Le PS de 2012 à 2017 et 2022: un contexte difficile mais une situation centrale et des possibilités réelles de renouvellement du leadership

1. Méfions-nous des modes, tant elles passent vite. L’exécutif socialiste n’est pas forcément déjà et définitivement condamné.

En premier lieu, l’impopularité actuelle tient surtout à un rejet (absolu mais logique) des électeurs de droite et à un fort recul parmi les électeurs du centre-droit ou du FN. Le phénomène tient donc d’abord à une polarisation. Dès l’instant où l’électorat de gauche retrouverait un motif de mobilisation, ce pourrait être suffisant: une présidentielle est mobilisatrice; une présidentielle face à Sarkozy ou, par défaut, face à Copé, serait idéale.

Ensuite, les élections municipales, ainsi que je l’ai expliqué dans l’article précédent, ne seront pas perdues par le PS, en tous les cas pas médiatiquement, car les grandes villes font la tendance, l’impression, et seront conservées par la gauche.

La droite, sur le long terme, reste handicapée par la présence à haut niveau du FN, qui, même en admettant que le problème de la stratégie électorale soit réglée, induit mécaniquement une droitisation de l’UMP (que ce soit Copé ou Fillon). Tant que le PS garde un socle suffisant pour ne pas se retrouver en troisième position d’une présidentielle, rien n’est perdu. Or, Mélenchon ne parviendra pas plus à ses fins en 2017 qu’en 2012 et on ne voit pas qu’un écologiste émerge tellement qu’il menacerait le PS. L’apparition de l’UDI, si elle n’échoue pas lamentablement comme toutes les précédentes tentatives de Borloo, est bien plus problématique pour l’UMP.

Dans le même temps, alors que l’UDI est clairement décalée à droite, l’effacement de Bayrou et la gauchisation des Verts ne peuvent que renforcer le positionnement central des socialistes. Un regain du FG, voire de l’extrême-gauche pseudo-trotskyste, ne peut qu’en réalité le favoriser, car il ne sera pas suffisant pour recréer un « 21 avril à l’endroit » (2012 est éclairant, avec le dégonflement de la bulle Mélenchon): de ce point de vue, le parallèle avec le FN ne tient pas, numériquement parlant; mais il sera suffisant pour faire apparaître l’exécutif assez central, surtout avec un Valls à la sécurité, un Moscovici à l’économie et une Touraine à la santé, la gauche du PS étant surtout reportée dans le parti lui-même. Avec du permissif en pagaille sur le plan sociétal et avec quelques mesurettes modérées, les cadres supérieurs, voire les professions libérales (l’éccord sur les dépassements d’honoraires est emblématique de la bienveillance hollandaise à l’égard des médecns…), continueront de voter « social-démocrate ». Et ces catégories-là s’abstiennent peu.

Enfin, la conjoncture économique peut très bien se retourner avant la fin 2016, juste à temps pour la présidentielle.

L’emballement actuel qui consiste à voir Hollande déjà battu et Ayrault déjà congédié doit donc être quelque peu modéré.

2. Il n’empêche que l’affaiblissement de l’exécutif est réel. Mais plutôt pour des raisons intrinsèques: c’est la faiblesse propre de l’individu Hollande qui apparaît en réalité dans toute son ampleur.

– Son incapacité à mettre de l’ordre parmi « ses » femmes a évidemment contribué à affaiblir son autorité. C’est probablement loin d’être fini, si l’on en croit… Libération, qui nous fait part du jugement de Hollande sur la beauté de l’ex et de leur long aparté. Eh bien non, vous avez bien lu: ce n’est pas Voici mais l’une des Pravda de la gauche française qui nous gratifie de ce nouvel épisode.
Mais, plus sérieusement et plus largement, c’est sa personnalité qui est en jeu: Aubry nous avait prévenus ! « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non », « quand c’est flou, y’a un loup », « la gauche molle »… Mais aussi Royal, en défiant de trouver quelque décision que ce soit en 30 ans de vie politique… Elle était rude: mais, après tout, l’échec du PS sur le référendum de 2005, c’est bien Hollande qui l’a organisé et ce fut la seule décision importante de sa vie politique…

– Ses contradictions très précoces sont d’autant plus fragilisantes qu’elles portent sur le seul terrain où il avait fait des promesses un peu précises et où il faisait vraiment la différence (électorale) avec Sarkozy: la pratique du pouvoir. Aujourd’hui, entre la concubine, l’ex, la récupération médiatique de la mort d’un nouveau-né, la gesticulation autour de faits divers sécuritaires, les pseudo-voyages en train, les sondages élyséens qui reprennent, les cafouillages avec le Parlement et le Conseil constitutionnel, le manque de concertation interne comme le manque de discussion parlementaire, l’interventionnisme caché au sein du gouvernement ou au coeur même du PS (Hollande a fait écarter Cambadélis, contre l’avis d’Aubry notamment, pas moins), la présidence « normale » est bien morte et, avec elle, le seul « plus » de Hollande sur le plan électoral.

– Les rapports avec Ayrault se font sans autorité réelle. De ce point de vue, alors qu’on a comparé Ayrault à Fillon, il est bien plus proche d’un Raffarin, par l’impopularité croissante et (probablement) sans retour, par le positionnement d’une (petite) autonomie par rapport à un Président lui-même affaibli. Hollande aurait probablement souhaité se rapprocher du modèle Mitterrand-Mauroy de 81 ou, plus exactement, de 82-83 (lorsque Mauroy et Delors ont fait le « sale boulot » de la rigueur et du maintien dans le SME), mais il a déjà le Mauroy de 84, démonétisé, incapable de retenir les communistes, submergé par la fin du charbon et de l’acier, déstabilisé par une droite renaissante.
Ayrault n’est pas un fidèle absolu ou un exécutant, à la manière d’un Fabius, d’un Bérégovoy, d’un Juppé ou d’un Fillon (rôles que tiendraient mieux un Sapin, similaire à Fillon, ou un Moscovici, hybride de Fabius et Juppé).
Il n’est évidemment pas non plus le vrai chef comme un Villepin ou un concurrent potentiel comme un Rocard.
Il est davantage un compagnon de route à l’assise propre assez étroite, comme Raffarin, avant de peut-être finir aussi mal en point qu’une Cresson et, comme elle, de ne même plus jouer le rôle de fusible.
Le plus probable reste un « essorage » minutieux et complet d’Ayrault (qui doit servir jusqu’au bout…) pendant encore presque 2 ans.

– L’affaiblissement de l’exécutif vient aussi des libertés prises par un certain nombre de ministres, dont beaucoup jouent des divergences et parasitages avec Ayrault (Peillon, Filippetti, Montebourg, mais aussi Cahuzac ou Sapin, à leur manière).

– Hollande ne contrôle pas non plus réellement le PS, car la réduction du nombre de postes alloué à cette majorité fourre-tout diminue mécaniquement la part des hollandais. En outre, beaucoup de ministres et de hollandais rallié ont renforcé ou créé leurs propres chapelles socialistes: Valls, Peillon, Moscovici sont à la hausse; Delanoë n’est pas complètement parti et Désir n’est pas un hollandais pur jus; Montebourg et Hamon conservent une capacité de nuisance.
Surtout, Aubry sera encore là, d’autant plus qu’elle est partie fâchée et qu’elle pourrait bien revenir en recours incontournable pour Hollande, en 2014, lorsqu’il s’agira de remobiliser l’électorat de gauche (ce que j’écris là, qui date d’avant le congrès, est bien confirmé par la démonstration de force d’Aubry à Toulouse). Mais alors, Hollande sera encore plus affaibli car cela se fera à ses conditions à elle: un peu comme si Rocard avait réussi à s’imposer à un Mitterrand affaibli ! Inimaginable… ce qui montre bien l’écart galactique entre les performances politiques des deux François…

De manière connexe, les troupes parlementaires ne semblent pas aussi tenues que prévu et c’est un peu une surprise, alors que le fidèle Le Roux devrait être à la manoeuvre à l’Assemblée et que le fidèle Rebsamen regimbe et boude. Bartolone, tout à sa joie d’un poste prestigieux, se laisse aller à des libertés qui n’arrangent pas non plus la situation.

– En outre, ceux qui auraient pu constituer une deuxième génération de hollandais, plus fidèle que les éléphants ralliés (Peillon, Valls, Moscovici, voire Montebourg) parce que promue ou sauvée par le seul Hollande, sont en train de se dévaloriser rapidement: Filippetti, brouillonne et rigide, Vallaud-Belkacem grise et inaudible, Batho en porte-à-faux,…
Or, un Sapin ou un Le Foll, cela ne suffit pas à asseoir une présidence forte…

3. Cet affaiblissement prématuré, mais probablement durable car intrinsèque à l’homme et à sa pratique, risque de rendre le chemin de 2017 assez ardu.

D’abord, j’ai déjà expliqué que les municipales de 2014 ne seraient pas considérées comme perdues par le PS. En revanche, les européennes de 2014 pourraient bien être une débâcle: traditionnellement l’occasion de la dispersion et de la rébellion, ces élections pourraient relancer, même temporairement, EE-LV (comme d’habitude), Mélenchon et Le Pen.
Les régionales et cantonales de 2015 ne devraient pas être aussi catastrophiques, mais ne pourront être bonnes, tant le PS part de haut. On imagine bien la Champagne-Ardenne, la Franche-Comté, la Basse-Normandie, les Pays-de-la-Loire, voire la Bourgogne ou d’autres, enfin rebasculer à droite.
Si les municipales de 2014 pourraient bien être un répit et les européennes de 2014 une défaite du PS sans victoire de l’UMP, les régionales et cantonales de 2015 pourraient bien être une victoire plus classique de l’UMP sur le PS, sans trop de parasitage FN ou de « gauches alternatives » masquant la défaite du PS (parce qu’il y a une prime majoritaire aux régionales et que le scrutin cantonal devrait rester majoritaire, même si c’est pas mini-listes ou par binômes).

Alors, Hollande pourrait-il être menacé lors d’une primaire en 2016 ? Ou tellement affaibli qu’il doive se retirer ? Après tout, en France, comme les primaires ne s’égrènent pas par département ou région (quel dommage… :P), il est plus facile de « faire un coup » contre le sortant.
Cela n’est pas exclu mais reste très peu probable. L’exemple américain nous montre qu’un Carter s’est quand même représenté, que même un Ford a fini par l’emporter sur un Reagan, que les contestations internes ont été limitées (que l’on pense aux adversaires des LBJ, Reagan, Bush Sr, Clinton, Bush Jr, Obama lors des primaires précédant leur campagne de réélection). Le cas de figure Gore-Bradley est un peu différent, même si Gore était un peu le sortant, mais seulement vice-président; et, finalement, Bradley a quand même perdu en n’ayant jamais eu de réelle chance de l’emporter.
En outre, la seule en capacité de contester le droit à se présenter du Président sortant, Martine Aubry, sera probablement Premier ministre, donc tenue à la loyauté, même de façade, et normalement elle-même impopulaire. Il faudrait qu’elle reste en réalité en dehors du pouvoir et qu’elle soit en mesure de phagocyter complètement le FG, ce qui est peu probable.

4. Si 2017 est a priori réglé, qu’en sera-t-il de 2022 ?

Ayrault lui-même aura été cressono-raffarinisé. Il n’a de toute façon aucune base suffisante dans le parti (Olivier Faure… après avoir été lui-même quasiment la seule troupe de Jean Poperen…) et n’est pas assez charismatique.

Aubry sera peut-être un tantinet trop âgée et elle aura elle-même subi (peut-être) l’impopularité de Matignon. Mais elle pourrait quand même vouloir tenter sa chance, même si sa (alors) très longue carrière la desservira fortement. De surcroît, dans une primaire interne en 2021, elle subirait probablement le sort d’un Fabius 2006: le tour est passé…

– Dans la série de ceux qui ont laissé passer leur chance, Delanoë est évidemment à exclure: trop âgé, déjà à moitié retiré, trop nerveux et semblable à Sarkozy…
Je n’évoque pas non plus Fabius, qui finit sa carrière « à la Juppé », et guignera sûrement une place au Conseil constitutionnel.

– Il y a ensuite l’espoir médiatique qui aura « grandi » trop vite et qui est trop incontrôlable et trop peu auto-discipliné pour concourir avec quelque chance de réussite à une primaire: Montebourg. Par son écho médiatique, il sera encore dans le paysage, plus ou moins parasite, mais il est déjà « grillé », impuissant au poste qu’il réclamait, et isolé. Il se sera dévalorisé et ne pourra compter sur une base personnelle et fidèle forte. Mais qui a vraiment cru en lui ?…

– Le nom de Valls vient évidemment à l’esprit ensuite et il est clair qu’il fait partie de cette catégorie de politiciens ambitieux, méthodiques, tournés vers le seul objectif de la présidentielle. C’est clairement un matériau présidentiable. Mais il a une faiblesse majeure, celle d’être totalement déporté à la droite de son parti. Soyons cependant prudents: il peut tout à fait effectuer le parcours habituel en sens inverse: il endort d’abord ses ennemis et courtise déjà le centre, avant de revenir vers son électorat de base, pour le rassurer.
Reste que partir avec des bases internes à peine plus importantes que Bockel risque de lui poser nombre de problèmes sur le long chemin de la présidentielle.

