même s’il reste également dominant chez les sympathisants et électeurs FN.

Un nouvel élément, même s’il ne tient pas compte des « mouvements » les plus récents de la campagne:
la dynamique Copé ne semble pas accrocher, avec un jugement positif et majoritaire seulement sur la campagne de Fillon et même plus positif chez les sympathisants UMP (normalement plus attentifs aux rebondissements de la campagne et des ralliements, notamment chez les « internautes » interrogés par TNS-Sofres) que dans l’ensemble de la population. Une bonne surprise pour l’éclopé de Capri !
Cette dynamique beaucoup moins forte qu’attendu peut avoir des effets psychologiques sur les partisans de Copé, mais aussi influencer les hésitants et alimenter donc une série de ralliements à Fillon certes tardifs mais qui pourraient s’égrener dans le temps et assurer un « flux » d’informations positif (quelle que soit la « vraie réalité »).
Etant donné le contrôle de l’appareil par Copé, sa course à l’échalotte sarkozyste caricaturale, sa langue de bois encore plus en bandoulière qu’à l’accoutumée et son culot décuplé, cette dynamique défaillante, alors qu’on nous expliquait que Fillon était parti trop tôt, est un élément de surprise qui a pu écorner l’image d’efficacité et de puissance de Copé auprès des médias (que ceux-ci l’aiment ou pas, d’ailleurs).

Graphiquement, voici ce que cela donne aujourd’hui:

2. Les événements de la campagne ne semblent pas, de fait, pour le moment, bouleverser les données pour Fillon et Copé:

– l’entrée en lice de Guaino est symbolique et ne durera pas: dès le 18 septembre, l’illusion sera dissipée, à moins qu’il ne reçoive 500 parrainages par jour… On nous présente sa candidature comme une tentative d’affaiblir Fillon (Guaino étant un » gaulliste social », un séguiniste, un proche de Sarkozy et, en creux, Fillon ne l’étant donc pas ou plus), mais on pourrait facilement objecter qu’il n’a pas trouvé non plus ces qualités chez Copé. En outre, le fait que la rumeur ait évoqué (sur quels fondements ?) un tandem Le Maire/Guaino (voire un trio Le Maire/Guaino/Estrosi) montre bien que l’idéologie n’a en ralité rien à voir là-dedans. Quoi qu’il en soit, la popularité et la crédibilité proches de zéro de Guaino, tant auprès des électeurs potentiels que des… journalistes, assurent Fillon qu’il ne s’agit là que d’un minuscule bruit temporaire dans une campagne qui continue. Les chamailleries au PS ont d’ailleurs largement occulté l’accès de gloriole de Guaino.

– le ralliement de Woerth à Fillon -que certains médias ont qualifié de « sans surprise »- me semble au contraire une plutôt bonne nouvelle pour ce dernier. Pour beaucoup de Français, il est associé à Bettencourt. Mais pour les adhérents UMP, il est d’abord, dans l’Oise et avec la maire de Beauvais, Caroline Cayeux, un contrepoids important aux Courtial, Marini, Dassault qui soutiennent Copé. Il est aussi un ministre réformateur « fort », plutôt libéral et rigoriste, qui reste apprécié par la base sarkozyste. Il est enfin, pour les connaisseurs, un ex-juppéiste et, étant donné son pedigree, pourrait annoncer un futur ralliement de personnalités comme Le Maire ou Apparu, qui occupent, peu ou prou le même créneau. D’ailleurs, Le Maire a donné quelquessignes de proximité de fond avec Fillon.

