Palmarès des sondeurs pour le 1er tour: Harris surprenant vainqueur, mais l’indicateur agrégé est bien le meilleur moyen d’approcher les résultats réels

1. Suivre les sondages implique, au final, d’émettre un jugement sur leur fiabilité.

Ce jugement est forcément tronqué et une critique fondamentale adressée au système des sondages persistera toujours: nous sommes incapables d’assurer que les évolutions intermédiaires entre le premier et le tout dernier sondages ont été réelles ou non. L’influence auto-réalisatrice des sondages n’est pas inexistante et les comportements électoraux sont forcément modifiés, même à la marge, par les perspectives données par les sondages: le vote « utile » peut être important et désavantager ainsi des petits candidats (surtout depuis l’expérience cuisante de la gauche en 2002); les « dynamiques » (positives ou négatives) perçues à travers les sondages peuvent s’amplifier au travers du battage médiatique, d’un effet « boule de neige » ou d’effets de mode. Indirectement, les sondages peuvent être essentiels pour expliquer des résultats d’élections primaires: la désignation de Ségolène Royal lors des primaires 2006 du PS en est une bonne illustration, comme, probablement, le bon score de second tour de Hollande en 2011 (désigner le candidat censé avoir le plus de chances face à l’ennemi). Enfin, les sondages influencent les comportements et les campagnes des politiciens eux-mêmes.

Néanmoins, c’est bien l’utlisation, l' »interprétation » ou plus simplement la présentation faites des sondages par les médias qui posent problème. Certes, il y a eu 2002, mais je suis persuadé qu’un indicateur agrégé correctement prolongé en 2002 aurait bien montré que la possibilité d’un dépassement de Jospin par Le Pen était réelle.

Plus largement, il n’y a pas eu, pour les élections présidentielles, d’erreur fondamentale. La dernière édition ne fait pas exception, malgré toutes les gloseries dans les médias et sur Internet. Evidemment, ce que l’on pense que révèlent les sondages est une autre chose que les chiffres réels: lundi, dans le poste, Jean Plantu critiquait les sondeurs parce qu’ils avaient placé Mélenchon troisième (et qu’ils avaient donné de faux espoirs… on rêve… surtout à l’égard de ceux qui précisément ont toujours rejeté les sondages et ont dit vouloir les faire mentir) et la journaliste de France Info de l’appuyer en disant que les sondeurs plaçaient Le Pen à 13-14… Tous ceux qui lisent ce blog, qui a publié TOUS les sondages et a fourni un indicateur agrégé depuis le début de la vraie campagne, savent ce qu’il en est. En réécrivant l’histoire au fur et à mesure qu’elle se fait (une spécialité française…) ou ne faisant dire aux sondages que ce que l’on veut qu’ils disent, évidemment, les sondages auront toujours tort.

Les titres des journaux, qui ont désormais une vocation purement politique et commerciale, et non une vocation de synthèse la plus intelligente et ramassée possible d’informations contenues dans l’article ou le reportage, et la reprise de ces titres ou d’informations fournies sous une forme de plus en plus minimaliste (bandeaux des chaînes d’information continue, chapôs d’articles sur Internet, twits, messages Internet de toutes sortes, etc) sont les principaux responsables de ce phénomène.

Quand une intention de vote évolue, est-ce par rapport au sondage précédent du même sondeur (même si c’est 1 mois plus tôt ?), au sondage précédent paru dans le même média (même si c’est 6 mois plus tôt ?) ou au tout dernier sondage paru (même s’il porte sur des dates d’enquête plus anciennes qu’un autre ou plus récentes que celui dont on parle ?). Mais on n’a pas le temps de s’arrêter à ces détails… En revanche, on a le temps de gloser, de « polémiquer » (le grand mot à la mode…), d' »analyser » pendant de longues minutes sur les erreurs des sondeurs…

Au contraire, en retenant le dernier sondage de chaque institut, 2012 aura été un bon crû, contrairement à ce que je pensais dimanche soir, sur la foi d’estimations de votes qui, elles, ne furent pas brillantes (mais c’est la faute à l’absence de sondages « sortie des urnes », un véritable attentat sociologique et scientifique, car cette élection ne pourra pas être analysée correctement…

Aucun sondeur ne s’est trompé dans l’ordre d’arrivée des 5 grands candidats, certains plaçant simplement des candidats à égalité. Il a pu y avoir quelques inversions de classement mais seulement pour les petits candidats et encore, jamais plus d’une par institut.