– De ce point de vue, quelqu’un de mieux placé au sein de son camp et qui constitue également un matériau présidentiable (par son ambition, son positionnement personnel fort et, quant à lui, une base interne plus sérieuse – surtout si les aubrystes sont, ensuite, à récupérer), c’est bien Peillon. Ses sorties intempestives l’ont desservi, mais il est difficile de penser qu’il se soit simplement emballé…

Moscovici devrait normalement être rangé dans la catégorie des Valls et Peillon, mais il est trop « technocrate » pour espérer raisonnablement devenir Président (Juppé et Fabius y ont-il réussi ? Copé y réussira-t-il ?). De plus, s’il est ambitieux, voire arriviste, il a également un côté dilettante (bien caché à Bercy, où il réussit plutôt bien) qui ne demande qu’à resurgir. Et son passé strauss-kahnien (y compris, peut-être, sur un plan plus personnel) pourrait également le plomber quelque peu.
Il n’en reste pas moins que, appliqué et incontournable, il réussit mieux que Peillon tout en étant moins gênant pour Hollande que Valls: ce sera peut-être une force pour Mosco que de reprendre le courant hollandais défait en 2017 ou finissant dans un deuxième quinquennat sombre (pour les nostalgiques de leur cours à deux voix de Sciences-Po dans les années 1990, ce serait parfait ! :P).

Dans la génération suivante, les ailes sont vite brûlées, comme celles de Filippetti, décidément peu contrôlable et qui retrouve ses réflexes écolo-gauchistes et contestataires, alors qu’elle s’était bien embourgeoisée et modérée au cours de la campagne de Hollande, se créant une place non négligeable en peu de temps.
Vallaud-Belkacem est étouffée comme porte-parole officielle: ce paradoxe s’explique par le caractère ingrat d’être réduit à « la voix de son maître » et à la langue de bois officielle, creuse et lassante pour les médias et le public.
Hamon lui aussi est un peu étouffé par sa participation gouvernementale et son inclusion dans la Gross majorité du PS, alors qu’il aurait pu probablement dépasser les 35% contre Désir et devenir un vrai pôle d’opposition interne… Cela démontre toutefois son ambition, qui l’a amené à une prudence peut-être excessive.

– Pourtant, il faudra bien une femme… Touraine est trop « techno » et, bien que bonne ministre techniquement, ses talents politiques ne sont pas testés et elle pourrait bien ressembler à un Xavier Bertrand (comparaison certes audacieuse mais… :)) ou à un Bianco. Batho est probablement davantage à surveiller, car assez inflexible et ambitieuse, même si ses capacités intellectuelles propres semblent en retrait par rapport aux autres noms cités et si son expression, quelque peu vulgaire et relâchée méritera un coach…

– D’autres ministres qui pourront réussir techniquement n’ont bien entendu pas d’avenir présidentiel: Sapin, Le Foll, Le Drian (mais cela va devenir difficile pour lui quand les caisses seront vraiment vides et que les militaires en auront vraiment marre…)

Bref, un affrontement Valls-Peillon, avec des tentatives d’Aubry, de Moscovici, de Batho et d’Hamon, pourrait bien être le choix de 2021…

Derniers sondages IPSOS, LH2, BVA (circo), OpinionWay (circo) et IFOP (circo) pour les législatives: stabilité, surprises seulement à la marge et pronostics maintenus

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France
1-2 juin 2012
échantillon: 894 inscrits sur un total de 971
(évolution par rapport à la dernière livraison du même institut)

EXG 1,5 (=)
FG 7 (-1)
PS+PRG+MRC+DVG 32,5 (+1,5)
EE-LV 6 (=)
(soit PS+PRG+EE-LV 38,5)
MoDem 3 (+1)
UMP+NC+PR+DVD 34 (-1)
FN 14 (-1)
Divers 2 (+0,5)

LH2
Le Nouvel Observateur

1-2 juin 2012
échantillon: 960

LO 0,5
NPA 1
FG 8
PS 30
PRG+DVG 1,5
(soit PS+PRG+DVG 31,5)
EE-LV 5
(soit PS+PRG+DVG+EE-LV 36,5)
MoDem 5
NC 1
UMP 30,5
DVD 3
(soit UMP+NC+DVD 34,5)
FN+EXD 14,5

1. Pour la première fois, nous avons également droit à une projection en sièges, de la part d’IPSOS. Et comme à chaque élection législative, celle-ci n’a aucun sens, car les fourchettes sont trop larges et les instituts ne peuvent s’empêcher d’affecter des sièges aux petites formations en fonction des intentions de vote nationales, qui n’ont rien à voir avec leur implantation locale.

FG 21-23 (admettons)
PS-DVG 249-291 (avec cette ampleur, tout est possible…)
PRG 14-16 (correct)
EE-LV 17-23 (nettement surévalué)
UMP 209-255 (c’est justement sur le PS et l’UMP que l’on attend un peu d’engagement et de précision des sondeurs et ils nous donnent 50 sièges d’écart: de tels rpojections auraient déjà pu être faites il y a 6 mois au moins…)
NC 9-14 (un tel écart sur un si faible nombre de sièges est inacceptable)
PR 2-5 (un peu juste, quand même)
MoDem 0-3 (voilà ce qui s’appelle ne pas se mouiller…)
FN 0-3 (le détail en serait intéressant…)

Ce qui donne des totaux gauche de 303-357 et droite de 220-274, avec une participation estimée à 61%. Voilà bien la seule information un peu intéressante: IPSOS évalue la participation probable à environ 59 à 62%, ce qui paraît crédible.

2. Les sondages par circonscription sont plus intéressants et me confortent dans mes pronostics, même si les résultats chez les Français de l’étranger sont nettement plus favorables à la gauche que tout le monde le prévoyait, moi compris, malgré, déjà, quelques audaces… Mais la faible participation, la force du boboisme, le rejet des candidats « métropolitains », la division de la droite ont manifestement assuré le succès des socialistes et des Verts. J’actualiserai mes pronostics en tenant compte de ces premeirs vrais résultats. En Polynésie, 3 divers droite restent favoris, conformément à mon pronostic.

Réjouissons-nous de tous ces sondages locaux. Je n’ai pas souvenir d’en avoir vu autant en 2007, mais peut-être me trompé-je. Dommage en revanche que la majorité soient dans des circonscriptions en réalité aisées à prévoir. Allez sonder Santini, Devedjian, Morano ou Boyer, allez sonder la Loire, l’Yonne, la Meuse ou le Morbihan, allez sonder Borgel, Hammadi/Brard ou Braillard/Meirieu !
Rien n’est parfait en ce monde…

Parmi les circonscriptions sondées, il y a les confirmations pour la gauche:

IFOP 2e de la Gironde:
UMP 38 / PS 37 / FG 8 / EE-LV 7 / FN 6,5 / NPA 1 / MEI 1 / LO 0,5 / deux divers 0
PS 55 / UMP 45
Pas de surprise dans l’ancienne circonscription de Juppé, où la ministre déléguée Delaunay, pourtant pas très brillante politicienne, devrait être réélue. C’est presque étonnant que la « jeune pousse » de l’UMP ne fasse pas encore moins. Mais il est vrai que, théoriquement, nous sommes là au coeur conservateur de Bordeaux… la vague bobo verte-rose frappe partout…

IPSOS 2e de la Réunion:
DVG (ex-PCR) 67,5 / PCR 12 / PS 7 / DVD 5 / EE-LV 3,5 / FG 2 / FN 1,5 / DLR 1 / LO 0,5 / trois divers 0
Pas de sondage de 2e tour. Huguette Bello a bien fait de quitter le PCR… Elle va vers un score stalinien…

Il y a aussi les gains ou les progrès pour la gauche, que la droite ne paraît pas en mesure ou qu’il lui sera difficile de contrecarrer:

IFOP 5e des Bouches-du-Rhône:
UMP 36 / PS 34 / FN 13,5 / FG 8,5 / EE-LV 3,5 / MoDem 2,5 / DVG 1 / NPA 0,5 / POI 0,5 / sept divers 0
PS 52 / UMP 48
Comme je le pense, Carlotti devrait battre Muselier. Certes, ce sera difficile et nous sommes largement dans la marge d’erreur, mais la tendance est là. Il est intéressant de noter qu’au 2e tour, les électeurs FN s’exprimant (seule donnée disponible) se répartissent 17-83 en faveur de l’UMP: nous sommes bien dans le Sud-Est, pas dans le Nord-Est…

IFOP 2e des Hauts-de-Seine:
PS 36 / UMP 26 / PR-MoDem-NC 19 / FN 5 / FG 5 / EE-LV 3,5 / DLR 1 / DVD 0,5 / NPA 0,5 / AEI 0,5 / trois divers 0
PS 54 / UMP 46 ou, en cas de triangulaire, PS 48 / UMP 34 / PR 18
Pas de surprise non plus ici: Rama Yade échouera, mais elle devrait entraîner dans sa chute Aeschlimann, dans une circonscription difficile, avec un « bon petit soldat » du sarkozysme, symbole des méthodes pas toujours orthodoxes des Hauts-de-Seine…

IPSOS 1e de la Réunion:
PS 38 / MoDem 22 / UMP 20 / EE-LV 5,5 / PCR 4 / DVG 3,5 / DVD 3,5 / FN 2,5 / FG 1 / deux divers 0
Pas de sondage de 2e tour, mais le PS a une bonne dynamique. Comme ailleurs sur l’île, le PCR s’effondre et l’UMP est mal en point. On ne peut pas dire que ce soit la fin d’un système, car les candidats étiquetés MoDem sont les représentants d’une partie de ce système et le PS lui-même a ses propres barons…

IPSOS 3e de la Réunion:
PS 43 / MoDem 30 / DVD 16 / PCR 5 / FN 2,5 / EE-LV 2 / FG 1 / rég. 0,5
Pas de sondage de 2e tour, mais le PS a une excellente dynamique. Je suis surpris par le fait que le vieux Thien Ah Koon parvienne encore à faire 30% et à se retrouver au second tour: je pensais que le DVD, maire du Tampon, quand même, parviendrait à le devancer: voilà un pronostic qui mérite une actualsiation avant le 10 juin 😉
Cela signifierait que la gauche, toutes tendances confondues, pourrait faire le grand chelem dans l’île.

IFOP 2e des Pyrénées-Orientales:
PS 31 / UMP 28 / FN 20 / FG 7 / MoDem 5,5 / EE-LV 3 / SE 1,5 / divers 1,5 / NPA 1 / LO 0,5 / AEI 0,5 / divers 0,5
PS 50 / UMP 50 ou, en cas de triangulaire, PS 42,5 / UMP 36,5 / FN 21
Dans mes pronostics, j’ai fait le pari d’une triangulaire, ce qui condamne l’UMP. Mais, avec une forte abstention et un effritement national du FN, rien n’est assuré.
En cas de duel, l’électorat FN qui s’exprime se ventile 29-71, l’électorat EE-LV 68-32 et l’électorat MoDem 41-59.

IFOP 2e des Pyrénées-Atlantiques:
PS 32 (+1) / MoDem 30 (+1) / UMP 19 (-4) / FN 8,5 (+1,5) / FG 6 (-0,5) / EE-LV 3 (+0,5) / NPA 1 (+0,5) / DLR 0,5 (=) / trois divers 0 (=)
Bayrou est l’objet de toutes les attentions… Déjà trois sondages dans sa circo, dont deux de l’IFOP… L’UMP régresse et pourrait bien être éliminée du 2nd tour. Mais les Pyrénées-Atlantiques sont un département plutôt « civique » avec une bonne participation: à 19%, c’est encore faisable, surtout avec l’agitation médiatique qui va mobiliser nettement dans cette circo, je pense… Bayrou n’est « pas encore mort » comme le disent élégamment certains titres de journaux, mais ce sera difficile. En tous les cas, encore une preuve de la progression du PS (qui ne peut qu’inquiéter MAM non loin de là).
En cas de duel, les électeurs UMP qui s’expriment rejoignent Bayrou à 70% et la candidate PS à 30%.

Il y a aussi les victoires de la droite qui sont autant de non-événements:

OpinionWay 4e des Alpes-Maritimes:
UMP 37 / FN 22 / PS 18 / FG 12 / DVD 7 / LO 1 / AEI 1 / DLR 1 / divers 1 / un divers 0
UMP 70 / FN 30 ou, en cas de triangulaire, UMP 48 / PS 30 / FN 22
Un duel UMP-FN est ici probable et au résultat connu d’avance. A noter qu’en cas d’un tel duel, l’électorat FG se reporte « seulement » à 27% sur l’UMP et à 2% sur le FN, 71% s’abstenant; l’électorat PS à 51%, 3% et 46% respectivement.

