Géographie électorale du duel Fillon-Copé: « résistance » contre « raison » dans la mosaïque habituelle des élections internes ?

(MISE A JOUR LIMINAIRE DU 23 NOVEMBRE: étant donné les rebondissements quotidiens de la situation à l’UMP, je conseille à ceux qui sont à la recherche d’informations ou qui souhaitent poser des questions factuelles de se rendre directement dans les commentaires du présent article)

Voici de nouveau cette carte qui reste provisoire (merci à Yves-Marie Cann pour la compilation de tous les résultats épars ! voilà une preuve qu’Internet et même Twitter peuvent être utiles !):

 

1. Beaucoup de situations locales reçoivent bien entendu une explication relativement aisée:

– Les départements d’origine des candidats forment, comme d’habitude, leur meilleur score: Seine-et-Marne et Sarthe, avec des zones d’influence limitrophes (Orne, Mayenne, Maine-et-Loire; Oise et Seine-Saint-Denis en partie).

– Les départements encore sensibles aux orientations originelles des candidats ou à leurs filiations sont peu nombreux et se situent surtout du côté de l’ex-séguiniste Fillon: Vosges, Ariège, Nord-Ouest, voire Moselle du côté filloniste, mais aussi Corrèze, voire Gironde du côté de l’ex-chiraco-juppéiste Copé.
Les orientations idéologiques actuelles des candidats épousent en revanche facilement les sociologies de l’électorat: Languedoc-Roussillon et Provence pour Copé, Nord-Ouest et ouest francilien pour Fillon. Je ne m’étendrai pas sur cet élément le plus évident.

– De manière secondaire, les fiefs des autres membres des tickets ont suivi: Yvelines, Haute-Loire, Haute-Marne; les Alpes-Maritimes, trop « encombrées », faisant bien sûr exception.

Il y a ensuite l’influence des barons locaux qui, comme au PS, au PCF ou au FN, est très forte et explique largement le caractère de mosaïque des géographies électorales des scrutins internes. Une distinction entre départements peut être tracée:

– Les départements où le baron est réellement maître de ses troupes, quelle que soit leur sociologie: l’exemple le plus éclatant est la continuité géographique de deux départements fort similaires: Aube (Baroin) et Haute-Marne (Chatel), qui sont même inversés, d’une certaine manière, si l’on se basait sur la sociologie respective et si l’on devait accentuer les quelques petites différences (Haute-Marne plus rurale, Aube plus urbaine, voire très lointaine banlieue aux alentours de Nogent-sur-Seine); c’est d’autant plus frappant que, en 1999, la Haute-Marne était un des points forts du gaulliste social Fillon.
De même, la proximité et, malgré tout, la divergence de résultat entre Loiret et Eure-et-Loir est frappante.

Il y a donc les départements où les barons sont en accord avec la sociologie: Bouches-du-Rhône ou Nord côté copéiste, Ille-et-Vilaine, Maine-et-Loire, Savoie ou Yvelines côté filloniste.
Il y a les départements où les barons peuvent prévaloir sur la sociologie: les Alpes-Maritimes sont un exemple frappant; le Territoire-de-Belfort est lui aussi une grande surprise… tout à fait logique de ce point de vue: Meslot soutenait Bertrand et donc Fillon et ce département de tendance « droite pop » a suivi. Longuet a probablement fait basculer la Meuse et Barèges le Tarn-et-Garonne.
Evidemment, l’influence de Bertrand dans l’Aisne, voire dans les Ardennes ou la Somme, a été décisive dans des départements plutôt de droite dure. De même, l’influence de Raffarin suffit à faire basculer la Vienne et même toute la région Poitou-Charentes. Peltier a probablement gagné l’Indre-et-Loire à Copé et Fromion le Cher.

– Les départements où le baron ne peut aller contre la sociologie: Hubert Falco et beaucoup d’autres élus varois n’ont ainsi pas pu empêcher que le Var ne reste, logiquement, copéiste, même si de peu; d’une certaine manière, l’appareil sarkozo-balkanyste n’a pu empêcher les Haut-de-Seine des cadres supérieurs et retraités aisés de soutenir majoritairement Fillon.

– Les départements où la concurrence de barons se résout à l’avantage du plus important ou de celui ayant un « rayonnement » plus large: les Alpes-Maritimes (Estrosi, appuyé sur Ciotti et Léonetti, prévalant sur Tabarot ou Luca), les Côtes-d’Armor (Le Fur contre Cadec) ou la Charente-Maritime (Bussereau étant battu par le lointain Raffarin et par Quentin) illustrent bien ce cas de figure. A Paris, c’est Fillon lui-même qui a pu emporter la décision (appuyé sur des troupes quand même nombreuses: Goujon, Legaret, Lamour, Debré, Lellouche,.., et une sociologie favorable), face aux seconds couteaux Goasguen, Dati, Lecoq ou Küster.
La concurrence peut aussi être tranchée par la sociologie: dans l’Oise, la division a été forte, entre les Dassault et Courtial d’un côté, Woerth et Cayeux de l’autre, mais la sociologie a prévalu; la Manche offre un exemple similaire, même si le résultat est inverse.

2. Il y a cependant de vraies surprises, plus ou moins difficiles à anticiper: le Pas-de-Calais, la Moselle ou la Drôme pour Fillon, les Hautes-Pyrénées, les Landes ou le Bas-Rhin pour Copé, par exemple.

Le chiraquisme et le sarkozysme ne sont pas des facteurs explicatifs, ce qui est d’ailleurs fort intéressant en soi (le sarkozysme n’existe peut-être pas; attendons les scores des mouvements – encore que, beaucoup d’adhérents n’ont pas voté pour un mouvement !): les Alpes-Maritimes, la Marne, l’Aube ou les Hauts-de-Seine ne sont pas copéistes malgré leur sarkozysme et l’Alsace est divisée; en matière de terres chiraquiennes, l’écart est fort entre Cantal et Creuse d’un côté, Corrèze et Haute-Vienne de l’autre.
Cela tient au fait que les leaders s’effacent vite et au fait que Copé et Fillon ne sont pas, à titre personnel et hors du jeu médiatico-électoral de Copé, si éloignés fondamentalement l’un de l’autre.

Il faut donc chercher autre chose: il y a peut-être des éléments d’explication conjoncturels, d’autres plus profonds.

Conjoncturellement, la faiblesse de Fillon dans le Sud-Ouest, probablement une des plus grandes surprises, peut être liée au fait que sa campagne « perturbée » a principalement délaissé le quart sud-ouest; je comptais publier une carte des déplacements, mais je ne les ai pas recensés assez tôt; toutefois, il est clair que Fillon ne s’est pas attardé à l’ouest et au sud d’une ligne Arcachon-Tulle-Foix.

Plus fondamentalement, les forces relatives des autres partis de droite et du centre peuvent aboutir à des surprises, en ce que l’électorat UMP « résiduel » (en quelque sorte) se retrouve en décalage avec la sociologie globale de la droite dans le département concerné. La forte présence UDI dans le Loir-et-Cher ou la Côte d’Or a peut-être favorisé la victoire de Copé; de même, l’implantation croissante du FN a pu contribuer à pousser la Moselle du côté de Fillon, comme la persistance d’un villiérisme croupion en Vendée laisse une UMP un tantinet plus modérée. Mais, bien sûr, on peut trouver quantité de contre-exemples. Ce facteur explicatif est très local.

Peut-être que le critère majeur est finalement une combinaison entre passé et avenir, entre tradition politique et combats récents ou futurs: je veux dire par là que la culture politique locale doit être croisée avec la réalité de la situation électorale actuelle de la droite et des futures batailles politiques à mener afin de tenter de comprendre ces surprises.
Ainsi, la gauche est tellement forte dans le Gers, les Hautes-Pyrénées ou le Lot que les quelques adhérents UMP veulent surtout « cogner »; au surplus, ces terres totalement sécularisées et de tradition ruralo-boutiquière expliquent que la posture « populaire » de Copé ait pris. Plus largement, le succès de Copé dans le Sud-Ouest, mais aussi ses scores tout à fait honorables dans le Finistère, le Calvados ou les Deux-Sèvres, terres encore conservatrices naguère mais totalement « rosies » désormais, s’expliquent aussi par cette volonté de « résistance » dure face à la gauche.
A l’inverse, le Nord-Est intérieur, à la fois très conservateur et peu menacé par l’implantation de la gauche, se rallie davantage à Fillon que prévu. Et, bien logiquement, Vendée, Maine-et-Loire, Loiret, Hauts-de-Seine, Marne ou Haut-Rhin, sans trop de crainte d’une vague « rose », peuvent voter « raisonnablement » pour Fillon, tout en confirmant leur tradition de « modération ».
La différence entre Moselle et Meurthe-et-Moselle peut certes s’expliquer par l’action des barons (des baronnes, en l’occurrence !), mais peut aussi découler d’une situation de « résistance » (le grand mot de Copé, qui a sûrement fait mouche) plus ancienne en Meurthe-et-Moselle. La différence entre Côtes-d’Armor (depuis longtemps à gauche) et Morbihan également.

Même si le Lyonnais et les Savoies, notamment, perturbent un peu l’analyse, le trait le plus synthétique des deux candidats serait, de manière vraiment grossière, que Copé est fort dans les départements de gauche des années 70 et 80 et Fillon dans les départements de droite quasi-pompidolienne. Les experts de cartographie électorale sont els bienvenus 😉

Mais, après tout, le message de la différence entre « résistance » et reconquête d’un côté, « establishment » et barons de l’autre, tout simpliste qu’il soit, a probablement porté et Copé n’a fait qu’appliquer la vieille recette du (pseudo-)rebelle contre l’ordre établi. Ou la différence entre « démagogie » et posture d’un côté, responsabilité et « raison » de l’autre, si l’on se place d’un point de vue filloniste.

Il sera intéressant d’analyser les résultats des mouvements, afin de confirmer ou d’infirmer ces hypothèses, en espérant que l’UMP veuille bien publier TOUS les résultats, département par département, y compris en outre-mer et à l’étranger…. Prions Sainte COCOE et surtout Saint Jean-François, qui ne va pas vouloir étaler le détail des turpitudes, peut-être…

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Election à la présidence de l’UMP: victoire « à la Aubry » de Copé, renoncement « à la Séguin » de Fillon

LUNDI APRES-MIDI: En attendant une éventuelle conclusion de la COCOE, sûrement plutôt mardi voire mercredi (et peut-être pas du tout si le blocage est complet), le journaliste Yves-Marie Cann a effectué une totalisation à partir des données de la presse régionale: 171 803 votants, Fillon 50,03% et Copé 49,97%, soit 93 voix d’écart…Cela signifierait aussi une participation correcte (mais sans plus, à mon sens) au-dessus de 60%.

