Le PS de 2012 à 2017 et 2022: un contexte difficile mais une situation centrale et des possibilités réelles de renouvellement du leadership

1. Méfions-nous des modes, tant elles passent vite. L’exécutif socialiste n’est pas forcément déjà et définitivement condamné.

En premier lieu, l’impopularité actuelle tient surtout à un rejet (absolu mais logique) des électeurs de droite et à un fort recul parmi les électeurs du centre-droit ou du FN. Le phénomène tient donc d’abord à une polarisation. Dès l’instant où l’électorat de gauche retrouverait un motif de mobilisation, ce pourrait être suffisant: une présidentielle est mobilisatrice; une présidentielle face à Sarkozy ou, par défaut, face à Copé, serait idéale.

Ensuite, les élections municipales, ainsi que je l’ai expliqué dans l’article précédent, ne seront pas perdues par le PS, en tous les cas pas médiatiquement, car les grandes villes font la tendance, l’impression, et seront conservées par la gauche.

La droite, sur le long terme, reste handicapée par la présence à haut niveau du FN, qui, même en admettant que le problème de la stratégie électorale soit réglée, induit mécaniquement une droitisation de l’UMP (que ce soit Copé ou Fillon). Tant que le PS garde un socle suffisant pour ne pas se retrouver en troisième position d’une présidentielle, rien n’est perdu. Or, Mélenchon ne parviendra pas plus à ses fins en 2017 qu’en 2012 et on ne voit pas qu’un écologiste émerge tellement qu’il menacerait le PS. L’apparition de l’UDI, si elle n’échoue pas lamentablement comme toutes les précédentes tentatives de Borloo, est bien plus problématique pour l’UMP.

Dans le même temps, alors que l’UDI est clairement décalée à droite, l’effacement de Bayrou et la gauchisation des Verts ne peuvent que renforcer le positionnement central des socialistes. Un regain du FG, voire de l’extrême-gauche pseudo-trotskyste, ne peut qu’en réalité le favoriser, car il ne sera pas suffisant pour recréer un « 21 avril à l’endroit » (2012 est éclairant, avec le dégonflement de la bulle Mélenchon): de ce point de vue, le parallèle avec le FN ne tient pas, numériquement parlant; mais il sera suffisant pour faire apparaître l’exécutif assez central, surtout avec un Valls à la sécurité, un Moscovici à l’économie et une Touraine à la santé, la gauche du PS étant surtout reportée dans le parti lui-même. Avec du permissif en pagaille sur le plan sociétal et avec quelques mesurettes modérées, les cadres supérieurs, voire les professions libérales (l’éccord sur les dépassements d’honoraires est emblématique de la bienveillance hollandaise à l’égard des médecns…), continueront de voter « social-démocrate ». Et ces catégories-là s’abstiennent peu.

Enfin, la conjoncture économique peut très bien se retourner avant la fin 2016, juste à temps pour la présidentielle.

L’emballement actuel qui consiste à voir Hollande déjà battu et Ayrault déjà congédié doit donc être quelque peu modéré.

2. Il n’empêche que l’affaiblissement de l’exécutif est réel. Mais plutôt pour des raisons intrinsèques: c’est la faiblesse propre de l’individu Hollande qui apparaît en réalité dans toute son ampleur.

– Son incapacité à mettre de l’ordre parmi « ses » femmes a évidemment contribué à affaiblir son autorité. C’est probablement loin d’être fini, si l’on en croit… Libération, qui nous fait part du jugement de Hollande sur la beauté de l’ex et de leur long aparté. Eh bien non, vous avez bien lu: ce n’est pas Voici mais l’une des Pravda de la gauche française qui nous gratifie de ce nouvel épisode.
Mais, plus sérieusement et plus largement, c’est sa personnalité qui est en jeu: Aubry nous avait prévenus ! « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non », « quand c’est flou, y’a un loup », « la gauche molle »… Mais aussi Royal, en défiant de trouver quelque décision que ce soit en 30 ans de vie politique… Elle était rude: mais, après tout, l’échec du PS sur le référendum de 2005, c’est bien Hollande qui l’a organisé et ce fut la seule décision importante de sa vie politique…

– Ses contradictions très précoces sont d’autant plus fragilisantes qu’elles portent sur le seul terrain où il avait fait des promesses un peu précises et où il faisait vraiment la différence (électorale) avec Sarkozy: la pratique du pouvoir. Aujourd’hui, entre la concubine, l’ex, la récupération médiatique de la mort d’un nouveau-né, la gesticulation autour de faits divers sécuritaires, les pseudo-voyages en train, les sondages élyséens qui reprennent, les cafouillages avec le Parlement et le Conseil constitutionnel, le manque de concertation interne comme le manque de discussion parlementaire, l’interventionnisme caché au sein du gouvernement ou au coeur même du PS (Hollande a fait écarter Cambadélis, contre l’avis d’Aubry notamment, pas moins), la présidence « normale » est bien morte et, avec elle, le seul « plus » de Hollande sur le plan électoral.

– Les rapports avec Ayrault se font sans autorité réelle. De ce point de vue, alors qu’on a comparé Ayrault à Fillon, il est bien plus proche d’un Raffarin, par l’impopularité croissante et (probablement) sans retour, par le positionnement d’une (petite) autonomie par rapport à un Président lui-même affaibli. Hollande aurait probablement souhaité se rapprocher du modèle Mitterrand-Mauroy de 81 ou, plus exactement, de 82-83 (lorsque Mauroy et Delors ont fait le « sale boulot » de la rigueur et du maintien dans le SME), mais il a déjà le Mauroy de 84, démonétisé, incapable de retenir les communistes, submergé par la fin du charbon et de l’acier, déstabilisé par une droite renaissante.
Ayrault n’est pas un fidèle absolu ou un exécutant, à la manière d’un Fabius, d’un Bérégovoy, d’un Juppé ou d’un Fillon (rôles que tiendraient mieux un Sapin, similaire à Fillon, ou un Moscovici, hybride de Fabius et Juppé).
Il n’est évidemment pas non plus le vrai chef comme un Villepin ou un concurrent potentiel comme un Rocard.
Il est davantage un compagnon de route à l’assise propre assez étroite, comme Raffarin, avant de peut-être finir aussi mal en point qu’une Cresson et, comme elle, de ne même plus jouer le rôle de fusible.
Le plus probable reste un « essorage » minutieux et complet d’Ayrault (qui doit servir jusqu’au bout…) pendant encore presque 2 ans.

– L’affaiblissement de l’exécutif vient aussi des libertés prises par un certain nombre de ministres, dont beaucoup jouent des divergences et parasitages avec Ayrault (Peillon, Filippetti, Montebourg, mais aussi Cahuzac ou Sapin, à leur manière).

– Hollande ne contrôle pas non plus réellement le PS, car la réduction du nombre de postes alloué à cette majorité fourre-tout diminue mécaniquement la part des hollandais. En outre, beaucoup de ministres et de hollandais rallié ont renforcé ou créé leurs propres chapelles socialistes: Valls, Peillon, Moscovici sont à la hausse; Delanoë n’est pas complètement parti et Désir n’est pas un hollandais pur jus; Montebourg et Hamon conservent une capacité de nuisance.
Surtout, Aubry sera encore là, d’autant plus qu’elle est partie fâchée et qu’elle pourrait bien revenir en recours incontournable pour Hollande, en 2014, lorsqu’il s’agira de remobiliser l’électorat de gauche (ce que j’écris là, qui date d’avant le congrès, est bien confirmé par la démonstration de force d’Aubry à Toulouse). Mais alors, Hollande sera encore plus affaibli car cela se fera à ses conditions à elle: un peu comme si Rocard avait réussi à s’imposer à un Mitterrand affaibli ! Inimaginable… ce qui montre bien l’écart galactique entre les performances politiques des deux François…

De manière connexe, les troupes parlementaires ne semblent pas aussi tenues que prévu et c’est un peu une surprise, alors que le fidèle Le Roux devrait être à la manoeuvre à l’Assemblée et que le fidèle Rebsamen regimbe et boude. Bartolone, tout à sa joie d’un poste prestigieux, se laisse aller à des libertés qui n’arrangent pas non plus la situation.

– En outre, ceux qui auraient pu constituer une deuxième génération de hollandais, plus fidèle que les éléphants ralliés (Peillon, Valls, Moscovici, voire Montebourg) parce que promue ou sauvée par le seul Hollande, sont en train de se dévaloriser rapidement: Filippetti, brouillonne et rigide, Vallaud-Belkacem grise et inaudible, Batho en porte-à-faux,…
Or, un Sapin ou un Le Foll, cela ne suffit pas à asseoir une présidence forte…

3. Cet affaiblissement prématuré, mais probablement durable car intrinsèque à l’homme et à sa pratique, risque de rendre le chemin de 2017 assez ardu.

