Victoire de « Franz-im-Glück » Hollande: majorité absolue en vue pour le PS, FN fort, UMP laminé à l’Ouest et résistant à l’Est par défaut, Mélenchon battu, Royal menacée, Bayrou disparu

Contrairement au discours dominant des médias depuis 20h:

– le FN est fort là où il est traditionnellement fort et l’abstention forte ne réduira donc pas suffisamment le nombre de triangulaires ou alors éliminera même des candidats UMP (chez Moscovici, il sera seul au 2nd tour contre le FN); en outre, avec ses voix, le FN va gagner beaucoup d’argent public pour les 5 ans qui viennent, alors que l’UMP va devoir se serrer la ceinture,

– le PS n’aura aucun problème pour avoir la majorité absolue seul: son score outre-mer est massif, il est partout très haut et les Verts commencent d’enregistrer les déconvenues (4e des Côtes-d’Armor).

Ma seule satisfaction est donc une carte qui devrait confirmer mes pronostics.

Sauf si la mobilisation se fait à droite pour le second tour, avec la prise de conscience du risque d’une majorité des 3/5 au Congrès (Assemblée + Sénat), qui laissera absolument tous les pouvoirs à la gauche…

Je publierai probablement des cartes partielles de pronostics plus tard dans la soirée et la nuit.

MISE A JOUR A 22h45: les Verts, en raison de la faiblesse de l’UMP (et du stupide réflexe légitimiste des électeurs, particulièrement fort cette année), pourraient bien, malgré tout, constituer un groupe… Un véritable échec pour la droite et ses idées, après la majorité absolue assurée pour le PS.

Voilà où j’en suis: c’est très provisoire, mais quelques exemples résument l’échec de la droite ce soir:
– menace de grand chelem de gauche dans le Finistère, la Sarthe et l’Indre-et-Loire, voire le Morbihan…
– équilibre en Savoie et dans les Vosges,
– menaces de la gauche dans la Manche et la Drôme,
– MAM et Morano en voie d’être battues au 2nd tour.

Même les menaces sur Royal (voyons quand même si Falorni ne sera pas jeté sous un pont d’ici mardi…) et Bayrou, ainsi que la fin du barnum mélenchonien, sont évidemment de grandes nouvelles pour le couple Hollande-Ayrault. Après la semi-retraite de Delanoë et les premeirs dérapages écologistes, si Aubry ne reprend pas le dessus, le pouvoir présidentiel sera absolu…

En face, la résistance de droite n’est pour le moment sensible que dans le Doubs, les Ardennes et le Tarn. Wauquiez et Copé font de très bons scores, mais c’est plutôt l’exception.

MISE A JOUR A 1h00: Voyez mon état d’esprit dans les commentaires. Je n’ai pas vécu de soirée électorale aussi terrible depuis 1997. Et la situation pour la droite est pire qu’en 1997. Bien pire. En fait, c’est pour moi la pire de tous les temps, puisqu’en 1981, j’étais un enfant de gauche 😛

Certes, je suis pessimiste et ne compte sur aucun sursaut particulier de participation pour la droite. Mais celle-ci minimise sa défaite ce soir: tout ce qu’il ne faut pas faire ! Remobilisez, bon sang ! Expliquez que la gauche n’a plus d’opposition parlementaire, plus vraiment d’opposition locale (quand Marseille et Bordeaux auront basculé en 2014…), va finir par être aussi le pouvoir constituant.

Si l’on reprend les reports « habituels » du FN et du MoDem de 2012, si l’on compte les dynamiques de 1er tour et les effets toujurs difficiles des divisions, voici où j’en suis: majorité absolue pour le PS, un groupe pour les Verts, 2 FN possibles (Collard et Ravier dans les quartiers Nord de Marseille, mais je n’y crois pas), Fillon faible à Paris et Copé fort en Seine-et-Marne, MAM battue, un raz-de-marée rose dans l’Ouest et le Midi, Royal menacée… Un tsunami de mauvaises nouvelles…

Certes, Mélenchon est battu, mais je vais presque finir par le regretter…

En jaune pâle, figurent les circonscriptions où la situation ne sera éclaircie qu’au mpment du dépôt des candidatures:
– Gard avec Collard: est-ce que le vieil UMP va se retirer ?
– Charente-Maritime: Falorni va-t-il être nommé ambassadeur au Laos pour préserver Royal ? Ou Hollande préfèrera-t-il que l’Assemblée puisse revenir à Guigou, Le Roux ou Vallini ?
– Morbihan à Auray: si la droite peut se réunir, elle peut encore sauver les meubles.
– Yvelines 3e: Delaporte va-t-il tenter de battre Guaino, au risque de faire battre toute la droite ?
– Wallis-et-Futuna: quadrangulaire possible; presque aussi incompréhensible et imprévisible que la Réunion…

MISE A JOUR A 3h15: Je me suis trompé dans mes calculs mais il faut que je dorme un peu… Alors voici mes totaux erronés:
PS: 285
DVG: 23
PRG: 9
EE-LV: 19
FG: 10
rég./ind.: 3 (1 PCR, 1 MIM, 1 Corse)
MoDem: 2 (Lassalle et 1 à la Réunion !)
EXD: 1 (Bompard)
en attente: 5 (voir ci-dessus)
UMP: 178
PR-DVD: 24 (désolé, je ne sais pas s’il y a suffisamment de radicaux là-dedans pour faire un rgoupe, mais je suis presque certain que non)
NC: 17 (ceci étant dit, vu que Lagarde peut gagner, la Grande Division avec Morin va advenir bientôt…)

Pour moi, c’est simple, c’est 2007 inversé… La victoire de la gauche est donc indéniable à ce stade. La droite parviendra-t-elle à mobiliser et limiter l’ampleur de cette victoire d’ici dimanche prochain ?

 

Derniers sondages IPSOS, OpinionWay et IFOP pour les législatives: face à une droite au sein de laquelle Fillon est le plus populaire, la victoire de la gauche sera-t-elle similaire aux majorités de 1997, de 2007 ou de 2002 ?

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
23-25 mai 2012
échantillon: 1836 inscrits sur un total de
1995

Extrême gauche 1
FG 8
PS-PRG-DivG 32
EE-LV 4
(soit PS+PRG+DivG+EE-LV 36)
MoDem 4
AEI 1
UMP+NC+DivD 31
FN 16
autres 3


IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
25-26 mai 2012
échantillon: 962

Extrême gauche 1,5
FG 8
PS+PRG+MRC+DivG 31
EE-LV 6
(soit PS+PRG+DivG+EE-LV 37)
MoDem 2
UMP+NC+PR+DivD 35
FN 15
Divers 1,5

IFOP-Fiducial
Midi Libre
25-29 mai 2012
échantillon: 971 inscrits sur un total de 1001

LO 0,5
NPA 1
FG 7
PS 33
PRG 1
EE-LV 3,5
(soit PS+PRG+EE-LV 37,5)
MoDem 4
divers écol. 1
NC-PR 1
UMP 32
DLR 0,5
(soit UMP+NC+PR+DLR 33,5)
FN 15,5

1. Certes, les scores du bloc socialo-radical et des Verts ne sont pas astronomiques, mais ils sont solides et, surtout, l’appoint du FG est assuré. Quant aux restes du MoDem, ils ne pèsent plus rien ou serviront davantage au PS, car ces reliquats très, très modérés ne voudront pas d’une cohabitation et se contenteront du vent gentillet brassé à l’heure actuelle par Ayrault, Sapin, Touraine et Valls. Les électeurs de Bayrou se répartiraient à 37% pour le MoDem, à 37% pour l’UMP et à 25% pour le PS, en ligne avec les reports abstentions/Sarkozy/Hollande du second tour.

Bayrou n’est peut-être pas encore complètement perdu, car il se place « moins mal » dans l’IFOP sur la 2e des Pyrénées-Atlantiques:
PS 31 / MoDem 29 / UMP 23 / FN 7 / FG 6,5 / EE-LV 2,5 / DLR 0,5 / NPA 0,5 / trois divers 0
PS 41 / MoDem 33 / UMP 26
PS 50,5 / MoDem 49,5
avec un « déchet » de 25% des électeurs de l’UMP vers le PS ! Braves gens 😀

Par ailleurs, selon OpinionWay, 70% des sondés veulent voter pour un courant et 29% pour une personnalité. Il est vrai que ces 29% font souvent toute la différence et qu’ils peuvent avantager l’UMP face au FN qui n’a qu’un visage, celui de « Marine ». Mais, tout de même, on sent là la volonté de donner une majorité à la gauche, corroborée par les souhaits et les pronostics, tous largement favorables aux petits soldats hollandais.

Les électeurs de Le Pen se répartiraient à 75% pour le FN, 11% pour l’UMP, 7% pour le PS: ce n’est pas fantastique pour l’UMP et cela signifie effectivement davantage de triangulaires.