Par rapport à la carte publiée cette nuit, sont venus s’ajouter le Val-de-Marne et la Corse-du-Sud pour Copé, les Ardennes pour Fillon. Je publierai ce soir une carte actualisée et un commentaire rapide des « surprises » et des confirmations. Etant donné les résultats surprenants de Copé en Aquitaine et dans les Charentes, Juppé aurait pu faire basculer les choses. Il est quelque peu ironique de le retrouver aujourd’hui dans une position de médiateur ultime.

Notons simplement à ce stade que
Sarkozy, le FN, l’UDI, Hollande et le PS peuvent se réjouir (idéal pour le retour du sauveur Sarkozy; idéal pour élargir le pseudo-rassemblement bleu marine; idéal pour grappiller des élus et des cadres et densifier le réseau local de l’UDI et pour engranger de futurs électeurs modérés; idéal pour envisager un second tour Hollande-Le Pen; idéal pour minimiser les défaites européennes et locales du PS en 2014 et surtout 2015),
Fillon ne pourra être le candidat en 2017 que s’il y a des primaires ouvertes (ce qui signifie qu’il faut qu’il soit président aujourd’hui… car Copé ne semble pas clair sur ce point, ce qui serait scandaleux pour les adhérents et dangereux pour la droite, tant la légitimité du candidat socialiste a bénéficié des primaires ouvertes de 2011); sinon, il sera bloqué par Copé ou submergé par Sarkozy,
Copé serait lui-même affaibli et devrait se lancer dans un duel d’éclopés avec Sarkozy, finalement plus ouvert que prévu, pour peu que Sarkozy ne soit pas trop embêté par les juges,
– pour 2022, Copé s’est déjà créé de solides et profondes inimitiés (Wauquiez, Pécresse) ou des préventions extrêmement méfiantes (NKM, Le Maire, Apparu, voire Chatel lui-même qui a peut-être été surpris par ses collègues en copéisme… et qui sait qu’il pourra être « débarqué » à tout moment) sur sa capacité à imposer n’importe quoi et n’importe qui et à s’imposer tout court (Bertrand le savait déjà, mais je parle de 2022: lui sera déjà « out »),
– même s’il n’y a pas de résultats pour les mouvements, la Droite forte aura réussi le plus scandaleurs des coups marketing, en débarquant de nulle part et en gagnant uniquement sur un nom propre (Sarkozy), deux noms communs (sarkozysme, sarkozyste) et un adjectif (forte): ma foi, à l’heure d’une société googlisée, 4 mots-clefs, c’est déjà beaucoup ::( ; on appréciera aussi la capacité d’anticipation de Wauquiez, qui a désormais une assurance-vie en cas de défaite de Fillon, avec sa petite chapelle qui sera financée (enfin, si l’UMP n’est pas en redressement judiciaire d’ici 6 mois…); on appréciera l’habileté des Raffarin, Chatel et Daubresse qui auront détourné une partie des modérés vers Copé, tout cela pour continuer d’exister eux-mêmes ou se créer une future base pour l’avenir (Chatel)
– Juppé aurait mieux fait de concourir, il aurait rendu service à tout le monde et aurait très bien pu se retrouver faiseur de rois ou roi lui-même,
– l’idée d’une co-présidence paraît impossible, mais pourtant… elle vient d’être lancée par le président de la fédération du Pas-de-Calais et Juppé lui-même a appelé à être imaginatif (même si lui-même ne ferait le « bouche-trou » que quelques semaines au plus),
les discours cataclysmiques (malgré ma propre « dépression » politique avancée :P) doivent être relativisés, au regard du parcours socialiste entre 1990-94 et 1997 ou entre 2008 et 2010-12 ou au regard du parcours de la droite entre 1995-99 et 2002 ou entre 2004-06 et 2007; en outre, on ne crée pas un parti comme cela: n’oublions jamais les structures existantes (ne serait-ce que tous les locaux et les équipes, à Paris et dans tout le pays; les groupes parlementaires; les fichiers d’adhérents), mais surtout les financements publics… la scission reste toujours la moins probable des éventualités, même si elle n’est pas impossible;
et puis, les médias oublient vite, les Français oublient vite, tout le monde passe à autre chose en 5 minutes (l’état de grâce de Hollande a duré le temps des départs en vacances; Chirac devient populaire le temps d’une nuit en 2007; Hollande redevient presque présidentiel après quelques blagues à ses potes journalistes l’espace d’une fin d’après-midi; Sarkozy manque déjà aux éditeurs et aux patrons de presse; Audrey Pulvar… euh, bon, y faut bien rigoler un peu 😉 je suis un peu sur les nerfs depuis hier…).

Une belle carte un peu plus tard, donc.

NUIT DE LUNDI A MARDI: voilà, ce qui devait arriver arriva.

Tout le monde dit que c’est une lourde défaite pour Fillon. Je trouve plutôt, vu ce que j’écrivais en début d’année 2012, avant même la défaite de Sarkozy (à savoir qu’il n’y aurait aucun suspense et que Copé serait le nouveau chef de l’UMP), que Fillon s’en sort bien.
87388 (50,03%) contre 87290 (49,97%), soit 98 voix d’écart sur 174678 exprimés… il y a 50 personnes et un Juppé qui devraient mal dormir ce soir… 😛
La participation est difficile à calculer, car nous ne connaissons pas le corps électoral. Il est situé entre les 264137 adhérents à jour au 30 juin et les 300257 à jour au 26 octobre, soit, avec 176608 votants, de 58,8% à 66,9% de participation.

Mais il n’empêche que la vie politique est ainsi faite que Fillon est désormais « grillé » pour l’avenir. Sa déclaration à la manière de Séguin, principielle et ombrageuse, très personnelle voire solitaire, va lui faire perdre, progressivement, la plupart de ses soutiens:
– il y aura les fidèles qui quitteront peut-être l’UMP (Chartier ?),
– il y aura les ralliés de fraîche date qui ont suffisamment d’assise locale et de proximité idéologique avec la nouvelle direction pour se ressaisir et poursuivre leur route (Ciotti, Estrosi),
– il y a ceux qui n’avaient plus rien à perdre ou dont la carrière est derrière eux (Ollier, Gaymard),
– il y aura les ralliés tardifs et discrets qui reprendront les choses là où ils les avaient laissées (Bertrand, Apparu),
– il y aura ceux qui ont trop misé et qui subiront la rancoeur personnelle de Copé (Pécresse et Baroin, les deux grands perdants de la soirée avec Fillon lui-même),
– il y aura enfin celui qui va tenter de reprendre le flambeau de l’aile plus modérée de l’UMP, avec son mouvement apparemment deuxième (Wauquiez), même s’il devra éviter que les « neutres » NKM et Le Maire et que l’anguille Bertrand ne tentent de lui disputer ce rôle de chef de l’opposition interne à Copé.

Et puis, nécessité fait loi, tout le monde rentrera dans le rang. Comme je l’écrivais, on ne crée pas aussi facilement que cela un parti (Michel Noir en sait quelque chose…).

Je tiendrai ma promesse à moitié: voici la carte, mais sans les commentaires ! Oh, elle aprle d’elle-même, non ?

Non justement, il y a quelques subtilités sympathiques (et de magnifiques erreurs de ma part, même si beaucoup de départements sont quand même « bons »). Mais cela attendra quelques jours, je préfère dormir un peu et continuer de retenir mes larmes, comme Fillon et Pécresse 😉

Que l’on me permette en effet ce regret personnel de voir de nouveau disparaître quelqu’un d’intègre, de dévoué et de rigoureux de la scène politique: après Barre, Rocard et Juppé, je suis vraiment déçu :(. Voir Tabarot, Morano, Rosso-Debord, Courtial, Hortefeux, Didier, Karoutchi, Daubresse, Gaudin, Riester, Dati, etc. diriger ce parti ne peut, pour le moment que me laisser quelque peu dépité… Vivement que les Wauquiez, Le Maire, Pécresse, Apparu parviennent à redresser tout cela… 😛
Charles, reviens…

Et maintenant, vivement les primaires de 2016… Mais seront-elles ouvertes ?… Copé est un malin… on peut douter, même s’il aura intérêt, alors, à ne pas trop se droitiser et donc à ouvrir les primaires: les Bertrand, NKM, voire Le Maire, Baroin, Wauquiez se neutraliseront ou « émergeront », comme Montebourg et Valls, tandis que Copé affrontera -peut-être- Sarkozy et le vaincra. Après tout, Sarkozy sera le vieux, le perdant et Copé contrôlera l’appareil, les « petits jeunes » et aura retourné les « puissances » économiques et médiatiques de la drotie à son avantage…

P.S.: le congrès de Reims du PS en 2008 justement… avec tous les soutiens de Royal (ou presque) qui l’ont ensuite abandonnée, notamment Valls, Peillon et Rebsamen… et ce vote truqué et contrôlé par les apparatchiki… et cette marge encore plus faible à l’UMP, puisque Aubry avait (soi-disant) obtenu 102 voix de plus que Royal, sur un total de 134800, soit 50,04% contre 49,96%. Copé encore plus étriqué qu’Aubry !

Election à la présidence de l’UMP: avant le vote des adhérents, dernier sondage BVA confirmant la suprématie de Fillon chez les sympathisants

1. Ce devrait être le dernier sondage avant l’élection. Malheureusement, c’est le même institut qui a été sollicité: sondage BVA pour i-Télé, réalisé du 15 au 16 novembre 2012, auprès d’un échantillon total de 1075 (dont seulement 273 sympathisants UMP).

Les sympathisants de droite et ceux de l’UMP respectivement souhaitent voir la personnalité suivante diriger l’UMP:
Fillon 63 / 67
Copé 33 / 32
ne sait pas 4 / 1

Le rapport de force 2/3-1/3 se confirme de nouveau, sans surprise, dans la population large des sympathisants. Voici notre graphique actualisé:

Espérons encore un autre sondage demain (il n’y a pas de loi l’empêchant, s’agissant d’une simple élection interne d’un parti), mais j’en doute.

Juppé n’a rallié personne même s’il a laissé filtrer une demi-préférence pour Fillon.
NKM, Le Maire et MAM n’ont pas bougé non plus.

Copé finit en trombe en ce qui concerne les meetings. Fillon se fait actif par SMS et mails et plus présent dans les médias. L’argument du « meilleur adversaire de Hollande », sondage à l’appui, pourtant de bonne guerre, énerve au plus haut point les copéistes, ce qui démontre qu’elle touche juste (contrairement au durcissement des attaques, qui laissait à Copé le beau jeu du candidat subitement calme et serein…).

Bref, les dynamiques n’ont pas fondamentalement changé, semble-t-il, dans le dernier mois de campagne, même si une petite guerre de mouvement s’est déclenché dans la dernière période.

