Election à la présidence de l’UMP: l’avance de Fillon s’effrite-t-elle ?

1. Les suites du débat télévisé n’ont manifestement pas fondamentalement changé la donne, comme je l’indiquais précédemment. Reste à savoir où en était la donne…

Sur le plan des soutiens, Fillon continue de confirmer (Myard, souverainiste de la Droite populaire, ce qui ne peut être mauvais, non pas dans le Sud-Est mais chez les « droitistes » plus âgés de l’Ile-de-France) ou d’engranger (Accoyer, ce qui confirme la Haute-Savoie; Apparu, ce qui pourrait signaler une prochaine décision explicite de Juppé, même si c’est peu probable, et relance le suspense dans le département de la Marne).

L’influence des élus et barons locaux est évidemment variable, mais cela ne peut qu’être favorable dans les zones rurales et les départements avec de faibles effectifs d’adhérents. D’où l’incohérence du Nord-Est intérieur (Aube, Meuse, Haute-Marne, Haute-Saône), au gré du ralliement du ténor local.

J’ai revu ma carte de pronostics, avec désormais 7 catégories, pour être plus fin. Je pense que les Hauts-de-Seine (eh oui) et la Marne sont désormais ouverts. Dans les Hauts-de-Seine, certes, il y a la force sarkozyste et les trucages balkanyens, mais quand même, Guéant, Devedjian, Ollier, Myard, Guillet, etc. cela peut finir par pousser Fillon un peu. Surtout, je pense que les entrepreneurs et les cadres supérieurs vont commencer à se lasser d’un Copé qui cherche à cliver et qui est peu présent sur l’économie. Le reste de l’Ile-de-France est plus populaire, mais des Yvelines à Paris, en passant par le 92, je pense que la poussée de Fillon sera réelle. Le 94 est lui-même à surveiller, de même que (dès l’origine) le Val-d’Oise.

Il faudra bien trancher partout d’ici la fin et je me « mouillerai ». Même si je me trompe complètement sur le vainqueur par département (ce n’est pas si grave), j’espère en revanche que la hiérarchie entre départements sera respectée. Mais vu les effectifs concernés, c’est plus que du doigt mouilé… 😉

2. La dynamique de campagne de Fillon semble toutefois s’essouffler quelque peu, car l’effet de répétition commence de se faire sentir dans une campagne décidément prévue très longue par les statuts de l’UMP.

Copé en pâtit moins car il entretient savamment l' »événement », un peu à la Sarkozy, sans toutefois trop en faire (enfin, pas autant qu’un Sarkozy). Il y a ce qui tombe assez mal (des attaques ad hominem sur Ayrault) et ce qui peut davantage séduire à droite (« résistance », appels à manifester). Il réussit en tous les cas à occuper davantage l’espace médiatique.

C’est un peu ce que nous dit le dernier sondage TNS-Sofres pour i-Télé (échantillon de 1013, sondé le 25 octobre 2012) sur l’image comparée des deux campagnes et des deux hommes.

Pour les sympathisants UMP, Fillon est en train de gagner des points à hauteur de 48%, de perdre à hauteur de 13%, ni l’un ni l’autre à hauteur de 27%. Les chiffres sont de 27, 32 et 28% pour Copé, a priori moins favorables. Mais, par rapport à la première quinzaine d’octobre, Fillon recule fortement.

En réalité, cet effritement s’accompagne pour la première fois d’une remontée de Copé (alors que les précédents s’accompagnaient d’une baisse parallèle de Copé, comme dans la deuxième quinzaine de septembre).

Mais, bien sûr, l’objection est contenue dans l’énoncé: malgré l’effritement, Fillon reste nettement au-dessus… (et puis, à force d’avoir toujours plus gagné de points que Copé, il devrait être vraiment haut… 😛 Non, décidément, certains sondages comportent des questions stupides…)

L’objection vient aussi d’un maintien à haut niveau de l’image de l’homme Fillon. Auprès des sympathisants UMP, il est compétent (89 contre 5), sincère (78 contre 12), sympathique (78 contre 14), rassembleur (70 contre 23)) et dynamique (67 contre 25).

Mais Copé recueille également des majorités sur tous ces qualificatifs et est en outre plus dynamqiue (82 contre 18). Il reste moins compétent (78 contre 15), moins sympathique (66 contre 25), moins rassembleur (60 contre 31) et moins sincère (57 contre 31), mais, depuis la fin mai (il est vrai juste après la fin du quinquennat), l’image de Copé progresse nettement et celle de Fillon diminue dans toutes les catégories.

Après avoir dilapidé son avantage fonctionnel (contrôle du parti, légitimité du SG en place et de la campagne présidentielle et législative), Copé revient quand même dans la course. Il était bas et le débat, comme le fait qu’il s’agisse d’un duel, le remettent mécaniquement dans une certaine égalité avec Fillon, un peu comme dans un second tour de présidentielle, dans lequel il est difficile d’écraser son adversaire, sauf si c’est Poher.

Fillon nous a cependant déjà surpris, alors, un ralliement de dernière minute de Juppé ou MAM n’est peut-être pas à exclure… On voit mal Copé sortir un quelconque atout de sa manche, Le Maire étant le moins improbable mais ayant été suffisamment clair, me semble-t-il, dans sa volonté de rester neutre pour ne pas se déjuger. Quant à NKM (dont le poids me paraît plus douteux, même dans l’Essonne), on ne l’imagine pas tombant du côté de Copé si elle devait s’engager.

Restons prudent jusqu’au bout ! Et prions pour que les médias sollicitent davantage les sondeurs… 3 enquêtes d’ici le 18 novembre, ce ne serait pas de trop pour se rassurer ou pour entretenir le suspense…

Le PS de 2012 à 2017 et 2022: un contexte difficile mais une situation centrale et des possibilités réelles de renouvellement du leadership

1. Méfions-nous des modes, tant elles passent vite. L’exécutif socialiste n’est pas forcément déjà et définitivement condamné.

En premier lieu, l’impopularité actuelle tient surtout à un rejet (absolu mais logique) des électeurs de droite et à un fort recul parmi les électeurs du centre-droit ou du FN. Le phénomène tient donc d’abord à une polarisation. Dès l’instant où l’électorat de gauche retrouverait un motif de mobilisation, ce pourrait être suffisant: une présidentielle est mobilisatrice; une présidentielle face à Sarkozy ou, par défaut, face à Copé, serait idéale.

Ensuite, les élections municipales, ainsi que je l’ai expliqué dans l’article précédent, ne seront pas perdues par le PS, en tous les cas pas médiatiquement, car les grandes villes font la tendance, l’impression, et seront conservées par la gauche.

La droite, sur le long terme, reste handicapée par la présence à haut niveau du FN, qui, même en admettant que le problème de la stratégie électorale soit réglée, induit mécaniquement une droitisation de l’UMP (que ce soit Copé ou Fillon). Tant que le PS garde un socle suffisant pour ne pas se retrouver en troisième position d’une présidentielle, rien n’est perdu. Or, Mélenchon ne parviendra pas plus à ses fins en 2017 qu’en 2012 et on ne voit pas qu’un écologiste émerge tellement qu’il menacerait le PS. L’apparition de l’UDI, si elle n’échoue pas lamentablement comme toutes les précédentes tentatives de Borloo, est bien plus problématique pour l’UMP.

Dans le même temps, alors que l’UDI est clairement décalée à droite, l’effacement de Bayrou et la gauchisation des Verts ne peuvent que renforcer le positionnement central des socialistes. Un regain du FG, voire de l’extrême-gauche pseudo-trotskyste, ne peut qu’en réalité le favoriser, car il ne sera pas suffisant pour recréer un « 21 avril à l’endroit » (2012 est éclairant, avec le dégonflement de la bulle Mélenchon): de ce point de vue, le parallèle avec le FN ne tient pas, numériquement parlant; mais il sera suffisant pour faire apparaître l’exécutif assez central, surtout avec un Valls à la sécurité, un Moscovici à l’économie et une Touraine à la santé, la gauche du PS étant surtout reportée dans le parti lui-même. Avec du permissif en pagaille sur le plan sociétal et avec quelques mesurettes modérées, les cadres supérieurs, voire les professions libérales (l’éccord sur les dépassements d’honoraires est emblématique de la bienveillance hollandaise à l’égard des médecns…), continueront de voter « social-démocrate ». Et ces catégories-là s’abstiennent peu.

Enfin, la conjoncture économique peut très bien se retourner avant la fin 2016, juste à temps pour la présidentielle.

L’emballement actuel qui consiste à voir Hollande déjà battu et Ayrault déjà congédié doit donc être quelque peu modéré.

2. Il n’empêche que l’affaiblissement de l’exécutif est réel. Mais plutôt pour des raisons intrinsèques: c’est la faiblesse propre de l’individu Hollande qui apparaît en réalité dans toute son ampleur.

– Son incapacité à mettre de l’ordre parmi « ses » femmes a évidemment contribué à affaiblir son autorité. C’est probablement loin d’être fini, si l’on en croit… Libération, qui nous fait part du jugement de Hollande sur la beauté de l’ex et de leur long aparté. Eh bien non, vous avez bien lu: ce n’est pas Voici mais l’une des Pravda de la gauche française qui nous gratifie de ce nouvel épisode.
Mais, plus sérieusement et plus largement, c’est sa personnalité qui est en jeu: Aubry nous avait prévenus ! « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non », « quand c’est flou, y’a un loup », « la gauche molle »… Mais aussi Royal, en défiant de trouver quelque décision que ce soit en 30 ans de vie politique… Elle était rude: mais, après tout, l’échec du PS sur le référendum de 2005, c’est bien Hollande qui l’a organisé et ce fut la seule décision importante de sa vie politique…

– Ses contradictions très précoces sont d’autant plus fragilisantes qu’elles portent sur le seul terrain où il avait fait des promesses un peu précises et où il faisait vraiment la différence (électorale) avec Sarkozy: la pratique du pouvoir. Aujourd’hui, entre la concubine, l’ex, la récupération médiatique de la mort d’un nouveau-né, la gesticulation autour de faits divers sécuritaires, les pseudo-voyages en train, les sondages élyséens qui reprennent, les cafouillages avec le Parlement et le Conseil constitutionnel, le manque de concertation interne comme le manque de discussion parlementaire, l’interventionnisme caché au sein du gouvernement ou au coeur même du PS (Hollande a fait écarter Cambadélis, contre l’avis d’Aubry notamment, pas moins), la présidence « normale » est bien morte et, avec elle, le seul « plus » de Hollande sur le plan électoral.