– le ralliement d’Estrosi à Fillon est évidemment une nouvelle fort importante. Dans les Alpes-Maritimes, quoi qu’en disent les copéistes, Fillon part désormais avec un bagage beaucoup plus solide: Estrosi, Ciotti et, marginalement, Léonetti, plus l’électorat âgé, cela pèse au moins autant que Tabarot, Luca et les militants durs et les plus à droite. Comme le Var est également loin d’être perdu pour Fillon (même si Falco semble discret dans son soutien à ce dernier), Fillon part beaucoup moins mal dans le sud-est que prévu, malgré sa probable défaite dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, le Gard et l’Hérault.
D’autre part, Estrosi efface évidemment une partie des efforts de Copé pour apparaître comme l’héritier de Sarkozy. Au final, Fillon, Premier ministre de Sarkozy pendant 5 ans tout en ayant fait apparaître des nuances et des différences, se retrouve mieux positionné qu’un Copé contraint de singer Sarkozy jusqu’au bout (et donc jusqu’à la … défaite, puisque Sarkozy, rappelons-le, a perdu la présidentielle) et peut, comme Jospin à l’égard de Mitterrand, conserver la bonne part de l’héritage sans les défauts et les excès. La comparaison avec le duel Jospin/Emmanuelli de 1995 serait d’ailleurs intéressante à « filer » et je serais heureux que les fins connaisseurs du PS des années 1990 nous éclairent à ce sujet 😉

– la critique copéiste d’une campagne de « militants » contre une campagne de « notables » ou de « barons » ne tient plus vraiment après le ralliement d’Estrosi, de Ciotti ou de Woerth; et Raffarin, Vautrin, Gaudin, Karoutchi, Daubresse, etc. sont-ils autre chose que des barons ? Au bout d’un moment, comment différencie-t-on un notable d’un militant ? La critique pourrait d’ailleurs s’inverser: celle d’une campagne d’élus locaux (précisément ceux qui peuvent gagner en 2014, le fameux objectif de Copé…) contre une campagne d’apparatchiks.

la campagne de Fillon, au diesel, voire au bio-carburant artisanal, conserve finalement des cartouches que celle de Copé grille probablement trop vite. Copé a déjà vu Jean Sarkozy et l’événement a été noyé par le ralliement d’Estrosi, la sortie de Désir et un énième sondage négatif pour l’exécutif. Copé a déjà révélé tout son organigramme de campagne, mais aussi son ticket Président/Vice-Président/Secrétaire Général (il aurait pu au moins distinguer les deux étapes et créer donc deux événements). Il reste pourtant presque 2 mois et demi de campagne. Pour une présidentielle, c’était déjà long, alors, pour une présidence de parti…

A cet égard, j’aimerais bien spéculer à l’envie sur les candidats VP et SG de Fillon, mais l’équation est très difficile.
Pécresse semble assurer d’une des 2 places simplement parce qu’elle est une femme. Mais cela rend le trop-plein d’autant plus problématique pour l’autre place (voire les 2 autres si l’on inclut la présidence du Conseil national, un hochet qui a suffi pour Raffarin chez Copé): Estrosi peut être exigeant, Wauquiez ne doit pas être contrarié, Bertrand ne peut déjà être écarté, Juppé doit pouvoir être accueilli et les non-RPR d’origine ne doivent pas être oubliés (même si certains peuvent considérer que Wauquiez remplit ce critère).
Bref, on imagine plutôt une Pécresse VP, un Estrosi ou un Bertrand SG, un Wauquiez porte-parole, un Ciotti directeur de campagne, un Juppé éventuellement président du Conseil national (ou Bertrand ?), mais tout cela est loin d’être évident.
Remarquons simplement que ceux qui ont fait acte de candidature (sans espoir en réalité) n’ont pas du tout augmenté leur « prix », contrairement à ce que tout le monde pensait, mais se sont au contraire démonétisés, en raison de la marginalisation dans les sondages précédemment évoquée: NKM, Le Maire, Dord. Même le regroupement des forces envisagés par les « petits » ou les appels de NKM aux juppéistes ne cachent pas qu’à court terme, leur engagement n’est pas vraiment payant; certes, à plus long terme, le fait d’avoir tourné dans les fédérations et de s’être fait nationalement un peu plus connaître ne sera peut-être pas totalement perdu.
De même, ceux qui attendront trop risquent de ne plus pouvoir peser: Baroin reste probablement trop silencieux, Accoyer prend des risques en la jouant comme un banal Gaëtan Gorce ou un vulgaire Julien Dray en réclamant un changement de règles à 15 jours de l’échéance du dépôt des parrainages.
Seul Juppé peut se permettre d’attendre quasiment jusqu’à la dernière semaine (ou au moins jusqu’au lendemain du ou des débat(s) télévisé(s)), car sa décision sera évidemment, per se, un événement de campagne majeur, quelle qu’elle soit.