Tout le monde est désormais impatient d’en finir…

2. Pour comparaison, voici la carte de mes pronostics « sous l’influence » des sondages, c’est-à-dire avec une victoire nationale de Fillon:

Et voici la carte qui serait dictée par la logique (histoire locale du parti ou de ses prédécesseurs, sociologie électorale de l’électorat UMP,…), beaucoup plus favorable à Copé:

Je me suis amusé à l’élaborer après quelques remarques dans les commentaires, qui nécessitent en effet que l’on sache où se situe l’équilibre profond. Mais une campagne est faite pour bouleverser, même à la marge, cet équilibre et, selon les départements, l’influence de barons locaux, la situation électorale face à la gauche et/ou face au FN, l’équilibre UMP/UDI, les préoccupations économiques, sociales et sociétales du moment, le passé électoral du RPR, de DL ou d’autres composantes précédentes de l’UMP, etc. seront des facteurs de poids variable et il est bien difficile de mesurer quelle sera leur importance relative.

Rendez-vous dimanche !

Election à la présidence de l’UMP: que nous apprend la répartition des adhérents de l’UMP sur le territoire ?

1. Peu de Français sont syndiqués et peu de Français sont membres d’un parti politique. Le phénomène est général dans les pays industrialisés, mais il a toujours été plus marqué dans les pays occidentaux et en France en particulier.

L’UMP n’échappe pas à cette situation. Globalement, les adhérents de l’UMP représentent 0,3942% de la population française (en tous les cas, ceux à jour de cotisation au 30 juin 2012). Certes, il peut être factice de prendre en compte les Français âgés de moins de 18 ans, mais il n’y a pas d’âge légal minimum pour adhérer à un parti et aucune limitation ne figure dans les statuts de l’UMP (le PS indique 15 ans); d’ailleurs, dès l’instant où le représentant légal du mineur l’autoriserait, il n’y aurait de totue façon aucune limite, dans la mesure où il s’agit de la liberté d’association. Bref, les proportions retenues ici le sont par rapport à l’ensemble de la population.

Les regroupements en tranches « irrégulières » ont été effectués pour associer des départements plus similaires: j’ai scindé là où apparaissait un écart conséquent entre deux départements.

Plusieurs éléments paraissent régir la répartition territoriale des adhérents de l’UMP:

– comme élément modérateur, la présence d’un centre-droit fortement incarné sur le plan local semble avoir freiné l’implantation de l’UMP: Sauvadet en Côte d’Or, Leroy dans le Loir-et-Cher, Loos, Zeller, Bockel ou quantité de « divers droite », radicaux et centristes en Alsace; la Bretagne, le Nord-Ouest en général, mais aussi l’Eure-et-Loir, les Deux-Sèvres ou l’Aveyron (malgré la longue présence de l’atypique RPR Godfrain) ont des traditions UDF ancrées et qui ont probablement limité la progression de l’UMP;

– le gaullo-chiraquisme de jadis conserve encore quelques traces: franges occidentales du Massif Central, Périgord, façade atlantique du Sud-Ouest, Paris et les banlieues riches ou moyennes de la capitale. L’influence de quelque baron local du passé peut également constituer un élément d’explication possible: Lipkowski en Charente-Maritime, Ollier dans les Hautes-Alpes, Mancel et les vieux Dassault dans l’Oise, Galley dans l’Aube;

– de ce point de vue, des héritages ont pu se faire et de nouveaux barons prolonger l’influence de leurs aînés: Bussereau en Charente-Maritime, Marini, Woerth, Courtial et Dassault dans l’Oise, Copé en Seine-et-Marne (après Peyrefitte et Larché), Novelli et Peltier en Indre-et-Loire (après Royer), Baroin dans l’Aube, même Raffarin dans la Vienne (après Monory);

– l’influence de barons locaux plus « récents » n’est pas à exclure: Bertrand dans l’Aisne est l’exemple le plus frappant; mais aussi peut-être Chatel en Haute-Marne (bien que le sanctuaire du gaullisme puisse à lui seul expliquer cette situation);

– la politisation plus grande liée à l’urbanisation peut en partie expliquer les pourcentages élevés d’adhésion en Ile-de-France, dans le Rhône ou même en Loire-Atlantique (en comparaison de son environnement, dans ce dernier cas); à l’inverse, la faible implication politique dans des départements traditionnellement abstentionnistes (Nord-Pas-de-Calais, Moselle ou même Loire) se retrouve peut-être, aussi, dans la carte de l’UMP;

– mais c’est évidemment la droitisation du Sud-Est qui est extrêmement lisible, avec un arc Menton-Arles très puissant, mais aussi des terres plus à gauche où l’appartenance à l’UMP est forte: Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales, Vaucluse, en raison d’une prédominance RPR (ou DL « dure ») suivie d’un quasi-monopole UMP à droite. Le contraste avec l’Alsace-Moselle ou l’Orléanais, pourtant fortes terres de droite est frappant: c’est bien une droite boutiquière et industrieuse, mâtinée d’une droite de retraités héliotropiques, qui a investi en masse l’UMP.

Il faut bien sûr garder à l’esprit quelques précautions et nuances dans l’interprétation de ces chiffres. Le caractère restreint du nombre d’adhérents dans certains départements peut rendre le pourcentage fort variable (Saint-Pierre-et-Miquelon est largement en tête…). Dans les DOM et les COM, le manque de fiabilité de certains recensements peut altérer celle dudit pourcentage. En ce qui concerne les Français de l’étranger, l’inertie dans l’actualisation de l’immatriculation peut également conduire à fausser ledit pourcentage.

2. Tout cela reste cependant fort peu encourageant pour Fillon.

La forte présence provençale, azuréenne et languedocienne, représentative de la droitisation de l’UMP ne peut le favoriser, même s’il bénéficie là de ralliements de poids (Estrosi, Ciotti, Falco, Léonetti). Les contingents importants d’Ile-de-France, même dans des départements plus à gauche, sont loin d’être seulement le fait de cadres, professions libérales et professions intellectuelles plus fortement engagés; il y a bien une composante populaire « vindicative » qui tire vers la droite et sera plus attirée par la candidature Copé, d’ailleurs ouvertement revendiquée comme « populaire » et ancrée dans des terres « difficiles » (sous-entendu, de gauche et FN). Copé, en outre, est un voisin et cela peut encore renforcer ses probables bons scores en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, voire dans le Val-d’Oise.

Qu’il s’agisse de la droite boutiquière, des artisans-commerçants, ou de celle des retraités conservateurs et sécuritaires, cette « droite dure » se tournera plus naturellement vers Copé, même si Fillon peut rassurer le grand âge.
Qu’il s’agisse de la droite industrieuse, celle des entrepreneurs, dont le libéralisme la fera suivre des Chatel, Novelli et Mariton chez Copé, ou celle d’exploitants agricoles, pour qui la présence de Jacob chez Copé comptera, la tâche de Fillon sera rude.

Certes, Fillon peut espérer réaliser quelques percées chez les cadres supérieurs et entrepreneurs, plutôt en Ile-de-France ou dans le Lyonnais. Mais cela ne contrebalancera pas forcément les gros contingents dont il vient d’être question.

De plus, la faiblesse du nord-ouest, de l’ouest du grand bassin parisien, mais aussi de terres plus raisonnables et/ou plus traditionnelles du nord-est (Alsace, Bourgogne historique), ne peut que réduire la base de départ de Fillon, plus modérée.

Même dans des fédérations plus « mélangées » et équilibrées, Fillon risque de pâtir de ralliements nombreux du côté de Copé, soit de barons locaux (Oise, Indre-et-Loire), soit de l’appareil local (Rhône), ou de ralliements quasiment « contre nature » (Daubresse dans le Nord, Raffarin en Poitou-Charentes).

Certes, Fillon continue de rallier:
– Devedjian l’a bien entendu rejoint, mais c’est plutôt une… mauvaise nouvelle, tant Devedjian est un marginal dans son propre département,
Morano a créé une grande surprise en ralliant Fillon: là, en revanche, le jeu est peut-être réouvert en Meurthe-et-Moselle, même si Rosso-Debord est, elle, derrière Copé et même si un certain nombre d’adhérents modérés ont dû suivre Hénart dans l' »aventure » d’un parti radical indépendant de l’UMP,
– Teissier, à Marseille, ne se rallie que parce qu’il est l’ennemi des ennemis de Fillon (Gaudin, Deflesselles,…). Avec Valérie Boyer (que l’on a tort de résumer à une représentante supplémentaire de la Droite populaire et qui prend ici date, alors qu’elle aurait très bien pu être une solution habile de Gaudin pour le remplacer), il apporte toutefois une petit bouffée d’oxygène à Fillon dans les Bouches-du-Rhône, ce qui « libèrera » sûrement le vote de quelques militants.

Il reste des ralliements à venir qui pourraient continuer de le favoriser:
– Bussereau n’a, à ma connaissance, pas fait connaître sa préférence et, même si ce serait là aussi une petite surprise, il pourrait opter pour Fillon, même si Quentin, à Royan, semble davantage destiné à soutenir Copé; la Charente-Maritime est une fédération numériquement non négligeable,
– Carrez ne veut finalement pas s’aligner et c’est plutôt un recul pour Copé,
– Accoyer pourrait sortir de son non-alignement et assurer un bon score en Haute-Savoie,
– logiquement, Le Maire devrait le rejoindre et garantir le département de l’Eure et un peu au-delà (Seine-Maritime et Eure-et-Loir),
Juppé, bien entendu, aurait un poids significatif dans toutes les fédérations d’Aquitaine (avec, de manière accessoire, MAM dans les Pyrénées-Atlantiques) et au-delà (Edouard Philippe, le maire du Havre, suivrait alors probablement vers Fillon si à la fois Juppé et Le Maire le soutiennent; idem pour Apparu qui rééquilibrerait le combat dans la Marne); mais les copéistes ont vu quelques signaux de Juppé en faveur de Copé (insistance sur les « mouvements », par exemple),
Bertrand assurerait l’Aisne, fédération non négligeable, comme nous pouvons le constater sur la carte, mais aussi de bons scores en Picardie et un peu plus au nord.

Mais Copé peut encore compter sur quelques ralliements tardifs mais pouvant avoir un certain retentissement:
Baroin, même si, comme je l’ai dit, plus il attend, moins il comptera,
– d’autres barons locaux comme Warsmann dans les Ardennes, Fromion dans le Cher ou Marleix en Auvergne (surtout avec Hortefeux en plus) peuvent encore le rejoindre.

Bref, rien n’est joué, loin de là. Il est vrai que le fait que Copé éprouve le besoin de déclarer qu’il « sen[tait] une dynamique » tendrait plutôt à prouver qu’il ressent quelques difficultés. Mais l’échéance est lointaine.