– Les rapports avec Ayrault se font sans autorité réelle. De ce point de vue, alors qu’on a comparé Ayrault à Fillon, il est bien plus proche d’un Raffarin, par l’impopularité croissante et (probablement) sans retour, par le positionnement d’une (petite) autonomie par rapport à un Président lui-même affaibli. Hollande aurait probablement souhaité se rapprocher du modèle Mitterrand-Mauroy de 81 ou, plus exactement, de 82-83 (lorsque Mauroy et Delors ont fait le « sale boulot » de la rigueur et du maintien dans le SME), mais il a déjà le Mauroy de 84, démonétisé, incapable de retenir les communistes, submergé par la fin du charbon et de l’acier, déstabilisé par une droite renaissante.
Ayrault n’est pas un fidèle absolu ou un exécutant, à la manière d’un Fabius, d’un Bérégovoy, d’un Juppé ou d’un Fillon (rôles que tiendraient mieux un Sapin, similaire à Fillon, ou un Moscovici, hybride de Fabius et Juppé).
Il n’est évidemment pas non plus le vrai chef comme un Villepin ou un concurrent potentiel comme un Rocard.
Il est davantage un compagnon de route à l’assise propre assez étroite, comme Raffarin, avant de peut-être finir aussi mal en point qu’une Cresson et, comme elle, de ne même plus jouer le rôle de fusible.
Le plus probable reste un « essorage » minutieux et complet d’Ayrault (qui doit servir jusqu’au bout…) pendant encore presque 2 ans.

– L’affaiblissement de l’exécutif vient aussi des libertés prises par un certain nombre de ministres, dont beaucoup jouent des divergences et parasitages avec Ayrault (Peillon, Filippetti, Montebourg, mais aussi Cahuzac ou Sapin, à leur manière).

– Hollande ne contrôle pas non plus réellement le PS, car la réduction du nombre de postes alloué à cette majorité fourre-tout diminue mécaniquement la part des hollandais. En outre, beaucoup de ministres et de hollandais rallié ont renforcé ou créé leurs propres chapelles socialistes: Valls, Peillon, Moscovici sont à la hausse; Delanoë n’est pas complètement parti et Désir n’est pas un hollandais pur jus; Montebourg et Hamon conservent une capacité de nuisance.
Surtout, Aubry sera encore là, d’autant plus qu’elle est partie fâchée et qu’elle pourrait bien revenir en recours incontournable pour Hollande, en 2014, lorsqu’il s’agira de remobiliser l’électorat de gauche (ce que j’écris là, qui date d’avant le congrès, est bien confirmé par la démonstration de force d’Aubry à Toulouse). Mais alors, Hollande sera encore plus affaibli car cela se fera à ses conditions à elle: un peu comme si Rocard avait réussi à s’imposer à un Mitterrand affaibli ! Inimaginable… ce qui montre bien l’écart galactique entre les performances politiques des deux François…

De manière connexe, les troupes parlementaires ne semblent pas aussi tenues que prévu et c’est un peu une surprise, alors que le fidèle Le Roux devrait être à la manoeuvre à l’Assemblée et que le fidèle Rebsamen regimbe et boude. Bartolone, tout à sa joie d’un poste prestigieux, se laisse aller à des libertés qui n’arrangent pas non plus la situation.

– En outre, ceux qui auraient pu constituer une deuxième génération de hollandais, plus fidèle que les éléphants ralliés (Peillon, Valls, Moscovici, voire Montebourg) parce que promue ou sauvée par le seul Hollande, sont en train de se dévaloriser rapidement: Filippetti, brouillonne et rigide, Vallaud-Belkacem grise et inaudible, Batho en porte-à-faux,…
Or, un Sapin ou un Le Foll, cela ne suffit pas à asseoir une présidence forte…

3. Cet affaiblissement prématuré, mais probablement durable car intrinsèque à l’homme et à sa pratique, risque de rendre le chemin de 2017 assez ardu.

D’abord, j’ai déjà expliqué que les municipales de 2014 ne seraient pas considérées comme perdues par le PS. En revanche, les européennes de 2014 pourraient bien être une débâcle: traditionnellement l’occasion de la dispersion et de la rébellion, ces élections pourraient relancer, même temporairement, EE-LV (comme d’habitude), Mélenchon et Le Pen.
Les régionales et cantonales de 2015 ne devraient pas être aussi catastrophiques, mais ne pourront être bonnes, tant le PS part de haut. On imagine bien la Champagne-Ardenne, la Franche-Comté, la Basse-Normandie, les Pays-de-la-Loire, voire la Bourgogne ou d’autres, enfin rebasculer à droite.
Si les municipales de 2014 pourraient bien être un répit et les européennes de 2014 une défaite du PS sans victoire de l’UMP, les régionales et cantonales de 2015 pourraient bien être une victoire plus classique de l’UMP sur le PS, sans trop de parasitage FN ou de « gauches alternatives » masquant la défaite du PS (parce qu’il y a une prime majoritaire aux régionales et que le scrutin cantonal devrait rester majoritaire, même si c’est pas mini-listes ou par binômes).

Alors, Hollande pourrait-il être menacé lors d’une primaire en 2016 ? Ou tellement affaibli qu’il doive se retirer ? Après tout, en France, comme les primaires ne s’égrènent pas par département ou région (quel dommage… :P), il est plus facile de « faire un coup » contre le sortant.
Cela n’est pas exclu mais reste très peu probable. L’exemple américain nous montre qu’un Carter s’est quand même représenté, que même un Ford a fini par l’emporter sur un Reagan, que les contestations internes ont été limitées (que l’on pense aux adversaires des LBJ, Reagan, Bush Sr, Clinton, Bush Jr, Obama lors des primaires précédant leur campagne de réélection). Le cas de figure Gore-Bradley est un peu différent, même si Gore était un peu le sortant, mais seulement vice-président; et, finalement, Bradley a quand même perdu en n’ayant jamais eu de réelle chance de l’emporter.
En outre, la seule en capacité de contester le droit à se présenter du Président sortant, Martine Aubry, sera probablement Premier ministre, donc tenue à la loyauté, même de façade, et normalement elle-même impopulaire. Il faudrait qu’elle reste en réalité en dehors du pouvoir et qu’elle soit en mesure de phagocyter complètement le FG, ce qui est peu probable.

4. Si 2017 est a priori réglé, qu’en sera-t-il de 2022 ?

Ayrault lui-même aura été cressono-raffarinisé. Il n’a de toute façon aucune base suffisante dans le parti (Olivier Faure… après avoir été lui-même quasiment la seule troupe de Jean Poperen…) et n’est pas assez charismatique.

Aubry sera peut-être un tantinet trop âgée et elle aura elle-même subi (peut-être) l’impopularité de Matignon. Mais elle pourrait quand même vouloir tenter sa chance, même si sa (alors) très longue carrière la desservira fortement. De surcroît, dans une primaire interne en 2021, elle subirait probablement le sort d’un Fabius 2006: le tour est passé…

– Dans la série de ceux qui ont laissé passer leur chance, Delanoë est évidemment à exclure: trop âgé, déjà à moitié retiré, trop nerveux et semblable à Sarkozy…
Je n’évoque pas non plus Fabius, qui finit sa carrière « à la Juppé », et guignera sûrement une place au Conseil constitutionnel.

– Il y a ensuite l’espoir médiatique qui aura « grandi » trop vite et qui est trop incontrôlable et trop peu auto-discipliné pour concourir avec quelque chance de réussite à une primaire: Montebourg. Par son écho médiatique, il sera encore dans le paysage, plus ou moins parasite, mais il est déjà « grillé », impuissant au poste qu’il réclamait, et isolé. Il se sera dévalorisé et ne pourra compter sur une base personnelle et fidèle forte. Mais qui a vraiment cru en lui ?…

– Le nom de Valls vient évidemment à l’esprit ensuite et il est clair qu’il fait partie de cette catégorie de politiciens ambitieux, méthodiques, tournés vers le seul objectif de la présidentielle. C’est clairement un matériau présidentiable. Mais il a une faiblesse majeure, celle d’être totalement déporté à la droite de son parti. Soyons cependant prudents: il peut tout à fait effectuer le parcours habituel en sens inverse: il endort d’abord ses ennemis et courtise déjà le centre, avant de revenir vers son électorat de base, pour le rassurer.
Reste que partir avec des bases internes à peine plus importantes que Bockel risque de lui poser nombre de problèmes sur le long chemin de la présidentielle.

– De ce point de vue, quelqu’un de mieux placé au sein de son camp et qui constitue également un matériau présidentiable (par son ambition, son positionnement personnel fort et, quant à lui, une base interne plus sérieuse – surtout si les aubrystes sont, ensuite, à récupérer), c’est bien Peillon. Ses sorties intempestives l’ont desservi, mais il est difficile de penser qu’il se soit simplement emballé…

Moscovici devrait normalement être rangé dans la catégorie des Valls et Peillon, mais il est trop « technocrate » pour espérer raisonnablement devenir Président (Juppé et Fabius y ont-il réussi ? Copé y réussira-t-il ?). De plus, s’il est ambitieux, voire arriviste, il a également un côté dilettante (bien caché à Bercy, où il réussit plutôt bien) qui ne demande qu’à resurgir. Et son passé strauss-kahnien (y compris, peut-être, sur un plan plus personnel) pourrait également le plomber quelque peu.
Il n’en reste pas moins que, appliqué et incontournable, il réussit mieux que Peillon tout en étant moins gênant pour Hollande que Valls: ce sera peut-être une force pour Mosco que de reprendre le courant hollandais défait en 2017 ou finissant dans un deuxième quinquennat sombre (pour les nostalgiques de leur cours à deux voix de Sciences-Po dans les années 1990, ce serait parfait ! :P).

Dans la génération suivante, les ailes sont vite brûlées, comme celles de Filippetti, décidément peu contrôlable et qui retrouve ses réflexes écolo-gauchistes et contestataires, alors qu’elle s’était bien embourgeoisée et modérée au cours de la campagne de Hollande, se créant une place non négligeable en peu de temps.
Vallaud-Belkacem est étouffée comme porte-parole officielle: ce paradoxe s’explique par le caractère ingrat d’être réduit à « la voix de son maître » et à la langue de bois officielle, creuse et lassante pour les médias et le public.
Hamon lui aussi est un peu étouffé par sa participation gouvernementale et son inclusion dans la Gross majorité du PS, alors qu’il aurait pu probablement dépasser les 35% contre Désir et devenir un vrai pôle d’opposition interne… Cela démontre toutefois son ambition, qui l’a amené à une prudence peut-être excessive.