D’abord, j’ai déjà expliqué que les municipales de 2014 ne seraient pas considérées comme perdues par le PS. En revanche, les européennes de 2014 pourraient bien être une débâcle: traditionnellement l’occasion de la dispersion et de la rébellion, ces élections pourraient relancer, même temporairement, EE-LV (comme d’habitude), Mélenchon et Le Pen.
Les régionales et cantonales de 2015 ne devraient pas être aussi catastrophiques, mais ne pourront être bonnes, tant le PS part de haut. On imagine bien la Champagne-Ardenne, la Franche-Comté, la Basse-Normandie, les Pays-de-la-Loire, voire la Bourgogne ou d’autres, enfin rebasculer à droite.
Si les municipales de 2014 pourraient bien être un répit et les européennes de 2014 une défaite du PS sans victoire de l’UMP, les régionales et cantonales de 2015 pourraient bien être une victoire plus classique de l’UMP sur le PS, sans trop de parasitage FN ou de « gauches alternatives » masquant la défaite du PS (parce qu’il y a une prime majoritaire aux régionales et que le scrutin cantonal devrait rester majoritaire, même si c’est pas mini-listes ou par binômes).

Alors, Hollande pourrait-il être menacé lors d’une primaire en 2016 ? Ou tellement affaibli qu’il doive se retirer ? Après tout, en France, comme les primaires ne s’égrènent pas par département ou région (quel dommage… :P), il est plus facile de « faire un coup » contre le sortant.
Cela n’est pas exclu mais reste très peu probable. L’exemple américain nous montre qu’un Carter s’est quand même représenté, que même un Ford a fini par l’emporter sur un Reagan, que les contestations internes ont été limitées (que l’on pense aux adversaires des LBJ, Reagan, Bush Sr, Clinton, Bush Jr, Obama lors des primaires précédant leur campagne de réélection). Le cas de figure Gore-Bradley est un peu différent, même si Gore était un peu le sortant, mais seulement vice-président; et, finalement, Bradley a quand même perdu en n’ayant jamais eu de réelle chance de l’emporter.
En outre, la seule en capacité de contester le droit à se présenter du Président sortant, Martine Aubry, sera probablement Premier ministre, donc tenue à la loyauté, même de façade, et normalement elle-même impopulaire. Il faudrait qu’elle reste en réalité en dehors du pouvoir et qu’elle soit en mesure de phagocyter complètement le FG, ce qui est peu probable.

4. Si 2017 est a priori réglé, qu’en sera-t-il de 2022 ?

Ayrault lui-même aura été cressono-raffarinisé. Il n’a de toute façon aucune base suffisante dans le parti (Olivier Faure… après avoir été lui-même quasiment la seule troupe de Jean Poperen…) et n’est pas assez charismatique.

Aubry sera peut-être un tantinet trop âgée et elle aura elle-même subi (peut-être) l’impopularité de Matignon. Mais elle pourrait quand même vouloir tenter sa chance, même si sa (alors) très longue carrière la desservira fortement. De surcroît, dans une primaire interne en 2021, elle subirait probablement le sort d’un Fabius 2006: le tour est passé…

– Dans la série de ceux qui ont laissé passer leur chance, Delanoë est évidemment à exclure: trop âgé, déjà à moitié retiré, trop nerveux et semblable à Sarkozy…
Je n’évoque pas non plus Fabius, qui finit sa carrière « à la Juppé », et guignera sûrement une place au Conseil constitutionnel.

– Il y a ensuite l’espoir médiatique qui aura « grandi » trop vite et qui est trop incontrôlable et trop peu auto-discipliné pour concourir avec quelque chance de réussite à une primaire: Montebourg. Par son écho médiatique, il sera encore dans le paysage, plus ou moins parasite, mais il est déjà « grillé », impuissant au poste qu’il réclamait, et isolé. Il se sera dévalorisé et ne pourra compter sur une base personnelle et fidèle forte. Mais qui a vraiment cru en lui ?…

– Le nom de Valls vient évidemment à l’esprit ensuite et il est clair qu’il fait partie de cette catégorie de politiciens ambitieux, méthodiques, tournés vers le seul objectif de la présidentielle. C’est clairement un matériau présidentiable. Mais il a une faiblesse majeure, celle d’être totalement déporté à la droite de son parti. Soyons cependant prudents: il peut tout à fait effectuer le parcours habituel en sens inverse: il endort d’abord ses ennemis et courtise déjà le centre, avant de revenir vers son électorat de base, pour le rassurer.
Reste que partir avec des bases internes à peine plus importantes que Bockel risque de lui poser nombre de problèmes sur le long chemin de la présidentielle.

– De ce point de vue, quelqu’un de mieux placé au sein de son camp et qui constitue également un matériau présidentiable (par son ambition, son positionnement personnel fort et, quant à lui, une base interne plus sérieuse – surtout si les aubrystes sont, ensuite, à récupérer), c’est bien Peillon. Ses sorties intempestives l’ont desservi, mais il est difficile de penser qu’il se soit simplement emballé…

Moscovici devrait normalement être rangé dans la catégorie des Valls et Peillon, mais il est trop « technocrate » pour espérer raisonnablement devenir Président (Juppé et Fabius y ont-il réussi ? Copé y réussira-t-il ?). De plus, s’il est ambitieux, voire arriviste, il a également un côté dilettante (bien caché à Bercy, où il réussit plutôt bien) qui ne demande qu’à resurgir. Et son passé strauss-kahnien (y compris, peut-être, sur un plan plus personnel) pourrait également le plomber quelque peu.
Il n’en reste pas moins que, appliqué et incontournable, il réussit mieux que Peillon tout en étant moins gênant pour Hollande que Valls: ce sera peut-être une force pour Mosco que de reprendre le courant hollandais défait en 2017 ou finissant dans un deuxième quinquennat sombre (pour les nostalgiques de leur cours à deux voix de Sciences-Po dans les années 1990, ce serait parfait ! :P).

Dans la génération suivante, les ailes sont vite brûlées, comme celles de Filippetti, décidément peu contrôlable et qui retrouve ses réflexes écolo-gauchistes et contestataires, alors qu’elle s’était bien embourgeoisée et modérée au cours de la campagne de Hollande, se créant une place non négligeable en peu de temps.
Vallaud-Belkacem est étouffée comme porte-parole officielle: ce paradoxe s’explique par le caractère ingrat d’être réduit à « la voix de son maître » et à la langue de bois officielle, creuse et lassante pour les médias et le public.
Hamon lui aussi est un peu étouffé par sa participation gouvernementale et son inclusion dans la Gross majorité du PS, alors qu’il aurait pu probablement dépasser les 35% contre Désir et devenir un vrai pôle d’opposition interne… Cela démontre toutefois son ambition, qui l’a amené à une prudence peut-être excessive.

– Pourtant, il faudra bien une femme… Touraine est trop « techno » et, bien que bonne ministre techniquement, ses talents politiques ne sont pas testés et elle pourrait bien ressembler à un Xavier Bertrand (comparaison certes audacieuse mais… :)) ou à un Bianco. Batho est probablement davantage à surveiller, car assez inflexible et ambitieuse, même si ses capacités intellectuelles propres semblent en retrait par rapport aux autres noms cités et si son expression, quelque peu vulgaire et relâchée méritera un coach…

– D’autres ministres qui pourront réussir techniquement n’ont bien entendu pas d’avenir présidentiel: Sapin, Le Foll, Le Drian (mais cela va devenir difficile pour lui quand les caisses seront vraiment vides et que les militaires en auront vraiment marre…)

Bref, un affrontement Valls-Peillon, avec des tentatives d’Aubry, de Moscovici, de Batho et d’Hamon, pourrait bien être le choix de 2021…

L’après-législatives: le PS a tous les pouvoirs et tous les problèmes, l’UMP entame son opposition de la plus mauvaise des manières

La « décompression » après l’intense période électorale et quelques soucis personnels malheureusement persistants espacent l’activité de ce blog… La fréquentation est revenue au « noyau dur » de la fin d’année 2011 😉 Voici de quoi relancer quelques réflexions et discussions:

1. Les groupes à l’Assemblée sont formés (http://www.assemblee-nationale.fr/14/tribun/xml/effectifs_groupes.asp) et donnent finalement lieu à peu de surprises, même si les groupes RRDP et UDI raviront les « amateurs »:
– le FG n’a trouvé que les plus à gauche des députés d’outre-mer pour atteindre tout juste le seuil des 15 députés,
– le MRC reste dans la mouvance socialiste et la quasi-totalité des DVG sont au sein du groupe socialiste,
– le PRG a réussi à constituer un groupe en ralliant le seul député du MUP (le parti de Hue) et un MoDem de la Réunion,
– ce qui montre bien, alors que Jean Lassalle reste sur le banc des non-inscrits, que le MoDem est en voie de dissolution totale,
– l’UDI ne comporte que 5 des 12 radicaux et agrège les différentes sous-tendances du NC et des égarés de la droite plus dure (CNI, DLR, DVD), même si les MPF et Dupont-Aignan restent non-inscrits,
– l’UMP subit peu de « déchets », seul le très modéré Favennec de Mayenne et l’inclassable Plagnol rejoignant l’UDI.

