Présidence de l’UMP: Fillon doit trouver la force de refonder la droite

Que l’on me pardonne, mais, une fois n’est pas coutume (encore que la tendance se soit dernièrement fortement accentuée), mon article sera davantage d’opinion que d’analyse.

Ce blog s’arrêtera avec l’année.

Mais il me faut publier un article à la fois « manifeste » et « supplique »…. même si les lecteurs habitués sauront y picorer les éléments d’analyse et faire le tri.
5 sondages seront utilisés ici ou là:
CSA pour BFM-TV (20-21 novembre 2012)
Harris Interactive pour 20 Minutes (21-22 novembre 2012)
BVA pour i-Télé (22-23 novembre 2012)
IFOP pour Atlantico.fr (22-23 novembre 2012)
IFOP pour le Journal du Dimpanche (22-23 novembre 2012)
ces deux derniers ayant probablement été réalisés de concert.

1. Sur le fond, il faut le souligner: Copé porte seul la responsabilité de la crise actuelle de l’UMP.

Dès le dimanche en début d’après-midi, Tabarot a donné l’assaut en dénonçant des fraudes dans les Alpes-Maritimes. Depuis, ce département est devenu le point de focalisation des médias, opération fort bien réussie du clan Copé, qui a préventivement sali l’autre camp, en anticipant le résultat serré et la nécessité de « passer en force ».
Alors même que dans les Bouches-du-Rhône (La Ciotat) ou l’Oise (circonscription de Courtial), des procurations extrêmement suspectes (nombreuses et à 100% ou presque pour Copé) ont représenté des volumes supérieurs aux contestations dans les Alpes-Maritimes. Evidemment, en ciblant une « salade niçoise », les copéistes savaient qu’ils feraient mouche dans les médias…

Puis, dimanche soir, Copé s’est auto-proclamé président. Alors que les premiers résultats lui étaient favorables, ses mauvais résultats à Paris, en Moselle et dans les Hauts-de-Seine, mais aussi dans l’Aisne ou le Pas-de-Calais et, finalement, dans les Alpes-Maritimes ont contrebalancé ses surprenants bons scores en Gironde, dans le Bas-Rhin ou le Var. Il fallait donc qu’il fasse un putsch, beaucoup plus facile quand vous êtes déjà dans la place, que vous avez, au sens propre, toutes les clefs et que vous avez la personnalité d’un bulldozer.

Ensuite, la COCOE et, maintenant, la CNR, totalement contrôlées (il fallait quelques minutes à Copé pour faire refuser par Paternotte dès jeudi matin les conditions de Juppé… avant même d’avoir commencé, la mission de ce dernier s’est achevée), donnent une vague apparence de « régularité » interne, qui permet de niveler la situation dans les médias: Fillon n’est « pas meilleur » que Copé et celui-ci est parvenu à l’abaisser à son niveau dans la perception médiatique (les médias étant soit « intéressés » commercialement: un feuilleton haletant et gratuit et même rémunérateur avec les pubs entrelardées, soit « intéressés » politiquement lorsqu’ils sont de gauche et éblouis du miracle de cette implosion alors que « leur » Président semblait s’effondrer, soit enfin faussement neutres, parparesse de comprendre et paresse d’expliquer).

Enfin, faire semblant en permanence de « proposer », de « discuter », d’être « ouvert », alors que tout a été cadenassé et mis en « seringues », Juppé compris, pour, en réalité aboutir au résultat inverse: une situation totalement contrôlée, qui divise et rejette et qui ne rassemble en rien.
De toute façon, depuis le début de la campagne (accès aux fichiers très tardif, frais de campagne couverts plus largement pour le SG Copé déjà en place, utilisation du site Internet et de l’accès aux médias par le seul Copé jusqu’en septembre, nombre de bureaux de vote insuffisant, recherche de la moindre participation possible, etc.), les entraves n’ont cessé.

Une des grandes leçons de la vie, c’est que les tordus, les sans-gêne, les culottés, les sans-âme et sans-conscience accusent toujours les autres de ce qu’ils font eux-mêmes et tentent toujours de salir l’autre et de mettre la charge de la preuve de son côté: putsch, fraudes préméditées, division,…

Tout cela n’est finalement pas surprenant de la part d’un Copé désormais uniquement mû par l’ambition pure et surtout entouré d’une bande de bandits et de « salopards ». Franchement, y en a-t-il un pour rattraper les autres ? Balkany, Morano, Rosso-Debord, Tabarot, Chatel, Courtial, Karoutchi, Gaudin, Daubresse, Raffarin, Dati, Peltier, Didier, Hortefeux, Guaino, Riester, Jean Sarkozy,… il faut vraiment chercher pour trouver un soutien qui ne soit pas vulgaire, manipulateur, sans-gêne.
Tous les soutiens de Fillon ne sont pas brillants (Estrosi…), mais, au moins, il y a là quelques « honnêtes hommes ».

Face à tout cela, et cela peut surprendre, Fillon n’a pas réagi en politique mais sur le plan humain et moral. Face au mensonge, à la manipulation, à l’effronterie, à la mauvaise foi, à la violence personnelle, à la fraude intellectuelle, matérielle et morale, il a simplement dit non. Et il a totalement raison, même s’il ne sera pas compris, ou insuffisamment en tout cas.

Personnellement, je suis fier que la droite ait encore un homme capable de réagir ainsi.

2. Fillon peut-il transformer cette situation positivement pour la droite et pour lui-même ?

Evidemment, le mal est terrible, car, dans ces circonstances, tout le monde coule. Beaucoup de gens ne prennent pas le temps de comprendre ce qui est à l’oeuvre et qui a raison. Et puis, il est tellement facile de céder à l’habituel penchant poujadiste du Français… Pourtant, quel Français peut se targuer d’avoir sa famille, sa maison, ses relations amicales, son travail, ses papiers, sa situation juridique, sa sexualité, ses idées, bref sa vie, en ordre ? Vraiment ? J’en connais quelques-uns, personnellement, très peu nombreux…
Mais la critique permanente du politique me fatigue et m’agace. Dieu sait que mes orientations politiques m’incitent à critiquer vertement le « luxe » financier et la dépense publique indécente au niveau local, mais je défendrai toujours les élus qui donnent de leur temps et de leur énergie.

De fait, l’opinion portée sur l’UMP, selon BVA, s’est dégradée. Même si elle n’a jamais été extraordinaire, elle atteint le niveau du MoDem: 36% de bonnes opinions contre 63% de mauvaises (35/63 pour le MoDem). Le PS, comme souvent, s’en sort bien: 45/53, désormais au même niveau que l’UDI (45/51), qui bénéficie probablement de l’effet de nouveauté et de (petits) vases communicants avec l’UMP. Le FN reste fortement dans le négatif: 21/78.
Toutefois, il faut relativiser cette image des partis, qui est à la fois volatile et peu anticipatrice des résultats électoraux.

Malgré la difficulté, il faut pourtant savoir reconstruire, car la droite n’a pas d’avenir sans une ligne morale, républicaine, traditionnelle, forte mais équitable.
Le FN est très haut, il n’est pas la droite, il est un hybride populiste, chassant à l’extrême-gauche, « ailleurs » et dans la droite dure, pour finalement prôner surtout un autoritarisme étriqué, irréaliste, violent et stupide.
L’UDI n’est qu’un conglomérat de petites boutiques, d' »électrons libres » (à l’image d’un Borloo brouillon, inconstant et pas crédible) et de petits ambitieux ratés. Comment cette structure disparate et incohérente (du CNI à l’AC en passant par Morin, Sauvadet, Jouanoo, Yade ou Jégo) pourrait-elle sérieusement incarner la droite et le centre-droit sérieux et responsables, celui de de Gaulle, de Pompidou, de Barre, de Juppé, de Balladur (oh, comme j’ai pu ne pas l’aimer…) ? Et puis, leur tendance « libertaire » ne peut représenter toute la droite.
L’UMP croupion, celle de Copé et de ses sbires ou celle de Sarkozy et des jeunes « loups », ne pourra non plus le réaliser. S’abîmer en permanence dans de faux sujets, dans des coups médiatiques, dans un pur marketing électoral, cela décridibilise toute la droite et toute tentative de vraie réforme.

Il y a une place pour une ligne « classique », de la raison,
qui n’a pas peur des valeurs d’autorité, de force républicaine, de responsabilité, de rigueur, de respect de la vie, de transmission et d’héritage,
qui n’oublie pas la générosité, la fraternité, l’équité, le respect de la personne, la culture, l’instruction et le mérite républicain, qui a le sens de l’effort, de la raison européenne, du long terme, de l’honnêteté, du service et du bien commun,
qui n’est pas dominée par l’argent, la consommation de masse, le marketing politique, le culte de l’immédiat et de la jouissance égoïste, le jeunisme ou le paraître permanent.

Il y faut une réelle volonté et une âme bien trempée, capable de concessions sur l’accessoir pour rester inflexible sur l’essentiel. C’est sûrement quasiment impossible dans notre société moderne, qui nivelle, rabaisse l’intelligence et l’honnêteté, déteste la nuance, rejette l’effort et la rigueur. Mais cela vaut la peine d’essayer.

Aussi, Fillon doit partir de l’UMP et couper avec une situation trop pourrie, qui ne peut être relevée.

– Il peut s’appuyer sur sa popularité globale. Peu d’hommes politiques sont épargnés aujourd’hui. A part Valls, peu de responsables brillants émergent à gauche. A droite, la situation est désormais catastrophique. Même ceux qui pourraient émerger sont sur le déclin (Juppé) ou sont trop rejetés pour espérer incarner de nouveau l’avenir (Sarkozy, Copé). Fillon est encore en bonne position.

Selon BVA, sa bonne opinion se situe à 52% chez les Français (26% pour Copé) et à 76% auprès des sympathisants UMP (64% pour Copé). Ces chiffres montrent un recul, mais restent favorables.

Selon l’IFOP, sa cote d’avenir reste même quasi-intacte, en considérant ceux qui souhaitent lui voir jouer un rôle très important/assez important/peu important/pas du tout important, parmi les Français d’abord (la comparaison est intéressante dans le temps, la précédente enquête datant de la période 6-8 novembre):
Fillon 19 (+4) / 32 (-2) / 27 (-3) / 22 (+1)
Copé 5 (-2) / 24 (-1) / 32 (-1) / 39 (+4)
Ainsi, alors que Copé se décale de plus en plus vers le négatif, alors même qu’il était déjà très bas, Fillon voit son soutien et son rejet se polariser, mais avec un solde positif de 2 points déplacés.

Auprès des sympathisants UMP, la différence est plus nette entre les deux hommes:
Fillon 47 (+2) / 39 (-6) / 11 (+3) / 3 (+1)
Copé 14 (-10) / 41 (-11) / 30 (+11) / 15 (+10)
L’effondrement de Copé est ici massif, avec un déplacement négatif de 21 points. Fillon a également un solde négatif de 4 points, mais ses soutiens solides se renforcent au contraire: il y a là un noyau, auprès de l’électorat de droite plus large, qui est intéressant et semble destiné à perdurer, peut-être même à le suivre en dehors de l’UMP. Les sympathisants et les électeurs, au-delà des seuls adhérents: il y a une vraie différence et il serait temps que le caractère « attrape-tout » de Fillon serve enfin à quelque chose !

Et, selon CSA, s’il reste moins « efficace » que Sarkozy, il n’a rien à craindre de la concurrence de Copé. Le meilleur candidat pour 2017 est, en effet, pour les Français et pour les sympathisants UMP respectivement:
Fillon 23 / 24
Sarkozy 20 / 52
Copé 9 / 15
aucun 26 / 5
sans opinion 22 / 4
Mais, après tout, Sarkozy a le temps de se démonétiser d’ici 2017. La menace Sarkozy, pour Fillon, est aujourd’hui, pas demain. Si Sarkozy convainquait les électeurs de droite que Fillon est le diviseur, alors il y aurait un risque. Mais, à long terme, Sarkozy est une nuisance (éventuellement fatale pour la droite), mais il ne réussira pas à revenir et à être de nouveau candidat.

– Il peut s’appuyer sur une évolution qui pourrait lui être favorable en termes de « responsabilité » de la situation.

Si, pour les Français et les sympathisants UMP interrogés par BVA, le principal responsable est, respectivement,
Copé 38 / 29
Fillon 12 / 20
autant l’un que l’autre 48 / 49,
confirmant ainsi le risque poujadiste du « tous pourris »,
néanmoins, pour l’IFOP, l’entourage qui a raison est, respectivement, celui de
Fillon 35 / 44
Copé 7 /12
ne sait pas 57 / 44
ce qui laisse entrevoir un bien meilleur score à l’égard de Fillon. Pour peu que l’effort soit fait, il est sûrement possible de convaincre de la vraie différence de nature entre les deux hommes.

– Il peut s’appuyer sur le fait que laisser l’UMP réduite au coeur sarkozo-copéiste (un conglomérat de libéraux, de bonapartistes, d’opportunistes, de populistes et de sécuritaires) présente un double intérêt: la lutte Sarkozy-Copé sera d’autant plus intense que la « boutique » à conquérir sera réduite. En outre, même si Fillon ne peut espérer au mieux que rallier une moitié de parlementaires et donc prendre la moitié de la 2e tranche de financement public à l’UMP, il accentuera la grave crise financière de cette dernière. Partir, c’est laisser à l’UMP-croupion à la fois la personne Sarkozy, les idées sarkozystes et les dettes. Mieux vaut rebâtir de zéro…

– Il peut constituer des groupes parlementaires, affiliés à une petite structure partisane métropolitaine ou ultramarine, et inclure cette dernière dans un nouveau parti ou lui faire reverser les quelques subsides qu’il aura réussi à « prélever » sur la 2e tranche du financement public. Certes, dans le meilleur des cas, cela fait 4 millions d’ueors par an (voir les commentaires d el’article précédent), mais, avec quelques cotisations, un bon accès aux médias et une popularité sondagière, il peut tenir jusqu’en 2016 et profiter alors en partie de l’UDI.
Car le nouveau parti qui serait créé (républicain, social, responsable) aurait d’emblée vocation à être associé à l’UDI, même si cela « frottera » avec Borloo, qui a des ambitions présidentielles. Mais Borloo tiendra-t-il 4 ans ? Et puis, des gens « raisonnables » de l’UDI (Lagarde, Jouanno, Jégo, Leroy, Arthuis,…) pourraient trouver utile de pouvoir se rallier à Fillon en 2017, par exemple dans le cadre de primaires communes.
La proximité partisane est à 57% avec l’UDI, même à 12% avec le MoDem et seulement à 30% avec le FN, selon BVA.
Le risque à éviter lors d’une scission, c’est de retrouver deux partis de droite à, au mieux, 15% et coincés entre une Le Pen à 18-20% et un Borloo à 8-10%. N’oublions jamais que Chirac a toujours été dans les 18-21% au premier tour des multiples présidentielles auxquelles il a participé… Seul Jospin a fait plus mal que lui… Mais c’est insuffisant pour se retrouver au second tour, désormais.
Il faut donc totalement étouffer l’UMP-croupion d’un côté et éviter une concurrence au centre-droit de l’autre. Alors, la victoire est possible.
Je sais bien, moi-même j’ai toujours répété que les partis sont indispensables dans une élection, que Copé serait l’évident chef de l’UMP après mai 2012, que l’argent (public), tel qu’il est en tout cas distribué en France) est le meilleur antidote contre les scissions. Mais, rappelons-nous, c’est un article d’opinion (d’espoir, de rêve ;)), pas forcément une analyse totalement rationnelle :P.