Mais mon travail en cours par circonscription me montre que, hormis dans l’Aisne, l’Hérault, le Gard et quelques autres situations (une seule apparemment en Moselle), l’électorat plus rural et rurbain du FN en 2012 peut être finalement moins dangereux pour l’UMP que l’électorat un peu plus urbain de 1997. Cependant, le risque est là.

On peut aussi estimer que la mobilisation ne sera pas meilleure qu’aux dernières fournées législatives. Mais une abstention différentielle devrait favoriser la gauche. L’intérêt pour le scrutin est plus forte chez les électeurs de Hollande et Mélenchon (68 et 62) que de Sarkozy (58). Les électeurs de Bayrou et Le Pen (52 et 51) ferment sans surprise la marche.

Dans des circonscriptions « clasiques », pas de surprise sur de nombreux basculements, comme le montre le sondage OpinionWay sur la 4e de la Sarthe (l’ancienne de Fillon):
PS 38 / UMP 34/ FN 13 / FG 7 / MoDem 3 / EE-LV 2 / DVD 2 / LO 1 / NPA 0
PS 53 / UMP 47

Tout m’incite donc à imaginer une majorité nette pour la gauche, peut-être même plus proche de celle de la droite en 2002 qu’en 2007. D’ailleurs, si les scores semblent s’inverser par rapport à 2007, la grosse différence, c’est que le FN n’est plus du tout au même niveau et que, cette fois, il va « saigner » la droite. En outre, le haut niveau de la droite au 1er tour en 2007, qui lui promettait une victoire à la 2002 voire mieux, a été fortement corrigé entre les deux tours. Si, cette année, cette correction n’intervient pas, la gauche pourrait faire mieux que la droite en 2007 et se rapprocher du score de la droite, en sièges, de 2002.

Mais il est vrai que, localement, le PS a donné trop de circonscriptions « limites » à EE-LV et va ainsi perdre de belles occasions de gains. Mon travail en cours pourrait aussi m’inciter à penser différemment… 🙂 En outre, il peut y avoir un réflexe de rééquilibrage, comme entre les deux tours de 2007. Enfin, l’UMP n’a pas que de mauvais sortants.

Ceci étant dit, même une NKM médiatisée et capable de ratisser au centre rencontre, de manière significative dans une de ces circonscriptions qui n’étaient pourtant pas dans les 333 ayant mis Hollande en tête le 6 mai dernier, des difficultés certaines. C’est un sondage IFOP sur la 4e de l’Essonne, qui donne:
UMP 41 / PS 33 / FN 8 / FG 7,5 / MoDem 4,5 / EE-LV 3 / DLR 1 / AEI 0,5 / ExD 0,5 / LO 0,5 / ExG 0,5 / une divers 0
et un terrible 50-50 au second tour.

Bref, globalement, plutôt 2007 que 1997, avec un petit « risque » de 2002.

2. Dans ce paysage à mon avis assez sombre pour la droite (pourquoi n’agite-t-elle pas le chiffon rouge de la majorité des 3/5 au Congrès ?!? ah oui, 85% des Français n’y comprendront rien ?… bon… passons…), François Fillon trace son bonhomme de chemin.

Un sondage TNS-Sofres-Sopra Group pour i-Télé (échantillon de 1011, réalisé le 24 mai 2012) interrogeait sur celui qui « ferait le meilleur président de l’UMP« , dans l’ensemble de l’échantillon et parmi les sympathisants UMP:
Fillon 44 / 69
Copé 12 / 22
aucun 25 / 5
ne sait pas 19 / 4

Enfin un sondage en tête-à-tête, qui montre bien que les voix de Juppé se porteraient en réalité sur Fillon, lui assurant un net avantage. Mais, évidemment, l’échantillon n’est pas celui des adhérents « durs » de l’UMP. Toutefois, la primaire du PS en 2006 montre que les militants peuvent très bien « suivre » les mouvements d’opinion externes, s’ils assurent une victoire électorale ensuite.

Le score est d’ailleurs sans appel à la question de savoir s’il est « souhaitable qu’il représente l’UMP à la présidentielle 2017 » (ah, la belle question alors que les législatives ne sont pas encore passées 😀 J’aime la politique politicienne !):
Fillon 51 contre 30 / 84 contre 10
Copé 24 contre 55 / 46 contre 45
Sarkozy 22 contre 61 / 55 contre 36

Copé aussi rejeté que Sarkozy dans la population globale, mais encore derrière Sarkozy dans son propre camp. Encore quelques sondages comme ceux-ci messieurs les patrons de presse et Fillon va bien finir par l’emporter à l’automne !

Fillon a eu raison de dire qu’il n’y avait plus de leader naturel à l’UMP (55 contre 18). Et il bat Copé sur tous les qualificatifs (compétent 66/40, rassurant 46/26, sympathique 53/31, sincère 51/23), sauf sur le dynamisme (45/53).

Deux premiers écueils vont cependant se dresser sur sa route:
– sera-t-il aussi largement élu que prévu à Paris ? Attention à ne pas donner l’impression de négliger ses « terres » et de tenir le résultat pour acquis, car les électeurs n’aiment pas cela… et Axel Kahn a sûrement une longueur d’avance chez les bobos du 6e…
– la présidence du groupe UMP à l’Assemblée sera peut-être « chaude ». Quelques victimes importantes que je commence de recenser (Courtial dans l’Oise, Morano en Meurthe-et-Moselle, Lefebvre à l’étranger) affaibliront aussi le camp Copé, même si les modérés de l’UMP, comme je l’ai déjà étudié, vont souffrir. Peut-être Fillon éludera-t-il ce combat, avec prudence, ou laissera-t-il un candidat plus consensuel (Accoyer, Dord, MAM, Ollier dit « POM »,…) tenter d’arracher le groupe à Jacob, sans toutefois trop mouiller Fillon en cas d’insuccès.

Ce sera passionnant, tout autant que le feuilleton « Martine va-t-elle vraiment se retirer à Lille ? » Ou troublera-t-elle le trio Désir-Cambadélis-Rebsamen ?

Derniers sondages IFOP, Harris, BVA et CSA pour les législatives et étude du sort des ténors de droite et du centre: l’effritement du FN et l’effacement du centre seront insuffisants pour que l’UMP puisse menacer un PS non assuré d’avoir seul une majorité

IFOP-Fiducial
Europe 1, Paris-Match, Public Sénat
6 mai 2012
échantillon: 1968
LO 0,5
NPA 1
FG 8
PS+PRG 31
EE-LV 5
(soit PS+PRG+EE-LV 36)
MoDem 4,5
NC+PR 1,5
UMP 30
DLR 0,5
(soit UMP+NC+PR+DLR 32)
FN 18

Harris Interactive-Viadeo
M6
6 mai 2012
échantillon: 2597 inscrits sur un total de 2913
LO+NPA 1
FG 7
PS 26
DVG 2
(soit PS+DVG: 28)
EE-LV 5
(soit PS+DVG+EE-LV 33)
MoDem 5
UMP 32
DVD 2
(soit UMP+DVD 34)
FN 17
autres 3

BVA
Le Parisien-Aujourd’hui en France / RTL, Orange, presse régionale
6 mai 2012 / 9-10 mai 2012
échantillons: 857 inscrits sur un total de 874 / 1147 inscrits sur un total de 1159
LO+NPA 0,5 / LO 0 et NPA 0,5
FG 10,5 / 10,5
PS+PRG+EE-LV 35 / PS+PRG 30 et EE-LV 4,5
(soit PS+PRG+EE-LV 35 / 34,5)
AEI – / 0
MoDem 4 / 5
UMP 33 / UMP 32,5 et DLR 1
(soit UMP+DLR 33 / 33,5)
FN 17 / 16

CSA
BFM-TV, RMC, 20 Minutes, CSC
6 mai 2012 / 9-10 mai 2012
échantillons: 1016 / 899 inscrits sur un total de 1005
LO 1 / 1
NPA 0 / 0,5
FG 10 / 10
PS 31 / 32
EE-LV 4 / 4
(soit PS+ EE-LV 35 / 36)
MoDem 6 / 4
UMP 30 / 33
DLR 1 / 0,5
(soit UMP+DLR 31 / 33,5) 
FN 15 / 12
autres 2 / 3

1. Comme souvent, mes titres à rallonge essaient de tout dire 😉 Mais il y a justement beaucoup à dire sur ces prochaines législatives.