– parmi ceux qui attendant, le cas Bertrand mérite un traitement particulier. A force d’hésiter, il va finir par être le seul à penser que « son prix monte », car les équipes sont presque en place et les équilibres internes s’établissent déjà. Il affirme aujourd’hui qu’il est au-dessus des 7924 parrainages nécessaires à une candidature, mais c’est invérifiable et beaucoup de signatures peuvent être invalidées (votre serviteur s’apprêtait à signer pour Fillon et il aurait abusivement fait monter le total de ce dernier…). Surtout, l’annonce par ses proches de cette « nouvelle » est arrivée curieusement au lendemain du ralliement d’Estrosi.
Bref, à trop attendre, il risque même de ne pouvoir trouver de place chez Fillon. Et qu’on ne nous explique pas que NKM ou Le Maire pourraient le soutenir… Ils se considèrent forcément comme plus talentueux (politiquement, électoralement, techniquement, intellectuellement) que lui…
Bertrand semble lui-même prendre conscience qu’il ne peut plus trop attendre; prosaïquement, parmi les parrainages qu’il a déjà reçus, s’il veut en solliciter les signataires pour qu’ils parrainent finalement un autre, il faut aussi un peu de temps pour les recontacter…
Aujourd’hui, avec un Fillon qui fait plus que résister à la machine Copé, normalement, Bertrand devrait tomber là où il penche.

3. Un autre « cas », c’est Nicolas Sarkozy.

Il est exclu qu’il prenne ouvertement position pour un candidat. Mais est-il envisageable qu’il laisse filtrer des signaux clairs ?
Je ne le crois pas, d’autant que les copéistes se répandent à l’envi sur le fait que Sarkozy privilégierait Copé puisque celui-ci s’est engagé à se retirer en cas de retour de Sarkozy. En dehors du fait que cela ne marque pas un caractère de chef si trempé de la part de Copé, je n’imagine pas que quiconque puisse imaginer que Copé, une fois président de l’UMP (et s’accrochant quel que soit le résultat des élections intermédiaires de 2014-15, ce qui ne serait peut-être pas le cas de Fillon), puisse faire l’impasse sur 2017. De toute façon, il sait très bien que les allégeances changeront, que 2017 est fort éloigné à l’échelle du temps politico-électoralo-médiatique et que les « affaires » n’ont pas encore rattrapé et englouti Sarkozy mais qu’elles suivent leur bonhomme de chemin.
Je pense en réalité, contrairement à ce qui est partout dit et écrit, que Sarkozy préférerait un Fillon vainqueur car le contraste serait plus aisé à établir et une position de « recours » et de « sauveur » bien plus évidente à prendre en 2016-17. En outre, Sarkozy connaît bien la psychologie et la personnalité de Fillon depuis 2005 en particulier et il sait comment procéder pour le mettre en difficulté, le contrôler et le dominer.

Quand bien même Hortefeux serait chargé de délivrer des signaux clairs, ceux-ci seraient-ils un atout ?
Il est certain qu’une partie de la base UMP en serait satisfaite, mais cela rapporterait-il vraiment un supplément de voix à Copé ? C’est peu probable directement. En revanche, ce serait évidemment le « bruit » médiatique qui lui donnerait une avantage dynamique certain en interne à l’UMP (en externe, c’est évidemment autre chose…).

4. Au-delà de ces supputations, il reste que beaucoup de facteurs peuvent se transformer en autant d’obstacles sur la route de Fillon (pardon pour cette énième métaphore de mauvais goût… un comble pour un filloniste déclaré !).

