Election à la présidence de l’UMP: bonne tenue de Fillon dans la bataille des parrainages

1. So far, so good… Ma foi, Fillon doit se dire qu’il ne lui reste plus que l’épreuve médiatique des débats à franchir avant de remporter la présidence de l’UMP.

La grande nouvelle du jour est en effet que Fillon aurait atteint les 45 000 parrainages, coiffant sur le poteau et à la surprise générale un Copé à un peu plus de 35 000… Or, reprendre la main et relancer la dynamique par une victoire symbolique sur les parrainages était bien l’objectif premier de Copé.

Au surplus, on peut considérer sans risque majeur d’erreur que Fillon aurait été majoritaire parmi les 8 200 parrainages de Bertrand, les 7 200 de Le Maire (joli score et peu éloigné de la barre des 7 924), les 6 700 de NKM. Certes, le camp Copé a peut-être « joué » à faire soutenir d’autres candidats « modérés », susceptibles d’affaiblir Fillon; mais cela doit être marginal: nous ne sommes plus à l’époque Pasqua et Copé lui-même avait besoin du maximum de parrainages pour ne pas en gaspiller trop par des manoeuvres excessivement compliquées.

En ne prenant en compte que les parrainages des deux candidats, le rapport de forces est de 56-44. Nous sommes loin des résultats des sondages, mais, avec une meilleure proportion de fillonistes dans les parrainages de Bertrand, NKM et Le Maire, on se rapprocherait d’un score plus probable de 60-40 (sans cependant atteindre les 66-34 en additionnant Fillon, Bertrand, NKM, Le Maire).

Pour le Nouvel Observateur, LH2 a sondé un échantillon de 969 personnes, les 14 et 15 septembre, pour savoir qui serait « le plus capable de faire gagner la droite » en 2017. Respectivement parmi l’ensemble des répondants, parmi les sympathisants de droite, ceux de l’UMP et les électeurs de Sarkozy, les résultats sont les suivants:
Fillon 37 / 32 / 32 / 34
Copé 15 / 18 / 21 / 15
Sarkozy 27 / 40 / 43 / 46
aucun 11 / 5 / 1 / ?
ne se prononce pas 10 / 5 / 3 / ?

Pour notre graphique, je ‘en retiendrai qu’un rapport de forces de 60-40, justement, entre Fillon et Copé.

Bien sûr, cela introduit d’emblée l’incertitude sur le retour de Sarkozy et sa capacité à convaincre les adhérents de l’UMP et les électeurs de droite. Mais, autant je suis convaincu de sa volonté et de sa future tentative de revenir, autant ce sondage se révèlera faux:
– nous ne sommes qu’à 4 mois et demi de l’élection,
– les médias, même de gauche, ne peuvent s’empêcher de parler de leur « personnage » favori, Sarkozy, ce qui contribue à faire durer le sillage de son quinquennat,
– les « affaires » ne l’ont pas encore totalement rattrapé,
– les électeurs de la primaire UMP de 2016 seront d’abord pragmatiques et constateront l’avantage relatif de Fillon dans un second tour de présidentielle,
– Fillon va peut-être contrôler l’appareil UMP et sera le « premier opposant »,
– comme aux USA, il faut un peu de temps avant que le candidat battu s’efface des hypothèses pour l’élection suivante,
– comme aux USA, l’échec ne pardonnera plus dans le système présidentiel français.

Certes, Sarkozy ne reculera devant rien (utilisation de « leurres » pendant 4 ans tels que Bertrand, Copé ou Dati; exploitation d’une éventuelle déception aux municipales de 2014; pressions psychologiques et personnelles contre un Fillon qu’il connaît bien; primaire dure;…). Mais, normalement, il retombera dans les travers qui l’ont déjà perdu.

2. Mais fermons la parenthèse 2017 (on y reviendra), revenons au présent et constatons que Fillon, après l’amateurisme de l’été, dégage une certaine force tranquille, faite de pondération, d’humour et de rigueur sur le fond, qui tranche avec un certain patinage chez Copé, qui a tenté de s’adoucir, qui vient de tenter l' »émotion » sur les parrainages et qui teste tous les angles d’attaque sur Fillon.

