Election à la présidence de l’UMP: les sondages sont-ils réellement utiles et Fillon est-il réellement un meilleur candidat présidentiel ?

Plutôt que de répondre dans les commentaires, voici une petite note qui rend plus visibles des discussions intéressantes lancées par bibs:

1. Il est évidemment très difficile de pouvoir estimer la relation homothétique qui nous permettrait de passer des sondages sur les « sympathisants » aux résultats chez les adhérents. La primaire socialiste de 2006 n’est d’aucun secours, les résultats chez les adhérents accentuant même l’avance de Royal, comme je l’ai déjà dit. A l’inverse, les 55 à 65% de Hulot dans les sondages de 2011 ont fait 40% au final et les 25-30% de Joly ont fait 50%. Certes, l’élection à l’UMP sera plus proche d’une primaire PS que du happening idéologico-politique des Verts, toujours rebelles et bornés, ainsi que je l’ai souligné (les Verts de base considérant presque le fait d’être populaire et electable comme suspect !…) mais nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise…

Les sondages généraux et la différence entre droite large (y compris centre-droit) et sympathisants UMP pourraient éventuellement nous aider. Mais ce n’est pas flagrant. Au contraire même de l’intuition, j’avais pu faire quelques constats rassurants pour les fillonistes en 2011, lorsque les sondeurs (essentiellement en août-octobre) cherchaient un substitut à Sarkozy (vous savez, le faux suspense sur l’éventuelle non-candidature de Sarkozy…).
Eh bien, en se rapprochant un peu du coeur UMP (c’est à dire en passant des électeurs de droite et du centre-droit aux sympathisants UMP, ou en comparant les électeurs ARES ou NC-Parti Radical ou Borloo ou même MoDem et ceux de l’UMP et même ceux du FN), on obtenait simplement que Juppé était en fait le nouveau Barre ou Balladur, bref le candidat UDF, mais que Fillon (qui aurait pu tenir ce rôle d’UDF de droite) semblait déjà très bien se tenir à l’UMP même et n’être pas du tout impopulaire au FN. Transposés aujourd’hui, ces constats permettraient de « dégager » avant l’heure NKM et Le Maire (voire Bertrand), surtout soutenus de l’extérieur de l’UMP, et de se dire que Fillon, qui a toujours été ferme sur les questions intéressant la droite dure (immigration, éducation, institutions), n’est pas si incompatible que cela avec la Droite Populaire et l’aile droite du parti. Le ralliement de Ciotti et de Barèges en témoigne, même si Luca, Boyer, Brunel ou Morano sont avec Copé (j’ai lu dans le Monde qu’ils classaient Mariani avec Copé, mais je n’ai vu aucune déclaration de sa part en ce sens).

Je l’ai dit en examinant quelques résultats partiels sur les répondants se disant « sympathisants UMP » mais ayant voté Bayrou ou Le Pen au 1er tour de 2012: plus on s’approche d’un électeur UMP pur, plus c’est le duel Fillon-Copé qui domine et plus les petits candidats sont marginalisés, mais rien ne nous permet d’évaluer le rapport de force Fillon-Copé, si ce n’est qu’il ne semblerait pas différent. Après tout, c’est peut-être cela le véritable enseignement… Sauf que, intuitivement et concrètement, nous savons bien que Fillon ne va pas gagner par 70-30

En effet, les autres confrontations internes à l’UMP qui ont été mesurées ne peuvent servir de référence, malgré l’apparente pertinence des sondages:
– dans le cas de la municipale de Paris en 2006-2008, Panafieu était à la fois la candidate la plus connue et surtout la plus proche du coeur de l’ancien RPR parisien: Goasguen, d’ailleurs sous-évalué dans les sondages, plus punchy, plus à droite, plus libéral, plus « militant » (ça ne vous rappelle rien ?), n’était qu’un ancien DL, issu du 16e. Pas forcément idéal pour une UMP parisienne en fait très RPR et plus « populaire » que son électorat, au sens de « plus implantée dans l’Est ». Certes, la Panaf était une grande bourgeoise du beau 17e, mais elle était une RPR, qui avait lutté dans le moins beau 17e et héritière de vieux gaullistes ayant aussi combattu dans le (pas encore) bobo 14e. Quant aux autres candidats (Lellouche le dilettante et Tibéri le vieux responsable de la déroute historique de 2001), ils n’avaient de toute façon aucune chance. Bref, Copé est nettement plus « alléchant » comme choix que les Goasguen, Lellouche et Tibéri;
– quant à la régionale d’Ile-de-France de 2010, si Karoutchi et Pécresse étaient bien tous deux RPR, Karoutchi n’était pas, là non plus, un choix aussi dynamique et efficace que peut l’être Copé; en outre, Karoutchi, bien que plus « populaire » que Pécresse, était lui aussi un élu des Hauts-de-Seine, était sénateur et apparatchik et venait de reconnaître son homosexualité: pas les plus grands atouts pour récolter les voix des adhérents de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, du Val-d’Oise, de l’Est parisien ou de Seine-et-Marne pas forcément convaincus par la bourgeoise Pécresse. Karoutchi n’est pas Raoult.
Toutefois, il faut reconnaître que le précédent de cette primaire reste quand même encourageant pour Fillon.