– Pourtant, il faudra bien une femme… Touraine est trop « techno » et, bien que bonne ministre techniquement, ses talents politiques ne sont pas testés et elle pourrait bien ressembler à un Xavier Bertrand (comparaison certes audacieuse mais… :)) ou à un Bianco. Batho est probablement davantage à surveiller, car assez inflexible et ambitieuse, même si ses capacités intellectuelles propres semblent en retrait par rapport aux autres noms cités et si son expression, quelque peu vulgaire et relâchée méritera un coach…

– D’autres ministres qui pourront réussir techniquement n’ont bien entendu pas d’avenir présidentiel: Sapin, Le Foll, Le Drian (mais cela va devenir difficile pour lui quand les caisses seront vraiment vides et que les militaires en auront vraiment marre…)

Bref, un affrontement Valls-Peillon, avec des tentatives d’Aubry, de Moscovici, de Batho et d’Hamon, pourrait bien être le choix de 2021…

Election à la présidence de l’UMP: le débat ne changera pas les rapports de forces

1. Cette longue campagne pour la présidence de l’UMP a laissé plusieurs occasions, plusieurs moments importants aux duellistes pour prendre ou reprendre l’avantage. De manière fort surprenante, l’équipe Fillon s’en est fort bien tirée, malgré une base de départ beaucoup moins importante et structurée, une ambition moins « naturelle » et un accident de scooter inopportun…

En matière de campagne interne, une petite bataille de communication est en cours, pour montrer que chacun est le plus présent sur le terrain et a accumulé le plus de rencontres. Comme sur les parrainages, le camp Fillon réussit toutefois à éviter que le camp Copé ne paraisse vainqueur, alors que l’assistance aux réunions est probablement à l’avantage de Copé.

Sur le plan des ralliements, Méhaignerie a rejoint Fillon, mais ce n’est pas une surprise. Patrick Karam aussi: la presse en a fait un peu de cas, à cause de la « diversité » et de l’anticipation éventuelle de quelques frictions avec Copé sur le sujet, mais, en termes d’impact électoral interne, c’est à peu près nul, même s’il peut encore disposer de relais outre-mer. Penchard soutient également Fillon. Ceci étant dit, l’essentiel de l’UMP en outre-mer, en termes d’adhérents, se concentre plutôt dans le Pacifique. Localement et concrètement plus important, le soutien de Joyandet à Fillon permet à ce dernier de confirmer la Haute-Saône, voire d’être plus compétitif dans le Doubs; le soutien de Doligé, après celui de Grouard, lui assure probablement définitivement le Loiret.
La géographie finale de ce duel reste une inconnue fort intéressante…

Finalement, que ce soit sur la déclaration de candidature, sur les parrainages, sur les ralliements et soutiens, sur la campagne de terrain, Copé n’aura pas réussi à prendre le dessus.
Avant même le débat, il en avait minimisé l’enjeu et réduit l’importance de ce qui devait être sa dernière chance importante de renverser la dynamique.

2. Et, de fait, ce débat ne devrait pas changer sensiblement les rapports de forces. Chacun est apparu tel qu’en lui-même.

– Lors de la phase individuelle, Fillon a été pugnace face aux journalistes et n’a rien cédé. L’épisode Peugeot lui a permis de défendre Sarkozy. L’épisode « mariage homosexuel » de tenir une position à la fois courageuse et légaliste. Il est apparu relativement serein et a plutôt amélioré son image, en n’étant justement pas fuyant et en retournant cette critique à son avantage. Son pompidolo-barrisme était plutôt bien emballé. Il a pu reprendre son stump speech habilement et fermement.

Lors de cette phase individuelle, Copé est apparu un peu caricaturalement comme la copie de Sarkozy: le « bon. je crois que… » faussement gentillet et calme pour démarrer les réponses (avant de monter en gamme et de froncer les sourcils) était une copie conforme !! Plus tendu, il a toutefois pu « cocher toutes les cases »: droite décomplexée, sécurité, dynamisme, anti-parisianisme et bien-pensance de gauche, petit couplet libéral à destination des entrepreneurs, commerçants, artisans, voire agriculteurs. L’importance démesurée du pain au chocolat a cependant pu créer un effet de différence dévalorisant pour lui, Fillons’étant positionné comme le futur Président de la République.

– Lors de la phase de duel, Copé a été, en revanche, légèrement meilleur. Plus à l’aise, mieux posé, il a été plus clair. Fillon a ramé sur le « ni, ni » et il a été imprécis sur l’ISF. Mais Fillon n’a pas été écrasé et, pour les initiés, il a décoché quelques piques cryptées sur leurs positionnements passés (voile islamique, Europe, etc.). Fillon a été meilleur sur le sarkozysme et a très habilement évacué la question de la présidentielle de 2017, en se plaçant au-dessus et en parlant de la France. Mais Copé a été plus tranchant et moins laborieux; il pourra aussi se targeur d’avoir été « réglo » et de ne pas avoir agressé Fillon.

3. Le bilan peut donc apparaître comme négatif comme Copé, en ce sens qu’il a perdu la dernière chance importante de renverser la tendance ou de créer une dynamique différente. Ce match nul annule tout renversement de dynamique. Cahin-caha, le bruit médiatique va donc nous porter jusqu’au 18 novembre sans grande nouveauté (bon, heureusement, il y a les vacances et, peut-être, une nuit de vrai suspense le 6 novembre, à guetter l’Ohio, tout en surveillant Virginie, New Hampshire, Iowa, voire Colorado – la Floride arrivant probablement trop tard…).

AJOUT DU 26 OCTOBRE: L’absence de tout renversement de dynamique et la confirmation d’un flux positif pour Fillon (ou, en tous les cas, de l’absence de mauvaise nouvelle pour lui) sont aujourd’hui renforcés par le soutien de Bertrand à Fillon. Rien de vraiment surprenant, mais Bertrand aurait pu jouer le soutien à un Copé défait, histoire de gagner en poids face à Fillon, mais les troupes de Copé ne sont pas « gagnables » par Bertrand et celui-ci n’aurait rien gagné du tout. Rien de décisif non plus, mais, localement, cela va avantager Fillon sur des terres a priori plutôt favorables, sociologiquement, à Copé: Aisne bien sûr, mais peut-être aussi Ardennes (même si Warsmann est toujours neutre, à ma connaissance) et Somme.

Chacun a pu réaffirmer son positionnement:
– droite décomplexée, anti-politiquement correct, batailles électorales de bas en haut, références à Sarkozy et au sarkozysme d’un côté,
– valeurs traditionnelles de la droite, enjeux nationaux et européens, combat présidentiel prioritaire, réalisme à l’égard du quinquennat passé de l’autre côté.

Mais est-il si sûr que cette situation soit si favorable à Fillon ?
Le débat est probablement sans effet sur les rapports de forces, mais que sont réellement ces derniers, au plus profond du peuple de droite ?

D’abord, Fillon a continué de parler aux Français. Les adhérents de l’UMP y seront-ils sensibles ? Se diront-ils qu’il faut aussi, tactiquement, plaire aux Français pour gagner les élections ? C’est une vraie inconnue et la dernière chance pour Copé que les sondages soient en réalité décalés. L’activisme sociétal du gouvernement (mariage homosexuel, sexualité à l’école, morale laïque, salles de shoot, etc.) pourrait bien favoriser Copé en mobilisant la dimension des valeurs dans le vote des adhérents de l’UMP.

Ensuite, il y a la mobilisation le 18 novembre, directe ou par procuration. Mais la longueur même de la campagne devrait assurer une bonne participation et réduire l’éventuel avantage de mobilisation d’un camp Copé plus « militant » et organisé. Cet avantage reste toutefois réel, car la participation aux réunions de campagne de Copé est incontestablement plus importante que celle des déplacements de Fillon. Cela n’a jamais constitué un critère de bon résultat électoral final, sauf qu’il s’agit ici d’un vote militant interne.

Il convient donc de rester prudent. Et, même si Copé n’a peut-être pas réussi à inverser la tendance ce soir, il s’est à tout le moins positionné comme incontournable pour la suite, car, comme après la campagne présidentielle, il pourra dire qu’il a tout fait pour ne pas affaiblir son camp et il aura aussi réussi, par le simple effet de l’image nivelante du débat, à se replacer un peu plus au niveau de Fillon, alors qu’il avait perdu son statut en étant trop offensif et droitier et en se posant comme supplétif de Sarkozy.

Peut-être Copé jouait-il en fait un score simplement supérieur à 45%… Et j’ai déjà pu dire combien une victoire trop étriquée de Fillon serait problématique pour la droite… Ah si Hollande et Zayrault pouvaient adhérer à l’UMP et voter Copé 😉

En tous les cas, les deux compères auront, par le biais de ce débat, assis leur domination sur l’UMP, car, maintenant, le ralliement d’un Bertrand, le poids d’un Juppé, les velléités d’une NKM ou même d’un Le Maire se retrouvent bien diminués par le seul effet de cette personnalisation et de cette médiatisation, appuyés sur des rencontres militantes qui auront, au final, touché une très grande proportion de militants.

Election à la présidence de l’UMP: « consolidation » de Fillon dans les derniers sondages avant le débat

Consolidation… mais comme le CAC40: bref, peut-être un effritement potentiel…

1. La campagne pour la présidence de l’UMP connaît une plus faible médiatisation, car largement centrée sur les déplacements en banlieue et en province que chaque candidat multiplie, l’équipe Copé se targuant toujours d’un très bon accueil, tandis que la communication sur les chiffres laisse apparaître, comme pour les parrainages, une situation équilibrée. Tout cela est invérifiable et il est évident que la « motivation » d’un côté (le chef dynamique et bonapartiste) peut contrebalancer en apparence la « raison » de l’autre (l’homme d’Etat attrape-tout et déjà orienté vers l’échéance de 2017).

Le fait que cette campagne est longue, très longue, n’aide pas au renouvellement des débats, si tant est qu’il y ait débat. Les idées ne sont pas fondamentalement éloignées et les différences tiennent davantage aux personnalités et aux tactiques. Fillon va son chemin, martelant son stump speech, plus présidentiel que partisan, au risque d’endormir ses auditeurs; Copé surfe « à la Sarkozy », en tentant de créer l’événement, même artificiellement et avec finalement assez peu de succès.

Les ralliements se tarissent et ne changent pas la donne. Fillon peut se targuer de Guéant et Marleix et Copé de Hortefeux et Guaino, ce qui équilibre quelque peu la référence sarkozyste (Hortefeux est certes plus important, mais son ralliement est du bout des lèvres et « personnel » plus que politique, c’est-à-dire qu’Hortefeux lui-même en a fait un non-événement) et donne un avantage à Fillon dans la Cantal et confirme celui de Copé dans le Puy-de-Dôme. On pourrait même avancer que le ralliement de Guaino et le soutien extérieur de Villepin sont plutôt des désavantages pour Copé… 😛 (après tout, Guaino veut simplement se venger de la trahison du séguinisme et de l’opposition de Pécresse à son parachutage dans les Yvelines… quant à Villepin, l’ennemi numéro 1 du sarkozysme, il n’est plus tellement en odeur de sainteté à l’UMP…) Mais le soutien de Tiberi et le départ de Jouanno, censée être filloniste, ne sonnent pas extraordinairement non plus côté Fillon… 😉

Bref, tant que Bertrand ne dit rien et si Juppé ne bouge effectivement pas (comme d’ailleurs MAM, NKM et Le Maire), l’épisode « ralliements » semble refermé.