– L’ossification et la cicatrisation des ligaments de Fillon sont bien entendu un premier facteur important dans sa campagne: son état de santé. Si, au moment du début de la campagne officielle (le 5 octobre), il n’est toujours pas complètement remis, cela pourrait transformer une forme actuelle d’empathie et de bienveillance, notamment dans les médias, en jugement plus sévère sur de l’amateurisme et une nature insuffisamment résistante et tonique… de quoi altérer les fameux « traits d’image » patiemment construits en 5 ans. Tous les efforts produits par Fillon à l’automne 2010 pour ne pas se faire remplacer par Borloo, qui n’étaient pas dirigés contre celui-ci personnellement mais contre Copé qui aurait trop pris l’ascendant sur un Fillon poussé vers le statut de « sage », juppéisé en quelque sorte, pendant que Copé prenait le contrôle de l’appareil UMP – tous ces efforts, donc, seraient anéantis.

L’importance numérique des parrainages, si elle trop à l’avantage de Copé ou si elle est équivalente mais à haut niveau, peut freiner la dynamique Fillon et rétablir une plus grande égalité dans le regard des médias sur les deux candidats, pour l’instant essentiellement formaté par l’avance quasi-écrasante de Fillon dans les sondages.
Ce sera un élément important de dynamique, de momentum, car ce sera le premier chiffre solide dont nous disposerons, au-delà des sondages. Autant ces derniers sont sûrement trop favorables à Fillon, autant le nombre de parrainages pourrait surévaluer Copé. Mais, quoi qu’il en soit réellement, l’essentiel, ce sera l’effet médiatique produit et il serait pourrait bien qu’alors, les deux protagonistes se retrouvent remis à même hauteur.

– Le(s) débat(s) télévisé(s) sera(ont) évidemment très important(s).
Copé est à l’aise médiatiquement, même si, face à Hollande au printemps 2012, il était apparu trop agressif, tournant à vide et s’agitant tout seul. Reste à savoir si les adhérents de l’UMP recevront sa probable prestation sarkozyenne de manière aussi négative que l’ensemble de la population.
Fillon est a priori moins médiatique mais sa prestation face à Aubry au début de 2012 avait été solide. Il pourrait aussi compenser la pugnacité de Copé, par une intransigeance à l’égard de l’exécutif lui permettant d’apparaître comme « au-dessus » de Copé et, surtout, comme n’affaiblissant pas son propre camp.
Il s’agira en tout cas ici de l’exercice probablement le plus périlleux pour Fillon, malgré une force acqusie au contact de Sarkozy et de ses épreuves personnelles de l’été (accident et décès de sa mère).

– Accessoirement, les difficultés du PS et de l’exécutif peuvent encore s’aggraver et valoriser la pugnacité de Copé. Mais on ne voit quels développements seraient tels qu’ils donneraient un avantage décisif à ce dernier.

A défaut de certitudes, cette campagne a au moins le mérite de compenser le caractère très ennuyeux de la présidentielle américaine, vraiment pas dans un bon crû du point de vue du suspense électoral… 😦

Election à la présidence de l’UMP: les sondages sont-ils réellement utiles et Fillon est-il réellement un meilleur candidat présidentiel ?

Plutôt que de répondre dans les commentaires, voici une petite note qui rend plus visibles des discussions intéressantes lancées par bibs:

1. Il est évidemment très difficile de pouvoir estimer la relation homothétique qui nous permettrait de passer des sondages sur les « sympathisants » aux résultats chez les adhérents. La primaire socialiste de 2006 n’est d’aucun secours, les résultats chez les adhérents accentuant même l’avance de Royal, comme je l’ai déjà dit. A l’inverse, les 55 à 65% de Hulot dans les sondages de 2011 ont fait 40% au final et les 25-30% de Joly ont fait 50%. Certes, l’élection à l’UMP sera plus proche d’une primaire PS que du happening idéologico-politique des Verts, toujours rebelles et bornés, ainsi que je l’ai souligné (les Verts de base considérant presque le fait d’être populaire et electable comme suspect !…) mais nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise…