Fillon a tranquillement annoncé son « ticket« : Wauquiez vice-président, Pécresse SG (pas forcément une bonne idée, car un Wauquiez aurait mieux réussi dans ce poste de « soutier en chef »), Ciotti SG adjoint. Il ne s’embarrasse pas de conserver des places pour Bertrand et Juppé (la présidence du conseil national ne peut suffire à tout le monde…) et se permet de ne pas faire apparaître Estrosi. Certes, il peut toujours promettre le futur porte-parolat, mais il n’éprouve pas le besoin d’élargir son socle de départ.
On aurait pu penser qu’il ferait de cette annonce un « événement » plus important, mais il semble se tenir à une ligneplus personnalisée, ce qui est peut-être plus clair.

Même lorsqu’une mauvaise surprise surgit (Morano finalement dans le camp Copé – comme prévu initialement, ceci étant dit), il semble toujours avoir des ressources pour l’effacer et éviter qu’elle n’entame sa dynamique (ainsi, Longuet et Ollier soutiennent aussi Fillon, après Bussereau et Lancar).

Copé n’a ainsi toujours pas réussi à inverser la dynamique et cela peut avoir des conséquences négatives pour la suite, même s’il reste précisément 2 mois de campagne, soit une quasi-éternité:

– les vrais hésitants pourraient ne pas prendre trop de risques et rallier Fillon, au vu du soutien militant inattendu qu’il a reçu: Bertrand, Juppé, MAM ne sont pas des casse-cous et ils devraient logiquement suivre le vent dominant; d’ailleurs « POM » (Ollier) semble rouler pour Fillon, ce qui anticipe peut-être le ralliement de MAM;
pourquoi l’arriviste Baroin ne ferait-il pas la même chose ? (c’est peu probable, et pourtant…);
NKM et Le Maire sont logiquement plus proches de Fillon;
Le Maire pourrait faire parler les liens personnels, mais le fait qu’il ait signé la motion « Boîte à idées » avec Jouanno, Gaymard et Apparu (2 fillonistes et 1 juppéiste) est peut-être une indication inverse; certes, il a dit solennellement qu’il ne choisirait pas, mais c’est difficile à croire; NKM a été moins solennelle et, comme Guaino, finira bien par dire quelque chose;
une unanimité des 3 autres candidats potentiels aurait un air de 1er tour de primaire socialiste, lorsque Martine Aubry n’avait reçu le soutien d’aucun candidat non qualifé pour le 2nd; là encore, c’est affaire de dynamique;

les médias ne font qu’amplifier les dynamiques, surtout lorsqu’elles les surprennent et les prennent à revers de leurs anticipations, ce qui est le cas sur les parrainages;

Copé va être contraint d’attaquer davantage, notamment lors des débats, ce qui fera resurgir l’image sarkozyenne d’agressivité et d’agitation qu’il tentait récemment de dissiper; il n’aborde pas cette nouvelle phase en ayant « remis les compteurs à zéro » et ce n’est pas du tout à son avantage;

– le haut niveau des parrainages et le longueur de la campagne encore à venir laissent entrevoir une forte mobilisation des adhérents de l’UMP le 18 novembre prochain, bien supérieure aux 140 000 qu’annoncent les commentateurs: le seuil des 200 000 votants pourrait bien être dépassé; l’équipe Copé elle-même avait d’ailleurs dit qu’un parrain mobiliserait un électeur de plus…;
or, une forte mobilisation signifie un électorat plus large et, a priori, plus favorable à Fillon car plus éloigné du coeur ultra-militant et plus « dur » politiquement;

la dynamique des motions pourrait ne pas être si favorable à Copé; certes, tous les leaders ont pris leurs précautions, mais, quand même, la motion Raffarin-Chatel est largement menée par des copéistes (un paradoxe quand cette motion est plutôt censée être une sorte d’UDF interne…);
or, sa bonne tenue dans les sondages pourrait être contrecarrée par la motion de Wauquiez (qui sera perçue comme filloniste, à tort ou à raison) et par la motion Le Maire et alii (sur la base de la bonne colecte de parrainages pour Le Maire mais aussi NKM);
les autres motions auront davantage de mal à être étiquetées copéistes, les « gaullistes » étant plus identifiés à MAM qu’à Karoutchi et la Droite populaire étant sourcilleuse sur son indépendance et sa spécificité;
la Droite forte (Peltier et les sarkolâtres) pourrait l’être davantage mais sera probablement noyée dans le nombre important de « mouvements » potentiels.