L’actualisation de ma carte de pronostics, en prenant en compte les ralliements récents (y compris Béchu dans le Maine-et-Loire, par exemple), montre que la faiblesse de Fillon en Ile-de-France, dans le Suid-Est et dans le Nord-Est pourrait suffire à Copé à refaire son retard.

Election à la présidence de l’UMP: constance sondagière pour Fillon, dynamique de campagne et géographie favorables pour Copé et enseignements de l’élection de 1999 à la tête du RPR

1. Un sondage IFOP pour Atlantico, réalisé du 27 au 30 août 2012, auprès de 409 sympathisants UMP, extraits d’un échantillon total de 2010 personnes, confirme la prédominance de Fillon lorsque la question désormais adoptée par l’IFOP est posée (souhait sur le dirigeant de l’UMP pour les prochaines années, ce qui, soit dit en passant, constitue une question conforme aux desiderata affichés de Copé, qui jure ses grands dieux qu’il ne s’agit pas d’une pré-primaire):

Fillon 62 (+14)
Copé 21 (-3)
NKM 4 (-3)
Le Maire 2 (=)
Bertrand 1 (-4)
Estrosi 1 (=)
aucun 9 (-4)

Les évolutions très fortes du score de Fillon entre les 3 derniers sondages IFOP doivent nous inciter à la prudence. Il est vrai que dans l’antépénultième, seuls les noms de Copé et Fillon figuraient, ce qui expliquait la baisse de Fillon entre juillet et la mi-août. Ici, tous sont présents, des candidats déclarés mais sans aucune chance de l’être (NKM, Le Maire), au candidat non déclaré ayant une chance de l’être (Bertrand), en passant par le candidat non ou à demi déclaré mais sans chance de l’être (Estrosi). Malgré cela, Fillon reste très dominant et le seul en mesure de le gêner (Bertrand) est totalement marginalisé. Pour une fois, Fillon n’est pas gêné par la dispersion des candidatures potentielles: est-ce une tendance nouvelle, après les petites « bulles » médiatiques dont ont bénéficié successivement Bertrand, Le Maire, NKM, voire Estrosi ? L’avenir le dira.

Malheureusement, l’IFOP ne détaille pas les chiffres en fonction du vote à la présidentielle, ce qui aurait permis de confirmer, comme dans le sondage précédent, que plus on se rapproche du coeur de l’UMP, plus l’affrontement se réduit exclusivement au duel Copé-Fillon.

C’est un enseignement qui paraît toutefois relativement sûr. Dans le même temps, cela relativise beaucoup le poids des ralliements des derniers non-ralliés. Les médias et « analystes » ont évidemment en tête ces résultats (comme les acteurs eux-mêmes) et l’influence de Bertrand, NKM, Le Maire ou, plus largement, d’un Baroin sera limitée. C’est un peu différent pour Estrosi étant donné l’importance de la fédération des Alpes-Maritimes et du combat qui s’y déroule, Ciotti-Léonetti d’un côté, Tabarot-Luca de l’autre, avec Estrosi encore en balance.

En réalité, seul Juppé peut donner un réel bonus (même si pas forcément décisif) à l’un ou à l’autre. Sur le fond, il semble donner quelques signaux à Fillon, mais sur les aspects de procédure, il distille aussi quelques signes qui pourraient passer pour pro-Copé. S’il continue trop longtemps à faire le sphinx, il pourrait bien se marginaliser complètement, surtout lorsque les candidatures seront confirmées, à la fin septembre, et que le(s) débat(s) télévisé(s) aura(auront) eu lieu. Mais il peut constituer un « événement » de campagne substantiel à lui tout seul. N’oublions pas non plus que, si Copé a déjà révélé son ticket, ses porte-parole et quelques autres hochets (et s’apprête à compléter la liste), Fillon ne l’a pas encore fait et peut encore réserver une place à Juppé (comme Copé l’a fait pour Fillon).

Par ailleurs, le sondage se révèle étonnant sur les chiffres détaillés, avec un Fillon étrangement faible sur les plus de 65 ans, alors qu’il avait jusque là un soutien proportionnel à l’âge de manière très nette. De même, il est très homogène sur les CSP à l’exception des seuls employés (parmi lesquels il est plus faible). Il apparaît faible dans le nord-est (53) mais pas sur le sud-est (62); il est également le plus faible dans les communes rurales alors que Copé y est au-dessus de sa moyenne (49/26). Avec ces résultats contre-intuitifs, nous atteignons clairement les limites d’échantillons trop faibles.

Notre courbe s’enrichit un peu:

2. Comment évolue la campagne ?

Manifestement, Copé poursuit sur sa lancée en termes d’organisation et de combativité:
– il enchaîne les déplacements et sait « remplir les salles » et mobiliser les troupes en nombre,
– il s’appuie essentiellement sur les cadres du parti et les apparatchiki, contrairement à un Fillon adossé aux notables et aux élus (cf. son déplacement en Alsace),
– en vieux briscard de la rhétorique politique et du combat politicien, il accuse son adversaire de ce qu’il fait lui-même (dureté de l’entourage, focalisation sur 2017, trahison de Sarkozy,…),
– il attaque frontalement en accusant implicitement Fillon d’être un Hollande de droite (ce qui montre bien, d’ailleurs, que Copé est strictement dans l’optique de 2017),
– il a nommé comme  codirecteurs de campagne deux attack dogs particulièrement virulents et habitués des pires coups bas: Karoutchi et Courtial; si l’on ajoute Dati, Goasguen, Peltier, Riester, Rosso-Debord comme porte-parole, on voit tout de suite comment va se terminer la campagne: à l’avantage de Hollande…

Fillon est handicapé dans tous les sens du terme (physique, électoral, mais aussi peut-être affectif: sa mère est décédée  la mi-août. RIP 😦 ) et les ralliements variés de son début de campagne (le trio Wauquiez-Pécresse-Ciotti présentait effectivement très bien) s’essoufflent clairement, même si les élus d’Alsace qu’il a rassemblés sont effectivement nombreux et si Falco semble clairement dans son camp désormais (le Var est un département essentiel).
En outre, comme l’ont fait remarquer ceux d’entre vous qui ont commenté l’article précédent, l’avantage de Fillon dans une élection générale est forcément amoindri par les déboires d’Hollande-Ayrault, critiqués même par la presse de gauche, affaiblis par l’intérêt éditorial persistant pour le trio François-Valérie-Ségolène et empêtrés -surtout- dans une crise qui s’approfondit en Europe, sans aucun signal positif sur quelque front que ce soit. Dans ces conditions, choisir un autre Sarkozy (Copé) aurait plus d’attrait.

Une autre faiblesse de Fillon tient à la géographie de l’électorat des adhérents de l’UMP. Copé est fort dans la plupart des grosses fédérations, soit que les dirigeants locaux lui soient acquis, soit que la sociologie électorale lui soit favorable. Tentons un petit pronostic:

Ceci est assez provisoire et assez subjectif, mais, en fonction des ralliements de poids et de la sociologie de l’électorat, cette carte provisoire est la moins mauvaise approche que je puisse réaliser. Il y a des surprises: le Maine-et-Loire devrait être acquis à Fillon, mais Laffineur peut faire du dégât; je fais le pari d’un ralliement de Marleix à Copé (Cantal); Marc Le Fur rend les Côtes d’Armor incertaines; Paris devrait être copéiste mais reste très incertain et volatil; le poids de Tron et d’un possible ralliement de NKM devraient assurer l’Essonne pour Copé.
Reste de toute façon l’ampleur des écarts dans chaque fédération: même dominé dans le sud-est et en Ile-de-France, en difficulté dans le nord-est, Fillon peut gagner s’il est hégémonique à l’ouest et limite la casse ailleurs.

A plus de 20 000 adhérents, on trouve Paris, qui est un peu à part. Ensuite, entre 10 et 15 000, Copé est fort dans les Bouches-du-Rhône et les Hauts-de-Seine, tandis que les Alpes-Maritimes vont être plus disputées, bien que Copé y soit théoriquement à l’aise. Entre 7 et 9 000, Fillon devrait se défendre dans le Var et bien sûr les Yvelines mais sera en difficulté dans le Rhône. Entre 5 500 et 6 500, Fillon n’aura peut-être que la Gironde (si Juppé reste au moins neutre) à opposer au Val-de-Marne, au Nord et à la Seine-et-Marne. Entre 4 000 et 4 500, Copé prend l’avantage sur Fillon, avec l’Essone, l’Hérault et peut-être la Haute-Garonne, voire le Val-d’Oise (qui sera disputé), alors que Fillon se contentera de la Loire-Atlantique. Entre 3 000 et 3 500, Oise, Isère, Gard, Pyrénées-Orientales, Seine-Saint-Denis pourraient bien être acquis à Copé, alors que Fillon ne peut qu’espérer le Bas-Rhin, tandis que la Seine-Maritime et les Français de l’étranger restent encore énigmatiques.

En matière géographique, l’élection à la présidence du RPR en décembre 1999 ne nous est pas forcément d’un grand secours, mais l’évocation de son souvenir et la confection de quelques cartes ne peuvent que constituer des intermèdes qui raviront les plus political geeks d’entre vous :).

Je précise que les cartes ci-dessous ne sont pas totalement orthodoxes, puisque j’ai constitué 6 groupes de départements en découpant des catégories ad hoc, en retenant les écarts les plus larges entre deux départements comme césures pour constituer des groupes à peu près équivalents mais sans oublier le score brut… D’aucuns pourront hurler (n’est-ce pas, Gaël ? ;)), mais il s’agit surtout de faire apparaître les vraies zones de force.

En 1999, Chirac tentait d’imposer Delevoye, afin d’avoir une courroie de transmission à disposition. Le RPR, traversé depuis les années 1990 de révoltes souverainistes (Pasqua-Séguin) et générationnelles (Noir-Carignon), divisé en son coeur « traditionnelle » entre balladuriens et chiraquiens, venait de perdre les législatives puis les européennes, ainsi que le « meilleur d’entre nous » (Juppé), sans souhaiter rallier les exilés balladuriens (Sarkozy au premier chef). Séguin, aidé de Sarkozy, échoue, comme d’habitude, dans son projet de reprendre durablement le RPR. Et l’élection à la présidence auprès de tous les adhérents « libère » la parole et le vote. La participation est forte (les organisateurs sont dépassés au 1er tour, avec des queues dans la rue devant les insignifiants locaux prévus comme bureaux de vote), Delevoye est en difficulté dès le premier tour, Fillon fait un score correct et MAM, en non-alignée (avec Perben et Roussin) de la guerre Balladur-Chirac et en femme (au son, alors de la chanson Michelle des Beatles… mais oui, le RPR avait alors tranché dans la grande division de l’Univers Beatles-Rolling Stones… :P), avait reçu le soutien des autres candidats du 1er tour et d’une forte majorité d’adhérents.