– Il peut aussi s’appuyer sur le… résultat. Après tout, il a obtenu 50%, alors même que la participation n’a pas été extraordinaire, contrairement à ce que l’on dit (c’était bien mieux en 1999, même si avec un corps électoral potentiel bien plus réduit). Quant aux motions, elles ont montré que l’équilibre était bien celui-là: si la Droite forte est arrivée en tête, l’aile dure est à moins de 40% (Droites forte et populaire) et à 50% si l’on inclut le morceau libéral de FMH et l’aile de droite des Gaullistes. De l’autre côté, la Droite sociale s’en est bien tirée et la Boîte à idées est globalement filloniste, tandis que l’on peut y ajouter les Gaullistes sociaux et les plus modérés de FMH.

Même au niveau des adhérents, le fillonisme n’est donc pas une petite minorité sans avenir.

3. Mais il faut pour cela un Fillon déterminé, sûr de lui, offensif, constant, intrinsèquement fort et volontaire, endurant et plus présent médiatiquement.
Je pense que beaucoup de sympathisants et adhérents de l’UMP seraient prêts à le suivre. Je pense qu’il peut s’appuyer sur des élus de qualité et/ou tenaces et qu’il peut reconquérir les cadres supérieurs, certaines professions intellectuelles, les agriculteurs et certains employés, sans perdre les professions indépendantes et libérales ou les entrepreneurs.
Face à une gauche qui se divisera de plus en plus et qui sera à court de solutions économiques et compensera par des « échappées » sociétales contestables, il y a vraiment de quoi agir et convaincre.

Il faut que Fillon ait cette force.
J’espère que les menaces de constitution de groupes ne sont pas que cela.
J’espère que Fillon ne cèdera pas face à un Sarkozy déjà revenu et de la pire des manières: tentant d’affaiblir Copé et Fillon, puis craignant que son jouet explose parce que le duel Copé-Fillon va trop loin, tenant d’affaiblir Juppé de peur que celui-ci revienne en sauveur, mais regrettant maintenant que Fillon ne cède toujours pas, bref jouant avec le feu et dansant au bord de l’abîme…
Comment les militants peuvent encore vouloir son retour, lui qui a perdu l’élection présidentielle de 1995, qui a perdu les européennes de 1999 et de 2009, qui a perdu les municipales de 2008, qui a perdu les régionales de 2010, qui a perdu la présidentielle de 2012 et les législatives de 2012, qui a failli perdre les législatives de 2007, lui qui s’apprête, par les conséquences d’une campagne trop droitière et/ou trop médiatique, à faire exploser son propre parti ?

4. Beaucoup d’obstacles vont se dresser sur la route de Fillon:

– le manque de courage de beaucoup d’élus et la peur de l’inconnu et de l’inconfort,

l’inertie des militants et des électeurs de droite et un « légitimisme » artificiel: selon Harris, les Français et les sympathisants UMP veulent que Fillon reste à l’UMP, avec des responsabilités importantes, à 38% et 63%; qu’il reste à l’UMP sans responsabilités à 20% et 21%; qu’il quitte l’UMP à 40% et seulement 16%. Mais ce sondage est le plus « ancien » et les questions sont ambigues (on peut souhaiter que Fillon n’ait pas de pouvoir, soit pour l’avilir, soit pour le préserver). Le sondage BVA, lui, montre bien que 52% des sympathisants veulent que Copé reste président, contre 47% (le rapport est de 27/69 parmi les Français): légitimisme, lassitude et volonté de finir la séquence, quasi-équilibre également expliquent ce score; cela reste un vrai problème pour Fillon: il faut « se secouer » et « secouer » les autres,

– le nivellement et le « flou » médiatique sur la vraie responsabilité de la fracture et de la division de la droite, ce qui est un vrai risque si l’on en croit l’IFOP sur les logiques à l’oeuvre: d’abord des querelles et rivalités de personnes pour 67% des Français et même 75% des sympathisants UMP; d’abord des désaccords politiques pour 33% et 25%; le problème est aussi sur les « sentiments dominants »: satisfaction (6/4), indifférence (40/9), déception (22/44), inquiétude (21/26), colère (11/17), ces trois derniers sentiments pouvant se retourner contre Fillon et pouvant décourager plus facilement sa base modérée que les « motivés » de Copé; il ne faut donc pas que Fillon lasse ou qu’il finisse « dans le même sac »,

– le manque de moyens financiers, matériels et de base de départ (locaux, fichiers, « main d’oeuvre »),

– l’absence de soutien de ceux qui pourraient dire combien Copé a menti et triché (évidemment, si Juppé répétait vraiment quelles sont les responsabilités de l’échec de sa médiation… s’il avait l’humilité de rallier Fillon et de lui permettre de « sortir par le haut », en légitimant son départ…), combien Sarkozy s’est trompé de stratégie et d’idées et a dévalorisé la bonne idée de réformes (mais je crains que Le Maire, NKM, Apparu, Baroin, Accoyer, Carrez,…d’autres responsables de qualité, ne veuillent pas se « mouiller »),

l’intérêt des socialistes, de Borloo et de Le Pen dans une UMP aux mains d’un arrogant technocrate bling-bling et « droitiste »,

l’intérêt des médias pour les « bêtes » politiques infatigables, dont Fillon ne fait pas partie, mais qui trouvent en Copé une nouvelle incarnation après Mitterrand, Chirac, Fabius, Sarkozy, Royal,…

lui-même, introverti, taciturne, peu charismatique, peu médiatique, trop honnête sur le plan personnel, pas glamour et people, trop sérieux et « père la rigueur », trop proche de la lignée maudite des Debré (non il n’a pas toujours été fou ;)), Barre, Rocard, Juppé.

5. Mais il faut agir vite pour éviter de trop abîmer son image, pour ne pas paraître tergiverser, pour « sortir par le haut », en disant qu’il ne quitte pas l’UMP mais que c’est Copé qui le chasse, pour garder une dynamique, pour créer une situation claire face à une « boue » qui cherchera toujours à s’infiltrer dans tous les interstices (combien de fillonistes flageollent déjà, en dehors même des ralliés de dernière minute, comme Bertrand, Accoyer, Apparu ou même Baroin ?).

Il faut éviter le piège du recours en justice, en tous les cas d’y fonder trop d’espoirs. Les délais sont trop longs à l’échelle du temps médiatique. Et les Lavrilleux et Szpiner suaront encore les allonger… en allant même jusqu’au pénal, qui suspendra le civil. Il faut simplement y voir un moyen d’obtenir moralement satisfaction à long terme, de pouvoir dire en 2015 « j’avais raison ». En tous les cas, cette saisine de la justice, il faut la faire en parallèle de ce que Fillon a déjà esquissé: je laisse la présidence de l’UMP, l’enjeu n’est pas le poste, mais le principe et la morale.
Comme le montre l’IFOP, ce pourrait être trop « diviseur » en termes d’image pour Fillon, la solution prvilégiée étant la direction provisoire Juppé (déjà évanouie…), à 73 contre 27 pour les Français et même 88 contre 12 pour les sympathisants,
ou la nouvelle élection, à 71 contre 29 et 67 contre 33, respectivement,
le recours à la justice ne se situant qu’à 42 contre 58 et surtout 24 contre 76.
Encore le bête travers du « on lave son linge sale en famille », alors que c’est bien la vérité qui doit triompher, famille ou pas… Mais c’est une variable à prendre en compte par Fillon: il faut qu’il dise qu’on l’oblige à partir.

Il doit d’ailleurs éviter le piège de la nouvelle élection, dans lequel s’engouffrent les Juppé, NKM et peut-être bientôt Le Maire et Bertrand, trop contents de voir la chance tourner. Mais ce serait délétère pour Fillon comme pour Copé. Car beaucoup plus de fillonistes sont partis que de copéistes et beaucoup plus de fillonistes s’abstiendraient (écoeurés et méfiants) que de copéistes ou iraient sur les autres candidats, tous plus ou moins « modérés ». Sur un nouveau vote général, Copé est l’allié de Fillon: il ne veut pas aggraver le trou de l’UMP (oui, cela coûte cher de voter…) et il ne veut pas prendre de risque alors qu’il a tout fait pour cadenasser et reconnaître indirectement tout ce qu’il a rejeté depuis le début.
Certes, une version dégradée de la nouvelle élection serait celle de Sarkozy: ne revoter que là où il y a des contestations (problème: qui définit la liste des contestations ?…); cela assure un terreau plus favorable à Copé, tout en évitant d’ouvrir le jeu à Juppé et aux autres. Mais cela paraît trop complexe pour prospérer.

Il faut aussi frapper vite et fort, pour éviter que Sarkozy ne vienne à la rescousse de Copé, non par compassion pour ce dernier, mais simplement pour éviter que l’éclatement de l’UMP ne l’empêche, lui, de revenir…  ou qu’il ne revienne directement lui-même, en se fondant sur le sentiment encore majoritaire, apparemment, de nostalgie du chef le plus « récent ». Si Sarkozy s’investit davantage, il recueillera l’accord des militants, si avides de « sauveur », comme le montre l’image de Juppé dans le sondage IFOP cité plus haut.

« La France peut supporter la vérité« . Mais la droite et le centre-droit aussi et les militants et électeurs de droite et du centre-droit aussi.
Alors, François, il faut emprunter le chemin de la vérité (et de la vie, oserais-je ajouter… ;)), avec confiance et force.
Ce sera dur, mais tout est dur pour celui qui est dans le vrai…
Assez de la dérive sarkozo-copéiste: revenons à un gaullisme rigoureux, à un libéralisme politique tempéré, à des valeurs d’inspiration chrétienne et refondons la droite.

AJOUT DU 27 NOVEMBRE: A l’Assemblée, un nouveau groupe filloniste. Qui s’appelle « Rassemblement-UMP », comme un petit parti calédonien, ce qui permettrait ensuite d’envisager de récupérer une part de la 2e tranche du financement public des partis, si les députés fillonistes s’affilient à ce parti. L’avenir d’une scission totale est donc préservé.
Au Sénat, les fillonistes, qui sont majoritaires dans le groupe, vont tenter de faire partir Gaudin.
Tous ces signes montrent que Fillon est décidé à aller jusqu’au bout.
En outre, avoir d’ores et déjà Baroin, Woerth, Longuet, Marleix, Gaymard, Ollier, peut-être même Accoyer, montre que Fillon est soutenu au-delà de son équipe de campagne (Ciotti, Pécresse, Wauquiez) et de ses fidèles plus ou moins historiques (Chartier, Piron, Tardy,…). Même sans Bertrand, ses soutiens et quelques soutiens tardifs (Apparu), c’est déjà une belle avancée. Surtout si Baroin préside le groupe, ce qui donne une visibilité médiatique et une caution chiraquienne (au sens historique du terme)  très importante.
L’espoir avancé dans l’article ci-dessus n’est donc peut-être pas totalement irréaliste ;).

Le PS de 2012 à 2017 et 2022: un contexte difficile mais une situation centrale et des possibilités réelles de renouvellement du leadership

1. Méfions-nous des modes, tant elles passent vite. L’exécutif socialiste n’est pas forcément déjà et définitivement condamné.

En premier lieu, l’impopularité actuelle tient surtout à un rejet (absolu mais logique) des électeurs de droite et à un fort recul parmi les électeurs du centre-droit ou du FN. Le phénomène tient donc d’abord à une polarisation. Dès l’instant où l’électorat de gauche retrouverait un motif de mobilisation, ce pourrait être suffisant: une présidentielle est mobilisatrice; une présidentielle face à Sarkozy ou, par défaut, face à Copé, serait idéale.

Ensuite, les élections municipales, ainsi que je l’ai expliqué dans l’article précédent, ne seront pas perdues par le PS, en tous les cas pas médiatiquement, car les grandes villes font la tendance, l’impression, et seront conservées par la gauche.

La droite, sur le long terme, reste handicapée par la présence à haut niveau du FN, qui, même en admettant que le problème de la stratégie électorale soit réglée, induit mécaniquement une droitisation de l’UMP (que ce soit Copé ou Fillon). Tant que le PS garde un socle suffisant pour ne pas se retrouver en troisième position d’une présidentielle, rien n’est perdu. Or, Mélenchon ne parviendra pas plus à ses fins en 2017 qu’en 2012 et on ne voit pas qu’un écologiste émerge tellement qu’il menacerait le PS. L’apparition de l’UDI, si elle n’échoue pas lamentablement comme toutes les précédentes tentatives de Borloo, est bien plus problématique pour l’UMP.

Dans le même temps, alors que l’UDI est clairement décalée à droite, l’effacement de Bayrou et la gauchisation des Verts ne peuvent que renforcer le positionnement central des socialistes. Un regain du FG, voire de l’extrême-gauche pseudo-trotskyste, ne peut qu’en réalité le favoriser, car il ne sera pas suffisant pour recréer un « 21 avril à l’endroit » (2012 est éclairant, avec le dégonflement de la bulle Mélenchon): de ce point de vue, le parallèle avec le FN ne tient pas, numériquement parlant; mais il sera suffisant pour faire apparaître l’exécutif assez central, surtout avec un Valls à la sécurité, un Moscovici à l’économie et une Touraine à la santé, la gauche du PS étant surtout reportée dans le parti lui-même. Avec du permissif en pagaille sur le plan sociétal et avec quelques mesurettes modérées, les cadres supérieurs, voire les professions libérales (l’éccord sur les dépassements d’honoraires est emblématique de la bienveillance hollandaise à l’égard des médecns…), continueront de voter « social-démocrate ». Et ces catégories-là s’abstiennent peu.

Enfin, la conjoncture économique peut très bien se retourner avant la fin 2016, juste à temps pour la présidentielle.

L’emballement actuel qui consiste à voir Hollande déjà battu et Ayrault déjà congédié doit donc être quelque peu modéré.

2. Il n’empêche que l’affaiblissement de l’exécutif est réel. Mais plutôt pour des raisons intrinsèques: c’est la faiblesse propre de l’individu Hollande qui apparaît en réalité dans toute son ampleur.