Les exemples à l’étranger ne sont pas forcément bons pour Fillon:
– les primaires républicaines ont vu tomber nombre de modérés, ou même de conservateurs, face aux plus extrémistes tea-partiers et dans des proportions souvent supérieures à celles envisagées dans les sondages,
– Ed Miliband a prévalu sur David Miliband en 2010, malgré les sondages (mais il est vrai que le corps électoral du Labour reste encore « déformé » par la sur-représentation des militants syndicaux).
Il reste que tout cela est difficilement transposable à l’élection actuelle à la présidence de l’UMP.

2. Qu’en est-il de l’electability véritable de Fillon ?

Je persiste à penser qu’il serait un meilleur candidat présidentiel que Copé:

– l’actuel désenchantement pour le Hollande normal ne doit pas faire oublier que le principal facteur de sa victoire reste purement et simplement l’anti-sarkozysme; cela veut dire: une meilleure mobilisation à gauche, voire chez des abstentionnistes usuels, pour « virer » le Président honni; mais aussi un basculement de centristes vers le modéré Hollande (à défaut du modéré DSK), comme on a pu le suivre au cours des mois, avec cette « petite troupe » passant de DSK à Borloo, de Borloo à Bayrou et de Bayrou à Hollande; mais encore une démobilisation au centre-droit voire dans la droite modérée (certains électeurs traditionnels, par exemple dans l’Ouest, préférant s’abstenir que de voter pour Sarkozy, même si cela signifiait aider à l’élection de Hollande). Sur tous ces éléments, Copé aurait un pouvoir de mobilisation négative également assez important, alors que Fillon serait en mesure de regagner l’électorat de centre-droit et du centre, sans effrayer la droite dure et la droite extrême;

– le temps est à la crise et Fillon a une image de sérieux et de rigueur depuis fort longtemps (quoi que l’on pense de la réalité de cette image). Or, les images construites dans le temps sont les plus solides et conditionnent souvent un comportement électoral futur. Or, Fillon, c’est la réforme des retraites de 2003 (Raffarin était d’ailleurs « vert » que ce ne soit pas lui qui soit identifié à cette réforme… d’où, en partie, son animosité à son endroit); c’est une réforme, certes avorté, mais assez courageuse, de l’éducation en 2004; c’est le fameux jugement sur la « France en faillite » dès 2007. Pour les plus avertis de la chose politique (et ils sont forcément davantage représenté parmi des adhérents que parmi des sympathisants), Fillon, c’était aussi la même réforme que Pécresse de 2007 sur les universités mais en 1993 (censurée par le Conseil constitutionnel), c’était la libéralisation des télécoms et même de la Poste en 1995-97, c’était la réforme de Pôle Emploi avant l’heure (dès 2003, mais là encore freinée par Chirac), c’était le slogan « la France peut supporter la vérité » (titre d’un livre de 2006). Bref, au bout d’un moment, après l’exceptionnalisme vibrionnant, brouillon, agressif et tranchant, après la normalité conservatrice, peureuse et digne de l’autruche, peut-être le temps sera-t-il venu de la réalité dure mais nécessaire…

