Election à la présidence de l’UMP: le débat ne changera pas les rapports de forces

1. Cette longue campagne pour la présidence de l’UMP a laissé plusieurs occasions, plusieurs moments importants aux duellistes pour prendre ou reprendre l’avantage. De manière fort surprenante, l’équipe Fillon s’en est fort bien tirée, malgré une base de départ beaucoup moins importante et structurée, une ambition moins « naturelle » et un accident de scooter inopportun…

En matière de campagne interne, une petite bataille de communication est en cours, pour montrer que chacun est le plus présent sur le terrain et a accumulé le plus de rencontres. Comme sur les parrainages, le camp Fillon réussit toutefois à éviter que le camp Copé ne paraisse vainqueur, alors que l’assistance aux réunions est probablement à l’avantage de Copé.

Sur le plan des ralliements, Méhaignerie a rejoint Fillon, mais ce n’est pas une surprise. Patrick Karam aussi: la presse en a fait un peu de cas, à cause de la « diversité » et de l’anticipation éventuelle de quelques frictions avec Copé sur le sujet, mais, en termes d’impact électoral interne, c’est à peu près nul, même s’il peut encore disposer de relais outre-mer. Penchard soutient également Fillon. Ceci étant dit, l’essentiel de l’UMP en outre-mer, en termes d’adhérents, se concentre plutôt dans le Pacifique. Localement et concrètement plus important, le soutien de Joyandet à Fillon permet à ce dernier de confirmer la Haute-Saône, voire d’être plus compétitif dans le Doubs; le soutien de Doligé, après celui de Grouard, lui assure probablement définitivement le Loiret.
La géographie finale de ce duel reste une inconnue fort intéressante…

Finalement, que ce soit sur la déclaration de candidature, sur les parrainages, sur les ralliements et soutiens, sur la campagne de terrain, Copé n’aura pas réussi à prendre le dessus.
Avant même le débat, il en avait minimisé l’enjeu et réduit l’importance de ce qui devait être sa dernière chance importante de renverser la dynamique.

2. Et, de fait, ce débat ne devrait pas changer sensiblement les rapports de forces. Chacun est apparu tel qu’en lui-même.

– Lors de la phase individuelle, Fillon a été pugnace face aux journalistes et n’a rien cédé. L’épisode Peugeot lui a permis de défendre Sarkozy. L’épisode « mariage homosexuel » de tenir une position à la fois courageuse et légaliste. Il est apparu relativement serein et a plutôt amélioré son image, en n’étant justement pas fuyant et en retournant cette critique à son avantage. Son pompidolo-barrisme était plutôt bien emballé. Il a pu reprendre son stump speech habilement et fermement.

Lors de cette phase individuelle, Copé est apparu un peu caricaturalement comme la copie de Sarkozy: le « bon. je crois que… » faussement gentillet et calme pour démarrer les réponses (avant de monter en gamme et de froncer les sourcils) était une copie conforme !! Plus tendu, il a toutefois pu « cocher toutes les cases »: droite décomplexée, sécurité, dynamisme, anti-parisianisme et bien-pensance de gauche, petit couplet libéral à destination des entrepreneurs, commerçants, artisans, voire agriculteurs. L’importance démesurée du pain au chocolat a cependant pu créer un effet de différence dévalorisant pour lui, Fillons’étant positionné comme le futur Président de la République.

– Lors de la phase de duel, Copé a été, en revanche, légèrement meilleur. Plus à l’aise, mieux posé, il a été plus clair. Fillon a ramé sur le « ni, ni » et il a été imprécis sur l’ISF. Mais Fillon n’a pas été écrasé et, pour les initiés, il a décoché quelques piques cryptées sur leurs positionnements passés (voile islamique, Europe, etc.). Fillon a été meilleur sur le sarkozysme et a très habilement évacué la question de la présidentielle de 2017, en se plaçant au-dessus et en parlant de la France. Mais Copé a été plus tranchant et moins laborieux; il pourra aussi se targeur d’avoir été « réglo » et de ne pas avoir agressé Fillon.

