Géographie électorale du duel Fillon-Copé: « résistance » contre « raison » dans la mosaïque habituelle des élections internes ?

(MISE A JOUR LIMINAIRE DU 23 NOVEMBRE: étant donné les rebondissements quotidiens de la situation à l’UMP, je conseille à ceux qui sont à la recherche d’informations ou qui souhaitent poser des questions factuelles de se rendre directement dans les commentaires du présent article)

Voici de nouveau cette carte qui reste provisoire (merci à Yves-Marie Cann pour la compilation de tous les résultats épars ! voilà une preuve qu’Internet et même Twitter peuvent être utiles !):

 

1. Beaucoup de situations locales reçoivent bien entendu une explication relativement aisée:

– Les départements d’origine des candidats forment, comme d’habitude, leur meilleur score: Seine-et-Marne et Sarthe, avec des zones d’influence limitrophes (Orne, Mayenne, Maine-et-Loire; Oise et Seine-Saint-Denis en partie).

– Les départements encore sensibles aux orientations originelles des candidats ou à leurs filiations sont peu nombreux et se situent surtout du côté de l’ex-séguiniste Fillon: Vosges, Ariège, Nord-Ouest, voire Moselle du côté filloniste, mais aussi Corrèze, voire Gironde du côté de l’ex-chiraco-juppéiste Copé.
Les orientations idéologiques actuelles des candidats épousent en revanche facilement les sociologies de l’électorat: Languedoc-Roussillon et Provence pour Copé, Nord-Ouest et ouest francilien pour Fillon. Je ne m’étendrai pas sur cet élément le plus évident.

– De manière secondaire, les fiefs des autres membres des tickets ont suivi: Yvelines, Haute-Loire, Haute-Marne; les Alpes-Maritimes, trop « encombrées », faisant bien sûr exception.

Il y a ensuite l’influence des barons locaux qui, comme au PS, au PCF ou au FN, est très forte et explique largement le caractère de mosaïque des géographies électorales des scrutins internes. Une distinction entre départements peut être tracée:

– Les départements où le baron est réellement maître de ses troupes, quelle que soit leur sociologie: l’exemple le plus éclatant est la continuité géographique de deux départements fort similaires: Aube (Baroin) et Haute-Marne (Chatel), qui sont même inversés, d’une certaine manière, si l’on se basait sur la sociologie respective et si l’on devait accentuer les quelques petites différences (Haute-Marne plus rurale, Aube plus urbaine, voire très lointaine banlieue aux alentours de Nogent-sur-Seine); c’est d’autant plus frappant que, en 1999, la Haute-Marne était un des points forts du gaulliste social Fillon.
De même, la proximité et, malgré tout, la divergence de résultat entre Loiret et Eure-et-Loir est frappante.

Il y a donc les départements où les barons sont en accord avec la sociologie: Bouches-du-Rhône ou Nord côté copéiste, Ille-et-Vilaine, Maine-et-Loire, Savoie ou Yvelines côté filloniste.
Il y a les départements où les barons peuvent prévaloir sur la sociologie: les Alpes-Maritimes sont un exemple frappant; le Territoire-de-Belfort est lui aussi une grande surprise… tout à fait logique de ce point de vue: Meslot soutenait Bertrand et donc Fillon et ce département de tendance « droite pop » a suivi. Longuet a probablement fait basculer la Meuse et Barèges le Tarn-et-Garonne.
Evidemment, l’influence de Bertrand dans l’Aisne, voire dans les Ardennes ou la Somme, a été décisive dans des départements plutôt de droite dure. De même, l’influence de Raffarin suffit à faire basculer la Vienne et même toute la région Poitou-Charentes. Peltier a probablement gagné l’Indre-et-Loire à Copé et Fromion le Cher.

– Les départements où le baron ne peut aller contre la sociologie: Hubert Falco et beaucoup d’autres élus varois n’ont ainsi pas pu empêcher que le Var ne reste, logiquement, copéiste, même si de peu; d’une certaine manière, l’appareil sarkozo-balkanyste n’a pu empêcher les Haut-de-Seine des cadres supérieurs et retraités aisés de soutenir majoritairement Fillon.

– Les départements où la concurrence de barons se résout à l’avantage du plus important ou de celui ayant un « rayonnement » plus large: les Alpes-Maritimes (Estrosi, appuyé sur Ciotti et Léonetti, prévalant sur Tabarot ou Luca), les Côtes-d’Armor (Le Fur contre Cadec) ou la Charente-Maritime (Bussereau étant battu par le lointain Raffarin et par Quentin) illustrent bien ce cas de figure. A Paris, c’est Fillon lui-même qui a pu emporter la décision (appuyé sur des troupes quand même nombreuses: Goujon, Legaret, Lamour, Debré, Lellouche,.., et une sociologie favorable), face aux seconds couteaux Goasguen, Dati, Lecoq ou Küster.
La concurrence peut aussi être tranchée par la sociologie: dans l’Oise, la division a été forte, entre les Dassault et Courtial d’un côté, Woerth et Cayeux de l’autre, mais la sociologie a prévalu; la Manche offre un exemple similaire, même si le résultat est inverse.

2. Il y a cependant de vraies surprises, plus ou moins difficiles à anticiper: le Pas-de-Calais, la Moselle ou la Drôme pour Fillon, les Hautes-Pyrénées, les Landes ou le Bas-Rhin pour Copé, par exemple.

Le chiraquisme et le sarkozysme ne sont pas des facteurs explicatifs, ce qui est d’ailleurs fort intéressant en soi (le sarkozysme n’existe peut-être pas; attendons les scores des mouvements – encore que, beaucoup d’adhérents n’ont pas voté pour un mouvement !): les Alpes-Maritimes, la Marne, l’Aube ou les Hauts-de-Seine ne sont pas copéistes malgré leur sarkozysme et l’Alsace est divisée; en matière de terres chiraquiennes, l’écart est fort entre Cantal et Creuse d’un côté, Corrèze et Haute-Vienne de l’autre.
Cela tient au fait que les leaders s’effacent vite et au fait que Copé et Fillon ne sont pas, à titre personnel et hors du jeu médiatico-électoral de Copé, si éloignés fondamentalement l’un de l’autre.

Il faut donc chercher autre chose: il y a peut-être des éléments d’explication conjoncturels, d’autres plus profonds.

Conjoncturellement, la faiblesse de Fillon dans le Sud-Ouest, probablement une des plus grandes surprises, peut être liée au fait que sa campagne « perturbée » a principalement délaissé le quart sud-ouest; je comptais publier une carte des déplacements, mais je ne les ai pas recensés assez tôt; toutefois, il est clair que Fillon ne s’est pas attardé à l’ouest et au sud d’une ligne Arcachon-Tulle-Foix.

Plus fondamentalement, les forces relatives des autres partis de droite et du centre peuvent aboutir à des surprises, en ce que l’électorat UMP « résiduel » (en quelque sorte) se retrouve en décalage avec la sociologie globale de la droite dans le département concerné. La forte présence UDI dans le Loir-et-Cher ou la Côte d’Or a peut-être favorisé la victoire de Copé; de même, l’implantation croissante du FN a pu contribuer à pousser la Moselle du côté de Fillon, comme la persistance d’un villiérisme croupion en Vendée laisse une UMP un tantinet plus modérée. Mais, bien sûr, on peut trouver quantité de contre-exemples. Ce facteur explicatif est très local.

Peut-être que le critère majeur est finalement une combinaison entre passé et avenir, entre tradition politique et combats récents ou futurs: je veux dire par là que la culture politique locale doit être croisée avec la réalité de la situation électorale actuelle de la droite et des futures batailles politiques à mener afin de tenter de comprendre ces surprises.
Ainsi, la gauche est tellement forte dans le Gers, les Hautes-Pyrénées ou le Lot que les quelques adhérents UMP veulent surtout « cogner »; au surplus, ces terres totalement sécularisées et de tradition ruralo-boutiquière expliquent que la posture « populaire » de Copé ait pris. Plus largement, le succès de Copé dans le Sud-Ouest, mais aussi ses scores tout à fait honorables dans le Finistère, le Calvados ou les Deux-Sèvres, terres encore conservatrices naguère mais totalement « rosies » désormais, s’expliquent aussi par cette volonté de « résistance » dure face à la gauche.
A l’inverse, le Nord-Est intérieur, à la fois très conservateur et peu menacé par l’implantation de la gauche, se rallie davantage à Fillon que prévu. Et, bien logiquement, Vendée, Maine-et-Loire, Loiret, Hauts-de-Seine, Marne ou Haut-Rhin, sans trop de crainte d’une vague « rose », peuvent voter « raisonnablement » pour Fillon, tout en confirmant leur tradition de « modération ».
La différence entre Moselle et Meurthe-et-Moselle peut certes s’expliquer par l’action des barons (des baronnes, en l’occurrence !), mais peut aussi découler d’une situation de « résistance » (le grand mot de Copé, qui a sûrement fait mouche) plus ancienne en Meurthe-et-Moselle. La différence entre Côtes-d’Armor (depuis longtemps à gauche) et Morbihan également.