Il y a d’abord des poncifs à combattre:

l’abstention sera nettement plus forte qu’à la présidentielle (20%): en métropole en 2007, après une très forte participation à la présidentielle, l’abstention avait grimpé à plus de 39% et ce, dès le premier tour (donc sans effet « TVA sociale » et « bourde Borloo »); certes, le déclin de Le Pen père y contribua (et la mobilisation « bleu Marion Anne Perrine » sera plus forte cette année); mais il y a de toute façon une plus forte abstention législative;

en conséquence, le poids du FN et sa capacité à se maintenir sera réduite; d’ailleurs, dans le passé, sa capacité de nuisance ne fut maximale qu’en 1997, à distance d’une présidentielle; en 1993, avec 12,4%, il pouvait se maintenir dans 101 circonscriptions, désavantageant davantage la gauche, déjà distancée par la droite dans une atmosphère d’affaires et de fin de règne; en 2002, malgré la surprise présidentielle, avec 11,1%, il pouvait se maintenir dans seulement 37 circonscriptions; en 2007, avec 4,3%, dans seulement 1 circonscription (devinez ;)); en 1997, en revanche, avec 15%, il pouvait se maintenir dans 133 circonscriptions, dont 79 triangulaires (76 effectives, finalement), 23 duels avec la gauche et 31 duels avec la droite, faisant élire un seul député dans le Var;

– aujourd’hui, au 1er tour de la présidentielle, Le Pen fille a certes dépassé les 12,5% des inscrits dans beaucoup de circonscriptions, mais c’était la présidentielle, c’est-à-dire qu’elle était présente partout; aux législtives, le FN, notamment dans tout l’Ouest, a du mal à trouver des candidats et des candidats un tant soit peu connus; en outre, le vote FN est aussi très personnalisé et « familial »: il est lepéniste au sens personnel du terme; il déclinera donc mécaniquement; bref, il est plus raisonnable de tabler sur les circonscriptions où Le Pen est arrivée en tête (23) et celles où elle est arrivée deuxième (93), plus quelques autres, ce qui aboutira probablement à une situation similaire à celle de 1997, donc avec des dégâts potentiellement équivalents pour l’UMP, notamment dans la Somme, l’Oise, l’Aisne, le Nord, les Ardennes, le Gard, l’Hérault, les Bouches-du-Rhône, la Loire, l’Isère, la Meurthe-et-Moselle, le Territoire-de-Belfort, la Moselle, la Meuse, l’Yonne;

la majorité de gauche n’est pas menacée, car le coup de poignard dans le dos du FN sera suffisant pour handicaper mortellement l’UMP et que les Français ne semblent pas souhaiter une cohabitation; le vote de 2002, alors que Chirac fut élu par défaut et que la gauche faisait jeu égal, voire mieux que la droite à l’issue du gouvernement Jospin, montre que les Français avaient souhaité donner une majorité claire à Chirac et Raffarin, malgré tout.

En revanche, subsistent des incertitudes:

le PS n’aura peut-être pas la majorité à lui tout seul: son stupide accord avec les Verts donnent à ces derniers beaucoup (trop) de circonscriptions; certes, leur « danse du ventre » indécente pour avoir des portefeuilles ministériels (au point qu’eux-mêmes -pas les médias- ont reconnu être allés trop loin… que n’aurait-on dit s’il s’était agi de gens de droite ou même du PS…) peut leur coûter quelques voix, mais c’est loin d’être sûr car le niveau d’attention des Français à l’actualité politique a mécaniquement régressé de quelques crans depuis dimanche; surtout, ce sont les multiples candidatures dissidentes du PS ou de divers gauche contre les Verts (j’espère pouvoir faire le point après le 18 mai) qui pourraient permettre au PS et au PRG de retrouver quelque espoir d’avoir une majorité à eux seuls: toutes les circonscriptions bretonnes, lyonnaises et toulousaines réservées aux Verts voient ainsi un notable local, bien implanté et très souvent PS, se présenter et avoir de très bonnes chances de faire chuter le candidat Vert; mais si le PS n’y parvient pas, il pourra se mordre les doigts…

l’éventuel accord PS-FG pour quelques candidatures uniques pourrait encore affaiblir la position du PS; heureusement pour ce dernier, le FG veut se compter et, surtout, a la même logique que le MoDem, le PR, le PCD ou le NC: pour avoir de l’argent public pendant 5 ans, il faut faire des résultats mais aussi, tout simplement, présenter au moins 50 candidats et, ensuite, récolter le plus de voix possible; il y a donc une désincitation mécanique aux candidatures uniques de premier tour; en outre, même si Mélenchon semble pouvoir se présenter partout à lui tout seul (9 circonscriptions différentes, au moins, ont déjà été envisagées…), pas très respectueux des camarades locaux, ni des Français, priés de voter pour lui où qu’il soit, le PCF a une bonne implantation locale, encore, et ne souhaitera pas forcément se retirer de zones, notamment dans le Nord et le Nord-Est, historiquement communistes;

l’ampleur de l’abstention rend évidemment le tableau incertain, entre une démobilisation à droite et un découragement précoce à gauche (à cause de la crise européenne relancée, des premières déceptions du Hollande prudent et déjà confronté à des problèmes internes);

un réflexe de « contre-pouvoir » est possible (après tout, la gauche pourrait avoir tout le pouvoir exécutif, tout le pouvoir législatif et une grande partie des collectivités territoriales), même si je ne suis pas persuadé que ce phénomène soit vérifié; ce qui est en revanche réel, c’est que, d’un tour à l’autre, des corrections ont souvent eu lieu, au travers d’une remobilisation ou d’une démobilisation d’un camp; ainsi, un score décevant pour la gauche au 1er tour pourrait entrapiner un sursaut, de peur d’une cohabitation; à l’inverse, un trop mauvais score pour la droite pourrait conduire des électeurs de droite ou modérés à se « réveiller » pour éviter un trop forte vague rose et des pleins pouvoirs à Hollande;

les désistements FN-UMP pourraient troubler la donne, essentiellement sur le plan médiatique; souhaités par une majorité d’électeurs UMP (70-30 selon IPSOS, 54-46 selon l’IFOP mais qui aprlait d' »accords électoraux », ce qui pouvait paraître plus large que les simples désistements) et par une majorité d’électeurs FN (68-32 selon IPSOS, 77-23 selon l’IFOP), ils restent rejetés par une majorité de Français et seraient médiatiquement calamiteux; ils sont toutefois peu probables, à quelques exceptions locales près, qui restent possibles (même si, même pour des candidats peu connus, c’est peu probable, les élections locales étant lointaines et certains UMP du Sud-Est ou du Nord-Est n’ayant donc pas à craindre de représailles à court terme); les leaders de l’UMP ont adopté une ligne claire pour le maintien où c’est possible et les triangulaires; restent les duels FN-PS, notamment dans le Nord de la France, pour lesquels deux lignes pourraient s’affronter, mais ils seront peu nombreux.

2. Les premiers sondages, certes influencés encore par la présidentielle, montrent des éléments clairs, qui confirment mes observations ci-dessus:

le bloc FG-PS-DVG-Verts est largement au-dessus de l’ensemble UMP-PR-NC-DVD: ce sont bien les forces à comparer, puisqu’il y a candidatures uniques dès le 1er tour ou désistements automatiques au 2nd, hors quelques exceptions locales plus tendues; même avec un environnement international tendu ou quelques couacs, l’échéance du 10 juin est trop proche pour que les rapports s’inversent ou même s’équilibrent: l’UMP ne peut espérer que « limiter la casse », pas créer une incertitude sur le résultat final;

– au sein de ces blocs, le FG est à son niveau de la présidentielle, voire un peu en-deçà et devrait donc revenir à l’étiage communiste traditionnel; les Verts retrouvent un tout petit peu d’espace, mais leur sort parlementaire dépend davantage des situations locales et de la force des dissidents socialistes; à droite, l’espace centriste est marginal;

– quant au MoDem, il est déjà effacé dès les sondages; il pourrait donc bien disparaître lors des élections elles-mêmes, le parti ne semblant déjà pas en mesure de présenter plus de 400 candidats et la décision personnelle de Bayrou ayant entraîné une hémorragie supplémentaire;

le FN apparaît haut, mais en léger retrait par rapport à la présidentielle, voire plus nettement selon le récent CSA (mais nous connaissons désormais l’erratisme de cet institut… ce 12% ne peut donc que laisser sceptique);

– CSA et Harris ont raison de sonder les « autres », car, entre les régionalistes, CPNT, les dissidents de tous poils, les défenseurs des animaux, les sectes déguisées, il y a la place pour quelques % perdus.

Pour mémoire, voici les résultats en métropole en 2007:
EXG 3,41
PCF 4,29
(soit PCF+EXG 7,70)
PS 24,73
PRG 1,32
DVG 1,97
(soit PS+PRG+DVG 28,02)
Verts 3,25
DIV ECO 0,80
(soit PS+PRG+DVG+Verts 32,07)
REG 0,51
CPNT 0,82
DIV 1,03
(soit « autres » 2,36)
UDF-MoDem 7,61
DVD 4,84
UMP 39,54
MPF 1,2
(soit UMP+DVD+MPF 45,58)
FN 4,29
EXD 0,39
(soit FN+EXD 4,61)

Sans même évoquer le score du FN, la situation entre les deux blocs est donc inversée.

3. Outre ces problèmes structurels pour la droite (niveau global limité, FN menaçant), un aspect potentiellement fort négatif pour elle et en partie décisif pour la recomposition à venir tient dans le sort de ses ténors, de la Droite Populaire jusqu’aux centres.