Je précise d’ailleurs que je n’ai pas accordé beaucoup d’importance aux motions, car, contrairement au PS, elles ne seront pas « exhaustives »: un adhérent n’est pas contraint de suivre une motion particulière, un membre du conseil national n’a pas obligation de « s’affilier » et toutes les motions ne se transformeront pas en « mouvements ». Il est probable que leur physionomie sera largement dictée par le résultat du duel Fillon-Copé et non l’inverse.

Finalement, il est peut-être temps de commencer à croire en la victoire de Fillon…😉

5 réflexions sur “Election à la présidence de l’UMP: bonne tenue de Fillon dans la bataille des parrainages

  1. Alors comme ça Copé rate une autre occasion de combler l’écart ? Ta position de pessimiste absolu commence à devenir intenable on dirait.😉 Tout cela est très encourageant et pourrait faire penser que l’UMP va enfin dans la bonne direction (pour elle-même comme pour la France; une fois n’est pas coutume leurs intérêts convergent :P). Mais, malgré tous, il reste deux mois. « lean-Fillon » tendant sur « likely » me semble un pronostic raisonnable.

    Si je comprends bien, Bertrand sera le seul candidat au-delà du duo de tête à moins qu’il ne se désiste. C’est assez ridicule qu’il ait pu s’imposer sur NKM ou Le Maire, qui représentaient une tendance politique plus claire, alors que Bertrand ne représente que son arrivisme. En tout cas, comme tu le prévois, il va probablement finir par monnayer son soutien à l’un ou à l’autre.

  2. Y-a-t-il un ministre de Fillon ayant rallié Copé (à part l’inénarrable Morano) ? Je n’en vois pas.
    Ce qui me rend persuadé que Juppé ralliera Fillon.

    Fillon est impressionnant de sérénité, se permettant de s’affranchir avec force de Sarkozy. Je ne crois pas à un retour de Sarkozy, bien qu’il en crève d’envie (et de besoin). Mais on a l’impression que les électeurs de droite se reposent à présent sur Fillon et ne voudront bientôt plus entendre parler de celui qui leur a fait tout perdre.

    • Certes, ce sont pas des gros calibres, mais il y a Courtial et Karoutchi (directeurs de campagne de Copé, des « flingueurs »). Il y a aussi Tron et Montchamp.
      Il y a surtout Chatel, Dati, Novelli, Daubresse, Mariani.

      Il y aura peut-être Hortefeux et Baroin.
      Joyandet et Douillet étaient derrière Bertrand: Douillet est pour Fillon, mais je ne sais pas pour Joyandet.

      On sent en tout cas une certaine fébrilité chez Copé: cela n’est pas bon pour lui, mais cela risque d’être désastreux pour l’UMP car le sang va bientôt couler…

      • J’avais oublié Dati mais son côté psychopate la décrédibilise (comme Morano).
        A part Mariani, j’ai toujours trouvé surprenant que la droite populaire bien ancrée dans le far sud-est soutienne Fillon.
        Hortefeux et Guéant (les voix officieuses de N. Sarkozy) soutiendront Copé.

        Le mousquetaire Baroin fera-t-il défection à son camp gaulliste (après celle de Le Maire) ? Je suis tenté de le croire.

        Je rêve d’un plébiscite pour Fillon. Ne serait-ce que pour alimenter mon anti-sarkozisme primaire !

        Vous prédisez que le sang va bientôt couler. Je trouve que c’est bien calme jusqu’ici.

        • Le pire n’est jamais certain, il est vrai.
          Après tout, les socialistes se sont bien tenus entre octobre 2011 et mai 2012, même Bartolone, Cambadélis, Aubry et Hamon…

          Karoutchi, Ollier, MAM, Accoyer semblent essayer de calmer les choses…

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