Aucun sondeur ne s’est trompé au-delà de la marge d’erreur affichée d’environ 3% et ce pour l’ensemble des candidats.

Les seules « surprises » n’en ont pas été:
– souvenons-nous que j’avais plusieurs fois écrit qu’à environ 16% (et combien de sondages sont sortis à ce niveau en avril ! cf. mes courbes par sondeur), Le Pen était très haute (et, à titre personnel, je pensais de manière erronée qu’elle était surévaluée, alors que les sondeurs étaient dans le vrai); de surcroît, elle rebondissait quelque peu:

– souvenons-nous que j’avais plusieurs fois écrit (sous quelques huées ;)) que Mélenchon plafonnait et se retournait et la tendance s’est simplement prolongée et accélérée pour lui:

En revanche, on a moins parlé d’une sorte de rechute de Bayrou, probablement victime d’un vote « utile » vers Hollande:

Hollande a peut-être bénéficié de votes « utiles », sur sa droite et sur sa gauche, mais il est globalement très bien évalué:

Sarkozy est plutôt dans le haut de sa fourchette; il « surperforme » mais beaucoup moins qu’en 2007 et il est correctement évalué:

Au final, le paysage est donc satisfaisant sur la fiabilité globale. Qu’en est-il de la fiabilité comparée ?

2. Dans le détail, plusieurs critères peuvent permettre de juger de la fiabilité comparée des sondeurs (cette échelle est totalement subjective et imparfaite… et n’hésitez pas à la critiquer):

l’ordre d’arrivée des candidats dans le dernier sondage par rapport à l’ordre d’arrivée réel, pondéré pour 15% de la note finale, en comptant comme suit sur 15: perte de 3 points en cas d’inversion entre deux « grands » candidats, de 1,5 points en cas d’égalité entre « grands » candidats, de 0,75 point en cas d’inversion entre « petits » candidats, de 0,25 point en cas d’égalité entre « petits » candidats;

la tendance de chaque sondeur pour les 5 « grands » candidats, pondérée pour 5% de la note finale: j’ai pris en compte les deux derniers sondages de chaque institut et ai retiré, sur 5 points, 0,5 point s’il stagnait et ne se rapprochait pas du résultat réel du candidat, 1 point s’il s’éloignait de ce résultat réel (à la hausse ou à la baisse); ce critère permet de relativiser le précédent et de « récompenser » un peu une tendance bien perçue, à défaut du niveau réel;

les valeurs absolues des écarts entre le dernier sondage et les résultats réels, pondérées pour 50% de la note finale: j’ai fait la somme des valeurs absolues des écarts calculés pour chaque candidat, « petits » compris, que j’ai ensuite déduite de 50;

l’ampleur des écarts entre le dernier sondage et les résultats réels, pondérée pour 30% de la note finale: j’ai fait le rapport entre l’écart constaté pour chaque candidat et le niveau de son résultat réel, puis j’ai additionné ces rapports et j’ai déduit le total de 10 puis ramené le tout sur 30; cela permet de prendre en compte l’importance relative de l’écart (il est plus ennuyeux de se tromper de 2 points sur Bayrou que sur Hollande, pour faire court) et de compléter le critère précédent, un peu trop brutal.

J’ai intégré les 8 sondeurs ayant publié des intentions de vote, l’indicateur agrégé publié sur ce blog et la tendance de l’indicateur agrégé, c’est-à-dire ce qu’aurait donné l’indicateur le 22 avril en prolongeant les évolutions en cours, telles qu’elles apparaissaient dans le graphique du 20 avril: Hollande 28,2 / Sarkozy 26,4 / Le Pen 16,0 / Mélenchon 13,3 / Bayrou 10,5 / Joly 2,3 / Dupont-Aignan 1,5 / Poutou 1,2 / Arthaud 0,4 / Cheminade 0,1.