OpinionWay 3e du Var:
UMP 43 / FN 23 / PRG 22 / FG 4 / AEI 3 / AC 2 / PCD 2 / EXG 0,5 / DVG 0,5 / un divers 0
UMP 47 / PRG 29 / FN 24
Le sondeur est même généreux de ne pas envisager seulement un duel UMP-FN… Mais, dans tous les cas de figure, il n’y a pas de suspense ici, Gollnisch ou pas !

Il y a également les victoires plus délicates pour l’UMP, qui assure toutefois l’essentiel:

BVA 6e de Seine-et-Marne:
UMP 47 / PS 26 / FN 14 / FG 8,5 / MoDem 3 / AEI 1 / DLR 0,5 / deux divers 0
UMP 60 / PS 40 ou, en cas de triangulaire, UMP 48 / PS 38 / FN 14
Copé n’est donc pas menacé et le FN, comme prévu, n’est pas en mesure de troubler le jeu en Ile-de-France, où il est peu brillant, sauf peut-être aux marges rurbaines et rurales. Cette circonscription ayant été redécoupée favorablement et Copé étant très bien implanté, il y a ici peu de surprises et le pronostic, quoi qu’en disent tous les médias en mal de suspense, est assez sûr.
Notons les reports intéressants, entre PS, UMP et abstention, parmi les électorats FN (19-55-26, assez conformes à la rpésidentielle), MoDem (54-35-11, plus favorables à la gauche, mais nous sommes en Ile-de-France et c’est Copé…) et FG (89-8-3, as usual).

OpinionWay 2e de l’Aisne:
UMP 41 / PS 30 / FN 17 / FG 6 / MoDem 2 / LO 1 / MEI 1 / POI 1 / DVG 1 deux divers 0
UMP 52 / PS 48 ou, en cas de triangulaire, UMP 44 / PS 38 / FN 18
Xavier Bertrand en serait presque à souhaiter une triangulaire ! Mais, ici, l’électorat FN est plus populaire et, soit s’abstient, soit vote moins à droite: les reports, en cas de duel, ne sont que de 17-35-48. On retrouve globalement l’efficacité locale de Bertrand auprès de son électorat, mais son incapacité à élargir et rassembler.
La circonscription est difficile, c’est certain, mais il devrait s’en sortir et je suis content que mon pronostic soit ici conforté.

Il y a enfin la seule vraie surprise et elle est de nouveau… corse. Décidément, tout va à l’envers en Corse cette année: le PRG menacé à Bastia, Renucci en difficulté et maintenant Rocca-Serra… Mettons provisoirement cela sur le compte de la difficulté de sonder… Remarquons aussi une grande porosité d’électorats entre FN et nationalistes.

IFOP 2e de Corse-du-Sud:
UMP 33 / nationaliste 20 / PRG 18 / FG 14 / FN 11 / nationaliste 3,5 / divers 0,5 / un divers 0
UMP 50 / nationaliste 50 ou, en cas de triangulaire, UMP 38 / nationaliste 31 / PRG 31
Encore un élu UMP qui va souhaiter une triangulaire… pourtant très peu probable si les chiffres du 1er tour sont juste, puisque la Corse s’abstient beaucoup et qu’il faudrait nettement plus de 18% au PRG pour se maintenir. La victoire d’un nationaliste, même modéré, ferait ici sensation. En cas de duel le report de l’électorat FN se fait à 70% sur le nationaliste et à 30% seulement sur l’UMP (parmi ceux qui s’expriment, seule donnée disponible).

Je ne reprends pas à mon compte le sondage CSA réalisé pour le compte de l’association de soutien de Thierry Solère, le dissident anti-Guéant, dans la 9e des Hauts-de-Seine. Comme aux Etats-Unis, ce type de sondage, souvent biaisé (on ne connaît pas les questions, notamment…), ne sert qu’à alimenter une campagne. Il donne l’UMP à 29 seulement au premier tour, le DVD à 24 et le PS à 23. Au second tour, ce serait DVD 55 / UMP 45 ou UMP 58 / PS 42 ou UMP 37 / PS 32 / DVD 31. Bref, Solère tente un coup « à la Bayrou »…
Autant je pense que Guaino sera en vraie difficulté, autant Guéant me semble à peu près tranquille. Mais les campagnes sont là pour inverser les tendances, c’est certain.

Au total, nous nous acheminons donc bien vers une victoire assez ample du PS. De ce point de vue, les circonscriptions « canaris » du jour sont bien celles de Carlotti-Muselier, de Bertrand et la 2e des Pyrénées-Orientales. L’outre-mer et l’étranger montrent que la droite part avec un handicap important avant même d’aborder la métropole. Pour le compenser, l’UMP doit compter sur un FN effrité. C’est bien le cas dans les sondages nationaux, mais l’effritement est-il le même partout ? La 2e des Pyrénées-Orientales constitue un point de bascule: à 20%, le FN est exactement au seuil de la qualification… Avec Le Pen, le 22 avril dernier, le FN s’était « nationalisé » (avait progressé aussi dans la moitié Ouest) et s’était ruralisé et, à part l’Ile-de-France et les très grandes villes, avait progressé fortement partout. Aux législatives, sa rétractation pourrait se faire davantage à l’Ouest et moins dans ses zones de force traditionnelles, à la fois plus résistantes et labourées par des candidats qui se sont désormais « fait un nom ». Or, c’est bien dans celles-là que l’UMP est la plus fragile. La 2e des P.-O. montre également que, même sans le FN, ces circonscriptions serrées sont loin d’être acquises, particulièrement dans les départements dont la tradition de gauche subsiste (Gard, Hérault, P.-O., au contraire du Var ou du Vaucluse, très droitisés désormais).

En fin de compte, la capacité de nuisance du FN sera quand même réduite, par rapport aux ridicules centaines évoquées dans les médias lors de la présidentielle, mais elle pourrait quasiment atteindre le niveau de 1997 et sera réelle, de manière ciblée, dans les départements déjà pointés, souvent anciennement de gauche (Aisne, Oise, Gard, Hérault, Meurthe-et-Moselle) ou de droite de plus en plus mal assurée (Moselle, Loire).

Je maintiens donc mon pronostic initial d’une majorité absolue à lui seul pour le PS (avec ses dissidents et les divers gauche habitués à le suivre, bien entendu), même s’il sera peut-être dépendant du PRG. En tous les cas, il pourra probablement s’exonérer du FG et d’EE-LV, contrairement à ce que nous serinent les médias et les sondeurs dans leurs commentaires.

L’UMP va pouvoir se consacrer pleinement à sa guerre interne… Nous y reviendrons, avec le dernier sondage BVA et les positionnements « intéressants » de Juppé et Copé, dans un jeu qui paraît se compliquer et n’est pas aussi clair qu’un Copé triomphant chez les militants ou un Fillon très populaire dans le pays.

Dommage que les choses semblent se calmer au PS, où Aubry paraît réellement sur le départ et où Delanoë prépare ses vieux jours, en jouant probablement un remplacement d’une Taubira gaffeuse et/ou incontrôlable, voire d’une Duflot trop bavarde. Une bataille Désir/Rebsamen/Cambadélis/Gorce n’aura pas des conséquences si fratricides qu’elles soient insurmontables, car une victoire de Désir (le scénario le plus probable à ce jour) ne serait pas une défaite de Hollande, tandis qu’une victoire de Rebsamen ne ferait qu’entériner la prééminence présidentielle, alors qu’Aubry s’efface (temporairement ?), que Fabius ronronne avec son nouveau et probablement ultime jouet et que le tour de Delanoë semble être passé.

Sociologie électorale simplifiée de la présidentielle et composition du gouvernement Ayrault I: les difficultés et la faiblesse de Hollande seront apparentes plus rapidement qu’envisagé

1. Je commence en recommandant une fois de plus la lecture des blogs de Gael L’Hermine. Il vient de publier sa propre analyse politique, sociologique et cartographique du second tour, avec des constats qui ne surprendront pas les lecteurs du présent blog mais qui rentrent dans un détail cantonal et communal sans égal et absolument passionnant (http://welections.wordpress.com/2012/05/16/france-2012-runof/). L’anglais n’est pas insurmontable, je pense, et cela vaut vraiment la peine de faire un petit effort pour ceux qui n’auraient pas un niveau fluent 😉

2. Les premiers temps de la présidence Hollande et la composition du premier gouvernement Ayrault sont pour moi l’occasion de souligner les faiblesses et les difficultés auxquelles cette présidence va se heurter et ce, beaucoup plus vite que prévu.

Je n’aborderai que les aspects purement politiques: je ne reviens pas sur la conjoncture, qui est mauvaise, ce qui était loin d’être le cas en 1988 et 1997, où la gauche a bénéficié à chaque fois d’une « chance » incroyable en matière de croissance (dilapidée, surtout en 1997-2000, par les excellents Jospin, DSK et Aubry…).

Nous avions déjà vu que la victoire de Hollande, qui entrait dans la catégorie « étriquée » selon la classification effectuée par l’intéressé lui-même, pouvait être porteuse de déception à gauche. Construite essentiellement sur l’anti-sarkozysme (très habilement sur le plan tactique à travers la « normalité », comme je l’ai souligné à moult reprises, mais avec un net essoufflement avec le temps), elle ne fut pas large et, à juste raison, d’aucuns ont pu se demander si, à droite, un candidat plus consensuel, tout en étant capable d’attirer sur ses deux ailes (j’ai dit Fillon ?), n’aurait pas pu lui souffler la victoire. Même si je n’y crois pas car le dynamisme de campagne de Sarkozy a dû aussi jouer, grâce à un effet GOTV (get out the vote), ou de mobilisation si vous préférez, qu’un autre (j’ai dit Fillon ?) n’aurait peut-être pas été capable de mettre en oeuvre aussi efficacement. Mais, bémol au bémol, il est vrai que la campagne de Sarkozy a été un joyeux bazar, avec finalement peu de relais locaux, si ce n’est le travail « classique » effectué par l’UMP sur ordre de Copé.

Dès le lendemain de l’élection, Martine Aubry est venue contrecarrer tout enthousiasme hollandais. Elle a fermement confirmé que Bayrou serait confronté à une candidate socialiste. Aujourd’hui, elle annonce qu’une candidate aubryste est investie dans la 1e circonscription de la Somme, au détriment de Faouzi Lamdaoui, l’un des lieutenants les plus proches de Hollande, déjà éconduit à l’automne dernier d’une circonsciption des Français de l’étranger au profit de l’aubryste Pouria Amirshahi. La guerre de positions a donc repris comme avant et les courants sont plus que jamais là (au moins, l’UMP sait ce qui l’attend désormais…).

Et voilà qu’Aubry n’est pas du premier gouvernement Ayrault. Marion « Marine » Le Pen y voit un règlement de comptes de la part de Hollande et je crois qu’elle se trompe lourdement. Nous verrons bien si, dans les jours qui viennent, des « offs » paraissent dans la presse disant qu’on avait tout propsoé à Aubry, mais qu’elle a refusé et qu’elle est « infernale »: peut-être, là, pourra-t-on y voir une manoeuvre hollandaise.

Mais je pense plutôt qu’Aubry a refusé. Plutôt que d’avoir un titre ronflant, mais aucun ministère régalien ou économico-financier, plutôt, donc, que d’être ligotée à un poste secondaire dans le gouvernement de Sa Majesté, elle préfère clairement être son opposition intérieure, en quelque sorte, libre de ses mouvements.

Certes, elle a dit dans le passé qu’elle ne voulait pas « rempiler » à la tête du PS. Mais si elle change d’avis, qui pourra lui contester la place ? Seul Delanoë serait en mesure de le faire, mais serait-il vraiment un allié de Hollande ? Comme Hollande a par avance dit qu’il n’y aurait plus de « courroie de transmission » systématique entre Elysée et parti, voici venu le temps de la « cohabitation » entre majorité présidentielle, majorité parlementaire et parti majoritaire de mêmes bords… (je suis assez énervé que Copé ait dit peu ou prou cela aujourd’hui car j’avais pensé à l’expression avant)

On peut comprendre le ressentiment de Martine Aubry, qui voit lui échapper et l’Elysée et Matignon, alors qu’elle se pensait meilleure pour battre Sarkozy et qu’elle voit deux personnages apparemment falots, toujours dans la synthèse et le compromis et jamais ministres lui passer devant. La partie sera très rude pour Hollande,
– parce qu’Aubry garde son alliance avec Fabius et qu’elle bénéficiera du soutien de la gauche du PS,
– parce qu’elle contrôle relativement bien l’appareil du PS (Lamy, Borgel, Bartolone, Cambadélis, Hamon, Hammadi, Bachelay, Paul etc., tous aubrystes anciens ou ralliés et peu représentés au gouvernement; seul Harlem Désir peut se « rebeller » au sein de l’appareil, peut-être),
– parce que Mélenchon est affaibli et le sera encore davantage après sa défaite aux législatives et qu’elle pourra donc plus facilement prendre la place du héraut des classes populaires,
– parce qu’elle est en bons termes avec les appareils PCF et Verts.