Avec le soutien de Gorges (maire de Chartres) à Copé et celui de Grouard (maire d’Orléans) à Fillon, voici l’état des forces actualisé, avec mon outil exclusif de mesure des soutiens potentiels des deux candidats, le fameux « doigt mouillé »:

2. Les données sondagières sont elles aussi malheureusement éparses, tant les médias semblent vouloir faire des économies en ne faisant plus sonder une course qu’ils semblent estimer gagnée d’avance ou en se réservant pour l’après-débat.

Fillon peut trouver des motifs de satisfaction dans le sondage IFOP pour Paris-Match, réalisé les 11 et 12 octobre auprès de 1006 personnes et interrogeant sur la personnalité préférée.
Entre Sarkozy et Fillon, respectivement auprès de l’ensemble des Français, des sympathisants de l’UMP, du FN, de l’UDI, du MoDem et des sans parti:
Sarkozy 34 / 54 / 47 / 11 / 22 / 34
Fillon 62 / 46 / 48 / 89 / 76 / 53
aucun 4 / 0 / 5 / 0 / 2 / 13,
chez les électeurs 2012 de Sarkozy, Le Pen et Bayrou:
Sarkozy 59 / 46 / 24
Fillon 41 / 49 / 73
aucun 0 / 5 / 3

Certes, Sarkozy bat encore Fillon à l’UMP, mais ce dernier est loin d’être ridicule, alors même que nous sommes en pleine période vintage de Sarko-nostalgie.
En outre, Fillon apparaît comme plus fort comme candidat présidentiel potentiel, en faisant jeu égal avec Sarkozy au sein des sympathisants FN (ce n’est plus une surprise que cette force relative à l’extrême-droite) et en l’écrasant au centre et au centre-droit. Même pour les sans-partis, pourtant plus attirés par la « bougeotte », le populisme ou l' »exotisme » politique (qu’il s’agisse de Cheminade, Bayrou, Villepin, Royal, Hulot ou Sarkozy), Fillon se révèle être le nouveau candidat potentiellement « attrape-tout« , en tous les cas sur l’aile droite de l’éventail politique.

Entre Sarkozy et Copé, il n’y a en revanche pas vraiment de comparaison possible (ensemble, UMP, FN, UDI, MoDem, sans parti):
Sarkozy 63 / 85 / 66 / 72 / 58 / 67
Copé 27 / 15 / 30 / 19 / 37 / 17
aucun 10 / 0 / 4 / 6 / 5 / 16
(et électeurs 2012 de Sarkozy, Le Pen, Bayrou)
Sarkozy 90 / 68 / 58
Copé 10 / 28 / 38
aucun 0 / 4 / 4

Evidemment, selon le vieux principe de la préférence de l’original à la copie, Copé est battu par Sarkozy dans la plupart des compartiments et surtout à l’UMP, pourtant censée être la force de ce Copé. Certes, il résiste au FN, probablement en raison du sentiment de trahison chez certains électeurs FN après le quinquennat Sarkozy et les promesses non tenues de 2007; certes, au sein du MoDem, Copé n’est pas totalement dominé (contrairement à l’UDI): mais c’est alors davantage celui qui n’est pas Sarkozy qui semble soutenu…

Il n’est pas question de tirer de ce sondage un rapport de forces de 3 à 1 en faveur de Fillon, mais bien de souligner deux profondes traces que laissera cette élection à la présidence de l’UMP:
Copé a perdu son statut de chef du parti: il n’est pas, apparemment, le préféré des sympathisants de l’UMP et il n’a pas bénéficié autant que prévu de son statut d’homme « déjà dans la place »; c’est une vraie réussite de la campagne Fillon, qui n’était pas acquise d’avance;
Fillon a installé, semble-t-il durablement, un statut de présidentiable et de candidat naturel de la droite à la présidentielle, sauf en cas de retour de Sarkozy; une hiérarchie a toutefois été installée dans l’opinion entre Copé et Fillon à l’avantage de ce dernier; Copé y a lui-même contribué en se rabaissant, probablement à l’excès, au rôle de supplétif, de subsidiaire, de Sarkozy.

Bien entendu, il faut rester prudent, car la capacité de nuisance de Sarkozy, ainsi que précédemment exposé, est entière. Et la victoire de Fillon n’est pas assurée, encore moins, sa victoire franche et massive, seule à même de lui assurer la tranquillité jusqu’en 2017.

Le sondage Harris Interactive pour LCP, réalisé du 10 au 15 octobre auprès de 1803 personnes, maintient Fillon à un niveau élevé. A la question de la personnalité souhaitée pour diriger l’UMP, les deux candidats obtiennent les résultats suivants parmi l’ensemble de l’échantillon, les sympathisants UMP, FN, UDI, MoDem et les sans parti respectivement:
Fillon 45 / 67 / 37 / 75 / 57 / 35
Copé 11 / 22 / 12 / 9 / 8 / 8
aucun 43 / 11 / 49 / 17 / 34 / 55
ne se prononce pas 1 / 0 / 1 / 0 / 0 / 2
et, comme d’habitude, le soutien à Fillon croît avec l’âge, le diplôme et la CSP.

Parmi les électeurs 2012 de Sarkozy, Le Pen et Bayrou, les rapports de force sont similaires:
Fillon 62 / 41 / 57
Copé 23 / 13 / 7
aucun 15 / 46 / 36
ne se prononce pas 0 / 1 / 0
avec, de nouveau, cette déception copéiste au FN et cette bonne résistance de Fillon des deux côtés de l’UMP. Quel que soit le souhait d’alliance avec le FN, Fillon devance ainsi Copé dans les mêmes proportions: le différentiel entre eux est bien une question de positionnement personnel, pas de tactique électorale, ni forcément de grands « principes ».
(Notons au passage, sur le souhait d’alliance, qu’il augmente avec l’âge et diminue avec le diplôme et la CSP; il est à 10% « systématiquement », 51% « au cas par cas » et à 39% « jamais » chez les sympathisants UMP et à 11/26/61 chez les Français, les sympathisants FN étant les seuls à la souhaiter majoritairement dans tous les cas)

En termes d’image, Fillon devance Copé dans quasiment tous les compartiments. Voici les rapports de force dans l’ensemble des Français et chez les seuls sympathisants UMP:
– « incarne les valeurs de la droite »: 71/56 et 88/78
– « ferait un bon président de l’UMP »: 59/33 et 80/60

– « a de bonnes idées pour la France »: 52/36 et 91/72
– « peut réformer dans le bon sens »: 48/31 et 86/67
– « ferait un bon Président de la République »: 44/18 et 72/37
– « compétent »: 66/43 et 92/77

– « courageux »: 57/49 et 84/85
– « sympathique »: 51/33 et 77/63
– « comprend les préoccupations des Français »: 43/30 et 78/64.

Bien entendu, Copé n’est pas enfoncé. Mais il ne bénéficie d’aucun avantage comparatif, notamment pas sur son positionnement droitier et même pas sur le courage. Fillon ne présente pas de faiblesse particulière, même sur la direction d’un parti politique, et il dispose d’une force très nette: la présidentialité.

Le jugement sur la qualité de la campagne est équivalent, avec un Copé qui n’est pas écrasé, mais qui reste toujours en retrait. Leur campagne est bonne, respectivement chez les Français et les sympathisants UMP, à hauteur de 59 et 81 (dont 17 très bonne et 64 assez bonne) pour Fillon et de 38 et 67 (dont 8 très bonne et 59 assez bonne) pour Copé. Elle est mauvaise à hauteur de 37 et 17 (dont 16 assez mauvaise et 1 très mauvaise) pour Fillon et de 59 et 32 (dont 26 assez mauvaise et 6 très mauvaise) pour Copé.

Il reste que Fillon pourrait être confronté à un problème, après cette accumulation d’indices et de bruit médiatique tendant à considérer cette compétition comme jouée d’avance: la démobilisation.
L’intérêt pour la campagne s’amenuise globalement. Mais de manière moindre chez les copéistes: 8% des soutiens de Copé s’y intéressent beaucoup et 33% assez, alors que, chez Fillon, les chiffres sont respectivement de 6 et 26%.
De même, parmi les personnes s’intéressant beaucoup ou assez à la campagne, Fillon reste à 66%, contre 20% à Copé, soit un rapport 76-24 contre 80-20 dans l’ensemble de la population.
Ce surcroît de mobilisation de Copé parmi les motivés est possiblement encore plus élevé chez les seuls adhérents. C’est toute l’inconnue du scrutin.

Le sondage BVA pour Orange, l’Express et France-Inter, réalisé les 11 et 12 octobre auprès de 1105 personnes, nous aide également à rester prudent.

Les souhaits pour diriger l’UMP vont toujours largement vers Fillon, mais de manière moins massive (ensemble, sympathisants de droite, sympathisants de l’UMP respectivement):
Fillon 71 / 66 / 66
Copé 21 / 32 / 33
ne sait pas 8 / 2 / 1

Le camp Fillon signerait probablement tout de suite pour un tel score, mais, il faut le répéter, ce sont bien des sympathisants et non des adhérents. Ceci étant dit, les bonnes cotes de Fillon dans tous les sondages nationaux doivent finir par convaincre les adhérents qu’il faut surtout rechercher l’electability.
En outre, contrairement à ce que Copé et Gaudin ont longtemps répété, la participation ne sera pas négligeable, tant la campagne est longue et permet même aux plus lents et aux plus vieux (fillonistes,  rappelons-le 😉 ) de se préparer à aller voter le 18 novembre (votre serviteur lui-même a enfin réussi à « régulariser » sa situation et sera en mesure de se rendre aux urnes à cette date-là !). Or, qui dit bonne participation, dit votes au-delà du seul cercle des plus durs des « tracteurs » de Meaux ou d’Avignon…
Sauf, évidemment, si le risque relevé plus haut se matérialisait d’une démobilisation des électeurs potentiels de Fillon, se disant que c’est déjà « plié ».

Le positionnement semble être le bon pour Fillon, mais Copé n’est toutefois pas rejeté par les électeurs potentiels. Ainsi, appelés à dire si le candidat est « trop à droite », « à droite comme il faut » ou « pas assez à droite » (et « ne sait pas », respectivement), voici ce que répondent:
– l’ensemble des Français:
Fillon 14 / 68 / 12 / 6
Copé 54 / 35 / 5 / 6
– les sympathisants de droite:
Fillon 1 / 72 / 24 / 3
Copé 26 / 60 / 10 / 4
les sympathisants de l’UMP:
Fillon 0 / 77 / 21 / 2
Copé 25 / 66 / 6 / 3.