La « rébellion » portant MAM n’ira bien entendu pas jusqu’à remettre en cause le leadership chiraquien, face à un Sarkozy encore marginalisé, à un Balladur enterré, à un Juppé affaibli et toujours fidèle et à un Séguin éternel perdant. Mais l’élection fut un succès et ringardisa pour quelques… mois le PS, qui n’avait jamais osé aller jusque là.

Notons qu’à l’époque Fillon était séguiniste (gaulliste social) et avait probablement réuni un certain nombre de voix souverainistes. Copé soutenait… Devedjian, tous deux représentants alors le courant libéral du RPR: c’était même un ticket Devedjian-Copé qui était mis en avant. De fait, MAM se retrouvait soutenue par les balladuriens, mais sans qu’elle soit ouvertement opposée à Chirac.

Le 1er tour donna seulement 35,26% à Delevoye, talonné par MAM (31,19%), tandis que Fillon se défendait bien (24,62%) et que Devedjian décevait sans être totalement marginal (8,92%). Voici les candidats en tête au 1er tour:

Il est certain qu’à l’époque, Fillon avait rassemblé localement (Pays-de-la-Loire) ou auprès des séguinistes (Lorraine), voire avec quelques relents « rénovateurs » (Rhône, Isère, Savoie, dans le sillage des Noir, Carignon, Barnier).

Sa carte ne montre malheureusement pas de forces qui pourraient aujourd’hui l’avantager au sein de l’UMP, tant sa base locale historique (Sarthe et Pays-de-la-Loire) ne fournit pas de gros bataillons, tant sa nouvelle base (Paris) est récente et contestée (Lamour vient d’abandonner la présidence du groupe UMP au Conseil de Paris, las des combinazione des Charon, Dati, Goasguen et auters enfants de choeur…). Même le nord-est intérieur va être miné par les Chatel et Baroin, qui devraient rouler pour Copé.

La carte de Devedjian, même soutenu à l’époque par Copé, ne donne que peu d’indices en faveur de ce dernier, si ce n’est confirmer les Hauts-de-Seine (malgré le fait que Devedjian est aujourd’hui « filloniste »…) et la Seine-et-Marne. Le score de DEvedjian fut trop faible dans nombre de départements pour en tirer une quelconque conclusion:

La carte de MAM du 1er tour ressemble quelque peu à celle de la gauche… Cela montrait qu’à l’époque les adhérents du RPR confrontés à une situation minoritaire comprenaient qu’il fallait autre chose que le soumis Delevoye pour reconquérir le terrain. Bien sûr, le tropisme sud-occidental de MAM a joué, de même que le bastion d’alors de POM (Ollier) dans les Hautes-Alpes.

De cette carte, Fillon peut peut-être déduire une capacité à convaincre dans les départements de l’ouest et du centre, pour les électeurs desquels son electability peut convaincre.

Mais, paradoxalement, c’est la carte de Delevoye qui pourrait fournir le plus de ressources à Fillon. Car il s’agit là des départements modérés, attirés par la personnalité de Delevoye (Bretagne, Normandie, Savoies), et de la France rurale et des petites villes.

Surtout, si des bastions historiques, voire archaïques, du chiraquisme subsistent, peut-être le néo-sarkozysme de Copé les fera-t-il basculer vers Fillon, dans un paradoxe absolu: Fillon, jamais en odeur de sinateté chez Chirac, dès 1981, fidèle de Séguin et grand révolté de 2005, face à Copé, juppéiste initial, « conforme » sous les gouvernements Raffarin et Villepin, mais désormais dépositaire d’une forme de sarkozysme.
Certes, Marleix et Baroin peuvent contrecarrer cette possibilité dans le Cantal et l’Aube, voire Le Maire dans l’Eure et Edouard Philippe en Seine-Maritime. Mais si les « esprits » de Jean-Louis Debré (Eure), de Rufenacht (Seine-Maritime), de Godfrain (Aveyron), de Galley (Aube), de Lipkowski (Charente-Maritime), de Perben (Saône-et-Loire), etc., pouvaient appuyer Gaymard (Savoie), Favennec (Mayenne), voire Accoyer (Haute-Savoie), ce serait bon pour Fillon.

Depuis 1999 et le RPR, la population des adhérents a, en outre, changé: elle est plus sarkozyste, moins chiraquienne, plus droitiste, moins « traditionnelle », et évidemment mâtinée d’ex-DL (mais aussi de quelques ex-CDS).
Il reste que les fidélités locales aux dirigeants apparaissent fortes: la répartition Delevoye/MAM au 1er tour, comme au 2e tour, ne révèle pas autre chose, tant la cohabitation de certains résultats géographiquement incohérents est frappante.

Ce n’est pas un point positif pour Fillon, qui est le candidat de l’opinion, pas celui de l’appareil.
Un département comme la Marne, plus bourgeois et âgé, devrait être filloniste: pourtant, l’influence de Vautrin pourrait suffire pour Copé, surtout si Apparu reste non-aligné comme Juppé. Un département comme l’Oise devrait être équilibré, avec une tendance Copé, alors qu’il risque d’être massivement copéiste, à la suite de Courtial, Marini, Woerth. Commele Cantal, le Cher pourrait devenir copéiste à la suite de Fromion et la Haute-Saône à la suite de Joyandet, alors que ces départements ruraux devraient être fillonistes.

Autre élément peu encourageant pour Fillon, parmi les RPR de l’époque, c’est le bonapartisme qui l’a emporté, plutôt que la rigueur conservatrice. Même si cela peut paraître quelque peu hardi à ceux qui n’auraient pas la mémoire de l’annus horribilis 1999 (l’explosion en vol de Séguin à la tête du RPR, l’échec de la liste Sarkozy-Madelin aux européennes, reléguée par la liste Pasqua-Villiers), c’est bien MAM qui, à l’époque, constituait la candidate du « mouvement », celle de la « révolte » face à un chiraquisme déboussolé et (déjà) impotent et qui tentait d’imposer le falot Delevoye à la tête d’un parti agacé d’accumuler les défaites électorales.

Aujourd’hui, on voit bien que chacun veut à tout prix se présenter comme le challenger, l’underdog. C’est évidemment quelque peu risible, tant Copé est l’homme en place et d’appareil. C’est un peu moins sûr pour Fillon, puisque les sondages ne sont pas réalisés auprès des adhérents; mais il est difficile, pour lui également, Premier ministre pendant 5 ans, de parler de challenger.

Personne ne réussira peut-être à jouer ce rôle mais, par nature et -en partie seulement- par idéologie, Copé est bien entendu plus proche du bonapartiste que Fillon. Evidemment, on n’en est pas à un revirement près quand on repense, encore une fois, à 2005: Copé encore fidèle chiraco-villepiniste, Fillon premier néo-sarkozyste…

3. Après cette digression quelque peu décousue dans un passé encore frais à ma mémoire, je veux quand même garder quelque espoir pour Fillon.

Sa domination sondagière, même faussée, est, en elle-même, un point d’appui:
– d’abord, elle crée une force auprès des médias, des commentateurs et même des acteurs internes qui, par sa répétition, permet au moins à Fillon de ne pas perdre… pied (désolé :P), voire crée une dynamique médiatique favorable; on sait que cela est très important; c’est cependant fragile, car l’affrontement en débat sera rude (toutefois, si l’on se souvient, début 2012, de la bonne prestation de Fillon face à Aubry et de la prestation moyenne voire décevante de Copé face à Hollande, rien n’est perdu) et risque, au moins, d’égaliser le duel;
– elle s’inscrit dans une tradition d’anticipations sondagières pas si mauvaise que cela en matière d’élections partisanes internes:
la primaire socialiste de 2011, pour la présidentielle 2012, était évidemment ouverte et il était clairement plus facile de la sonder, mais elle a quand même montré une performance correcte des instituts,
la primaire socialiste (fermée) de 2006, pour la présidentielle 2007, a même accentué l’avance de Royal, bien mesurée dans les sondages,
la primaire UMP pour les régionales de 2010 en Ile-de-France (Pécresse-Karoutchi, déjà…) a confirmé assez précisément les sondages antérieurs,
la primaire UMP de 2006 pour les municipales (finalement repoussées à 2008) à Paris a confirmé le statut de Panafieu, même si le sondage lui-même fut douteux et sur un échantillon peu fiable.
Pourtant, à chaque fois, les échantillons étaient restreints et pas forcément en adéquation avec le périmètre (géographique et/ou d’électorat) réduit de l’élection réelle.
(je n’ai recherché si des sondages avaient été effectués fin 1994-début 1995 pour la primaire interne Jospin-Emmanuelli, mais les résultats éventuels auraient été là aussi conforme au verdict final)

Bien sûr, il y a la primaire écologiste de 2011, mais j’ai déjà pu exprimer tout ce que je pensais de la difficulté d’établir un parallèle et de faire de ce pseudo-échec des sondages (pas si nombreux et pas forcément de bonne qualité et largement détournés par les médias eux-mêmes) un précédent valide.

De surcroît, la médiatisation, à partir des sondages et des débats, devrait permettre, malgré les freins de la direction de l’UMP, d’assurer une forte mobilisation des électeurs potentiels, forcément favorable à Fillon.
L’IFOP semble parti pour assurer un suivi sondagier très régulier. Les chaînes de télévision se battent déjà pour organiser des débats (même si le simple duel qui s’annonce en réduira probablement le nombre). Les sollicitations de tous les candidats, y compris de Copé, auprès des adhérents et militants ne feront qu’accroître le niveau général de participation.
De plus, les primaires fortements médiatisées que nous venons de citer, comme l’élection interne de 1999 au RPR, ont toutes montré une participation élevée.
La longueur même de la campagne (près de 3 mois depuis la fin août) contribuera également à élever la participation. De même que l’absence probable de suspense pour la tête du PS, avec un duel Cambadélis-Désir qui va être réglé en coulisses, après l’élimination de Rebsamen par Aubry puis le retrait de celle-ci: cette situation va frustrer les médias, qui auront tendance à se concentrer d’autant plus sur l’UMP, même si l’automne rugueux du gouvernement et du Président sera lui aussi très suivi.

En outre, l’electability de Fillon reste, à mon avis, entière.
Certes, le Fillon de gauche est en difficulté. Mais attention, il s’agit bien là de Jean-Marc Ayrault, non du Président en exercice. Hollande est en difficulté parce qu’il fait du Chirac, non parce qu’il ne fait pas de Sarkozy.
Au contraire, on pourrait aisément considérer qu’un Fillon plus proche de Barre (le « père la rigueur » qui assène la vérité), de Pompidou (l’héritier forcé, au bon bilan sous un sortant finissant, qui est capable de réformes et de politiques qui ne sont pas forcément celles de son camp) ou de Rocard (le Premier ministre prêt à beaucoup d’initiatives mais corseté par son Président et nanti d’une nouvelle de revanche) est bien l’homme de la situation, face à une crise majeure et durable.