Les sondages généraux et la différence entre droite large (y compris centre-droit) et sympathisants UMP pourraient éventuellement nous aider. Mais ce n’est pas flagrant. Au contraire même de l’intuition, j’avais pu faire quelques constats rassurants pour les fillonistes en 2011, lorsque les sondeurs (essentiellement en août-octobre) cherchaient un substitut à Sarkozy (vous savez, le faux suspense sur l’éventuelle non-candidature de Sarkozy…).
Eh bien, en se rapprochant un peu du coeur UMP (c’est à dire en passant des électeurs de droite et du centre-droit aux sympathisants UMP, ou en comparant les électeurs ARES ou NC-Parti Radical ou Borloo ou même MoDem et ceux de l’UMP et même ceux du FN), on obtenait simplement que Juppé était en fait le nouveau Barre ou Balladur, bref le candidat UDF, mais que Fillon (qui aurait pu tenir ce rôle d’UDF de droite) semblait déjà très bien se tenir à l’UMP même et n’être pas du tout impopulaire au FN. Transposés aujourd’hui, ces constats permettraient de « dégager » avant l’heure NKM et Le Maire (voire Bertrand), surtout soutenus de l’extérieur de l’UMP, et de se dire que Fillon, qui a toujours été ferme sur les questions intéressant la droite dure (immigration, éducation, institutions), n’est pas si incompatible que cela avec la Droite Populaire et l’aile droite du parti. Le ralliement de Ciotti et de Barèges en témoigne, même si Luca, Boyer, Brunel ou Morano sont avec Copé (j’ai lu dans le Monde qu’ils classaient Mariani avec Copé, mais je n’ai vu aucune déclaration de sa part en ce sens).

Je l’ai dit en examinant quelques résultats partiels sur les répondants se disant « sympathisants UMP » mais ayant voté Bayrou ou Le Pen au 1er tour de 2012: plus on s’approche d’un électeur UMP pur, plus c’est le duel Fillon-Copé qui domine et plus les petits candidats sont marginalisés, mais rien ne nous permet d’évaluer le rapport de force Fillon-Copé, si ce n’est qu’il ne semblerait pas différent. Après tout, c’est peut-être cela le véritable enseignement… Sauf que, intuitivement et concrètement, nous savons bien que Fillon ne va pas gagner par 70-30

En effet, les autres confrontations internes à l’UMP qui ont été mesurées ne peuvent servir de référence, malgré l’apparente pertinence des sondages:
– dans le cas de la municipale de Paris en 2006-2008, Panafieu était à la fois la candidate la plus connue et surtout la plus proche du coeur de l’ancien RPR parisien: Goasguen, d’ailleurs sous-évalué dans les sondages, plus punchy, plus à droite, plus libéral, plus « militant » (ça ne vous rappelle rien ?), n’était qu’un ancien DL, issu du 16e. Pas forcément idéal pour une UMP parisienne en fait très RPR et plus « populaire » que son électorat, au sens de « plus implantée dans l’Est ». Certes, la Panaf était une grande bourgeoise du beau 17e, mais elle était une RPR, qui avait lutté dans le moins beau 17e et héritière de vieux gaullistes ayant aussi combattu dans le (pas encore) bobo 14e. Quant aux autres candidats (Lellouche le dilettante et Tibéri le vieux responsable de la déroute historique de 2001), ils n’avaient de toute façon aucune chance. Bref, Copé est nettement plus « alléchant » comme choix que les Goasguen, Lellouche et Tibéri;
– quant à la régionale d’Ile-de-France de 2010, si Karoutchi et Pécresse étaient bien tous deux RPR, Karoutchi n’était pas, là non plus, un choix aussi dynamique et efficace que peut l’être Copé; en outre, Karoutchi, bien que plus « populaire » que Pécresse, était lui aussi un élu des Hauts-de-Seine, était sénateur et apparatchik et venait de reconnaître son homosexualité: pas les plus grands atouts pour récolter les voix des adhérents de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, du Val-d’Oise, de l’Est parisien ou de Seine-et-Marne pas forcément convaincus par la bourgeoise Pécresse. Karoutchi n’est pas Raoult.
Toutefois, il faut reconnaître que le précédent de cette primaire reste quand même encourageant pour Fillon.