On peut même suspecter les adhérents UMP de regretter qu’une solution « Fillon président et candidat, Copé SG et campaign manager » ne puisse voir le jour…

Finalement, Fillon reste dominant, mais ce n’est peut-être plus aussi éclatant qu’en septembre, ainsi que le montre notre graphique actualisé:

Heureusement pour lui, le débat semble un peu minimisé dans ses enjeux et dans ses conséquences potentielles. L’organisation semble donner lieu à une prudence et une volonté de « corseter » (comme pour les primaires du PS…), non seulement chez Fillon (quand on est le favori, on « gère ») mais aussi chez Copé. Ce dernier s’est peut-être avisé que ses sorties droitistes ne prenaient pas, que le sarkozysme est difficile à manier pour tout autre que Sarkozy et que la répétition des mauvais sondages finissaient par installer l’évidence dans l’esprit de beaucoup d’adhérents. La défection de Baroin a dû être un coup psychologique majeur pour lui. Copé semble désormais moins agressif mais peut-être aussi plus résigné (à l’image d’un Hortefeux, qui semble « réaliste » sur l’issue).

Le débat sera affaire de positionnements, mais il sera difficile pour Copé de se démarquer de Fillon sans trop l’attaquer. Fillon est déjà central au sein de l’UMP et Copé ne peut que tenter de le déborder par la droite. Alors que Copé aurait dû avoir les avantages d’Aubry (tenir l’appareil et être central dans l’éventail politique et idéologique du parti), il a laissé Fillon ajouter ceux d’Aubry à ceux de Hollande qu’il possédait déjà (candidat attrape-tout et vendeur pour l’extérieur). Alors qu’Aubry avait réussi à déstabiliser Hollande et aurait bien pu le rejoindre si la campagne du second tour avait duré une semaine de plus et avait été agrémentée d’un autre débat, Copé part de plus loin et n’a pas trouvé suffisamment d’espace à côté d’un Fillon bien à droite (qu’il s’agisse, d’économie, de sécurité ou d’éducation) mais restant « ouvert ».

Reste qu’il est inconcevable que Copé s’avoue réellement vaincu et que, si le débat tourne à son avantage, il remontera à l’assaut et pourrait, en jouant l’outsider, l’underdog, tenter de remonter sur le fil, comme l’aiment beaucoup d’observateurs politiques, les médias lui créant alors un environnement favorable à une dynamique qui leur permettrait d’entretenir le suspense et de vendre jusqu’au bout cette histoire… A l’image d’un Romney, dont on nous rebat les oreilles de la remontée, alors qu’Obama reste solide en Ohio et au Nevada et résiste au Colorado, en Iowa et au Wisconsin, rendant la perte de la Floride, de la Virginie et du New Hampshire peu problématiques (et même d’ailleurs celles du Colorado et de l’Iowa): ne nous fions pas trop aux sondages nationaux…

Je crois qu’il faut vraiment être très méfiant. Certes, je ne peux nier que Fillon est le favori, mais justement… 😛
Et puis, en deçà de 55%, l’avenir sera bien sombre pour l’UMP et pour Fillon et, entre 55 et 60%, tout sera à remettre régulièrement sur le métier face à Sarkozy… Bref, il faut au moins 58% à Fillon, si ce n’est 60,x%.

3. Une bonne nouvelle pour l’UMP reste quand même que, contrairement à ce qu’écrivent beaucoup de commentateurs politiques et à ce qui pouvait effectivement être redouté, il semble, à l’heure actuelle, que les pires divisions soient évitées.

Certes, la tension est palpable entre équipes de candidats, mais la descente sondagière plus rapide qu’anticipé du pouvoir hollandais peut susciter un souci de ne pas prématurément gaspiller les bonnes chances de revenir rapidement en responsabilités, tant localement que nationalement.
Ensuite, la pression forte de Le Pen (très haute dans un sondage rejouant la présidentielle de 2012) fait que l’UMP ne peut risquer un « 21 avril à l’envers ».
L’émergence de l’UDI ne peut qu’apporter de l’eau à ce moulin. Bien sûr, ce week-end médiatique fut borlooïsé de manière artificielle et une Jouanno ne fait pas le printemps (Daubresse, Léonetti, Raffarin, Méhaignerie et consorts restent à l’UMP), mais quand même, une UDI à 8-10% peut être gênante dans un premier tour.

Pourtant, les déchirements semblent moins rudes qu’entre balladuriens et chiraquiens en 1994-1995 (et après) ou entre sarkozystes et villepinistes (prolongation sous d’autres formes et avec plus de personnalisation du précédent combat).
Le débat pourrait aussi fournir une petite tribune utile à l’UMP, surtout si la division personnelle n’est pas trop forte (comme les primaires du PS furent une vaste campagne promotionnelle gratuite).
La création même de l’UDI est en réalité une bonne nouvelle (en tous les cas avant 2017), car, localement, une droite et un centre-droit avec deux tendances complémentaires sont indispensables pour regagner du terrain dans le Nord-Ouest modéré, dans le Sud-Ouest radical et dans les zones urbaines « sociales-libérales » et modernistes: l’UMP a éminemment besoin d’un renfort européen, « permissif » (:D), verdissant et empathique.
D’ailleurs, si Borloo se présente effectivement à Paris, cela allègera l’UMP (et Fillon en particulier) du poids de la défaite, tout en ouvrant une réelle petite perspective de victoire face à Hidalgo (si Borloo se lève un peu plus tôt et fait vraiment campagne… euh… bon, d’accord…).
Enfin et surtout, la situation économique ne s’améliore pas et c’est bien la première fois depuis 1984 que la gauche ne bénéficie pas d’une embellie juste au moment où elle arrive (contrairement à 1988 et 1997).

Pourquoi risquer de fragiliser un avenir qui s’annonce positivement ?
Rendez-vous jeudi soir pour le débat.

L’UMP de 2012 à 2017 et à 2022: des alternatives limitées de leadership dans un paysage lourd de nombreuses hypothèques

1. Alors que ce blog fête son premier anniversaire 🙂 et que la campagne officielle pour la présidence de l’UMP s’est ouverte le 5 octobre 2012, quelles sont les perspectives pour le parti de la droite républicaine et pour son leadership?

En premier lieu, rappelons quelques éléments sur l’évolution institutionnelle récente de la France, qui ne feront que s’accentuer avec le temps, quels que soient les appels à la « normalité » ou à la régénération de la démocratie entendus ici ou là.

La France s’est présidentialisée et c’est une tendance lourde.
Le quinquennat a fait du Président le seul leader de la majorité, la dichotomie entre majorité présidentielle et majorité parlementaire relevant désormais de la simple hypothèse d’école pour constitutionnaliste imaginatif. Cette présidentialisation n’est pas propre à la France et touche même les régimes… parlementaires. La pratique du pouvoir de Blair ou de Berlusconi a été présidentielle, comme celle de Harper, de Schröder ou d’autres.
La médiatisation a entraîné une personnalisation de la politique qui se porte en premier lieu sur le Président et non sur son Premier ministre, simplement nommé et facilement révocable. Cette personnalisation influe fortement sur la structure politique même, y compris dans des régimes parlementaires normalement plus dépendants des partis: la personne même de Merkel « sauve » la CDU dans un contexte de progression, mais de division et de faible leadership, des gauches allemandes; l’identité de Monti suffit à stabiliser (temporairement) le paysage politique italien, voire à le recomposer à moyen terme; c’est le débat Rutte-Samsom qui a structuré le résultat des dernières législatives néerlandaises, dans un pays pourtant affecté d’un « régime des partis » et d’un paysage éclaté depuis fort longtemps; face à Cameron, seul atout (avant Boris Johnson?) des Tories, le Labour n’a qu’un petit obstacle avant de revenir triomphalement au pouvoir, son leader Ed Miliband; les travaillistes australiens ont remplacé Rudd par Gillard pour le seul motif de l’image personnelle;…
La demande d’action personnelle d’un chef n’était pas tant liée que cela à Sarkozy: elle est liée à la modernité (une société avec moins de corps intermédiaires et habituée à l’immédiateté et à l’impatience), à la médiatisation, à la personnalisation et Hollande commence de comprendre que la « normalité » dilettante ou même (version plus sérieuse et plus mitterrandienne) la distance byzantine ne peuvent plus avoir cours. Alors, « lui Président », il organise une visite hautement médiatisée et « surprise » à Echirolles…

La France s’est américanisée, en ce sens que son mode de fonctionnement politique (le cycle électoral et les affrontements de leadership) se rapproche de celui des Etats-Unis. Le calendrier politique s’organise autour de la présidentielle, avec des élections locales, européennes ou sénatoriales qui jouent le rôle de midterms.
Il s’agit encore de personnalisation.
Mais il s’agit également d’histoires personnelles, d’étapes dans un parcours, d’influence des médias et des sondages (le climat et la dynamique), de consumérisme politique et électoral (revirements d’opinion rapides, en particulier).

La France s’est « médiatisée », ce qui a renforcé la présidentialisation et a accompagné l’américanisation, mais a aussi entraîné une moindre importance des structures partisanes (Bayrou ou Villepin ont existé malgré tout) et des succès électoraux locaux (qui n’ont pas permis à Royal de vaincre en 2007) et une plus grande importance des positionnements relatifs et personnels et des problématiques d’image (le racisme anti-Blancs en est un exemple récent: reproché à Copé, il ne dérange pas chez Vallaud-Belkacem; peu importe ce que l’on dit, ce qui compte c’est quand on le dit et par rapport à qui, voire où et avec quelle présentation d’ensemble), c’est-à-dire du marketing.

2. Sur ce paysage de fond, viennent s’agréger plusieurs hypothèques majeures pour la droite républicaine, dont elle ne parviendra pas à se libérer facilement, ne les ayant toujours pas résolues.