– Son incapacité à mettre de l’ordre parmi « ses » femmes a évidemment contribué à affaiblir son autorité. C’est probablement loin d’être fini, si l’on en croit… Libération, qui nous fait part du jugement de Hollande sur la beauté de l’ex et de leur long aparté. Eh bien non, vous avez bien lu: ce n’est pas Voici mais l’une des Pravda de la gauche française qui nous gratifie de ce nouvel épisode.
Mais, plus sérieusement et plus largement, c’est sa personnalité qui est en jeu: Aubry nous avait prévenus ! « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non », « quand c’est flou, y’a un loup », « la gauche molle »… Mais aussi Royal, en défiant de trouver quelque décision que ce soit en 30 ans de vie politique… Elle était rude: mais, après tout, l’échec du PS sur le référendum de 2005, c’est bien Hollande qui l’a organisé et ce fut la seule décision importante de sa vie politique…

– Ses contradictions très précoces sont d’autant plus fragilisantes qu’elles portent sur le seul terrain où il avait fait des promesses un peu précises et où il faisait vraiment la différence (électorale) avec Sarkozy: la pratique du pouvoir. Aujourd’hui, entre la concubine, l’ex, la récupération médiatique de la mort d’un nouveau-né, la gesticulation autour de faits divers sécuritaires, les pseudo-voyages en train, les sondages élyséens qui reprennent, les cafouillages avec le Parlement et le Conseil constitutionnel, le manque de concertation interne comme le manque de discussion parlementaire, l’interventionnisme caché au sein du gouvernement ou au coeur même du PS (Hollande a fait écarter Cambadélis, contre l’avis d’Aubry notamment, pas moins), la présidence « normale » est bien morte et, avec elle, le seul « plus » de Hollande sur le plan électoral.

– Les rapports avec Ayrault se font sans autorité réelle. De ce point de vue, alors qu’on a comparé Ayrault à Fillon, il est bien plus proche d’un Raffarin, par l’impopularité croissante et (probablement) sans retour, par le positionnement d’une (petite) autonomie par rapport à un Président lui-même affaibli. Hollande aurait probablement souhaité se rapprocher du modèle Mitterrand-Mauroy de 81 ou, plus exactement, de 82-83 (lorsque Mauroy et Delors ont fait le « sale boulot » de la rigueur et du maintien dans le SME), mais il a déjà le Mauroy de 84, démonétisé, incapable de retenir les communistes, submergé par la fin du charbon et de l’acier, déstabilisé par une droite renaissante.
Ayrault n’est pas un fidèle absolu ou un exécutant, à la manière d’un Fabius, d’un Bérégovoy, d’un Juppé ou d’un Fillon (rôles que tiendraient mieux un Sapin, similaire à Fillon, ou un Moscovici, hybride de Fabius et Juppé).
Il n’est évidemment pas non plus le vrai chef comme un Villepin ou un concurrent potentiel comme un Rocard.
Il est davantage un compagnon de route à l’assise propre assez étroite, comme Raffarin, avant de peut-être finir aussi mal en point qu’une Cresson et, comme elle, de ne même plus jouer le rôle de fusible.
Le plus probable reste un « essorage » minutieux et complet d’Ayrault (qui doit servir jusqu’au bout…) pendant encore presque 2 ans.

– L’affaiblissement de l’exécutif vient aussi des libertés prises par un certain nombre de ministres, dont beaucoup jouent des divergences et parasitages avec Ayrault (Peillon, Filippetti, Montebourg, mais aussi Cahuzac ou Sapin, à leur manière).

– Hollande ne contrôle pas non plus réellement le PS, car la réduction du nombre de postes alloué à cette majorité fourre-tout diminue mécaniquement la part des hollandais. En outre, beaucoup de ministres et de hollandais rallié ont renforcé ou créé leurs propres chapelles socialistes: Valls, Peillon, Moscovici sont à la hausse; Delanoë n’est pas complètement parti et Désir n’est pas un hollandais pur jus; Montebourg et Hamon conservent une capacité de nuisance.
Surtout, Aubry sera encore là, d’autant plus qu’elle est partie fâchée et qu’elle pourrait bien revenir en recours incontournable pour Hollande, en 2014, lorsqu’il s’agira de remobiliser l’électorat de gauche (ce que j’écris là, qui date d’avant le congrès, est bien confirmé par la démonstration de force d’Aubry à Toulouse). Mais alors, Hollande sera encore plus affaibli car cela se fera à ses conditions à elle: un peu comme si Rocard avait réussi à s’imposer à un Mitterrand affaibli ! Inimaginable… ce qui montre bien l’écart galactique entre les performances politiques des deux François…

De manière connexe, les troupes parlementaires ne semblent pas aussi tenues que prévu et c’est un peu une surprise, alors que le fidèle Le Roux devrait être à la manoeuvre à l’Assemblée et que le fidèle Rebsamen regimbe et boude. Bartolone, tout à sa joie d’un poste prestigieux, se laisse aller à des libertés qui n’arrangent pas non plus la situation.

– En outre, ceux qui auraient pu constituer une deuxième génération de hollandais, plus fidèle que les éléphants ralliés (Peillon, Valls, Moscovici, voire Montebourg) parce que promue ou sauvée par le seul Hollande, sont en train de se dévaloriser rapidement: Filippetti, brouillonne et rigide, Vallaud-Belkacem grise et inaudible, Batho en porte-à-faux,…
Or, un Sapin ou un Le Foll, cela ne suffit pas à asseoir une présidence forte…

3. Cet affaiblissement prématuré, mais probablement durable car intrinsèque à l’homme et à sa pratique, risque de rendre le chemin de 2017 assez ardu.

D’abord, j’ai déjà expliqué que les municipales de 2014 ne seraient pas considérées comme perdues par le PS. En revanche, les européennes de 2014 pourraient bien être une débâcle: traditionnellement l’occasion de la dispersion et de la rébellion, ces élections pourraient relancer, même temporairement, EE-LV (comme d’habitude), Mélenchon et Le Pen.
Les régionales et cantonales de 2015 ne devraient pas être aussi catastrophiques, mais ne pourront être bonnes, tant le PS part de haut. On imagine bien la Champagne-Ardenne, la Franche-Comté, la Basse-Normandie, les Pays-de-la-Loire, voire la Bourgogne ou d’autres, enfin rebasculer à droite.
Si les municipales de 2014 pourraient bien être un répit et les européennes de 2014 une défaite du PS sans victoire de l’UMP, les régionales et cantonales de 2015 pourraient bien être une victoire plus classique de l’UMP sur le PS, sans trop de parasitage FN ou de « gauches alternatives » masquant la défaite du PS (parce qu’il y a une prime majoritaire aux régionales et que le scrutin cantonal devrait rester majoritaire, même si c’est pas mini-listes ou par binômes).

Alors, Hollande pourrait-il être menacé lors d’une primaire en 2016 ? Ou tellement affaibli qu’il doive se retirer ? Après tout, en France, comme les primaires ne s’égrènent pas par département ou région (quel dommage… :P), il est plus facile de « faire un coup » contre le sortant.
Cela n’est pas exclu mais reste très peu probable. L’exemple américain nous montre qu’un Carter s’est quand même représenté, que même un Ford a fini par l’emporter sur un Reagan, que les contestations internes ont été limitées (que l’on pense aux adversaires des LBJ, Reagan, Bush Sr, Clinton, Bush Jr, Obama lors des primaires précédant leur campagne de réélection). Le cas de figure Gore-Bradley est un peu différent, même si Gore était un peu le sortant, mais seulement vice-président; et, finalement, Bradley a quand même perdu en n’ayant jamais eu de réelle chance de l’emporter.
En outre, la seule en capacité de contester le droit à se présenter du Président sortant, Martine Aubry, sera probablement Premier ministre, donc tenue à la loyauté, même de façade, et normalement elle-même impopulaire. Il faudrait qu’elle reste en réalité en dehors du pouvoir et qu’elle soit en mesure de phagocyter complètement le FG, ce qui est peu probable.

4. Si 2017 est a priori réglé, qu’en sera-t-il de 2022 ?

Ayrault lui-même aura été cressono-raffarinisé. Il n’a de toute façon aucune base suffisante dans le parti (Olivier Faure… après avoir été lui-même quasiment la seule troupe de Jean Poperen…) et n’est pas assez charismatique.

Aubry sera peut-être un tantinet trop âgée et elle aura elle-même subi (peut-être) l’impopularité de Matignon. Mais elle pourrait quand même vouloir tenter sa chance, même si sa (alors) très longue carrière la desservira fortement. De surcroît, dans une primaire interne en 2021, elle subirait probablement le sort d’un Fabius 2006: le tour est passé…

– Dans la série de ceux qui ont laissé passer leur chance, Delanoë est évidemment à exclure: trop âgé, déjà à moitié retiré, trop nerveux et semblable à Sarkozy…
Je n’évoque pas non plus Fabius, qui finit sa carrière « à la Juppé », et guignera sûrement une place au Conseil constitutionnel.

– Il y a ensuite l’espoir médiatique qui aura « grandi » trop vite et qui est trop incontrôlable et trop peu auto-discipliné pour concourir avec quelque chance de réussite à une primaire: Montebourg. Par son écho médiatique, il sera encore dans le paysage, plus ou moins parasite, mais il est déjà « grillé », impuissant au poste qu’il réclamait, et isolé. Il se sera dévalorisé et ne pourra compter sur une base personnelle et fidèle forte. Mais qui a vraiment cru en lui ?…

– Le nom de Valls vient évidemment à l’esprit ensuite et il est clair qu’il fait partie de cette catégorie de politiciens ambitieux, méthodiques, tournés vers le seul objectif de la présidentielle. C’est clairement un matériau présidentiable. Mais il a une faiblesse majeure, celle d’être totalement déporté à la droite de son parti. Soyons cependant prudents: il peut tout à fait effectuer le parcours habituel en sens inverse: il endort d’abord ses ennemis et courtise déjà le centre, avant de revenir vers son électorat de base, pour le rassurer.
Reste que partir avec des bases internes à peine plus importantes que Bockel risque de lui poser nombre de problèmes sur le long chemin de la présidentielle.

– De ce point de vue, quelqu’un de mieux placé au sein de son camp et qui constitue également un matériau présidentiable (par son ambition, son positionnement personnel fort et, quant à lui, une base interne plus sérieuse – surtout si les aubrystes sont, ensuite, à récupérer), c’est bien Peillon. Ses sorties intempestives l’ont desservi, mais il est difficile de penser qu’il se soit simplement emballé…

Moscovici devrait normalement être rangé dans la catégorie des Valls et Peillon, mais il est trop « technocrate » pour espérer raisonnablement devenir Président (Juppé et Fabius y ont-il réussi ? Copé y réussira-t-il ?). De plus, s’il est ambitieux, voire arriviste, il a également un côté dilettante (bien caché à Bercy, où il réussit plutôt bien) qui ne demande qu’à resurgir. Et son passé strauss-kahnien (y compris, peut-être, sur un plan plus personnel) pourrait également le plomber quelque peu.
Il n’en reste pas moins que, appliqué et incontournable, il réussit mieux que Peillon tout en étant moins gênant pour Hollande que Valls: ce sera peut-être une force pour Mosco que de reprendre le courant hollandais défait en 2017 ou finissant dans un deuxième quinquennat sombre (pour les nostalgiques de leur cours à deux voix de Sciences-Po dans les années 1990, ce serait parfait ! :P).

Dans la génération suivante, les ailes sont vite brûlées, comme celles de Filippetti, décidément peu contrôlable et qui retrouve ses réflexes écolo-gauchistes et contestataires, alors qu’elle s’était bien embourgeoisée et modérée au cours de la campagne de Hollande, se créant une place non négligeable en peu de temps.
Vallaud-Belkacem est étouffée comme porte-parole officielle: ce paradoxe s’explique par le caractère ingrat d’être réduit à « la voix de son maître » et à la langue de bois officielle, creuse et lassante pour les médias et le public.
Hamon lui aussi est un peu étouffé par sa participation gouvernementale et son inclusion dans la Gross majorité du PS, alors qu’il aurait pu probablement dépasser les 35% contre Désir et devenir un vrai pôle d’opposition interne… Cela démontre toutefois son ambition, qui l’a amené à une prudence peut-être excessive.

– Pourtant, il faudra bien une femme… Touraine est trop « techno » et, bien que bonne ministre techniquement, ses talents politiques ne sont pas testés et elle pourrait bien ressembler à un Xavier Bertrand (comparaison certes audacieuse mais… :)) ou à un Bianco. Batho est probablement davantage à surveiller, car assez inflexible et ambitieuse, même si ses capacités intellectuelles propres semblent en retrait par rapport aux autres noms cités et si son expression, quelque peu vulgaire et relâchée méritera un coach…

– D’autres ministres qui pourront réussir techniquement n’ont bien entendu pas d’avenir présidentiel: Sapin, Le Foll, Le Drian (mais cela va devenir difficile pour lui quand les caisses seront vraiment vides et que les militaires en auront vraiment marre…)

Bref, un affrontement Valls-Peillon, avec des tentatives d’Aubry, de Moscovici, de Batho et d’Hamon, pourrait bien être le choix de 2021…

L’UMP de 2012 à 2017 et à 2022: des alternatives limitées de leadership dans un paysage lourd de nombreuses hypothèques

1. Alors que ce blog fête son premier anniversaire 🙂 et que la campagne officielle pour la présidence de l’UMP s’est ouverte le 5 octobre 2012, quelles sont les perspectives pour le parti de la droite républicaine et pour son leadership?

En premier lieu, rappelons quelques éléments sur l’évolution institutionnelle récente de la France, qui ne feront que s’accentuer avec le temps, quels que soient les appels à la « normalité » ou à la régénération de la démocratie entendus ici ou là.

