Bilan du second tour: en tendance, les sondages et les indicateurs agrégés ont été fiables

1. Avec les Français de l’étranger, le Président sortant Nicolas Sarkozy a obtenu 48,38% et le Président-in-waiting François Hollande a obtenu 51,62%. Ce dernier n’ayant pas atteint le score qu’il souhaitait, Nicolas Sarkozy est donc reconduit à la Présidence de la République 😀

Bon, plaisanterie mise à part, il est frappant de constater, qu’une fois encore, les sondages et les indicateurs agrégés (celui avec les intentions de vote et celui appliquant aux résultats du premier tour les matrices sondagières de reports des voix) ont donné la bonne tendance. Il suffisait de les prolonger pour obtenir une idée assez précise du résultat final.

Certains objecteront que le niveau brut n’était pas donné, mais justement, les sondages ne sont pas des pronostics: ils nous aident à faire notre propre pronostic. En outre, environ 5% des électeurs se décident le dernier week-end: il n’est donc pas anormal de voir quelque écart. 

Au premier tour, il fallait même accélérer la tendance (comme en 2002 ou en 2007, d’ailleurs), alors que, pour le second tour (comme en 2007), un simple prolongement (sans ralentir un peu de manière conservatrice, comme je l’ai fait dans mon pronostic 😦 ) suffisait à se rapprocher très près du résultat final.

De là à conclure que les sondeurs, de peur d’être encore accusés de se tromper, redressent de manière excessivement prudente et n’osent pas totalement valider les tendances qu’ils décèlent, il n’y a qu’un petit pas à franchir…

La fiabilité de l’indicateur agrégé m’étonne même moi-même. Comme il est donc utile de le calculer et comme les médias français sont vraiment totalement… nuls de ne pas l’avoir fait depuis tant d’années !… Peut-être certains auraient-ils pu, de manière cassandresque, faire leur petit effet à la mi-avril 2002…

Globalement, nous pouvons dire que tous les discours critiques sur « l’échec des sondages » se trouvent ici bien affaiblis.

Sauf, évidemment, la critique relative à la force auto-réalisatrice des sondages, qui seraient tellement puissants et manipulateurs que les Français finiraient par voter « comme les sondages ». Mais, justement, l’indicateur agrégé que ce blog vous a proposé n’a jamais été calculé, sauf sous forme de moyennes frustres, sans être jamais beaucoup popularisées, d’ailleurs. En outre, quand on voit quelle est la mémoire à court terme généralement constatée et quelle est celle de tous les critiques des sondages (« ah ben, Mélenchon devait être 3e », « ah ben, Le Pen devait être à 13 », « ah ben, Hollande devait gagner à 55 »), on se dit que les sondages, a fortiori agrégés et pondérés comme il faut, ont peu d’influence fondamentale… En outre, pour avoir rencontré tant d’électeurs de droite peu conscients du risque de voter Villiers en 2007 (avec Sarkozy risquant d’être sous les 30) ou Dupont-Aignan (ou même Bayrou ou Le Pen) en 2012 (Sarkozy finissant derrière Hollande) et tant d’électeurs de droite ne comprenant pas qu’il ne fallait pas voter pour Sarkozy mais contre Hollande (avec les seuils symboliques que je vous ai décrits: le score de Sarkozy en 2007, le seuil de 52 évoqué par Hollande lui-même et même, finalement, le score de 1981), je crois vraiment qu’une large majorité de Français ne sont pas influencés directement par « l’état de la course » à un instant « t » (même si, bien sûr, la fin des espoirs de Bayrou a pu accélérer sa chute sous 10%, par exemple).

Même cette critique est donc à relativiser. Autant je suis sceptique sur les sondages sur des idées, des comportements, des opinions, des popularités, car la question posée est parfois décisive et souvent influençante, ainsi que les réponses proposées ou possibles, autant les sondages d’intentions de vote sont clairs, précis et, finalement, fiables, en tous les cas pour une élection présidentielle ou un référendum.

2. En matière de report des voix, il est évidemment difficile de juger puisque nous ne connaîtrons jamais l’exacte réalité des reports.

Les sondages publiés après la clôture du scrutin montrent des divergences équivalentes à ce qui pouvait être constaté auparavant.

Respectivement, IPSOS (mais dans un sondage réalisé les vendredis et samedis et non le dimanche), TNS-Sofres, IFOP, Harris et, pour mémoire, les reports « agrégés » calculés avant le 2nd tour:
– dans l’électorat Mélenchon, 81/6/13, 74/5/21, 89/7/4, 84/4/12 et 84,04/4,96/11,01, confirmant la bonne estimation des reports de cet électorat, sans surprise, même si TNS-Sofres est un peu divergent,
– dans l’électorat Bayrou, 29/41/30, 28/40/32, 40/41/19, 33/44/23 et 34,03/36,29/30,38, ce qui montre finalement un meilleur report sur Sarkozy que prévu, peut-être explicable par un sentiment de trahison et de dépit conduisant des bayrouïstes disposés à s’abstenir et optant finalement pour un vote anti-Hollande et… anti-Bayrou; voilà une preuve de l’échec de Bayrou,
– dans l’électorat Le Pen, 14/51/35, 14/58/28, 21/54/25, 14/53/33 et 18,66/52,76/28,59, ce qui montre globalement une assez grande fiabilité des reports mesurés, en tous les cas au travers de leur agrégation.

Parmi les abstentions, blancs, nuls, sans réponse du 1er tour, TNS-Sofres voit des reports de 12/21/67 (dernière agrégation: 29,93/30,34/39,73), confirmant une situation un peu plus favorable à Sarkozy mais insuffisante pour faire bouger le résultat final. Dans l’électorat Joly, IFOP voit un 77/12/11 assez cohérent avec les mesures d’avant-2nd tour.

Finalement, et comme le montre d’ailleurs mon deuxième indicateur agrégé, celui des reports de voix, qui avait rejoint le premier indicateur vendredi, l’agrégation des reports de voix donne là encore des indications fiables pour établir un pronostic.

La seule nouveauté entre jeudi (dernier jour de sondage réel, sauf pour un quart du dernier IFOP quotidien) et dimanche était donc, comme prévu, l’annonce personnelle de Bayrou, mais qui semble avoir eu surtout pour effet de mobiliser davantage en faveur de Sarkozy (à tout le moins, elle n’a rien fait gagner à Hollande).

3. Peut-on prolonger le palmarès du 1er tour ?

C’est plus délicat au second tour. Tous les sondeurs ont été situés au-dessus du résultat final, IFOP se situant au plus près (52%). Ce qui relativise d’ailleurs les accusations de manipulation à l’encontre d’IFOP (c’était la même chose au 1er tour), censé être aux mains des amis de Sarkozy. TNS-Sofres, pourtant bon sondeur du 1er tour, s’est ici retrouvé le plus éloigné (53,5%) du niveau réel, et même en retard en tendance. BVA, IPSOS et OpinionWay étaient à 52,5% avec une bonne tendance à chaque fois. LH2, Harris et CSA en étaient restés à 53%, mais avec une bonne tendeance à chaque fois.