En outre, Hollande n’est pas Mitterrand, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. Pour avoir la maîtrise manoeuvrière de l’ancien Président, il faut un peu plus de « bouteille » ou de maestria personnelle. Certes, Hollande a essayé de joeur au sphinx les derniers temps, mais Aubry vient de lui dire « zut » comme Rocard n’a jamais été en mesure de le faire entre 1980 et 1995.

Rocard « grillé » pour la candidature fin 1980 ? Mitterrand le musèle ensuite en le prenant à l’intérieur du gouvernement, comme ministre d’Etat mais seulement du plan, et en veillant à ne pas lui laisser de contre-pouvoir.
Rocard en premier-ministrable « raisonnable » en 1984 ? Mitterrand promeut un jeune converti à la modération et au profil encore plus technocratique et « expert » que Rocard (Fabius), tout en gardant Rocard au gouvernement (ministre de l’Agriculture), celui-ci ne pouvant trouver mieux que le prétexte de la proportionnelle (même s’il avait entièrement raison, car Mitterrand a mis le FN à l’Assemblée) pour se sortir de ce guêpier.
Rocard envisagé comme candidat de rechange en 1987 et une majorité législative non assurée en 1988 ? Mitterrand s’en sert comme Premier ministre et tente de le pressurer au maximum (malheureusement pour Mitterrand, Rocard reste populaire et il doit le « débarquer » sans raison en 1991), tout en veillant, encore, à ne pas le laisser prendre le parti.
Rocard en futur recours pour 1995 et, finalement, premier secrétaire par défaut du parti ? Mitterrand active Fabius en interne au PS, Mélenchon sur la liste Rocard des Européennes et Tapie en externe aux mêmes Européennes de 1994 pour le torpiller définitivement.

Hollande est bien loin de cette méthode face à sa rivale. J’ai eu l’occasion d’écrire qu’il ne fallait à aucun prix laisser Martine Aubry à l’extérieur du gouvernement. Certes, il a peut-être été trop gourmande, mais, quitte à sacrifier des fidèles, pourquoi ne pas lui donner quelque chose de satisfaisant pour elle ?

3. Ensuite et plus largement, Hollande rate le rassemblement de tous les socialistes, comme Mitterrand l’avait fait en 1981 en nommant Mauroy Premier ministre, Defferre, Chevènement, Delors, Rocard au gouvernement. Ayrault n’est que la copie de Hollande à Matignon ou, en tous les cas, un… « collaborateur » (mais oui, Hollande fait du Sarkozy, ici… ou, à la  rigueur, pour Matignon seulement, comme Chirac en 1995: on a vu avec quel succès électoral), quelqu’un qui ne lui fera pas d’ombre mais qui n’apporte aucun complément politique réel (et la vaste plaisanterie de l’allemand ne tient pas: jamais aucun Premier ministre, hors cohabitation, n’a jamais négocié avec les chanceliers allemands… on rêve… et toute la presse, même de droite, de reprendre le cliché…).

Bien sûr, Hollande a réussi, dès octobre 2011, le ralliement de Montebourg, mais c’est davantage ce dernier, par rejet d’Aubry, qui l’a rejoint, que le contraire.
Mais peut-il réellement compter sur la gauche du parti ? C’est évidemment douteux, car Montebourg n’en est pas du tout le porte-parole.
A-t-il rallié tout le camp delanoïste ? Le positionnement réel de Delanoë reste une énigme à ce jour. Il n’est pas sûr que l’ambitieux Delanoë n’ait pas d’autres visées et son échec de 2008 doit encore lui peser, lui qui doit penser qu’il aurait pu être la « surprise » de 2012. Quant à Harlem Désir, sa patience a des limites. Et si Hollande ne veut pas laisser échapper le PS, il fera forcément des déçus chez les delanoïstes; il est vrai qu’il ne lui reste plus de grosse pointure hollandaise à imposer… sauf… Rebsamen ! Et même si c’est Aubry qui reste, ni Delanoë, ni Désir ne pourront être satisfaits.
A-t-il suffisamment gagné sur l’ancienne troupe strauss-kahnienne ? Valls n’est que l’aile droite, Moscovici apparaît bien isolé, Cambadélis, Le Guen, Dray ne se sont jamais véritablement convertis et ils ont un pouvoir de nuisance. Même une Sandrine Mazetier n’est pas retenue (plus « à gauche » qu’à « droite », justement).
Contrôle-t-il suffisamment les quadras-quinquas Valls, Moscovici, Peillon, Montebourg ?
Aux aubrystes frustrés, cités plus haut (Paul, Borgel, Bartolone, Cambadélis, Hammadi, Bachelay), il faut ajouter Guigou, Rossignol, Hazan, pourtant femmes mais retoquées du gouvernement, ainsi que Destot, « grillé » par Fioraso.

Si Hollande n’a pas commis l’erreur de Sarkozy en 2007, qui avait vraiment sacrifié les sarkozystes (pour ne promouvoir que les moins bons d’entre eux ensuite: Morano, Lefebvre), il a au contraire très lourdement favorisé les hollandais, historiques comme ralliés. Les royalistes sont largement présents et ceux des strauss-kahniens qui sont là sont plutôt ceux « de droite » (« Mosco » et non « Camba »). Enfin, les delanoïstes intégrés ne sont que des seconds couteaux ou des soutiens de circonstance.
– Sur 34 membres, je compte 30 socialistes. Sur ces 30, 23 sont des hollandais, historiques ou ralliés.
– Parmi les hollandais ralliés, on compte 6 ex-royalistes, « superficiels » (Peillon, Filippetti; Valls était aussi dans cette catégorie, mais il y a prescription…) ou plus « profonds » (Vallaud-Belkacem, Batho, Bertinotti, Delaunay), 6 strauss-kahniens de droite (Valls , Moscovici, Touraine, Bricq, Cahuzac, Cazeneuve), 6 delanoïstes « estampillés » (Pau-Langevin, Benguigui) ou « de circonstance » (Fioraso, plutôt rocardienne car grenobloise, dans la tradition de Mendès et Dubedout; Carlotti, « multi-appartenante »; Lurel, épisodiquement royaliste; Cuvillier, surtout baron local). Ce qui laisse 5 hollandais historiques (Sapin, Le Drian, Le Foll, Arif -delano-compatible pendant longtemps, Pellerin -bien que d’histoire très récente…).
– On ne compte donc que 7 représentants de la gauche du PS, dont 2 aubrystes fidèles (Lebranchu et Lamy, probablement là pour espionner, davantage que pour compenser l’absence de la patronne…), 1 montebourgeois (Montebourg lui-même !), 2 fabiusiens (Fabius, Fourneyron), 2 gauchistes (Hamon, Vidalies).
– Certes, Taubira peut être comptée parmi les montebourgeois; mais Duflot est probablement prête à tout, Pinel est l’âme damnée de Baylet et donc acquise à Hollande. En outre, Montebourg lui-même ne sera-t-il pas plus hollandais que gauchiste ?

Au final, on peut dire qu’il s’agit d’un gouvernement de… primaire socialiste !!! Et on peut prévoir des temps difficiles dans la famille socialiste. En termes politiques.

Car, techniquement, le gouvernement est correct. Certes, il y a cette horreur des intitulés ridicules: de ce point de vue, je vous conseille la lecture du Journal Officiel dans les jours qui viennent, car la réalité d’un portefeuille ministériel, ce n’est pas le soir de la nomination, mais deux ou trois jours plus tard, quand les décrets affectant les directions des ministères à tel ou tel ministre (parfois en binôme, voire plus…) sont sortis; c’est là que l’on voit qui s’est imposé ou non. Ainsi, la « réussite éducative », ce doit être tout simplement l’apprentissage, la formation professionnelle et, peut-être l’enseignement technique; le « redressement productif », c’est juste l’industrie, les PME, le commerce et l’artisanat (c’est-à-dire pas grand-chose administrativement); l' »égalité des territoires », c’est juste l’aménagement du territoire (peanuts) et la ville; le « dialogue social », c’est juste pour faire chic, car le travail inclut déjà le dialogue social. En revanche, je suis abasourdi (et ravi) que le terme stupide de « solidarité(s) » ait été omis et qu’il ne reste que les bonnes vieilles « affaires sociales »: un oubli indigne d’un gouvernement socialiste !

Certains conflits de compétences sont à prévoir: Fioraso contre Montebourg-Pellerin sur recherche et innovation; Le Foll contre Bricq-Cuvillier sur la pêche et contre Bricq et Touraine sur l’alimentation; Montebourg contre Bricq sur l’énergie; Valls contre Batho sur les prisons; Lebranchu contre Duflot… Mais rien là que de très classique…

J’en profite pour me décerner quelques fleurs: Mosco à Bercy et Sapin au travail, je l’envisageais dès le mois de mars comme solution alternative et je l’avais adoptée récemment; tous les commentateurs ont semblé surpris… bingo! 😉 Lebranchu était bien vue également de ma part, car peu évoquée à cette place
J’avais bien intégré les Carlotti, Pau-Langevin, Bricq, Pellerin, qui n’étaient pas évidentes, même si, avec Vallaud-Belkacem, il faut un peu faire les chaises musicales. Je n’aurais pas dû renoncer à Cahuzac.
Je suis déçu d’avoir négligé les Lamy, Arif, Vidalies, Bertinotti, mais il fallait bien trancher.
Je n’avais en revanche pas du tout envisagé Fioraso (probablement un très bon choix de fond, une excellente surprise), Delaunay (une catastrophe intégrale: j’avais refusé de l’imaginer) et Pinel (malgré le fait que ce n’est qu’une apparatchik PRG, protégée de Baylet et pas vraiment grande technicienne, sa nomination est une grande subtilité politique, que je m’en veux de ne pas avoir vu: enfin un choix digne de Mitterrand ! :P).
Mais, Pinel, avec Cuvillier, Benguigui et Canfin, qui les avait envisagés ?!? Cuvillier, cela aurait dû être devinable par d’excellents experts du PS, mais, évidemment, j’avais opté pour Poignant (une grosse déception :().

N’oublions pas qu’il n’y a pas de secrétaires d’Etat (à la différence des ministres délégués, ils n’assistent pas à tous les conseils des ministres). Encore une chance de rattraper quelques socialistes. Mais en même temps, s’il faut caser les communistes et le PG seulement sur des secrétariats d’Etat, cela va faire grincer quelques dents… Et il ne restera plus grand-chose pour les aubrystes et la gauche du PS…

4. Enfin, sur la forme, que ce soit à l’égard de Sarkozy ou à l’égard de Merkel, la première journée de Hollande a été un peu « dure », un peu « cassante » et ne place pas sa présidence sous le signe du rassemblement ou de l’assurance tranquille face à l’adversité. On sent, soit comme une difficulté à sortir de la campagne (peut-être parce qu’il est trop « politique » et que c’était « son » moment), soit comme une volonté de contrebalancer l’image de mou et d’indécis et l’absence criante d’expérience ministérielle et internationale en en rajoutant dans le côté ferme. Mais cela donne l’impression soit d’une « gauchisation » surprenante, soit d’une peur sourde de la suite. L’anti-sarkozysme continuera de fonctionner jusqu’aux législatives, c’est vrai et c’est sûrement utile de profiter encore de l’effet d’entraînement de la présidentielle, mais le sillage va bientôt se dissoudre et cette écume ne pourra longtemps porter le skieur nautique Hollande…

Son discours sur Jules Ferry (personne ne l’a forcé à le faire), avec tous ces bémols stupides sur la « faute morale » et les « égarements politiques » du grand républicain (c’est de l’Histoire dont on parle, coco, pas un jugement sur un personnage que toi-même tu nous donnes comme symbole…), tout cela pour faire plaisir aux polémistes gauchisants et à la bien-pensance médiatique, montrent une surprenante anticipation de toute attaque qui pourrait surgir. Ce n’est franchement pas une preuve de grande force intérieure, ni de grande force politique.

Il rate donc l’aspect « rassemblement », aussi au gouvernement: 30 socialistes, 2 radicaux de gauche et 2 Verts. Pour ces deux derniers, c’est la portion congrue: Duflot est à peine plus puissante que Boutin en 2007…
Même si c’est plutôt une onne idée sur le fond, personne de la société civile.
Pas de communistes ou d’ex-communistes (Hue, Braouezec,…).
Pas de centristes, même de « faux » centristes (Robert Rochefort avait l’air déçu ce soir, pas forcément pour lui-même mais pour tout le MoDem).
C’est très monocolore et cela va finir par se voir, même si le combat législatif peut justifier un pack resserré. Ou pas, car on pourrait argumenter qu’il aurait mieux valu mobiliser tout le monde et balayer large.

