Election à la présidence de l’UMP: « vivement dimanche ? » ou le mauvais pressentiment…

1. Nous voici donc frustrés du moindre sondage depuis la mi-octobre…

Je publie donc de nouveau mon « vieux » graphique, évidemment favorable à Fillon, mais concernant les sympathisants, énorme bémol qui ne sera jamais assez souligné:

Le risque que je soulignais déjà il y a quelques temps pourrait bien se concrétiser: celui de n’avoir qu’un seul sondage en dernière semaine, avec un resserrement de l’écart, et un bruit médiatique très important sur la base de ce seul sondage, avec un effet de loupe tel que la dynamique s’inverserait et permettrait un retour sur le fil de l’underdog, de l’outsider Copé.

Déjà, le flux médiatique note une certaine fébrilité des fillonistes, le Figaro se fait légèrement plus pro-Copé (alors qu’il avait étonnamment conservé une réelle neutralité depuis le début), de même que, sous réserve, Atlantico.fr.

En réalité, Fillon était trop dominateur, ce qui finit par se retourner contre le bénéficiaire: tout événement, toute évolution ne venant pas confirmer cette domination est interprétable comme un revers.
Pourtant, Copé n’a réussi ni l’entrée en campagne, ni la phase des parrainages, ni celle des sondages et n’a pas réussi à prendre le dessus sur les programmes, la campagne de terrain (même si, en réalité, il semble bien qu’il y ait été plus fort) ou le débat.
Mais le fait que le débat ait simplement montré une certaine équivalence entre les deux hommes se retrouve être une quasi-victoire pour Copé, tellement décrié et situé bas dans les médias avant ledit débat.

Il y a donc un vrai risque que la base UMP se dise finalement que Copé est décidément plus courageux et tonique que Fillon et que c’est ce qu’il faut:
si c’est le « meilleur ennemi » de la (presse de) gauche, n’est-ce pas finalement le meilleur pour présider l’UMP ? (ne comprenant pas que, justement, la gauche se mobilise parce qu’elle a des Sarkozy et des Copé en face d’elle… et qu’Obama a d’abord et surtout gagné en mobilisant son électorat naturel; un Fillon n’effraie pas et peut donc encore gagner dans notre France post-moderne, relativiste, matérialiste et libertaire…)
si Fillon a des soucis de santé et se fait agressif seulement en fin de parcours, n’est-ce pas qu’il n’est pas capable de tenir le long terme et une campagne dure ? (la critique est ici plus forte, mais elle oublie que la crédibilité se construit sur le long terme, que Hollande a démontré qu’il n’y avait pas forcément besoin d’être le meilleur campaigner pour l’emporter et que Fillon sort de 5 ans de Matignon sous Sarkozy, pas vraiment une promenade de santé…).

L’image de Fillon pourrait donc bien avoir été récemment écornée:
– confirmation d’un moindre dynamisme par les soucis de santé, voire d’une perte d’electability, principal avantage de Fillon,
– brouillage de l’image de rassembleur par l’interview inopportune au Parisien. Voilà qui ne peut manquer d’étonner, sauf si est pris en compte le pilonnage permanent et très dur auquel se livre Copé lors de la campagne de terrain, pilonnage moins visible dans les médias, mais réel et que Fillon a peut-être voulu contrer mais de manière malhabile.
Il se pourrait bien que Copé ait bien segmenté ses interventions: discours à vocation interne et indirectement anti-Fillon lors des meetings, discours anti-gauche et à vocation externe dans les médias nationaux (destiné à toucher ceux qui ne vont pas dans les meetings et à exciter les médias de gauche, qui font ainsi indirectement la campagne de Copé). Alors que Fillon a pu utiliser des interventions médiatiques plus rares pour parler aux adhérents, tout en continuant un discous de niveau quasi-gaullien dans des réunions « intimistes »…
Nous n’aurons bien sûr la réponse que dans la nuit de dimanche à lundi et les jugements les plus sentencieux sur les erreurs de l’un ou de l’autre pourront alors être prononcés…

Si Hollande avait, dès la fin 2010, adopté le vrai bon positionnement en vue de la présidentielle (la normalité), Copé aura peut-être adopté le vrai bon positionnement pour la présidence de l’UMP, celui du mécanicien électoral fier de parler haut et fort, pas celui du futur successeur de de Gaulle et Pompidou.

