Election à la présidence de l’UMP: le « ventre mou » de la campagne

1. Un article pour dire qu’il n’y a pas grand-chose à dire ? C’est un peu cela, en quelque sorte… Vivement que je tienne mes promesses sur 2017 et 2022 !

Les campagnes pâtinent quelque peu, faute de thèmes à aborder: la candidature elle-même est passée, les tickets ont été annoncés, les parrainages recueillis, les ralliements ont été largement engrangés, les projets ont été présentés (Fillon volant de nouveau la priorité à Copé).

Nous sommes désormais dans une phase de « petits événements », davantage destinés à rappeler que chaque candidat existe: tribunes successives de femmes pour chacun des candidats (cette fois, Fillon n’a fait que « suivre »), JT ou émissions hebdomadaires pour « dérouler » et ne pas laisser le camp adverse occuper le terrain médiatique. Manifestement, tout le monde attend le débat, probablement vers le 25 octobre.

Pourtant, dès aujourd’hui et pour les 7 semaines qui restent, les hostilités continuent et pourraient prendre un tour plus agressif.

2. Certes, les médias sont pour le moment frustrés de l’absence d’affrontement violent (la manière dont une petit phrase de Fillon, dimanche, a été montée en épingle est assez représentative de cette impatience médiatique…).

– Mais il semble qu’en coulisses, la tension monte quelque peu. Bachelot accuse à demi-mots les copéistes de colporter des rumeurs sur son compte. Certains lieutenants (notamment Daubresse et Courtial pour Copé) haussent le ton. Au fur et à mesure que passent les semaines et alors que Copé ne reprend pas l’avantage, il sera conduit, progressivement, à se faire plus incisif, même s’il ne peut dépasser certaines limites, sauf à s’identifier à sa propre caricature.

– Sur le terrain, la campagne est très active, avec des déplacements quasi-quotidiens, notamment chez Copé, et avec parfois des réunions démultipliées grâce à la seule présence de lieutenants, partis dans les provinces sans leur chef. Les fréquentations semblent toujours meilleures chez Copé que chez Fillon.

– Les ralliements continuent, à plus petite vitesse, mais sûrement. Boutin a rallié Copé: quelle surprise et quelle déception, mais les adhérents du PCD ne sont plus automatiquement adhérents de l’UMP et la petite troupe chrétienne-démocrate ne pèsera donc pas très lourd le 18 novembre (sans compter que les démocrates-chrétiens de l’ouest ou des régions modérées ont peu d’appétence pour Copé et que la ralliement de Retailleau à Fillon devrait trouver les quelques villiéristes encartés à l’UMP). En revanche, les ralliements d’Ameline et de Roig pourraient permettre à Copé, respectivement, de limiter la casse dans le Calvados et de gagner encore plus franchement dans le Vaucluse.

A l’inverse, le petit séisme vient du soutien de Baroin à Fillon. J’avais évoqué, sans y croire, cette possibilité, pour la mettre sur le compte de la girouette Baroin. Ne s’agit-il pas là du signe le plus sûr de l’avance de Fillon ? Qui, si ce n’est le vainqueur putatif, pouvait rallier Baroin😉 ? Je suis surtout surpris que cela arrive si tôt ? Si Copé s’est senti trahi par Pécresse, que doit-il penser de Baroin aujourd’hui ? C’est évidemment une très bonne nouvelle pour Fillon, qui n’est plus l’anti-Chirac absolu et qui reprend quelques couleurs dans ce nord-est intérieur plutôt acquis à Copé.

Reste en outre Bertrand, dont on voit mal, après un ralliement comme celui de Baroin, qu’il boude Fillon. Notons que Fillon s’est rendu chez le jeune député Darmanin, homme de main de Bertrand, juste avant la journée parlementaire: un signe ?

– Les mouvements autour des « mouvements » justement continuent, mais sans véritable rationalité. Les sondages (que je n’ai pas publiés) sont évidemment très peu fiables, avec des « vainqueurs » annoncés totalement divergents, mais surtout une totale incapacité des « sympathisants » sondés de savoir précisément ce qui se cache derrière chaque motion… Déjà, les adhérents… Néanmoins, Wauquiez s’est quand même lancé, sans qu’il soit certain que ce soit pour préserver une petite base arrière personnelle en cas d’échec de Fillon ou que ce soit pour limiter l’effet désastreux d’une majorité de mouvement visuellement alignés sur Copé (Droites « forte » et « populaire ») ou largement dominés par des copéistes (les libéraux-centristes étant largement contrôlés par les Chatel, Raffarin, Gaudin, Daubresse, au détriment de Léonetti ou de Longuet; les gaullistes davantage « managés » par Karoutchi que par Ollier). En la matière, Fillon part avec du retard, mais ne peut totalement s’en désintéresser et bénéficie quand même du flou général autour de ces mouvements, de leurs positionnements, de leur intérêt réel et de leur poids futur… même pour les adhérents de l’UMP…

L’humeur médiatique reste favorable à Fillon, de manière assez surprenante, avec un Figaro apparemment neutre (jusqu’ici) – même si LCI et peut-être TF1 semblent légèrement copéistes – tandis que les médias de gauche réagissent pour le moment au premier degré et rejettent surtout Copé. Il est clair que chaque équipe de campagne est à la manoeuvre pour séduire la petite troupe journalistique…