En effet, beaucoup de ses leaders naturels peuvent être battus ou simplement affaiblis. Nous allons voir que ce sont davantage ceux de l’aile modérée ou du centre qui sont menacés, ce qui pourrait avantager Copé face à Fillon et Juppé et ce qui pourrait retarder le regroupement des centres (ou l’accélérer mais à un niveau très faible de simple force d’appoint de l’UMP, par simple regroupement forcé des « restes » NC, radicaux et centristes divers). Ce phénomène sera déjà accentué par le fait que, globalement, les députés de l’aile droite de l’UMP sont dans des circonscriptions plus sûres (Sud-Est, Nord-Est) que ceux de l’aile modérée, qui risquent de connaître des revers dans l’Ouest et le Centre-Ouest par exemple (Sarthe, Calvados, Vienne, Bretagne), en Ile-de-France (Hauts-de-Seine notamment), dans le Rhône ou dans les Pyrénées-Atlantiques.

Il y a d’abord les leaders modérés (des gaullistes aux anciens UDF de l’UMP) menacés de défaite ou d’affaiblissement:
Juppé a déjà renoncé (ce qui pourrait lui nuire) et pourrait voir son poulain mordre la poussière (Gironde)
– l’ancienne circonscription de Fillon (Sarthe 4e) risque bien de basculer; Fillon est évidemment menacé par Dati à Paris (2e)
Méhaignerie ne se représente pas (Ille-et-Vilaine 5e), mais sa remplaçante, certes bien implantée, n’est pas assurée d’une élection facile en raison de candidatures radicale et centriste concurrentes
Raffarin n’est pas député, mais la Vienne pourrait donner un grand chelem à la gauche
Bertrand (Aisne 2e) est clairement meancé, non pas tant par le FN (Le Pen était en 3e position), mais par une poussée socialiste
Alliot-Marie est en difficulté face à un PS majoritaire (Pyrénées-Atlantiques 6e)
Devedjian (Hauts-de-Seine 13e) est meancé dans une circonscription où Hollande a été nettement majoritaire
– de même pour Gilles Carrez (Val-de-Marne 5e)
Daubresse paraît moins menacé (Nord 4e) car Sarkozy y était clairement majoritaire et le FN seulement 3e, mais le PS pourrait soutenir un centriste bien implanté localement s’il faisait un bon score
– Bachelot ne se représente pas, mais sa circonscription (Maine-et-Loire 1e) a donné plus de 50% à Hollande.

A côté, les leaders modérés moins menacés ne sont pas si nombreux ou conservent une petite part d’incertitude:
– Fillon, sans Dati, n’aurait pas de problème, évidemment
NKM est dans une criconscription où Sarkozy a été majoritaire et où le FN est assez faible (Essonne 4e), mais sa marge n’est pas si confortable
Wauquiez semble hors de danger, malgré la poussée du PS en Haute-Loire, mais il devra être attentif
– de même que Chartier (Val d’Oise 7e)
Apparu n’est pas en danger (Marne 4e) malgré un FN élevé
Bussereau n’est pas menacé (Charente-Maritime 4e)
Baroin non plus (Aube 3e)
Pécresse encore moins (Yvelines 2e)
Ollier de même (Hauts-de-Seine 7e), ainsi que Laffineur (Maine-et-Loire 7e)

En revanche, les leaders de l’aile dure sont plus en sécurité, même si leur chef putatif n’est pas totalement hors de danger:
– en effet, Copé peut pâtir d’un FN élevé (Seine-et-Marne 6e), mais il est très bien implanté
Estrosi, Luca, Ciotti, Tabarot sont tranquilles (Alpes-Maritimes)
– Boyer a migré dans une criconscription sûre (Bouches-du-Rhône 1e)
Chatel est assuré de l’emporter (Haute-Marne 1e)
– de même que Woerth (Oise 4e), malgré le FN élevé
Morano bénéficie d’une circonscription bien redécoupée (Meurthe-et-Moselle 5e)
– comme Mariani (Français de l’étranger)
– Raoult est dans la dernière circonscription de Seine-Saint-Denis (12e) gagnable et son ancrage local devrait suffire
– Guéant devrait être élu, sauf dissidence de poids (Hauts-de-Seine 9e).

Certes, même l’aile plus dure peut avoir des déconvenues, mais ce sont plutôt des libéraux ou des éléments plus difficiles à classer qui sont concernés:
Novelli (Indre-et-Loire 4e), Mariton (Drôme 3e) et Courtial (Oise 7e, en raison d’un FN élevé) dans le premier cas
Rosso-Debord (Meurthe-et-Moselle 2e, avec une poussée socialiste dans une circonscription mal redécoupée), ancienne filloniste devenue sarkozyste fidèle, ou Muselier (Bouches-du-Rhône 5e, très « rose » désormais).

Chez les centristes hors UMP ou à la marge de l’UMP, ce sont les caciques ou les plus proches de l’UMP qui devraient survivre:
Morin (Eure 3e), Sauvadet (Côte d’Or 4e), Leroy (Loir-et-Cher 3e), Hervé de Charette (Maine-et-Loire 6e), Léonetti (Alpes-Maritimes).

En revanche, la jeune génération prometteuse et les plus « indépendants » de l’UMP sont en danger:
Borloo lui-même a une circonscription difficile (Nord 21e, majoritairement pour Hollande) même si elle est gagnable étant donné son implantation personnelle; toutefois, s’il perd, ajouté à son caractère velléitaire, il sera bien diminué pour incarner en quoi que ce soit le centre à rebâtir
Hénart est fort menacé (Meurthe-et-Moselle 1e)
– Jean-Christophe Lagarde a presque déjà perdu (Seine-Saint-Denis 5e) malgré sa forte équation personnelle
Jégo aura fort à faire avec un FN élevé (Seine-et-Marne 3e)
– sans même revenir sur le cas de Bayrou (Pyrénées-Atlantiques 2e), certes désormais quasi-« divers gauche ».

Dans un contexte global défavorable, il est donc bien possible que:
les copéistes au sens large (Droite Populaire et ex-sarkozystes compris) deviennent dominants,
les centristes soient réduits à des barons et des vieux leaders, qui seront bien incapables de reconstruire quelque chose s’approchant de l’UDF.

Alors même que l’élection à la présidence de l’UMP, si elle donne bien lieu à un affrontement Copé-Fillon, risque bien de voir l’aile modérée se diviser (NKM, Wauquiez, voire Juppé ou Baroin ne voudront-ils pas se compter ?), les militants les plus actifs et donc souvent les plus durs se mobiliser davantage et les fédérations les plus importantes se copéiser fortement,
de tels résultats individuels aux législatives ne feront qu’accentuer le risque d’un centre-droit pérennisé dans la situation de croupion et d’une dispersion perdante de l’aile modérée, gaullo-centro-humaniste, de l’UMP.

En revenant sur la géographie électorale u second tour de la présidentielle, nous verrons que cet avenir sombre de la droite est confirmé. L’espoir pour elle est que le quinquennat de Hollande s’annonce fort difficile. Mais est-ce bien la droite parlementaire qui en profitera ?….

Indicateur agrégé du 30 avril 2012, indicateur des reports de voix et évolution par sondeurs: dans un contexte de convergence sondagière, petit « 53-47 avec perspective clairement négative » et détérioration des reports de voix pour Hollande

(Ante-scriptum: pour ceux qui arriveraient tardivement devant leur écran, allez faire aussi un tour dans l’article précédent, avec tous les sondages sortis aujourd’hui)

1. L’indicateur agrégé se resserre aujourd’hui assez nettement: 52,95 / 47,05.

Sarkozy est à son plus haut niveau, mais il n’atteint en fait que le pourcentage de Royal de 2007. On mesure ainsi la difficulté de ce dernier week-end sans campagne mais pas sans actualité (oui, tout est possible…).

Cet indicateur reprend les 10 sondages de la semaine passée, pour un échantillon total de 14 315 personnes. Tous les sondeurs y sont représentés, IFOP et BVA l’étant deux fois. IPSOS et BVA ont eu la bonne idée de re-sonder aujourd’hui et TNS-Sofres a publié son dernier sondage comme prévu, tandis qu’IFOP a terminé son rolling par un sondage représentant l’écart le plus faible entre les 2 candidats jamais relevé: 52/48. Ce sondage est le seul à intégrer un petit contingent de personnes interviewées après le lapin sorti du chapeau de Bayrou. Inversement, IFOP a plutôt présenté un tropisme pro-Sarkozy sur le moyen terme.

La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, sans pondération, donne un chiffre de 52,75 / 47,25.
La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, pondérée par les échantiloons respectifs, donne un chiffre de 52,70 / 47,30.

Le sondage quotidien de l’IFOP suit une tendance similaire:

2. De manière très satisfaisante, l’indicateur des reports de voix (appliquant l’agrégation des matrices de reports de voix des mêmes sondages aux résultats réels des premiers tours) donne un résultat absolument identique: 52,97 / 47,03. Au point que ç’en est presque louche ! Mais, tant mieux, cela permet d’affirmer que tous ces chiffres sont vraiment solides.