Le classement sur les différents critères est le suivant:

– ordre d’arrivée:
1ers ex aequo: Indicateur brut, Indicateur en tendance, Harris
4èmes ex aequo: CSA, LH2
6ème: IPSOS
7èmes ex aequo: IFOP, TNS-Sofres
9ème: OpinionWay
10ème: BVA

– tendance:
1ers ex aequo: Indicateur brut, Indicateur en tendance, IFOP
4èmes ex aequo: IPSOS, OpinionWay
6èmes ex aequo: Harris, TNS-Sofres
8èmes ex aequo: CSA, LH2
10ème: BVA

– valeur absolue des écarts:
1er: Indicateur en tendance (7,3)
2ème: TNS-Sofres (7,5)
3ème: OpinionWay (7,9)
4ème: Indicateur brut (8)
5ème: Harris (8,1)
6ème: IFOP (9,1)
7ème: IPSOS (9,5)
8ème: LH2 (10,9)
9ème: CSA (11,1)
10ème: BVA (11,5)

– ampleur relative des écarts:
1er: Indicateur en tendance (1,61)
2ème: Indicateur brut (1,72)
3ème: Harris (2,29)
4ème: IFOP (2,34)
5ème: OpinionWay (2,56)
6ème: LH2 (2,75)
7ème: IPSOS (2,76)
8ème: CSA (2,86)
9ème: TNS-Sofres (2,97)
10ème: BVA (3,14)

Enfin, la note globale finale est la suivante:
1er: Indicateur en tendance 84,37
2ème: Indicateur brut 83,34
3ème: Harris 80,53
4ème: IFOP 79,13
5ème: OpinionWay 78,34
6ème: TNS-Sofres 77,63
7ème: IPSOS 77,39
8ème: LH2 75,64
9ème: CSA 75,05
10ème: BVA 71,41

Mon échelle étant quelque peu artificielle (un peu « dure » pour TNS-Sofres notamment et un peu « généreuse » pour IFOP peut-être), il faut surtout retenir que:
l’indicateur était une vraie bonne idée 😀

Harris est clairement le meilleur sur ses tout derniers sondages, ce qui ne peut manquer de surprendre après les critiques dont il a fait l’objet à la fin de l’hiver 2011 en plaçant Marion « Marine » Le Pen en tête (refaisant même un sondage devant le tohu-bohu médiatique) et étant donné ses méthodes de sondage par Internet et non par téléphone,
IFOP, OpinionWay, TNS-Sofres et IPSOS constituent un groupe tout à fait satisfaisant, OpinionWay faisant l’objet de critiques similaires à celles adressées à Harris,
LH2 et CSA sont en retrait et assez moyens,
BVA n’a pas été bon.

Comme pour la primaire du PS, les « nouveaux arrivants » Harris et OpinionWay se sont donc très bien débrouillés et rejoignent, voire dépassent dans le cas d’Harris, le trio traditionnel IPSOS-IFOP-TNS Sofres. CSA, LH2, BVA confirment leur performance médiocre de 2007.

Devrais-je pondérer l’indicateur agrégé de ce nouveau facteur: la fiabilité relative des instituts ? Ma foi, la faible différence entre sondeurs, à ce jour, pour le second tour, comme le fait que les « gros » contingents de l’IFOP compensent les (faibles) contingents de CSA et LH2 et les (récemment plus gros) contingents de BVA, ne m’incitent pas à le faire. En outre, l’historique est trop faible (même si ce premier tour confirme les tendances de 2007-2011, y compris celles des élections locales et de la primaire du PS) pour pouvoir affecter une pondération intelligente à chaque institut.

3. Antonio me réclame une explication des deux « surprises », Le Pen et Mélenchon. Je tenterais quelques explications, que seuls des sondages sorties des urnes auraient pu confirmer (satané pays…. parce que certains sont des nuls et ne peuvent attendre une heure de plus pour publier des chiffres, on a tué l’étude sociologique de l’électorat du 22 avril 2012…. quelle honte !):

Le Pen a bel et bien gagné sur un électorat populaire qui se déclarait pour Mélenchon dans les sondages (1 point serait suffisant): sa force relative dans les zones semi-urbaines ou urbaines du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie et dans certaines zones de l’Est (Meuse du nord, Vosges, certaines parties non rurales de Moselle et Meurthe-et-Moselle) pourrait expliquer la faiblesse relative de Mélenchon dans ces régions alors que par ailleurs, sa répartition géographique est largement celle du PCF (nord et ouest du Massif Central, Midi languedocien et bas-Rhône, certains contreforts pyérénéns) et du « vieux » PS (sud des Alpes et intérieur de la Provence, Midi toulousain, centre des Pyrénées, Auvergne);