Les exemples à l’étranger ne sont pas forcément bons pour Fillon:
– les primaires républicaines ont vu tomber nombre de modérés, ou même de conservateurs, face aux plus extrémistes tea-partiers et dans des proportions souvent supérieures à celles envisagées dans les sondages,
– Ed Miliband a prévalu sur David Miliband en 2010, malgré les sondages (mais il est vrai que le corps électoral du Labour reste encore « déformé » par la sur-représentation des militants syndicaux).
Il reste que tout cela est difficilement transposable à l’élection actuelle à la présidence de l’UMP.

2. Qu’en est-il de l’electability véritable de Fillon ?

Je persiste à penser qu’il serait un meilleur candidat présidentiel que Copé:

– l’actuel désenchantement pour le Hollande normal ne doit pas faire oublier que le principal facteur de sa victoire reste purement et simplement l’anti-sarkozysme; cela veut dire: une meilleure mobilisation à gauche, voire chez des abstentionnistes usuels, pour « virer » le Président honni; mais aussi un basculement de centristes vers le modéré Hollande (à défaut du modéré DSK), comme on a pu le suivre au cours des mois, avec cette « petite troupe » passant de DSK à Borloo, de Borloo à Bayrou et de Bayrou à Hollande; mais encore une démobilisation au centre-droit voire dans la droite modérée (certains électeurs traditionnels, par exemple dans l’Ouest, préférant s’abstenir que de voter pour Sarkozy, même si cela signifiait aider à l’élection de Hollande). Sur tous ces éléments, Copé aurait un pouvoir de mobilisation négative également assez important, alors que Fillon serait en mesure de regagner l’électorat de centre-droit et du centre, sans effrayer la droite dure et la droite extrême;

– le temps est à la crise et Fillon a une image de sérieux et de rigueur depuis fort longtemps (quoi que l’on pense de la réalité de cette image). Or, les images construites dans le temps sont les plus solides et conditionnent souvent un comportement électoral futur. Or, Fillon, c’est la réforme des retraites de 2003 (Raffarin était d’ailleurs « vert » que ce ne soit pas lui qui soit identifié à cette réforme… d’où, en partie, son animosité à son endroit); c’est une réforme, certes avorté, mais assez courageuse, de l’éducation en 2004; c’est le fameux jugement sur la « France en faillite » dès 2007. Pour les plus avertis de la chose politique (et ils sont forcément davantage représenté parmi des adhérents que parmi des sympathisants), Fillon, c’était aussi la même réforme que Pécresse de 2007 sur les universités mais en 1993 (censurée par le Conseil constitutionnel), c’était la libéralisation des télécoms et même de la Poste en 1995-97, c’était la réforme de Pôle Emploi avant l’heure (dès 2003, mais là encore freinée par Chirac), c’était le slogan « la France peut supporter la vérité » (titre d’un livre de 2006). Bref, au bout d’un moment, après l’exceptionnalisme vibrionnant, brouillon, agressif et tranchant, après la normalité conservatrice, peureuse et digne de l’autruche, peut-être le temps sera-t-il venu de la réalité dure mais nécessaire…

la présidentialité et la dimension d’homme d’Etat sont évidemment plus présentes chez Fillon, par le simple fait de sa carrière mnistérielle riche et plutôt réussie et de son long passage à Matignon (même en « collaborateur » de Sarkozy… car ce qui a fait sa popularité relative -ne pas être Sarkozy- reste aujourd’hui dans sa différence avec Copé, tellement identifié à Sarkozy).
Copé accentue encore le phénomène en déclarant maintenant être prêt à se retirer devant Sarkozy: il joue désormais trop un corps électoral de « fans », alors que les militants ne sont quand même pas tous des zombies robotiques et décervelés tout juste bons à agiter frénétiquement des drapeaux et à tendre des tracts… En outre, il se situe en retrait, juste après que le second couteau Le Maire a lui-même déclaré la même chose: il est en train de se dévaloriser par rapport à Fillon et ce n’est pas une bonne tactique.
Qui plus est, si les adhérents de l’UMP aiment Sarkozy et aiment les chefs, ils aiment surtout gagner les élections et, après tout, Sarkozy a perdu…