Dans le détail des électorats encore mesurés systématiquement par les sondeurs (en rappelant que les graphiques sont légèrement « allongés » en fin de période, afin de rester lisibles):

électorat Mélenchon: 84,04 / 4,96 / 11,01 en baisse de presque 1 point pour Hollande et en amélioration de près d’1 point pour Sarkozy, ce qui est difficile à expliquer autrement que par une variation statistique liée à la faiblesse des échantillons, sans véritable signification. Les reports de voix restent très élevés à gauche et on ne voit pas comment Hollande pourrait faire davantage:

même si l’électorat Joly n’est quasiment plus suivi par les sondeurs, actualisons tout de même la courbe, très favorable à Hollande, sans être aussi bonne que celle de l’électorat du FG:

électorat Bayrou: 34,03 / 36,29 / 30,38 soit en détérioration assez nette de 2,5 points pour Hollande en une semaine et en très légère décrue pour Sarkozy, avec un solde positif pour ce dernier, comme il y a une semaine; reste à savoir si cette tendance favorable au Président sortant, claire dans le graphique, car quasi-linéaire (malgré une courbe polynomiale d’ordre 6 !), reste valable après la « pochette-surprise » Bayrou d’hier soir:

électorat Le Pen: 18,66 / 52,76 / 28,59 soit en baisse de près de 3 points pour Hollande, et en forte amélioration de presque 5 points pour Sarkozy; contrairement à ce que j’écrivais et à ce qui était assez largement admis, Sarkozy semble avoir continué de grignoter l’électorat Le Pen; il n’est pas sûr qu’il ait entamé la base populaire-populaire, mais il eput toujours arguer que son positionnement d’entre-deux-tours n’était pas mauvais, puisqu’il a bien gagné chez les lepénistes, sans perdre chez les bayrouïstes; cependant, s’il ne parvient pas à accrocher les 2/3 de cet électorat et à progresser encore chez les bayrouïstes, le « saut » sera trop dur à effectuer; il ne lui reste que 2 nuits de réflexion, il va lui falloir un bon télépathe:

abstentionnistes du 1er tour: 29,93 / 30,34 / 39,73, ce qui rend très sceptique car on imagine mal 60% des abstentionnistes du 1er tour (déjà pas si nombreux) se ruer sur les urnes ce dimanche; ce qu’il est ici important de retenir, c’est que les apports de nouveaux électeurs sont constamment apparus assez équilibrés et donc sans incidence fondamentale sur le résultat, même si légèrement favorables à Sarkozy puisque’il est en retard au score:

3. Enfin, actualisons le graphique de tous les sondages de second tour publiés en 2012. Là encore, en raison de la profusion de sondages en avril et mai, la fin du graphique est « allongée » dans le temps, afin de rendre visible chaque sondage. Cet effet de distorsion ralentit quelque peu la tendance au rebond de Sarkozy ou au resserrement de l’écart. Précisons que les courbes de tendance ci-dessous sont des polynomiales d’ordre 4, car, à ce stade, depuis janvier, c’est bien le nombre de « périodes » décelable. Et, avec cet ordre 4, la convergence est la plus forte entre sondeurs (au point de brouiller la vision… :P)

La convergence assez nette des sondeurs, qui se situent dans une fourchette de 1,5 point (52-53,5), avec une tendance unanime sur, au moins, leurs deux derniers sondages au resserrement de l’écart Sarkozy-Hollande, fait que les biais ne sont désormais plus tellement d’actualité, même si IFOP et OpinionWay sont dans le bas de la fourchette et TNS-Sofres dans le haut. Mais BVA et IPSOS sont également plutôt dans le bas de la fourchette alors qu’ils semblaient jusque là plutôt pro-Hollande. Enfin, la qualité des sondeurs au premier tour n’est plus très utile ici, étant donné la faiblesse des écarts, le meilleur (Harris) étant sur la même ligne que deux moins bons (CSA et LH2), le moins bon (BVA) étant en accord avec deux satisfaisants (OpinionWay et IPSOS), et deux autres très satisfaisants (IFOP et TNS-Sofres) constituant les extrêmes.

Les éléments favorables à Sarkozy sont donc:
– une unanimité des sondeurs et des indicateurs sur la tendance en cours: il progresse en niveau brut,
– une amélioration continue du solde des reports de voix dans les électorats Le Pen et Bayrou,
– un résultat brut situé dans la marge d’erreur des sondeurs et dans une zone encore atteignable au prix d’une éminente surprise.

Ceux favorables à Hollande sont:
– une persistance majoritaire jamais démentie,
– un bon et solide report de voix à gauche,
– une sur-mobilisation qui ne lui serait pas fondamentalement défavorable.

De ce point de vue, l’effet Bayrou peut conduire à quelques mouvements favorables à Hollande, en même temps qu’à une remobilisation à droite et au centre-droit, par « réaction ». Quant aux sondages, leur détérioration pour Hollande peut tout aussi bien remobiliser à gauche par « crainte » que donner un espoir à droite et rendre utile le devoir civique de dimanche. Au final, comme souvent dans les présidentielles, il est peu probable que ces variables aient un réel effet.

4. Sur ces différentes bases et en considérant que les deux seules inconnues du second tour (l’effet Bayrou et les niveaux de participation) n’auront pas d’influence, mon pronostic est le suivant, conforme à la tendance de l’indicateur agrégé, prolongé jusqu’à dimanche:

Hollande 52,2%
Sarkozy 47,8%

Quel est le vôtre ?

En dessous de 51, ce serait un démarrage de mandat très affaibli pour Hollande et un jackpot inattendu pour Bayrou et… Sarkozy.
Entre 51 et 52 pour Hollande, ce serait une grosse déception et un Mélenchon et des Verts revenus dans le jeu législatif, ainsi qu’une droite soulagée et plus à même d’affronter le problème FN.
Entre 52 et 53, ce serait une petite contre-performance pour Hollande, supprimant l’état de grâce mais plaçant l’UMP dans la vraie défaite et les vraies difficultés, avec des divergences d’interprétations et une division face au FN.
Entre 53 et 54, ce serait une victoire solide pour Hollande et de grandes difficultés pour l’UMP, en même temps qu’une quasi-assurance d’une fin de la carrière de Sarkozy.
Entre 54 et 55, ce serait une grande victoire pour Hollande et une implosion rapide de l’UMP.
Au-delà de 55, ce serait l’hégémonie PS en vue et Marion « Marine » Le Pen triompherait déjà, avant même 2017.

L’enjeu est donc fort dimanche. Bon vote !

Derniers sondages Harris, BVA, IPSOS, TNS-Sofres et IFOP quotidien: après un débat pour rien mais avant un Bayrou de dernière minute, l’écart continue de se resserrer

 

Harris Interactive
VSD, LCP Assemblée Nationale
2-3 mai 2012
échantillon: 1072

Hollande 53 (-2)
Sarkozy 47 (+2)

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BVA
Le Parisien-Aujourd’hui
3 mai 2012
échantillon: 2161

Hollande 52,5 (-1)
Sarkozy 47,5 (+1)

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IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
3 mai 2012
échantillon: 1018

Hollande 53 (-0,5)
Sarkozy 47 (+0,5)

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TNS-Sofres-SOPRA Group
i-Télé
3 mai 2012
échantillon: 1000

Hollande 53,5 (-1,5)
Sarkozy 46,5 (+1,5)

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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
1-4 mai 2012
échantillon: 1225

Hollande 52 (-1)
Sarkozy 48 (+1)

1. Comme je l’écrivais déjà hier, les sondages du jour confirment l’absence d’influence réelle du débat sur les intentions de vote, malgré la présentation médiatique d’une victoire hollandaise.

Il faut d’abord remarquer que beaucoup de personnes interrogées voient un match nul ou ne se prononcent pas.
Ensuite, l’écart entre les deux candidats est faible: 31-29 pour Harris, 40-31 pour BVA, 29-28 pour IPSOS.
En outre, ceux qui ont vu le débat en entier sont d’un avis inverse: 35-42 selon Harris  (contre 32-27 pour ceux l’ayant vu en partie et… 21-12 pour ceux ne l’ayant pas vu). C’est toutefois à relativiser puisque l’électorat âgé et sarkozyste était le plus assidu.
Enfin et surtout, parmi les électorats à surveiller, la performance de Sarkozy est plutôt correcte:
– dans l’électorat Bayrou, Hollande n’est qu’à 40-45 pour BVA et 16-25 pour IPSOS,
– dans l’électorat Le Pen, il est distancé à 28-47 pour BVA et 12-34 pour IPSOS,
– chez les indécis de tous bords, il est seulement à 38-47.

Je redis donc que le jugement sur le vainqueur du débat (le plus convaincant) est finalement un décalque du paysage politique existant.

Sarkozy est même plutôt performant chez les bayrouïstes, notamment pour CSA, BVA et IPSOS. Peut-être cela lui permettra-t-il d’amortir l’effet de l’annonce de Bayrou.