Le Pen a bien été légèrement sous-estimée, par une subsistance de « vote honteux » (jusqu’à 1 point ?), qui a peut-être été moins « redressé » par les instituts, car n’oublions pas que, après avoir été sous-estimé en 1988, 1995 et 2002, Le Pen prèe avait été sur-estimé en 2007; en outre, avec une base de référence lepéniste réduite en 2007, l’évaluation du FN était peut-être un peu plus difficile en 2012;

Mélenchon a pâti d’un vote « utile » pour Hollande pouvant aller jusqu’à 1 point: il a servi de défouloir dans les sondages, pour tenter de retenir Hollande sur la gauche, mais un certain nombre d’électeurs ont probablement rallié Hollande le jour du vote, par souvenir du traumatisme de 2002 et par véritable raisonnement « utilitariste » consistant à se dire qu’il fallait absolument que Hollande soit en tête (raisonnement que n’ont pas eu les stupides 😉 électeurs de droite qui se sont dispersés sur Dupont-Aignan et Le Pen);

Mélenchon a pu perdre jusqu’à 0,5 point (et à ce niveau, cela compte) au profit de Poutou et, marginalement, d’Arthaud;

les sondeurs (à part CSA, mais il ne fait pas au bon moment :P) sont peut-être portés à « freiner » les tendances qu’ils décèlent et donc, les deux tendances fortes précédant immédiatement le premier tour, le retournement de Mélenchon et la reprise de Le Pen, ont été sous-estimées;

– enfin, la « cristallisation », pour beaucoup de Français (environ 10% disent-ils), se fait le dernier week-end, voire le dernier dimanche; ceux-là sont peut-être plus enclins à exprimer un vote de « ras-le-bol », d’inquiétude et de « rejet du système », ce qui avait favorisé Le Pen père en 2002, Bayrou en 2007 (qui avait fini plus fort que les derniers sondages) et Le Pen fille aujourd’hui (car son vote n’est pas majoritairement raciste et sécuritaire, ce serait une erreur de le penser; il est social, nous y reviendrons).

Cela suffit bien à expliquer 2 points en plus ici et 2 points en moins là. De là à évaluer chacun des facteurs…

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IFOP quotidien
Paris Match, Europe 1
22-25 avril 2012
échantillon: 1507

Hollande 55 (=)
Sarkozy 45 (=)

N’oublions pas l’IFOP du jour, surtout qu’il intègre désormais une matrice de report des voix chaque jour ! Ils se rattrapent aujourd’hui:

électorat Mélenchon: 82/2/16 le 23 avril, 82/3/15 le 24 avril, 81/3/16 le 25 avril, bref une situation légèrement moins favorable à Hollande que dans les autres sondages immédiatement après le vote,
électorat Bayrou: 44/35/21 le 23 avril, 43/34/23 le 24 avril, 40/35/25 le 25 avril, bref une situation bien moins favorable à Sarkozy que dans les autres sondages; troublant…
électorat Le Pen: 22/42/36 le 23 avril, 21/43/36 le 24 avril, 21/44/35 le 25 avril, bref quelque chose d’équivalent aux autres sondages, c’est-à-dire de bien insuffisant pour Sarkozy.

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Premier sondage quotidien IFOP: Sarkozy de nouveau menacé par Le Pen

1. L’IFOP et Fiducial, avec Europe 1 et Paris-Match, viennent d’inventer le premier sondage quotidien en France sur la longue durée. Chaque soir à 18h, jusqu’au vendredi précédent le second tour, sur le site de Paris-Match, il sera publié et révisé.

Chaque jour, un contingent de 300 à 350 personnes sera sondé et viendra s’ajouter à ceux des deux jours précédents pour actualiser le résultat. Au total, chaque résultat quotidien portera sur un échantillon de 900 à 1000 personnes.

Enfin, la France a son rolling poll, sa tracking survey, comme aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. Encore Gallup propose-t-il un sondage quotidien 365 jours par an sur la popularité du Président américain et YouGov un sondage quotidien 365 jours par an sur les intentions de vote aux législatives britanniques… En 2007, IPSOS l’avait fait, mais seulement dans les derniers jours de la campagne, ce qui était déjà une heureuse initiative, surtout qu’IPSOS avait été alors le meilleur institut.