– La moindre d’entre elles, c’est l’indépendance du centre et du centre-droit.
Bien entendu, Bayrou est politiquement mort et ses grotesques rodomontades face à Borloo ne visent, à la manière d’un Villepin, qu’à se persuader que l’on est encore vivant, alors même que les membres (Vanlerenberghe, Azière, avant sûrement Artigue ou d’autres) commencent à se détacher du tronc désormais sans vie (Sarnez, Gourault).
En revanche, après l’échec de l’ARES et l’incapacité de Borloo à incarner le centre-droit à la présidentielle, celui-ci a enfin « réussi » (c’est presque un oxymore d’associer ce mot à Borloo… très barriste ou séguiniste du point de vue de la « réussite » politique…) à agglomérer le centre-droit. Tout cela est bien sûr fort timide et fragile et ne se fait que par défaut, parce que tous les petits chefs ont unanimement conclu qu’il n’y avait pas d’autre tête connue (c’est ce que Maurice Leroy avait dit, en parlant du seul leader connu du Français de la rue…). L’UDI n’est qu’une UDF en réduction, sans la force historique (au sens de leurs immédiats et plus lointains prédécesseurs, qui remontaient à 1945, voire aux années 1920) et idéologique du CDS et du PR, qui étaient les deux piliers de l’UDF. Aujourd’hui et après la scission du NC, le parti radical apparaît presque comme la force majeure de l’UDI, c’est dire… De plus, aucun centriste ou modéré de l’UMP n’est venu rejoindre l’UDI, pas même les députés UMP qui se sont apparentés à son groupe: que ce soit pour finir une carrière (Méhaignerie, voire Juppé – qui était potentiellement le Barre ou le Balladur de 2012 dans les sondages de 2011), pour retrouver de l’air et des marges de manoeuvre (Léonetti, voire Raffarin) ou pour être le borgne chez les aveugles (Jouanno, NKM, voire Wauquiez).
Malgré tout, même s’il est piquant de voir le radicalisme laïcard succéder à la démocratie-chrétienne molle dans ce rôle (après la parenthèse personnelle Bayrou), l’UDI reprendra probablement l’étiage centriste de 8-10%, celui des élections européennes de 1989 avec Veil ou de 1999, 2004 et 2009 avec Bayrou ou celui de Borloo dans les quelques sondages présidentiels l’intégrant en 2011.
La fin du MoDem va se traduire par un report de 3 points d’électeurs de centre-gauche soit vers un PS moscovicisé ou vallsisé, soit vers l’abstention; par un retour de 3 points vers l’abstention; par un report de 3 points vers l’UDI. Non seulement l’UDI est viable et va donc pouvoir grignoter sur l’UMP, mais le PS va récupérer quelques points sur les ruines du MoDem. Certes, cela peut être compensé (dans l’ouest par exemple), par un retour d’électeurs au centre-droit, après un passage par un PS local rocardisé, mais ce sera relativement marginal et, de toute façon, ne profitera pas à l’UMP.
Ainsi, l’UDI peut être un handicap lourd pour l’UMP au 1er tour d’une présidentielle, avec le risque d’un « 21 avril à l’envers ». De ce point de vue, la victoire de Copé à la tête de l’UMP aggraverait les choses, car il perdrait forcément des électeurs qui se reporteraient sur l’UDI plus facilement.

– De manière liée (le fameux étau qui enserrait Sarkozy entre extrême-droite et centre, avec des pertes d’un côté dès que l’on penche de l’autre), l’hypothèque la plus lourde est évidemment la question lancinante du FN.
Le positionnement actuel de Copé, qui reprend celui de Sarkozy, est-il le bon ? En bref, Sarkozy a-t-il « presque gagné » ou a-t-il « quand même perdu » en mai 2012 ?
Toujours pas réglée, cette question sera encore plus aiguë au fur et à mesure de l’avancée du quinquennat et Hollande s’en servira d’autant plus qu’il pourrait bien ne plus lui rester que cela pour espérer être réélu en 2017.
La crise persistante et l’austérité vont évidemment conforter le FN (pas forcément le faire augmenter, mais en tous les cas consolider sa base de départ).
La pseudo-dédiabolisation (les idées sont les mêmes, mais l’emballage a été renouvelé) pose un problème encore plus grave à l’UMP, puisque les médias semblent présenter Le Pen comme « acceptable », tout en mettant une forte pression sur l’UMP et sa tentation d’alliance avec le Mal.
La dose de proportionnelle envisagée par Hollande ne pourra que rendre encore plus délicat le retour au pouvoir de l’UMP et sera utilisée comme Mitterrand avait su le faire en 2005-2006. De manière accessoire, le futur mode de scrutin pour désigner les conseillers généraux (départementaux ?) pourrait recréer les mêmes débats délétères pour l’UMP dans les départements où il aura besoin de voix du FN pour s’imposer ou espérer s’imposer (Ain, Vaucluse, Loire, Oise, Somme, Aisne, Moselle viennent à l’esprit).
Le « précédent Sarkozy » renforce encore le poids du FN: se délester de sa menace impliquerait forcément de coller à un positionnement « dur » et, en plus, cela n’aurait pas tant nui que cela à Sarkozy en 2012 puisqu’il n’aurait pas été battu si nettement que cela, disent les soutiens de la droitisation.
Bref, mutatis mutandis, l’UMP est confronté au même problème que l’establishment du GOP, sous la pression persistante du Tea Party, qui les oblige à se déporter sur la droite et entretient des débats internes qui affaiblissent le parti. L’effet négatif se sent non seulement pour la présidentielle, mais aussi pour les élections « locales » (en incluant les sénatoriales pour ce qui est des Etats-Unis: voir, par exemple, l’Indiana où le GOP va peut-être perdre un siège à cause du candidat Tea Party qui a triomphé aux primaires): ainsi, les municipales de 2014 s’annoncent déjà fort difficiles pour l’UMP.

Car les municipales se joueront médiatiquement sur les grandes villes, où le PS restera structurellement et sociologiquement fort (Paris et Lyon sont ingagnables pour l’UMP, tandis que Marseille, Nancy, voire Perpignan, Le Havre, Orléans ou Bordeaux, pourraient basculer, avec un Gaudin en bout de course et un Juppé talonné par Feltesse, qui arrive « à point », et que l’UMP ne peut guère espérer reprendre que Metz ou, très éventuellement, Strasbourg, mais rien n’est moins sûr car l’UMP a peu de bons candidats – ce qui fait que des villes comme Caen, Amiens, Montpellier ou Reims, qui devraient être « retournables », ne le seront pas). Les éventuels succès de l’UMP dans des villes moyennes ne se verront pas ou seront masqués par quelques cas problématiques liés à la présence du FN (autour de l’étang de Berre, dans le Vaucluse ou dans le Gard). En outre, malgré les déboires hollandais, l’attachement des Français à la dépense locale (une vraie drogue…) les rend fort réceptifs au socialisme local et n’a pas encore entraîné de révolte fiscale.

– La trosième hypothèque, sur laquelle l’UMP a peu de prise et qu’elle n’a pas résolue à ce jour, c’est l’éventuel retour de Sarkozy.
Soyons clair: la tentative du retour est certaine, je l’ai toujours dit (c’est dans son sang… et puis, l’instinct de revanche…). La réussite du retour est en revanche très peu probable.
D’abord, l’excitation actuelle s’éteindra aussi vite qu’elle est venue: elle est une manifestation supplémentaire des emballements médiatiques de plus plus en nombreux que nous subissons; elle est aussi une conséquence de la vacance actuelle du pouvoir à l’UMP et de la faiblesse du PS, une partie de la gauche recherchant son « meilleur ennemi » pour se remobiliser et se « comparer »…
Dans le même ordre d’idées, Sarkozy continuera de vieillir et le renouvellement à gauche (le gouvernement n’est pas au mieux, mais, au moins, il y a des visages nouveaux -au moins aux yeux des Français, même si Peillon ou Mosco ne sont plus vraiment des perdreaux de l’année) comme à droite (derrière Fillon ou Copé et à côté d’eux, la nouvelle génération va prendre les premiers rôles) va le ringardiser et le faire apparaître comme un has been à la Chirac d’après 2002.
Ensuite, l’une ou l’autre des « affaires » finira bien par produire un résultat rédhibitoire pour Sarkozy.
Sa personnalité n’a pas changé et ne changera pas et ce qui l’a fait rejeter le fera échouer à l’avenir. De manière connexe, l’électorat de droite finira par comprendre (comme c’est un peu le cas avec Copé, semble-t-il) que la gauche n’attend que cela: un retour du « grand méchant loup » qui lui permettrait de se remobiliser et de gagner par défaut. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, les élections ne se gagnent plus forcément en convaincant les indécis, mais encore davantage en mobilisant le plus possible les convaincus de son camp…
Enfin, politiquement, les habitudes des acteurs vont changer une fois que l’UMP aura un nouveau chef (si tant est qu’il assume pleinement son rôle). Les structures et responsables locaux seront renouvelés, les réalignements s’effectueront (voir Baroin ou Estrosi rejoindre Fillon est déjà un premier exemple des recompositions qui peuvent s’opérer).

Cependant, ce retour raté de Sarkozy ne se fera pas tout de suite et, même destiné à échouer, ce retour constituera un élément de perturbation pour la droite et continuera de « plomber » le futur président de l’UMP en laissant planer un doute forcément affaiblissant pour son autorité.
Cette perturbation sera moins forte si Fillon ou Copé gagne largement (à plus de 60%, Sarkozy est fini). Si la victoire est entre 55 et 59%, ce sera insuffisant pour dissiper le doute. Si cela se joue à moins de 55%, alors le président de l’UMP sera réellement affaibli et les divisions internes qui perdureront (guérilla de Copé contre Fillon, en particulier) pourraient avoir raison de l’unité de l’UMP.
Plus précisément, si Copé gagne de manière étriquée, Sarkozy se sentira plus fort pour revenir, mais la concurrence Sarkozy-Copé à venir risquera de déporter l’UMP tellement à droite qu’elle pourrait bien se scinder.
Si Fillon gagne de manière étriquée, Copé servira de sapeur pour Sarkozy, qui se sentira d’autant plus fort qu’il connaît les faiblesses personnelles de Fillon et n’hésitera pas à l’attaquer méchamment, personnellement et directement: ce serait le meilleur cas de figure pour Sarkozy. Ce serait aussi la pire des situations pour l’UMP, qui pourrait alors tellement se déchirer que sa présence au 2nd tour de 2017 serait rien moins qu’assurée.

3. Pour 2017, l’éventail des possibles est forcément limité, quoi qu’en disent les médias en s’ébrouant de plaisir devant les quelques signaux de NKM ou en se repaissant de la candeur des annonces de Bertrand. En réalité, comme aux Etats-Unis, l’emballement, dès le lendemain d’une présidentielle (voire bien avant…), pour de multiples candidats potentiels à l’élection suivante, voire à celle d’après, retombe bien souvent et, finalement, ce sont les poids lourds « évidents » qui l’emportent, même avec difficulté: Kerry ou Romney en sont de bons exemples.