Ce n’est pas parce que les médias ont brûlé Sarkozy et idolâtré (par défaut, parce qu’il faut toujours encenser la nouveauté) le Mou qu’il faut de nouveau aduler une copie de Sarkozy. Il convient de se méfier des emballements médiatiques, qui précèdent, amplifient ou caricaturent des mouvements d’opinion mais ne les reflètent pas forcément à un instant « t ».
Bref, le rejet du style Sarkozy me semble une donnée de fond qui n’a pu être oubliée en un été. Après tout, c’est bien cela qui l’a fait perdre ou qui a fait basculer l’équilibre 50-50 qui aurait sûrement pu être sinon atteint. Comme je l’ai déjà écrit, la défaite de Sarkozy a été suffisante pour le renvoyer en marge de la scène politique pour un moment, voire définitivement (entendons-nous une fois de plus: cela ne veut pas dire qu’il n’essaiera pas de revenir), mais elle n’a pas été telle qu’elle aurait aussi emporté toute son action et celle de son gouvernement. Fillon est le bon candidat pour « traduire » le résultat de la présidentielle.

4. Reste qu’il est difficile de savoir si les adhérents de l’UMP feront ces raisonnements ou adopteront une analyse de fond de l’intérêt du parti.
Beaucoup peuvent même considérer que Sarkozy a perdu de peu (mais ce n’est pas un score à la 1974, attention) et que Copé a donc toutes ses chances en 2017. Ou être sensibles à l’argument de la combativité aux élections locales: après tout, Hollande en 2002-2005 ou Aubry en 2008-2011 ont bénéficié et étaient appréciés en fonction de la réussite locale.

En fin de compte, le jeu reste ouvert, même si mon pessimisme naturel me fait penser que les gros contingents des fédérations largement « beaufisées » suffiront à tuer les espoirs de Fillon. Le suspense est toujours une excellente chose… 😉

Cela me console au moins de mes déboires personnels… Eh oui, je viens d’apprendre que le PCD n’a pas signé cette année de convention avec l’UMP sur la bi-appartenance et que je ne pourrai donc parrainer personne (vous avez compris qui se cache derrière ce « personne »); je vais même être contraint d’adhérer dare-dare à l’UMP directement si je ne veux pas subir la même horreur que pour le référendum de 1988 sur la Nouvelle-Calédonie: être rejeté dans l’abstention pour une basse raison matérielle (à l’époque, les grèves de La Poste avaient empêché ma procuration d’arriver dans les temps et je n’avais pu soutenir mon héros du moment, Rocard, alors à son éphémère firmament 😦 ).
L’abstention… vous vous rendez compte pour les fanatiques de politique et d’élections… C’est l’abomination !!!
Foutu pays, foutu parti 😡

Après des législatives devenues des élections subsidiaires, bipolarisation asymétrique, difficulté de stratégie pour la droite et difficulté d’incarnation pour la gauche

1. Le record d’abstention est évidemment le premier enseignement à tirer de ces élections. Il y a une tendance lourde à l’abstention, qui est socio-psychologique et qui tient à l’individualisme, au relativisme et au matérialisme grandissants, ainsi qu’à une décrue du civisme, en particulier chez les jeunes. Non, la pratique politique n’est pas seule responsable de cette tendance de fond !

Celle-ci est cependant accentuée par le trop-plein électoral clairement induit par l’accumulation des scrutins: primaire, présidentielle, législatives. Comme la primaire sera désormais quasi-institutionnalisée, soit dans l’un des deux grands partis, soit dans les deux, il convient effectivement de revoir le calendrier des législatives, qui pourraient être couplées avec la présidentielle (deux semaiens entre les deux tours, ce n’est pas gênant).

Les résultats montrent que, globalement, les événements d’entre-deux-tours ont peu d’influence sur les scores finaux. Certes, en 2007, il y avait eu une réelle différence d’un tour à l’autre pour la droite, mais Borloo n’avait pas eu la prudence des Hollande, Ayrault, Moscovici, Sapin, celle de se taire et de maintenir les véritables intentions du gouvernement dans le flou…

2. Globalement, en voix, 2012 se rapproche davantage de 2002 que de 2007. Toutefois, la droite avait été très forte au 1er tour en 2007, ce qui lui avait permis de prendre un peu d’avance. Cela explique que, en sièges, 2012 soit plus proche de 2007 que de 2002. 2012 est évidemment éloigné de 1997, comme je le pensais, car l’effet « présidentielle », le refus d’une cohabitation et le souhait de donner une majorité au Président, quel qu’il soit, sont désormais des données fondamentales du fonctionnement de la Ve République. Ce qui rend un peu « secondaires » les législatives, dans l’esprit des électeurs.

3. Dans ce paysage global, l’ancrage local compte fortement, soit pour se sauver d’un flux général défavorable (Mancel dans l’Oise, Bertrand dans l’Aisne ou Lagarde en Seine-Saint-Denis, par exemple) ou gagner en tranquillité (Wauquiez en Haute-Loire, avec un score très élevé, ou même Copé en Seine-et-Marne). A l’inverse, les parachutages trop « grossiers » ou perçus comme tels (Lang, Royal, Guéant) ne réussissent pas, même si la règle est loin d’être universelle (Hamon, Hammadi, Ferrand ne sont-ils pas des parachutés, sans parler de nombreux Verts et de Solère, lui-même ancien parachuté ?). Soyons donc prudents sur le soi-disant bon sens des électeurs…

De même, si l’usure a sûrement eu raison de Lang, d’Hervé de Charette ou de certains candidats communistes, le contexte à la fois local et national défavorable explique la défaite de MAM  ou la victoire étriquée de Laffineur.

4. Ainsi que je l’écrivais précédemment, la droite a des soucis géographiques et sociologiques à se faire. L’Ouest est décidément en recul constant: après les sénatoriales, les législatives sont dramatiques dans le Morbihan. La Sarthe, la Vendée, le Maine-et-Loire, la Loire-Atlantique, le Calvados, l’Orne, la Manche recèlent tous de très mauvaises surprises pour la droite. Le problème, c’est que ces électeurs se sont tellement éloignés des préoccupations du peuple de droite tel qu’il existe au Nord, au Nord-Est et au Sud-Est, que l’on peut se demander si les évolutions sont de nouveau conciliables…

L’outre-mer est évidemment une faiblesse pour la droite, car cela assure désormais un petit contingent minimal à la gauche dans l’Indien et l’Atlantique, tandis que les victoires de DVD dissidents et/ou autonomistes dans le Pacifique se font au détriment de la droite officielle, avec une fiabilité des votes, pendant la législature qui suit, assez aléatoire.

En outre, la droite est devenue très faible dans les grandes villes, même bourgeoises: plus aucune circonscription à Bordeaux et à Nancy, une seule à Lyon, des reculs à Orléans, Metz, Perpignan ou Marseille. Paris est évidemment emblématique, avec des réélections correctes de Lellouche et Fillon, mais sans plus.

Plus largement, l’Ile-de-France semble globalement résister car elle est favorablement découpée et très polarisée, mais la droite y est affaiblie: reculs dans les Hauts-de-Seine et dans le Val-de-Marne (avec la perte symbolique la circo de Vincennes), résistance seulement dans la 3e voire la 4e couronne et défense de justesse de plusieurs circos (Albarello en Seine-et-Marne et Chartier dans le Val-d’Oise, par exemple).

A ces constats urbains peuvent être associés les mauvais résultats chez les Français de l’étranger, où, comme à Neuilly, Boulogne-Billancourt et chez Guaino, les DVD ont été fortement présents, signe d’une volonté d’un électorat CSP+ de la droite de se voir proposer un profil plus Reinfeldt que CSU… plus Boris Johnson que Mariano Rajoy…

5. Cela pose globalement la question des rapports entre FN et UMP.

Là, les choses ne sont pas aussi claires que les médias commencent de vouloir nous le dire. Certes, la Droite populaire a été largement décimée, perdant la moitié de ses effectifs. Mais la situation des députés est territoriale et personnelle et n’a pas forcément à voir avec leur positionnement stratégique. Les contingents du Var, des Alpes-Maritimes, d’une partie de l’Alsace, de l’Ain, de l’Oise ou de la Loire compensent largement les échecs de Raoult, Barèges, Joissains, Lefebvre et autres Morano.

Des modérés sortent aussi affaiblis de ces élections (NKM, Bertrand, Chartier, Devedjian, Juppé et Fillon indirectement), d’autres ont perdu (Goulard, MAM, Montchamp), tandis que les copéistes se sont bien débrouillés (Copé, Riester, Courtial, Chatel, Tabarot). Comme on peut aussi souligner les victoires nettes d’autres modérés (Wauquiez, Pécresse, Baroin même si ce n’est pas pharaonique, Le Maire) et le sort contrasté des libéraux (Novelli battu, Briand élu) comme des centristes extérieurs (victoires de Lagarde, Jégo, Borloo, mais défaite de Charette) rendent en réalité le paysage assez confus.

Structurellement, les modérés souffrent de plusieurs faiblesses:

– leur division interne (que va faire Juppé ? que va faire Raffarin ? Wauquiez, Baroin, Pécresse, voire Le Maire semblent vouloir faire monter les enchères, ce qui ne peut que ralentir et encombrer Fillon, même s’il a un poste de vice-président et un poste de SG à offrir); ainsi, les ralliements à Fillon en sont pas assurés: il est perçu comme trop « personnel » et son passage à Matignon a refroidi ses relations avec nombre de soutiens potentiels (Juppé, Pécresse, Le Maire, Baroin, Borloo en externe, même Woerth, qui semble plutôt du côté de Copé a priori); en outre, chez les modérés, les « chefs » sont nombreux et les troupes moins puissantes, ce qui est le contraire chez les populo-sarkozo-copéistes, même après l’amaigrissement de la Droite populaire;

– les résultats député par député ne semblent pas dramatiques, mais la géographie électorale, elle, l’est davantage et ne permettra pas aussi facilement que cela de revenir à une ligne de « front républicain » ou, en tout cas, de fermeture plus nette à l’égard du FN: en effet, l’UMP a mieux résisté là où le FN est fort et peut la soutenir: c’est spectaculaire dans la Drôme et l’Oise, mais c’est aussi vrai dans le Territoire-de-Belfort, la Loire, l’Ain, l’Eure-et-Loir, quelque peu en Isère, dans la Marne et dans la Somme, et même dans la Seine-et-Marne, la Haute-Loire ou le Jura; bien sûr, là où le FN est vraiment plus « populaire », l’équation reste difficile (Aisne, Pas-de-Calais, Nord, Gard, Hérault, Meurthe-et-Moselle, des parties de l’Isère et de la Somme, voire une partie de la Moselle). Les reports du FN, c’est ce qui fait la différence, en 2012, entre une défaite (« à la 2007 ») et une déroute (« à la 2002 », voire « à la 1993 »). Même les modérés ne peuvent (malheureusement) l’ignorer: même dans l’Aube et la Haute-Marne, bastions du conservatisme et du gaullisme réunis, les triangulaires auraient pu être dangereuses… Baroin le sait bien…

– enfin, n’écartons pas la capacité de Copé à jouer au caméléon le plus basique. Il tente déjà d’arrondir son image, fait preuve d' »ouverture » sur les « mouvements » ou sur la ligne à suivre, envoie Dati prôner une droite moderne et ouverte et presque recentrée… Même si cela n’abuse personne et n’est pas forcément une bonne nouvelle pour l’UMP, car mieux vaut un duel clair et net, avec une victoire d’un camp et d’une ligne, pour en tirer les conséquences ensuite et pour, même, jouer ensuite sur la complémentarité d’un Copé battu avec un Fillon vainqueur, ou inversement… Bon, évidemment, cela n’a historiquement jamais marché à droite…

6. Plus fondamentalement, ce « grand écart » de la droite entre l’Ouest et l’Est, entre villes et zones rurbaines et rurales, entre durs-populaires et modérés-bourgeois, devrait conduire, au-delà même des questions de conflits entre chefs, à une réflexion sur le meilleur moyen de (er)créer une « grande maison commune », comme les Tories ou le GOP parvinrent à le faire dans le passé.