Sans établir de palmarès final, et en considérant que tous les instituts ne se sont pas risqués à mesurer la primaire du PS, on peut indiquer les élements suivants:
Harris s’est avéré un très bon sondeur de 1er tour, sur la primaire du PS comme sur la présidentielle, et il est possible d’en faire le vainqueur global de cette « édition », en tous les cas de considérer qu’il a intégré le haut du panier, alors même qu’une telle performance est difficile à établir aussi vite.,
IFOP a effectué un rolling quotidien depuis le début du mois de janvier, fort utile et « sécurisant »; il a, en outre, effectué de bonnes performances globales, notamment an 2nd tour;
OpinionWay et IPSOS se sont correctement placés à chaque fois, IPSOS décevant toutefois quelque peu par rapport à ses bonnes performances de 2007;
TNS-Sofres fut fiable au 1er tour mais pas au 2nd et a malheureusement été moins sollicité que d’autres instituts;
LH2 trop biaisé, CSA trop erratique, BVA trop biaisé et hésitant, ont confirmé, comme en 2007, qu’ils étaient un ton, voire deux tons en dessous des autres sondeurs.

Effectivement, la meilleure des choses reste de suivre un indicateur agrégé… 😀

Je reviendrai ultérieurement sur la géographie électorale, toujours riche d’enseignements, et sur les sondages sorties des urnes, assez classiques dans la sociologie du vote.

Je publierai peut-être, finalement, les sondages pour les législatives… 😉
Mais, malheureusement, ils sont déjà divergents, certains mêlant PS-PRG mais aussi Verts, d’autres prévoyant une rubrique « divers », sans plus de précision… Donc pas de possibilité d’indicateur agrégé. Mais une situation qui rappelle furieusement 1997…

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Indicateur agrégé du 30 avril 2012, indicateur des reports de voix et évolution par sondeurs: dans un contexte de convergence sondagière, petit « 53-47 avec perspective clairement négative » et détérioration des reports de voix pour Hollande

(Ante-scriptum: pour ceux qui arriveraient tardivement devant leur écran, allez faire aussi un tour dans l’article précédent, avec tous les sondages sortis aujourd’hui)

1. L’indicateur agrégé se resserre aujourd’hui assez nettement: 52,95 / 47,05.

Sarkozy est à son plus haut niveau, mais il n’atteint en fait que le pourcentage de Royal de 2007. On mesure ainsi la difficulté de ce dernier week-end sans campagne mais pas sans actualité (oui, tout est possible…).

Cet indicateur reprend les 10 sondages de la semaine passée, pour un échantillon total de 14 315 personnes. Tous les sondeurs y sont représentés, IFOP et BVA l’étant deux fois. IPSOS et BVA ont eu la bonne idée de re-sonder aujourd’hui et TNS-Sofres a publié son dernier sondage comme prévu, tandis qu’IFOP a terminé son rolling par un sondage représentant l’écart le plus faible entre les 2 candidats jamais relevé: 52/48. Ce sondage est le seul à intégrer un petit contingent de personnes interviewées après le lapin sorti du chapeau de Bayrou. Inversement, IFOP a plutôt présenté un tropisme pro-Sarkozy sur le moyen terme.

La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, sans pondération, donne un chiffre de 52,75 / 47,25.
La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, pondérée par les échantiloons respectifs, donne un chiffre de 52,70 / 47,30.

Le sondage quotidien de l’IFOP suit une tendance similaire:

2. De manière très satisfaisante, l’indicateur des reports de voix (appliquant l’agrégation des matrices de reports de voix des mêmes sondages aux résultats réels des premiers tours) donne un résultat absolument identique: 52,97 / 47,03. Au point que ç’en est presque louche ! Mais, tant mieux, cela permet d’affirmer que tous ces chiffres sont vraiment solides.

Dans le détail des électorats encore mesurés systématiquement par les sondeurs (en rappelant que les graphiques sont légèrement « allongés » en fin de période, afin de rester lisibles):

électorat Mélenchon: 84,04 / 4,96 / 11,01 en baisse de presque 1 point pour Hollande et en amélioration de près d’1 point pour Sarkozy, ce qui est difficile à expliquer autrement que par une variation statistique liée à la faiblesse des échantillons, sans véritable signification. Les reports de voix restent très élevés à gauche et on ne voit pas comment Hollande pourrait faire davantage:

même si l’électorat Joly n’est quasiment plus suivi par les sondeurs, actualisons tout de même la courbe, très favorable à Hollande, sans être aussi bonne que celle de l’électorat du FG:

électorat Bayrou: 34,03 / 36,29 / 30,38 soit en détérioration assez nette de 2,5 points pour Hollande en une semaine et en très légère décrue pour Sarkozy, avec un solde positif pour ce dernier, comme il y a une semaine; reste à savoir si cette tendance favorable au Président sortant, claire dans le graphique, car quasi-linéaire (malgré une courbe polynomiale d’ordre 6 !), reste valable après la « pochette-surprise » Bayrou d’hier soir:

électorat Le Pen: 18,66 / 52,76 / 28,59 soit en baisse de près de 3 points pour Hollande, et en forte amélioration de presque 5 points pour Sarkozy; contrairement à ce que j’écrivais et à ce qui était assez largement admis, Sarkozy semble avoir continué de grignoter l’électorat Le Pen; il n’est pas sûr qu’il ait entamé la base populaire-populaire, mais il eput toujours arguer que son positionnement d’entre-deux-tours n’était pas mauvais, puisqu’il a bien gagné chez les lepénistes, sans perdre chez les bayrouïstes; cependant, s’il ne parvient pas à accrocher les 2/3 de cet électorat et à progresser encore chez les bayrouïstes, le « saut » sera trop dur à effectuer; il ne lui reste que 2 nuits de réflexion, il va lui falloir un bon télépathe:

abstentionnistes du 1er tour: 29,93 / 30,34 / 39,73, ce qui rend très sceptique car on imagine mal 60% des abstentionnistes du 1er tour (déjà pas si nombreux) se ruer sur les urnes ce dimanche; ce qu’il est ici important de retenir, c’est que les apports de nouveaux électeurs sont constamment apparus assez équilibrés et donc sans incidence fondamentale sur le résultat, même si légèrement favorables à Sarkozy puisque’il est en retard au score:

3. Enfin, actualisons le graphique de tous les sondages de second tour publiés en 2012. Là encore, en raison de la profusion de sondages en avril et mai, la fin du graphique est « allongée » dans le temps, afin de rendre visible chaque sondage. Cet effet de distorsion ralentit quelque peu la tendance au rebond de Sarkozy ou au resserrement de l’écart. Précisons que les courbes de tendance ci-dessous sont des polynomiales d’ordre 4, car, à ce stade, depuis janvier, c’est bien le nombre de « périodes » décelable. Et, avec cet ordre 4, la convergence est la plus forte entre sondeurs (au point de brouiller la vision… :P)

La convergence assez nette des sondeurs, qui se situent dans une fourchette de 1,5 point (52-53,5), avec une tendance unanime sur, au moins, leurs deux derniers sondages au resserrement de l’écart Sarkozy-Hollande, fait que les biais ne sont désormais plus tellement d’actualité, même si IFOP et OpinionWay sont dans le bas de la fourchette et TNS-Sofres dans le haut. Mais BVA et IPSOS sont également plutôt dans le bas de la fourchette alors qu’ils semblaient jusque là plutôt pro-Hollande. Enfin, la qualité des sondeurs au premier tour n’est plus très utile ici, étant donné la faiblesse des écarts, le meilleur (Harris) étant sur la même ligne que deux moins bons (CSA et LH2), le moins bon (BVA) étant en accord avec deux satisfaisants (OpinionWay et IPSOS), et deux autres très satisfaisants (IFOP et TNS-Sofres) constituant les extrêmes.

Les éléments favorables à Sarkozy sont donc:
– une unanimité des sondeurs et des indicateurs sur la tendance en cours: il progresse en niveau brut,
– une amélioration continue du solde des reports de voix dans les électorats Le Pen et Bayrou,
– un résultat brut situé dans la marge d’erreur des sondeurs et dans une zone encore atteignable au prix d’une éminente surprise.

Ceux favorables à Hollande sont:
– une persistance majoritaire jamais démentie,
– un bon et solide report de voix à gauche,
– une sur-mobilisation qui ne lui serait pas fondamentalement défavorable.

De ce point de vue, l’effet Bayrou peut conduire à quelques mouvements favorables à Hollande, en même temps qu’à une remobilisation à droite et au centre-droit, par « réaction ». Quant aux sondages, leur détérioration pour Hollande peut tout aussi bien remobiliser à gauche par « crainte » que donner un espoir à droite et rendre utile le devoir civique de dimanche. Au final, comme souvent dans les présidentielles, il est peu probable que ces variables aient un réel effet.

4. Sur ces différentes bases et en considérant que les deux seules inconnues du second tour (l’effet Bayrou et les niveaux de participation) n’auront pas d’influence, mon pronostic est le suivant, conforme à la tendance de l’indicateur agrégé, prolongé jusqu’à dimanche:

Hollande 52,2%
Sarkozy 47,8%

Quel est le vôtre ?

En dessous de 51, ce serait un démarrage de mandat très affaibli pour Hollande et un jackpot inattendu pour Bayrou et… Sarkozy.
Entre 51 et 52 pour Hollande, ce serait une grosse déception et un Mélenchon et des Verts revenus dans le jeu législatif, ainsi qu’une droite soulagée et plus à même d’affronter le problème FN.
Entre 52 et 53, ce serait une petite contre-performance pour Hollande, supprimant l’état de grâce mais plaçant l’UMP dans la vraie défaite et les vraies difficultés, avec des divergences d’interprétations et une division face au FN.
Entre 53 et 54, ce serait une victoire solide pour Hollande et de grandes difficultés pour l’UMP, en même temps qu’une quasi-assurance d’une fin de la carrière de Sarkozy.
Entre 54 et 55, ce serait une grande victoire pour Hollande et une implosion rapide de l’UMP.
Au-delà de 55, ce serait l’hégémonie PS en vue et Marion « Marine » Le Pen triompherait déjà, avant même 2017.

L’enjeu est donc fort dimanche. Bon vote !

Indicateur agrégé du 30 avril 2012, indicateur des reports de voix et derniers sondages LH2 et IPSOS: l’écart Hollande-Sarkozy, même s’il se resserre très légèrement, est trop important et les reports de voix trop instables

1. L’indicateur agrégé se resserre très légèrement. Mais Sarkozy n’aura jamais réussi à passer véritablement au-dessus des 46%: il fait même un tout petit peu moins bien que début avril.

Certes, la tendance des chiffres bruts est au resserrement. Mais le quotidien est désormais par trop « pollué » par des actualités, qu’elles soient suscitées, reprises ou subies, qui ne peuvent que renforcer l’impression de gribouille de la campagne Sarkozy.
– Le 1er mai va être « inaudible » pour qui que ce soit, entre Le Pen, Sarkozy, les syndicats et Mélenchon,
– La journée du débat sera une journée « neutralisée » et d’attente (sauf si quelque « révélation » se fait jour),
– Le lendemain du débat sera parasité par Bayrou, quelle que soit sa décision et les sondages post-débat promettent de fournir des interprétations utiles pour tout le monde,
– Le vendredi verra une autre salve de sondages et un parasitage par Mélenchon et peut-être d’autres.

J’ignore si l’incertitude persiste pour qui que ce soit, mais les médias n’attendent que la défaite et, surtout, la droite parlementaire est, elle aussi, dans l’après-Sarkozy (enfin, dans l’après-6 mai, ce qui ne sera pas forcément la même chose… en fonction du score final).

2. La situation est d’autant plus dure pour Sarkozy que les reports de voix sont très instables ou difficiles à mesurer par les sondeurs. Parmi les électorats encore mesurés, la situation agrégée est désormais la suivante:

électorat Mélenchon: 84,88 / 3,68 / 11,44 soit en amélioration de 2 points pour Hollande et en détérioration d’1 point pour Sarkozy: manifestement un effet de la droitisation poursuivie du Président sortant,

électorat Bayrou: 36,68 / 36,90 / 26,42 soit en amélioration pour Hollande mais en plus forte amélioration pour Sarkozy, paradoxalement; mais, en réalité, il s’agit probablement d’électeurs de centre-droit qui « reviennent à la raison » malgré l’attitude du Président-candidat et vont voter pour lui avec réticence mais quand même… D’ailleurs, les reports se sont constamment améliorés pour Sarkozy au fur et à mesure du rétrécissement de l’électorat bayrouïste sur ses bases historiques de centre-centre-droit. Au total, cela fait 6% d’abstentionnistes en moins,

électorat Le Pen: 21,44 / 47,82 / 30,74 soit en très léger tassement pour Hollande, et en seulement légère amélioration pour Sarkozy: « tout ça pour ça »; en réalité, nous le verrons demain avec l’analyse de quelques cartes du 1er tour, Sarkozy ne peut plus mordre sur l’électorat lepéniste, car il ne reste plus que l’os « populaire-populaire », soit un électorat sociologiquement de gauche (même s’il ne vote pas ou plus pour la gauche) ou dépolitisé. La courbe de tendance montre même un léger fléchissement, même s’il n’est pas très clair, éventuellement dû à une certaine lassitude face à la « drague » présidentielle:

Au final, l’indicateur des reports de voix s’améliore comme prévu pour Hollande, grâce à la forte mobilisation à gauche et à la stagnation de Sarkozy à l’extrême-droite:
54,20 pour Hollande et
45,80 pour Sarkozy.