Même si le Lyonnais et les Savoies, notamment, perturbent un peu l’analyse, le trait le plus synthétique des deux candidats serait, de manière vraiment grossière, que Copé est fort dans les départements de gauche des années 70 et 80 et Fillon dans les départements de droite quasi-pompidolienne. Les experts de cartographie électorale sont els bienvenus 😉

Mais, après tout, le message de la différence entre « résistance » et reconquête d’un côté, « establishment » et barons de l’autre, tout simpliste qu’il soit, a probablement porté et Copé n’a fait qu’appliquer la vieille recette du (pseudo-)rebelle contre l’ordre établi. Ou la différence entre « démagogie » et posture d’un côté, responsabilité et « raison » de l’autre, si l’on se place d’un point de vue filloniste.

Il sera intéressant d’analyser les résultats des mouvements, afin de confirmer ou d’infirmer ces hypothèses, en espérant que l’UMP veuille bien publier TOUS les résultats, département par département, y compris en outre-mer et à l’étranger…. Prions Sainte COCOE et surtout Saint Jean-François, qui ne va pas vouloir étaler le détail des turpitudes, peut-être…

L’UMP de 2012 à 2017 et à 2022: des alternatives limitées de leadership dans un paysage lourd de nombreuses hypothèques

1. Alors que ce blog fête son premier anniversaire 🙂 et que la campagne officielle pour la présidence de l’UMP s’est ouverte le 5 octobre 2012, quelles sont les perspectives pour le parti de la droite républicaine et pour son leadership?

En premier lieu, rappelons quelques éléments sur l’évolution institutionnelle récente de la France, qui ne feront que s’accentuer avec le temps, quels que soient les appels à la « normalité » ou à la régénération de la démocratie entendus ici ou là.

La France s’est présidentialisée et c’est une tendance lourde.
Le quinquennat a fait du Président le seul leader de la majorité, la dichotomie entre majorité présidentielle et majorité parlementaire relevant désormais de la simple hypothèse d’école pour constitutionnaliste imaginatif. Cette présidentialisation n’est pas propre à la France et touche même les régimes… parlementaires. La pratique du pouvoir de Blair ou de Berlusconi a été présidentielle, comme celle de Harper, de Schröder ou d’autres.
La médiatisation a entraîné une personnalisation de la politique qui se porte en premier lieu sur le Président et non sur son Premier ministre, simplement nommé et facilement révocable. Cette personnalisation influe fortement sur la structure politique même, y compris dans des régimes parlementaires normalement plus dépendants des partis: la personne même de Merkel « sauve » la CDU dans un contexte de progression, mais de division et de faible leadership, des gauches allemandes; l’identité de Monti suffit à stabiliser (temporairement) le paysage politique italien, voire à le recomposer à moyen terme; c’est le débat Rutte-Samsom qui a structuré le résultat des dernières législatives néerlandaises, dans un pays pourtant affecté d’un « régime des partis » et d’un paysage éclaté depuis fort longtemps; face à Cameron, seul atout (avant Boris Johnson?) des Tories, le Labour n’a qu’un petit obstacle avant de revenir triomphalement au pouvoir, son leader Ed Miliband; les travaillistes australiens ont remplacé Rudd par Gillard pour le seul motif de l’image personnelle;…
La demande d’action personnelle d’un chef n’était pas tant liée que cela à Sarkozy: elle est liée à la modernité (une société avec moins de corps intermédiaires et habituée à l’immédiateté et à l’impatience), à la médiatisation, à la personnalisation et Hollande commence de comprendre que la « normalité » dilettante ou même (version plus sérieuse et plus mitterrandienne) la distance byzantine ne peuvent plus avoir cours. Alors, « lui Président », il organise une visite hautement médiatisée et « surprise » à Echirolles…

La France s’est américanisée, en ce sens que son mode de fonctionnement politique (le cycle électoral et les affrontements de leadership) se rapproche de celui des Etats-Unis. Le calendrier politique s’organise autour de la présidentielle, avec des élections locales, européennes ou sénatoriales qui jouent le rôle de midterms.
Il s’agit encore de personnalisation.
Mais il s’agit également d’histoires personnelles, d’étapes dans un parcours, d’influence des médias et des sondages (le climat et la dynamique), de consumérisme politique et électoral (revirements d’opinion rapides, en particulier).

La France s’est « médiatisée », ce qui a renforcé la présidentialisation et a accompagné l’américanisation, mais a aussi entraîné une moindre importance des structures partisanes (Bayrou ou Villepin ont existé malgré tout) et des succès électoraux locaux (qui n’ont pas permis à Royal de vaincre en 2007) et une plus grande importance des positionnements relatifs et personnels et des problématiques d’image (le racisme anti-Blancs en est un exemple récent: reproché à Copé, il ne dérange pas chez Vallaud-Belkacem; peu importe ce que l’on dit, ce qui compte c’est quand on le dit et par rapport à qui, voire où et avec quelle présentation d’ensemble), c’est-à-dire du marketing.

2. Sur ce paysage de fond, viennent s’agréger plusieurs hypothèques majeures pour la droite républicaine, dont elle ne parviendra pas à se libérer facilement, ne les ayant toujours pas résolues.

– La moindre d’entre elles, c’est l’indépendance du centre et du centre-droit.
Bien entendu, Bayrou est politiquement mort et ses grotesques rodomontades face à Borloo ne visent, à la manière d’un Villepin, qu’à se persuader que l’on est encore vivant, alors même que les membres (Vanlerenberghe, Azière, avant sûrement Artigue ou d’autres) commencent à se détacher du tronc désormais sans vie (Sarnez, Gourault).
En revanche, après l’échec de l’ARES et l’incapacité de Borloo à incarner le centre-droit à la présidentielle, celui-ci a enfin « réussi » (c’est presque un oxymore d’associer ce mot à Borloo… très barriste ou séguiniste du point de vue de la « réussite » politique…) à agglomérer le centre-droit. Tout cela est bien sûr fort timide et fragile et ne se fait que par défaut, parce que tous les petits chefs ont unanimement conclu qu’il n’y avait pas d’autre tête connue (c’est ce que Maurice Leroy avait dit, en parlant du seul leader connu du Français de la rue…). L’UDI n’est qu’une UDF en réduction, sans la force historique (au sens de leurs immédiats et plus lointains prédécesseurs, qui remontaient à 1945, voire aux années 1920) et idéologique du CDS et du PR, qui étaient les deux piliers de l’UDF. Aujourd’hui et après la scission du NC, le parti radical apparaît presque comme la force majeure de l’UDI, c’est dire… De plus, aucun centriste ou modéré de l’UMP n’est venu rejoindre l’UDI, pas même les députés UMP qui se sont apparentés à son groupe: que ce soit pour finir une carrière (Méhaignerie, voire Juppé – qui était potentiellement le Barre ou le Balladur de 2012 dans les sondages de 2011), pour retrouver de l’air et des marges de manoeuvre (Léonetti, voire Raffarin) ou pour être le borgne chez les aveugles (Jouanno, NKM, voire Wauquiez).
Malgré tout, même s’il est piquant de voir le radicalisme laïcard succéder à la démocratie-chrétienne molle dans ce rôle (après la parenthèse personnelle Bayrou), l’UDI reprendra probablement l’étiage centriste de 8-10%, celui des élections européennes de 1989 avec Veil ou de 1999, 2004 et 2009 avec Bayrou ou celui de Borloo dans les quelques sondages présidentiels l’intégrant en 2011.
La fin du MoDem va se traduire par un report de 3 points d’électeurs de centre-gauche soit vers un PS moscovicisé ou vallsisé, soit vers l’abstention; par un retour de 3 points vers l’abstention; par un report de 3 points vers l’UDI. Non seulement l’UDI est viable et va donc pouvoir grignoter sur l’UMP, mais le PS va récupérer quelques points sur les ruines du MoDem. Certes, cela peut être compensé (dans l’ouest par exemple), par un retour d’électeurs au centre-droit, après un passage par un PS local rocardisé, mais ce sera relativement marginal et, de toute façon, ne profitera pas à l’UMP.
Ainsi, l’UDI peut être un handicap lourd pour l’UMP au 1er tour d’une présidentielle, avec le risque d’un « 21 avril à l’envers ». De ce point de vue, la victoire de Copé à la tête de l’UMP aggraverait les choses, car il perdrait forcément des électeurs qui se reporteraient sur l’UDI plus facilement.