5. Il y a justement le risque des législatives, ou plus exactement de la future Assemblée.

Bien entendu, des éléments viennent au renfort indirect de Hollande:
la déception mélenchonienne a un avantage de court terme: le PG se raidit et pollue les discussions PCF-PS, ce qui devrait réduire le nombre de candidatures uniques de premier tour,
Bayrou, désormais supplétif de Hollande et manifestement inquiet pour sa propre réélection, appelle à rejeter la cohabitation et trouve que Hollande est en mesure de pratiquer l’élargissement nécessaire,
– il fait peu de doute que la droite se sortira mal des législatives, parce que l’actualité européenne n’aura pas le temps de la « porter » (élection en Grèce le 17 juin seulement, sommet européen quelque peu différé), parce que les Français ne veulent pas d’une cohabitation et parce que, comme je l’ai écrit, son aile modérée risque de perdre davantage que son aile dure, permettant par la suite à Hollande à la fois de remobiliser sur sa gauche et de récupérer sur la forme le discours centriste,
– l’unité de l’UMP est un combat de tous les instants jusqu’au 17 juin à 20h01 et la bataille de l’automne entre Fillon et Copé s’annonce sanglante,
– le choix d’Ayrault a un avantage: celui d’avoir à disposition un (autre) expert de la synthèse et du compromis et un vrai connaisseur du Parlement et des parlementaires, en même temps qu’un orateur et rhétoricien expérimenté (le contact de Jean Poperen a servi à quelque chose…).

En revanche, tout n’est pas favorable au nouveau Président.

J’ai déjà pu me « lâcher » sur la stupidité de l’accord avec EE-LV. Il est clair qu’il risque bien de coûter la majorité absolue au PS.
Il n’y a pas non plus d’enthousiasme particulier pour Hollande à gauche et, s’il a gagné « au centre », c’est peut-être seulement par défaut. Car, avec une campagne « au peuple », Sarkozy n’était pas très loin de l’exploit. Ma classification un peu artificielle et mon pronostic d’une victoire « au centre », comme en 1988, doivent être relativisés, car la question de la France du « non » reste entière.
Le FN devrait de nouveau faire un bon score, malgré un tassement probable, ce qui sera négatif pour l’UMP mais ne peut réjouir le PS, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie, les Ardennes, le Languedoc-Roussillon, les Bouches-du-Rhône, voire la vallée de la Garonne, la Haute-Normandie ou la Lorraine.

Enfin, les députés PS seront peut-être dominés par les aubrystes, fabiusiens, hamoniens, strauss-kahniens de gauche, etc. N’oublions pas que Aubry, Lamy et Borgel ont veillé aux investitures… Cela se verra avec la présidence du groupe, que Bruno Le Roux va peut-être avoir du mal à reprendre.

6. Les difficultés électorales vont peut-être commencer assez rapidement, pas tellement par poussée de la droite, mais par progressive déception de l’électorat anti-sarkozyste. C’est un peu ce que suggère la sociologie électorale du second tour de la présidentielle, à travers les sondages « jour du vote » ou « sorties des urnes » (ou même « dernier week-end » dans le cas d’IPSOS…).

Ces sondages ne fournissent aucune surprise majeure, tant en matière de clivages gauche-droite que d’évolutions « à contrepied » déjà remarquées en réalité depuis 2005, voire depuis 1995. La géographie nous donnait déjà une image similaire à 2007, tout en étant plus classique, avec l’effacement de Bayrou (dont les électeurs sont, pour une partie, revenus à gauche au 1er tour et, pour une autre partie, retombés à droite au 2nd, le reste retrouvant l’abstention habituelle tout au long du processus).

Hollande peut trouver une satisfaction, tant dans son score « décevant » que dans la géographie que nous avons vue: la droite n’a pas réglé le problème du FN et la stratégie Buisson-Hortefeux n’a pas été invalidée. D’une certaine manière, le score de Sarkozy peut être embarrassant et « trop » élevé… même si Raffarin tente de faire du judo et de dire que, justement, c’est Sarkozy qui a fait perdre les 2 points qui manquaient…

Hollande peut aussi se réjouir de sa force en Ile-de-France, dans les zones urbaines dynamiques, bref dans les zones et parmi les électorats qui « font » les médias et la pensée dominante, ainsi que dans beaucoup de zones démographiquement dynamiques (Nord-Ouest, Sud-Ouest).

Mais ses motifs de satisfaction sont fragiles et le « peuple » n’est manifestement pas emballé. Qu’on en juge.

– Selon le sexe, peu de différence, même si les femmes sont légèrement moins à gauche… Selon l’âge, le tableau est plus flou: les plus de 65 ans sont fortement sarkozystes, sans surprise (41/59 pour TNS-Sofres, 45/55 pour IFOP – IPSOS ne donne que les plus de 60 ans: 41/59); les « baby-boomers » sont logiquement soixante-huitards et hollandais (62/38 chez les 50-64 pour TNS-Sofres et 56/44 pour IFOP; 55/45 chez les 45-55 ans pour IPSOS), ce qui est une vraie force à terme, dans la mesure où les « vieux » se mobilisent davantage, mais qui peut s’amenuiser avec la « dérive » conservatrice observée avec l’âge. C’est moins favorable pour Hollande chez les électeurs d’âge moyen, ce qui constitue une vraie faiblesse pour l’avenir: 49/51 chez les 35-49 ans pour TNS-Sofres et 50/50 pour IFOP ou 53/47 chez les 35-44 pour IPSOS. Les jeunes, souvent étudiants ou chômeurs, n’ont pas suivi Sarkozy: 56/44 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP et même 62/38 chez IPSOS. En revanche, c’est incertain pour les plus jeunes: 47/53 chez les 18-24 pour TNS-Sofres, 54/46 pour IFOP et 57/43 pour IPSOS.

Selon le revenu et selon la pratique religieuse, rien de plus banal: plus on est riche, plus on vote à droite; plus on pratique sa religion (sauf pour les musulmans et avec une absence de données pour les protestants), plus on est à droite. Les sans religion votent à gauche, même si pas autant que par le passé (la sécularisation est passée par là, détruisant la France catholique mais rendant aussi plus « moyens » les sans religion).

– Selon la CSP, les résultats sont peu surprenants mais méritent d’être pris avec précaution (car les instituts ne ventilent pas suffisamment précisément et n’ont pas les mêmes références) et mériteraient d’être fouillés davantage.
Les commerçants-artisans-chefs d’entreprise sont l’électorat fort de Sarkozy: 20/80 chez TNS-Sofres, 33/67 chez IFOP (mais apparemment sans les chefs d’entreprise), 30/70 chez IPSOS.
Les professions libérales et cadres supérieurs sont à 56/44 chez IFOP, 52/48 chez IPSOS (mais ce sont les cadres « tout court ») et les cadres et professions intellectuelles sont à 51/49 chez TNS-Sofres. Ici, il faudrait évidemment pouvoir distinguer les professions libérales des autres, les cadres supérieurs et cadres moyens et, surtout, les salariés du public des salariés du privé. Les profs, chercheurs, journalistes restent de gauche; les cadres supérieurs sont devenus plus à gauche que les cadres moyens; les professions libérales restent à droite, malgré des infidélités chez les médecins (et la particularité des praticiens hospitaliers).
Les professions intermédiaires ont basculé à gauche nettement et c’est là la faiblesse majeure de la droite: Wauquiez l’a bien diagnostiqué, l’UMP a perdu ce coeur des classes moyennes: 58/42 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP, 61/39 chez IPSOS. C’est la bonne nouvelle pour Hollande mais elle est fragile car il sera difficile de les satisfaire.
Les employés sont à 54/46 chez TNS-Sofres, 52/48 chez IFOP et 57/43 chez IPSOS: ce n’est pas aussi massif que cela pourrait l’être pour la gauche, qui a donc du pain sur la planche, car le FN peut ici progresser, comme l’abstention, voire, un peu, la droite, en ricochet.
Le constat est similaire chez les ouvriers: 56/44 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP, 58/42 chez IPSOS: c’est évidemment net pour Hollande, mais cela ne devrait-il pas être « soviétique » comme score ? Là encore, attention au FN et à l’abstention en 2017…
Les retraités sont à 48/52 chez IFOP et 43/57 chez IPSOS, mais seulement à 51/49 chez TNS-Sofres qui les regroupe avec les autres inactifs (chômeurs, étudiants), ce qui fausse le résultat. Sinon, c’est une catégorie forte pour l’UMP, mais pas aussi écrasante que prévu, ce qui explique aussi l’échec de Sarkozy.

– Sur le secteur d’activité, la césure est nette mais sans surprise: 69/31 chez les salariés du public selon TNS-Sofres, 63/37 pour IFOP, 65/35 pour IPSOS. Avec la rigueur, les désillusions seront peut-être fortes pour la gauche…
Chez les salariés du privé, c’est plus équilibré: 46/54 pour TNS-Sofres, 52/48 pour IFOP, 53/47 pour IPSOS.
La droite se rattrape évidemment chez ceux qui travaillent à leur compte, les indépendants et employeurs: 31/69 selon TNS-Sofres, 40/60 selon IFOP et 39/61 selon IPSOS.

– Selon le diplôme, le constat est plus éclaté mais, grosso modo, la gauche est forte aux deux extrémités, chez les sans diplôme et chez les très diplômés (elle progresse au fur et à mesure du nombre d’années après le bac). Chez les détenteurs de BEP, CAP et du seul Bac, c’est équilibré ou Sarkozy l’emporte.

– Chez les abstentionnistes et ceux qui ont voté blanc ou nul au 1er tour, Sarkozy mène 67/33 selon TNS-Sofres. Chez les « sans parti », il mène 55/45 pour IFOP et IPSOS. Clairement, sa stature l’a servi, au dernier moment. Bien sûr, Hollande aura pu en acquérir une en 2017. Mais face à un Fillon, l’avantage sera annulé.
Parmi les électeurs se déclarant proches du MoDem, Sarkozy, malgré sa « dérive droitière », est à 57/43 pour TNS-Sofres, 52/48 pour IFOP et 61/39 pour IPSOS. Certes, on ne sait plsu trop ce qu’est cet électorat ni s’il existera en 2017, mais il est clair que le choix personnel de Bayrou n’est pas suivi majoritairement et que le centre-droit reviendra dans sa famille d’origine pour peu que Copé de poursuive pas la ligne Hortefeux-Buisson ou qu’un autre le supplante.
Parmi les électeurs se disant proches du FN, Sarkozy est à 82/18 selon TNS-Sofres et IPSOS et 80/20 selon IFOP . Il y a probablement eu de ladésaffection pour sArkozy sur l’électorat Le Pen « élargi », mais sur ceux qui acceptent de se dire « proches du FN » (un noyau plus réduit mais plus fidèle et plus « votant »), Sarkozy était dominant. Un Fillon pourrait-il y garder un tel avantage ?

Ma conclusion personnelle: allez Martine ! Allez Angela ! 😉

Derniers sondages IFOP, BVA et IFOP quotidien: une amélioration à peine sensible et trop tardive pour Sarkozy, ce qui amène aux premières supputations sur l’après-6 mai à gauche et à droite

 

IFOP-Fiducial
Paris-Match, Europe 1, Public Sénat
26-29 avril 2012
échantillon: 1876 inscrits sur un total de 1962

Hollande 54 (-0,5)
Sarkozy 46 (+0,5)

___________________________

BVA
RTL, Orange, presse régionale
30 avril-1er mai 2012
échantillon: 1387 inscrits sur un total de 1414

Hollande 53,5 (-1)
Sarkozy 46,5 (+1)

___________________________

IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
26-30 avril 2012, 28-avril-1er mai 2012 et 28 avril-2 mai 2012
échantillons: 898, 904 et 1229

Hollande 54 (-1)  53,5 (-0,5) 53 (-0,5)
Sarkozy 46 (+1)  46,5 (+0,5) 46 (+0,5)

1. Le léger resserrement qui est perceptible juste avant le débat du 2 mai est bien trop faible pour permettre à Sarkozy d’espérer autre chose qu’une défaite un peu plus limitée.

Certes, dans l’IFOP quotidien, on en est à 0,5 point par jour (à ce rythme, c’est du 51-49 :P), mais bon, c’est l’IFOP. En revanche, BVA, de tropisme pro-Hollande, est également un peu plus pessimiste sur le score de ce dernier. Mais bon, c’était la lanterne rouge des sondeurs en termes de fiabilité au 1er tour.

Dans l’optique de la victoire annoncée de Hollande (même si beaucoup de socialistes, à l’heure où j’écris, n’ont plus d’ongles…), plusieurs seuils peuvent être surveillés:
– Hollande ne paraît plus en mesure d’atteindre les niveaux gaulliens de 1965 (55,80%, vécus à l’époque comme un désaveu par de Gaulle, surtout au 1er tour avec sa mise en ballottage;
– en revanche, pour Hollande, le niveau de Mitterrand en 1988 semble encore atteignable (54,02%), même si ce sera difficile;
– ensuite, deux seuils proches ont une valeur symbolique réelle, tant pour la légitimité et la future force politique de Hollande, que pour l’éventuelle survie politique de Sarkozy: le niveau en pourcentage de Sarkozy en  2007 (53,06%) et son niveau en voix (près de 19 millions); certes, le corps électoral grossit, mais avec une participation et un nombre de blancs et nuls à peu près identiques au premier tour (35,9 millions de suffrages exprimés), il faudrait environ 52,9% à Hollande pour atteindre les 19 millions: malgré l’élévation probable du nombre de blancs d’origines lepéniste et bayrouïste, ce n’est pas impossible pour Hollande s’il « colle » aux 54%;
– enfin, la précédente défaite d’un sortant (VGE avec 48,24% en 1981) paraît hors d’atteinte pour Sarkozy; de manière générale, même une défaite à la Jospin 1995 (47,36%) et tout score dans lequel Hollande serait en dessous des 53% seraient une garantie de survie politique pour lui et une tentation de tenter de revenir dans le jeu pour 2017 (ou au-delà…), même si Copé, Fillon, Juppé et d’autres s’assureront que ce ne sera pas le cas (mais il peut profiter, justement, de ces divisions à venir).