3. Hier et aujourd’hui, des sondages favorables au Président sortant ont certes été publiés, mais soit relèvent du bruit statistique, soit restent dans l’écart habituel et ne peuvent décemment rasséréner le camp présidentiel.

Reste un dernier espoir: l’abstention. Maisles sondages la placent au même niveau qu’au premier tour. Quant aux « incertains« , ils ont fortement diminué et, surtout, ils n’ont pas du tout influé sur l’issue du premier tour. Le « paysage » est planté depuis tellement longtemps qu’on ne voit pas ce qui pourrait faire changer les choses.

D’ailleurs, les « affaires », réelles ou inventées (eh oui, j’ai depuis toujours reconnu le pouvoir nocif de Karachi ou même de Bettencourt, crédibles; mais, franchement, la Libye….), ne semblent pas avoir d’effet sur Sarkozy: soit un effet de saturation, soit un grand scepticisme, soit même une validation du discours de « victime » de Sarkozy. Bref, on pourrait même se demander si cela ne fait pas l’affaire (!) de Sarkozy. De même qu’en sens inverse, s’il exploite trop DSK, cela pourrait lui revenir en boomerang.

LH2
Yahoo!
27-28 avril 2012
échantillon: 958

Hollande 54 (-2)
Sarkozy 46 (+2)

___________________________

IPSOS-Logica Business Consulting
Le Monde, Radio-France, France-Télévisions
27-28 avril 2012
échantillon: 988

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

___________________________

IFOP quotidien
Paris Match, Europe 1
26-30 avril 2012
échantillon: 898

Hollande 54 (-1)
Sarkozy 46 (+1)

Pour les reports, respectivement, LH2, IPSOS et IFOP donnent:
Mélenchon: 73/2/25, 80/3/17, 86/4/10
Bayrou: 30/31/39, 34/40/26, 33/27/40
Le Pen: 20/45/35, 14/54/32, 18/44/38.

Comme annoncé, j’ai confectionné un article sur l’analyse cartographique du 1er tour que je publierai demain, mais je viens de voir que, en donnant des conclusions similaires, Gael L’Hermine avait écrit hier un superbe article très complet sur le sujet, avec de belles cartes par circonscriptions. Je n’attends pas pour vous en recommander vivement la lecture: http://welections.wordpress.com/2012/04/29/france-2012/

Palmarès des sondeurs pour le 1er tour: Harris surprenant vainqueur, mais l’indicateur agrégé est bien le meilleur moyen d’approcher les résultats réels

1. Suivre les sondages implique, au final, d’émettre un jugement sur leur fiabilité.

Ce jugement est forcément tronqué et une critique fondamentale adressée au système des sondages persistera toujours: nous sommes incapables d’assurer que les évolutions intermédiaires entre le premier et le tout dernier sondages ont été réelles ou non. L’influence auto-réalisatrice des sondages n’est pas inexistante et les comportements électoraux sont forcément modifiés, même à la marge, par les perspectives données par les sondages: le vote « utile » peut être important et désavantager ainsi des petits candidats (surtout depuis l’expérience cuisante de la gauche en 2002); les « dynamiques » (positives ou négatives) perçues à travers les sondages peuvent s’amplifier au travers du battage médiatique, d’un effet « boule de neige » ou d’effets de mode. Indirectement, les sondages peuvent être essentiels pour expliquer des résultats d’élections primaires: la désignation de Ségolène Royal lors des primaires 2006 du PS en est une bonne illustration, comme, probablement, le bon score de second tour de Hollande en 2011 (désigner le candidat censé avoir le plus de chances face à l’ennemi). Enfin, les sondages influencent les comportements et les campagnes des politiciens eux-mêmes.

Néanmoins, c’est bien l’utlisation, l' »interprétation » ou plus simplement la présentation faites des sondages par les médias qui posent problème. Certes, il y a eu 2002, mais je suis persuadé qu’un indicateur agrégé correctement prolongé en 2002 aurait bien montré que la possibilité d’un dépassement de Jospin par Le Pen était réelle.

Plus largement, il n’y a pas eu, pour les élections présidentielles, d’erreur fondamentale. La dernière édition ne fait pas exception, malgré toutes les gloseries dans les médias et sur Internet. Evidemment, ce que l’on pense que révèlent les sondages est une autre chose que les chiffres réels: lundi, dans le poste, Jean Plantu critiquait les sondeurs parce qu’ils avaient placé Mélenchon troisième (et qu’ils avaient donné de faux espoirs… on rêve… surtout à l’égard de ceux qui précisément ont toujours rejeté les sondages et ont dit vouloir les faire mentir) et la journaliste de France Info de l’appuyer en disant que les sondeurs plaçaient Le Pen à 13-14… Tous ceux qui lisent ce blog, qui a publié TOUS les sondages et a fourni un indicateur agrégé depuis le début de la vraie campagne, savent ce qu’il en est. En réécrivant l’histoire au fur et à mesure qu’elle se fait (une spécialité française…) ou ne faisant dire aux sondages que ce que l’on veut qu’ils disent, évidemment, les sondages auront toujours tort.

Les titres des journaux, qui ont désormais une vocation purement politique et commerciale, et non une vocation de synthèse la plus intelligente et ramassée possible d’informations contenues dans l’article ou le reportage, et la reprise de ces titres ou d’informations fournies sous une forme de plus en plus minimaliste (bandeaux des chaînes d’information continue, chapôs d’articles sur Internet, twits, messages Internet de toutes sortes, etc) sont les principaux responsables de ce phénomène.

Quand une intention de vote évolue, est-ce par rapport au sondage précédent du même sondeur (même si c’est 1 mois plus tôt ?), au sondage précédent paru dans le même média (même si c’est 6 mois plus tôt ?) ou au tout dernier sondage paru (même s’il porte sur des dates d’enquête plus anciennes qu’un autre ou plus récentes que celui dont on parle ?). Mais on n’a pas le temps de s’arrêter à ces détails… En revanche, on a le temps de gloser, de « polémiquer » (le grand mot à la mode…), d' »analyser » pendant de longues minutes sur les erreurs des sondeurs…

Au contraire, en retenant le dernier sondage de chaque institut, 2012 aura été un bon crû, contrairement à ce que je pensais dimanche soir, sur la foi d’estimations de votes qui, elles, ne furent pas brillantes (mais c’est la faute à l’absence de sondages « sortie des urnes », un véritable attentat sociologique et scientifique, car cette élection ne pourra pas être analysée correctement…

Aucun sondeur ne s’est trompé dans l’ordre d’arrivée des 5 grands candidats, certains plaçant simplement des candidats à égalité. Il a pu y avoir quelques inversions de classement mais seulement pour les petits candidats et encore, jamais plus d’une par institut.