– De manière liée (le fameux étau qui enserrait Sarkozy entre extrême-droite et centre, avec des pertes d’un côté dès que l’on penche de l’autre), l’hypothèque la plus lourde est évidemment la question lancinante du FN.
Le positionnement actuel de Copé, qui reprend celui de Sarkozy, est-il le bon ? En bref, Sarkozy a-t-il « presque gagné » ou a-t-il « quand même perdu » en mai 2012 ?
Toujours pas réglée, cette question sera encore plus aiguë au fur et à mesure de l’avancée du quinquennat et Hollande s’en servira d’autant plus qu’il pourrait bien ne plus lui rester que cela pour espérer être réélu en 2017.
La crise persistante et l’austérité vont évidemment conforter le FN (pas forcément le faire augmenter, mais en tous les cas consolider sa base de départ).
La pseudo-dédiabolisation (les idées sont les mêmes, mais l’emballage a été renouvelé) pose un problème encore plus grave à l’UMP, puisque les médias semblent présenter Le Pen comme « acceptable », tout en mettant une forte pression sur l’UMP et sa tentation d’alliance avec le Mal.
La dose de proportionnelle envisagée par Hollande ne pourra que rendre encore plus délicat le retour au pouvoir de l’UMP et sera utilisée comme Mitterrand avait su le faire en 2005-2006. De manière accessoire, le futur mode de scrutin pour désigner les conseillers généraux (départementaux ?) pourrait recréer les mêmes débats délétères pour l’UMP dans les départements où il aura besoin de voix du FN pour s’imposer ou espérer s’imposer (Ain, Vaucluse, Loire, Oise, Somme, Aisne, Moselle viennent à l’esprit).
Le « précédent Sarkozy » renforce encore le poids du FN: se délester de sa menace impliquerait forcément de coller à un positionnement « dur » et, en plus, cela n’aurait pas tant nui que cela à Sarkozy en 2012 puisqu’il n’aurait pas été battu si nettement que cela, disent les soutiens de la droitisation.
Bref, mutatis mutandis, l’UMP est confronté au même problème que l’establishment du GOP, sous la pression persistante du Tea Party, qui les oblige à se déporter sur la droite et entretient des débats internes qui affaiblissent le parti. L’effet négatif se sent non seulement pour la présidentielle, mais aussi pour les élections « locales » (en incluant les sénatoriales pour ce qui est des Etats-Unis: voir, par exemple, l’Indiana où le GOP va peut-être perdre un siège à cause du candidat Tea Party qui a triomphé aux primaires): ainsi, les municipales de 2014 s’annoncent déjà fort difficiles pour l’UMP.

Car les municipales se joueront médiatiquement sur les grandes villes, où le PS restera structurellement et sociologiquement fort (Paris et Lyon sont ingagnables pour l’UMP, tandis que Marseille, Nancy, voire Perpignan, Le Havre, Orléans ou Bordeaux, pourraient basculer, avec un Gaudin en bout de course et un Juppé talonné par Feltesse, qui arrive « à point », et que l’UMP ne peut guère espérer reprendre que Metz ou, très éventuellement, Strasbourg, mais rien n’est moins sûr car l’UMP a peu de bons candidats – ce qui fait que des villes comme Caen, Amiens, Montpellier ou Reims, qui devraient être « retournables », ne le seront pas). Les éventuels succès de l’UMP dans des villes moyennes ne se verront pas ou seront masqués par quelques cas problématiques liés à la présence du FN (autour de l’étang de Berre, dans le Vaucluse ou dans le Gard). En outre, malgré les déboires hollandais, l’attachement des Français à la dépense locale (une vraie drogue…) les rend fort réceptifs au socialisme local et n’a pas encore entraîné de révolte fiscale.

– La trosième hypothèque, sur laquelle l’UMP a peu de prise et qu’elle n’a pas résolue à ce jour, c’est l’éventuel retour de Sarkozy.
Soyons clair: la tentative du retour est certaine, je l’ai toujours dit (c’est dans son sang… et puis, l’instinct de revanche…). La réussite du retour est en revanche très peu probable.
D’abord, l’excitation actuelle s’éteindra aussi vite qu’elle est venue: elle est une manifestation supplémentaire des emballements médiatiques de plus plus en nombreux que nous subissons; elle est aussi une conséquence de la vacance actuelle du pouvoir à l’UMP et de la faiblesse du PS, une partie de la gauche recherchant son « meilleur ennemi » pour se remobiliser et se « comparer »…
Dans le même ordre d’idées, Sarkozy continuera de vieillir et le renouvellement à gauche (le gouvernement n’est pas au mieux, mais, au moins, il y a des visages nouveaux -au moins aux yeux des Français, même si Peillon ou Mosco ne sont plus vraiment des perdreaux de l’année) comme à droite (derrière Fillon ou Copé et à côté d’eux, la nouvelle génération va prendre les premiers rôles) va le ringardiser et le faire apparaître comme un has been à la Chirac d’après 2002.
Ensuite, l’une ou l’autre des « affaires » finira bien par produire un résultat rédhibitoire pour Sarkozy.
Sa personnalité n’a pas changé et ne changera pas et ce qui l’a fait rejeter le fera échouer à l’avenir. De manière connexe, l’électorat de droite finira par comprendre (comme c’est un peu le cas avec Copé, semble-t-il) que la gauche n’attend que cela: un retour du « grand méchant loup » qui lui permettrait de se remobiliser et de gagner par défaut. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, les élections ne se gagnent plus forcément en convaincant les indécis, mais encore davantage en mobilisant le plus possible les convaincus de son camp…
Enfin, politiquement, les habitudes des acteurs vont changer une fois que l’UMP aura un nouveau chef (si tant est qu’il assume pleinement son rôle). Les structures et responsables locaux seront renouvelés, les réalignements s’effectueront (voir Baroin ou Estrosi rejoindre Fillon est déjà un premier exemple des recompositions qui peuvent s’opérer).

Cependant, ce retour raté de Sarkozy ne se fera pas tout de suite et, même destiné à échouer, ce retour constituera un élément de perturbation pour la droite et continuera de « plomber » le futur président de l’UMP en laissant planer un doute forcément affaiblissant pour son autorité.
Cette perturbation sera moins forte si Fillon ou Copé gagne largement (à plus de 60%, Sarkozy est fini). Si la victoire est entre 55 et 59%, ce sera insuffisant pour dissiper le doute. Si cela se joue à moins de 55%, alors le président de l’UMP sera réellement affaibli et les divisions internes qui perdureront (guérilla de Copé contre Fillon, en particulier) pourraient avoir raison de l’unité de l’UMP.
Plus précisément, si Copé gagne de manière étriquée, Sarkozy se sentira plus fort pour revenir, mais la concurrence Sarkozy-Copé à venir risquera de déporter l’UMP tellement à droite qu’elle pourrait bien se scinder.
Si Fillon gagne de manière étriquée, Copé servira de sapeur pour Sarkozy, qui se sentira d’autant plus fort qu’il connaît les faiblesses personnelles de Fillon et n’hésitera pas à l’attaquer méchamment, personnellement et directement: ce serait le meilleur cas de figure pour Sarkozy. Ce serait aussi la pire des situations pour l’UMP, qui pourrait alors tellement se déchirer que sa présence au 2nd tour de 2017 serait rien moins qu’assurée.