D’une certaine manière, les leaders de droite ont intérêt à une défaite claire (pour se débarrasser de Sarkozy), sans être une déroute (pour éviter le coup de poignard mortel dans le dos de Le Pen): entre 52 et 52,5% ?

2. J’en profite d’ailleurs pour récapituler les données fournies par deux sondages récents pour BVA et LH2 sur le nom du futur Premier ministre.

Si Sarkozy l’emportait, BVA proposait aux sondés plusieurs noms, dont celui de Bayrou (c’était la semaine dernière), mais pas celui de Fillon. Dans l’ensemble, parmi les électeurs de Bayrou, Sarkozy et Le Pen respectivement, cela donnait:
Juppé 30/27/49/20
Bayrou 30/56/10/28
Borloo 16/8/9/17
NKM 7/3/11/9
Copé 5/1/13/10
Bertrand 3/2/6/10
En retenant les électeurs de Sarkozy, cela montre que le bloc central est potentiellement puissant au sein de la droite, pour peu qu’il ne soit pas divisé entre Juppé, Fillon, voire Wauquiez, NKM, Bertrand ou Baroin; que le centre-droit reste à sa place, réelle mais minoritaire; que Copé part de bas, mais qu’il aura une capacité réelle dès lors qu’il s’agira de ne consulter que les militants encartés (plus « politisés » et moins modérés que les électeurs, comme aux Etats-Unis) et que produiront leurs effets ses rabibochages avec Estrosi, Gaudin et Muselier, Karoutchi (dans les grosses fédérations, donc), sa capacité de nuisance à Paris (Goasguen, Dati,…) et son contrôle de l’appareil du parti (directement ou via des alliés potentiels: Courtial, Tabarot, Hortefeux, Gaudin, Morano, Riester,…).
Notons également qu’est confirmée l’absence de leader clair du centre-droit, Borloo réalisant des scores décevants.

LH2 a envisagé des hypothèses différentes et a inclus Fillon mais pas Bayrou, ce qui donne, dans l’ensemble, dans les électeurs de droite, dans les électeurs UMP, respectivement:
Juppé 26/27/33
Fillon 18/30/29
Borloo 15/10/8
Copé 6/11/14
Baroin 6/6/5
Bertrand 2/3/4
ce qui confirme la marginalité de Bertrand, la faiblesse de Borloo, le niveau bas mais probablement « motivé » des partisans de Copé, le risque de la division Juppé-Fillon. Ce dernier réalise un score surprenant, étant donné l’usure qui devrait le toucher après 5 ans de Matignon. Certes, ce n’est pas un sondage sur la présidence de l’UMP, mais tout de même. Le côté « légitimiste » pourrait le favoriser, même si Juppé a des atouts, notamment celui de pouvoir rallier peut-être plus facilement l’aile gauche de l’UMP et le parti radical (le PCD étant sûrement plus filloniste).
Cela montre également que Copé, qui est pourtant le grand soutien de Sarkozy aujourd’hui, est celui qui a le plus intérêt à sa défaite: comment exister sinon ?…
Ajoutons que, parmi les électeurs de Sarkozy, LH2 donne seulement Juppé à 34 et Fillon à 32; parmi les électeurs de Le Pen, Fillon à 32 et Juppé à 14; parmi les électeurs de Bayrou, Juppé à 46 et Borloo à 18 (seulement, alors que Bayrou est absent: un camouflet !); parmi les électeurs de Hollande, Juppé à 30 et Borloo à 24 (encore une mauvaise surprise pour Borloo le « social-écolo »); parmi les électeurs de Mélenchon, Borloo à 26 et Juppé à 13 😀

Et puisque nous en sommes aux hypothèses Matignon, voici celles du PS.

Pour les personnes interrogées par BVA, les résultats sont les suivants, parmi l’ensemble des électeurs, ceux de Mélenchon, Hollande, Bayrou et Le Pen respectivement:
Aubry 28/46/37/21/12
Valls 24/10/18/26/35
Ayrault 12/14/17/11/10
Moscovici 11/7/15/10/5
Fabius 9/14/5/16/14
Sapin 7/4/5/8/9
Aubry reste, par manque d’originalité et par notoriété (name-recognition) aussi, la grande favorite des Français, même si son tropisme de gauche est ici très clair. Je maintiens que ce serait une triple erreur de la nommer dès le départ: elle ferait de l’ombre à Hollande et rendrait son début de mandat difficile; elle serait « usée » pour la fin de mandat, alors que la remobilisation à gauche sera sûrement nécessaire après 3 ou 4 ans d’austérité et de « social-trahison »; il serait bien plus utile de la « griller » avant 2017, afin d’éviter toute concurrence interne pour Hollande… Le seul intérêt de la nommer à Matignon dès maintenant serait de ligoter la gauche du PS, qui risque de se faire bruyante assez rapidement, avec un Mélenchon soufflant sur les braises de l’extérieur.
Moscovici fait un score bien décevant, mais son côté dilettante lui joue manifestement des tours, tant auprès de Hollande que dans sa visibilité pendant la campagne. Je le garde comme favori, car il est le « logique collaborateur » que Hollande peut souhaiter et a quand même une expérience ministérielle et un positionnement politique, général et à l’intérieur du PS, hollando-compatible (Sapin aussi, mais il est moins connu et aurait plus de mal à s’imposer aux ténors du PS). Reste peut-être un aspect plus secret du processus de vetting à l’oeuvre en France comme il l’est aux Etats-Unis pour les candidats à la vice-présidence: sa vie privée et sa proximité multiforme avec DSK.
Valls au contraire a bénéficié à plein de la campagne, même s’il est surtout visible à droite. Il n’aurait été utile qu’en cas de haut score de Bayrou et de victoire très étriquée de Hollande, le rendant utile pour les législatives, comme Rocard en 1988. En revanche, par rapport à la liste confectionnée il y a quelques semaines, il est bien possible qu’il ait gagné Beauvau, Rebsamen se voyant rétrogradé ou recyclé au PS.
Ayrault est un peu une surprise, car il est loin d’être marginalisé, alors qu’il n’a pas de charisme et que son poperénisme d’origine remonte régulièrement à la surface, contredisant sa soi-disant modération d’élu de l’Ouest (on est loin des Le Drian ou Poignant !). Il a une grosse faiblesse toutefois: il n’a jamais été ministre. Avoir un Président qui a surtout été premier secrétaire du PS et un Premier ministre qui a surtout été président du groupe PS à l’Assemblée, est-ce bien raisonnable ? Mais, après tout, Hollande peut vouloir agir à la « Mitterrand 1981 ».
Fabius est marginalisé chez les siens, mais pourrait avoir l’avantage d’être en capacité de faire le sale boulot au départ, avec autorité, et de fournir un fusible utile ensuite.

Pour LH2, les hypothèses testées sont différentes, mais les résultats restent cohérents (car Royal et Montebourg n’ont évidemment aucune chance d’accéder à Matignon), au sein de tous les électeurs, de ceux de gauche et de ceux du PS respectivement:
Aubry 23/33/41
Valls 12/10/11
Royal 10/14/9
Montebourg 10/10/6
Ayrault 7/10/13
Moscovici 5/6/9
résultats que LH2 complète en donnant simplement Aubry à 29 et Montebourg à 22 parmi les électeurs de Mélenchon (où l’on retrouve la passerelle Montebourg-Mélenchon, notamment visible dans le sud-est de la France); Aubry à 37 et Ayrault à 14 parmi les électeurs de Hollande; Valls à 27 et Aubry à 20 parmi ceux de Bayrou; Valls à 18 et Aubry à 13 parmi ceux de Sarkozy; Aubry à 20 et Royal à 13 parmi ceux de Le Pen.

En tous les cas, l’après-6 mai sera passionnant, car la guerre de mouvement va enfin reprendre, tant au sein du PS que, désormais, au sein de l’UMP et du centre-droit…

3. En ce qui concerne les reports de voix, ils restent divergents (respectivement BVA, IFOP et les IFOP quotidiens)
– dans l’électorat Mélenchon: 87/4/9, 80/6/14 et puis 86/4/10, 85/6/9 et 85/5/10, sans grande nouveauté puisque très solides pour Hollande,
– dans l’électorat Le Pen: 21/57/22, 18/43/39 et puis 18/44/38, 15/46/39 et 16/45/39, en amélioration pour Sarkozy, soit qu’il progresse soit que Hollande régresse, mais ce n’est pas suffisant et la forte composante populaire-populaire dont j’ai précédemment parlée ne peut permettre à Sarkozy d’atteindre les 2/3, ce qui serait le minimum à réaliser,
– dans l’électorat Bayrou: 36/36/28, 28/31/41 et puis 33/27/40, 28/32/40 et 26/32/42, à des niveaux de partage un peu moins à gauche qu’en 2007 (même si c’est logique, puisqu’alors, Bayrou rassemblait les déçus de Royal), avec une érosion récente de Hollande, mais marquant une certaine instabilité, dangereuse pour Sarkozy s’il est de nouveau trop à droite ce soir ou si Bayrou parasite trop la journée de demain (voire Villepin celle de vendredi).

IFOP ajoute les reports dans l’électorat Joly: 69/11/20, de nouveau moins favorables que prévu. Mais l’échantillon est limité et même une petite déperdition ici ne peut véritablement menacer Hollande.

« Trop peu, trop tard » en quelque sorte pour Sarkozy, même si l’écart va probablement continuer de se resserrer. Le résultat reste important pour l’avenir de la droite, dans son combat à venir contre le néo-FN, et pour l’assise politique de Hollande, face aux ténors du PS et dans sa dynamique politique de début de quinquennat. Il reste donc, quand même, un peu de suspense… 😛

Bon débat !

Indicateur du 19 mars 2012: comment la primaire du PS peut éclairer (ou non) la prochaine élection !

1. L’indicateur de cette semaine enregistre les tendances des derniers jours, de manière d’autant plus nette que la pondération des sondages dans le temps s’accélère un peu aujourd’hui: désormais, seuls les sondages des 3 dernières semaines sont pris en compte (voir la page « mode de calcul ») et leur « valeur » décroît plus vite dans le temps.

Une fois de plus, je me félicite 😉 de ce calendrier, car nous entrons dans la phase de campagne officielle et nous sommes à à peine plus d’un mois de l’élection, ce qui implique effectivement d’être plus « réactif ». Toutefois, grâce à une recrudescence de sondages, nous sommes toujours avec un panel total d’environ 12 000 personnes, ce qui est significatif, et nous conservons toujours au moins un sondage de chaque institut, puisque les moins « chanceux » (commercialement…) d’entre eux ont quand même réussi à dépasser le niveau d’une enquête par mois… Mais certains instituts (ou plutôt leurs commanditaires) ont un peu renforcé la voilure et LH2 ou IPSOS, par exemple, sont à un sondage par quinzaine (c’est plus erratique pour OpinionWay). TNS-Sofres, BVA et surtout Harris semblent un peu inactifs encore, mais cela devrait changer.

Les tendances ne sont donc pas surprenantes, au premier tour:
– montée de Mélenchon,
– effritement accru de Hollande
– faux-plat de Bayrou,
– reprise modérée de Sarkozy,
– érosion de Le Pen,
– quasi-disparition des petits candidats,

comme au second tour:
– tassement de Hollande,
– retard toujours important de Sarkozy.

Les transferts Le Pen->Sarkozy, Hollande/Joly->Mélenchon, Villepin/Lepage->Bayrou sont confirmés.

Par rapport à ma série d’articles de la semaine passée, rien de bien neuf donc.

2. Reste à savoir où s’arrêtera la décrue de Hollande. Un ressort s’est clairement brisé, mais son sens tactique est sûrement intact et la volonté de revanche à gauche, l’anti-sarkozysme et la… longue attente des hiérarques socialistes et de gauche en général joueront pour remobiliser son électorat, au moins en partie, ce qui stabilisera Mélenchon et n’entraînera pas, finalement, de glissement vers Bayrou.

Il doit toutefois prendre garde à la tactique de l’underdog adoptée par Sarkozy: se positionner comme le challenger contre l’ordre établi fonctionne toujours aussi bien. Souvenons-nous de la « rupture » du ministre de l’Intérieur de Chirac (un candidat du nom de Sarkozy) en 2007. Souvenons-nous des pommes du président du RPR en 1995 contre son ex-conseiller spécial.