En tous les cas, le bruit de fond médiatique n’est pas favorable à Fillon depuis la semaine dernière. Or, les adhérents sont souvent plus attentifs à la vie de la petite sphère médiatico-politique que les autres; ils peuvent davantage s’en inspirer ou y réagir.
Les dernières sorties de Bachelot et Bernard Debré, même s’il s’agit de marginaux de l’UMP et du courant filloniste, ne sont pas faciles à porter pour Fillon car bien trop anti-sarkozystes.
Ne parlons même pas des lauriers tressés à Fillon par… Bayrou aujourd’hui. Là, c’est carrément la poisse et Copé à 73% !

2. Comment tenter de mettre des chiffres sur cette inquiétude sourde ? C’est quasi-impossible, mais nous aimons tous la spéculation pure, ici, alors ne nous retenons pas…

Sur la base de mes pronostics départementaux, je me suis livré à un calcul extrêmement rudimentaire, en affectant un rapport de force brut 55-45 pour les départements « possibles », 65-35 pour ceux qui sont « probables » et 75-25 pour ceux qui sont « solides », puis en affinant département par département, en fonction de mon ressenti personnel… C’est évidemment totalement artificiel et très peu scientifique… Il pourrait aussi y avoir des écarts quasisoviétiques, avec Fillon à 90% dans la Sarthe ou la Haute-Loire ou Copé à 90% en Haute-Marne. En outre, dans les « petits » départements (Ariège, Nièvre ou même Finistère), les surprises seront légion et les votes risquent de dépendre largement de facteurs locaux tout à fait bizarroïdes. Enfin, je base mes calculs sur le nombre d’adhérents au 30 juin 2012. Depuis, il y a eu quelques renouvellements et probablement quelques milliers d’adhérents supplémentaires.
Ajoutons que je place Fillon vainqueur dans le Pacifique, sauf en Nouvelle-Calédonie, et dans les Antilles-Guyane (même si faiblement à Saint-Barthélémy et Saint-Martin), ainsi que nettement à Saint-Pierre-et-Miquelon. Copé gagnerait de manière courte parmi les Français de l’étranger, ainsi que dans l’Océan Indien.

Toujours est-il que j’obtiens une très courte victoire de Fillon… 132 554 voix sur 264 137 électeurs potentiels, soit 50,18 %. Non, je n’ai pas fait exprès !😀

Encore ai-je été généreux en donnant la Marne, les Ardennes ou les Deux-Sèvres à Fillon (sans parler du Var ou des Alpes-Maritimes…), en le faisant gagner nettement dans le Loiret ou en ne le faisant perdre que faiblement dans le Rhône ou le Val-d’Oise.

Bref, cela n’est nullement rassurant pour Fillon.
Mais peut-être négligé-je le poids des médias et des sondages globaux. Après tout, Royal avait largement, très largement gagné la primaire de 2006… et Pécresse avait battu Karoutchi dans les sondages et dans les urnes (oui, on se répète beaucoup depuis 3 mois… :P).

3. Quel événement peut encore influencer le cours des choses en cette dernière semaine ?

Une prise de position d’un Juppé est peu probable et ne changerait probablement pas grand-chose (voire aggraverait le cas de Fillon, notable modéré, soutenu par un autre notable de plus en plus modéré…). Quoi qu’il en soit, Copé met désormais un soin particulier à jouer les vierges effarouchées devant l’interview « si violente » de Fillon et ne commettra donc pas l’erreur de « déraper » au point de faire basculer Juppé (ou NKM) chez Fillon.

Tout nouvel incident de parcours de l’exécutif molletiste socialiste ne peut qu’alimenter une meilleure participation au scrutin de dimanche, mais sans modifier sensiblement les rapports de force existants, quels qu’ils soient.

Un événement international (y compris une guerre Iran-Israël) n’aurait évidemment aucune influence sur cette élection interne à un parti.