Les suppléants des ministres se substitueront à ces derniers, mais cela ne devrait pas menacer le groupe RDDP, un PRG suppléant pouvant remplacer Sylvia Pinel, ni le groupe écologiste, qui a une marge de 3 députés.

Les contentieux sont désormais connus (http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/elections-legislatives-2012/contentieux/contentieux-des-elections-legislatives-2012-tableau-general.114818.html) et pourraient se révéler intéressants.

Les plus anciens se souviennent des 4 partielles organisées en janvier 1982 et qui avaient vu le retour à droite assez net des 4 circonscriptions, avec des candidats « emblématiques » (Peyrefitte, Dominati, Bénouville, Bourg-Broc). Cela avait porté un premier coup à l’état de grâce de l’époque. Aujourd’hui, probablement rien de semblable car l’état de grâce sera probablement déjà totalement dissipé au moment où le Conseil constitutionnel aura terminé son examen des saisines (à la fin de l’année). En outre, la droite est menacée de manière égale à la gauche et, même avec un fort mécontentement, pourrait très bien ne pas être en mesure de conserver certains sièges.

En effet, comme le montre la liste établie par Antonio (http://uselectionatlas.org/FORUM/index.php?topic=152693.345), sur 19 contestations portant sur des victoires à moins de 51%, 11 concernent des élus de gauche et 8 des élus de droite. Mais, si l’on se contente des élections à moins de 50,5%, la répartition est de 7 partout. En ce qui concerne les triangulaires emportées avec moins de 1% d’écart, c’est équilibré (3-3 et même 1-1 pour les triangulaires emportées avec moins de 0,5% d’écart).

Qui plus est, l’UMP compte des « vedettes » ou des « semi-vedettes » parmi ses élus menacés: Devedjian, Greff, Chartier, Gorges, Scellier, Mancel (dans le cas de Devedjian et Chartier, ce serait un mauvais coup pour Fillon d’ailleurs), alors que le PS n’est menacé de défaite médiatique que face au FN (Kemel-Le Pen bien entendu et Andrieux-Ravier): qu’il perde et il aura de toute façon eu l’occasion de remuer de nouveau le couteau FN dans la plaie UMP; qu’il gagne (et c’est le plus probable car partielle implique abstention encore plus forte, ce qui affectera logiquement davantage l’électorat FN) et cela éclipsera d’autres défaites.

En outre, pour le PS, la majorité à lui seul n’est pas sérieusement menacée: 2 des plus susceptibles de chuter en cas de partielle sont des Verts… (Doubs et Hérault). 4 PS peuvent chuter (Eure, Loiret, Vosges, 6e de l’Hérault où il n’y aura alors pas de triangulaire et où l’UMP peut l’emporter), car je doute qu’au-delà d’un demi-point d’écart, il y ait invalidation. Si c’était le cas, au pire, les deux triangulaires des Bouches-du-Rhône pourraient se transformer en duels et l’UMP l’emporter; mais est-elle si sûre de devancer le FN à chaque fois ? De plus, Ferrand est déjà mort et évitera au PS une défaite plus médiatique.

Au final, le gouvernement peut espérer éviter que ces partielles ne deviennent une défaite nationale fort embarrassante (ce qui fut le cas à plusieurs reprises dans le passé: les législatives partielles de janvier 1982, la municipale de Dreux fin 1982, les partielles « provoquées » par Noir et Barzach en 1991, ou même la défaite de l’UMP à Rambouillet lors de la dernière législature même si ce ne fut pas un cataclysme…), grâce à un certain équilibre des risques et au battage de Le Pen, qui s’assurera de frapper autant une UMP à feu et à sang que le PS.

2. Le PS a donc désormais tous les pouvoirs, mais aussi tous les problèmes et chacun peut déjà voir les hésitations et reniements sur des promesses pourtant peu ambitieuses, ainsi que l’absence de rapport de forces favorable au niveau économique et international et la difficulté à trancher même sur des questions mineures (ça, c’est une caractéristique moderne générale, mais elle semble amplifiée par la prudence naturelle de Hollande et par ce mécanisme compliqué dans lequel tout passe par Ayrault avant d’aller à l’Elysée, simplement pour l’apparence d’un Président ne se mêlant pas du quotidien – sauf qu’il est intervenu à La Rochelle ou pour l’élection à la présidence de l’Assemblée et que son conseiller parlementaire est à Matignon chaque semaine pour la réunion de la majorité…). De très importantes désillusions sont donc à prévoir.

Sans compter que si, les places ayant été nombreuses à distribuer, peu de socialistes importants et d’avenir se retrouvent frustrés, l’équilibre reste celui de la primaire socialiste. La direction du pays est assurée par ceux qui ont gagné le premier tour de la primaire et par ceux qui les ont ralliés. Les hollandais sont dominants aux postes d’importance (Moscovici, Sapin, Touraine, Le Drian, Le Roux, Rebsamen), de même que les « ralliés » (Valls, Batho, Cahuzac, Montebourg), appuyés par les barons locaux. Les oppositions internes potentielles sont affaiblies: Royal est politiquement morte, Fabius est « casé » pour la fin de sa carrière, Delanoë s’est fait dépouiller, l’élection très nette du fabiusio-aubryste Bartolone à la présidence de l’Assemblée permet finalement, à peu de frais, au tandem Hollande-Ayrault de ne pas paraître trop écrasant et de conserver la possibilité de pousser à l’inverse Rebsamen à la tête du PS.

Seule Martine Aubry reste l’adversaire interne potentielle, pour peu qu’elle reste première secrétaire, ce que j’ai vraiment du mal à exclure.

3. Le PS ne sera pas gêné à gauche en matière de fonctionnement politique et institutionnel:
– la majorité absolue du PS est une garantie minimale de tranquillité, au moins au départ,
– EE-LV se retrouve « radical de gauchisé »: quelques ministres, des groupes parlementaires, mais une dépendance électorale totale à l’égard du PS, aucune capacité d’influence réelle au coeur du pouvoir et des responsables nationaux notabilisés,
– Mélenchon affaibli à défaut d’être totalement assagi.

Toutefois, ce repos devrait être de courte durée car il va se poser un réel problème de représentation de l’inévitable « colère sociale »:
– l’extrême-gauche trotskyste est laminée: elle n’aura pas de financement public, tant son score aux législatives a été faible; ses ténors ont quitté la scène (Laguiller, Besancenot),
– le PCF ressort affaibli de l’expérience FG et Mélenchon s’est « abîmé » tout seul, les deux protagonistes se faisant désormais des reproches mutuels assez durs,
– Montebourg et Hamon sont devenus des ministres bien sages,
– la CGT se divise et les syndicats contestataires sont plus dispersés que jamais.

La fonction tribunicienne, l’incarnation de la contestation populaire sont donc à prendre… Il est fort possible que, par défaut, Mélenchon reste la figure emblématique de la gauche de la gauche, tant les médias ont besoin d’un visage et d’une voix pour remplir émissions, reportages et interviews. Mais Marine Le Pen peut évidemment tenter d’en profiter, même à la marge.

Si la déception à l’égard de Franz-im-Glück devient très, très élevée, ce ne serait d’ailleurs pas si dramatique pour le PS car la montée du FN assurerait de belles divisions persistantes à droite et une réélection plus aisée en 2017 avec une Marine Le Pen au second tour… On joue là avec le feu, mais le PS sait faire !

4. Le FN s’est sorti correctement d’une séquence électorale qui aurait pu être négative pour son avenir. Après tout, la présidentielle n’a pas été aussi bonne que prévu et les législatives ont montré une capacité de nuisance réduite (à peine 30 triangulaires réellement problématiques pour la droite) et une difficulté à s’imposer au second tour, même si l’étiage s’est élevé (de ce point de vue, les résultats des candidats FN opposés à Vauzelle et Andrieux dans les Bouches-du-Rhône ou celui de Philippot en Moselle ou de la présidente elle-même sont édifiants, bien davantage que les victoires par défaut de Collard et Marion Maréchal-Le Pen).

Le FN reste également dépendant de l’avenir de l’UMP et de la manière dont la droite va se recomposer ou se décomposer. Quelles que soient les objurgations morales de la gauche, le « cordon sanitaire » autour du FN a été bien plus résistant que, par exemple, en 1988, quand des accords locaux avaient été conclus dans les Bouches-du-Rhône et le Var (on l’oublie vite…). Le FN n’a donc pas réussi à se mettre en position dynamique de décideur de l’avenir de la droite.