Aucun sondeur ne s’est trompé au-delà de la marge d’erreur affichée d’environ 3% et ce pour l’ensemble des candidats.

Les seules « surprises » n’en ont pas été:
– souvenons-nous que j’avais plusieurs fois écrit qu’à environ 16% (et combien de sondages sont sortis à ce niveau en avril ! cf. mes courbes par sondeur), Le Pen était très haute (et, à titre personnel, je pensais de manière erronée qu’elle était surévaluée, alors que les sondeurs étaient dans le vrai); de surcroît, elle rebondissait quelque peu:

– souvenons-nous que j’avais plusieurs fois écrit (sous quelques huées ;)) que Mélenchon plafonnait et se retournait et la tendance s’est simplement prolongée et accélérée pour lui:

En revanche, on a moins parlé d’une sorte de rechute de Bayrou, probablement victime d’un vote « utile » vers Hollande:

Hollande a peut-être bénéficié de votes « utiles », sur sa droite et sur sa gauche, mais il est globalement très bien évalué:

Sarkozy est plutôt dans le haut de sa fourchette; il « surperforme » mais beaucoup moins qu’en 2007 et il est correctement évalué:

Au final, le paysage est donc satisfaisant sur la fiabilité globale. Qu’en est-il de la fiabilité comparée ?

2. Dans le détail, plusieurs critères peuvent permettre de juger de la fiabilité comparée des sondeurs (cette échelle est totalement subjective et imparfaite… et n’hésitez pas à la critiquer):

l’ordre d’arrivée des candidats dans le dernier sondage par rapport à l’ordre d’arrivée réel, pondéré pour 15% de la note finale, en comptant comme suit sur 15: perte de 3 points en cas d’inversion entre deux « grands » candidats, de 1,5 points en cas d’égalité entre « grands » candidats, de 0,75 point en cas d’inversion entre « petits » candidats, de 0,25 point en cas d’égalité entre « petits » candidats;

la tendance de chaque sondeur pour les 5 « grands » candidats, pondérée pour 5% de la note finale: j’ai pris en compte les deux derniers sondages de chaque institut et ai retiré, sur 5 points, 0,5 point s’il stagnait et ne se rapprochait pas du résultat réel du candidat, 1 point s’il s’éloignait de ce résultat réel (à la hausse ou à la baisse); ce critère permet de relativiser le précédent et de « récompenser » un peu une tendance bien perçue, à défaut du niveau réel;

les valeurs absolues des écarts entre le dernier sondage et les résultats réels, pondérées pour 50% de la note finale: j’ai fait la somme des valeurs absolues des écarts calculés pour chaque candidat, « petits » compris, que j’ai ensuite déduite de 50;

l’ampleur des écarts entre le dernier sondage et les résultats réels, pondérée pour 30% de la note finale: j’ai fait le rapport entre l’écart constaté pour chaque candidat et le niveau de son résultat réel, puis j’ai additionné ces rapports et j’ai déduit le total de 10 puis ramené le tout sur 30; cela permet de prendre en compte l’importance relative de l’écart (il est plus ennuyeux de se tromper de 2 points sur Bayrou que sur Hollande, pour faire court) et de compléter le critère précédent, un peu trop brutal.

J’ai intégré les 8 sondeurs ayant publié des intentions de vote, l’indicateur agrégé publié sur ce blog et la tendance de l’indicateur agrégé, c’est-à-dire ce qu’aurait donné l’indicateur le 22 avril en prolongeant les évolutions en cours, telles qu’elles apparaissaient dans le graphique du 20 avril: Hollande 28,2 / Sarkozy 26,4 / Le Pen 16,0 / Mélenchon 13,3 / Bayrou 10,5 / Joly 2,3 / Dupont-Aignan 1,5 / Poutou 1,2 / Arthaud 0,4 / Cheminade 0,1.

Le classement sur les différents critères est le suivant:

– ordre d’arrivée:
1ers ex aequo: Indicateur brut, Indicateur en tendance, Harris
4èmes ex aequo: CSA, LH2
6ème: IPSOS
7èmes ex aequo: IFOP, TNS-Sofres
9ème: OpinionWay
10ème: BVA

– tendance:
1ers ex aequo: Indicateur brut, Indicateur en tendance, IFOP
4èmes ex aequo: IPSOS, OpinionWay
6èmes ex aequo: Harris, TNS-Sofres
8èmes ex aequo: CSA, LH2
10ème: BVA

– valeur absolue des écarts:
1er: Indicateur en tendance (7,3)
2ème: TNS-Sofres (7,5)
3ème: OpinionWay (7,9)
4ème: Indicateur brut (8)
5ème: Harris (8,1)
6ème: IFOP (9,1)
7ème: IPSOS (9,5)
8ème: LH2 (10,9)
9ème: CSA (11,1)
10ème: BVA (11,5)

– ampleur relative des écarts:
1er: Indicateur en tendance (1,61)
2ème: Indicateur brut (1,72)
3ème: Harris (2,29)
4ème: IFOP (2,34)
5ème: OpinionWay (2,56)
6ème: LH2 (2,75)
7ème: IPSOS (2,76)
8ème: CSA (2,86)
9ème: TNS-Sofres (2,97)
10ème: BVA (3,14)

Enfin, la note globale finale est la suivante:
1er: Indicateur en tendance 84,37
2ème: Indicateur brut 83,34
3ème: Harris 80,53
4ème: IFOP 79,13
5ème: OpinionWay 78,34
6ème: TNS-Sofres 77,63
7ème: IPSOS 77,39
8ème: LH2 75,64
9ème: CSA 75,05
10ème: BVA 71,41

Mon échelle étant quelque peu artificielle (un peu « dure » pour TNS-Sofres notamment et un peu « généreuse » pour IFOP peut-être), il faut surtout retenir que:
l’indicateur était une vraie bonne idée 😀

Harris est clairement le meilleur sur ses tout derniers sondages, ce qui ne peut manquer de surprendre après les critiques dont il a fait l’objet à la fin de l’hiver 2011 en plaçant Marion « Marine » Le Pen en tête (refaisant même un sondage devant le tohu-bohu médiatique) et étant donné ses méthodes de sondage par Internet et non par téléphone,
IFOP, OpinionWay, TNS-Sofres et IPSOS constituent un groupe tout à fait satisfaisant, OpinionWay faisant l’objet de critiques similaires à celles adressées à Harris,
LH2 et CSA sont en retrait et assez moyens,
BVA n’a pas été bon.