La France s’est présidentialisée et c’est une tendance lourde.
Le quinquennat a fait du Président le seul leader de la majorité, la dichotomie entre majorité présidentielle et majorité parlementaire relevant désormais de la simple hypothèse d’école pour constitutionnaliste imaginatif. Cette présidentialisation n’est pas propre à la France et touche même les régimes… parlementaires. La pratique du pouvoir de Blair ou de Berlusconi a été présidentielle, comme celle de Harper, de Schröder ou d’autres.
La médiatisation a entraîné une personnalisation de la politique qui se porte en premier lieu sur le Président et non sur son Premier ministre, simplement nommé et facilement révocable. Cette personnalisation influe fortement sur la structure politique même, y compris dans des régimes parlementaires normalement plus dépendants des partis: la personne même de Merkel « sauve » la CDU dans un contexte de progression, mais de division et de faible leadership, des gauches allemandes; l’identité de Monti suffit à stabiliser (temporairement) le paysage politique italien, voire à le recomposer à moyen terme; c’est le débat Rutte-Samsom qui a structuré le résultat des dernières législatives néerlandaises, dans un pays pourtant affecté d’un « régime des partis » et d’un paysage éclaté depuis fort longtemps; face à Cameron, seul atout (avant Boris Johnson?) des Tories, le Labour n’a qu’un petit obstacle avant de revenir triomphalement au pouvoir, son leader Ed Miliband; les travaillistes australiens ont remplacé Rudd par Gillard pour le seul motif de l’image personnelle;…
La demande d’action personnelle d’un chef n’était pas tant liée que cela à Sarkozy: elle est liée à la modernité (une société avec moins de corps intermédiaires et habituée à l’immédiateté et à l’impatience), à la médiatisation, à la personnalisation et Hollande commence de comprendre que la « normalité » dilettante ou même (version plus sérieuse et plus mitterrandienne) la distance byzantine ne peuvent plus avoir cours. Alors, « lui Président », il organise une visite hautement médiatisée et « surprise » à Echirolles…

La France s’est américanisée, en ce sens que son mode de fonctionnement politique (le cycle électoral et les affrontements de leadership) se rapproche de celui des Etats-Unis. Le calendrier politique s’organise autour de la présidentielle, avec des élections locales, européennes ou sénatoriales qui jouent le rôle de midterms.
Il s’agit encore de personnalisation.
Mais il s’agit également d’histoires personnelles, d’étapes dans un parcours, d’influence des médias et des sondages (le climat et la dynamique), de consumérisme politique et électoral (revirements d’opinion rapides, en particulier).

La France s’est « médiatisée », ce qui a renforcé la présidentialisation et a accompagné l’américanisation, mais a aussi entraîné une moindre importance des structures partisanes (Bayrou ou Villepin ont existé malgré tout) et des succès électoraux locaux (qui n’ont pas permis à Royal de vaincre en 2007) et une plus grande importance des positionnements relatifs et personnels et des problématiques d’image (le racisme anti-Blancs en est un exemple récent: reproché à Copé, il ne dérange pas chez Vallaud-Belkacem; peu importe ce que l’on dit, ce qui compte c’est quand on le dit et par rapport à qui, voire où et avec quelle présentation d’ensemble), c’est-à-dire du marketing.

2. Sur ce paysage de fond, viennent s’agréger plusieurs hypothèques majeures pour la droite républicaine, dont elle ne parviendra pas à se libérer facilement, ne les ayant toujours pas résolues.

– La moindre d’entre elles, c’est l’indépendance du centre et du centre-droit.
Bien entendu, Bayrou est politiquement mort et ses grotesques rodomontades face à Borloo ne visent, à la manière d’un Villepin, qu’à se persuader que l’on est encore vivant, alors même que les membres (Vanlerenberghe, Azière, avant sûrement Artigue ou d’autres) commencent à se détacher du tronc désormais sans vie (Sarnez, Gourault).
En revanche, après l’échec de l’ARES et l’incapacité de Borloo à incarner le centre-droit à la présidentielle, celui-ci a enfin « réussi » (c’est presque un oxymore d’associer ce mot à Borloo… très barriste ou séguiniste du point de vue de la « réussite » politique…) à agglomérer le centre-droit. Tout cela est bien sûr fort timide et fragile et ne se fait que par défaut, parce que tous les petits chefs ont unanimement conclu qu’il n’y avait pas d’autre tête connue (c’est ce que Maurice Leroy avait dit, en parlant du seul leader connu du Français de la rue…). L’UDI n’est qu’une UDF en réduction, sans la force historique (au sens de leurs immédiats et plus lointains prédécesseurs, qui remontaient à 1945, voire aux années 1920) et idéologique du CDS et du PR, qui étaient les deux piliers de l’UDF. Aujourd’hui et après la scission du NC, le parti radical apparaît presque comme la force majeure de l’UDI, c’est dire… De plus, aucun centriste ou modéré de l’UMP n’est venu rejoindre l’UDI, pas même les députés UMP qui se sont apparentés à son groupe: que ce soit pour finir une carrière (Méhaignerie, voire Juppé – qui était potentiellement le Barre ou le Balladur de 2012 dans les sondages de 2011), pour retrouver de l’air et des marges de manoeuvre (Léonetti, voire Raffarin) ou pour être le borgne chez les aveugles (Jouanno, NKM, voire Wauquiez).
Malgré tout, même s’il est piquant de voir le radicalisme laïcard succéder à la démocratie-chrétienne molle dans ce rôle (après la parenthèse personnelle Bayrou), l’UDI reprendra probablement l’étiage centriste de 8-10%, celui des élections européennes de 1989 avec Veil ou de 1999, 2004 et 2009 avec Bayrou ou celui de Borloo dans les quelques sondages présidentiels l’intégrant en 2011.
La fin du MoDem va se traduire par un report de 3 points d’électeurs de centre-gauche soit vers un PS moscovicisé ou vallsisé, soit vers l’abstention; par un retour de 3 points vers l’abstention; par un report de 3 points vers l’UDI. Non seulement l’UDI est viable et va donc pouvoir grignoter sur l’UMP, mais le PS va récupérer quelques points sur les ruines du MoDem. Certes, cela peut être compensé (dans l’ouest par exemple), par un retour d’électeurs au centre-droit, après un passage par un PS local rocardisé, mais ce sera relativement marginal et, de toute façon, ne profitera pas à l’UMP.
Ainsi, l’UDI peut être un handicap lourd pour l’UMP au 1er tour d’une présidentielle, avec le risque d’un « 21 avril à l’envers ». De ce point de vue, la victoire de Copé à la tête de l’UMP aggraverait les choses, car il perdrait forcément des électeurs qui se reporteraient sur l’UDI plus facilement.

– De manière liée (le fameux étau qui enserrait Sarkozy entre extrême-droite et centre, avec des pertes d’un côté dès que l’on penche de l’autre), l’hypothèque la plus lourde est évidemment la question lancinante du FN.
Le positionnement actuel de Copé, qui reprend celui de Sarkozy, est-il le bon ? En bref, Sarkozy a-t-il « presque gagné » ou a-t-il « quand même perdu » en mai 2012 ?
Toujours pas réglée, cette question sera encore plus aiguë au fur et à mesure de l’avancée du quinquennat et Hollande s’en servira d’autant plus qu’il pourrait bien ne plus lui rester que cela pour espérer être réélu en 2017.
La crise persistante et l’austérité vont évidemment conforter le FN (pas forcément le faire augmenter, mais en tous les cas consolider sa base de départ).
La pseudo-dédiabolisation (les idées sont les mêmes, mais l’emballage a été renouvelé) pose un problème encore plus grave à l’UMP, puisque les médias semblent présenter Le Pen comme « acceptable », tout en mettant une forte pression sur l’UMP et sa tentation d’alliance avec le Mal.
La dose de proportionnelle envisagée par Hollande ne pourra que rendre encore plus délicat le retour au pouvoir de l’UMP et sera utilisée comme Mitterrand avait su le faire en 2005-2006. De manière accessoire, le futur mode de scrutin pour désigner les conseillers généraux (départementaux ?) pourrait recréer les mêmes débats délétères pour l’UMP dans les départements où il aura besoin de voix du FN pour s’imposer ou espérer s’imposer (Ain, Vaucluse, Loire, Oise, Somme, Aisne, Moselle viennent à l’esprit).
Le « précédent Sarkozy » renforce encore le poids du FN: se délester de sa menace impliquerait forcément de coller à un positionnement « dur » et, en plus, cela n’aurait pas tant nui que cela à Sarkozy en 2012 puisqu’il n’aurait pas été battu si nettement que cela, disent les soutiens de la droitisation.
Bref, mutatis mutandis, l’UMP est confronté au même problème que l’establishment du GOP, sous la pression persistante du Tea Party, qui les oblige à se déporter sur la droite et entretient des débats internes qui affaiblissent le parti. L’effet négatif se sent non seulement pour la présidentielle, mais aussi pour les élections « locales » (en incluant les sénatoriales pour ce qui est des Etats-Unis: voir, par exemple, l’Indiana où le GOP va peut-être perdre un siège à cause du candidat Tea Party qui a triomphé aux primaires): ainsi, les municipales de 2014 s’annoncent déjà fort difficiles pour l’UMP.

Car les municipales se joueront médiatiquement sur les grandes villes, où le PS restera structurellement et sociologiquement fort (Paris et Lyon sont ingagnables pour l’UMP, tandis que Marseille, Nancy, voire Perpignan, Le Havre, Orléans ou Bordeaux, pourraient basculer, avec un Gaudin en bout de course et un Juppé talonné par Feltesse, qui arrive « à point », et que l’UMP ne peut guère espérer reprendre que Metz ou, très éventuellement, Strasbourg, mais rien n’est moins sûr car l’UMP a peu de bons candidats – ce qui fait que des villes comme Caen, Amiens, Montpellier ou Reims, qui devraient être « retournables », ne le seront pas). Les éventuels succès de l’UMP dans des villes moyennes ne se verront pas ou seront masqués par quelques cas problématiques liés à la présence du FN (autour de l’étang de Berre, dans le Vaucluse ou dans le Gard). En outre, malgré les déboires hollandais, l’attachement des Français à la dépense locale (une vraie drogue…) les rend fort réceptifs au socialisme local et n’a pas encore entraîné de révolte fiscale.

– La trosième hypothèque, sur laquelle l’UMP a peu de prise et qu’elle n’a pas résolue à ce jour, c’est l’éventuel retour de Sarkozy.
Soyons clair: la tentative du retour est certaine, je l’ai toujours dit (c’est dans son sang… et puis, l’instinct de revanche…). La réussite du retour est en revanche très peu probable.
D’abord, l’excitation actuelle s’éteindra aussi vite qu’elle est venue: elle est une manifestation supplémentaire des emballements médiatiques de plus plus en nombreux que nous subissons; elle est aussi une conséquence de la vacance actuelle du pouvoir à l’UMP et de la faiblesse du PS, une partie de la gauche recherchant son « meilleur ennemi » pour se remobiliser et se « comparer »…
Dans le même ordre d’idées, Sarkozy continuera de vieillir et le renouvellement à gauche (le gouvernement n’est pas au mieux, mais, au moins, il y a des visages nouveaux -au moins aux yeux des Français, même si Peillon ou Mosco ne sont plus vraiment des perdreaux de l’année) comme à droite (derrière Fillon ou Copé et à côté d’eux, la nouvelle génération va prendre les premiers rôles) va le ringardiser et le faire apparaître comme un has been à la Chirac d’après 2002.
Ensuite, l’une ou l’autre des « affaires » finira bien par produire un résultat rédhibitoire pour Sarkozy.
Sa personnalité n’a pas changé et ne changera pas et ce qui l’a fait rejeter le fera échouer à l’avenir. De manière connexe, l’électorat de droite finira par comprendre (comme c’est un peu le cas avec Copé, semble-t-il) que la gauche n’attend que cela: un retour du « grand méchant loup » qui lui permettrait de se remobiliser et de gagner par défaut. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, les élections ne se gagnent plus forcément en convaincant les indécis, mais encore davantage en mobilisant le plus possible les convaincus de son camp…
Enfin, politiquement, les habitudes des acteurs vont changer une fois que l’UMP aura un nouveau chef (si tant est qu’il assume pleinement son rôle). Les structures et responsables locaux seront renouvelés, les réalignements s’effectueront (voir Baroin ou Estrosi rejoindre Fillon est déjà un premier exemple des recompositions qui peuvent s’opérer).

Cependant, ce retour raté de Sarkozy ne se fera pas tout de suite et, même destiné à échouer, ce retour constituera un élément de perturbation pour la droite et continuera de « plomber » le futur président de l’UMP en laissant planer un doute forcément affaiblissant pour son autorité.
Cette perturbation sera moins forte si Fillon ou Copé gagne largement (à plus de 60%, Sarkozy est fini). Si la victoire est entre 55 et 59%, ce sera insuffisant pour dissiper le doute. Si cela se joue à moins de 55%, alors le président de l’UMP sera réellement affaibli et les divisions internes qui perdureront (guérilla de Copé contre Fillon, en particulier) pourraient avoir raison de l’unité de l’UMP.
Plus précisément, si Copé gagne de manière étriquée, Sarkozy se sentira plus fort pour revenir, mais la concurrence Sarkozy-Copé à venir risquera de déporter l’UMP tellement à droite qu’elle pourrait bien se scinder.
Si Fillon gagne de manière étriquée, Copé servira de sapeur pour Sarkozy, qui se sentira d’autant plus fort qu’il connaît les faiblesses personnelles de Fillon et n’hésitera pas à l’attaquer méchamment, personnellement et directement: ce serait le meilleur cas de figure pour Sarkozy. Ce serait aussi la pire des situations pour l’UMP, qui pourrait alors tellement se déchirer que sa présence au 2nd tour de 2017 serait rien moins qu’assurée.

3. Pour 2017, l’éventail des possibles est forcément limité, quoi qu’en disent les médias en s’ébrouant de plaisir devant les quelques signaux de NKM ou en se repaissant de la candeur des annonces de Bertrand. En réalité, comme aux Etats-Unis, l’emballement, dès le lendemain d’une présidentielle (voire bien avant…), pour de multiples candidats potentiels à l’élection suivante, voire à celle d’après, retombe bien souvent et, finalement, ce sont les poids lourds « évidents » qui l’emportent, même avec difficulté: Kerry ou Romney en sont de bons exemples.

Ainsi, en 2017, cela se jouera entre Fillon, Copé et Sarkozy.
Je viens de dire la conviction que ce dernier n’y parviendrait pas. La pratique américaine est qu’un sortant (président ou vice-président, d’ailleurs) battu ne peut plus retenter sa chance. Certes, on trouvera toujours des exceptions (Nixon). Mais la tendance semble bien lourde d’une « ouverture » au niveau des primaires et d’un retour à l’impératif d’efficacité au niveau de l’élection proprement dite. Ainsi, Romney a plutôt bénéficié de sa campagne des primaires de 2008, plutôt réussie, et de son ralliement « à point » à McCain (suffisamment tard pour montrer sa propre force, suffisamment tôt pour ne pas pénaliser son propre camp, ce qu’avait fait en partie Huckabee); malgré la droitisation du GOP, il a quand même réussi à être le candidate, largement sur la base d’un critère: il serait le plus apte à battre Obama.
Or, quel que soit l’attachement du militant de droite à la culture du chef, la volonté de gagner est la plus forte et c’est ce qui devrait exclure la solution Sarkozy.