la présidentialité et la dimension d’homme d’Etat sont évidemment plus présentes chez Fillon, par le simple fait de sa carrière mnistérielle riche et plutôt réussie et de son long passage à Matignon (même en « collaborateur » de Sarkozy… car ce qui a fait sa popularité relative -ne pas être Sarkozy- reste aujourd’hui dans sa différence avec Copé, tellement identifié à Sarkozy).
Copé accentue encore le phénomène en déclarant maintenant être prêt à se retirer devant Sarkozy: il joue désormais trop un corps électoral de « fans », alors que les militants ne sont quand même pas tous des zombies robotiques et décervelés tout juste bons à agiter frénétiquement des drapeaux et à tendre des tracts… En outre, il se situe en retrait, juste après que le second couteau Le Maire a lui-même déclaré la même chose: il est en train de se dévaloriser par rapport à Fillon et ce n’est pas une bonne tactique.
Qui plus est, si les adhérents de l’UMP aiment Sarkozy et aiment les chefs, ils aiment surtout gagner les élections et, après tout, Sarkozy a perdu…

– Fillon garde son passé souverainiste et « traditionnel » sur le plan des institutions et de la morale, réellement gaulliste en quelque sorte, mais aussi ferme sur le plan de la sécurité et de l’immigration, qui fait que les souverainistes comme une partie du FN ne le rejettent pas, loin de là (alors que le libéral, riche et juif -oui, malheureusement, cela peut encore jouer…- Copé peut avoir moins d’atouts).
Son séguinisme est forcément positif, étant donné la bonne image que conserve ce dernier (pourtant l’homme des échecs répétés), sans toutefois être alourdi par un anti-européanisme que Fillon a abandonné depuis longtemps et tout en ayant acquis une image de réformateur et de gestionnaire lucide.
Même du point de vue familial, puisque le sujet a désormais plus d’importance même en France, le traditionnel Fillon, fidèle à sa femme depuis très, très longtemps (connue sur les bancs de l’école, un peu à la Romney) et ayant 5 enfants sans problème particulier, se distingue du gâté et chouchou de sa maman Copé, divorcé et remarié à une jeune et belle plante (un peu plus à la Besson ou à la Sarkozy);

– conjoncturellement, on peut même spéculer sur le surcroît de combativité que peut donner le fait d’affronter le décès de sa mère et un accident fort handicapant pour sa campagne. Certes, Fillon n’est pas le Chirac de l’appel de Cochin et la dénomination de « capitaine courage » donnée par Pécresse frise le dérapage de campagne, mais, malgré tout, il peut y avoir un petit surcroît d’empathie;

– quant aux qualités de Copé (j’avais déjà pu relever que, dans les sondages, la seule sur laquelle il domine est le dynamisme ou la combativité), elles sont celles de Sarkozy et ce qui a fini par handicaper l’un ne peut qu’handicaper l’autre; le sarkozysme est trop frais dans les mémoires pour que le balancier ait déjà effectué un aller-retour complet; l’aller s’est mal terminé, nous sommes dans le retour et Fillon peut incarner ce retour; Chirac lui-même n’a pas été toujours « dynamique »: la seule différence, c’est que, pendant 30 ans, il a incarné lui-même puis le contraire de lui-même… c’est plus facile…

Je pense donc qu’il y a un vrai supplément d’electability pour Fillon.

En outre, en interne, les adhérents de l’UMP ne peuvent oublier que Fillon a plaidé en 2001 pour la création de l’UMP (pas forcément une bonne idée, mais bon, quand on est militant de base à l’UMP, on a forcément un peu l’esprit de clocher…);
qu’il a été balladurien mais chiraco-compatible (comme Barnier, mais mieux que les peu courageux non-alignés Perben et Alliot-Marie) et qu’il a toujours eu de bons rapports avec Sarkozy, à part en 2002-2003, alors que Copé était déjà en rivalité et que le chiraco-juppéisme initial de Copé ne peut le faire passer aujourd’hui pour le premier des sarkozystes;
qu’il a déjà sillonné les fédérations en 1999 et que, cette même année, il a tenté de sauver les meubles derrière Sarkozy et qu’il a activement préparé les programmes du parti, tant en 2002 que, surtout, en 2007 (même si sous la houlette de Mignon et d’autres).