3. Pour 2017, l’éventail des possibles est forcément limité, quoi qu’en disent les médias en s’ébrouant de plaisir devant les quelques signaux de NKM ou en se repaissant de la candeur des annonces de Bertrand. En réalité, comme aux Etats-Unis, l’emballement, dès le lendemain d’une présidentielle (voire bien avant…), pour de multiples candidats potentiels à l’élection suivante, voire à celle d’après, retombe bien souvent et, finalement, ce sont les poids lourds « évidents » qui l’emportent, même avec difficulté: Kerry ou Romney en sont de bons exemples.

Ainsi, en 2017, cela se jouera entre Fillon, Copé et Sarkozy.
Je viens de dire la conviction que ce dernier n’y parviendrait pas. La pratique américaine est qu’un sortant (président ou vice-président, d’ailleurs) battu ne peut plus retenter sa chance. Certes, on trouvera toujours des exceptions (Nixon). Mais la tendance semble bien lourde d’une « ouverture » au niveau des primaires et d’un retour à l’impératif d’efficacité au niveau de l’élection proprement dite. Ainsi, Romney a plutôt bénéficié de sa campagne des primaires de 2008, plutôt réussie, et de son ralliement « à point » à McCain (suffisamment tard pour montrer sa propre force, suffisamment tôt pour ne pas pénaliser son propre camp, ce qu’avait fait en partie Huckabee); malgré la droitisation du GOP, il a quand même réussi à être le candidate, largement sur la base d’un critère: il serait le plus apte à battre Obama.
Or, quel que soit l’attachement du militant de droite à la culture du chef, la volonté de gagner est la plus forte et c’est ce qui devrait exclure la solution Sarkozy.

C’est aussi la raison pour laquelle Fillon est le mieux placé. Il est le candidat « attrape-tout », celui le plus en mesure de récupérer le centre-droit et le centre sans faire fuir les électeurs du FN.
Le récent sondage CSA pour i-Télé et Atlantico.fr (2-3 octobre 2012 auprès de 1002 personnes dont 860 inscrits) mesurait le potentiel électoral dans une confrontation de second tour avec Hollande. A la question de savoir si les personnes interrogées pourraient voter pour lui, il a été répondu, respectivement « oui, certainement » / « oui, peut-être » / « non, en aucun cas » / « ne sait pas »:
Fillon 37 / 24 / 36 / 3
Sarkozy 39 / 15 / 45 / 1
Copé 22 / 25 / 48 / 5
Ces chiffres confirment ce qui a pu être dit pendant toute la campagne présidentielle: Sarkozy mobilise bien sa base, mais se heurte à un plafond de verre qui lui interdit de franchir facilement les 50%. Fillon n’a pas ce problème, alors que Copé essuie un refus encore plus net que Sarkozy, sans enthousiasmer autant sa base.

Auprès des sympathisants du centre (soit, pour ce sondage, le MoDem, le NC et le parti radical), Fillon est évidemment dominant et Copé s’en sort encore plus mal que Sarkozy:
Fillon 53 / 27 / 19 / 1
Sarkozy 36 / 27 / 36 / 1
Copé 25 / 27 / 43 / 5

Auprès des sympathisants du FN, Sarkozy est logiquement le meilleur, mais Fillon n’est pas en retrait par rapport à Copé:
Fillon 34 / 32 / 33 / 1
Sarkozy 53 / 22 / 25 / 0
Copé 32 / 27 / 35 / 6

Enfin, auprès des sympathisants UMP, Fillon est quasiment au niveau de Sarkozy et Copé est étonnamment fragile, ce qui signifierait probablement, en 2017, au profit d’un Borloo coiffé et sobre ou d’une Le Pen poussée par le buzz médiatique et créerait un risque réel de « 21 avril à l’envers »:
Fillon 78 / 15 / 5 / 2
Sarkozy 82 / 12 / 4 / 2
Copé 49 / 35 / 13 / 3

De même, le sondage OpinionWay pour le Figaro (27 septembre-1er octobre, auprès de 523 sympathisants extraits d’un échantillon total de 2213), sur l’image comparée de Copé et Fillon, place ce dernier en position de force:
certes, la réponse dominante pour toutes les catégories (sauf une, le charisme) est: « les deux »;
certes, Fillon a un retard de -21 sur « dynamique » et de -16 sur « moderne »;
mais il parvient à ne pas céder de terrain sur « proche des adhérents et des militants » (-5), argument majeur de Copé, ni sur la personnalité (« a une force d’entraînement » à -2, « déterminé » à -1), ni sur le renvouellement à l’UMP (« incarne le renouvellement de la droite » à +2, « a des idées nouvelles » à +2, alors que Copé joue au Sarkozy avec du buzz quasiment chaque jour);
il reste surtout fort sur des éléments de personnalité sur lesquels il semblait partir avec un désavantage (« charismatique » à +13, « courageux » à +10, « sait où il va » à +17, mais le caractère vibrionnant de Copé sur le modèle de Sarkozy est sûrement contre-productif);
sur une capacité à mener l’UMP et à être proche de son « coeur » (« a l’autorité d’un chef de parti » à +13, « proche de vos préoccupations » à +19, « incarne bien les valeurs de la droite » à +16, « a un projet pour la droite » à +14, « fidèle aux idées de Sarkozy » à +16, alors qu’il s’agit là de l’autre argument majeur de Copé);
sur une capacité à gagner les élections, y compris locales tant mises en avant par Copé (« capable de mener l’UMP à la victoire aux élections de 2014 » à +20, « incarne l’avenir de la droite » à +15, « capable de rassembler les électeurs de droite » à +20, « ferait un bon chef de l’opposition » à +16).

Alors même que ce sondage n’aborde pas l’expérience, les qualités d’homme d’Etat ou la capacité à gagner en 2017, qu’il est donc « en ligne » avec les souhaits de Copé (et du Figaro ?), Copé est ainsi distancé là même où il devrait au moins faire jeu égal et dans une mesure « qualitative », sûrement bien plus révélatrice que les sondages bruts sur le candidat préféré.

Si ces résultats sont positifs pour Fillon à court terme, ils le sont surtout à moyen terme, car ils pourraient signifier que sa présidence de l’UMP ne serait pas trop remise en cause en 2015 (le président de l’UMP est élu pour 3 ans).
D’abord, le fait de diriger permet de renouveler les structures et les apparatchiki et de s’assurer de nouvelles fidélités.
Ensuite, si les municipales de 2014 ne seront pas forcément extraordinaires pour l’UMP, les européennes de 2014 devraient être catastrophiques pour le PS (les Verts et le FG reviendront sur le devant de la scène) et les régionales et départementales seront raisonnablement bonnes pour l’UMP, tant elle part de bas en nombre de conseils régionaux et généraux (les régionales seront d’ailleurs plus médiatisées que les départementales et c’est précisément dans les régions que l’UMP a davantage de chances de gains).
Enfin, il est peu probable que Copé puisse refaire son retard si Fillon s’il perd en 2012. Bien entendu, il mènera une guérilla implacable et fera tout pour affaiblir Fillon; il facilitera la tâche de Sarkozy; mais il ne pourra le faire qu’en restant sur le créneau droitier et, sauf à ce que le FN crée un séisme aux européennes ou aux régionales, il est peu probable que le paysage général soit profondément modifié: l’UMP n’aura pas forcément progressé mais elle n’aura pas régressé et, surtout, le PS se sera effondré ce qui, par simple différence, fera apparaître Fillon comme un bon chef de l’opposition.

Peut-être tombé-je dans un optimisme excessif (maintenant que je suis sûr de pouvoir voter le 18 novembre… :P) mais, si Fillon dépasse les 55% (60% seraient mieux, mais il ne faut pas être trop exigeant), il devrait logiquement être le candidat pour 2017.

4. Quid, donc, de 2022 ?

Bien sûr, si Fillon est élu en 2017 (je continue d’en douter…), il sera le candidat sortant en 2022 et se représentera, selon la logique américaine.

Si Hollande est réélu en 2017 (rien n’est exclu: une forte Le Pen, un retour d’une croissance correcte, des mesures électoralistes, une division de l’UMP,…), Fillon sera bien entendu la victime expiatoire de la défaite. Les possibilités ne sont alors pas si nombreuses que cela.