C’est aussi la raison pour laquelle Fillon est le mieux placé. Il est le candidat « attrape-tout », celui le plus en mesure de récupérer le centre-droit et le centre sans faire fuir les électeurs du FN.
Le récent sondage CSA pour i-Télé et Atlantico.fr (2-3 octobre 2012 auprès de 1002 personnes dont 860 inscrits) mesurait le potentiel électoral dans une confrontation de second tour avec Hollande. A la question de savoir si les personnes interrogées pourraient voter pour lui, il a été répondu, respectivement « oui, certainement » / « oui, peut-être » / « non, en aucun cas » / « ne sait pas »:
Fillon 37 / 24 / 36 / 3
Sarkozy 39 / 15 / 45 / 1
Copé 22 / 25 / 48 / 5
Ces chiffres confirment ce qui a pu être dit pendant toute la campagne présidentielle: Sarkozy mobilise bien sa base, mais se heurte à un plafond de verre qui lui interdit de franchir facilement les 50%. Fillon n’a pas ce problème, alors que Copé essuie un refus encore plus net que Sarkozy, sans enthousiasmer autant sa base.

Auprès des sympathisants du centre (soit, pour ce sondage, le MoDem, le NC et le parti radical), Fillon est évidemment dominant et Copé s’en sort encore plus mal que Sarkozy:
Fillon 53 / 27 / 19 / 1
Sarkozy 36 / 27 / 36 / 1
Copé 25 / 27 / 43 / 5

Auprès des sympathisants du FN, Sarkozy est logiquement le meilleur, mais Fillon n’est pas en retrait par rapport à Copé:
Fillon 34 / 32 / 33 / 1
Sarkozy 53 / 22 / 25 / 0
Copé 32 / 27 / 35 / 6

Enfin, auprès des sympathisants UMP, Fillon est quasiment au niveau de Sarkozy et Copé est étonnamment fragile, ce qui signifierait probablement, en 2017, au profit d’un Borloo coiffé et sobre ou d’une Le Pen poussée par le buzz médiatique et créerait un risque réel de « 21 avril à l’envers »:
Fillon 78 / 15 / 5 / 2
Sarkozy 82 / 12 / 4 / 2
Copé 49 / 35 / 13 / 3

De même, le sondage OpinionWay pour le Figaro (27 septembre-1er octobre, auprès de 523 sympathisants extraits d’un échantillon total de 2213), sur l’image comparée de Copé et Fillon, place ce dernier en position de force:
certes, la réponse dominante pour toutes les catégories (sauf une, le charisme) est: « les deux »;
certes, Fillon a un retard de -21 sur « dynamique » et de -16 sur « moderne »;
mais il parvient à ne pas céder de terrain sur « proche des adhérents et des militants » (-5), argument majeur de Copé, ni sur la personnalité (« a une force d’entraînement » à -2, « déterminé » à -1), ni sur le renvouellement à l’UMP (« incarne le renouvellement de la droite » à +2, « a des idées nouvelles » à +2, alors que Copé joue au Sarkozy avec du buzz quasiment chaque jour);
il reste surtout fort sur des éléments de personnalité sur lesquels il semblait partir avec un désavantage (« charismatique » à +13, « courageux » à +10, « sait où il va » à +17, mais le caractère vibrionnant de Copé sur le modèle de Sarkozy est sûrement contre-productif);
sur une capacité à mener l’UMP et à être proche de son « coeur » (« a l’autorité d’un chef de parti » à +13, « proche de vos préoccupations » à +19, « incarne bien les valeurs de la droite » à +16, « a un projet pour la droite » à +14, « fidèle aux idées de Sarkozy » à +16, alors qu’il s’agit là de l’autre argument majeur de Copé);
sur une capacité à gagner les élections, y compris locales tant mises en avant par Copé (« capable de mener l’UMP à la victoire aux élections de 2014 » à +20, « incarne l’avenir de la droite » à +15, « capable de rassembler les électeurs de droite » à +20, « ferait un bon chef de l’opposition » à +16).

Alors même que ce sondage n’aborde pas l’expérience, les qualités d’homme d’Etat ou la capacité à gagner en 2017, qu’il est donc « en ligne » avec les souhaits de Copé (et du Figaro ?), Copé est ainsi distancé là même où il devrait au moins faire jeu égal et dans une mesure « qualitative », sûrement bien plus révélatrice que les sondages bruts sur le candidat préféré.

Si ces résultats sont positifs pour Fillon à court terme, ils le sont surtout à moyen terme, car ils pourraient signifier que sa présidence de l’UMP ne serait pas trop remise en cause en 2015 (le président de l’UMP est élu pour 3 ans).
D’abord, le fait de diriger permet de renouveler les structures et les apparatchiki et de s’assurer de nouvelles fidélités.
Ensuite, si les municipales de 2014 ne seront pas forcément extraordinaires pour l’UMP, les européennes de 2014 devraient être catastrophiques pour le PS (les Verts et le FG reviendront sur le devant de la scène) et les régionales et départementales seront raisonnablement bonnes pour l’UMP, tant elle part de bas en nombre de conseils régionaux et généraux (les régionales seront d’ailleurs plus médiatisées que les départementales et c’est précisément dans les régions que l’UMP a davantage de chances de gains).
Enfin, il est peu probable que Copé puisse refaire son retard si Fillon s’il perd en 2012. Bien entendu, il mènera une guérilla implacable et fera tout pour affaiblir Fillon; il facilitera la tâche de Sarkozy; mais il ne pourra le faire qu’en restant sur le créneau droitier et, sauf à ce que le FN crée un séisme aux européennes ou aux régionales, il est peu probable que le paysage général soit profondément modifié: l’UMP n’aura pas forcément progressé mais elle n’aura pas régressé et, surtout, le PS se sera effondré ce qui, par simple différence, fera apparaître Fillon comme un bon chef de l’opposition.

Peut-être tombé-je dans un optimisme excessif (maintenant que je suis sûr de pouvoir voter le 18 novembre… :P) mais, si Fillon dépasse les 55% (60% seraient mieux, mais il ne faut pas être trop exigeant), il devrait logiquement être le candidat pour 2017.

4. Quid, donc, de 2022 ?

Bien sûr, si Fillon est élu en 2017 (je continue d’en douter…), il sera le candidat sortant en 2022 et se représentera, selon la logique américaine.

Si Hollande est réélu en 2017 (rien n’est exclu: une forte Le Pen, un retour d’une croissance correcte, des mesures électoralistes, une division de l’UMP,…), Fillon sera bien entendu la victime expiatoire de la défaite. Les possibilités ne sont alors pas si nombreuses que cela.

D’abord les hypothèses fantaisistes:
Sarkozy pourra-t-il revenir en 2022 ?…. Il n’aura que 67 ans…. Et si la métaphore américaine doit être filée jusqu’au bout, la victoire de Nixon en 1968 revient de très loin…. C’est quand même peu probable car les prétendants seront nombreux et, surtout, l’échec de son retour en 2016 devrait avoir mis un terme définitif à sa carrière.
Christine Lagarde a un an de moins que Sarkozy…. Je l’évoque simplement parce qu’elle est maintenue dans les différents baromètres de popularité, mais il est évident que cette argentière plus anglo-saxonne que franchouillarde n’a strictement aucune chance dans notre pays.

Ensuite, les hypothèses qu’aiment évoquer les médias dès qu’une tête dépasse les autres de quelques centimètres pendant quelques minutes; par ordre de probabilité croissante
Chatel est par trop libéral et a également une image de privilégié (au mieux, il peut viser Bercy);
Baroin est clairement trop dilettante et « fils à papa » et, à force d’être le jeune premier, sera bien défraîchi;
Bertrand a été un bon ministre technique, mais sa popularité est faible et il a largement échoué à la tête de l’UMP: trop rigide, peu charismatique, ne pouvant s’empêcher de dégager une image d’hypocrisie et d’absence de sincérité; en outre, il est élu d’une circonscription très difficile;
Pécresse a acquis une image de « bourgeoise » et de privilégiée qui la disqualifie probablement de manière définitive pour une présidentielle; elle fait partie de ces responsables politiques (comme Baroin, mais peut-être même pas comme Bertrand) qui ne peuvent espérer, au mieux, qu’être Premier ministre (un peu à la Bianco, en son temps);
NKM est à mon sens trop « décalée », sur le plan personnel, et une forme de sincérité et une réelle intelligence ne pourront compenser le fait qu’elle serait également considérée comme une privilégiée et une « fille à papa »; sa circonscription est, en outre, délicate; elle peut largement envisager Matignon, mais plafonnerait pour une présidentielle, même si, comme Pécresse, elle a l’avantage d’être, tout simplement, une femme;
– un peu en retrait mais très proche de la catégorie suivante, Le Maire est probablement trop technocratique et sérieux pour espérer même concourir à la magistrature suprême; sa campagne interne à l’UMP fut claire et cohérente et il a déjà des relais; son bon potentiel (une certaine clarté et fermeté personnelles; une réelle compétence; un positionnement central à droite, comme Fillon) ne sera toutefois probablement pas suffisant pour effacer l’image d’énarque; Le Maire est évidemment un candidat naturel pour Matignon, mais, au-delà, il pourrait ne pas faire mieux qu’un Moscovici.

Reste les vrais postulants à la candidature pour 2022:
Copé, bien sûr, qui est né pour la présidentielle, ne pense et n’agit que pour cela, ce qui est bien la caractéristique commune à tous les Présidents récents de la Ve République (VGE, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, mais aussi Hollande, quoi qu’il veuille laisser paraître); de toute façon, il essaiera jusqu’au bout et il est bien possible qu’après avoir aidé à torpiller Fillon en 2017, il s’apprête à récupérer la mise en 2022…
– à moins qu’entretemps, Wauquiez n’ait réussi à s’imposer: il est clairement d’un matériau présidentiable, est déjà focalisé sur cet objectif et a su se positionner à la fois à droite (les assistés) et chez les modérés (héritage de Barrot, « droite sociale », classes moyennes), tout en « sentant » les évolutions socio-politiques modernes (les « sujets de la vie quotidienne » de ceux qui votent); il a un très bon ancrage local, alors même que sa circonscription n’est plus aussi acqusie à la droite.

D’aucuns pourraient nous enjoindre d’être plus volontaristes et de regarder vers les plus jeunes. Mais la France n’en est pas encore au stade du Royaume-Uni ou des Pays-Bas et l’exemple américain n’incite pas à penser qu’une carrière météorique soit possible dans un régime présidentialisé. Obama n’est pas un contre-exemple: il a eu du mal à s’imposer face à Hillary Clinton (il a eu moins de voix qu’elle… ne l’oublions pas) et il n’a pas gagné pour sa jeunesse mais pour sa couleur de peau (y compris dans la nuance pas trop foncée, quand même…) et grâce à une stratégie et une organisation exemplaires.
Il faudrait alors surveiller un Guillaume Peltier, infatigable et ambitieux, mais très à droite, ou un Christophe Béchu, auréolé de succès électoraux locaux, mais trop locaux justement. Toutefois, le creuset local, bien que riche en espoirs (Edouard Philippe, Valérie Boyer, Philippe Dallier déjà « amorti »,…), ne laisse pas apparaître beaucoup de futurs « présidentiables ». Mais, après tout, Wauquiez aura, en 2022, à peine plus que l’âge de Valls aujourd’hui…

5. En attendant 2022, cette élection à la présidence de l’UMP semble un peu moins incertaine (le ralliement de Baroin semble avoir porté un coup psychologique à Copé, qui a de plus en plus de mal à sourire), mais n’oublions pas le débat du 25 octobre, ni l’ampleur de l’écart entre les deux hommes. Bref, il reste matière à suspense et, même si la campagne connaît peu de rebondissements, on pourra se consoler avec une présidentielle américaine présentant, enfin, un peu d’intérêt (même si le rebond national de Romney ne devrait pas durer et, surtout, ne devrait pas se traduire suffisamment Etat par Etat pour qu’il espère raisonnablement l’emporter).

Bientôt, quelques spéculations sur le PS en 2017 et en 2022…

Election à la présidence de l’UMP: stabilité des sondages et inutilité de Xavier Bertrand

1. La dernière livraison de l’IFOP pour Paris-Match (sondage réalisé les 6 et 7 septembre 2012 auprès d’un échantillon total de 1007 personnes) ne repose pas sur un questionnement direct pour la présidence de l’UMP, mais sur la « préférence pour une personnalité » et donc s’en rapproche clairement et, comme pour les trois précédents « tableaux de bord », je l’intègre dans notre graphique général du rapport de force Fillon-Copé:
Fillon 73 (+3)
Copé 25 (+1)
ni l’un ni l’autre 1 (-5)
ne se prononce pas 1 (+1)

Fillon est proportionnellement plus fort avec l’âge et recrute dans toutes les catégories de diplômes. Il est moins fort chez les ouvriers (62-33) et, marginalement, chez les commerçants et artisans (67-29).
La seule évolution de moyen terme décelable est l’évolution « politique », avec une situation davantage de centre-droit pour Fillon, qui était moins marquée avant l’été: 62-36 chez les électeurs FN et 64-32 chez les électeurs Le Pen, mais 74-19 chez les électeurs PS et 91-8 chez les électeurs Bayrou.
Toutefois, il reste fort dans le coeur de l’électorat UMP: 71-27 chez les électeurs Sarkozy.
Chez les électeurs PCF-PG, le rapport est de 65-16.

Publié avant-hier, le sondage IFOP pour Atlantico.fr est plus intéressant, mais donne exactement le même rapport de forces. Réalisé du 11 au 14 septembre 2012 auprès de 428 sympathisants de l’UMP (extraits d’un échantillon total de 2012 personnes), il donne
Fillon 59 (-3)
Copé 20 (-1)
NKM 6 (+2)
Le Maire 4 (+2)
Bertrand 3 (+2)
Guaino 1 (+1)
aucun 7 (-3)

Malgré un grignotement de chacun des petits candidats, le duel majeur n’est pas remis sérieusement en cause.
Dans le détail, les caractéristiques de l’électorat potentiel de chacun sont comme immuables.
Fillon est quasiment d’autant plus fort que l’âge est plus élevé: toujours un bon élément en termes de mobilisation potentielle.
Il est fort dans toutes les CSP, sauf chez les ouvriers (Copé est à 36%) et les « autres inactifs », soit les étudiants et les chômeurs (Copé à 25%), catégories de toute façon peu représentées à l’UMP et moins susceptibles de se déplacer. En termes géographiques, si Le Maire est relativement bon dans les communes rurales (8% – même score chez les retraités), Fillon fournit un score étonnant en Ile-de-France: 64-17 contre Copé. Mais, ici, l’écart entre sympathisants et militants peut être très fort, encore davantage que dans toutes les provinces.

La prédominance sondagière de Fillon se poursuit donc, sans grand changement, avec toujours le même bémol: ce sont bien des sympathisants déclarés qui sont sondés, non les adhérents de l’UMP, ceux qui iront voter.

Il paraît peu envisageable que le rapport soit inversé ou même que Copé soit légèrement au-dessus de Fillon, à 51-49. Si les sondages devaient se stabiliser ainsi jusqu’à la fin, le rapport de forces final serait probablement de 60-40, celui qui permet d’affirmer qu’une victoire est solide et légitime:
Jospin-Emmanuelli  (primaire de 1995) 65,8/34,2
Alliot-Marie-Delevoye (présidence du RPR de 1999) 62,7/37,3
Pécresse-Karoutchi (primaire régionale de 2009) 59,9/40,1
Le Pen-Gollnisch (présidence du FN et primaire de 2010) 67,7/32,3
Joly-Hulot (primaire de 2011) 58,2/41,3
Mélenchon-Chassaigne (primaire de 2011) 59,1/36,8
Hollande-Aubry (primaire de 2011) 56,6/43,4.