3., Malgré tous ces éléments, je reste pessimiste, parce que c’est ma nature et que, à titre personnel, je soutiens effectivement Fillon et, si l’occasion m’en est bien donnée, je voterai pour lui. Mais mes convictions ne m’empêchent nullement de tenter d’analyser la situation rationnellement et je ne peux m’empêcher de penser à ces fédérations de la côte méditerranéenne, de Paris et de sa banlieue, de l’Est intérieur, du Nord, voire d’une partie du Lyonnais et à leurs militants très à droite et qui aiment l’action… Et alors, comme Saint-Exupéry, je redeviens triste…😛

Au moins vivons-nous une période intéressante de la vie d’un parti politique, comme seuls, jusque là, les Américains, les Britanniques et, parfois, les Allemands et le PS français (je mets à part la vie interne du PCUS et du PCC, sommets de l’art politique, mais pas de la démocratie :)) savaient nous en offrir. A suivre…

5 réflexions sur “Election à la présidence de l’UMP: les sondages sont-ils réellement utiles et Fillon est-il réellement un meilleur candidat présidentiel ?

  1. On a clairement une attitude de soumission de Copé vis-à-vis de Sarkozy.
    Et Fillon, avec son regard de chien battu, dans l’habit de la force tranquille.
    Qui l’eût cru il y a quelques mois ?

    Malgré l’appareil qu’il contrôle, Copé semble se résoudre à espérer un retour de Sarkozy pour y gagner une place de lieutenant. Cependant, si le retour de Sarkozy ne se produit pas, le coup tactique sera un grand flop. Comme toujours, la tactique ne peut jamais sauver une position trop compromise.

    Copé dans le rôle du fidèle dévoué ! On croit rêver !

    • C’est totalement faux de la part de Copé. Il n’a nullement l’intention de laisser la place à Sarkozy. Il cherche seulement à s’attirer les voix des groupies du sarkozysme, qui semblent encore nombreux à l’UMP.

      La seule façon de revenir pour Sarkozy, c’est si l’UMP ne parvient pas à gagner les élections locales et européennes d’ici 2016. Quel que soit le président de l’UMP.

      • Je me suis mal exprimé sur le rôle de lieutenant de Sarkozy. Copé a toujours tenu tête à Sarkozy et il ne souhaite pas devenir son lieutenant. Néanmoins, je crois que Copé a plus d’intérêts à un retour de Sarkozy qu’à une victoire de Fillon.

        Je trouve que l’attitude de Copé vis-à-vis de Sarkozy est surjouée alors que Fillon ne s’alliène pas les sarkozystes en revendiquant son héritage tout en affirmant son émancipation.

        Copé semble fébrile et n’est plus dans sa position de chef de guerre.
        S’il était en position de force, il n’aurait pas besoin des groupies du sarkozysme.

        C’est pourquoi je vois cette allégeance à Sarkozy comme une tactique maladroite.

        Maintenant, puisqu’il a été dit que l’UMP allait devoir se reconstruire avec du FN, peut-être lorgne-t-il de ce côté ? Si ces fameux adhérents sont favorables à un rapprochement avec le FN, peut-être finalement est-ce une bonne tactique !

        Copé est un guerrier et ne baissera pas les bras.

        Mais qui sont ces adhérents, nom de Zeus !?!

  2. Ce soir Guaino se lance dans la bataille, semble-t-il, et ce à quinze jours du dépôt des 8000 parrainages nécessaires. Franchement je ne sais absolument pas ce que ça peut bien signifier… ^_o’

    • Toute candidature parasite me semble bonne pour Fillon, car Copé lui-même perd progressivement le bénéfice de son poste de SG.
      Toutefois, ce cirque des NKM (soutenue par Keller aujourd’hui), Le Maire, Estrosi, Guaino et même Bertrand (je ne suis pas si sûr qu’il ait les 8000 parrainages), va cesser le 18 septembre ou, au pire, le 5 octobre. Il restera un mois et demi minimum de campagne: c’est très long et il pourra encore se passer beaucoup de choses.

      Takkiedine remue en ce moment…🙂

      Euh, pour répondre précisément à ta question: eh bien, la candidature de Guaino ne signifie rien. Juste que Sarkozy a laissé derrière lui une palanquée de petits orgueilleux qui vont plomber l’UMP pour longtemps: Morano, Lefebvre, Peltier, Courtial, mais surtout Dati et Charon à Paris (auprès desquels Xavière Tibéri est raffinée et honnête), qui vont assurer 2 mandats à Hidalgo… Dire qu’on me riait au nez quand je disais que Paris basculerait en 2001 , puis quand je disais que Delanoë serait réélu en 2008 et qu’il n’augmenterait les impôts qu’alors et que, malgré tout, la droite continuerait de perdre…
      Soupir…

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