Ne boudons pas notre plaisir, même si ce modeste blog se retrouve bien démuni face à une machine puissante qui crée un suivi quotidien. Heureusement, l’IFOP, même si je le crois le plus fiable à ce jour pour cette élection, n’est pas parfait et il reste nécessaire d’intégrer les autres instituts à notre indicateur hebdomadaire. D’ailleurs, seront également publiés régulièrement des chiffres relatifs aux « souhaits » et aux « pronostics », ainsi qu’à la sûreté du choix, mais l’IFOP n’a pas annoncé vouloir publier des reports de voix entre les deux tours, ce qui est dommage.

Bien entendu, cela m’amènera à réfléchir à la manière de l’intégrer dans les deux dernières semaines de campagne avant le 1er tour et pendant les 2 semaines de campagne d’entre-deux-tours. Je pense que j’intègrerai alors le sondage quotidien de l’IFOP mais en le substituant à lui-même chaque jour, pour publier moi-même un indicateur agrégé quotidien.

D’ici là, je compte intégrer le sondage IFOP de la manière suivante: celui de ce soir, le premier, couvre curieusement 4 jours: les 9, 10, 11 et 12 janvier; il sera intégré comme un nouveau sondage habituel. Ce n’est que le sondage qui couvrira les 13, 14 et 15 janvier qui sera intégré dans la base et ainsi de suite par tranche de 3 jours. Ainsi, seuls les résultats entièrement nouveaux seront pris en compte. En revanche, cela signifie que l’IFOP aura systématiquement l’équivalent de deux sondages à tout moment dans la base. Cela ne me paraît pas excessif car, chemin faisant, l’IFOP aurait de toute façon tendu à en réaliser un par semaine, qu’OpinionWay, Harris Interactive ou IPSOS nous réservent peut-être des surprises du même ordre et que, jusque là, l’IFOP était déjà étonamment proche de notre indicateur agrégé, en tous les cas le plus proche et de loin.

Les fidèles et moins fidèles lecteurs de ce blog sont bien entendu invités à commenter cette solution et à me faire part de leurs idées !

2. Voici donc le résultat de ce soir:

IFOP-Fiducial
Europe 1, Paris-Match
9-12 janvier 2012

échantillon: 943 électeurs inscrits sur un échantillon total de 998

Hollande 27
Sarkozy 23,5
Le Pen 21,5
Bayrou 13
Mélenchon 6,5
Joly 3,5
Villepin 2
Morin 1
Boutin 0
Dupont-Aignan 0,5
Nihous 0
Lepage 0
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Chevènement 0,5

Hollande 57
Sarkozy 43

Ce résultat est évidemment très mauvais pour Sarkozy, qui se retrouve de nouveau à portée de la menace Le Pen, comme jusqu’en mai dernier, alors même qu’entre-temps, Bayrou s’est bien installé et que Borloo a disparu.

Hollande apparaît de nouveau plus solide, revenant à 57% au second tour. Il s’effrite certes au premier tour, mais reste à bonne distance du danger et Mélenchon ne semble décidément pas capable d’enclencher une quelconque dynamique, tandis qu’Eva Joly s’éloigne insensiblement des 5%.

Cela commence à ressembler au mythe de Sisyphe pour le Président Sarkozy… et le temps manque… Et François Hollande, s’il n’accroche pas dans les médias, est un Teflon (c) à double face: rien n’accroche non plus sur lui…

Vous trouverez le lien vers la page dédiée de Paris-Match dans le blogroll sur le côté de la page: je doute en effet que je puisse re-publier le sondage quotidien IFOP tous les jours. Cela n’aurait pas grand sens. Peut-être en revanche publierai-je un graphique et/ou un tableau.

Prédire les résultats de l’élection présidentielle française de 2012

Telle est la modeste ambition de ce blog.

1. Un moyen simple d’y parvenir consiste à réaliser une moyenne pondérée de tous les sondages publiés en France en vue de l’élection présidentielle.

Aux Etats-Unis, la pratique est très courante, avec, par exemple Real Clear Politics ou les travaux de Nate Silver sur son site « 538 » à l’occasion de l’élection de 2008, puis sur son blog hébergé par le New York Times.

Elle s’est également développée au Royaume-Uni, où l’institut YouGov sonde chaque jour l’opinion britannique et où un suivi des tendances est donc possible.

En France, rien de semblable à ma connaissance, même si certains sites compilent, avec plus ou moins de retard, l’ensemble des sondages publiés.