Souvenons-nous surtout de la campagne de la première secrétaire du PS Aubry, lors de la primaire du PS de 2011, contre le « favori », l' »homme installé », bref le « candidat du système« . « Ne vous laissez pas voler la victoire par les sondages et les médias »: tous les candidats aux primaires américaines ont, à un moment ou à un autre, prononcé une phrase équivalente.

Les enseignements de la primaire du PS peuvent en effet être éclairants, jusqu’à un certain point.

Cette primaire, qui voyait Hollande dominer assez fermement à compter de la fin août (La Rochelle), lui avait quand même apporté quelques sueurs froides quand, à l’approche du premier tour et surtout dans l’entre-deux-tours, Holande avait été poussé « dans les cordes » et, à force de rester vague et pâle, se retrouvait à répéter, à tourner à vide et en rond, à ne pouvoir répliquer et à être réellement menacé.

Sarkozy dans le rôle d’Aubry ?
Se présenter, alors que l’on est en fonction, comme le candidat anti-système ne manque pas d’audace et peut rapporter gros, on vient de le voir pour Martine Aubry et cela se dessine quelque peu pour Nicolas Sarkozy. Aubry avait su utiliser l’appareil et le programme officiel du PS pour coincer Hollande, comme Sarkozy sait et saura utiliser la crise et l’Europe ou reprendre la casquette présidentielle en cas de coup dur (fait divers médiatisé comme aujourd’hui, guerre Israël-Iran, nouvelle crise financière dans le sud de l’Europe, catastrophe naturelle, etc.). Elle avait harcelé et mordillé les mollets de Hollande en permanence dans les débats (jusqu’à l’agacement du téléspectateur, mais avec une certaine réussite médiatique), ce qui Sarkozy fait à longueur de terrain et de meetings.

Mélenchon dans le rôle de Montebourg ?
Lors de la primaire du PS, l' »insurrection montebourgeoise » avait finalement abouti à un ralliement prudent mais clair de Montebourg à Hollande, dans les formes et de manière… « bourgeoise ». Montebourg avait frisé le ridicule en tentant de faire monter les enchères et en surjouant sa situation; Mélenchon sera peut-être davantage dans la tactique et la combinazzione et moins dans le panache.

Mais Mélenchon se montebourgeoisera-t-il, au sens électoral du terme ? Je le pense, quoi que beaucoup disent ou écrivent en ce moment. Il n’a jamais créé l’irréparable avec Hollande et il a toujours ménagé l’avenir. N’oublions pas non plus qu’il a été ministre, sénateur, apparatchik, « poisson-pilote » de l’Elysée en matière d’anti-racisme, d’action lycéenne, d’agitation laïcarde et enseignante: Mélenchon n’est pas Laguiller. Je ne pense donc pas qu’il y ait là un vrai danger pour Hollande.

Bayrou dans le rôle de Valls ?
Hollande avait fini par concéder quelques mesures dépensières et plus à gauche (qu’il traîne d’ailleurs encore aujourd’hui) pour amadouer les électeurs de Montebourg. Mais cela ne l’avait pas empêché de rallier Valls et ses électeurs. Dans le cas de Bayrou, il s’agit plutôt de ses électeurs que de lui-même, bien entendu, car lui ne peut plus se rallier à personne sauf à décréter publiquement la fin de sa carrière politique (et Hollande n’a pas besoin de l’homme Bayrou pour gagner; il serait surtout un poids supplémentaire dans un gouvernement ô combien difficile à équilibrer et à constituer).

Joly dans le rôle de Royal ?
Avec un score très décevant, elle avait été contrainte de se rallier sans exigences à Hollande, mais l’avait fait vite pour en retirer un certain profit. Nul doute que Duflot poussera en ce sens, afin de préserver l’accord EELV-PS, par lequel ils devraient avoir une place indue à l’Assemblée. Il n’est que de voir les sévères attaques actuelles du duo Duflot-Placé contre Mélenchon pour comprendre leurs craintes et leurs orientations…

Le Pen dans le rôle de Guérini ?
Oui, je n’ai pas trouvé mieux… 😀 Mais c’est bien l’acteur extérieur au duel que François Hollande agitera en sous-main pour faire perdre son adversaire… Le parallèle n’est pas si décoiffant 😉 D’ailleurs, si Sarkozy a exploité la polémique du halal, la condamnation de ses déclarations ne manque pas de sel, lorsque l’on se souvient que c’est le maire PS de Roubaix qui, en 2010, voulait porter plainte contre Quick qui ne proposait plus, chez lui, que du halal, déclenchant la première grande polémique du genre… Comme quoi, la vieille technique mitterrandienne de la diabolisation des thèmes et des électeurs du FN pour handicaper fatalement la droite (victoire étriquée en 1986, victoire ample au centre en 1988, victoire par triangulaires en 1997, division de la droite et du centre-droit après les régionales de 1998,…) continue d’être bien utile !

3. Mais le précédent (ou le parallèle s’arrête là). Le second tour de 2012 sera davantage droite/gauche, même si Sarkozy fera tout pour en faire un second tour « peuple »/ »système ». C’est une élection nationale, avec de multiples composantes dans l’opinion.

A moins qu’il ne se poursuive en fait jusqu’au bout: lors du second tour de la primaire du PS, le vote utile et la volonté de battre Sarkozy ont constitué des socles solides pour le candidat Hollande.

La véritable clef, le véritable élément d’incertitude, pourrait finalement être la participation. Elle avait été supérieure au second tour de la primaire et avait quasi-exclusivement profité à Hollande. C’était la manifestation la plus nette du vote utile.

En 2012, pour l’élection présidentielle, la participation pourrait être décevante pour Hollande au premier tour et au moins aussi favorable à Sarkozy qu’à Hollande au second tour, avec l’effacement de l’efficacité du « sortez le sortant » et avec une certaine jospinisation rampante de Hollande (sur laquelle Mélenchon tente habilement de capitaliser). Le dernier espoir de suspense réside probablement là.

A court terme, j’ai bien peur que le fait divers dramatique de ces derniers jours n’aseptise tout et ne « gèle » encore davantage les rapports de force… Soupir…

Indicateur du 10 octobre : l’avantage comparatif de François Hollande, la problématique du « vote utile » et le pronostic pour le second tour de la primaire du PS

 

Depuis le 14 mai 2011 et la fin de l’hypothèse DSK, une constante est remarquable dans les sondages de premier tour comme de second tour : le score de François Hollande est systématiquement supérieur à celui de Martine Aubry, ainsi que le montrent les graphiques retraçant notre indicateur, décliné dans les deux hypothèses, Hollande et Aubry.

 

 

 

(cliquez sur les graphiques pour plus de visibilité)

1. Au premier tour, il est plus compétitif à l’égard du centre, du centre-droit et de la droite. Il ne s’agit pas de gains effectués à l’égard d’un candidat particulier, mais de petits gains (entre 0,5 et 1 point) effectués au détriment de l’ensemble des candidats : Bayrou, Borloo, Villepin et même Sarkozy.

Plus surprenant encore, la candidate Le Pen est elle-même affectée par le phénomène, bien que de manière plus restreinte.

A l’inverse, François Hollande n’est pas tellement moins bien placé que Martine Aubry face à l’extrême-gauche (les petits candidats étant au même niveau négligeable) et à la « gauche de la gauche », le candidat Mélenchon étant certes plus haut dans l’hypothèse Hollande, mais seulement d’un demi-point. Depuis qu’Eva Joly est la candidate d’EE-LV, toutefois, elle est clairement plus forte dans l’hypothèse Hollande que dans l’hypothèse Aubry, de 0,5 à 1 point.

Néanmoins, cela ne suffit pas à compenser les gains réalisés du centre jusqu’à l’extrême-droite et donne à François Hollande un avantage comparatif d’environ 3 à 3,5 points.

De ce point de vue, le soutien prudent et « personnel » d’Arnaud Montebourg à François Hollande est, pour lui, une bonne opération avant le vote de demain, mais surtout une excellente nouvelle dans la perspective de la présidentielle, en permettant de « couvrir » l’aile gauche et d’éviter une émergence trop menaçante de la candidature Mélenchon.

2. Cet avantage comparatif se retrouve au second tour : si les candidats battent Nicolas Sarkozy largement, l’avance est encore plus nette pour François Hollande et elle se maintien quelle que soit la tendance globale, à la hausse comme à la baisse (cliquez sur le graphique pour plus de visibilité).

Cela s’explique par des reports de voix meilleurs depuis l’électorat Bayrou, mais aussi les électorats Borloo et Villepin, certains sondages du printemps ayant même montré un report majoritaire des électeurs Borloo, sans pour autant que François Hollande soit réellement moins performant à l’égard des électeurs Mélenchon et Joly.

La « dame des 35 heures », ses déclarations comme sa personnalité, rebute les électeurs « modérés » (au vieux sens du terme) du centre, du centre-droit voire d’une partie de la droite, encore davantage que la personnalité controversée et les « slaloms » politiques de Nicolas Sarkozy à l’égard du gaullisme, du centrisme européen et démocrate-chrétien ou du libéralisme économique. Ces électeurs étaient bien disposés à l’égard de DSK, ils le sont désormais à l’égard de François Hollande.

Il est bien entendu douteux que cette bonne disposition perdure pendant toute la campagne, François Hollande ne pouvant non plus renier son appartenance au parti socialiste et restant sous la pression d’Arnaud Montebourg, de Jean-Luc Mélenchon, de Verts désormais plus ouvertement à gauche depuis la défaite de Nicolas Hulot. Mais elle ne disparaîtra pas complètement et la propension de Nicolas Sarkozy à toujours retomber dans ses travers (plusieurs fois adoptée, la « présidentialisation » est toujours finalement remisée au profit d’un retour au combat politicien si plaisant) empêchera ce dernier d’ne tirer complètement profit.

3. Ces données sondagières sont constantes depuis 5 mois, voire s’accentuent, et se retrouvent d’un institut à l’autre. Une telle cohérence ne peut être aléatoire. La comparaison avec les sondages du premier tour de la primaire du PS, qui ont globalement sur-évalué François Hollande, ne peut tenir, dans la mesure où l’expérience des instituts est infiniment supérieure en matière d’élections présidentielles et où l’échantillon est fiable, connu et maîtrisé, sans difficulté majeure d’appréhension de la participation. De surcroît, il s’agit de deux hypothèses distinctes dans lesquelles François Hollande et Martine Aubry ne sont pas en opposition directe et dans lesquelles le niveau comparable de Marine Le Pen règle la difficulté qu’aurait pu présenter une influence de cet électorat FN encore délicat à cerner malgré 25 ans d’expérience.

En outre, le positionnement plus au centre-gauche de François Hollande paraît en adéquation avec ces résultats et le fait qu’il se soit peu ou prou substitué à Dominique Strauss-Kahn dans les études rend ces scores logiques.

4. Cette situation constitue un atout certain dans la configuration de l’élection présidentielle qui se dessine. Nicolas Sarkozy reste sous la menace d’une montée de la candidature Le Pen et est contraint de « muscler » son discours sur la droite. La structuration actuelle de l’UMP, avec un courant de droite fort et une équipe de direction globalement « libérale », renforce encore ce tropisme vers la droite.

Dans le même temps, la droite s’avère incapable de structurer son aile centriste, avec l’échec de la tentative Borloo. Or, beaucoup d’électeurs de centre-droit refusent clairement de voter Sarkozy au premier tour, quelles que soient ses éventuels changements (proclamés mais de toute façon non crus par cet électorat) en matière européenne, sociale ou de comportement personnel. Nicolas Sarkozy ne peut d’ailleurs véritablement aller dans ce sens en raison de la menace du FN et parce qu’il continue de penser que, comme en 2007 (et en 2002), l’élection se gagnera à droite.

De ce point de vue, le positionnement plus modéré de DSK, puis de François Hollande, enferme Nicolas Sarkozy dans un étau, puisqu’il est grignoté à la fois sur sa droite et sur sa gauche. Faire disparaître les candidats du centre-droit (ou supposés tels, comme Dominique de Villepin) n’arrangera rien pour lui, puisque, ainsi qu’il a été expliqué dans un autre article, François Bayrou et même le candidat socialiste sont susceptibles d’ne profiter directement, empêchant encore davantage que réapparaisse la dynamique de premier tour que Nicolas Sarkozy avait su créer en 2007.

Par ailleurs, le positionnement de François Hollande constitue aussi une meilleure garantie pour le PS de ne pas revivre la mésaventure de 2007, avec un bon mois de campagne utilisé à tenter de contenir la poussée Bayrou.

Certes, il sera difficile à celui-ci de rééditer la même campagne, mais le courant anti-establishment ne sera pas forcément concentré sur Marine Le Pen (François Bayrou avait su jouer d’accents quasi-poujadistes pour solidifier sa progression en 2007) et, d’un autre côté, le courant « responsable » se reconnaîtra davantage encore dans la candidature Bayrou avec la dégradation de la situation des finances publiques. La menace Bayrou est donc encore réelle pour le PS, d’autant plus avec la défaite de Nicolas Hulot, dont la candidature aurait pleinement satisfait Nicolas Sarkozy, et avec le retrait de Jean-Louis Borloo.