D’abord les hypothèses fantaisistes:
Sarkozy pourra-t-il revenir en 2022 ?…. Il n’aura que 67 ans…. Et si la métaphore américaine doit être filée jusqu’au bout, la victoire de Nixon en 1968 revient de très loin…. C’est quand même peu probable car les prétendants seront nombreux et, surtout, l’échec de son retour en 2016 devrait avoir mis un terme définitif à sa carrière.
Christine Lagarde a un an de moins que Sarkozy…. Je l’évoque simplement parce qu’elle est maintenue dans les différents baromètres de popularité, mais il est évident que cette argentière plus anglo-saxonne que franchouillarde n’a strictement aucune chance dans notre pays.

Ensuite, les hypothèses qu’aiment évoquer les médias dès qu’une tête dépasse les autres de quelques centimètres pendant quelques minutes; par ordre de probabilité croissante
Chatel est par trop libéral et a également une image de privilégié (au mieux, il peut viser Bercy);
Baroin est clairement trop dilettante et « fils à papa » et, à force d’être le jeune premier, sera bien défraîchi;
Bertrand a été un bon ministre technique, mais sa popularité est faible et il a largement échoué à la tête de l’UMP: trop rigide, peu charismatique, ne pouvant s’empêcher de dégager une image d’hypocrisie et d’absence de sincérité; en outre, il est élu d’une circonscription très difficile;
Pécresse a acquis une image de « bourgeoise » et de privilégiée qui la disqualifie probablement de manière définitive pour une présidentielle; elle fait partie de ces responsables politiques (comme Baroin, mais peut-être même pas comme Bertrand) qui ne peuvent espérer, au mieux, qu’être Premier ministre (un peu à la Bianco, en son temps);
NKM est à mon sens trop « décalée », sur le plan personnel, et une forme de sincérité et une réelle intelligence ne pourront compenser le fait qu’elle serait également considérée comme une privilégiée et une « fille à papa »; sa circonscription est, en outre, délicate; elle peut largement envisager Matignon, mais plafonnerait pour une présidentielle, même si, comme Pécresse, elle a l’avantage d’être, tout simplement, une femme;
– un peu en retrait mais très proche de la catégorie suivante, Le Maire est probablement trop technocratique et sérieux pour espérer même concourir à la magistrature suprême; sa campagne interne à l’UMP fut claire et cohérente et il a déjà des relais; son bon potentiel (une certaine clarté et fermeté personnelles; une réelle compétence; un positionnement central à droite, comme Fillon) ne sera toutefois probablement pas suffisant pour effacer l’image d’énarque; Le Maire est évidemment un candidat naturel pour Matignon, mais, au-delà, il pourrait ne pas faire mieux qu’un Moscovici.

Reste les vrais postulants à la candidature pour 2022:
Copé, bien sûr, qui est né pour la présidentielle, ne pense et n’agit que pour cela, ce qui est bien la caractéristique commune à tous les Présidents récents de la Ve République (VGE, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, mais aussi Hollande, quoi qu’il veuille laisser paraître); de toute façon, il essaiera jusqu’au bout et il est bien possible qu’après avoir aidé à torpiller Fillon en 2017, il s’apprête à récupérer la mise en 2022…
– à moins qu’entretemps, Wauquiez n’ait réussi à s’imposer: il est clairement d’un matériau présidentiable, est déjà focalisé sur cet objectif et a su se positionner à la fois à droite (les assistés) et chez les modérés (héritage de Barrot, « droite sociale », classes moyennes), tout en « sentant » les évolutions socio-politiques modernes (les « sujets de la vie quotidienne » de ceux qui votent); il a un très bon ancrage local, alors même que sa circonscription n’est plus aussi acqusie à la droite.

D’aucuns pourraient nous enjoindre d’être plus volontaristes et de regarder vers les plus jeunes. Mais la France n’en est pas encore au stade du Royaume-Uni ou des Pays-Bas et l’exemple américain n’incite pas à penser qu’une carrière météorique soit possible dans un régime présidentialisé. Obama n’est pas un contre-exemple: il a eu du mal à s’imposer face à Hillary Clinton (il a eu moins de voix qu’elle… ne l’oublions pas) et il n’a pas gagné pour sa jeunesse mais pour sa couleur de peau (y compris dans la nuance pas trop foncée, quand même…) et grâce à une stratégie et une organisation exemplaires.
Il faudrait alors surveiller un Guillaume Peltier, infatigable et ambitieux, mais très à droite, ou un Christophe Béchu, auréolé de succès électoraux locaux, mais trop locaux justement. Toutefois, le creuset local, bien que riche en espoirs (Edouard Philippe, Valérie Boyer, Philippe Dallier déjà « amorti »,…), ne laisse pas apparaître beaucoup de futurs « présidentiables ». Mais, après tout, Wauquiez aura, en 2022, à peine plus que l’âge de Valls aujourd’hui…

5. En attendant 2022, cette élection à la présidence de l’UMP semble un peu moins incertaine (le ralliement de Baroin semble avoir porté un coup psychologique à Copé, qui a de plus en plus de mal à sourire), mais n’oublions pas le débat du 25 octobre, ni l’ampleur de l’écart entre les deux hommes. Bref, il reste matière à suspense et, même si la campagne connaît peu de rebondissements, on pourra se consoler avec une présidentielle américaine présentant, enfin, un peu d’intérêt (même si le rebond national de Romney ne devrait pas durer et, surtout, ne devrait pas se traduire suffisamment Etat par Etat pour qu’il espère raisonnablement l’emporter).

Bientôt, quelques spéculations sur le PS en 2017 et en 2022…

Election à la présidence de l’UMP: le « ventre mou » de la campagne

1. Un article pour dire qu’il n’y a pas grand-chose à dire ? C’est un peu cela, en quelque sorte… Vivement que je tienne mes promesses sur 2017 et 2022 !

Les campagnes pâtinent quelque peu, faute de thèmes à aborder: la candidature elle-même est passée, les tickets ont été annoncés, les parrainages recueillis, les ralliements ont été largement engrangés, les projets ont été présentés (Fillon volant de nouveau la priorité à Copé).

Nous sommes désormais dans une phase de « petits événements », davantage destinés à rappeler que chaque candidat existe: tribunes successives de femmes pour chacun des candidats (cette fois, Fillon n’a fait que « suivre »), JT ou émissions hebdomadaires pour « dérouler » et ne pas laisser le camp adverse occuper le terrain médiatique. Manifestement, tout le monde attend le débat, probablement vers le 25 octobre.

Pourtant, dès aujourd’hui et pour les 7 semaines qui restent, les hostilités continuent et pourraient prendre un tour plus agressif.

2. Certes, les médias sont pour le moment frustrés de l’absence d’affrontement violent (la manière dont une petit phrase de Fillon, dimanche, a été montée en épingle est assez représentative de cette impatience médiatique…).

– Mais il semble qu’en coulisses, la tension monte quelque peu. Bachelot accuse à demi-mots les copéistes de colporter des rumeurs sur son compte. Certains lieutenants (notamment Daubresse et Courtial pour Copé) haussent le ton. Au fur et à mesure que passent les semaines et alors que Copé ne reprend pas l’avantage, il sera conduit, progressivement, à se faire plus incisif, même s’il ne peut dépasser certaines limites, sauf à s’identifier à sa propre caricature.

– Sur le terrain, la campagne est très active, avec des déplacements quasi-quotidiens, notamment chez Copé, et avec parfois des réunions démultipliées grâce à la seule présence de lieutenants, partis dans les provinces sans leur chef. Les fréquentations semblent toujours meilleures chez Copé que chez Fillon.

– Les ralliements continuent, à plus petite vitesse, mais sûrement. Boutin a rallié Copé: quelle surprise et quelle déception, mais les adhérents du PCD ne sont plus automatiquement adhérents de l’UMP et la petite troupe chrétienne-démocrate ne pèsera donc pas très lourd le 18 novembre (sans compter que les démocrates-chrétiens de l’ouest ou des régions modérées ont peu d’appétence pour Copé et que la ralliement de Retailleau à Fillon devrait trouver les quelques villiéristes encartés à l’UMP). En revanche, les ralliements d’Ameline et de Roig pourraient permettre à Copé, respectivement, de limiter la casse dans le Calvados et de gagner encore plus franchement dans le Vaucluse.