Il n’est cependant pas dit que cela soit possible: quel parti moderne parvient encore à le faire dans un régime démocratique normal ? (je ne parle pas du Japon, du Mexique, de Berlusconi, voire de la Hongrie…) Le GOP est en crise; les Tories sont en difficulté, tiraillés en interne et concurrencés en externe; le PP espagnol n’a gagné que par défaut.  Les « mouvements » au sein de l’UMP y suffiront-ils ? Leurs conditions statutaires actuelles de création sont draconiennes (c’était le souhait d’éviter la balkanisation à la socialiste…) et il n’est pas sûr que ce soit tellement compatible avec la culture du chef qui continue de dominer à l’UMP, qui est largement un RPR étendu.

Le modèle serait alors davantage celui d’une diversité de structures, comme dans beaucoup de pays d’Europe: Pays-Bas, Suède, Danemark, Autriche, voire Pologne et à l’avenir Italie. La difficulté réside alors dans la délimitation des nouvelles frontières: on nous rebat les oreilles des centristes et du pôle centriste, mais Borloo est un échec ambulant et personne n’est en mesure de le remplacer, même si je répète tout le temps que Jean-Christophe Lagarde est prometteur. Ce n’est pas là le problème. Au contraire, il vaudrait mieux que NC et PR rejoignent les Juppé, Fillon, Pécresse, Raffarin, Baroin, Wauquiez, dans une sorte de parti de centre-droit ou central de droite (ou les deux !), tandis que les libéraux, Copé, les sarkozystes, la Droite populaire, constitueraient un parti de droite dure, à même de concurrencer le FN, de l’absorber en partie, de s’allier avec lui au besoin localement pour le « normaliser ». Il faudrait en effet que le parti de centre-droit, comme celui de droite dure, restent, chacun ou alternativement, plus fort que le FN ou, à tout le moins, que le parti modéré et le parti dur s’engagent à n’avoir qu’un candidat à la présidentielle, afin d’éviter une qualification du FN au second tour de la présidentielle. Cela n’empêcherait d’ailleurs pas un petit parti centriste croupion, comme un MoDem de centre-droit ou un petit réduit à la Arthuis.

Tout cela est fort théorique mais il n’y a pas quantité de modèles possibles. Adopter une attitude trop modérée, à la Reinfeldt, ne fera pas regagner suffisamment de terrain sur le PS social-démocratisé, sauf dans les très bonnes années, et renforcera encore le FN. Adopter une attitude trop dure et trop proche du FN (en dehors des problèmes philosophiques) éloignera définitivement les électeurs centristes ou flottants et condamnera l’UMP à subir le sort qui semble désormais coller au GOP « tea-partisé ».

L’UMP va-t-elle réussir à régler ce problème d’écartèlement permanent ? Va-t-elle se déchirer sous l’effet de cet écartèlement ? Ce ne serait pas en soi dramatique si c’est bien pensé et bien mené… 😛 Tout est dit…

7. Ces problèmes stratégiques de la droite, déclinés en problèmes de positionnement, d’organisation partisane et de leadership, sont plus importants que ceux que rencontrent la gauche. Celle-ci est dominante partout, Hollande a remporté la présidentielle et a pris soin de ne prendre aucun engagement pendant la campagne législative (si tant est qu’il en ait pris pendant la présidentielle…), son gouvernement se retrouve donc avec les mains à peu près libres.

Toutefois, les questions sur l’autorité de Hollande ne manqueront pas de resurgir, même si l’élimination de Royal, l’effacement d’Aubry et la faiblesse des rébellions sporadiques à attendre des caciques recalés (Cambadélis, Bartolone, Assouline, Dray,…) semblent dégager l’horizon. Hollande n’a laissé dehors que les strauss-kahniens trop compromis car trop proches de l’ancien chef (Camba, Le Guen, Dray), les trop vieux jospinistes et les aubrystes les plus fidèles. Mais on sait bien que c’est lors des périodes de domination trop forte que les divisions sont les plus vives (1993-95 ou 2002-2007 pour la droite). Les comportements d’un Peillon ou d’un Valls montrent bien que les germes sont là.

Cela reste cependant, à court terme, gérable et Trierweiler saura sûrement se calmer pour quelques temps. En revanche, l’échec de Mélenchon et le recul surprise du PCF, dans un énième soubresaut, doublés de la disparition politique de Laguiller et Besancenot, vont poser un problème d’incarnation de la protestation à gauche. Avec en plus des syndicats qui ont envie de retourner à leur ron-ron traditionnel après 5 ans de sarkozysme, le risque est que la protestation soit désordonnée et donc incontrôlable ou qu’elle se porte encore davantage sur une Marine Le Pen toujours positionnée dans son « ni droite ni gauche » (la rejetonne de Samuel Maréchal ne risque pas de remettre en cause cette ligne, tout en veillant paradoxalement à plus de respect du vieil extrêmisme du grand-père, la fille étant peut-être plus encline à trahir le père, dès sa mort physique).

Bien entendu, il serait cyniquement possible de considérer, pour la gauche, qu’un FN encore plus haut ne fera qu’handicaper la droite et rejeter encore davantage le centre, voire le centre-droit, vers le social-démocrate Hollande, qui serait probablement ravi de se faire réélire contre… Marine Le Pen au second tour de 2017. Mais c’est jouer avec le feu.

8. En attendant la solution à ces problèmes, les groupes à l’Assemblée sont l’occasion de jeux politiques passionnants.

D’abord, voici les résultats selon mes propres décomptes, effectués député par député:
FG 10
Rég./ind. 10 (2 MIM, 1 ex-PCR, 1 UDB)
EE-LV 17
PS 278
DVG 22 (3 MRC, 1 MUP -le parti de Hue-, 12 PS diss., 5 DVG d’outre-mer modérés, 1 DVG d’outre-mer proche de l’EXG)
PRG 12
MoDem 2
NC 16
PR 11
DVD 20 (7 DVD modérés, 2 PCD, 1 CNI, 2 DLR, 2 MPF, 7 autonomistes du Pacifique)
UMP 182
EXD 1
FN 2

Cela signifie d’ailleurs que mon erreur globale cumulée (écarts sur les résultats de chaque sous-ensemble) est finalement de 26, soit 95,5% de réussite.
Mes erreurs locales sont finalement de 46, soit 92,2% de réussite.
Avec des bonheurs variables: 100% en Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes, Champagne-Ardenne; 97% en Nord-Pas-de-Calais, 96,3% en Bretagne (Fougères !), 95,2% en Lorraine (Lang ! :D), 94,9% en Ile-de-France (satanée Seine-et-Marne !), 94,1% en Picardie, 93,3% en Alsace et en Haute-Normandie, 92,9% en PACA, 92,3% en Midi-Pyrénées, 91,7% en Franche-Comté et en Auvergne, 91,3% dans le Centre et le Languedoc-Roussillon, 90,9% à l’étranger, 90,4% en Rhône-Alpes (Bérézina dans la Drôme), 88,9% en outre-mer, 83,3% dans les Pays de la Loire (un vrai échec en Vendée et dans la Sarthe), 76,9% en Basse-Normandie (échec généralisé), 73,3% en Bourgogne (surtout en Saône-et-Loire), 50% en Corse. Tirez-en les conséquences que vous voulez 😉

Au total, c’est correct, mais sans plus à ce niveau, très franchement. Mais bon, l’essentiel, c’est le chemin, c’est le divertissement ;).

Voici, de nouveau, la carte définitive, mais corrigée des erreurs de la nuit de dimanche à lundi (Morbihan et Seine-et-Marne, avec des fausses joies dans les deux sens).

Les groupes, donc.
– Le PS peut ajouter à ses 278 députés un groupe de 10, voire 11 (avec Sylvie Andrieux), dissidents. Le PS peut les remercier d’avoir battu les Verts… Seul Falorni est apparemment pestiféré (pour combien de temps ?). Ainsi, même sans les 5 DVG d’outre-mer qui, logiquement, devraient s’apparenter à son groupe, le PS a la majorité absolue seul.
Si Le Roux devrait battre Martin sans problème pour le groupe, l’exécutif arrivera bien à imposer Lebranchu à l’Assemblée (plus facile de recaser Guigou au gouvernement; Bartolone et Glavany grossiront les rangs des frustrés, avec Cambadélis déjà tellement peu sûr de son étoile qu’il tente de s’accrocher à Désir; mais c’est sans grande importance car tous ces apparatchiki n’auront de capacité de nuisance que temporaire et n’ont plus vraiment de leader…).
Quant au PS, ce sera sûrement entre Désir et Rebsamen (au pire, ce dernier est déjà correctement « casé » au Sénat et les remaniements arriveront sûrement plus vite que prévu…). C’est indécent de voir tous les « grands » du PS dire que Royal doit faire autre chose, qu’elle peut rebondir, etc. alors que tous sont ravis de son échec et ne lui souhaitent qu’une chose: d’échouer encore une fois à prendre la tête du PS…
A moins qu’Aubry, prétextant de la crise, de je ne sais quel argument, ne se dise que, finalement, elle doit ravaler son exaspération et sa lassitude et doit conserver une base de pouvoir si un jour… A ce moment-là, il est évident que ni Désir, ni Rebsamen, ni un Delanoë dépouillé de ses troupes ne pourront lui contester la possibilité de rester.

– Le PRG peut également guigner des DVG ou rallier les MRC pour constituer son groupe.