En outre, la percée médiatique de la nièce pourrait, à terme, faire de l’ombre à la tante… mais serait une bonne nouvelle pour la droite, tant la nièce semble être surtout la petite fille et l’héritière du vieux FN, celui de l’Algérie française, de la poigne et du poujadisme isolationniste.

5. Au centre et à droite, le paysage est évidemment proche du champ de ruines.

– Certes, la nuisance Bayrou semble désormais définitivement éteinte. Mais ce n’est pas pour autant que Borloo parviendra à recréer une UDF digne de ce nom. Le centre-droit manque d’abord d’un chef. Borloo est une illusion et n’a jamais concrétisé les espoirs placés en lui, en raison de sa personnalité désorganisée et velléitaire. Lagarde tarde à percer. Hénart a été battu. Tous les autres sont des notables locaux sans avenir. Le groupe UDI est un patchwork qui montre les limites de l’élargissement: tous les centristes (notamment Daubresse, pourtant inscrit à l’URCID, le vecteur de financement du centre-droit) et la plupart des radicaux de l’UMP (en tous les cas ceux élus dans le Sud-Est ou l’Est, dans des circos très à droite…) restent « bien au chaud » à l’UMP. C’est donc un rassemblement par défaut et il est difficile d’imaginer que l’UDI ou sa concrétisation dans un nouveau parti puisse réussir là où l’ARES a échoué il n’y a même pas un an…

– En outre, le débat est déjà bien monopolisé par l’UMP, qui comporte une expression très modérée (NKM, Jouanno,…) qui préempte en partie le centre-droit et fait de l’ombre à ceux qui se tiennent hors de l’UMP.

Mais c’est bien la seule force de l’UMP que d’être le réceptacle naturel de la droite et du centre-droit, fonctionnellement, car c’est là que va l’argent public et c’est là que s’organisent les primaires: je le répète, dans un système américanisé, l’important, ce sont les finances et les primaires…

A part celà, l’UMP est extrêmement affaiblie car elle engage sa recomposition-décomposition de la plus mauvaise des manières. Elle n’a probablement pas assez perdu à la présidentielle et même aux législatives, ce qui donne l’illusion d’une santé pas si défaillante et alimente ceux qui ne veulent pas remettre à plat la stratégie.

Sarkozy n’a pas assez perdu. Cela signifie que son ombre personnelle (le futur rôle qu’il pourrait jouer, une autre candidature) est toujours là et que, malgré les ennuis judiciaires qui l’useront sur le moyen terme, l’UMP n’est pas dégagée à 100% de la possibilité d’une nouvelle candidature, surtout que les affrontements actuels montrent que son leadership assurait une solidarité minimale (même s’il n’était pas du tout un despote faisant taire toutes les dissensions, ni non plus un bon mécanicien de l’ombre…).

Cela signifie aussi que la question de la « droitisation » reste entière. A-t-elle évité une 3e place au 1er tour ? A-t-elle assuré de meilleurs reports à la présidentielle ou aux législatives ? Au contraire, a-t-elle empêché de grignoter les quelques points manquants au centre ? A-t-elle définitivement éloigné des contingents centristes et modérés, dans l’Ouest, en Ile-de-France et dans les grandes villes ?

De ce point de vue, je dirais que quasiment tous les dirigeants de l’UMP ont tort:
– il est faux de considérer que les triangulaires ont été un problème pour la droite: à peine 30 et, sur ce total, peut-être une petite quinzaine réellement fatale à la droite; cela a peut être permis au PS d’avoir sa majorité absolue seul, mais cela n’a pas décidé de l’issue des élections;
– on ne peut pas non plus inférer un quelconque positionnement des électeurs sur le débat interne de l’UMP en fonction des résultats individuels: Morano devait de toute façon perdre dans une circo « à bascule »; Bertrand a gagné moins nettement que prévu; Hénart a bien été battu; Guéant n’a pas perdu en raison de son attitude à l’égard du FN, etc.
la résistance de l’UMP aux législatives s’explique par les fortes positions FN dans l’électorat boutiquier voire conservateur et par un report correct vers l’UMP: Ain, Jura, Alsace, Lyonnais, Oise, même Drôme, Vaucluse; dans les zones d’électorat FN populaire, l’UMP s’en sort évidemment moins bien, mais sans que cela soit non plus dramatique (Somme, Ardennes, Territoire-de-Belfort, Loire), même si c’est bien sûr mauvais dans le Gard et l’Hérault; et ce alors même que, répétons-le, il n’y a pas eud ‘accord équivalent à celui de 1988 et pas de désistements réciproques « sauvages » sauf dans un cas pour l’UMP (et un pour le FN);
mais il n’est pas non plus certain que le « ni ni » ait quelque chose à voir là-dedans: les électeurs ne sont pas forcément sensibles à ces subtils positionnements entre partis et ils rallient tout simplement leur camp naturel au second tour. Dans le sens inverse, les préventions de nombreux électeurs UMP à l’égard du FN ou leur disparition, selon les cas, créent, hors de toute consigne d’appareil, une réalité qui n’est pas aisée à gérer, mais qui reste sur le plan tactique et électoral.

Le problème n’est donc pas si essentiel que cela (au sens de « touchant à l’essence de la droite »). Il tient davantage à une stratégie de long terme, pas forcément à une question d’idéologie (l’UMP ne peut être qu’une « grande maison » si elle veut rester unie et donc laisser cohabiter NKM et Longuet ou Méhaignerie et Mariani). De ce point de vue, un positionnement rigoureux sur le plan budgétaire et économique et ferme sur les questions sociétales et sécuritaires est largement suffisant. Nul n’est besoin d’en « rajouter »… La prudence est probablement recommandée sur l’Europe. A l’inverse, les relations avec le FN n’ont aucune raison de changer: pas de contact avec ce parti et attitude « décontractée » car simple, claire et ferme sur le sujet. Ce n’est pas évident étant donné la cacophonie interne à l’UMP et la pression médiatique, mais ce serait probablement la voie idéale.

Mais l’UMP ne résiste déjà pas aux délices habituels des divisions de la droite. Ce n’est pas anormal de s’écharper; le problème, c’est que tout devient immédiatement personnel et « total » à droite. L’extrême division, au sein même de chacun des grands ensembles, prend une tournure « barons du gaullisme »,  giscardo-chiraquienne ou chiraco-balladurienne qui ne peut manquer d’inquiéter profondément l’électeur de droite. L’éventuel retour de Villepin (:P), l’omniprésence médiatique de personnalités aux propos incontrôlables (Dati, Moreno, Bachelot, Jouanno, Estrosi,…) ne facilitent pas les choses et contribuent à cette guerre « totale » qui s’amorce.

Surtout que la bataille se déroule « à tous les étages ». Les batailles à l’intérieur de la bataille, pour les postes subalternes (SG, vice-président délégué, secrétariats nationaux, chefs de « mouvements ») expliquent les désaccords NKM-Pécresse d’un côté, les divergences Raffarin-Hortefeux de l’autre, ou l’apparente autonomisation de Bertrand à l’égard de Fillon ou de Baroin à l’égard de Copé. Les articles 26 et 27 des statuts de l’UMP prévoient bien des « tickets » Président-Vice-Président délégué-Secrétaire Général, à élire en même temps au scrutin majoritaire à deux tours (avec qualification des 2 tickets arrivés en tête, sans possibilité de pananchage, nous dit l’article 25 du règlement intérieur).

Wauquiez jusqu’à la semaine dernière, NKM, même Bertrand menacent de « se compter », mais c’est pour tenter de mieux se « vendre » à Fillon. Il en est de même de l’autre côté pour Baroin ou Raffarin, Le Maire pouvant apparemment se rallier à chaque camp et Chatel essayant d’abord de structurer son courant, tandis qu’Apparu joue la carte Juppé et que Pécresse, en étant la première d’importance à se positionner ouvertement, joue la récompense à venir si Fillon l’emporte (un peu comme certains hollandais historiques, comme Valls entre les deux tours de la primaire ou comme Fillon en 2005 auprès de Sarkozy). D’ailleurs, certains ralliés (Wauquiez d’un côté, Chatel ou Baroin de l’autre, Le Maire au milieu) pourraient très bien présenter quand même une motion au Congrès, afin d’avoir un mouvement, soit pour mieux peser sur leur leader, vainqueur, soit pour pouvoir se retourner en cas de défaite du leader et… prendre déjà sa place.