– Fillon garde son passé souverainiste et « traditionnel » sur le plan des institutions et de la morale, réellement gaulliste en quelque sorte, mais aussi ferme sur le plan de la sécurité et de l’immigration, qui fait que les souverainistes comme une partie du FN ne le rejettent pas, loin de là (alors que le libéral, riche et juif -oui, malheureusement, cela peut encore jouer…- Copé peut avoir moins d’atouts).
Son séguinisme est forcément positif, étant donné la bonne image que conserve ce dernier (pourtant l’homme des échecs répétés), sans toutefois être alourdi par un anti-européanisme que Fillon a abandonné depuis longtemps et tout en ayant acquis une image de réformateur et de gestionnaire lucide.
Même du point de vue familial, puisque le sujet a désormais plus d’importance même en France, le traditionnel Fillon, fidèle à sa femme depuis très, très longtemps (connue sur les bancs de l’école, un peu à la Romney) et ayant 5 enfants sans problème particulier, se distingue du gâté et chouchou de sa maman Copé, divorcé et remarié à une jeune et belle plante (un peu plus à la Besson ou à la Sarkozy);

– conjoncturellement, on peut même spéculer sur le surcroît de combativité que peut donner le fait d’affronter le décès de sa mère et un accident fort handicapant pour sa campagne. Certes, Fillon n’est pas le Chirac de l’appel de Cochin et la dénomination de « capitaine courage » donnée par Pécresse frise le dérapage de campagne, mais, malgré tout, il peut y avoir un petit surcroît d’empathie;

– quant aux qualités de Copé (j’avais déjà pu relever que, dans les sondages, la seule sur laquelle il domine est le dynamisme ou la combativité), elles sont celles de Sarkozy et ce qui a fini par handicaper l’un ne peut qu’handicaper l’autre; le sarkozysme est trop frais dans les mémoires pour que le balancier ait déjà effectué un aller-retour complet; l’aller s’est mal terminé, nous sommes dans le retour et Fillon peut incarner ce retour; Chirac lui-même n’a pas été toujours « dynamique »: la seule différence, c’est que, pendant 30 ans, il a incarné lui-même puis le contraire de lui-même… c’est plus facile…

Je pense donc qu’il y a un vrai supplément d’electability pour Fillon.

En outre, en interne, les adhérents de l’UMP ne peuvent oublier que Fillon a plaidé en 2001 pour la création de l’UMP (pas forcément une bonne idée, mais bon, quand on est militant de base à l’UMP, on a forcément un peu l’esprit de clocher…);
qu’il a été balladurien mais chiraco-compatible (comme Barnier, mais mieux que les peu courageux non-alignés Perben et Alliot-Marie) et qu’il a toujours eu de bons rapports avec Sarkozy, à part en 2002-2003, alors que Copé était déjà en rivalité et que le chiraco-juppéisme initial de Copé ne peut le faire passer aujourd’hui pour le premier des sarkozystes;
qu’il a déjà sillonné les fédérations en 1999 et que, cette même année, il a tenté de sauver les meubles derrière Sarkozy et qu’il a activement préparé les programmes du parti, tant en 2002 que, surtout, en 2007 (même si sous la houlette de Mignon et d’autres).

3., Malgré tous ces éléments, je reste pessimiste, parce que c’est ma nature et que, à titre personnel, je soutiens effectivement Fillon et, si l’occasion m’en est bien donnée, je voterai pour lui. Mais mes convictions ne m’empêchent nullement de tenter d’analyser la situation rationnellement et je ne peux m’empêcher de penser à ces fédérations de la côte méditerranéenne, de Paris et de sa banlieue, de l’Est intérieur, du Nord, voire d’une partie du Lyonnais et à leurs militants très à droite et qui aiment l’action… Et alors, comme Saint-Exupéry, je redeviens triste… 😛

Au moins vivons-nous une période intéressante de la vie d’un parti politique, comme seuls, jusque là, les Américains, les Britanniques et, parfois, les Allemands et le PS français (je mets à part la vie interne du PCUS et du PCC, sommets de l’art politique, mais pas de la démocratie :)) savaient nous en offrir. A suivre…