Comme pour la primaire du PS, les « nouveaux arrivants » Harris et OpinionWay se sont donc très bien débrouillés et rejoignent, voire dépassent dans le cas d’Harris, le trio traditionnel IPSOS-IFOP-TNS Sofres. CSA, LH2, BVA confirment leur performance médiocre de 2007.

Devrais-je pondérer l’indicateur agrégé de ce nouveau facteur: la fiabilité relative des instituts ? Ma foi, la faible différence entre sondeurs, à ce jour, pour le second tour, comme le fait que les « gros » contingents de l’IFOP compensent les (faibles) contingents de CSA et LH2 et les (récemment plus gros) contingents de BVA, ne m’incitent pas à le faire. En outre, l’historique est trop faible (même si ce premier tour confirme les tendances de 2007-2011, y compris celles des élections locales et de la primaire du PS) pour pouvoir affecter une pondération intelligente à chaque institut.

3. Antonio me réclame une explication des deux « surprises », Le Pen et Mélenchon. Je tenterais quelques explications, que seuls des sondages sorties des urnes auraient pu confirmer (satané pays…. parce que certains sont des nuls et ne peuvent attendre une heure de plus pour publier des chiffres, on a tué l’étude sociologique de l’électorat du 22 avril 2012…. quelle honte !):

Le Pen a bel et bien gagné sur un électorat populaire qui se déclarait pour Mélenchon dans les sondages (1 point serait suffisant): sa force relative dans les zones semi-urbaines ou urbaines du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie et dans certaines zones de l’Est (Meuse du nord, Vosges, certaines parties non rurales de Moselle et Meurthe-et-Moselle) pourrait expliquer la faiblesse relative de Mélenchon dans ces régions alors que par ailleurs, sa répartition géographique est largement celle du PCF (nord et ouest du Massif Central, Midi languedocien et bas-Rhône, certains contreforts pyérénéns) et du « vieux » PS (sud des Alpes et intérieur de la Provence, Midi toulousain, centre des Pyrénées, Auvergne);

Le Pen a bien été légèrement sous-estimée, par une subsistance de « vote honteux » (jusqu’à 1 point ?), qui a peut-être été moins « redressé » par les instituts, car n’oublions pas que, après avoir été sous-estimé en 1988, 1995 et 2002, Le Pen prèe avait été sur-estimé en 2007; en outre, avec une base de référence lepéniste réduite en 2007, l’évaluation du FN était peut-être un peu plus difficile en 2012;

Mélenchon a pâti d’un vote « utile » pour Hollande pouvant aller jusqu’à 1 point: il a servi de défouloir dans les sondages, pour tenter de retenir Hollande sur la gauche, mais un certain nombre d’électeurs ont probablement rallié Hollande le jour du vote, par souvenir du traumatisme de 2002 et par véritable raisonnement « utilitariste » consistant à se dire qu’il fallait absolument que Hollande soit en tête (raisonnement que n’ont pas eu les stupides 😉 électeurs de droite qui se sont dispersés sur Dupont-Aignan et Le Pen);

Mélenchon a pu perdre jusqu’à 0,5 point (et à ce niveau, cela compte) au profit de Poutou et, marginalement, d’Arthaud;

les sondeurs (à part CSA, mais il ne fait pas au bon moment :P) sont peut-être portés à « freiner » les tendances qu’ils décèlent et donc, les deux tendances fortes précédant immédiatement le premier tour, le retournement de Mélenchon et la reprise de Le Pen, ont été sous-estimées;

– enfin, la « cristallisation », pour beaucoup de Français (environ 10% disent-ils), se fait le dernier week-end, voire le dernier dimanche; ceux-là sont peut-être plus enclins à exprimer un vote de « ras-le-bol », d’inquiétude et de « rejet du système », ce qui avait favorisé Le Pen père en 2002, Bayrou en 2007 (qui avait fini plus fort que les derniers sondages) et Le Pen fille aujourd’hui (car son vote n’est pas majoritairement raciste et sécuritaire, ce serait une erreur de le penser; il est social, nous y reviendrons).

Cela suffit bien à expliquer 2 points en plus ici et 2 points en moins là. De là à évaluer chacun des facteurs…

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IFOP quotidien
Paris Match, Europe 1
22-25 avril 2012
échantillon: 1507

Hollande 55 (=)
Sarkozy 45 (=)

N’oublions pas l’IFOP du jour, surtout qu’il intègre désormais une matrice de report des voix chaque jour ! Ils se rattrapent aujourd’hui:

électorat Mélenchon: 82/2/16 le 23 avril, 82/3/15 le 24 avril, 81/3/16 le 25 avril, bref une situation légèrement moins favorable à Hollande que dans les autres sondages immédiatement après le vote,
électorat Bayrou: 44/35/21 le 23 avril, 43/34/23 le 24 avril, 40/35/25 le 25 avril, bref une situation bien moins favorable à Sarkozy que dans les autres sondages; troublant…
électorat Le Pen: 22/42/36 le 23 avril, 21/43/36 le 24 avril, 21/44/35 le 25 avril, bref quelque chose d’équivalent aux autres sondages, c’est-à-dire de bien insuffisant pour Sarkozy.

Indicateur agrégé du 23 avril 2012 et nouvel indicateur des reports de voix: l’écart Hollande-Sarkozy, même s’il doit se resserrer, paraît trop important

L’indicateur du second tour bouge à peine ce lundi. Bien entendu, il devrait enregistrer un resserrement lundi prochain. Les sondages d’hier soir, même s’ils marquent déjà une diminution chez les sondeurs les plus favorables à Sarkozy, montrent aussi que, chez les autres, l’écart persiste voire s’élargit un petit peu chez IFOP, avec 55/45 dans le premier IFOP quotidien de cette semaine, qui repart sur des « bases neuves », avec un échantillon de 865 interrogé hier et aujourd’hui), de manière fort ironique. Même les 53-47 semblent encore loin.

1. Hollande est désormais en position de force:
– arrivé en tête, il a l’avantage de la dynamique et d’une certaine ambiance médiatique d’inéluctabilité,
– il n’a même pas besoin de changer de positionnement et peut continuer la même campagne,
– le scénario de 1988 est bien à l’oeuvre et, ainsi que je l’avais dit dès le début, cette élection devrait être gagnée « au centre » et non « au peuple »,
– la magie n’agit plus pour Sarkozy, qui ne parvient plus réellement à convaincre et qui se retrouve de nouveau déporté sur la droite,
– les reports de voix, déjà évoqués dans l’article précédent, restent largement suffisants, tant ils sont élevés à gauche, équilibrés au centre et encore trop limités à l’extrême-droite pour Sarkozy,
– Sarkozy est, lui, pris en étau depuis le début entre le centre et le FN et ce dilemme reste entier aujourd’hui et probablement insoluble,
-il peut même compter sur un probable « vote révolutionnaire » des hiérarques et de militants du FN, qui voteront pour lui pour briser la droite, comme Marchais avait voté Giscard le 10 mai 1981 et Chirac avait peut-être voté Mitterrand,
– les pouvoirs en place, surtout depuis 10 ans, perdent tous en Europe dans le climat de crise.