L’atomisation pourrait cependant être plus limitée que redouté: certains auront du mal à mettre à exécution leur menace de se présenter. En effet, il ne faut pas oublier que, pour être candidat, il faut réunir la signature de 3% des adhérents, ce qui représente 7500 à 7800 personnes à convaincre dans au moins 10 département différents… Sachant que les candidatures devront être déposées au plus tard mi-septembre (2 mois avant le Congrès)… De même, il n’y aura pas autant de mouvements que ce qui nous est annoncé: l’article 16 des statuts de l’UMP prévoit qu' »un mouvement peut être constitué dès lors que sa déclaration de principe a été parrainée par un nombre minimum de 10 parlementaires de l’Union, représentant au moins dix fédérations départementales, et a recueilli au moins 10% des suffrages exprimés au Congrès« . NKM, Baroin, Karoutchi pourraient avoir quelques soucis à atteindre l’un ou l’autre de ces critères, a fortiori Le Maire. Le courant libéral (Chatel, Longuet, Novelli, Tabarot,…), la Droite moderne, ne devrait pas avoir de difficulté, ni ceux de la Droite sociale (Wauquiez) et de la Droite populaire (Mariani). J’ignore si la Droite humaniste se recomposera pour tenir compte de NKM d’un côté, de Raffarin de l’autre, voire de Bertrand. Quant aux gaullistes et chiraquiens, la cohérence entre Karoutchi, MAM, Baroin, Le Maire n’apparaît pas clairement.

J’ai déjà spéculé sur les différents courants et nous aurons l’occasion d’y revenir, mais si les principaux protagonistes ne se lancent pas (Copé, Fillon, Juppé n’ont aucune obligation d’appartenir à un mouvement) et si les pré-requis pour simplement se présenter aux suffrages du Congrès sont trop difficiles à réunir, le nombre final de mouvements risque d’être un peu décevant pour le « fanatique » de cuisine interne des partis 😉
L’absence d’obligation de rallier une motion, contrairement à ce qui se passe au PS, risque aussi d’empêcher de bien mesurer les équilibres internes (un peu comme lorsqu’existe au PS une motion de la direction regroupant les principaux courants) et de survaloriser des mouvements minoritaires, les adhérents pensant qu’il faut forcément en soutenir un ou en soutenant un tout simplement pour qu’il puisse s’exprimer mais sans adhérer à toutes ses propositions.

Sur le plan de l’affrontement majeur, Copé-Fillon, à ce jour, Fillon a probablement perdu du terrain par rapport à la situation pré-législatives:
– Bertrand n’a pas sérieusement inquiété Jacob,
– le flux de sondages s’est tari et ne « porte » plus l’ancien Premier ministre,
– son attitude très personnelle et peu chaleureuse à l’égard de ceux qui peuvent le rallier (Bertrand, Le Maire,…) n’est pas de nature à élargir ses minces réseaux internes,
– dans un paysage trop atomisé, c’est davantage Juppé que Fillon qui pourrait s’imposer comme un recours et un « pape de transition », en attendant le vrai combat de la primaire de 2016.

Mais Copé n’est pas entièrement solide:
– la fragmentation atteint aussi son propre camp: Chatel, Longuet et Novelli à la manoeuvre et pas forcément uniquement pour le compte de Copé; Baroin et Le Maire non contrôlés; Raffarin en désaccord sur le fond même si toujours allié objectif; Morano et Dati plutôt contre-productives; structuration des sarkozystes; Droite populaire grincheuse, frustrée et risquant de « bouder » à force d’être stigmatisée;
– le ralliement de Ciotti à Fillon, même s’il ne remet pas en cause, à ce jour, le probable tropisme des Alpes-Maritimes vers Copé (Estrosi n’aime ni Copé ni Fillon mais déteste probablement encore davantage ce dernier), est intéressant car il montre une capacité « attrape-tout » de Fillon que Copé ne possèdera jamais et qui avait fait, en son temps, l’attrait de DSK puis de Hollande;
– même s’il bénéficie d’une forme de soutien indirect (et objectif) de médias de gauche (certains articles du Monde ou de Libération sont édifiants) qui accentuent les faiblesses de Fillon (adversaire plus gênant pour la gauche que Copé, évidemment…), l’ambiance générale reste favorable à ce dernier, surtout avec les ralliements médiatisés et échelonnés de Pécresse et Wauquiez;
– le caractère désordonné du débat (Pécresse défendant Sarkozy et même Buisson mais ralliant Fillon; Raffarin critiquant le « ni ni » et revendiquant le droit d’inventaire mais restant objectivement copéiste; Bertrand détestant Copé mais hésitant à l’égard de Fillon; Bachelot qui défend Sarkozy contre Sarkozy ou qui critique 2012 en s’appuyant sur 2007; ceux qui critiquent Sarkozy mais refusent l' »inventaire » et ceux qui veulent l' »inventaire » mais encensent Sarkozy;…) ne plaide pour le moment pas pour sa maîtrise de l’appareil et l’agitation autour des « mouvements » pourrait l’avoir quelque peu dépassé.

On s’oriente donc vers une bataille entre la popularité extérieure et « généraliste » de Fillon et la combativité interne et mieux ciblée de Copé. Au PS, Royal avait triomphé de Fabius et Hollande a battu Aubry. Pourtant, Copé reste fort, appuyé sur l’appareil et sur des inimitiés fortes qui existent à l’égard de Fillon chez de nombreux apparatchiki; quant à la personnalité, il est certain que Fillon n’est pas le mieux armé, même si, après tout, le candidat « normal » a longtemps été décrié et sous-estimé…

Dans ce jeu, Juppé a probablement « loupé le coche », car il est intervenu trop tôt tout en n’allant pas jusqu’au bout: Fillon l’a « grillé ». Or, pour que Juppé prospérât, il aurait fallu qu’il attendît sur l’Aventin une guerre civile totale. Là, il s’est dévalorisé tout en ne préemptant pas l’aile modérée de l’UMP. En outre, l’idée d’un président-sage ou arbitre est totalement antinomique de toute l’histoire de la droite depuis Pompidou. La droite a toujours voulu un vrai chef qui soit aussi son candidat et le RPR -le véritable ancêtre de l’UMP- en a toujours eu un; même l’UDF fut créée en ce sens.

Certes, le président de l’UMP ne sera élu que pour 3 ans (curieux…) et, en 2015, il faudra peut-être tout remettre sur le métier, surtout si Copé perd. Mais de bonnes élections locales et européennes en 2014 devraient conforter le vainqueur de cet automne et lui éviter le retour de… Sarkozy.

Projections pour le second tour: majorité socialiste absolue, groupe Vert, absence d’élus FN, possibilité de plusieurs solutions centristes, situation de l’UMP difficile pour l’avenir

1. En refaisant mes calculs avec l’esprit clair, voici les totaux auxquels je parviens:

PS 285
DVG 23
PRG 11
soit PS+DVG+PRG 319

EE-LV 19
FG 10
rég./ind. 3

MoDem 2

NC 16
PR-DVD 24
UMP 178
soit UMP+NC+PR+DVD 218

EXD 1

en attente 5
(en réalité, nous savons désormais que Guaino sera élu puisque le DVD Delaporte se désiste dans les Yvelines; qu’un DVD l’emportera dans le Morbihan; que Falorni pourrait bien battre Royal en Charente-Maritime puisqu’il a déposé sa candidature; reste la circo de Collard (2e Gard), probablement gagnée par le PS dans tous les cas de figure, même si l’UMP se retirait et même si je dois encore « re-triturer » les chiffres, et Wallis-et-Futuna, en balance entre un DVG et un PRG, avec avantage au premier;
certes, il y a aussi le candidat socialiste qui ne veut pas se désister face à Dosière dans l’Aisne, mais le PS national le désavoue;
et, dans le Vaucluse, face à la mini-Marion, la victoire de l’UMP reste probable malgré le maintien de la candidate PS, mais il y a désormais un vrai risque d’élection du FN -ce serait ironique de penser que le seul siège FN serait dû à une mauvaise volonté socialiste… nous verrons quel écho les médias, dans leur grande impartialité, en donneront…; il faut espérer que le PS national saura convaincre localement d’appliquer réellement le « front républicain » qu’ils manient tant pour mettre le bazar à droite…;
quant à la circo de Vauzelle, où le candidat UMP se retire, il n’y a aucun suspense sur la victoire du socialiste;
je pourrais en revanche ajouter l’incertitude dans la circo de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), mais je maintiens le pronostic d’une victoire à l’arraché de Guéant).

J’actualiserai la carte et les totaux demain, une fois connus de manière certaine les candidatures.

Je suis fort aise que, progressivement, les projections en sièges des instituts se rapprochent de mon estimation de départ 😀 (en fait, je devrais plutôt m’en inquiéter…). 4 instituts ont réalisé des projections ce dimanche 10 juin. Voici, dans l’ordre, TNS-Sofres, CSA, IPSOS et OpinionWay, ce derneir ayant la particularité d’avoir interrogé 7090 personnes pour son sondage sortie des urnes !