Comme, au surplus, il ne semble pas y avoir de déperdition excessive dans l’électorat Mélenchon au second tour, le candidat Hollande pourrait occuper sans trop de risques une position plus centrale et gagner l’élection au centre, ainsi que cela s’est produit en 1974 et 1988.

5. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’avantage comparatif de François Hollande, mesuré aujourd’hui et vraisemblablement effectif, se retrouverait en avril et mai 2012.

Cependant, l’écart en sa faveur et ses fondements solides devraient logiquement constituer une incitation au « vote utile » dans la perspective du second tour de la primaire du PS. Même Arnaud Montebourg et Ségolène Royal ont validé ce raisonnement, malgré des positionnements de « conviction » et anti-« système ».

C’est pourquoi j’ai confirmé un pronostic de 51,5 – 48,5 en sa faveur, alors même que la dynamique de l’entre-deux-tours était plutôt du côté de Martine Aubry, malgré des contre-attaques réussies de François Hollande avec les ralliements Royal et Montebourg. Le courant « rebelle », anti-système, surprend certes toujours: européennes de 1984, référendum de 1992, européennes de 1999, premier tour de la présidentielle de 2002, référendum de 2005, d’une certaine manière premier tour de la primaire 2011 du PS. Mais le réflexe de « vote utile », fondé cette fois-ci sur une volonté forte de battre Nicolas Sarkozy, y compris et peut-être surtout parmi les jeunes générations, devrait être suffisant pour empêcher le vote protestataire de faire gagner Martine Aubry.

Dernier sondage pour la primaire PS: Hollande résiste toujours, mon pronostic prudent est à 51,5-48,5

 

Harris Interactive
LCP
12-13 octobre 2011
échantillon total: 1519
sous-échantillon électeurs de gauche: inconnu

– Potentiel de participation (différence par rapport à la dernière enquête Harris des 9 et 10 octobre):
certainement 15 (=)
probablement 12 (+1)
probablement pas 14 (-1)
certainement pas 59 (=)

« certainement » parmi l’ensemble des électeurs de gauche: 36 (-1)
parmi les électeurs socialistes 44 (-3)
parmi les électeurs Verts 23 (+2)
parmi les électeurs du Front de Gauche 29 (+4)
parmi les électeurs d’extrême-gauche 18 (+5)
parmi les électeurs du MoDem 9 (+1)

– Préférence pour la désignation de:

parmi l’ensemble des électeurs de gauche:
Hollande 47 / 53 parmi ceux exprimant une opinion (=)
Aubry 41 / 47 parmi ceux exprimant une opinion (=)
aucun 12 / 0 (=)

parmi l’ensemble des électeurs socialistes:
Hollande 54 (-2) / 58 (-1) parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 40 (=) / 43 (+1) parmi ceux exprimant une opinion
aucun 6 (+2) / 0

parmi les électeurs de gauche ayant voté le 9 octobre:
Hollande 47 (=) / 51 (-0,5) parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 45 (+1) / 49 (+0,5) parmi ceux exprimant une opinion
aucun 8 (-1) / 0

1. La participation potentielle semble plafonner en cette fin de semaine, avec cependant un léger surcroît de mobilisation dans des catégories a priori favorables à Martine Aubry, les écologistes, la « gauche de la gauche » et l’extrême-gauche.

Néanmoins, la participation est plus élevée chez les hommes que chez les femmes, d’autant plus élevée que l’âge est plus élevé (excepté pour les plus jeunes de 18-24 ans), c’est-à-dire qu’elle reste globalement positive pour François Hollande.

Parmi ceux n’ayant pas voté au premier tour, François Hollande reçoit 47% de préférences, contre 36% à Martine Aubry et 17% ne se prononçant pas. Toutefois, les chiffres ne sont pas limités à ceux qui ont l’intention de voter au second tour.

Parmi ceux ayant voté au premier tour (et donc susceptibles de revenir au premier chef), les chiffres sont de 47%, 45% et 8% respectivement, soit de 51% et 49% sur une base de 100.

2. Les scores bruts montrent toujours un écart faible, mais qui n’évolue plus, sauf parmi les électeurs socialistes, traditionnellement favorables à François Hollande et qui le restent.

bien un resserrement de l’écart par rapport à l’avant-premier tour. Mais François Hollande reste majoritaire, que ce soit parmi l’ensemble des électeurs de gauche ou parmi le panel plus réduit de ceux qui ont voté au premier tour, à 51,5%, c’est-à-dire exactement dans la fourchette que j’évoquais dans mon article sur les reports de voix, dans une première tentative de pronostic.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

3. Les chiffres détaillés montrent une grande cohérence par rapport aux enquêtes d’avant le premier tour et aux autres enquêtes de l’entre-deux-tours:

– François Hollande est plus fort chez les hommes, les personnes âgées de plus de 50 ans (avec un succès croissant avec l’âge), les provinciaux, les retraités et inactifs.

– Martine Aubry est plus forte chez les femmes, les personnes de moins de 50 ans, les Franciliens.

La polarisation hommes-femmes est désormais assez remarquable: 56-33 chez les hommes, 35-52 chez les femmes, ce qui se voit désormais assez rarement dans les enquêtes d’opinion de nature politique.

Martine Aubry reste majoritaire parmi les électeurs du Front de Gauche et des Verts, sans être toutefois écrasante et avec un gros cinquième qui, à chaque fois, ne prend pas parti.

4. Le débat ne semble pas avoir d’effet majeur. Si, dans l’ensemble de l’échantillon,y compris ceux qui n’ont pas regardé le débat, François Hollande est légèrement plus convaincant, l’égalité est parfaite chez ceux ayant regardé le débat (65% ont trouvé Hollande convaincant et 64 % Aubry) ou chez les électeurs de gauche (70% et  71% respectivement).

Il est intéressant de noter une forte polarisation chez Martine Aubry, avec des scores supérieurs tant pour ceux l’ayant trouvée « très » convaincante que pour ceux l’ayant trouvée « pas du tout » convaincante. Son attitude clivante a donc été bien perçue comme telle, mais sans effet global véritablement notable.

Sa stratégie d’escalade de Martine Aubry (quelle que soit l’ironie d’entendre la fille de Jacques Delors, ayant soutenu le « oui » au référendum de 2005, énarque, ancienne ministre, première secrétaire du PS en congé, ancienne DRH de Péchiney, amie d’Alain Minc prendre ainsi des accents poujadistes) peut se justifier pour récupérer leur électorat. Cette stratégie est risquée, car, si elle est désignée, elle aura singulièrement rétréci sa base pour l’élection présidentielle proprement dite et créé des frustrations, qui avaient largement handicapé Ségolène Royal en 2007, pourtant victorieuse avec une marge écrasante ; si elle n’est pas désignée, elle risque bien de perdre la tête du PS, lâchée par une partie de ses soutiens actuels, ex-strauss-kahniens ralliés par opportunisme, delanoïstes et fabiusiens, dont beaucoup sont restés en retrait de ces attaques.

En réalité, le choix d’Arnaud Montebourg, même très prudent et même minimisé par un certain nombre de médias de gauche (Libération, Rue89, Mediapart, i-Télé), vient, pour François Hollande, opportunément contre-balancer l’offensive de Martine Aubry. Elle n’a finalement reçu le soutien d’aucun autre candidat, ce qui rappelle étrangement la situation d’Hillary Clinton lors des primaires démocrates de 2008, qui n’avait enregistré aucun désistement en sa faveur, pas même celui de Bill Richardson, et qui avait poursuivi son offensive très dure jusqu’au bout. Pour filer la comparaison, le résultat du premier tour, qui avait inversé la dynamique dimanche dernier ne serait peut-être comparable qu’à son succès à l’arraché dans le New Hampshire, après son lourd échec de l’Iowa, c’est-à-dire suffisant pour la remettre dans la course, mais insuffisant pour la victoire finale.

Le vote « personnel » d’Arnaud Montebourg ne constituera d’ailleurs probablement pas une aide directe à François Hollande, tant les électeurs ont probablement déjà leur choix en tête, pour la majeure partie d’entre eux (que ce soit pour des raisons sociologiques, idéologiques ou tactiques). En revanche, il permet à François Hollande de solidifier la thématique du rassemblement, qui n’est désormais plus un simple mot, et de ré-égaliser le terrain médiatique. Celui-ci, sans lui être fortement défavorable, autorisait quand même le déploiement des attaques personnelles et vives de Martine Aubry, sous l’apparente neutralité de titres et d’articles faisant état de tensions des deux côtés.

Le choix d’Arnaud Montebourg, qui sera certainement perçu comme un « traître » par certains de ses électeurs, pourrait même avoir un effet inverse, de manière très marginale, certains électeurs préférant soutenir celle qui, seule contre tous désormais, semble incarner le rejet du « système ».

Arnaud Montebourg, même en s’affichant avec François Hollande (je serais curieux de connaître la marque de la bière blonde bue à Ris-Orangis !), a quand même déclaré qu’il aurait voté pour Martine Aubry si elle était arrivée en tête. Cela revient quasiment à ne rien dire… même si je reconnais écrire ceci pour tenter d’avoir raison par rapport à ce que je pensais initialement sur une absence de prise de position. Il a finalement quand même fait l’effort d’un choix responsable pour le PS, probablement sous la pression des critiques sur la croissance récente de son ego.

Quoi qu’il en soit, au pire pour François Hollande, la situation se stabilise et il enraye la dynamique Aubry à temps avant le second tour, qui devrait rester serré.

Pour se résumer, les sondages d’entre-deux-tours ont été menés par seulement deux instituts, celui qui a réalisé la meilleure performance au premier tour (Harris Interactive) et a, par deux fois, publié un résultat de 53-47 en faveur de François Hollande et celui qui a réalisé la plus mauvaise performance (OpinionWay) et a publié, par deux fois, un résultat de 52-47.

 5. Cela m’amène à formuler un pronostic personnel, comme au premier tour !

Considérant
– la déperdition de 20% des électeurs d’Arnaud Montebourg, en réalité issues du vivier mélenchoniste et ne souhaitant pas trancher entre les « deux faces d’une même médaille »,
– la déperdition de 30% des électeurs de Ségolène Royal, soit issues de la « gauche de la gauche », soit trop déçues de la défaite de leur idole pour aller voter,
– l’apport probable d’une participation supplémentaire de 7%,

Considérant
– la ventilation 1/3 – 2/3 des voix restantes d’Arnaud Montebourg (13,75%), certes peu favorable à François Hollande, mais restant honorable et tenant compte du fait que la gauche du PS comme les « bobos », nombreux au sein de cet électorat, sont peu susceptibles de rallier Hollande,
– la ventilation 1/3 – 2/3 des voix restantes de Ségolène Royal (4,86%), conforme aux enquêtes d’opinion et à la répartition des « thèmes » de cette dernière,
– la ventilation 2/3 – 1/3 des voix de Manuel Valls (5,63%), qui peut paraître très favorable à Martine Aubry mais rejoint les enquêtes d’opinion et traduit la fraction « volontariste » de cet électorat qui n’apprécie pas forcément François Hollande,
– la ventilation 2/3 – 1/3 des voix de Jean-Michel Baylet (0,64%), en fonction de l’importance relative que ces électeurs peuvent donner aux thèmes de la laïcité, de l’Europe, de la rigueur budgétaire ou des valeurs « libertariennes » du PRG,
– la ventilation 2/5 – 3/5 des « nouveaux » électeurs (7,00%), constitués de la gauche de la gauche, d’écologistes, mais aussi de socialistes plus modérés, démobilisés au premier tour et remobilisés par la menace de la dynamique Aubry,

Considérant le report a priori total des potentiels de voix Hollande (39,17%) et Aubry (30,42%) du premier tour,

j’aboutis à un résultat de 52,32 points contre 49,12 points ou, en rebasant sur 100, de 51,58% pour François Hollande et de 48,42% pour Martine Aubry, qui me conduit à un pronostic final de 51,5 / 48,5, même si mon sentiment personnel donnerait une victoire encore plus étroite de François Hollande, à 50,7% environ.

Ce résultat serré ouvrira une période de troubles au PS, qui devrait cependant être d’assez courte durée, en raison du démantèlement de l’hétéroclite coalition aubryste, que j’ai déjà décrite. Soit Martine Aubry sera reconduite à la tête du PS mais sous haute surveillance, soit elle sera contrainte de renoncer, sous la pression de ses propres anciens amis et d’une nouvelle coalition Hollande-Montebourg-Delanoë.

Demain, j’effectuerai une analyse de l’avantage comparatif de François Hollande dans les sondages pour l’élection présidentielle, afin de s’interroger sur la problématique du « vote utile« , la seule susceptible à mon sens de permettre à François Hollande d’espérer une victoire moins étriquée.