Il paraît donc difficile de croire que l’on pourrait se retrouver dans le scénario du PS en 2008 (Aubry-Royal).
Et pourtant…

2. La « bataille des ralliements » continue de battre son plein. L’incertitude continue notamment de peser sur le positionnement de Juppé et, de manière secondaire, de Bertrand, Le Maire et NKM.

Cela fait beaucoup d’inconnues et Copé, tant auprès de Juppé que de Le Maire et, évidemment de Baroin, conserve une capacité de conviction importante.
A l’heure actuelle, la période n’est pas faste pour Copé car, après Estrosi et Morano, Fillon a réussi à arracher Bussereau et Lancar à l’autre camp. Concrètement, ce ne sont pas des super-poids lourds. Mais, localement, Bussereau peut compter dans une fédération (Charente-Maritime), dont nous avons vu qu’elle n’était pas négligeable, et dans une région où il est en mesure de contrebalancer en partie l’influence de Raffarin.
Quant à Benjamin Lancar, il dirige quand même les Jeunes Pops, dont nous venons de voir qu’a priori, ils étaient largement copéistes. Et il représente justement une « force militante »: à force, l’argument de Copé sur « les militants contre les barons » ne pourra quand même plus trop tenir.
Surtout, dans l’un comme dans l’autre cas, tout concordait pour les inscrire parmi les soutiens de Copé. D’ici à ce que la même surprise ait lieu sur Le Maire ou même Baroin…

Quant à Xavier Bertrand, il semble avoir tout faux. Il a encore réussi à repousser le jour de sa décision, en entretenant artificiellement le suspense sur sa candidature. Aujourd’hui, il veut monnayer son ralliement et fait peser une pseudo-menace avec sa candidature à la primaire de 2016… Quelle arme nucléaire quand on voit son niveau dans les sondages… De l’art de rentabiliser au maximum ses 3-4%… Mais, à force de se faire désirer, plus personne ne l’attendra et la vraie campagne débutera sans lui, entre le 18 septembre et le 5 octobre. Il apparaît un peu comme la grenouille voulant se faire plus grosse que le boeuf…

(Nous reviendrons sur la perspective de 2016-17, mais constatons d’ores et déjà que nous sommes, électoralement parlant, dans une optique désormais totalement américaine, conséquence logique et prévisible dès 2000 avec l’adoption du quinquennat.)

Encore davantage que les ralliements, la « bataille des parrainages« , à partir de demain, sera sûrement utilisée par Copé pour tenter d’amorcer une dynamique inverse.

Les copéistes annoncent qu’ils sont au-delà des 20 000 parrainages, tandis que les fillonistes seraient aux environs des 15 000. Mais nous ne saurons en réalité jamais véritablement combien de parrainages valides chaque candidat aura reçus, puisque la COCOE (commission d’organisation) ne publiera que la liste des candidats retenus, sans le nombre de parrainages validés, sur le modèle du Conseil constitutionnel en matière d’élection présidentielle.

Certes, les copéistes ont dit qu’ils tiendraient les parrainages à la disposition de journalistes pour prouver leurs dires (et la confidentialité ? ils optent maintenant plutôt pour un constat d’huissier…), mais il est certain qu’il y aura un peu d’intoxication, probablement comme Xavier Bertrand, avec ses sacs censés contenir 8 200 parrainages.

Surtout, étant donné la différence sociologique des électorats potentiels de Fillon et de Copé, il y a fort à parier que les copéistes sont plus mobilisés que les fillonistes: ainsi, une avance sur les parrainages aura bien un effet médiatique positif pour Copé, mais elle ne signifiera pas pour autant un rapport de forces équivalent dans l’ensemble des adhérents (déjà, je peux vous assurer que Fillon aura au moins 2 voix de plus que le nombre de ses parrainages 😀 ): c’est la même chose pour l’affluence aux meetings, qui n’annonce pas le résultat dans les urnes.

Toutefois, ce sont le ou les débats télévisés qui constitueront probablement le morceau de choix: la « bataille médiatique » reste la plus importante. La campagne de terrain restera sûrement importante, mais elle ne mobilisera que les déjà convaincus; elle peut avoir seulement un effet indirect, en convaincant les médias que la dynamique est plutôt chez l’un ou chez l’autre et en modifiant alors, éventuellement, le discours ambiant. Dans cette campagne de terrain, alors que Fillon n’est toujours pas débarrassé de ses cannes (on a dépassé les 15 jours, pourtant…), il apparaît néanmoins presque aussi présent que Copé, au moins sur le plan médiatique.

Les débats télévisés auront une possibilité d’influence essentielle car ils peuvent éventuellement modifier les traits d’image. Copé devance Fillon sur un seul trait, le dynamisme, mais justement peut en faire un levier en focalisant les choses sur le fonctionnement du parti. Toutefois, dans le contexte général, la stature, l’expérience et le positionnement rocardo-juppéo-barriste de Fillon lui assurent une forte avance.

De ce point de vue, la position de challenger de Copé est plus intéressante, car les médias (comme nous tous 😉 ) aiment le suspense et les « remontées fantastiques ». Ceci étant dit, les petites bisbilles internes au gouvernement, les premiers « pas de géant » de l’hypo-président, le Premier ministre déjà essoré pour certains, tout cela semble encore devoir agiter le microcosme pour quelques temps. L’essentiel pour Fillon serait que les médias continuent de traiter l’UMP comme une simple distraction, sans remettre en cause l’actuel bruit de fond d’une « victoire annoncée ».

J’ai cependant du mal à croire que cela tiendra 2 mois entiers, même avec le répit des vacances de la Toussaint. Or, si Copé parvient déjà à modifier son image médiatique, ce sera une grande partie du chemin, car la modification viendra alors parmi les adhérents et militants, plus réceptifs et réactifs que l’ensemble des sympathisants. Il n’a de toute façon rien à perdre et peut se permettre d’être plus offensif, de réclamer plusieurs débats et une formule en face-à-face et non en côte-à-côte et de continuer d’utiliser les relais de la logistique d’appareil (quand on reçoit, à 1 seconde d’intervalle, un SMS de JFC candidat annonçant une réunion locale et un SMS de JF Copé SG annonçant la bonne prise en compte de la réadhésion, on peut effectivement douter de l’impartialité totale de l’appareil du parti… 😛 ).

Et puis, je me répète sur ce point également, mais les médias de gauche pourraient se réveiller en faveur de leur « meilleur ennemi » (sachant que, de l’autre côté, le Figaro et Atlantico semblent tenir, pour le moment, sur une position de neutralité prudente et attentiste…).

A suivre dès demain…

Election à la présidence de l’UMP: que nous apprend la répartition des adhérents de l’UMP sur le territoire ?

1. Peu de Français sont syndiqués et peu de Français sont membres d’un parti politique. Le phénomène est général dans les pays industrialisés, mais il a toujours été plus marqué dans les pays occidentaux et en France en particulier.

L’UMP n’échappe pas à cette situation. Globalement, les adhérents de l’UMP représentent 0,3942% de la population française (en tous les cas, ceux à jour de cotisation au 30 juin 2012). Certes, il peut être factice de prendre en compte les Français âgés de moins de 18 ans, mais il n’y a pas d’âge légal minimum pour adhérer à un parti et aucune limitation ne figure dans les statuts de l’UMP (le PS indique 15 ans); d’ailleurs, dès l’instant où le représentant légal du mineur l’autoriserait, il n’y aurait de totue façon aucune limite, dans la mesure où il s’agit de la liberté d’association. Bref, les proportions retenues ici le sont par rapport à l’ensemble de la population.

Les regroupements en tranches « irrégulières » ont été effectués pour associer des départements plus similaires: j’ai scindé là où apparaissait un écart conséquent entre deux départements.

Plusieurs éléments paraissent régir la répartition territoriale des adhérents de l’UMP:

– comme élément modérateur, la présence d’un centre-droit fortement incarné sur le plan local semble avoir freiné l’implantation de l’UMP: Sauvadet en Côte d’Or, Leroy dans le Loir-et-Cher, Loos, Zeller, Bockel ou quantité de « divers droite », radicaux et centristes en Alsace; la Bretagne, le Nord-Ouest en général, mais aussi l’Eure-et-Loir, les Deux-Sèvres ou l’Aveyron (malgré la longue présence de l’atypique RPR Godfrain) ont des traditions UDF ancrées et qui ont probablement limité la progression de l’UMP;

– le gaullo-chiraquisme de jadis conserve encore quelques traces: franges occidentales du Massif Central, Périgord, façade atlantique du Sud-Ouest, Paris et les banlieues riches ou moyennes de la capitale. L’influence de quelque baron local du passé peut également constituer un élément d’explication possible: Lipkowski en Charente-Maritime, Ollier dans les Hautes-Alpes, Mancel et les vieux Dassault dans l’Oise, Galley dans l’Aube;

– de ce point de vue, des héritages ont pu se faire et de nouveaux barons prolonger l’influence de leurs aînés: Bussereau en Charente-Maritime, Marini, Woerth, Courtial et Dassault dans l’Oise, Copé en Seine-et-Marne (après Peyrefitte et Larché), Novelli et Peltier en Indre-et-Loire (après Royer), Baroin dans l’Aube, même Raffarin dans la Vienne (après Monory);

– l’influence de barons locaux plus « récents » n’est pas à exclure: Bertrand dans l’Aisne est l’exemple le plus frappant; mais aussi peut-être Chatel en Haute-Marne (bien que le sanctuaire du gaullisme puisse à lui seul expliquer cette situation);

– la politisation plus grande liée à l’urbanisation peut en partie expliquer les pourcentages élevés d’adhésion en Ile-de-France, dans le Rhône ou même en Loire-Atlantique (en comparaison de son environnement, dans ce dernier cas); à l’inverse, la faible implication politique dans des départements traditionnellement abstentionnistes (Nord-Pas-de-Calais, Moselle ou même Loire) se retrouve peut-être, aussi, dans la carte de l’UMP;

– mais c’est évidemment la droitisation du Sud-Est qui est extrêmement lisible, avec un arc Menton-Arles très puissant, mais aussi des terres plus à gauche où l’appartenance à l’UMP est forte: Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales, Vaucluse, en raison d’une prédominance RPR (ou DL « dure ») suivie d’un quasi-monopole UMP à droite. Le contraste avec l’Alsace-Moselle ou l’Orléanais, pourtant fortes terres de droite est frappant: c’est bien une droite boutiquière et industrieuse, mâtinée d’une droite de retraités héliotropiques, qui a investi en masse l’UMP.

Il faut bien sûr garder à l’esprit quelques précautions et nuances dans l’interprétation de ces chiffres. Le caractère restreint du nombre d’adhérents dans certains départements peut rendre le pourcentage fort variable (Saint-Pierre-et-Miquelon est largement en tête…). Dans les DOM et les COM, le manque de fiabilité de certains recensements peut altérer celle dudit pourcentage. En ce qui concerne les Français de l’étranger, l’inertie dans l’actualisation de l’immatriculation peut également conduire à fausser ledit pourcentage.

2. Tout cela reste cependant fort peu encourageant pour Fillon.

La forte présence provençale, azuréenne et languedocienne, représentative de la droitisation de l’UMP ne peut le favoriser, même s’il bénéficie là de ralliements de poids (Estrosi, Ciotti, Falco, Léonetti). Les contingents importants d’Ile-de-France, même dans des départements plus à gauche, sont loin d’être seulement le fait de cadres, professions libérales et professions intellectuelles plus fortement engagés; il y a bien une composante populaire « vindicative » qui tire vers la droite et sera plus attirée par la candidature Copé, d’ailleurs ouvertement revendiquée comme « populaire » et ancrée dans des terres « difficiles » (sous-entendu, de gauche et FN). Copé, en outre, est un voisin et cela peut encore renforcer ses probables bons scores en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, voire dans le Val-d’Oise.

Qu’il s’agisse de la droite boutiquière, des artisans-commerçants, ou de celle des retraités conservateurs et sécuritaires, cette « droite dure » se tournera plus naturellement vers Copé, même si Fillon peut rassurer le grand âge.
Qu’il s’agisse de la droite industrieuse, celle des entrepreneurs, dont le libéralisme la fera suivre des Chatel, Novelli et Mariton chez Copé, ou celle d’exploitants agricoles, pour qui la présence de Jacob chez Copé comptera, la tâche de Fillon sera rude.

Certes, Fillon peut espérer réaliser quelques percées chez les cadres supérieurs et entrepreneurs, plutôt en Ile-de-France ou dans le Lyonnais. Mais cela ne contrebalancera pas forcément les gros contingents dont il vient d’être question.

De plus, la faiblesse du nord-ouest, de l’ouest du grand bassin parisien, mais aussi de terres plus raisonnables et/ou plus traditionnelles du nord-est (Alsace, Bourgogne historique), ne peut que réduire la base de départ de Fillon, plus modérée.

Même dans des fédérations plus « mélangées » et équilibrées, Fillon risque de pâtir de ralliements nombreux du côté de Copé, soit de barons locaux (Oise, Indre-et-Loire), soit de l’appareil local (Rhône), ou de ralliements quasiment « contre nature » (Daubresse dans le Nord, Raffarin en Poitou-Charentes).

Certes, Fillon continue de rallier:
– Devedjian l’a bien entendu rejoint, mais c’est plutôt une… mauvaise nouvelle, tant Devedjian est un marginal dans son propre département,
Morano a créé une grande surprise en ralliant Fillon: là, en revanche, le jeu est peut-être réouvert en Meurthe-et-Moselle, même si Rosso-Debord est, elle, derrière Copé et même si un certain nombre d’adhérents modérés ont dû suivre Hénart dans l' »aventure » d’un parti radical indépendant de l’UMP,
– Teissier, à Marseille, ne se rallie que parce qu’il est l’ennemi des ennemis de Fillon (Gaudin, Deflesselles,…). Avec Valérie Boyer (que l’on a tort de résumer à une représentante supplémentaire de la Droite populaire et qui prend ici date, alors qu’elle aurait très bien pu être une solution habile de Gaudin pour le remplacer), il apporte toutefois une petit bouffée d’oxygène à Fillon dans les Bouches-du-Rhône, ce qui « libèrera » sûrement le vote de quelques militants.