FG 13-18 / 13-19 / 12-17 / 13-18
PS+PRG+MRC+DVG 285-320 / 283-329 / 288-324 / 293-323
(à noter qu’IPSOS donne un détail: PS-DVG 275-305, PRG 10-14, MRC 3-5
EE-LV 14-20 / 12-18 / 10-15 / 15-20
MoDem 0-3 / 0-3 / 0-3 / 0-2
UMP+NC+PR+DVD 220-260 / 210-263 / 224-261 / 218-248
(IPSOS donne le détail UMP+DVD 205-235, NC-AC 15-19, PR 4-7)
FN 0-3 / 0-3 / 0-2 / 0-2

Je constate que, après nous avoir farci de projections à 30 ou 35 sièges EE-LV avant le 1er tour, les instituts partent dans la tendance inverse…
Quand je vois MoDem jusqu’à 3, je me dis qu’OpinionWay est le seul fiable… C’est d’ailleurs celui qui a les fourchettes les plus resserrées. Et, incidemment, la plus basse pour la droite: évidemment, comme tout cela correspond mieux à mon propre pronostic, je préfère… 😉

2. Quels enseignements intermédiaires peut-on tirer du 1er tour ?

Le FG subit un revers qui n’était pas prévu. Il continue de se rétracter, perd toute représentation dans le grand Sud-Ouest ou en Rhône-Alpes. Il se maintient uniquement grâce à la banlieue nord de Paris et au Valenciennois… S’il peut espérer rallier deux députés de Martinique et de la Réunion (encore qu’Huguette Bello a quitté le PCR avec fracas), il lui manque quelques troupes pour avoir un groupe. Une alliance avec le MRC est peu probable et très peu de dissidents de gauche constituent des cibles potentielles. De même, le nationaliste corse qui pourrait être élu siègerait probablement chez les non-inscrits. Bien sûr, le PS pourra « donner l’ordre » à quelques DVG de s’apparenter au FG, mais la situation est difficile pour ce dernier, décapité qui plus est; le PS peut aussi accepter de baisser le seuil à 10 députés, mais ce serait proprement grotesque (pourquoi pas 2 au bout d’un moment ?). Le PCF doit souhaiter profondément reprendre une autonomie par rapport à Mélenchon, mais celui-ci lui fournit une aura pour la présidentielle: c’est un couple de perdants, mais les uns ont besoin des autres et réciproquement.
Dans ces conditions, il est peu probable que le FG et même le PCF seul participe au gouvernement: au moins, ils souhaiteront garder leur fonction tribunicienne et attendre l’échec des sociaux-bourgeois.

EE-LV a toutes les chances de pouvoir constituer un groupe, qui sera plus à gauche que ne le souhaiterait probablement la direction du parti et Duflot elle-même. Mais comme elle rend elle-même difficile son bail au gouvernement, ce ne devrait pas être pire, d’une certaine manière. Et comme le PS aura la majorité absolue à lui seul ou avec quelques appoints, cela ne devrait pas poser trop de difficultés. C’est plutôt aux élections intermédiaires que le maintien artificiel de groupes parlementaires et donc d’une visibilité plus importante que le poids réel des Verts fera sentir son effet pour le PS. Comme les Verts n’ont jamais été des gens loyaux et honnêtes, ils n’hésiteront pas à jouer les parasites et à engranger les déçus du hollandisme. Quand le PS assènera-t-il le coup de grâce à ce courant politique inutile et désordonné, qui ne lui apporte que des soucis ?

Le PRG et les DVG seront en revanche bien utiles au PS, qui n’hésitera pas à réintégrer les dissidents, à qui il peut dire merci, tant ils ont limité l’impact des « dons » faits aux Verts. Le PRG ne pourra constituer un groupe seul. Mais peut-être qu’avec les MRC et des « vieux » dissidents comme Dosière, il pourrait s’entendre et éviter d’être noyé dans la masse socialiste. Cela fera cependant peu de différences pour l’équilibre politique à l’Assemblée.

Le PS devrait donc avoir la majorité absolue à lui seul. La gauche ne devrait pas avoir la majorité des 3/5 au Congrès (encore que… il suffit d’un mauvais report FN à droite ou d’une démobilisation de 2 points supplémentaire et l’échec peut se transformer en déroute), mais elle aura, sinon, tous les leviers du pouvoir national et local. C’est agréable pour elle, mais cela peut être dangereux, surtout avec une « grande gueule » comme Mélenchon hors de l’Assemblée, une Aubry volontairement à l’extérieur (mais ne se déporte-t-elle pas trop ?), même un Montebourg affaibli si son ancienne circo de Saône-et-Loire bascule, comme c’est très possible: sans maîtrise de l’opposition de gauche, une évolution inspirée des autres pays méditerranéens pourrait attendre la gauche française.
Quant à la chute possible de la maison Royal, c’est plutôt une bonne nouvelle, car cela laisserait la voix libre à un hollandais marri (Le Roux, Vallini) ou à une Guigou bien sage et éviterait d’avoir une irritante Royal tentant de perturber l’agenda législatif. De ce point de vue, l’épopée de Falorni fait les affaires de Hollande… Certes, Ayrault vient soutenir Royal car il ne peut faire autrement, mais, à l’issue de ce 1er tour, c’est plutôt l’ennemi intime Aubry qui vient tenter de relancer Royal, tant elle sait que celle-ci sera plus « utile » à la tête de l’Assemblée pour affaiblir Hollande et Ayrault… Ah, les bonnes vieilles alliances objectives 😉
Plus largement, Hollande sort aussi renforcé politiquement par la très bonne tenue des ministres (il y a clairement eu une prime au fait d’être ministre: voir les scores de Batho, Cuvillier, Le Foll,… Vallaud-Belkacem a-t-elle eu raison de se dégonfler ?) et ne devrait pas être contraint de trop modifier l’architecture gouvernementale. Il manque toutefois curieusement un intitulé pour un gouvernement de gauche, c’est la Consommation: de manière cosmétique, quelques retouches pourraient ainsi être apportées à la liste des ministres. Les changements de fond, c’est-à-dire virer les incompétents et les inopportuns (Benguigui, Taubira, Duflot, à ce jour), cela ne peut pas déjà venir, car ce serait une atteinte précoce à la parité, à la diversité ou à l’équilibre politique. Quant aux déçus du 1er gouvernement, ils devront attendre et peuvent avoir des perspectives pour « patienter »: Le Roux au groupe à l’Assemblée, voire au perchoir, Vallini au perchoir, Rebsamen à Solférino.

– Au centre, le MoDem est désormais en voie de disparition. Que ce soit Lassalle ou le possible élu « surprise » à la Réunion devraient rejoindre l’un des groupes centristes de la nouvelle Assemblée. Bayrou terminera ainsi sa carrière dans une certaine indifférence.
En revanche, le centre-droit devrait être très « vivant » dans les semaines à venir, avec une absence totale de clarté sur les recompositions possibles. Je n’ai pas fait le tri entre PR, DVD modérés et DVD « durs » (Vendée ou F.X.Villain dans le Nord). Toutefois, le NC, qui est certes au-dessus de 15 seul, est tellement divisé qu’il ne faut pas s’attendre à la reconduction du groupe actuel: en conséquence, le PR pourra probablement jouer la carte d’un groupe ARES, d’autant plus si J.C.Lagarde crée la surprise d’être réélu en Seine-Saint-Denis, ce qui est loin d’être exclu et serait l’exploit politique de cette année, réellement (et cela énerverait tellement Morin que tout un chacun devrait souhaiter cette victoire de Lagarde… ;)).

L’UMP, contrairement à ce que dit la presse, ne limite pas la casse. Elle ne perd certes pas comme la gauche avait perdu en 1993, mais elle perd très nettement. Quelques ténors sont menacés: MAM, Morano, Chartier, Rosso-Debord,… X.Bertrand est un peu moins bien placé que prévu, même si cela devrait passer, et NKM est en position aussi délicate que prévu (même si Le Pen, à mon sens, l’aide en réalité plutôt en la désignant comme cible). L’ancienne circo de Juppé est une catastrophe et, surtout, Fillon fait un mauvais score à Paris, tout en « perdant » très nettement son ancienne circo de la Sarthe, qui s’est trouvé un nouveau fils adoptif (j’ai commis beaucoup d’erreurs localement, mais ce nouvel « effet » ne m’avait pas échappé). Copé (comme Wauquiez) réalise un bon score, à l’inverse. Même s’il n’est pas dit que cela ait un effet majeur en interne à l’UMP, ce sera utilisé par les copéistes (Dati ne s’en est pas privée dès lundi… débranchez-la, par pitié…).
Régionalement, l’UMP résiste mieux que prévu en Picardie, en Franche-Comté, voire en Bourgogne, mais elle dégringole dans le Languedoc-Roussillon, le Dauphiné et, encore, le Nord-Ouest et le Centre-Ouest: des grands chelems ne sont pas impossibles pour la gauche dans la Sarthe et l’Indre-et-Loire et quasi-assuré dans le Finistère; la situation de l’UMP est fâcheuse dans le Morbihan, en Loire-Atlantique, voire dans la Manche. Même dans le Loiret, il pourrait y avoir quelques déconvenues pour la droite. Des départements comme l’Isère, la Drôme, le Gard ou l’Hérault, que l’on pensait un peu plus équilibrés, reviennent à des traditions de gauche. Même le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône sont très difficiles pour l’UMP. Certes, le FN y est pour beaucoup, mais on voit bien la fragilité structurelle de la droite, retrécie sur des bastions insuffisants (Var, Alpes-Maritimes, Alsace, Champagne, Haute-Savoie et Lyonnais rural.
Je me répète aussi en insistant sur l’érosion lente mais continue de l’UMP en Ile-de-France, fort handicapante. Et dans les villes d’importance, que va-t-il lui rester, à part Nice ? Bordeaux, Marseille, Perpignan, Strasbourg, même Orléans… il recule partout