Il n’y aurait donc qu’un faux pas d’un côté ou de l’autre. Malheureusement (oui, désolé, mais il y a tellement peu à dire que mes opinions ne cessent désormais de polluer mes articles ;D mais vous savez maintenant faire la part des choses😉 ), on l’imagine davantage du côté de Fillon…

Le mauvais pressentiment… Celui qui fait se dire que mon opinion d’avril va se concrétiser et qu’il n’y a jamais eu d’autre possibilité qu’une victoire de Copé… Celui qui fait regretter d’avoir fini par penser que les sondages de sympathisants ont vu juste et que les ralliements d’un Baroin ou d’un Bertrand indiquaient avec fiabilité la vraie direction du vent…
Aussi, que l’on me permette cette supplique à l’adhérent de l’UMP:

« Adhérent, mon ami, songe à la nécessité de vaincre aux élections nationales comme aux élections locales.
Ne songe pas à te faire plaisir aujourd’hui, dans l’immédiat, en criant plus fort, quel que soit ton profond agacement du politiquement correct et de la chappe médiatique post-moderne, libertaire et repentante.
Songe aux futurs campagnes médiatiques sur l’énarque arrogant et bling-bling, sur l’associé grassement payé et relais de lobbyistes du cabinet Gide-Loyrette.
Songe à cet excès de place laissé à Borloo et cet étouffement entre ce dernier et Le Pen, permettant à celle-ci d’accéder au second tour.
Et si tu as un peu de temps, étudie un peu l’éviction de Richard Lugar, vieux baron modéré de « province » en quelque sorte et la perte subséquente d’un siège de sénateur dans l’Indiana par le GOP :P »

4. Pour ce qui est de l’après, j’ai déjà pu en dire quelque chose et je me contenterai de quelques remarques.

Ne croyons pas les sondages et les commentaires sur « Sarkozy, seul vainqueur du duel Fillon-Copé ».
Sarkozy est loin et donc populaire (que l’on songe à Chirac, gagnant 50 points en un jour…). Sarkozy n’est pas encore allé voir les quelques juges d’instruction qui l’ont ou vont le convoquer. Sarkozy ne contrôlera plus la machine UMP quoi qu’il arrive.
L’excessive longueur de la campagne pour la présidence de l’UMP explique aussi probablement cette situation. D’autant qu’en réalité, le duel aura au contraire assis le statut de présidentiable et d' »éléphant » des deux duettistes.

Malgré cet écrasement de la scène par Copé et Fillon (notamment au détriment des « anciens », Juppé, MAM ou Raffarin; mais aussi des « grenouilles » trop impatientes de concurrencer les « boeufs »: Bertrand ou NKM), les seconds couteaux sont déjà en embuscade:
Le Maire et NKM (avec moins de cohérence et de réussite) pensant pouvoir faire fructifier leurs parrainages;
Bertrand de même et, en plus, pensant pouvoir faire à Fillon ce que Copé a fait à Sarkozy: loyal pendant la campagne mais pour mieux récupérer ensuite son fonds de commerce…,
Wauquiez prenant date avec son propre mouvement, qui lui permettra de se remettre d’une éventuelle défaite de Fillon,
Chatel se positionnant comme le complément ex-UDF indispensable d’un Copé droitisé voire pasquaïsé.

Encore faut-il que l’UMP ne se déchire pas plus que de raison après le 18 novembre. La nuit de résultats peut mal tourner si les chiffres sont très serrés et les affrontements devenir vite irréductibles.
Même dans ce cas, le pire n’est cependant jamais assuré: en 2008, les « royalistes » menaçaient les aubrystes des tribunaux… et pourtant, l’unité de façade a parfaitement tenu en 2012. Et, une fois de plus, répétons que les structures partisanes existantes sont celles qui reçoivent les financements publics et que la vie « en dehors », surtout par division, séparation, fractionnement, est ô combien difficile. Une UDI ne vivra que parce qu’elle englobe des partis existants recevant quelques subsides (la structure de financement fondant la FED de Lagarde; le reste du NC;…).
Pour l’UMP, l’idéal serait un Fillon président et candidat putatif et un Copé secrétaire général, organisateur en chef et Premier ministre potentiel… Mais il faudrait pour cela accepter de manger son chapeau et de se mettre au service d’un autre pour celui-ci et de confier du pouvoir sans craindre l’avenir et en étant soi-même meilleur pour celui-là. Et de pousser un peu les Wauquiez, Pécresse, Chatel et Tabarot.