« Séisme » ou… faille (pour rester dans le tectonique), cette annonce ne devrait modifier les rapports de force qu’à la base. Généralement, les électeurs sont peu sensibles aux consignes de vote qui, en réalité, ont surtout un effet indirect par le bruit médiatique qu’elles déclenchent. En l’occurrence, il est difficile d’être affirmatif, mais l’étonnement et/ou l’énervement d’une partie de l’électorat de Bayrou qui aurait préféré un vote blance, voire la mobilisation plus forte à droite devant la « trahison », devraient annuler les éventuels transferts vers Hollande d’électeurs modérés mais très anti-sarkozystes et qui verraient les vannes s’ouvrir devant eux.

Bref, comme pour la suite (Bayrou est définitivement seul, même s’il a réussi à ne pas perdre Bennahmias et Rochefort, grande victoire…), il est peu probable que cette annonce ait un effet quelconque sur le second tour, sauf peut-être un léger frein à la tendance du moment pour Hollande, qui est à l’érosion.

2. Les sondages du jour confirment en effet unanimement que l’écart se resserre. Et tous pointent vers un 53% avec tendance baissière (nous verrons tout à l’heure notre indicateur).

Sarkozy devrait donc parvenir à inverser les intentions de vote dans une dizaine de jours. Oups.
Plaisanterie mise à part, c’est bien le pronostic désormais très largement favorable à Hollande qui impressionne, car, dans le même temps, l’écart n’est plus si élevé (sans parler des pointes à 60%, le niveau de 57% a longtemps été celui de Hollande) et le souhait de victoire n’a pas vraiment progressé en sa faveur.

Les reports de voix se sont en effet améliorés pour Sarkozy au sein de l’électorat Le Pen (ce qu’il pourra utiliser comme légitimation de sa tactique d’entre-deux-tours, qui est aussi celle qui lui vaut ses ennuis médiatiques et MoDemesques): 20/58/22 pour Harris, 22/57/21 pour BVA, 15/54/31 pour IPSOS, 7/52/41 pour TNS-Sofres, 19/55/26 pour IFOP. Mais il n’en est pas encore à 60%, encore moins aux 2/3, qui serait le seuil réellement intéressant.

Au sein de l’électorat Bayrou, cela reste moins clair, mais l’équilibre semble se maintenir (là aussi, nous verrons tout à l’heure avec l’indicateur), alors même que de plus en plus de ces électeurs expriment une opinion: 42/41/17 pour Harris, 36/40/24 pour BVA, 30/38/32 pour IPSOS, 37/32/31 pour TNS-Sofres, 31/37/32 pour IFOP. Peut-être y a-t-il dans cette instabilité une petite inquiétude pour Sarkozy après le… tremblement Bayrou.

Enfin, au sein de l’électorat Mélenchon, Hollande reste dominateur, même si, bizarrement, les sondeurs divergent plus fortement depuis deux jours, à la hausse comme à la baisse: 91/4/5 chez Harris, 87/4/9 chez BVA, 76/6/18 chez IPSOS, 85/2/13 chez TNS-Sofres, 84/4/12 chez IFOP.

BVA ajoute les abstentionnistes du 1er tour: 34/35/31, ce qui permet d’avoir un autre sondeur confirmant que l’arrivée de nouveaux électeurs ne devrait pas changer fondamentalement les rapports de force même si, au total, Sarkozy devrait en profiter pour rattraper très légèrement une partie de son retard.

3. Plus largement, sur la participation, je ne publie pas les chiffres des sondeurs, car les notions sont différentes (abstention, indécision, non-expression d’une intention de vote). En outre, les électeurs eux-mêmes ne déclarent pas forcément la réalité de leur déplacement (si tant est que tous la connaissent réellement eux-mêmes…).

Mais il apparaît que la participation devrait tourner autour de 80-82%, pas fondamentalement différente du premier tour. Une stabilité ou une progression modérée de la participation pourront permettre de conclure à une basence de surprise par rapport aux dernières prévisions. En revanche, si la mobilisation reculait, ce serait délicat à interpréter avant 18 ou 19h (et des chiffres par départements), car la victoire annoncée ou la défaite annoncée peuvent démobiliser dans un camp et dans l’autre, mais le sursaut « d’honneur » à droite ou l’inquiétude du dernier moment à gauche peuvent garantir une bonne participation dans l’un ou l’autre camp.

Rendez-vous un peu plus tard pour toutes les données utiles à un pronostic !

Derniers sondages LH2, OpinionWay, CSA et IFOP quotidien: le regain sondagier de Sarkozy noyé dans le flux médiatique favorable à Hollande, malgré l’absence d’impact du débat et la fin de la carrière politique de Bayrou

 

LH2
Yahoo!
27 avril-2 mai 2012
échantillon: 1565

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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OpinionWay
LCI, Le Figaro
2-3 mai 2012
échantillon: 2009 inscrits sur un total de 2101

Hollande 52,5 (-1,5)
Sarkozy 47,5 (+1,5)

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CSA
BFM TV, RMC, 20 Minutes, CSC
3 mai 2012
échantillon: 1002 inscrits sur un total de 1123

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
30 avril-3 mai 2012
échantillons: 968

Hollande 53 (=)
Sarkozy 47 (=)

1. Le consensus sondagier est net vers les 53-47, qu’il s’agisse de sondages pré- ou post-débat. Sarkozy est donc moins distancé et Hollande s’érode, même si cela reste insuffisant. Mais le « bruit » médiatique n’est pas favorable au Président-candidat, alors que, sortant en temps de crise et pâtissant d’une impopularité historique, s’il parvient à passer au-dessus des 47%, il n’aura finalement pas démérité (tactiquement, s’entend), au regard du tombereau de critiques, tant sur le fond que sur sa tactique électorale.

Le débat a été finalement perçu médiatiquement comme favorable à Hollande, ce qui se retrouve globalement dans le jugement des sondés, mais tient en réalité à un simple décalque du paysage politique existant. Hollande n’est gagnant du débat que parce que la gauche est plus forte que la droite, tout simplement.

Pour IFOP, Hollande a gagné par 42-34, mais seulement par 32-30 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 23-45.
Pour LH2, il a gagné globalement par 45-41, mais seulement par 39-37 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 22-55.
Pour CSA, il a gagné globalement par 44-38, mais a perdu chez les bayrouïstes par 23-59 et chez les lepénistes par 20-59.
Grossièrement, les rapports de force et même les reports de voix se retrouvent ici.

Pourtant, le bruit médiatique est pro-Hollande. D’ailleurs, selon CSA, ceux qui n’ont pas écouté ou regardé le débat donnent Hollande gagnant par 31-18…

Comme je l’avais dit, les deux derniers jours de Sarkozy sont « pollués » par le bruit médiatique et par Bayrou. Comme je l’avais dit également (ah, en cette fin de campagne, il faut bien se remonter le moral…), le débat n’aura aucun impact profond sur les intentions de vote (même si, à échéance très courte, il peut y avoir un léger artefact; à moins qu’il ne soit insensible et ne se manifeste que par une érosion freinée de Hollande). Ainsi, selon LH2, parmi ceux qui ont regardé ou écouté le débat (plus vieux et donc plus sarkozystes que la moyenne), les intentions de vote sont restées étales à 52-48. Selon IFOP, 3% des interrogés ont dit avoir changé d’avis à l’issue du débat, dont 1% des électeurs de Mélenchon, 8% de ceux de Bayrou et 8% de ceux de Le Pen: ces mouvements semblent s’être équilibrés ou avoir concerné des échanges avec l’abstention.

Comme d’habitude (sauf, peut-être pour 1974), le débat n’aura donc fait qu’entériner la situation pré-existante. Bien entendu, le débat peut créer une inflexion de dynamqiue pour Hollande, qui ne serait visible que dimanche. Mais c’est peu probable:
– ceux qui ont regardé le débat (finalement pas si nombreux) étaient probablement déjà sûrs de leur vote,
– la pugnacité de Hollande peut remobiliser aussi une partie de l’électorat sarkozyste,
– la longueur et l’aspect « fatiguant » du débat ont probablement altéré l’impression générale.