Ainsi, en 2017, cela se jouera entre Fillon, Copé et Sarkozy.
Je viens de dire la conviction que ce dernier n’y parviendrait pas. La pratique américaine est qu’un sortant (président ou vice-président, d’ailleurs) battu ne peut plus retenter sa chance. Certes, on trouvera toujours des exceptions (Nixon). Mais la tendance semble bien lourde d’une « ouverture » au niveau des primaires et d’un retour à l’impératif d’efficacité au niveau de l’élection proprement dite. Ainsi, Romney a plutôt bénéficié de sa campagne des primaires de 2008, plutôt réussie, et de son ralliement « à point » à McCain (suffisamment tard pour montrer sa propre force, suffisamment tôt pour ne pas pénaliser son propre camp, ce qu’avait fait en partie Huckabee); malgré la droitisation du GOP, il a quand même réussi à être le candidate, largement sur la base d’un critère: il serait le plus apte à battre Obama.
Or, quel que soit l’attachement du militant de droite à la culture du chef, la volonté de gagner est la plus forte et c’est ce qui devrait exclure la solution Sarkozy.

C’est aussi la raison pour laquelle Fillon est le mieux placé. Il est le candidat « attrape-tout », celui le plus en mesure de récupérer le centre-droit et le centre sans faire fuir les électeurs du FN.
Le récent sondage CSA pour i-Télé et Atlantico.fr (2-3 octobre 2012 auprès de 1002 personnes dont 860 inscrits) mesurait le potentiel électoral dans une confrontation de second tour avec Hollande. A la question de savoir si les personnes interrogées pourraient voter pour lui, il a été répondu, respectivement « oui, certainement » / « oui, peut-être » / « non, en aucun cas » / « ne sait pas »:
Fillon 37 / 24 / 36 / 3
Sarkozy 39 / 15 / 45 / 1
Copé 22 / 25 / 48 / 5
Ces chiffres confirment ce qui a pu être dit pendant toute la campagne présidentielle: Sarkozy mobilise bien sa base, mais se heurte à un plafond de verre qui lui interdit de franchir facilement les 50%. Fillon n’a pas ce problème, alors que Copé essuie un refus encore plus net que Sarkozy, sans enthousiasmer autant sa base.

Auprès des sympathisants du centre (soit, pour ce sondage, le MoDem, le NC et le parti radical), Fillon est évidemment dominant et Copé s’en sort encore plus mal que Sarkozy:
Fillon 53 / 27 / 19 / 1
Sarkozy 36 / 27 / 36 / 1
Copé 25 / 27 / 43 / 5

Auprès des sympathisants du FN, Sarkozy est logiquement le meilleur, mais Fillon n’est pas en retrait par rapport à Copé:
Fillon 34 / 32 / 33 / 1
Sarkozy 53 / 22 / 25 / 0
Copé 32 / 27 / 35 / 6

Enfin, auprès des sympathisants UMP, Fillon est quasiment au niveau de Sarkozy et Copé est étonnamment fragile, ce qui signifierait probablement, en 2017, au profit d’un Borloo coiffé et sobre ou d’une Le Pen poussée par le buzz médiatique et créerait un risque réel de « 21 avril à l’envers »:
Fillon 78 / 15 / 5 / 2
Sarkozy 82 / 12 / 4 / 2
Copé 49 / 35 / 13 / 3

De même, le sondage OpinionWay pour le Figaro (27 septembre-1er octobre, auprès de 523 sympathisants extraits d’un échantillon total de 2213), sur l’image comparée de Copé et Fillon, place ce dernier en position de force:
certes, la réponse dominante pour toutes les catégories (sauf une, le charisme) est: « les deux »;
certes, Fillon a un retard de -21 sur « dynamique » et de -16 sur « moderne »;
mais il parvient à ne pas céder de terrain sur « proche des adhérents et des militants » (-5), argument majeur de Copé, ni sur la personnalité (« a une force d’entraînement » à -2, « déterminé » à -1), ni sur le renvouellement à l’UMP (« incarne le renouvellement de la droite » à +2, « a des idées nouvelles » à +2, alors que Copé joue au Sarkozy avec du buzz quasiment chaque jour);
il reste surtout fort sur des éléments de personnalité sur lesquels il semblait partir avec un désavantage (« charismatique » à +13, « courageux » à +10, « sait où il va » à +17, mais le caractère vibrionnant de Copé sur le modèle de Sarkozy est sûrement contre-productif);
sur une capacité à mener l’UMP et à être proche de son « coeur » (« a l’autorité d’un chef de parti » à +13, « proche de vos préoccupations » à +19, « incarne bien les valeurs de la droite » à +16, « a un projet pour la droite » à +14, « fidèle aux idées de Sarkozy » à +16, alors qu’il s’agit là de l’autre argument majeur de Copé);
sur une capacité à gagner les élections, y compris locales tant mises en avant par Copé (« capable de mener l’UMP à la victoire aux élections de 2014 » à +20, « incarne l’avenir de la droite » à +15, « capable de rassembler les électeurs de droite » à +20, « ferait un bon chef de l’opposition » à +16).

Alors même que ce sondage n’aborde pas l’expérience, les qualités d’homme d’Etat ou la capacité à gagner en 2017, qu’il est donc « en ligne » avec les souhaits de Copé (et du Figaro ?), Copé est ainsi distancé là même où il devrait au moins faire jeu égal et dans une mesure « qualitative », sûrement bien plus révélatrice que les sondages bruts sur le candidat préféré.

Si ces résultats sont positifs pour Fillon à court terme, ils le sont surtout à moyen terme, car ils pourraient signifier que sa présidence de l’UMP ne serait pas trop remise en cause en 2015 (le président de l’UMP est élu pour 3 ans).
D’abord, le fait de diriger permet de renouveler les structures et les apparatchiki et de s’assurer de nouvelles fidélités.
Ensuite, si les municipales de 2014 ne seront pas forcément extraordinaires pour l’UMP, les européennes de 2014 devraient être catastrophiques pour le PS (les Verts et le FG reviendront sur le devant de la scène) et les régionales et départementales seront raisonnablement bonnes pour l’UMP, tant elle part de bas en nombre de conseils régionaux et généraux (les régionales seront d’ailleurs plus médiatisées que les départementales et c’est précisément dans les régions que l’UMP a davantage de chances de gains).
Enfin, il est peu probable que Copé puisse refaire son retard si Fillon s’il perd en 2012. Bien entendu, il mènera une guérilla implacable et fera tout pour affaiblir Fillon; il facilitera la tâche de Sarkozy; mais il ne pourra le faire qu’en restant sur le créneau droitier et, sauf à ce que le FN crée un séisme aux européennes ou aux régionales, il est peu probable que le paysage général soit profondément modifié: l’UMP n’aura pas forcément progressé mais elle n’aura pas régressé et, surtout, le PS se sera effondré ce qui, par simple différence, fera apparaître Fillon comme un bon chef de l’opposition.

Peut-être tombé-je dans un optimisme excessif (maintenant que je suis sûr de pouvoir voter le 18 novembre… :P) mais, si Fillon dépasse les 55% (60% seraient mieux, mais il ne faut pas être trop exigeant), il devrait logiquement être le candidat pour 2017.

4. Quid, donc, de 2022 ?

Bien sûr, si Fillon est élu en 2017 (je continue d’en douter…), il sera le candidat sortant en 2022 et se représentera, selon la logique américaine.

Si Hollande est réélu en 2017 (rien n’est exclu: une forte Le Pen, un retour d’une croissance correcte, des mesures électoralistes, une division de l’UMP,…), Fillon sera bien entendu la victime expiatoire de la défaite. Les possibilités ne sont alors pas si nombreuses que cela.

D’abord les hypothèses fantaisistes:
Sarkozy pourra-t-il revenir en 2022 ?…. Il n’aura que 67 ans…. Et si la métaphore américaine doit être filée jusqu’au bout, la victoire de Nixon en 1968 revient de très loin…. C’est quand même peu probable car les prétendants seront nombreux et, surtout, l’échec de son retour en 2016 devrait avoir mis un terme définitif à sa carrière.
Christine Lagarde a un an de moins que Sarkozy…. Je l’évoque simplement parce qu’elle est maintenue dans les différents baromètres de popularité, mais il est évident que cette argentière plus anglo-saxonne que franchouillarde n’a strictement aucune chance dans notre pays.

Ensuite, les hypothèses qu’aiment évoquer les médias dès qu’une tête dépasse les autres de quelques centimètres pendant quelques minutes; par ordre de probabilité croissante
Chatel est par trop libéral et a également une image de privilégié (au mieux, il peut viser Bercy);
Baroin est clairement trop dilettante et « fils à papa » et, à force d’être le jeune premier, sera bien défraîchi;
Bertrand a été un bon ministre technique, mais sa popularité est faible et il a largement échoué à la tête de l’UMP: trop rigide, peu charismatique, ne pouvant s’empêcher de dégager une image d’hypocrisie et d’absence de sincérité; en outre, il est élu d’une circonscription très difficile;
Pécresse a acquis une image de « bourgeoise » et de privilégiée qui la disqualifie probablement de manière définitive pour une présidentielle; elle fait partie de ces responsables politiques (comme Baroin, mais peut-être même pas comme Bertrand) qui ne peuvent espérer, au mieux, qu’être Premier ministre (un peu à la Bianco, en son temps);
NKM est à mon sens trop « décalée », sur le plan personnel, et une forme de sincérité et une réelle intelligence ne pourront compenser le fait qu’elle serait également considérée comme une privilégiée et une « fille à papa »; sa circonscription est, en outre, délicate; elle peut largement envisager Matignon, mais plafonnerait pour une présidentielle, même si, comme Pécresse, elle a l’avantage d’être, tout simplement, une femme;
– un peu en retrait mais très proche de la catégorie suivante, Le Maire est probablement trop technocratique et sérieux pour espérer même concourir à la magistrature suprême; sa campagne interne à l’UMP fut claire et cohérente et il a déjà des relais; son bon potentiel (une certaine clarté et fermeté personnelles; une réelle compétence; un positionnement central à droite, comme Fillon) ne sera toutefois probablement pas suffisant pour effacer l’image d’énarque; Le Maire est évidemment un candidat naturel pour Matignon, mais, au-delà, il pourrait ne pas faire mieux qu’un Moscovici.

Reste les vrais postulants à la candidature pour 2022:
Copé, bien sûr, qui est né pour la présidentielle, ne pense et n’agit que pour cela, ce qui est bien la caractéristique commune à tous les Présidents récents de la Ve République (VGE, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, mais aussi Hollande, quoi qu’il veuille laisser paraître); de toute façon, il essaiera jusqu’au bout et il est bien possible qu’après avoir aidé à torpiller Fillon en 2017, il s’apprête à récupérer la mise en 2022…
– à moins qu’entretemps, Wauquiez n’ait réussi à s’imposer: il est clairement d’un matériau présidentiable, est déjà focalisé sur cet objectif et a su se positionner à la fois à droite (les assistés) et chez les modérés (héritage de Barrot, « droite sociale », classes moyennes), tout en « sentant » les évolutions socio-politiques modernes (les « sujets de la vie quotidienne » de ceux qui votent); il a un très bon ancrage local, alors même que sa circonscription n’est plus aussi acqusie à la droite.