Mais, évidemment, il peut toujours exister une petite voie de salut pour Sarkozy.
Reste son énergie personnelle, qui est indéniable.
Reste le resserrement inévitable lié à l’égalité de temps de parole et à la volonté médiatique d’avoir du suspense.
Reste la stature de chef de l’Etat, qui peut quand même convaincre des électeurs de Bayrou et de Le Pen de faire le choix du « moindre mal », le choix de la raison face à une gauche qu’ils ne peuvent imaginer de laisser passer seulement parce qu’ils n’aiment pas Sarkozy ou qu’il les a déçus.
Reste l’amélioration en cours des reports de voix de l’électorat Le Pen et peut-être même de l’électorat Bayrou.
Reste la possibilité d’une bonne performance en débat singulier (Sarkozy avait largement battu Royal; Hollande avait juste surnagé face à Aubry), même si Hollande sera plus serein et n’aura pas à prendre de risque face à Sarkozy.

2. Pour faciliter les calculs, je vous soumets également un indicateur agrégé et pondéré de la même manière que notre indicateur principal, mais portant sur les reports de voix, toujours selon l’ordre « vers Hollande / vers Sarkozy / vers l’abstention »:

électorat Poutou: 49,00 / 25,00 / 26,00 (l’échantillon est faible, mais cela correspond assez classiquement aux chiffres de l’ultra-gauche)

électorat Mélenchon: 82,94 / 4,69 / 12,36

électorat Joly: 78,41 / 3,59 / 18,00

électorat Bayrou: 35,34 / 32,21 / 32,45

électorat Dupont-Aignan: 24,00 / 45,00 / 31,00 (un seul sondeur, BVA, et ce n’est pas le meilleur, comme nous le verrons bientôt… mais cela ne paraît pas indécent comme matrice de report)

électorat Le Pen: 22,19 / 46,67 / 31,15

abstentionnistes: 17,54 / 12,00 / 70,46 (fortement déformé par un sondage CSA douteux; c’est la matrice la plus difficile à discerner: il peut y avoir démobilisation dans l’un comme dans l’autre camp et mobilisation dans l’un comme dans l’autre; à défaut, on peut imaginer un effet équilibré)

En utilisant ces données, en considérant que l’électorat Arthaud se comporte comme celui de Poutou, que l’électorat Cheminade est négligé et que les deux qualifiés retrouvent tout leur électorat du 1er tour (ce qui n’est jamais vérifié, mais reste globalement bon), cela donne un rapport de force de:
54,59 pour Hollande et
45,41 pour Sarkozy.

Si besoin est, j’actualiserai l’indicateur agrégé des intentions de vote et celui des reports de voix plus souvent que prévu… 😀 (cf. page sur le « Mode de calcul »)
En attendant, à vos calculettes !

Indicateur agrégé du 20 avril 2012 et écarts entre sondeurs: les données graphiques et les pronostics pour le 1er tour de l’élection présidentielle

Demain, enfin, c’est le grand jour, le premier tour de l’élection présidentielle 2012.

Les deux prochaines semaines verront mes calculs allégés, mais j’ajouterai aux outils habituels des cartes électorales, notamment avec les zones de force de chaque candidat (répartition de leurs résultats départementaux en 5 ou 6 blocs égaux ou en tout cas cohérents), afin de nous permettre de mieux anticiper le second tour.
J’actualiserai bien entendu dès lundi l’indicateur agrégé pour le second tour.
J’actualiserai également les graphiques de reports de voix.

L’entre-deux tours est traditionnellement intense, avec les ralliements et consignes de vote (ceux de Mélenchon et Bayrou seront les plus médiatisés, mais des « trahisons » vers Hollande pourraient aussi avoir quelque retentissement), avec le débat en milieu ou fin de deuxième semaine (il est peu probable que Sarkozy en obtienne un second), mais aussi, parfois, un week-end médian agité (en 2007, le débat-rencontre hôtelier Royal-Bayrou avait assuré un spectacle, même si bien piètre), voire des événements extérieurs majeurs (en 1988, prise d’otages et assaut de la grotte d’Ouvéa, et libération d’otages au Liban; mais sans conséquence particulière… et vous savez combien cette élection de 2012 ressemble, pour moi, à 1988, même si les résultats seront, de fait, partiellement comparables à 1981).

1. En attendant, comme promis, voici le graphique de l’indicateur agrégé pour le premier tour: historique, car c’est le tout dernier (pour le second tour, j’attendrai lundi finalement, car autant ne pas embrouiller nos cerveaux encore jeunes et limités :P):

Le plus « beau », c’est le fait que Dupont-Aignan, Poutou et Arthaud apparaissent nettement désormais, ce qui nous change de la macédoine serrée qui caractérisait jusqu’ici les candidats « unitaires » (au sens de l’unité numérique).
Le pire, c’est d’avoir travaillé presque un an sur ces données, tout ça pour finir à moins de 30%… 😛

Pour le reste, le graphique parle de lui-même: que de déchets au centre-droit au sens large (Borloo-Villepin) pour Sarkozy !

2. A titre d’exhaustivité, voici le graphique du premier tour pour l’IFOP quotidien:

Au vu de ces deux graphiques, on peut quand même se demander quelle a été la proportion d’électeurs de Bayrou à rejoindre Mélenchon fin mars et en avril. Peut-être s’est-il agi seulement de doubles vases comunicants avec Hollande, d’une part, et avec l’abstention, d’autre part, mais l’effet « bobo anti-système » (Bayrou 2007, Mélenchon 2012) reste un point d’interrogation. Peut-être les résultats des grandes villes et notamment des centre-villes nous renseigneront-ils sur ce point.

3. Ensuite, voici les résultats par sondeurs qui, représentés graphiquement, heurtent moins que sous forme de tableaux de données brutes… Car les tendances apparaissent plus convergentes. Mais, évidemment, l’ordre d’arrivée et le niveau brut de chacun sera aussi décisif dans le commentaire médiatique ambiant qui prévaudra à partir de demain 20h.