3. Le bilan peut donc apparaître comme négatif comme Copé, en ce sens qu’il a perdu la dernière chance importante de renverser la tendance ou de créer une dynamique différente. Ce match nul annule tout renversement de dynamique. Cahin-caha, le bruit médiatique va donc nous porter jusqu’au 18 novembre sans grande nouveauté (bon, heureusement, il y a les vacances et, peut-être, une nuit de vrai suspense le 6 novembre, à guetter l’Ohio, tout en surveillant Virginie, New Hampshire, Iowa, voire Colorado – la Floride arrivant probablement trop tard…).

AJOUT DU 26 OCTOBRE: L’absence de tout renversement de dynamique et la confirmation d’un flux positif pour Fillon (ou, en tous les cas, de l’absence de mauvaise nouvelle pour lui) sont aujourd’hui renforcés par le soutien de Bertrand à Fillon. Rien de vraiment surprenant, mais Bertrand aurait pu jouer le soutien à un Copé défait, histoire de gagner en poids face à Fillon, mais les troupes de Copé ne sont pas « gagnables » par Bertrand et celui-ci n’aurait rien gagné du tout. Rien de décisif non plus, mais, localement, cela va avantager Fillon sur des terres a priori plutôt favorables, sociologiquement, à Copé: Aisne bien sûr, mais peut-être aussi Ardennes (même si Warsmann est toujours neutre, à ma connaissance) et Somme.

Chacun a pu réaffirmer son positionnement:
– droite décomplexée, anti-politiquement correct, batailles électorales de bas en haut, références à Sarkozy et au sarkozysme d’un côté,
– valeurs traditionnelles de la droite, enjeux nationaux et européens, combat présidentiel prioritaire, réalisme à l’égard du quinquennat passé de l’autre côté.

Mais est-il si sûr que cette situation soit si favorable à Fillon ?
Le débat est probablement sans effet sur les rapports de forces, mais que sont réellement ces derniers, au plus profond du peuple de droite ?

D’abord, Fillon a continué de parler aux Français. Les adhérents de l’UMP y seront-ils sensibles ? Se diront-ils qu’il faut aussi, tactiquement, plaire aux Français pour gagner les élections ? C’est une vraie inconnue et la dernière chance pour Copé que les sondages soient en réalité décalés. L’activisme sociétal du gouvernement (mariage homosexuel, sexualité à l’école, morale laïque, salles de shoot, etc.) pourrait bien favoriser Copé en mobilisant la dimension des valeurs dans le vote des adhérents de l’UMP.

Ensuite, il y a la mobilisation le 18 novembre, directe ou par procuration. Mais la longueur même de la campagne devrait assurer une bonne participation et réduire l’éventuel avantage de mobilisation d’un camp Copé plus « militant » et organisé. Cet avantage reste toutefois réel, car la participation aux réunions de campagne de Copé est incontestablement plus importante que celle des déplacements de Fillon. Cela n’a jamais constitué un critère de bon résultat électoral final, sauf qu’il s’agit ici d’un vote militant interne.

Il convient donc de rester prudent. Et, même si Copé n’a peut-être pas réussi à inverser la tendance ce soir, il s’est à tout le moins positionné comme incontournable pour la suite, car, comme après la campagne présidentielle, il pourra dire qu’il a tout fait pour ne pas affaiblir son camp et il aura aussi réussi, par le simple effet de l’image nivelante du débat, à se replacer un peu plus au niveau de Fillon, alors qu’il avait perdu son statut en étant trop offensif et droitier et en se posant comme supplétif de Sarkozy.