– Même en perdant Duflot, les Verts peuvent compter sur l’UDB élu dans le Morbihan (et que j’ai rangé dans les « régionalistes » dans mes décomptes). L’équilibre des votes Mamère (gauche du parti)-de Rugy (« réalistes »)-Baupin (ex-hulotiste) sera intéressant.

– Le FG va devoir vraiment « travailler » pour avoir ses 15 députés (car n’imaginons pas que le seuil passe à 10: le Conseil constitutionnel avait jugé que 10, c’était le minimum pour le Sénat; or, avec 577 députés, la même proportion nous mène à 15,3…). Je n’arrive pas à penser que les 3 MRC le rejoignent, ni même le MUP. En revanche, les 2 MIM, l’ex-PCR, le DVG martiniquais plus proche de l’EXG et… Falorni (;)) un autre DVG d’outre-mer peuvent suffire.

– La recomposition du NC et du PR va être magnifique à suivre. Les lagardistes se rapprochent des radicaux-Borloo pendant que les morinistes prennent langue avec les MoDem. Mais que feront les radicaux-Léonetti et les centristes de l’UMP ? Je doute qu’ils rejoignent le mouvement. L’explosion de l’UMP n’est pas pour tout de suite. Si les lagardo-borloïstes doivent pouvoir constituer un groupe sans difficulté, les morinistes pourraient y parvenir avec quelques DVD modérés ou des autonomistes du Pacifique.

MISE A JOUR (mon article a été rdigé hier soir…): Borloo a réussi à réunir 17 députés dans l’UDI, union des démocrates et des indépendants, avec des radicaux hors UMP, les lagardistes du NC (Sauvadet sera vice-président), des DVD (Fromatin) et même des radicaux de l’UMP (Plagnol, Pancher). Des radicaux de l’UMP resteront au groupe UMP (Léonetti). On cherche désormais des radicaux hors UMP qui s’apparenteront au groupe UMP et des radicaux qui s’apparenteront à l’éventuel autre groupe centriste ou seront non inscrits 😛
Même les morinistes de NC devraient suivre.
Finalement, ce sera peu ou prou  le groupe de l’ARES, sauf que l’ARES ne semble déjà plus véritablement exister. Le centre, ce n’est pas « combien de divisions ? » mais « combien de coquilles vides ? »: UDF qui existe toujours, MoDem (avec des nuances), AC, NC (avec des nuances), PR (avec des nuances), URCID, ARES, CD de Charette, GM de Bockel,… je n’inclus pas les Humanistes de l’UMP et ce qui reste peut-être de Besson… Je suis un peu méchant car, à chaque fois, cela représente quand même un positionnement et une stratégie différentes. Surtout, évidemment, c’est un ravissement de passionné de la politique… on se croirait revenu sur les bancs des députés pednant la IIIe République 😀
A ce propos, je recommande le blog de Laurent de Boissieu, http://www.ipolitique.fr/, spécialisé dans les centres.

Sur le fond, il faut leur souhaiter bon courage, car Borloo n’aura en réalité aucune ambition pour le centre-droit: il a sa « petite entreprise » et cela lui suffit… Vivement Lagarde !

– Les 2 PCD et le CNI devraient s’apparenter à l’UMP. Les MPF et les DLR devraient se retrouver chez les non-inscrits avec Bompard, Collard et Panzermiss, éventuellement Falorni et quelques « ultra-marins ».

On le voit, s’il reste des petits bacs à sable au centre (en attendant la Grande Rupture de l’UMP ?), la bipolarisation dont nous parlent tous les analystes depuis 15 jours est réelle.

Mais c’est une  bipolarisation asymétrique et instable:
– asymétrique car la droite n’est pas hégémonique à droite, en raison de la présence de ce FN, hybride d’extrême-droite et de gauche et grignotant sur la droite, et avec lequel elle peut agréger ses forces;
– instable car la concurrence à gauche renaîtra et que l’UMP ne survivra peut-être pas.

Ce blog n’est donc pas mort, mais il se concentrera désormais essentiellement sur l’affrontement Fillon-Copé, en espérant que les sondages seront nombreux ! 😉

Pronostics nationalement satisfaisants, localement insuffisants

1. Si je ne me suis pas trompé dans mon décompte définitif, voici le comparatif entre mes pronostics d’entre-deux-tours et les résultats finaux:

FG 10 / 10 (ce n’était pas très difficile de ne pas se tromper et les fourchettes donénes par les instituts étaient ridicules)

régionalistes+indépendantistes 3 / 4 (sachant que l’ex-PCR Bello y est incluse et que cela inclut l’UDB élu sous étiquette EE-LV et que je reclasse donc: ce n’est ainsi pas une erreur de ma part)

EE-LV 21 / 17 (après avoir été trop pessimiste avant le 1er tour, j’ai trop « compensé » au second)

PS 286 / 279 (étant donné le chiffre global, c’est honorable)

DVG 25 / 21 (la motié des erreurs étant due à la Corse et à l’outre-mer, je considère ne pas trop mal m’en sortir :P)

PRG 12 / 12 (comme pour le FG, ce n’est pas un exploit, en réalité)

soit un total gauches 357 / 343

MoDem 2 / 2 (idem)

NC 15 / 16 (en réalité, cela amsque 2 erreurs et 1 reclassement, Folliot, qui ne s’apparentera peut-être aps au NC, mais est clairement au centre)

PR-DVD 26 / 31 (je n’avais pas distingué les deux: le PR obtient 11 sièges, les DVD, surtout MPF, PCD, CNI ou anciens de ces partis, 20; clairement, je me suis bien trompé sur cette catégorie de députés)

UMP 176 / 182 (le symétrique du PS)

FN 0 / 2 (là, de nouveau, erreur de ma part, même si je sentais bien, sur ces 2 cas-là, que j’allais me tromper… :P)

EXD 1 / 1 (normal)

soit un total droites 220 / 234

En chiffres globaux, mon score est de 96% de réussite.

En revanche, pour ce qui est des chiffres locaux, en décomptant toutes les erreurs (réelles) par circo (sachant que j’ai rectifié 3 mauvais étiquetages dans mes pronostics -Morbihan, Vendée, Tarn)), on aboutit à un taux de réussite de 92%, avec 46 erreurs réelles (dont 6 en Corse, outre-mer et étranger). IPSOS voyait 50 circos indécises…

Sur mes pronostics d’avant le 1er tour, on compte 75 erreurs locales, soit une réussite de 87%, qui est finalement assez honorable. En chiffres globaux, le taux de réussite est de 91%. En résumant les pronostics d’avant 1er tour, d’entre-deux tours et les résultats finaux, on obtient:
FG 20 / 10 / 10
rég.+ind. 3 / 3 / 4
EE-LV 11/ 21 /17
PS 271 / 286 / 279
PRG+DVG 40 / 37 / 33
MoDem 1 / 2 / 2
NC+PR+DVD 39 / 41 / 47
UMP 191 / 176 / 182
FN 0 / 0 / 2
EXD 1 / 1 / 1

2. Mon pronostic était évidemment bien plus fiable que les fourchettes des instituts, qui étaient d’au moins 30 sièges sur chacun des deux grands ensembles… Mais je reste insatisfait au niveau local, avec deux sources d’erreurs:
– les classiques duels droite-gauche très serrés: Sarthe, Yonne, Seine-et-Marne, Saône-et-Loire, Loiret, Indre-et-Loire… rien là d’étonnant, mais cela aurait pu être mieux, notamment dans le Loiret et la Sarthe (où mes tripes parlaient différemment…);
– les zones de FN fort et plutôt populaire, où la droite résiste mieux que prévu: Oise, Territoire-de-Belfort, Vaucluse, mais surtout Isère et Drôme, ce dernier département donnant 3 erreurs à lui seul, sur 4 circos ! Je reconnais là une difficulté intrinsèque à prévoir et, probablement, une vraie incompréhension de ces départements. D’ailleurs, le grand Sud-Est (Rhône-Alpes, PACA, Corse, Languedoc-Roussillon) explique 12 de mes 46 erreurs.

Je n’ai commis aucune erreur dans 4 régions (Limousin, Aquitaine, Poitou-Charentes, Champagne-Ardenne, ce qui combine la facilité globale de ces circos et ma « familiarité » avec le Sud-Ouest) et une seule erreur dans 6 régions (Auvergne, Picardie, Haute-Normandie, Nord-Pas-de-Calais, Alsace, Lorraine, ce que j’attribue davantage à un découpage polarisé et à une plus grande facilité de prédiction qu’à une réelle maîtrise du Nord et de l’Est de ma part :P)).

Mes 5 erreurs en Pays-de-la-Loire, 2 erreurs en Bretagne et 3 erreurs en Basse-Normandie témoignent d’un refus freudien de ma part de la totale irrécupérabilité de ce fichu Nord-Ouest pour la droite :P, même si mes erreurs bretonnes sont en réalité de sens inverse des autres.
Mon pessimisme pour la droite peut aussi se voir dans mes pronostics d’entre-deux-tours, même si les calculs m’ont aidé à « rationaliser ».

Même si mes pronostics d’avant-1er tour comprotaient beaucoup d’erreurs locales, je suis assez content d’avoir vu, dès l’origine, que le scénario gagnant serait un 2007 à l’envers et non un simple 1997, comme beaucoup d’analystes et de sondeurs le disaient…

Voici la carte définitive:

Remarquons ici que le groupe EE-LV sera immédiatement amputé de Cécile Duflot mais qu’il réussira quand même à se constituer. Le FG pourrait y parvenir avec le MIM, l’ex-PCR et deux DVG quelconques (mais qui voudra de Falorni ? ;)). Avec quelques DVG, le PRG constituera sans problème son groupe.
Dans l’autre camp, le NC y arrive sur le papier, mais la guerre nucléaire Morin/Lagarde devrait acvoir raison du NC. En revanche, la recomposition avec le PR, Borloo et plusieurs dVD devrait permettre de constituer au moins un groupe centriste. Les DVD « durs », avec quelques députés de l’UMP pourraient en théorie constituer un groupe, mais c’est très peu probable.

Même si mes écrits dans l’article précédent donnent déjà beaucoup de clés de lecture (en particulier dans les rapports FN-UMP), je posterai bientôt une analyse des enseignements électoraux de ces législatives.

MISE A JOUR: je découvre ce matin que Goulard a bien été battu dans le Morbihan… voilà une mauvaise nouvelle qui améliore mon taux de réussite 😛
La 1e de Seine-et-Marne n’a pas non plus basculé.

Bon, il faudra que je vérifie de nouveau l’ensemble car la carte interactive de l’AFP comportait des erreurs (une évidente avec une victoire longtemps annoncée de l’UMP Patriarche avec 57% dans les Pyrénées-Atlantiques 😀 On veut bien des surprises, mais là, c’était le 1er avril !).