A l’inverse, le petit séisme vient du soutien de Baroin à Fillon. J’avais évoqué, sans y croire, cette possibilité, pour la mettre sur le compte de la girouette Baroin. Ne s’agit-il pas là du signe le plus sûr de l’avance de Fillon ? Qui, si ce n’est le vainqueur putatif, pouvait rallier Baroin 😉 ? Je suis surtout surpris que cela arrive si tôt ? Si Copé s’est senti trahi par Pécresse, que doit-il penser de Baroin aujourd’hui ? C’est évidemment une très bonne nouvelle pour Fillon, qui n’est plus l’anti-Chirac absolu et qui reprend quelques couleurs dans ce nord-est intérieur plutôt acquis à Copé.

Reste en outre Bertrand, dont on voit mal, après un ralliement comme celui de Baroin, qu’il boude Fillon. Notons que Fillon s’est rendu chez le jeune député Darmanin, homme de main de Bertrand, juste avant la journée parlementaire: un signe ?

– Les mouvements autour des « mouvements » justement continuent, mais sans véritable rationalité. Les sondages (que je n’ai pas publiés) sont évidemment très peu fiables, avec des « vainqueurs » annoncés totalement divergents, mais surtout une totale incapacité des « sympathisants » sondés de savoir précisément ce qui se cache derrière chaque motion… Déjà, les adhérents… Néanmoins, Wauquiez s’est quand même lancé, sans qu’il soit certain que ce soit pour préserver une petite base arrière personnelle en cas d’échec de Fillon ou que ce soit pour limiter l’effet désastreux d’une majorité de mouvement visuellement alignés sur Copé (Droites « forte » et « populaire ») ou largement dominés par des copéistes (les libéraux-centristes étant largement contrôlés par les Chatel, Raffarin, Gaudin, Daubresse, au détriment de Léonetti ou de Longuet; les gaullistes davantage « managés » par Karoutchi que par Ollier). En la matière, Fillon part avec du retard, mais ne peut totalement s’en désintéresser et bénéficie quand même du flou général autour de ces mouvements, de leurs positionnements, de leur intérêt réel et de leur poids futur… même pour les adhérents de l’UMP…

L’humeur médiatique reste favorable à Fillon, de manière assez surprenante, avec un Figaro apparemment neutre (jusqu’ici) – même si LCI et peut-être TF1 semblent légèrement copéistes – tandis que les médias de gauche réagissent pour le moment au premier degré et rejettent surtout Copé. Il est clair que chaque équipe de campagne est à la manoeuvre pour séduire la petite troupe journalistique…

3. La perception de la dynamique reste donc globalement favorable à Fillon. Pourtant, plusieurs écueils le guettent.

Un certain épuisement, que révèle le « dynamomètre » de TNS-Sofres (http://www.tns-sofres.com/_assets/files/2012.09.28-dynamo-UMP.pdf): Fillon y reste largement dominant pour savoir qui « gagne des points » dans la campagne, mais de manière un peu moins nette cette semaine. Depuis le 30 août, Fillon a évolué chaque semaine comme suit: 64, 64, 66, 59, 52, parmi les sympathisants UMP. Copé: 37, 35, 41, 18, 23.
Bien entendu, le score reste terrible pour Copé: sa déclaration de candidature lui avait au moins permis de « limiter la casse », mais depuis deux semaines il est nettement moins bon. Toutefois, Fillon plafonne clairement, peut-être aussi en raison du « racisme anti-blancs » et de ses hésitations face à Copé, ainsi qu’en raison d’une plus grande présence médiatique de Copé comme opposant à Hollande et Ayrault. Inversement, Fillon ne peut constater gagner nettement plus de points que Copé; cela n’aurait pas de sens. Rien d’alarmant, mais quand même le signe que Fillon doit trouver un moyen de renouveler sa campagne. Peut-être aussi le signe qu’un excès de confiance (visible chez Pécresse et Ciotti, moins chez Wauquiez) pourrait lui coûter cher. La tactique de l’underdog est désormais clairement jouée chez les copéistes.

– Avant et pendant le débat, sa modération et son positionnement présidentiels pourraient pousser Fillon dans une situation « hollandaise », avec un risque de retournement non négligeable. En se souvenant de l’ascendant pris par Aubry lors du débat de second tour de la primaire du PS et de sa remontée dans les sondages dans les derniers jours, Fillon doit être très vigilant. Il tente de coller à Copé mais ne pourra le faire éternellement sous peine d’incohérence. Il pourrait tenter de l’étouffer en prônant une opposition forte à Hollande et une fidélité à Sarkozy sur des thèmes jusque là inexplorés: Wauquiez pourrait être fort utile à cet égard.

– Le risque d’un ralliement « surprise » ou d’un game-changer n’est jamais exclu.
Sarkozy pourrait-il rompre son silence ? Aucune chance car il ne voudra pas ternir son surprenant regain d’image (quelle que soit la totale artificialité de cette évolution…). De toute façon, un Fillon « petit » vainqueur reste sa meilleure option pour revenir.
Juppé pourrait-il créer la surprise ? On voit mal ce que Copé pourrait lui offrir, mais sait-on jamais…
Un événement « sécuritaire » remettant au premier plan les préoccupations d’autorité, de fermeté, d’identité, etc. ? Il faudrait carrément un attentat; mais alors, l’image d’homme d’Etat de Fillon ne prendrait-elle pas le dessus ?
Une attaque personnelle contre Fillon ? Ce serait un gros risque pour Copé, sur lequel plane l’ombre de Takkiedine…
Mais l’équipe de Fillon pourrait se révéler un peu légère pour réagir et contenir une telle attaque: l’avantage de sa souplesse actuelle se révèlerait alors être une faiblesse rédhibitoire.

Pour Fillon, comme pour Hollande à l’automne 2011, l’équilibre reste fragile et vouloir rassembler largement n’est simple que lorsque la dynamique est nettement positive. A défaut, c’est le risque d’éparpillement et d’incohérence. Encore 7 semaines à tenir…

Election à la présidence de l’UMP: stabilisation générale

1. La bataille des parrainages se termine sur l’échec de Copé à reprendre l’avantage. Certes, il semble avoir refait son retard, avec un rapport de 46 000 contre 47 000. Mais, autant le chiffre de Fillon ne sera jamais connu précisément, autant le chiffre précis de Copé ne l’est que formellement:
– l’huissier est-il déjà intervenu avant le dépôt d’une partie des parrainages à l’UMP ?
– l’huissier n’était pas en mesure de certifier la validité des parrainages, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les manipulations,
– le camp Copé a retenu des parrainages jusqu’au samedi suivant le mardi jour de dépôt: à ce compte-là, combien de parrainages étaient-ils valables et pourquoi ne pas accepter les candidatures de Le Maire et NKM qui, mardi, étaient finalement assez proches du but ?

L’essentiel est en fait que Fillon a réussi à passer sans dommages à travers cette épreuve des parrainages, qui aurait pu remettre les deux camps sur un pied d’égalité.

2. Il peut donc aborder la phase suivante plus sereinement, d’autant que les sondages sont stables.

La dernière livraison nous vient d’Harris Interactive, qui n’avait pas encore sondé sur la présidence de l’UMP et qui l’a fait, du 20 au 22 septembre 2012, auprès d’un échantillon total de 1484 personnes, pour le compte de 20 Minutes.

A la question de la personnalité que l’on souhaite voir élue, il a été répondu, respectivement par l’ensemble de l’échantillon, les sympathisants de droite et ceux de l’UMP:
Fillon 45 / 71 / 71
Copé 13 / 21 / 23
aucun 41 / 8 / 6
ne se prononce pas 1 / 0 / 0

et auprès des sympathisants MoDem, ARES (disons UDI désormais !) et FN:
Fillon 49 / 75 / 44
Copé 9 / 12 / 19
aucun 36 / 12 / 37
ne se prononce pas 7 / 0 / 0

et parmi les électeurs de Sarkozy, Bayrou et Le Pen:
Fillon 69 / 64 / 43
Copé 22 / 6 / 19
aucun 9 / 27 / 38
ne se prononce pas 3 / 0 / 0

Ainsi, est de nouveau confirmé le positionnement plus modéré de Fillon, mais aussi sa très bonne tenue au fur et à mesure que l’on se rapproche du coeur de l’UMP. A l’inverse, Copé ne parvient pas vraiment à être plus performant à l’extrême-droite ou chez les électeurs de Sarkozy. Le côté technocratique et arrogant de Copé peut ici clairement le desservir, voire un aspect « bling-bling » ou quelques relents antisémites.