3. La perception de la dynamique reste donc globalement favorable à Fillon. Pourtant, plusieurs écueils le guettent.

Un certain épuisement, que révèle le « dynamomètre » de TNS-Sofres (http://www.tns-sofres.com/_assets/files/2012.09.28-dynamo-UMP.pdf): Fillon y reste largement dominant pour savoir qui « gagne des points » dans la campagne, mais de manière un peu moins nette cette semaine. Depuis le 30 août, Fillon a évolué chaque semaine comme suit: 64, 64, 66, 59, 52, parmi les sympathisants UMP. Copé: 37, 35, 41, 18, 23.
Bien entendu, le score reste terrible pour Copé: sa déclaration de candidature lui avait au moins permis de « limiter la casse », mais depuis deux semaines il est nettement moins bon. Toutefois, Fillon plafonne clairement, peut-être aussi en raison du « racisme anti-blancs » et de ses hésitations face à Copé, ainsi qu’en raison d’une plus grande présence médiatique de Copé comme opposant à Hollande et Ayrault. Inversement, Fillon ne peut constater gagner nettement plus de points que Copé; cela n’aurait pas de sens. Rien d’alarmant, mais quand même le signe que Fillon doit trouver un moyen de renouveler sa campagne. Peut-être aussi le signe qu’un excès de confiance (visible chez Pécresse et Ciotti, moins chez Wauquiez) pourrait lui coûter cher. La tactique de l’underdog est désormais clairement jouée chez les copéistes.

– Avant et pendant le débat, sa modération et son positionnement présidentiels pourraient pousser Fillon dans une situation « hollandaise », avec un risque de retournement non négligeable. En se souvenant de l’ascendant pris par Aubry lors du débat de second tour de la primaire du PS et de sa remontée dans les sondages dans les derniers jours, Fillon doit être très vigilant. Il tente de coller à Copé mais ne pourra le faire éternellement sous peine d’incohérence. Il pourrait tenter de l’étouffer en prônant une opposition forte à Hollande et une fidélité à Sarkozy sur des thèmes jusque là inexplorés: Wauquiez pourrait être fort utile à cet égard.

– Le risque d’un ralliement « surprise » ou d’un game-changer n’est jamais exclu.
Sarkozy pourrait-il rompre son silence ? Aucune chance car il ne voudra pas ternir son surprenant regain d’image (quelle que soit la totale artificialité de cette évolution…). De toute façon, un Fillon « petit » vainqueur reste sa meilleure option pour revenir.
Juppé pourrait-il créer la surprise ? On voit mal ce que Copé pourrait lui offrir, mais sait-on jamais…
Un événement « sécuritaire » remettant au premier plan les préoccupations d’autorité, de fermeté, d’identité, etc. ? Il faudrait carrément un attentat; mais alors, l’image d’homme d’Etat de Fillon ne prendrait-elle pas le dessus ?
Une attaque personnelle contre Fillon ? Ce serait un gros risque pour Copé, sur lequel plane l’ombre de Takkiedine…
Mais l’équipe de Fillon pourrait se révéler un peu légère pour réagir et contenir une telle attaque: l’avantage de sa souplesse actuelle se révèlerait alors être une faiblesse rédhibitoire.

Pour Fillon, comme pour Hollande à l’automne 2011, l’équilibre reste fragile et vouloir rassembler largement n’est simple que lorsque la dynamique est nettement positive. A défaut, c’est le risque d’éparpillement et d’incohérence. Encore 7 semaines à tenir…

6 réflexions sur “Election à la présidence de l’UMP: le « ventre mou » de la campagne

    • Sûrement bientôt…
      Mais j’ai un peu un passage à vide en ce moment…
      Ce dernier article était sans trop de conviction, un peu « odds and ends »…
      Mais ma fatigue du moment rejoint la « fatigue » de la campagne…
      Je commencerai peut-être par la gauche, cela me « motive » plus😉

  1. La traîtrise de Baroin, je vous l’avais prédit.
    La surprise Sarkozy ? Impossible, il ne pourra pas déjuger son quinquennat en soutenant Fillon. D’autant qu’il ne pourra jamais soutenir un autre que lui-même.
    Juppé ? Il est honnête et n’ira pas contre la solidarité gouvernementale.

    Ma seule surprise est que vous ayez été surpris par C. Boutin. Déçu, oui, mais pas surpris quand même !

    • Non, vous avez raison, je n’ai pas été surpris par Boutin, seulement déçu. Les signes d’une admiration pour les hommes énergiques s’accumulaient chez Boutin (Sarkozy, de nouveau soutenu aveuglément en 2012; Copé depuis quelques temps, en fait). Dire qu’en plus le PCD n’a pas renouvelé le partenariat avec l’UMP sur la double adhésion… Lamentable…

      Quant à Juppé, il est fort probable qu’il reste en retrait. Il a raté le coche en juin, il a mal joué sur toute la ligne, snobé par Fillon (candidature) puis par Copé (direction provisoire de « sages »): autant ne pas dilapider ce qu’il lui reste d’influence en ralliant Fillon après les Estrosi, Baroin ou (bientôt ?) Bertrand…

      • Bertrand était déjà la voix de Fillon lorsqu’il s’est présenté à la présidence du groupe à l’assemblée face à Jacob, copéiste. C’est un allié de fait de Fillon.

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