D’aucuns pourraient nous enjoindre d’être plus volontaristes et de regarder vers les plus jeunes. Mais la France n’en est pas encore au stade du Royaume-Uni ou des Pays-Bas et l’exemple américain n’incite pas à penser qu’une carrière météorique soit possible dans un régime présidentialisé. Obama n’est pas un contre-exemple: il a eu du mal à s’imposer face à Hillary Clinton (il a eu moins de voix qu’elle… ne l’oublions pas) et il n’a pas gagné pour sa jeunesse mais pour sa couleur de peau (y compris dans la nuance pas trop foncée, quand même…) et grâce à une stratégie et une organisation exemplaires.
Il faudrait alors surveiller un Guillaume Peltier, infatigable et ambitieux, mais très à droite, ou un Christophe Béchu, auréolé de succès électoraux locaux, mais trop locaux justement. Toutefois, le creuset local, bien que riche en espoirs (Edouard Philippe, Valérie Boyer, Philippe Dallier déjà « amorti »,…), ne laisse pas apparaître beaucoup de futurs « présidentiables ». Mais, après tout, Wauquiez aura, en 2022, à peine plus que l’âge de Valls aujourd’hui…

5. En attendant 2022, cette élection à la présidence de l’UMP semble un peu moins incertaine (le ralliement de Baroin semble avoir porté un coup psychologique à Copé, qui a de plus en plus de mal à sourire), mais n’oublions pas le débat du 25 octobre, ni l’ampleur de l’écart entre les deux hommes. Bref, il reste matière à suspense et, même si la campagne connaît peu de rebondissements, on pourra se consoler avec une présidentielle américaine présentant, enfin, un peu d’intérêt (même si le rebond national de Romney ne devrait pas durer et, surtout, ne devrait pas se traduire suffisamment Etat par Etat pour qu’il espère raisonnablement l’emporter).

Bientôt, quelques spéculations sur le PS en 2017 et en 2022…

Election à la présidence de l’UMP: le « ventre mou » de la campagne

1. Un article pour dire qu’il n’y a pas grand-chose à dire ? C’est un peu cela, en quelque sorte… Vivement que je tienne mes promesses sur 2017 et 2022 !

Les campagnes pâtinent quelque peu, faute de thèmes à aborder: la candidature elle-même est passée, les tickets ont été annoncés, les parrainages recueillis, les ralliements ont été largement engrangés, les projets ont été présentés (Fillon volant de nouveau la priorité à Copé).

Nous sommes désormais dans une phase de « petits événements », davantage destinés à rappeler que chaque candidat existe: tribunes successives de femmes pour chacun des candidats (cette fois, Fillon n’a fait que « suivre »), JT ou émissions hebdomadaires pour « dérouler » et ne pas laisser le camp adverse occuper le terrain médiatique. Manifestement, tout le monde attend le débat, probablement vers le 25 octobre.

Pourtant, dès aujourd’hui et pour les 7 semaines qui restent, les hostilités continuent et pourraient prendre un tour plus agressif.

2. Certes, les médias sont pour le moment frustrés de l’absence d’affrontement violent (la manière dont une petit phrase de Fillon, dimanche, a été montée en épingle est assez représentative de cette impatience médiatique…).

– Mais il semble qu’en coulisses, la tension monte quelque peu. Bachelot accuse à demi-mots les copéistes de colporter des rumeurs sur son compte. Certains lieutenants (notamment Daubresse et Courtial pour Copé) haussent le ton. Au fur et à mesure que passent les semaines et alors que Copé ne reprend pas l’avantage, il sera conduit, progressivement, à se faire plus incisif, même s’il ne peut dépasser certaines limites, sauf à s’identifier à sa propre caricature.

– Sur le terrain, la campagne est très active, avec des déplacements quasi-quotidiens, notamment chez Copé, et avec parfois des réunions démultipliées grâce à la seule présence de lieutenants, partis dans les provinces sans leur chef. Les fréquentations semblent toujours meilleures chez Copé que chez Fillon.

– Les ralliements continuent, à plus petite vitesse, mais sûrement. Boutin a rallié Copé: quelle surprise et quelle déception, mais les adhérents du PCD ne sont plus automatiquement adhérents de l’UMP et la petite troupe chrétienne-démocrate ne pèsera donc pas très lourd le 18 novembre (sans compter que les démocrates-chrétiens de l’ouest ou des régions modérées ont peu d’appétence pour Copé et que la ralliement de Retailleau à Fillon devrait trouver les quelques villiéristes encartés à l’UMP). En revanche, les ralliements d’Ameline et de Roig pourraient permettre à Copé, respectivement, de limiter la casse dans le Calvados et de gagner encore plus franchement dans le Vaucluse.

A l’inverse, le petit séisme vient du soutien de Baroin à Fillon. J’avais évoqué, sans y croire, cette possibilité, pour la mettre sur le compte de la girouette Baroin. Ne s’agit-il pas là du signe le plus sûr de l’avance de Fillon ? Qui, si ce n’est le vainqueur putatif, pouvait rallier Baroin 😉 ? Je suis surtout surpris que cela arrive si tôt ? Si Copé s’est senti trahi par Pécresse, que doit-il penser de Baroin aujourd’hui ? C’est évidemment une très bonne nouvelle pour Fillon, qui n’est plus l’anti-Chirac absolu et qui reprend quelques couleurs dans ce nord-est intérieur plutôt acquis à Copé.

Reste en outre Bertrand, dont on voit mal, après un ralliement comme celui de Baroin, qu’il boude Fillon. Notons que Fillon s’est rendu chez le jeune député Darmanin, homme de main de Bertrand, juste avant la journée parlementaire: un signe ?

– Les mouvements autour des « mouvements » justement continuent, mais sans véritable rationalité. Les sondages (que je n’ai pas publiés) sont évidemment très peu fiables, avec des « vainqueurs » annoncés totalement divergents, mais surtout une totale incapacité des « sympathisants » sondés de savoir précisément ce qui se cache derrière chaque motion… Déjà, les adhérents… Néanmoins, Wauquiez s’est quand même lancé, sans qu’il soit certain que ce soit pour préserver une petite base arrière personnelle en cas d’échec de Fillon ou que ce soit pour limiter l’effet désastreux d’une majorité de mouvement visuellement alignés sur Copé (Droites « forte » et « populaire ») ou largement dominés par des copéistes (les libéraux-centristes étant largement contrôlés par les Chatel, Raffarin, Gaudin, Daubresse, au détriment de Léonetti ou de Longuet; les gaullistes davantage « managés » par Karoutchi que par Ollier). En la matière, Fillon part avec du retard, mais ne peut totalement s’en désintéresser et bénéficie quand même du flou général autour de ces mouvements, de leurs positionnements, de leur intérêt réel et de leur poids futur… même pour les adhérents de l’UMP…

L’humeur médiatique reste favorable à Fillon, de manière assez surprenante, avec un Figaro apparemment neutre (jusqu’ici) – même si LCI et peut-être TF1 semblent légèrement copéistes – tandis que les médias de gauche réagissent pour le moment au premier degré et rejettent surtout Copé. Il est clair que chaque équipe de campagne est à la manoeuvre pour séduire la petite troupe journalistique…

3. La perception de la dynamique reste donc globalement favorable à Fillon. Pourtant, plusieurs écueils le guettent.

Un certain épuisement, que révèle le « dynamomètre » de TNS-Sofres (http://www.tns-sofres.com/_assets/files/2012.09.28-dynamo-UMP.pdf): Fillon y reste largement dominant pour savoir qui « gagne des points » dans la campagne, mais de manière un peu moins nette cette semaine. Depuis le 30 août, Fillon a évolué chaque semaine comme suit: 64, 64, 66, 59, 52, parmi les sympathisants UMP. Copé: 37, 35, 41, 18, 23.
Bien entendu, le score reste terrible pour Copé: sa déclaration de candidature lui avait au moins permis de « limiter la casse », mais depuis deux semaines il est nettement moins bon. Toutefois, Fillon plafonne clairement, peut-être aussi en raison du « racisme anti-blancs » et de ses hésitations face à Copé, ainsi qu’en raison d’une plus grande présence médiatique de Copé comme opposant à Hollande et Ayrault. Inversement, Fillon ne peut constater gagner nettement plus de points que Copé; cela n’aurait pas de sens. Rien d’alarmant, mais quand même le signe que Fillon doit trouver un moyen de renouveler sa campagne. Peut-être aussi le signe qu’un excès de confiance (visible chez Pécresse et Ciotti, moins chez Wauquiez) pourrait lui coûter cher. La tactique de l’underdog est désormais clairement jouée chez les copéistes.

– Avant et pendant le débat, sa modération et son positionnement présidentiels pourraient pousser Fillon dans une situation « hollandaise », avec un risque de retournement non négligeable. En se souvenant de l’ascendant pris par Aubry lors du débat de second tour de la primaire du PS et de sa remontée dans les sondages dans les derniers jours, Fillon doit être très vigilant. Il tente de coller à Copé mais ne pourra le faire éternellement sous peine d’incohérence. Il pourrait tenter de l’étouffer en prônant une opposition forte à Hollande et une fidélité à Sarkozy sur des thèmes jusque là inexplorés: Wauquiez pourrait être fort utile à cet égard.

– Le risque d’un ralliement « surprise » ou d’un game-changer n’est jamais exclu.
Sarkozy pourrait-il rompre son silence ? Aucune chance car il ne voudra pas ternir son surprenant regain d’image (quelle que soit la totale artificialité de cette évolution…). De toute façon, un Fillon « petit » vainqueur reste sa meilleure option pour revenir.
Juppé pourrait-il créer la surprise ? On voit mal ce que Copé pourrait lui offrir, mais sait-on jamais…
Un événement « sécuritaire » remettant au premier plan les préoccupations d’autorité, de fermeté, d’identité, etc. ? Il faudrait carrément un attentat; mais alors, l’image d’homme d’Etat de Fillon ne prendrait-elle pas le dessus ?
Une attaque personnelle contre Fillon ? Ce serait un gros risque pour Copé, sur lequel plane l’ombre de Takkiedine…
Mais l’équipe de Fillon pourrait se révéler un peu légère pour réagir et contenir une telle attaque: l’avantage de sa souplesse actuelle se révèlerait alors être une faiblesse rédhibitoire.

Pour Fillon, comme pour Hollande à l’automne 2011, l’équilibre reste fragile et vouloir rassembler largement n’est simple que lorsque la dynamique est nettement positive. A défaut, c’est le risque d’éparpillement et d’incohérence. Encore 7 semaines à tenir…