Le FN n’aura probablement pas d’élu, car Le Pen devra faire face à un « plafond de verre » infranchissable pour elle. Quant à Collard, s’il est le mieux placé pour gagner, il reste douteux qu’il y parvienne. D’une certaine manière, après Collard, c’est dans le nord-est de Marseille que le FN a ses meilleures chances, face à une Andrieux entravée par les « affaires ». Au final, seul Bompard devrait être élu pour l’extrême-droite.

– La situation de l’outre-mer montre de grandes situations d’instabilité, notamment à Mayotte et à la Réunion, mais aussi dans le Pacifique. Toutefois, la gauche est ultra-dominante et, dans le Pacifique, c’est le triomphe d’une droite très locale et qui ne dit pas complètement son nom, l’UMP étant affaibli, même en Nouvelle-Calédonie.
La Corse est elle aussi sens dessus dessous et il est bien difficile d’anticiper les scores et reports des nationalistes et autonomistes.

– Reste l’inconnue de la mobilisation du 2nd tour:
une plus forte abstention des électeurs du FN ou un découragement encore supérieur des électeurs de droite et le risque d’une majorité des 3/5 au Congrès (il faudrait au moins 376 députés à la gauche, en considérant que Bel a été élu avec 179 voix au Sénat) serait réel;
une démobilisation à gauche car tout semble joué (et l’est effectivement en ce qui concerne le rapport global gauche-droite) et le PS peut perdre sa majorité absolue seul.

Néanmoins, les partis et bon nombre d’électeurs sont désormais prévenus de ce type de « mouvements » possibles, et il y a en quelque sorte des phénomènes de « stabilisateurs automatiques ». Pour la dernière fois, vivement dimanche…

Victoire de « Franz-im-Glück » Hollande: majorité absolue en vue pour le PS, FN fort, UMP laminé à l’Ouest et résistant à l’Est par défaut, Mélenchon battu, Royal menacée, Bayrou disparu

Contrairement au discours dominant des médias depuis 20h:

– le FN est fort là où il est traditionnellement fort et l’abstention forte ne réduira donc pas suffisamment le nombre de triangulaires ou alors éliminera même des candidats UMP (chez Moscovici, il sera seul au 2nd tour contre le FN); en outre, avec ses voix, le FN va gagner beaucoup d’argent public pour les 5 ans qui viennent, alors que l’UMP va devoir se serrer la ceinture,

– le PS n’aura aucun problème pour avoir la majorité absolue seul: son score outre-mer est massif, il est partout très haut et les Verts commencent d’enregistrer les déconvenues (4e des Côtes-d’Armor).

Ma seule satisfaction est donc une carte qui devrait confirmer mes pronostics.

Sauf si la mobilisation se fait à droite pour le second tour, avec la prise de conscience du risque d’une majorité des 3/5 au Congrès (Assemblée + Sénat), qui laissera absolument tous les pouvoirs à la gauche…

Je publierai probablement des cartes partielles de pronostics plus tard dans la soirée et la nuit.

MISE A JOUR A 22h45: les Verts, en raison de la faiblesse de l’UMP (et du stupide réflexe légitimiste des électeurs, particulièrement fort cette année), pourraient bien, malgré tout, constituer un groupe… Un véritable échec pour la droite et ses idées, après la majorité absolue assurée pour le PS.

Voilà où j’en suis: c’est très provisoire, mais quelques exemples résument l’échec de la droite ce soir:
– menace de grand chelem de gauche dans le Finistère, la Sarthe et l’Indre-et-Loire, voire le Morbihan…
– équilibre en Savoie et dans les Vosges,
– menaces de la gauche dans la Manche et la Drôme,
– MAM et Morano en voie d’être battues au 2nd tour.

Même les menaces sur Royal (voyons quand même si Falorni ne sera pas jeté sous un pont d’ici mardi…) et Bayrou, ainsi que la fin du barnum mélenchonien, sont évidemment de grandes nouvelles pour le couple Hollande-Ayrault. Après la semi-retraite de Delanoë et les premeirs dérapages écologistes, si Aubry ne reprend pas le dessus, le pouvoir présidentiel sera absolu…

En face, la résistance de droite n’est pour le moment sensible que dans le Doubs, les Ardennes et le Tarn. Wauquiez et Copé font de très bons scores, mais c’est plutôt l’exception.

MISE A JOUR A 1h00: Voyez mon état d’esprit dans les commentaires. Je n’ai pas vécu de soirée électorale aussi terrible depuis 1997. Et la situation pour la droite est pire qu’en 1997. Bien pire. En fait, c’est pour moi la pire de tous les temps, puisqu’en 1981, j’étais un enfant de gauche 😛

Certes, je suis pessimiste et ne compte sur aucun sursaut particulier de participation pour la droite. Mais celle-ci minimise sa défaite ce soir: tout ce qu’il ne faut pas faire ! Remobilisez, bon sang ! Expliquez que la gauche n’a plus d’opposition parlementaire, plus vraiment d’opposition locale (quand Marseille et Bordeaux auront basculé en 2014…), va finir par être aussi le pouvoir constituant.

Si l’on reprend les reports « habituels » du FN et du MoDem de 2012, si l’on compte les dynamiques de 1er tour et les effets toujurs difficiles des divisions, voici où j’en suis: majorité absolue pour le PS, un groupe pour les Verts, 2 FN possibles (Collard et Ravier dans les quartiers Nord de Marseille, mais je n’y crois pas), Fillon faible à Paris et Copé fort en Seine-et-Marne, MAM battue, un raz-de-marée rose dans l’Ouest et le Midi, Royal menacée… Un tsunami de mauvaises nouvelles…

Certes, Mélenchon est battu, mais je vais presque finir par le regretter…

En jaune pâle, figurent les circonscriptions où la situation ne sera éclaircie qu’au mpment du dépôt des candidatures:
– Gard avec Collard: est-ce que le vieil UMP va se retirer ?
– Charente-Maritime: Falorni va-t-il être nommé ambassadeur au Laos pour préserver Royal ? Ou Hollande préfèrera-t-il que l’Assemblée puisse revenir à Guigou, Le Roux ou Vallini ?
– Morbihan à Auray: si la droite peut se réunir, elle peut encore sauver les meubles.
– Yvelines 3e: Delaporte va-t-il tenter de battre Guaino, au risque de faire battre toute la droite ?
– Wallis-et-Futuna: quadrangulaire possible; presque aussi incompréhensible et imprévisible que la Réunion…

MISE A JOUR A 3h15: Je me suis trompé dans mes calculs mais il faut que je dorme un peu… Alors voici mes totaux erronés:
PS: 285
DVG: 23
PRG: 9
EE-LV: 19
FG: 10
rég./ind.: 3 (1 PCR, 1 MIM, 1 Corse)
MoDem: 2 (Lassalle et 1 à la Réunion !)
EXD: 1 (Bompard)
en attente: 5 (voir ci-dessus)
UMP: 178
PR-DVD: 24 (désolé, je ne sais pas s’il y a suffisamment de radicaux là-dedans pour faire un rgoupe, mais je suis presque certain que non)
NC: 17 (ceci étant dit, vu que Lagarde peut gagner, la Grande Division avec Morin va advenir bientôt…)

Pour moi, c’est simple, c’est 2007 inversé… La victoire de la gauche est donc indéniable à ce stade. La droite parviendra-t-elle à mobiliser et limiter l’ampleur de cette victoire d’ici dimanche prochain ?