Vivement dimanche ? Bof… je ne sais pas…
Vivement samedi, ça, c’est sûr, pour « la manif pour tous »🙂

10 réflexions sur “Election à la présidence de l’UMP: « vivement dimanche ? » ou le mauvais pressentiment…

    • Ne me tentez pas !😉
      Non, je ne suis pas à proprement parler un spécialiste… et je le regrette amèrement !
      En revanche, ce blog se poursuivra probablement pour couvrir les 3 législatives partielles de décembre (Hérault, Val-de-Marne et Hauts-de-Seine), avec une situation délicate pour Devedjian, qui risque d’effacer l’échec prévisible du PS dans l’Hérault (le Val-de-Marne devrait rester à droite sans trop de difficultés).

  1. Vous n’évoquez plus la qualité première de Fillon que vous avez vous-même formulée : c’est le candidat attrape-tout.
    J’imagine que nombre d’adhérents UMP proches de Copé voteront quand même Fillon car il est le plus rassembleur.
    De la même façon qu’aux primaires PS, beaucoup se sont résolus à voter à contre-coeur DSK puis Hollande.
    Je ne crois pas que les tous les sympathisants UMP soient des extrémistes.

    • Cela reste son principal avantage, bien sûr. Mais il brouille lui-même quelque peu son image en se « soulageant » à l’égard de Copé.
      Ceci étant dit, c’est un peu toujours la même chose: on retient 5 phrases d’un discours de plus d’une heure…

  2. Le vrai sondage, c’était hier au soir au Palais des Congrés Porte Maillot.
    L’élection, dimanche, de Fillon sera une bien mauvaise nouvelle pour Hollande car il aura désormais, face à lui, un leader de l’opposition apprécié des français et pour Sarkozy même si la presse continuera de chanter l’air du retour.

  3. j’ai repensé aujourd’hui à une chose. Lors des primaires écologistes, les sondeurs donnaient Hulot gagnant à 70%. (il était à 10% d’intention de vote pour la présidentielle). Finallement, les militants avaient choisis tres majoritairement Joly (a peine 2% d’intention de vote pour la présidentielle), beaucoup plus à gauche que Hulot…
    Les militants avaient alors préférés une candidate qui représentait mieux leurs idées plutot que de faire un bon score. Je pense qu’à l’ump, sa fera pareil. En fait, la situation se ressemble énormement : scrutin réservé exclusivement aux militants; 2 candidats seulements (un centriste et un plus radical); dans les 2 cas, le centriste donné gagnant par les sondeurs qui réalisent aupres des sympatisants. Et le plus radical qui l’emporte (surtout que je peux vous le dire, les militants UMP sont beaucoup plus à droite que leurs élus…)

    • Relisez mes « vieux » articles sur cette présidentielle interne: j’en ai déjà longuement parlé.
      Petite précision: les candidats à la primaire verte étaient 4 (ce qui aurait bien détendu les choses à l’UMP d’ailleurs…).
      Petit bémol: les adhérents de l’UMP sont sûrement plus « rationnels » que ceux des Verts. Et Fillon est plus à droite et plus « sérieux » qu’Hulot n’était à gauche et solide…😛

    • Revoyez mon article de ce soir et mes vieux articles: les sondages sur Pécresse/Karoutchi ne s’étaient pas du tout trompés, alors qu’il s’agissait bien d’une élection pour adhérents et en plus dans une seule région.
      Mais il est certain qu’on peut objecter que les adhérents d’Ile-de-France sont plus « raisonnables » que ceux de PACA, du Languedoc ou de la Loire… Et que, mutatis mutandis, si Pécresse peut être comparée à Fillon, un Karoutchi était nettement en dessous d’un Copé…
      Cela reste toutefois comme un précédent étonnant et favorable à Fillon.

  4. la encore vous avez raison. Attention, je ne dis pas que l’affaire est pliée pour Copé. Je crois cependant qu’elle est loin de l’etre pour Fillon. Quel que soit le vainqueur je ne pense pas que se sera a plus de 52/48…
    Ne sous estimons aucun des deux.

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