Pour Hollande, la tendance à une remontée est confirmée, mais les écarts entre sondeurs se sont de nouveau élargis:

IFOP, Harris et OpinionWay restent « contra-Hollande », tandis que BVA, LH2 et IPSOS restent globalement « pro-Hollande ». CSA est erratique et TNS-Sofres semble avoir modifié son tropisme sur le long terme. Au final, la moyenne du trio IPSOS-IFOP-TNS-Sofres pointe dans la même direction que l’indicateur agrégé.

Pour Sarkozy, le retournement à la baisse est clair, mais avec des écarts de nouveau importants.

Sur le moyen terme, les tropismes des sondeurs apparaissent plus fluctuants, ce qui rend probablement notre indicateur plutôt utile en l’occurrence. Le trio plus « sérieux » semble se diriger vers 26,5, un peu en-deça de l’indicateur.

Pour Le Pen, la tendance est à une légère remontée:

Elle reste basse chez BVA et LH2 et haute chez IFOP et Harris, mais le consensus semble réellement fort vers les 16% (légèrement au-dessus pour le trio « sérieux ») et les écarts sont étonnamment faibles pour la candidate du FN. Les instituts ont-ils enfin trouvé une candidate d’extrême-droite « classique » et facile à estimer ? Les pourcentages de certitude de vote sont très forts désormais dans son électorat, selon plusieurs instituts.

Pour Mélenchon, le retournement à la baisse est confirmé, tout en restant à des niveaux substantiels au regard de l’évolution depuis janvier:

Méfions-nous de l’échelle: les écarts existent bien entre les « pro-Mélenchon » (CSA, LH2, et dans une moindre mesure, TNS-Sofres, IPSOS) et les « contra-Mélenchon » (OpinionWay, Harris, IFOP), mais il y a quand même une convergence de tendance, vers les 13,5, légèrement en-deça de notre indicateur.

Pour Bayrou, le léger rebond est rendu plus flou par un nouvel élargissement des écarts entre sondeurs:

De surcroît, les tropismes ont évolué dans le temps, même si Bayrou reste structurellement bas chez TNS-Sofres et IPSOS et structurellement plus haut chez BVA et OpinionWay, mais aussi Harris. IFOP, LH2 et, comme d’habitude, CSA, sont plus changeants (dans le cas de CSA, c’est bien entendu pire, puisque le changement est à chaque vague…). Tout cela semble assurer à Bayrou de rester au-dessus de 10, mais n’oublions pas que son électorat reste le plus incertain de son vote, de manière systématique et assez nette.

4. Venons-en donc au pronostic.

D’abord, en se contentant de prolonger l’indicateur agrégé, nous obtenons le pronostic simple suivant:
Hollande 28
Sarkozy 26,5
Le Pen 16
Mélenchon 13,5
Bayrou 10,5
Joly 2,5
Dupont-Aignan 1,5
Poutou 1
Arthaud 0,5
Cheminade 0

Je préfère toutefois corriger ces chiffres pour fournir un autre pronostic, plus personnel (étant entendu que mon passé en termes de pronostics électoraux est mauvais, voire très mauvais 😛 Mais c’était sans indicateur agrégé !).

A l’indicateur, j’applique des correctifs tentant d’anticiper successivement:
– la dynamique ou tendance (fruit de la statistique sondagière et de l’ambiance médiatique),
– la mobilisation (fruit du travail de terrain et de la motivation des électeurs potentiels),
– l’abstention (fruit de la sociologie de l’électorat potentiel),
– le vote utile (fruit du positionnement anticipé de chaque candidat, du passé électoral et des effets des résultats anticipés, favorables ou non).
Pour les plus petits candidats, il faut compter une sorte de « prime dispersion« , souvent vérifiée.
Enfin, les biais des sondeurs semblent s’être équilibrés dans l’indicateur agrégé (c’était le but!) et je n’en tiens donc pas spécialement compte.
De même que le résultat du trio IPSOS/IFOP/TNS-Sofres traditionnellement le plus fiable, même si cette élection pourrait rebattre les cartes.

Ainsi, je vous propose les scores suivants:
Hollande +0,5 / -1 / -1 / +0,5 soit 26,7
Sarkozy -1 / 0 / +1 / +0,5 soit 27,6
Le Pen +0,5 / -0,5 / 0 / -1 soit 14,8
Mélenchon +0,5 / +1 / -1 / -0,5 soit 13,8
Bayrou -0,5 / 0 / +0,5 / -0,5 soit 9,6
Joly 0 / 0 / 0 / -0,5 soit 1,9
Dupont-Aignan +0,5 / 0 / +0,5 / 0 soit 2,5
Poutou +0,5 / +0,5 / 0 / 0 soit 2,1
Arthaud 0/ 0 / 0 / 0 soit 0,8
Cheminade 0 / 0 / 0 / 0 soit 0,2

Cette précision sera bien entendu ridiculisée par les résultats finaux, mais il faut bien essayer de se fixer sur des niveaux particuliers…

Maintenant, les commentaires et pronostics sont libres 😉

5. A titre de post-scriptum, je cite le blog « my science work », qui fait l’honneur à ce modeste blog artisanal de le citer dans un article général sur les sondages:
http://blog.mysciencework.com/2012/04/20/il-faut-savoir-des-methodes-de-sondage.html

Indicateur agrégé du 20 avril 2012: les données brutes

1. Je posterai plus tard ce samedi:
– un graphique actualisé de l’indicateur agrégé, au premier comme au second tours,
– des graphiques reprenant les données par sondeur, afin de repérer les biais,
– un pronostic, en plus de cet indicateur, en essayant de tenir compte de la mobilisation, de l’abstention, des tendances et des biais des sondeurs (exercice purement spéculatif mais hautement jouissif – à ce propos, vous pourrez peut-être attendre ce deuxième article pour poster vos propres pronostics en commentaires; mais si certains ne peuvent plus se retenir, n’hésitez pas, sur cet article-ci :P). Je redoute que mobilisation, abstention, tendances et tropismes s’annulent pour finalement nous ramener à cet indicateur qui aura rythmé les semaines depuis mai dernier (pour les anglophones) ou octobre dernier.

Je conseille également la lecture de l’article précédent, posté peu avant minuit et récapitulant la rafale de sondages de vendredi, pour ceux qui en auraient manqué quelques-uns (bien qu’ils réservent peu de surprises par rapport à leurs tropismes habituels).

2. Toutefois, sans attendre, voici, ci-contre, les données de notre indicateur actualisé au 20 avril 2012 et donc exhaustif de tous les derniers sondages publiés et pondérés, soit 24 sondages et un échantillon équivalent de 23 127 personnes.

Hollande repasse devant Sarkozy, même si de peu.
Le Pen reste devant Mélenchon.
Bayrou peine toujours et Joly stagne toujours.
Dupont-Aignan et Poutou émergent quelque peu.

Au second tour, Hollande retrouve les 55%.