2. Vient le suicide politique de Bayrou. Ou le « coup de poignard en plastique dans le dos » 😉

Je me permets de m’interroger sur ses motivations:
Hollande n’a pas besoin de lui (ils doivent vraiment se gausser au PS ce soir…), il ne demandait rien et Bayrou vient se livrer pieds et poings liés… où est l’intérêt tactique ? Mélenchon a lui aussi soutenu Hollande sans conditions, mais ce sont ses propres électeurs qu’il a livrés, pas lui-même; ici, Bayrou se livre lui, mais pas son électorat, davantage de centre-droit en 2012, mais en partie exaspéré par Sarkozy et donc plus équilibré dans les reports; à moyen terme, toutefois, cet électorat reviendra plus facilement vers les Juppé, Borloo, NKM, Fillon, etc.;
– il a bien sûr intérêt, comme Le Pen, à la défaite de Sarkozy, mais comment peut-il maintenant se recycler au centre-droit ? Certes, les réactions des Morin et Juppé ont été moins hostiles que d’autres, mais ce n’est plus possible de passer sur une telle traîtrise politique; il a donc brûlé les vaisseaux du retour au port UDF;
– ah oui, les convictions… (rire étouffé)

Non, vraiment, je ne vois pas. Les deux seules explications que je puisse trouver sont majeures et stratégico-historiques:
– la circonscription de Bayrou est tout à fait gagnable par le PS en juin: alors, peut-être cherche-t-il à préserver sa source personnelle de revenus (oui, la terre, faut pas rigoler, hein, c’est dur, c’est lourd, à travailler…),
les derniers fidèles et les petits apparatchiks du MoDem étaient majoritairement pour le vote Hollande: alors, peut-être cherche-t-il à conserver sa petite cour personnelle, sa « petite entreprise » (comme Le Pen père pendant longtemps), pour rester dans l’illusion de la persistance d’un destin national toujours intact (« miroir, miroir, dis-moi… »).

Bien entendu, les médias majoritairement de gauche se repaissent ce soir de cette « divine surprise » (oui, je l’écris exprès cet adjectif galvaudé…). Mais il est peu probable que les électeurs du MoDem se laissent influencer. Les sondages montraient que, majoritairement, ils préféraient que Bayrou ne donne pas de direction de vote. La subtile distinction entre « avis personnel » et « consigne de vote », déjà utilisée par d’excellentes références centristes (Montebourg et Le Pen), ne trompera personne.

Au contraire, il se rend en rase campagne, incapable de peser sur le programme et l’orientation hollandaises: les vrais centristes avaient bien davantage obtenu de Rocard (et Mitterrand) en 1988… A moyen terme, Hollande pourrait avoir besoin, lorsqu’il pressurera les fonctionnaires et les collectivités locales, de jouer le MoDem contre le FG et la gauche du PS (surtout qu’EE-LV a du plomb dans l’aile). Mais que sera le MoDem en juin ? Jean Lassalle et peut-être le député de Mayotte et peut-être Bayrou lui-même (sans oublier Jacqueline Gourault au Sénat) ? Le MoDem, combien de divisions ?

En fin de compte, il n’aura vraiment rien gagné dans l’histoire et il n’est pas impossible que ses électeurs même le passent par pertes et profits: ceux qui étaient déjà décidés pour Sarkozy le trouveront traître, ceux qui étaient déjà décidés pour Hollande n’y prêteront pas attention, ceux qui n’étaient pas décidés ou préfèrent voter blanc considèreront peut-être qu’il aurait mieux fait de ne rien dire ou de rallier franchement Hollande. Mais peut-être que Bayrou s’est reconnu dans une certaine pusillanimité et un certain comportement velléitaire dans notre futur Président 😀 Au moins, Villepin aurait fait cela avec panache (oh, c’est vrai, il reste encore toute la journée de demain 😉 ).

L’échec politique de l’aventure de Bayrou est maintenant consommé, dix ans après le début de sa rébellion anti-UMP. DSK, Sarkozy, Bayrou, la liste des morts s’allonge dans cette campagne…

3. Les reports de voix confirment le peu d’influence probable des deux événements du débat et de la trahison molle de Bayrou. Voyez, respectivement, LH2, IFOP (quotidien), OpinionWay et CSA:
– dans l’électorat Mélenchon: 93/2/5, 86/5/9, 77/9/14 et 81/7/12, globalement stable et solide pour Hollande,
– dans l’électorat Le Pen: 22/50/28, 18/50/32, 19/50/31, 17/57/26, toujours en amélioration pour Sarkozy (désormais à la moitié ou plus) ce qui explique ses gains globaux de la dernière semaine, mais toujours insuffisant,
– dans l’électorat Bayrou: 39/31/30, 32/34/34, 35/39/26 et 25/38/37, toujours divergents entre instituts, mais globalement équilibrés pour les deux candidats.

OpinionWay et CSA nous indiquent aussi que les abstentionnistes du premier tour se répartiraient respectivement à 28/28/44 et 25/25/50. Disons surtout qu’ils surévaluent leur propre participation, mais relevons que, de nouveau, les flux sont équilibrés entre les deux candidats.

Demain, je pourrai publier:
– un indicateur agrégé classique,
– un indicateur intégrant les matrices de reports de voix,
– des courbes de reports de voix,
– un graphique par sondeur, même si les biais sont maintenant réduits à leur plus simple expression.

Ce sera un peu le feu d’artifice final 😉

MISE A JOUR: Harris donne aussi 53 (-2) – 47 (+2) ce soir, avec un Hollande gagnant du débat par 31-29. Mais, je n’ai aps encore les chiffres détailéls du sondage: je le publierai donc proprement demain. Avec le dernier IFOP quotidien et peut-être avec un TNS-Sofres et un nouvel IPSOS ? On peut toujours espérer !

Derniers sondages IFOP, BVA et IFOP quotidien: une amélioration à peine sensible et trop tardive pour Sarkozy, ce qui amène aux premières supputations sur l’après-6 mai à gauche et à droite

 

IFOP-Fiducial
Paris-Match, Europe 1, Public Sénat
26-29 avril 2012
échantillon: 1876 inscrits sur un total de 1962

Hollande 54 (-0,5)
Sarkozy 46 (+0,5)

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BVA
RTL, Orange, presse régionale
30 avril-1er mai 2012
échantillon: 1387 inscrits sur un total de 1414

Hollande 53,5 (-1)
Sarkozy 46,5 (+1)

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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
26-30 avril 2012, 28-avril-1er mai 2012 et 28 avril-2 mai 2012
échantillons: 898, 904 et 1229

Hollande 54 (-1)  53,5 (-0,5) 53 (-0,5)
Sarkozy 46 (+1)  46,5 (+0,5) 46 (+0,5)

1. Le léger resserrement qui est perceptible juste avant le débat du 2 mai est bien trop faible pour permettre à Sarkozy d’espérer autre chose qu’une défaite un peu plus limitée.

Certes, dans l’IFOP quotidien, on en est à 0,5 point par jour (à ce rythme, c’est du 51-49 :P), mais bon, c’est l’IFOP. En revanche, BVA, de tropisme pro-Hollande, est également un peu plus pessimiste sur le score de ce dernier. Mais bon, c’était la lanterne rouge des sondeurs en termes de fiabilité au 1er tour.

Dans l’optique de la victoire annoncée de Hollande (même si beaucoup de socialistes, à l’heure où j’écris, n’ont plus d’ongles…), plusieurs seuils peuvent être surveillés:
– Hollande ne paraît plus en mesure d’atteindre les niveaux gaulliens de 1965 (55,80%, vécus à l’époque comme un désaveu par de Gaulle, surtout au 1er tour avec sa mise en ballottage;
– en revanche, pour Hollande, le niveau de Mitterrand en 1988 semble encore atteignable (54,02%), même si ce sera difficile;
– ensuite, deux seuils proches ont une valeur symbolique réelle, tant pour la légitimité et la future force politique de Hollande, que pour l’éventuelle survie politique de Sarkozy: le niveau en pourcentage de Sarkozy en  2007 (53,06%) et son niveau en voix (près de 19 millions); certes, le corps électoral grossit, mais avec une participation et un nombre de blancs et nuls à peu près identiques au premier tour (35,9 millions de suffrages exprimés), il faudrait environ 52,9% à Hollande pour atteindre les 19 millions: malgré l’élévation probable du nombre de blancs d’origines lepéniste et bayrouïste, ce n’est pas impossible pour Hollande s’il « colle » aux 54%;
– enfin, la précédente défaite d’un sortant (VGE avec 48,24% en 1981) paraît hors d’atteinte pour Sarkozy; de manière générale, même une défaite à la Jospin 1995 (47,36%) et tout score dans lequel Hollande serait en dessous des 53% seraient une garantie de survie politique pour lui et une tentation de tenter de revenir dans le jeu pour 2017 (ou au-delà…), même si Copé, Fillon, Juppé et d’autres s’assureront que ce ne sera pas le cas (mais il peut profiter, justement, de ces divisions à venir).

D’une certaine manière, les leaders de droite ont intérêt à une défaite claire (pour se débarrasser de Sarkozy), sans être une déroute (pour éviter le coup de poignard mortel dans le dos de Le Pen): entre 52 et 52,5% ?

2. J’en profite d’ailleurs pour récapituler les données fournies par deux sondages récents pour BVA et LH2 sur le nom du futur Premier ministre.