Il reste des ralliements à venir qui pourraient continuer de le favoriser:
– Bussereau n’a, à ma connaissance, pas fait connaître sa préférence et, même si ce serait là aussi une petite surprise, il pourrait opter pour Fillon, même si Quentin, à Royan, semble davantage destiné à soutenir Copé; la Charente-Maritime est une fédération numériquement non négligeable,
– Carrez ne veut finalement pas s’aligner et c’est plutôt un recul pour Copé,
– Accoyer pourrait sortir de son non-alignement et assurer un bon score en Haute-Savoie,
– logiquement, Le Maire devrait le rejoindre et garantir le département de l’Eure et un peu au-delà (Seine-Maritime et Eure-et-Loir),
Juppé, bien entendu, aurait un poids significatif dans toutes les fédérations d’Aquitaine (avec, de manière accessoire, MAM dans les Pyrénées-Atlantiques) et au-delà (Edouard Philippe, le maire du Havre, suivrait alors probablement vers Fillon si à la fois Juppé et Le Maire le soutiennent; idem pour Apparu qui rééquilibrerait le combat dans la Marne); mais les copéistes ont vu quelques signaux de Juppé en faveur de Copé (insistance sur les « mouvements », par exemple),
Bertrand assurerait l’Aisne, fédération non négligeable, comme nous pouvons le constater sur la carte, mais aussi de bons scores en Picardie et un peu plus au nord.

Mais Copé peut encore compter sur quelques ralliements tardifs mais pouvant avoir un certain retentissement:
Baroin, même si, comme je l’ai dit, plus il attend, moins il comptera,
– d’autres barons locaux comme Warsmann dans les Ardennes, Fromion dans le Cher ou Marleix en Auvergne (surtout avec Hortefeux en plus) peuvent encore le rejoindre.

Bref, rien n’est joué, loin de là. Il est vrai que le fait que Copé éprouve le besoin de déclarer qu’il « sen[tait] une dynamique » tendrait plutôt à prouver qu’il ressent quelques difficultés. Mais l’échéance est lointaine.

L’actualisation de ma carte de pronostics, en prenant en compte les ralliements récents (y compris Béchu dans le Maine-et-Loire, par exemple), montre que la faiblesse de Fillon en Ile-de-France, dans le Suid-Est et dans le Nord-Est pourrait suffire à Copé à refaire son retard.

Election à la présidence de l’UMP: les sondages sont-ils réellement utiles et Fillon est-il réellement un meilleur candidat présidentiel ?

Plutôt que de répondre dans les commentaires, voici une petite note qui rend plus visibles des discussions intéressantes lancées par bibs:

1. Il est évidemment très difficile de pouvoir estimer la relation homothétique qui nous permettrait de passer des sondages sur les « sympathisants » aux résultats chez les adhérents. La primaire socialiste de 2006 n’est d’aucun secours, les résultats chez les adhérents accentuant même l’avance de Royal, comme je l’ai déjà dit. A l’inverse, les 55 à 65% de Hulot dans les sondages de 2011 ont fait 40% au final et les 25-30% de Joly ont fait 50%. Certes, l’élection à l’UMP sera plus proche d’une primaire PS que du happening idéologico-politique des Verts, toujours rebelles et bornés, ainsi que je l’ai souligné (les Verts de base considérant presque le fait d’être populaire et electable comme suspect !…) mais nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise…

Les sondages généraux et la différence entre droite large (y compris centre-droit) et sympathisants UMP pourraient éventuellement nous aider. Mais ce n’est pas flagrant. Au contraire même de l’intuition, j’avais pu faire quelques constats rassurants pour les fillonistes en 2011, lorsque les sondeurs (essentiellement en août-octobre) cherchaient un substitut à Sarkozy (vous savez, le faux suspense sur l’éventuelle non-candidature de Sarkozy…).
Eh bien, en se rapprochant un peu du coeur UMP (c’est à dire en passant des électeurs de droite et du centre-droit aux sympathisants UMP, ou en comparant les électeurs ARES ou NC-Parti Radical ou Borloo ou même MoDem et ceux de l’UMP et même ceux du FN), on obtenait simplement que Juppé était en fait le nouveau Barre ou Balladur, bref le candidat UDF, mais que Fillon (qui aurait pu tenir ce rôle d’UDF de droite) semblait déjà très bien se tenir à l’UMP même et n’être pas du tout impopulaire au FN. Transposés aujourd’hui, ces constats permettraient de « dégager » avant l’heure NKM et Le Maire (voire Bertrand), surtout soutenus de l’extérieur de l’UMP, et de se dire que Fillon, qui a toujours été ferme sur les questions intéressant la droite dure (immigration, éducation, institutions), n’est pas si incompatible que cela avec la Droite Populaire et l’aile droite du parti. Le ralliement de Ciotti et de Barèges en témoigne, même si Luca, Boyer, Brunel ou Morano sont avec Copé (j’ai lu dans le Monde qu’ils classaient Mariani avec Copé, mais je n’ai vu aucune déclaration de sa part en ce sens).

Je l’ai dit en examinant quelques résultats partiels sur les répondants se disant « sympathisants UMP » mais ayant voté Bayrou ou Le Pen au 1er tour de 2012: plus on s’approche d’un électeur UMP pur, plus c’est le duel Fillon-Copé qui domine et plus les petits candidats sont marginalisés, mais rien ne nous permet d’évaluer le rapport de force Fillon-Copé, si ce n’est qu’il ne semblerait pas différent. Après tout, c’est peut-être cela le véritable enseignement… Sauf que, intuitivement et concrètement, nous savons bien que Fillon ne va pas gagner par 70-30

En effet, les autres confrontations internes à l’UMP qui ont été mesurées ne peuvent servir de référence, malgré l’apparente pertinence des sondages:
– dans le cas de la municipale de Paris en 2006-2008, Panafieu était à la fois la candidate la plus connue et surtout la plus proche du coeur de l’ancien RPR parisien: Goasguen, d’ailleurs sous-évalué dans les sondages, plus punchy, plus à droite, plus libéral, plus « militant » (ça ne vous rappelle rien ?), n’était qu’un ancien DL, issu du 16e. Pas forcément idéal pour une UMP parisienne en fait très RPR et plus « populaire » que son électorat, au sens de « plus implantée dans l’Est ». Certes, la Panaf était une grande bourgeoise du beau 17e, mais elle était une RPR, qui avait lutté dans le moins beau 17e et héritière de vieux gaullistes ayant aussi combattu dans le (pas encore) bobo 14e. Quant aux autres candidats (Lellouche le dilettante et Tibéri le vieux responsable de la déroute historique de 2001), ils n’avaient de toute façon aucune chance. Bref, Copé est nettement plus « alléchant » comme choix que les Goasguen, Lellouche et Tibéri;
– quant à la régionale d’Ile-de-France de 2010, si Karoutchi et Pécresse étaient bien tous deux RPR, Karoutchi n’était pas, là non plus, un choix aussi dynamique et efficace que peut l’être Copé; en outre, Karoutchi, bien que plus « populaire » que Pécresse, était lui aussi un élu des Hauts-de-Seine, était sénateur et apparatchik et venait de reconnaître son homosexualité: pas les plus grands atouts pour récolter les voix des adhérents de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, du Val-d’Oise, de l’Est parisien ou de Seine-et-Marne pas forcément convaincus par la bourgeoise Pécresse. Karoutchi n’est pas Raoult.
Toutefois, il faut reconnaître que le précédent de cette primaire reste quand même encourageant pour Fillon.

Les exemples à l’étranger ne sont pas forcément bons pour Fillon:
– les primaires républicaines ont vu tomber nombre de modérés, ou même de conservateurs, face aux plus extrémistes tea-partiers et dans des proportions souvent supérieures à celles envisagées dans les sondages,
– Ed Miliband a prévalu sur David Miliband en 2010, malgré les sondages (mais il est vrai que le corps électoral du Labour reste encore « déformé » par la sur-représentation des militants syndicaux).
Il reste que tout cela est difficilement transposable à l’élection actuelle à la présidence de l’UMP.

2. Qu’en est-il de l’electability véritable de Fillon ?

Je persiste à penser qu’il serait un meilleur candidat présidentiel que Copé:

– l’actuel désenchantement pour le Hollande normal ne doit pas faire oublier que le principal facteur de sa victoire reste purement et simplement l’anti-sarkozysme; cela veut dire: une meilleure mobilisation à gauche, voire chez des abstentionnistes usuels, pour « virer » le Président honni; mais aussi un basculement de centristes vers le modéré Hollande (à défaut du modéré DSK), comme on a pu le suivre au cours des mois, avec cette « petite troupe » passant de DSK à Borloo, de Borloo à Bayrou et de Bayrou à Hollande; mais encore une démobilisation au centre-droit voire dans la droite modérée (certains électeurs traditionnels, par exemple dans l’Ouest, préférant s’abstenir que de voter pour Sarkozy, même si cela signifiait aider à l’élection de Hollande). Sur tous ces éléments, Copé aurait un pouvoir de mobilisation négative également assez important, alors que Fillon serait en mesure de regagner l’électorat de centre-droit et du centre, sans effrayer la droite dure et la droite extrême;

– le temps est à la crise et Fillon a une image de sérieux et de rigueur depuis fort longtemps (quoi que l’on pense de la réalité de cette image). Or, les images construites dans le temps sont les plus solides et conditionnent souvent un comportement électoral futur. Or, Fillon, c’est la réforme des retraites de 2003 (Raffarin était d’ailleurs « vert » que ce ne soit pas lui qui soit identifié à cette réforme… d’où, en partie, son animosité à son endroit); c’est une réforme, certes avorté, mais assez courageuse, de l’éducation en 2004; c’est le fameux jugement sur la « France en faillite » dès 2007. Pour les plus avertis de la chose politique (et ils sont forcément davantage représenté parmi des adhérents que parmi des sympathisants), Fillon, c’était aussi la même réforme que Pécresse de 2007 sur les universités mais en 1993 (censurée par le Conseil constitutionnel), c’était la libéralisation des télécoms et même de la Poste en 1995-97, c’était la réforme de Pôle Emploi avant l’heure (dès 2003, mais là encore freinée par Chirac), c’était le slogan « la France peut supporter la vérité » (titre d’un livre de 2006). Bref, au bout d’un moment, après l’exceptionnalisme vibrionnant, brouillon, agressif et tranchant, après la normalité conservatrice, peureuse et digne de l’autruche, peut-être le temps sera-t-il venu de la réalité dure mais nécessaire…

la présidentialité et la dimension d’homme d’Etat sont évidemment plus présentes chez Fillon, par le simple fait de sa carrière mnistérielle riche et plutôt réussie et de son long passage à Matignon (même en « collaborateur » de Sarkozy… car ce qui a fait sa popularité relative -ne pas être Sarkozy- reste aujourd’hui dans sa différence avec Copé, tellement identifié à Sarkozy).
Copé accentue encore le phénomène en déclarant maintenant être prêt à se retirer devant Sarkozy: il joue désormais trop un corps électoral de « fans », alors que les militants ne sont quand même pas tous des zombies robotiques et décervelés tout juste bons à agiter frénétiquement des drapeaux et à tendre des tracts… En outre, il se situe en retrait, juste après que le second couteau Le Maire a lui-même déclaré la même chose: il est en train de se dévaloriser par rapport à Fillon et ce n’est pas une bonne tactique.
Qui plus est, si les adhérents de l’UMP aiment Sarkozy et aiment les chefs, ils aiment surtout gagner les élections et, après tout, Sarkozy a perdu…

– Fillon garde son passé souverainiste et « traditionnel » sur le plan des institutions et de la morale, réellement gaulliste en quelque sorte, mais aussi ferme sur le plan de la sécurité et de l’immigration, qui fait que les souverainistes comme une partie du FN ne le rejettent pas, loin de là (alors que le libéral, riche et juif -oui, malheureusement, cela peut encore jouer…- Copé peut avoir moins d’atouts).
Son séguinisme est forcément positif, étant donné la bonne image que conserve ce dernier (pourtant l’homme des échecs répétés), sans toutefois être alourdi par un anti-européanisme que Fillon a abandonné depuis longtemps et tout en ayant acquis une image de réformateur et de gestionnaire lucide.
Même du point de vue familial, puisque le sujet a désormais plus d’importance même en France, le traditionnel Fillon, fidèle à sa femme depuis très, très longtemps (connue sur les bancs de l’école, un peu à la Romney) et ayant 5 enfants sans problème particulier, se distingue du gâté et chouchou de sa maman Copé, divorcé et remarié à une jeune et belle plante (un peu plus à la Besson ou à la Sarkozy);

– conjoncturellement, on peut même spéculer sur le surcroît de combativité que peut donner le fait d’affronter le décès de sa mère et un accident fort handicapant pour sa campagne. Certes, Fillon n’est pas le Chirac de l’appel de Cochin et la dénomination de « capitaine courage » donnée par Pécresse frise le dérapage de campagne, mais, malgré tout, il peut y avoir un petit surcroît d’empathie;

– quant aux qualités de Copé (j’avais déjà pu relever que, dans les sondages, la seule sur laquelle il domine est le dynamisme ou la combativité), elles sont celles de Sarkozy et ce qui a fini par handicaper l’un ne peut qu’handicaper l’autre; le sarkozysme est trop frais dans les mémoires pour que le balancier ait déjà effectué un aller-retour complet; l’aller s’est mal terminé, nous sommes dans le retour et Fillon peut incarner ce retour; Chirac lui-même n’a pas été toujours « dynamique »: la seule différence, c’est que, pendant 30 ans, il a incarné lui-même puis le contraire de lui-même… c’est plus facile…

Je pense donc qu’il y a un vrai supplément d’electability pour Fillon.

En outre, en interne, les adhérents de l’UMP ne peuvent oublier que Fillon a plaidé en 2001 pour la création de l’UMP (pas forcément une bonne idée, mais bon, quand on est militant de base à l’UMP, on a forcément un peu l’esprit de clocher…);
qu’il a été balladurien mais chiraco-compatible (comme Barnier, mais mieux que les peu courageux non-alignés Perben et Alliot-Marie) et qu’il a toujours eu de bons rapports avec Sarkozy, à part en 2002-2003, alors que Copé était déjà en rivalité et que le chiraco-juppéisme initial de Copé ne peut le faire passer aujourd’hui pour le premier des sarkozystes;
qu’il a déjà sillonné les fédérations en 1999 et que, cette même année, il a tenté de sauver les meubles derrière Sarkozy et qu’il a activement préparé les programmes du parti, tant en 2002 que, surtout, en 2007 (même si sous la houlette de Mignon et d’autres).