La plus-value électorale de Copé est donc faible, alors que Fillon est en mesure de mordre largement au centre-droit et au centre, sans perdre trop à droite ou même à l’extrême-droite. Cet argument de l’attrape-tout peut encourager les adhérents à privilégier l’efficacité électorale (au moins supposée).

D’ailleurs, à la question de savoir si l’élection de Fillon serait une « bonne chose », les sympathisants UMP répondent positivement à 69% contre 3% (28% ni bonne ni mauvaise). Pour l’élection de Copé, les chiffres ne sont que de 31% contre 14% (et 54%). Cela confirme peut-être l’intégration de ce critère d’efficacité électorale potentielle dans une présidentielle.

Plus précisément, à la question de savoir si une élection à la présidence de l’UMP constituerait un premier pas vers la candidature en 2017, les sympathisants UMP répondent selon un éventail 31/55/13/1 pour Fillon et 21/50/24/5 pour Copé (certainement, probablement, probablement pas, certainement pas). Cette question est certes ambiguë: certains peuvent la comprendre de manière « distante » et analytique, en projetant ce que l’élu lui-même ferait de sa victoire; d’autres peuvent simplement juger, à titre personnel, que cela donnerait une légitimité telle que la candidature de 2017 en découlerait logiquement. Toutefois, cela montre une plus forte légitimité, réelle ou projetée, accordée alors à Fillon.

De manière désormais classique, le soutien à Fillon progresse avec l’âge, le diplôme et la CSP. Copé n’a pas vraiment de points forts, même s’il enregistre quelques points supplémentaires chez les jeunes, les artisans-commerçants voire, de manière surprenante, les ouvriers.

La mobilisation potentielle pour Fillon est donc bonne, puisque les électeurs âgés sont normalement les plus susceptibles de voter. En outre, en fonction de l’intérêt porté à la compétition (« beaucoup », « assez », « pas vraiment », « pas du tout », respectivement), le soutien pour Fillon reste fort:
Fillon 72 / 70 / 53 / 22
Copé 27 / 17 / 15 / 5
Même si Copé est plus fort chez ceux qui s’y intéressent beaucoup, Fillon reste très haut.

En sens inverse, parmi les électeurs de Fillon, 10% s’intéressent beaucoup et 31% assez, tandis que chez Copé, les chiffres sont de 13% et 28%: des totaux équivalents, avec un léger avantage à Copé. Rien d’aussi massif de ce que veulent faire accroire les copéistes, donc.

Au final, ainsi que le montre notre graphique, la prédominance de Fillon se stabilise et n’a pas été affectée par l’épisode des parrainages, les seules incursions en dessous d’un rapport de forces 70-30 étant dues à la présence d’un tiers important (Juppé ou Sarkozy) ou au fait que c’était la préférence pour la présidentielle de 2017 qui était sondée:

3. La prochaine étape importante sera celle des débats télévisés. Plus acculé, Copé risque d’être plus violent et agressif (ses proches disent qu’il a été naïf sur les parrainages… ils vont le faire passer pour gentil, bientôt ! Cela promet des coups bas et durs pour la suite…). Ainsi, l’avantage de Fillon pourrait bien perdurer, surtout qu’il lui suffit, à lui, de taper sur l’ambulance hollando-écolo-socialiste pour ne pas paraître trop « mou ».

Les débats seront d’autant plus importants que la campagne de terrain a tellement accéléré, même de la part de l’estropié Fillon, que, avant le 18 novembre, tous les adhérents auront potentiellement pu approcher les deux hommes.

D’autant plus également que les ralliements se tarissent. Certes, Fillon est soutenu par Balladur, mais je doute de l’impact majeur de ce ralliement… sauf peut-être sur les plus de 65 ans en Ile-de-France et dans les Savoies…

J’en profite pour actualiser ma carte de pronostics « à l’instinct » (qu’Eric Dupin, sur Slate, a citée à ma grande surprise, me faisant grand honneur, même si d’aucuns apparatchiki de l’UMP auraient probablement plus de vista que moi… mais, que voulez-vous, ils n’en font pas, eux, de jolies cartes en couleur ! 😉 ou seulement dans le secret des QG de campagne):

Sinon, Juppé semble vouloir se réfugier dans le non-alignement, ce qui entraînerait peut-être Baroin (surtout, ne pas insulter l’avenir…), Apparu, Accoyer, MAM (malgré son compagnon Ollier), voire NKM à faire de même et à ne pas se prononcer et confirmerait Le Maire dans son refus affiché de ne pas se prononcer. Ne resterait plus alors que Bertrand, que l’on voit mal tomber ailleurs que chez Fillon et qui, de toute façon, n’aurait pas un effet décisif, même si un ralliement à Copé redonnerait sûrement de la dynamique à ce dernier.

Toutefois, le monde journalistique semble apprécier l’humour actuel et la sérénité de Fillon, tandis que Copé, trop sarkozyste et pas assez sarkozyen (trop droitiste, sans avoir le « charme » qui a pu opérer en 2007 sur l’aréopage des journaleux qui le suivaient, même de gauche), ne passe décidément pas très bien dans la presse. Certes, Le Figaro, derrière les Dassault, pourrait favoriser Copé in fine, mais ce n’est pas encore flagrant. Mais, globalement, il semble de plus en plus difficile pour Copé de regagner de la dynamique, tant les journalistes-commentateurs-experts (ceux des services politiques qui se font aussi éditorialistes ou commentateurs de talk-shows) insistent sur « la machine Copé qui n’accroche pas ».

4. J’en reste là pour aujourd’hui et je prends le risque de promettre quelques supputations prochaines sur:
– les différentes hypothèses de victoire à latête de l’UMP et pour les 4 ans qui vont suivre, jusqu’aux primaires,
– les espoirs de la droite pour 2017 et surtout 2022,
– les espoirs de la gauche pour 2017 et surtout 2022,
le tout à l’aune d’un système américanisé, avec la nécessité d’intégrer les élections intermédiaires mais aussi un facteur bien français: le parasite FN.

Election à la présidence de l’UMP: stabilité des sondages et inutilité de Xavier Bertrand

1. La dernière livraison de l’IFOP pour Paris-Match (sondage réalisé les 6 et 7 septembre 2012 auprès d’un échantillon total de 1007 personnes) ne repose pas sur un questionnement direct pour la présidence de l’UMP, mais sur la « préférence pour une personnalité » et donc s’en rapproche clairement et, comme pour les trois précédents « tableaux de bord », je l’intègre dans notre graphique général du rapport de force Fillon-Copé:
Fillon 73 (+3)
Copé 25 (+1)
ni l’un ni l’autre 1 (-5)
ne se prononce pas 1 (+1)

Fillon est proportionnellement plus fort avec l’âge et recrute dans toutes les catégories de diplômes. Il est moins fort chez les ouvriers (62-33) et, marginalement, chez les commerçants et artisans (67-29).
La seule évolution de moyen terme décelable est l’évolution « politique », avec une situation davantage de centre-droit pour Fillon, qui était moins marquée avant l’été: 62-36 chez les électeurs FN et 64-32 chez les électeurs Le Pen, mais 74-19 chez les électeurs PS et 91-8 chez les électeurs Bayrou.
Toutefois, il reste fort dans le coeur de l’électorat UMP: 71-27 chez les électeurs Sarkozy.
Chez les électeurs PCF-PG, le rapport est de 65-16.

Publié avant-hier, le sondage IFOP pour Atlantico.fr est plus intéressant, mais donne exactement le même rapport de forces. Réalisé du 11 au 14 septembre 2012 auprès de 428 sympathisants de l’UMP (extraits d’un échantillon total de 2012 personnes), il donne
Fillon 59 (-3)
Copé 20 (-1)
NKM 6 (+2)
Le Maire 4 (+2)
Bertrand 3 (+2)
Guaino 1 (+1)
aucun 7 (-3)

Malgré un grignotement de chacun des petits candidats, le duel majeur n’est pas remis sérieusement en cause.
Dans le détail, les caractéristiques de l’électorat potentiel de chacun sont comme immuables.
Fillon est quasiment d’autant plus fort que l’âge est plus élevé: toujours un bon élément en termes de mobilisation potentielle.
Il est fort dans toutes les CSP, sauf chez les ouvriers (Copé est à 36%) et les « autres inactifs », soit les étudiants et les chômeurs (Copé à 25%), catégories de toute façon peu représentées à l’UMP et moins susceptibles de se déplacer. En termes géographiques, si Le Maire est relativement bon dans les communes rurales (8% – même score chez les retraités), Fillon fournit un score étonnant en Ile-de-France: 64-17 contre Copé. Mais, ici, l’écart entre sympathisants et militants peut être très fort, encore davantage que dans toutes les provinces.