Peut-être Copé jouait-il en fait un score simplement supérieur à 45%… Et j’ai déjà pu dire combien une victoire trop étriquée de Fillon serait problématique pour la droite… Ah si Hollande et Zayrault pouvaient adhérer à l’UMP et voter Copé😉

En tous les cas, les deux compères auront, par le biais de ce débat, assis leur domination sur l’UMP, car, maintenant, le ralliement d’un Bertrand, le poids d’un Juppé, les velléités d’une NKM ou même d’un Le Maire se retrouvent bien diminués par le seul effet de cette personnalisation et de cette médiatisation, appuyés sur des rencontres militantes qui auront, au final, touché une très grande proportion de militants.

10 réflexions sur “Election à la présidence de l’UMP: le débat ne changera pas les rapports de forces

  1. Oui, à présent tout ce qui pourrait sauver Copé c’est la différence sympathisants/militants et un possible différentiel de mobilisation. Mais avec un rapport de force stable à 70/30 je doute que ce soie suffisant. Donc oui, l’Ohio est quand même un petit peu plus incertain que ça!😉

  2. Bertrand était déjà en service commandé de Fillon quand il s’est présenté contre Jacob à la présidence du groupe. Il n’avait aucune chance et s’est sacrifié pour obtenir un ticket. Par la suite, il prétend avoir les parrainages pour l’élection à la présidence de l’UMP mais se désiste. Sa manoeuvre de soutien au lendemain du débat est trop électoraliste et donc trop voyante.

    Concernant le débat, énorme bourde de Fillon sur le plan social de PSA. Mais contrairement à Copé, il avait le poids du boulet/bilan de Sarkozy.
    De toute façon, les deux candidats avaient prévenu qu’il n’y aurait pas de débat entre eux et encore moins de duel.

    Pour l’Ohio, déjà 70/30 pour Obama sur les votes anticipés. Comment parler d’incertitude ?

    • Les early voters sont plus démocrates que républicains. Mais, effectivement, l’Ohio semble tenir car seuls des sondeurs républicains ou avec un biais ont vu une égalité ou un avantage Romney.

      Bertrand vient de soutenir Fillon comme Hortefeux a soutenu Copé. L’essentiel pour Fillon, c’est que le flux ne s’inverse pas.

    • 70/30, vraiment? Je savais qu’Obama avait l’avantage dans les votes anticipés, mais pas à ce point là. Pour sûr, c’est bon à prendre. Décidément, Obama est le maître absolu du GOTV.😀

    • Horos, tu veux dire ?😉

      Personne n’a rien compris de ce que Fillon a dit, c’est incroyable.
      Au contraire, il a dit que Sarkozy rejetait le plan social, et non qu’il souhaitait le reporter.
      Le seul problème, c’est qu’il a employé le mot « repousser » (mais dans le sens de refuser, comme on « repousse des avances »), alors que c’est aussi le mot qui est banalement (et stupidement) utilisé pour dire en fait « reporter »….
      Mais il faut réécouter ce qu’il a dit….
      Mais dans ce monde de l’instantané et de l’importance plus grande accordée à ce qui est rapporté par rapport à ce qui est réellement dit, c’est trop tard pour revenir en arrière…

      Bon, ce qui doit lui permettre de s’en sortir vis-à-vis des sarkolâtres de l’UMP, c’est que les socialistes en font vraiment des tonnes et que donc, Fillon apparaît comme le martyr facile des socialistes désespérés, qui trouvent un moyen de dissiper leur blues de Toulouse…
      Du coup, le militant UMP de base doit serrer les rangs… Après tout, normalement, c’est Copé la cible préférée depuis 2 mois. Là au moins, Fillon peut montrer qu’il n’est pas si « mou »…

      Donc, non, je ne suis pas trop inquiet, surtout qu’il s’en est bien sorti sur 2017 et le retour de Sarkozy.
      Et puis, les ralliements continuent: Accoyer et Apparu, alors que ce dernier avait dit qu’il resterait neutre. Est-ce le signe du ralliement prochain de Juppé ?
      Car Apparu est juppéiste et fait une analyse intelligente: à l’heure de la naissance de l’UDI, autant avoir Fillon, plus central à droite.

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