Afin d’approcher les tendances de fond des sondages publiés, une formule simple consiste à constituer un indicateur de suivi des sondages publiés, en en faisant la moyenne avec quelques éléments importants de pondération:

– les résultats doivent être pondérés en fonction de l’échantillon numérique de chaque sondage;

– ils doivent également recevoir une valeur d’autant plus faible que le sondage est plus ancien: ainsi, les sondages réalisés dans la semaine passée sont affecté d’un coefficient 1; puis, ils perdent 0,15 chaque semaine qui passe et disparaissent ainsi de la base de constitution de l’indicateur au-delà de 7 semaines.

2. Bien entendu, cette pondération temporelle est destinée à être modifiée, dans le sens d’un raccourcissement, dès que les sondages se feront plus nombreux.

Malheureusement, les médias français commandent peu de sondages d’intentions de vote, en comparaison des médias anglo-saxons ou même germaniques. Ils apprécient beaucoup les sondages de popularité pourtant peu fiables et sans beaucoup d’intérêt prédictif (comme le montrent les longues phases de popularité exceptionnelle d’un Bernard Kouchner, d’une Simone Veil ou, plus récemment, d’un Bertrand Delanoë ou d’une Rama Yade).

Toutefois, en 2007, l’institut IPSOS avait effectué un sondage quotidien (en réalité, un échantillon complet d’un millier de répondants était renouvelé sur 3 jours) dans les dernières semaines de la campagne.

En outre, une fois connu le résultat de la primaire socialiste, le travail des sondeurs sera facilité, puisqu’ils n’auront plus qu’une hypothèse principale à tester (même si des inconnues persistent sur les petits candidats et si une certaine « spéculation » se fait jour autour d’une candidature de substitution à celle de Nicolas Sarkozy).

Il est donc à espérer qu’au moins à partir de janvier 2012, les grands instituts soient appelés à réaliser des enquêtes au moins toutes les 2 semaines, puis de manière hebdomadaire.

3. Un autre critère de pondération aurait pu consister à prendre en compte la fiabilité relative des instituts. Néanmoins, le peu de données disponibles rendrait une telle pondération elle-même assez peu fiable, voire arbitraire. Même si l’élection de 2007 a été plutôt bien traitée par les instituts IPSOS et IFOP, avec TNS-Sofres assez proche, et si CSA s’était distingué par un certain manque de réussite, la période actuelle semble plus incertaine et de nombreux changements dans les éuipes et, apparemment, les méthodes des instituts brouillent quelque peu le tableau.

En outre, la difficulté d’évaluer les intentions de vote en faveur du Front National persiste et a conduit, au printemps dernier, à de nombreuses surprises. Les intentions de vote pour Marion (dite « Marine ») Le Pen semblent plus ouvertement reconnues et assumées par les interviewés que dans le cas de son père. Les instituts peinent toutefois à adopter un traitement cohérent, LH2 minorant manifestement la situation (comme, en partie, CSA, peut-être échaudé par l’expérience de 2007) et Harris Interactive étant plus « volontariste » en la matière.

L’incertitude pesant sur l’aboutissement de certaines candidatures, petites (Jean-Pierre Chevènement, Christine Boutin, Nicolas Dupont-Aignan, Hervé Morin) ou moyennes (Nicolas Hulot naguère, Jean-Louis Borloo ensuite, Dominique de Villepin désormais), comme les décisions des instituts sur les noms effectivement testés (dans le cas de Frédéric Nihous par exemple, peu testé, alors qu’il a au contraire de grandes chances de réunir les 500 signatures), créent également des perturbations dans les résultats qui empêchent encore davantage d’émettre une appréciation de la fiabilité de ces derniers.

Les sondages publiés par les 9 instituts suivants seront donc intégrés dans l’indicateur:
IPSOS, en partenariat avec Logica Business Consulting
IFOP
TNS-Sofres
CSA
BVA
LH2
Harris Interactive
OpinionWay, en partenariat avec Fiducial
ViaVoice.

4. Chaque semaine, je publierai donc un indicateur agrégé, en tentant de déceler les tendances de fond et de commenter de manière objective son évolution.

En outre, jusqu’à la désignation du candidat socialiste, mon indicateur sera divisé en deux, l’un avec François Hollande, l’autre avec Martine Aubry.

Dès qu’un sondage paraîtra, je m’efforcerai de le publier rapidement et d’en saisir les principaux enseignements.

Je ne m’interdis pas des commentaires plus personnels, qui seront alors identifiés en tant que tels.

Je vous remercie pour votre attention et pour votre bienveillance, ceci constituant mon premier blog.