La prédominance sondagière de Fillon se poursuit donc, sans grand changement, avec toujours le même bémol: ce sont bien des sympathisants déclarés qui sont sondés, non les adhérents de l’UMP, ceux qui iront voter.

Il paraît peu envisageable que le rapport soit inversé ou même que Copé soit légèrement au-dessus de Fillon, à 51-49. Si les sondages devaient se stabiliser ainsi jusqu’à la fin, le rapport de forces final serait probablement de 60-40, celui qui permet d’affirmer qu’une victoire est solide et légitime:
Jospin-Emmanuelli  (primaire de 1995) 65,8/34,2
Alliot-Marie-Delevoye (présidence du RPR de 1999) 62,7/37,3
Pécresse-Karoutchi (primaire régionale de 2009) 59,9/40,1
Le Pen-Gollnisch (présidence du FN et primaire de 2010) 67,7/32,3
Joly-Hulot (primaire de 2011) 58,2/41,3
Mélenchon-Chassaigne (primaire de 2011) 59,1/36,8
Hollande-Aubry (primaire de 2011) 56,6/43,4.

Il paraît donc difficile de croire que l’on pourrait se retrouver dans le scénario du PS en 2008 (Aubry-Royal).
Et pourtant…

2. La « bataille des ralliements » continue de battre son plein. L’incertitude continue notamment de peser sur le positionnement de Juppé et, de manière secondaire, de Bertrand, Le Maire et NKM.

Cela fait beaucoup d’inconnues et Copé, tant auprès de Juppé que de Le Maire et, évidemment de Baroin, conserve une capacité de conviction importante.
A l’heure actuelle, la période n’est pas faste pour Copé car, après Estrosi et Morano, Fillon a réussi à arracher Bussereau et Lancar à l’autre camp. Concrètement, ce ne sont pas des super-poids lourds. Mais, localement, Bussereau peut compter dans une fédération (Charente-Maritime), dont nous avons vu qu’elle n’était pas négligeable, et dans une région où il est en mesure de contrebalancer en partie l’influence de Raffarin.
Quant à Benjamin Lancar, il dirige quand même les Jeunes Pops, dont nous venons de voir qu’a priori, ils étaient largement copéistes. Et il représente justement une « force militante »: à force, l’argument de Copé sur « les militants contre les barons » ne pourra quand même plus trop tenir.
Surtout, dans l’un comme dans l’autre cas, tout concordait pour les inscrire parmi les soutiens de Copé. D’ici à ce que la même surprise ait lieu sur Le Maire ou même Baroin…

Quant à Xavier Bertrand, il semble avoir tout faux. Il a encore réussi à repousser le jour de sa décision, en entretenant artificiellement le suspense sur sa candidature. Aujourd’hui, il veut monnayer son ralliement et fait peser une pseudo-menace avec sa candidature à la primaire de 2016… Quelle arme nucléaire quand on voit son niveau dans les sondages… De l’art de rentabiliser au maximum ses 3-4%… Mais, à force de se faire désirer, plus personne ne l’attendra et la vraie campagne débutera sans lui, entre le 18 septembre et le 5 octobre. Il apparaît un peu comme la grenouille voulant se faire plus grosse que le boeuf…

(Nous reviendrons sur la perspective de 2016-17, mais constatons d’ores et déjà que nous sommes, électoralement parlant, dans une optique désormais totalement américaine, conséquence logique et prévisible dès 2000 avec l’adoption du quinquennat.)

Encore davantage que les ralliements, la « bataille des parrainages« , à partir de demain, sera sûrement utilisée par Copé pour tenter d’amorcer une dynamique inverse.

Les copéistes annoncent qu’ils sont au-delà des 20 000 parrainages, tandis que les fillonistes seraient aux environs des 15 000. Mais nous ne saurons en réalité jamais véritablement combien de parrainages valides chaque candidat aura reçus, puisque la COCOE (commission d’organisation) ne publiera que la liste des candidats retenus, sans le nombre de parrainages validés, sur le modèle du Conseil constitutionnel en matière d’élection présidentielle.

Certes, les copéistes ont dit qu’ils tiendraient les parrainages à la disposition de journalistes pour prouver leurs dires (et la confidentialité ? ils optent maintenant plutôt pour un constat d’huissier…), mais il est certain qu’il y aura un peu d’intoxication, probablement comme Xavier Bertrand, avec ses sacs censés contenir 8 200 parrainages.

Surtout, étant donné la différence sociologique des électorats potentiels de Fillon et de Copé, il y a fort à parier que les copéistes sont plus mobilisés que les fillonistes: ainsi, une avance sur les parrainages aura bien un effet médiatique positif pour Copé, mais elle ne signifiera pas pour autant un rapport de forces équivalent dans l’ensemble des adhérents (déjà, je peux vous assurer que Fillon aura au moins 2 voix de plus que le nombre de ses parrainages 😀 ): c’est la même chose pour l’affluence aux meetings, qui n’annonce pas le résultat dans les urnes.

Toutefois, ce sont le ou les débats télévisés qui constitueront probablement le morceau de choix: la « bataille médiatique » reste la plus importante. La campagne de terrain restera sûrement importante, mais elle ne mobilisera que les déjà convaincus; elle peut avoir seulement un effet indirect, en convaincant les médias que la dynamique est plutôt chez l’un ou chez l’autre et en modifiant alors, éventuellement, le discours ambiant. Dans cette campagne de terrain, alors que Fillon n’est toujours pas débarrassé de ses cannes (on a dépassé les 15 jours, pourtant…), il apparaît néanmoins presque aussi présent que Copé, au moins sur le plan médiatique.

Les débats télévisés auront une possibilité d’influence essentielle car ils peuvent éventuellement modifier les traits d’image. Copé devance Fillon sur un seul trait, le dynamisme, mais justement peut en faire un levier en focalisant les choses sur le fonctionnement du parti. Toutefois, dans le contexte général, la stature, l’expérience et le positionnement rocardo-juppéo-barriste de Fillon lui assurent une forte avance.

De ce point de vue, la position de challenger de Copé est plus intéressante, car les médias (comme nous tous 😉 ) aiment le suspense et les « remontées fantastiques ». Ceci étant dit, les petites bisbilles internes au gouvernement, les premiers « pas de géant » de l’hypo-président, le Premier ministre déjà essoré pour certains, tout cela semble encore devoir agiter le microcosme pour quelques temps. L’essentiel pour Fillon serait que les médias continuent de traiter l’UMP comme une simple distraction, sans remettre en cause l’actuel bruit de fond d’une « victoire annoncée ».

J’ai cependant du mal à croire que cela tiendra 2 mois entiers, même avec le répit des vacances de la Toussaint. Or, si Copé parvient déjà à modifier son image médiatique, ce sera une grande partie du chemin, car la modification viendra alors parmi les adhérents et militants, plus réceptifs et réactifs que l’ensemble des sympathisants. Il n’a de toute façon rien à perdre et peut se permettre d’être plus offensif, de réclamer plusieurs débats et une formule en face-à-face et non en côte-à-côte et de continuer d’utiliser les relais de la logistique d’appareil (quand on reçoit, à 1 seconde d’intervalle, un SMS de JFC candidat annonçant une réunion locale et un SMS de JF Copé SG annonçant la bonne prise en compte de la réadhésion, on peut effectivement douter de l’impartialité totale de l’appareil du parti… 😛 ).

Et puis, je me répète sur ce point également, mais les médias de gauche pourraient se réveiller en faveur de leur « meilleur ennemi » (sachant que, de l’autre côté, le Figaro et Atlantico semblent tenir, pour le moment, sur une position de neutralité prudente et attentiste…).

A suivre dès demain…