3., Malgré tous ces éléments, je reste pessimiste, parce que c’est ma nature et que, à titre personnel, je soutiens effectivement Fillon et, si l’occasion m’en est bien donnée, je voterai pour lui. Mais mes convictions ne m’empêchent nullement de tenter d’analyser la situation rationnellement et je ne peux m’empêcher de penser à ces fédérations de la côte méditerranéenne, de Paris et de sa banlieue, de l’Est intérieur, du Nord, voire d’une partie du Lyonnais et à leurs militants très à droite et qui aiment l’action… Et alors, comme Saint-Exupéry, je redeviens triste… 😛

Au moins vivons-nous une période intéressante de la vie d’un parti politique, comme seuls, jusque là, les Américains, les Britanniques et, parfois, les Allemands et le PS français (je mets à part la vie interne du PCUS et du PCC, sommets de l’art politique, mais pas de la démocratie :)) savaient nous en offrir. A suivre…

Election à la présidence de l’UMP: Fillon plus proche du modèle Hollande que du modèle Hulot, mais la fusée Copé pourrait dissiper l’illusion Fillon

1. Un été chaud pour l’UMP…

Le sondage IFOP pour Le Figaro, réalisé entre les 10 et 19 juillet auprès de 609 sympathisants UMP (extraits d’un échantillon total de 2983), a d’abord confirmé les tendances évoquées dans les précédents articles publiés ici.

A la question de la personnalité souhaitée comme « dirigeant de l’UMP pour les prochaines années« , les sympathisants UMP répondent:
Fillon 62 (=)
Copé 21 (+1)
une autre personnalité 11 (-2)
aucun des deux 6 (+1)

Les évolutions se rapportent à un sondage réalisé du 25 au 27 mai 2012, mais dont je ne retrouve strictement aucune trace… Peut-être un internal, ou un sondage non commandé, mais que l’IFOP a réalisé pour disposer d’une base de départ.

Cette domination très nette de Fillon est légèrement plus forte avec l’âge (ce qui est une confirmation), mais ne correspond en revanche pas, sociologiquement, aux résultats évoqués dans mon article précédent, puisque Fillon est ici surtout fort parmi les professions intermédiaires et un peu moins parmi les CSP+. Néanmoins, les écarts ne sont pas énormes. Surtout, nous sommes ici limités aux sympathisants UMP: cela signifierait que les CSP+ favorables à Fillon sont davantage ceux de gauche, ce qui n’est pas illogique. De même, il est ici moins fort en agglomération parisienne, mais là encore, l’écart peut s’expliquer par les différences entre électorat global et électorat UMP.

Un autre sondage IFOP, pour le JDD cette fois-ci, réalisé entre les 9 et 13 août, auprès d’un échantillon total de 2000 personnes (dont 20% de sympathisants UMP nous dit-on, soit 400), donne un tableau différent, quoique toujous favorable à Fillon:
à la même question, il est répondu
Fillon 48
Copé 24
NKM 7
Bertrand 5
Le Maire 2
Estrosi 1
Dord 0
aucun 13

Cela peut apparaître comme une forte érosion pour Fillon (et le camp Copé ne s’est pas privé de le dire), mais nous avons déjà souligné que Fillon est en fait un attrape-tout, qui prend tout ce qui n’est pas Copé: s’il est seul, il est très haut; si des tiers sont ajoutés, ils prennent surtout sur Fillon, que ce soit Juppé, Sarkozy, NKM ou d’autres et qu’ils soient seuls ou en groupe.

La ventilation de détail reste similaire, avec un Fillon plus fort avec l’âge des répondants; un Copé un peu plus fort dans le sud-est (28) et plus faible dans le nord-ouest (19); un Fillon étonnamment fort chez les professions intermédiaires et un Copé plus présent chez les artisans-commerçants-entrepreneurs.
Même si les échantillons sont faibles, il est intéressant de remarquer que,
– parmi les sympathisants UMP ayant voté Sarkozy, Fillon est à 50%, Copé à 27, NKM à 6 et Bertrand à 5;
– parmi ceux ayant voté Bayrou, Fillon n’est qu’à 39 et Copé à… 6, mais NKM est à 18;
– parmi ceux ayant voté Le Pen, Fillon est à 31, Copé à 26, NKM à… 0 et Estrosi à 10.
Ces chiffres peu étonnants nous confirment surtout que c’est bien un duel Fillon-Copé et qu’aucun autre (Juppé s’étant retiré) n’est en mesure de le troubler. L’électorat fondamentalement UMP ne se concentre que sur Fillon et Copé.

Enfin, dans ce même sondage, 53% des sympathisants UMP souhaitent que Sarkozy soit de nouveau candidat en 2017… Glups… Quelle dimension privilégier dans cette réponse: le légitimisme (favorable à Fillon) ou l’activisme (favorable à Copé) ?

2. Un certain nombre d’arguments doivent permettre à l’équipe Fillon de rester optimiste:

ces sondages avec des échantillons de 600 et de 400 rappellent ceux effectués, avec une certaine fiabilité, pour les primaires socialistes de 2006 et 2011 et ceux pour la primaire UMP pour la tête de liste des régionales en Ile-de-France en 2010, Pécresse battant Karoutchi avec le score à peu près anticipé par les sondeurs,

les contingents UMP ne sont pas tous des génies politiques mais, tactiquement parlant, ils sont moins obtus que ceux d’EE-LV préférant Joly à Hulot et sont davantage capables de voir l’intérêt de leur parti,

idéologiquement, Fillon n’est pas aussi « dérangeant » que Hulot pour les Verts… ! Au contraire, cette élection interne ne semble pas tellement située sur le fond et sur l’idéologie (même si elle aura aussi ces conséquences-là), mais, comme c’est de plus en plus la règle dans la politique moderne, sur les personnalités et les positionnements, ce qui ne peut apparemment qu’avantager la force tranquille et rigoureuse de Fillon,

les traits d’image et les positionnements personnels sont plus difficiles à modifier que les clivages d’idées et Copé aura donc du mal à se départir de son côté bull-dog (mais est-ce un désavantage en interne ?)

l’electability de Fillon semble jusque là correspondre à l’aspiration du moment à l’UMP et au résultat d’une défaite pas humiliante au second tour de la présidentielle: assumer le bilan du quinquennat, tout le bilan, mais sans les outrances du Président sorti,

le ticket que propose Copé (déjà… Sarkozy est vraiment un mou et un lent à côté de Copé… :P) est très libéral et « d’appareil »: Chatel vice-président et Tabarot secrétaire générale. En y ajoutant Raffarin à la présidence du conseil national (pas très valorisant pour lui de ne pas être vice-président, mais bon, il apparaît quand même), cela fait beaucoup d’anciens DL. Cela laisse la possibilité à Fillon, avec une Pécresse vice-présidente (oui, difficile de la mettre SG maintenant :P), un Wauquiez SG et (croisons les doigts) un Juppé président du conseil national (ou même avec un Ciotti SG et Wauquiez ou Pécresse glissant au porte-parolat), de ratisser plus large et de faire plus médiatique et renouvelé.

3. Pourtant, les signaux d’inquiétude me paraissent nombreux, même si pas très surprenants (avant l’élection présidentielle, j’écrivais ma certitude d’un Copé président de l’UMP et candidat battu en 2017 contre un Hollande décidément très chanceux):

ces sondages concernent les « sympathisants » et non les adhérents et Hulot a vu la différence que cela faisait face à Joly; il s’agit bien, en outre, d’une élection interne et non d’une primaire ouverte,

– en termes d’organisation, Copé est clairement au-dessus et au-delà de Fillon. Bien entendu, il a tout l’appareil de l’UMP, mais on ne sent pas, chez Fillon, la mise en oeuvre d’une forte mécanique. Je peux témoigner d’une difficulté particulière à joindre cette équipe: il est vrai que ma volonté de vérifier ma capacité à voter implique d’avoir accès aux fameux fichiers d’adhérents… L’UMP en tant que telle n’est pas plus diserte, mais il faut y voir là la volonté de ne pas étendre à l’excès le corps électoral: plus la participation sera limitée, plus Copé sera favorisé…
Quoi qu’il en soit, même avec l’importance de tout parrainage supplémentaire, aucune des adresses électroniques de l’équipe Fillon ne donne signe de vie…
A n’en pas douter, avec les gros bataillons des Bouches-du-Rhône, du Gard, de l’Hérault, du Rhône, du Nord, de l’Isère, de la petite couronne, du Val-d’Oise, de Seine-et-Marne et même si Fillon arrive à équilibrer les choses dans le Var, les Alpes-Maritimes, en Alsace et à Paris, et à prendre l’avantage dans les Yvelines et dans l’ouest (avec des incertitudes encore fortes en Moselle ou en Haute-Savoie), Copé risque de se présenter, le 18 septembre, avec 15 000 parrainages, alors que Fillon dépassera difficilement les 10 000. Médiatiquement, le coup pourrait être dur.

– plus largement, la géographie n’est pas a priori excellente pour Fillon. Mais j’y reviendrai dans un prochain article avec une petite surprise cartographique.

– en termes de dynamique de campagne, que d’erreurs accumulées par Fillon pendant l’été… Quel besoin d’aller faire le mariole avant une élection d’une telle importance ? Se retrouver dans le plâtre (certes de la jambe… gauche) ne peut que renvoyer à un amateurisme qui n’a plus cours en politique (oui, bon, d’accord, il y a Hollande et le gouvernement Ayrault, mais bon… :P). Quel besoin de s’afficher avec le PDG de Ferrari ? Voilà un bel argument sur les tendances sarko-bling bling de Copé qui tombe… Quel besoin, simplement, de prendre des vacances ?
Copé peut même se payer le luxe, alors même qu’il est dans la place et contrôle tout et que tous les apparatchiki le soutiennent, d’apparaître, au mojns au début et tant que les sondages ne se sont pas resserrés, comme l’underdog face à un Fillon candidat des sondeurs et des élites. Vieux comme la politique, mais toujours efficace (malheureusement).

– en termes de discours et de positionnement, afficher son « assurance » de gagner est évidemment maladroit: Fillon, en voulant effacer l’impression… d’effacement et de manque de caractère, se retrouve presque arrogant et trop sûr de lui… Encore une critique contre Copé qui tombe. Certes, tout cela a lieu au coeur de l’été et personne n’y prête trop attention, mais quand même…
De l’autre côté, Copé a repris le manteau du sarkozysme, ce qui est évidemment purement démagogique (comment penser qu’il laisserait la place à Sarkozy comme candidat en 2017 ?!? On se moque du monde…), mais est forcément utile.
Copé est également aidé par la mollesse gouvernementale et par l’impatience grandissante (voir les sondages qualitatifs sur le gouvernement « qui n’en fait pas assez ») d’une opinion publique qui vomissait pourtant Sarkozy l’excité… Tout ceci serait drôle si ce n’était quelque peu pathétique…
Bref, le Fillon « normal » et « tranquille » pourrait (déjà) pâtir du désamour pour l’autre « normal » et « tranquille », la base UMP ne fonctionnant que « shootée » au leader survitaminé et omniprésent.
Même si, à ce jour, je trouve les médias plutôt équilibrés dans leur approche du match Copé-Fillon, les plus à gauche devraient rouler bientôt pour l’ennemi préféré du PS, Copé. Cela devrait assurer à ce dernier une dynamique supplémentaire après le 18 septembre.

– en termes de soutiens, Copé engrange fort (Raffarin, Chatel, Gaudin, Karoutchi, Carrez, Goasguen,…) et surtout pourrait réaliser des « coups » auprès des autres candidats potentiels: Bertrand semble prêt à se venger de Fillon, NKM est curieusement proche de Copé. Apparaît d’ailleurs ici toute l’ambiguïté de cette bataille, tant il est vrai qu’idéologiquement, les Bertrand, NKM, Le Maire, Baroin, Raffarin, Daubresse, Laffineur ne devraient nullement se retrouver chez Copé ou simplement hésiter
Certes, il me semble bien avoir aperçu un Olivier Stirn décrépit et chevelu derrière Copé (la poisse, Jean-François ! :P)
Certes, et plus sérieusement, Juppé donne quelques signes infimes qu’il pourrait éventuellement privilégier Fillon, mais rien n’est moins sûr. Estrosi ne tombera pas forcément du côté de Copé, mais reste hautement aléatoire. Le Maire devrait logiquement suivre le programme de Fillon, mais son villepinisme passé risque bien de le faire rentrer dans les rangs copéistes. Avec Bertrand, NKM et Baroin, il y a les 6 noms importants à suivre dans la course aux ralliements.
De l’autre côté, Fillon fait plutôt dans le « second couteau », même important. Un Larcher ne surprend pas; un Dord ne dépare pas (surtout si d’autres candidats avortés se rallient, créant une impression favorable, comme pour Hollande face à Aubry); un Léonetti contrebalance un Raffarin ou un Daubresse, mais seulement visuellement; un Gaymard entretient le chiraquisme, mais ne saurait compenser un Baroin; un Retailleau apporte une touche de souverainisme et complète l’éventail, mais reste un inconnu; un Falco donne un peu d’air parmi les gros bataillons du sud-est, mais reste isolé; un Dallier apporte de la qualité, mais aucune troupe, surtout face à un Raoult en Seine-Saint-Denis.
Ramener un Juppé, une NKM, un Estrosi et un Le Maire permettrait de compenser une « défaite » sur les parrainages…

4. Le seul élément majeur sur lequel repose la force de Fillon, ce sont la popularité et le flux sondagier, avec l’espoir d’une forte participation de membres âgés et conservateurs, voulant d’abord désigner le mieux placé pour les élections générales.

Mais même l’avantage sondagier pourrait se réduire. Comme tous les sondages publiés depuis le second tour de la présidentielle ne prenaient pas en compte les mêmes candidats, je n’ai retenu que les scores de Fillon et Copé et les ai rebasés sur 100. Cela donne la courbe suivante:

Certes, la tendance est à interpréter avec grande circonspection, étant donné la rareté des sondages depuis plus d’un mois et le fait que le seul sondage sur les 6 dernières semaines ait inclus maints autres candidats, ce qui affaiblit surtout Fillon. Néanmoins, ce n’est pas particulièrement encourageant pour la suite.

Fillon connaîtra-t-il donc le sort d’un Delanoë, en tête dans les sondages en 2008 et trop affaibli pour résister à Aubry et Royal ?
N’est-il qu’une illusion sondagière, que les militants les plus actifs et les plus « durs » vont s’empresser de dégonfler, à la suite d’un Copé parti sur les chapeaux de roues ?
Tombera-t-il comme tombent les Républicains qui ont le malheur de ne pas être des Tea Partiers durs, comme l’incroyable cas d’Orrin Hatch nous l’a montré ou, plus récemment, au Texas ?
L’UMP est-elle aussi bonapartiste que le RPR d’avant le grand âge de Chirac ?

Pour tout dire, j’ai un mauvais pressentiment, a bad feeling
J’espère vivement me tromper et que l’utilitarisme électoral ouvrira les yeux des adhérents de l’UMP et leur fera comprendre qu’un Copé 2017 ne serait qu’un chiffon rouge agité devant les électeurs de gauche ayant encore la fraîche mémoire du sarkozysme et assurerait une mobilisation suffisante à une nouvelle victoire par défaut de Hollande.
A suivre…