Si Sarkozy l’emportait, BVA proposait aux sondés plusieurs noms, dont celui de Bayrou (c’était la semaine dernière), mais pas celui de Fillon. Dans l’ensemble, parmi les électeurs de Bayrou, Sarkozy et Le Pen respectivement, cela donnait:
Juppé 30/27/49/20
Bayrou 30/56/10/28
Borloo 16/8/9/17
NKM 7/3/11/9
Copé 5/1/13/10
Bertrand 3/2/6/10
En retenant les électeurs de Sarkozy, cela montre que le bloc central est potentiellement puissant au sein de la droite, pour peu qu’il ne soit pas divisé entre Juppé, Fillon, voire Wauquiez, NKM, Bertrand ou Baroin; que le centre-droit reste à sa place, réelle mais minoritaire; que Copé part de bas, mais qu’il aura une capacité réelle dès lors qu’il s’agira de ne consulter que les militants encartés (plus « politisés » et moins modérés que les électeurs, comme aux Etats-Unis) et que produiront leurs effets ses rabibochages avec Estrosi, Gaudin et Muselier, Karoutchi (dans les grosses fédérations, donc), sa capacité de nuisance à Paris (Goasguen, Dati,…) et son contrôle de l’appareil du parti (directement ou via des alliés potentiels: Courtial, Tabarot, Hortefeux, Gaudin, Morano, Riester,…).
Notons également qu’est confirmée l’absence de leader clair du centre-droit, Borloo réalisant des scores décevants.

LH2 a envisagé des hypothèses différentes et a inclus Fillon mais pas Bayrou, ce qui donne, dans l’ensemble, dans les électeurs de droite, dans les électeurs UMP, respectivement:
Juppé 26/27/33
Fillon 18/30/29
Borloo 15/10/8
Copé 6/11/14
Baroin 6/6/5
Bertrand 2/3/4
ce qui confirme la marginalité de Bertrand, la faiblesse de Borloo, le niveau bas mais probablement « motivé » des partisans de Copé, le risque de la division Juppé-Fillon. Ce dernier réalise un score surprenant, étant donné l’usure qui devrait le toucher après 5 ans de Matignon. Certes, ce n’est pas un sondage sur la présidence de l’UMP, mais tout de même. Le côté « légitimiste » pourrait le favoriser, même si Juppé a des atouts, notamment celui de pouvoir rallier peut-être plus facilement l’aile gauche de l’UMP et le parti radical (le PCD étant sûrement plus filloniste).
Cela montre également que Copé, qui est pourtant le grand soutien de Sarkozy aujourd’hui, est celui qui a le plus intérêt à sa défaite: comment exister sinon ?…
Ajoutons que, parmi les électeurs de Sarkozy, LH2 donne seulement Juppé à 34 et Fillon à 32; parmi les électeurs de Le Pen, Fillon à 32 et Juppé à 14; parmi les électeurs de Bayrou, Juppé à 46 et Borloo à 18 (seulement, alors que Bayrou est absent: un camouflet !); parmi les électeurs de Hollande, Juppé à 30 et Borloo à 24 (encore une mauvaise surprise pour Borloo le « social-écolo »); parmi les électeurs de Mélenchon, Borloo à 26 et Juppé à 13 😀

Et puisque nous en sommes aux hypothèses Matignon, voici celles du PS.

Pour les personnes interrogées par BVA, les résultats sont les suivants, parmi l’ensemble des électeurs, ceux de Mélenchon, Hollande, Bayrou et Le Pen respectivement:
Aubry 28/46/37/21/12
Valls 24/10/18/26/35
Ayrault 12/14/17/11/10
Moscovici 11/7/15/10/5
Fabius 9/14/5/16/14
Sapin 7/4/5/8/9
Aubry reste, par manque d’originalité et par notoriété (name-recognition) aussi, la grande favorite des Français, même si son tropisme de gauche est ici très clair. Je maintiens que ce serait une triple erreur de la nommer dès le départ: elle ferait de l’ombre à Hollande et rendrait son début de mandat difficile; elle serait « usée » pour la fin de mandat, alors que la remobilisation à gauche sera sûrement nécessaire après 3 ou 4 ans d’austérité et de « social-trahison »; il serait bien plus utile de la « griller » avant 2017, afin d’éviter toute concurrence interne pour Hollande… Le seul intérêt de la nommer à Matignon dès maintenant serait de ligoter la gauche du PS, qui risque de se faire bruyante assez rapidement, avec un Mélenchon soufflant sur les braises de l’extérieur.
Moscovici fait un score bien décevant, mais son côté dilettante lui joue manifestement des tours, tant auprès de Hollande que dans sa visibilité pendant la campagne. Je le garde comme favori, car il est le « logique collaborateur » que Hollande peut souhaiter et a quand même une expérience ministérielle et un positionnement politique, général et à l’intérieur du PS, hollando-compatible (Sapin aussi, mais il est moins connu et aurait plus de mal à s’imposer aux ténors du PS). Reste peut-être un aspect plus secret du processus de vetting à l’oeuvre en France comme il l’est aux Etats-Unis pour les candidats à la vice-présidence: sa vie privée et sa proximité multiforme avec DSK.
Valls au contraire a bénéficié à plein de la campagne, même s’il est surtout visible à droite. Il n’aurait été utile qu’en cas de haut score de Bayrou et de victoire très étriquée de Hollande, le rendant utile pour les législatives, comme Rocard en 1988. En revanche, par rapport à la liste confectionnée il y a quelques semaines, il est bien possible qu’il ait gagné Beauvau, Rebsamen se voyant rétrogradé ou recyclé au PS.
Ayrault est un peu une surprise, car il est loin d’être marginalisé, alors qu’il n’a pas de charisme et que son poperénisme d’origine remonte régulièrement à la surface, contredisant sa soi-disant modération d’élu de l’Ouest (on est loin des Le Drian ou Poignant !). Il a une grosse faiblesse toutefois: il n’a jamais été ministre. Avoir un Président qui a surtout été premier secrétaire du PS et un Premier ministre qui a surtout été président du groupe PS à l’Assemblée, est-ce bien raisonnable ? Mais, après tout, Hollande peut vouloir agir à la « Mitterrand 1981 ».
Fabius est marginalisé chez les siens, mais pourrait avoir l’avantage d’être en capacité de faire le sale boulot au départ, avec autorité, et de fournir un fusible utile ensuite.

Pour LH2, les hypothèses testées sont différentes, mais les résultats restent cohérents (car Royal et Montebourg n’ont évidemment aucune chance d’accéder à Matignon), au sein de tous les électeurs, de ceux de gauche et de ceux du PS respectivement:
Aubry 23/33/41
Valls 12/10/11
Royal 10/14/9
Montebourg 10/10/6
Ayrault 7/10/13
Moscovici 5/6/9
résultats que LH2 complète en donnant simplement Aubry à 29 et Montebourg à 22 parmi les électeurs de Mélenchon (où l’on retrouve la passerelle Montebourg-Mélenchon, notamment visible dans le sud-est de la France); Aubry à 37 et Ayrault à 14 parmi les électeurs de Hollande; Valls à 27 et Aubry à 20 parmi ceux de Bayrou; Valls à 18 et Aubry à 13 parmi ceux de Sarkozy; Aubry à 20 et Royal à 13 parmi ceux de Le Pen.

En tous les cas, l’après-6 mai sera passionnant, car la guerre de mouvement va enfin reprendre, tant au sein du PS que, désormais, au sein de l’UMP et du centre-droit…

3. En ce qui concerne les reports de voix, ils restent divergents (respectivement BVA, IFOP et les IFOP quotidiens)
– dans l’électorat Mélenchon: 87/4/9, 80/6/14 et puis 86/4/10, 85/6/9 et 85/5/10, sans grande nouveauté puisque très solides pour Hollande,
– dans l’électorat Le Pen: 21/57/22, 18/43/39 et puis 18/44/38, 15/46/39 et 16/45/39, en amélioration pour Sarkozy, soit qu’il progresse soit que Hollande régresse, mais ce n’est pas suffisant et la forte composante populaire-populaire dont j’ai précédemment parlée ne peut permettre à Sarkozy d’atteindre les 2/3, ce qui serait le minimum à réaliser,
– dans l’électorat Bayrou: 36/36/28, 28/31/41 et puis 33/27/40, 28/32/40 et 26/32/42, à des niveaux de partage un peu moins à gauche qu’en 2007 (même si c’est logique, puisqu’alors, Bayrou rassemblait les déçus de Royal), avec une érosion récente de Hollande, mais marquant une certaine instabilité, dangereuse pour Sarkozy s’il est de nouveau trop à droite ce soir ou si Bayrou parasite trop la journée de demain (voire Villepin celle de vendredi).

IFOP ajoute les reports dans l’électorat Joly: 69/11/20, de nouveau moins favorables que prévu. Mais l’échantillon est limité et même une petite déperdition ici ne peut véritablement menacer Hollande.

« Trop peu, trop tard » en quelque sorte pour Sarkozy, même si l’écart va probablement continuer de se resserrer. Le résultat reste important pour l’avenir de la droite, dans son combat à venir contre le néo-FN, et pour l’assise politique de Hollande, face aux ténors du PS et dans sa dynamique politique de début de quinquennat. Il reste donc, quand même, un peu de suspense… 😛

Bon débat !