 

Sociologie électorale simplifiée de la présidentielle et composition du gouvernement Ayrault I: les difficultés et la faiblesse de Hollande seront apparentes plus rapidement qu’envisagé

1. Je commence en recommandant une fois de plus la lecture des blogs de Gael L’Hermine. Il vient de publier sa propre analyse politique, sociologique et cartographique du second tour, avec des constats qui ne surprendront pas les lecteurs du présent blog mais qui rentrent dans un détail cantonal et communal sans égal et absolument passionnant (http://welections.wordpress.com/2012/05/16/france-2012-runof/). L’anglais n’est pas insurmontable, je pense, et cela vaut vraiment la peine de faire un petit effort pour ceux qui n’auraient pas un niveau fluent 😉

2. Les premiers temps de la présidence Hollande et la composition du premier gouvernement Ayrault sont pour moi l’occasion de souligner les faiblesses et les difficultés auxquelles cette présidence va se heurter et ce, beaucoup plus vite que prévu.

Je n’aborderai que les aspects purement politiques: je ne reviens pas sur la conjoncture, qui est mauvaise, ce qui était loin d’être le cas en 1988 et 1997, où la gauche a bénéficié à chaque fois d’une « chance » incroyable en matière de croissance (dilapidée, surtout en 1997-2000, par les excellents Jospin, DSK et Aubry…).

Nous avions déjà vu que la victoire de Hollande, qui entrait dans la catégorie « étriquée » selon la classification effectuée par l’intéressé lui-même, pouvait être porteuse de déception à gauche. Construite essentiellement sur l’anti-sarkozysme (très habilement sur le plan tactique à travers la « normalité », comme je l’ai souligné à moult reprises, mais avec un net essoufflement avec le temps), elle ne fut pas large et, à juste raison, d’aucuns ont pu se demander si, à droite, un candidat plus consensuel, tout en étant capable d’attirer sur ses deux ailes (j’ai dit Fillon ?), n’aurait pas pu lui souffler la victoire. Même si je n’y crois pas car le dynamisme de campagne de Sarkozy a dû aussi jouer, grâce à un effet GOTV (get out the vote), ou de mobilisation si vous préférez, qu’un autre (j’ai dit Fillon ?) n’aurait peut-être pas été capable de mettre en oeuvre aussi efficacement. Mais, bémol au bémol, il est vrai que la campagne de Sarkozy a été un joyeux bazar, avec finalement peu de relais locaux, si ce n’est le travail « classique » effectué par l’UMP sur ordre de Copé.

Dès le lendemain de l’élection, Martine Aubry est venue contrecarrer tout enthousiasme hollandais. Elle a fermement confirmé que Bayrou serait confronté à une candidate socialiste. Aujourd’hui, elle annonce qu’une candidate aubryste est investie dans la 1e circonscription de la Somme, au détriment de Faouzi Lamdaoui, l’un des lieutenants les plus proches de Hollande, déjà éconduit à l’automne dernier d’une circonsciption des Français de l’étranger au profit de l’aubryste Pouria Amirshahi. La guerre de positions a donc repris comme avant et les courants sont plus que jamais là (au moins, l’UMP sait ce qui l’attend désormais…).

Et voilà qu’Aubry n’est pas du premier gouvernement Ayrault. Marion « Marine » Le Pen y voit un règlement de comptes de la part de Hollande et je crois qu’elle se trompe lourdement. Nous verrons bien si, dans les jours qui viennent, des « offs » paraissent dans la presse disant qu’on avait tout propsoé à Aubry, mais qu’elle a refusé et qu’elle est « infernale »: peut-être, là, pourra-t-on y voir une manoeuvre hollandaise.

Mais je pense plutôt qu’Aubry a refusé. Plutôt que d’avoir un titre ronflant, mais aucun ministère régalien ou économico-financier, plutôt, donc, que d’être ligotée à un poste secondaire dans le gouvernement de Sa Majesté, elle préfère clairement être son opposition intérieure, en quelque sorte, libre de ses mouvements.

Certes, elle a dit dans le passé qu’elle ne voulait pas « rempiler » à la tête du PS. Mais si elle change d’avis, qui pourra lui contester la place ? Seul Delanoë serait en mesure de le faire, mais serait-il vraiment un allié de Hollande ? Comme Hollande a par avance dit qu’il n’y aurait plus de « courroie de transmission » systématique entre Elysée et parti, voici venu le temps de la « cohabitation » entre majorité présidentielle, majorité parlementaire et parti majoritaire de mêmes bords… (je suis assez énervé que Copé ait dit peu ou prou cela aujourd’hui car j’avais pensé à l’expression avant)

On peut comprendre le ressentiment de Martine Aubry, qui voit lui échapper et l’Elysée et Matignon, alors qu’elle se pensait meilleure pour battre Sarkozy et qu’elle voit deux personnages apparemment falots, toujours dans la synthèse et le compromis et jamais ministres lui passer devant. La partie sera très rude pour Hollande,
– parce qu’Aubry garde son alliance avec Fabius et qu’elle bénéficiera du soutien de la gauche du PS,
– parce qu’elle contrôle relativement bien l’appareil du PS (Lamy, Borgel, Bartolone, Cambadélis, Hamon, Hammadi, Bachelay, Paul etc., tous aubrystes anciens ou ralliés et peu représentés au gouvernement; seul Harlem Désir peut se « rebeller » au sein de l’appareil, peut-être),
– parce que Mélenchon est affaibli et le sera encore davantage après sa défaite aux législatives et qu’elle pourra donc plus facilement prendre la place du héraut des classes populaires,
– parce qu’elle est en bons termes avec les appareils PCF et Verts.

En outre, Hollande n’est pas Mitterrand, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. Pour avoir la maîtrise manoeuvrière de l’ancien Président, il faut un peu plus de « bouteille » ou de maestria personnelle. Certes, Hollande a essayé de joeur au sphinx les derniers temps, mais Aubry vient de lui dire « zut » comme Rocard n’a jamais été en mesure de le faire entre 1980 et 1995.

Rocard « grillé » pour la candidature fin 1980 ? Mitterrand le musèle ensuite en le prenant à l’intérieur du gouvernement, comme ministre d’Etat mais seulement du plan, et en veillant à ne pas lui laisser de contre-pouvoir.
Rocard en premier-ministrable « raisonnable » en 1984 ? Mitterrand promeut un jeune converti à la modération et au profil encore plus technocratique et « expert » que Rocard (Fabius), tout en gardant Rocard au gouvernement (ministre de l’Agriculture), celui-ci ne pouvant trouver mieux que le prétexte de la proportionnelle (même s’il avait entièrement raison, car Mitterrand a mis le FN à l’Assemblée) pour se sortir de ce guêpier.
Rocard envisagé comme candidat de rechange en 1987 et une majorité législative non assurée en 1988 ? Mitterrand s’en sert comme Premier ministre et tente de le pressurer au maximum (malheureusement pour Mitterrand, Rocard reste populaire et il doit le « débarquer » sans raison en 1991), tout en veillant, encore, à ne pas le laisser prendre le parti.
Rocard en futur recours pour 1995 et, finalement, premier secrétaire par défaut du parti ? Mitterrand active Fabius en interne au PS, Mélenchon sur la liste Rocard des Européennes et Tapie en externe aux mêmes Européennes de 1994 pour le torpiller définitivement.

Hollande est bien loin de cette méthode face à sa rivale. J’ai eu l’occasion d’écrire qu’il ne fallait à aucun prix laisser Martine Aubry à l’extérieur du gouvernement. Certes, il a peut-être été trop gourmande, mais, quitte à sacrifier des fidèles, pourquoi ne pas lui donner quelque chose de satisfaisant pour elle ?

3. Ensuite et plus largement, Hollande rate le rassemblement de tous les socialistes, comme Mitterrand l’avait fait en 1981 en nommant Mauroy Premier ministre, Defferre, Chevènement, Delors, Rocard au gouvernement. Ayrault n’est que la copie de Hollande à Matignon ou, en tous les cas, un… « collaborateur » (mais oui, Hollande fait du Sarkozy, ici… ou, à la  rigueur, pour Matignon seulement, comme Chirac en 1995: on a vu avec quel succès électoral), quelqu’un qui ne lui fera pas d’ombre mais qui n’apporte aucun complément politique réel (et la vaste plaisanterie de l’allemand ne tient pas: jamais aucun Premier ministre, hors cohabitation, n’a jamais négocié avec les chanceliers allemands… on rêve… et toute la presse, même de droite, de reprendre le cliché…).

Bien sûr, Hollande a réussi, dès octobre 2011, le ralliement de Montebourg, mais c’est davantage ce dernier, par rejet d’Aubry, qui l’a rejoint, que le contraire.
Mais peut-il réellement compter sur la gauche du parti ? C’est évidemment douteux, car Montebourg n’en est pas du tout le porte-parole.
A-t-il rallié tout le camp delanoïste ? Le positionnement réel de Delanoë reste une énigme à ce jour. Il n’est pas sûr que l’ambitieux Delanoë n’ait pas d’autres visées et son échec de 2008 doit encore lui peser, lui qui doit penser qu’il aurait pu être la « surprise » de 2012. Quant à Harlem Désir, sa patience a des limites. Et si Hollande ne veut pas laisser échapper le PS, il fera forcément des déçus chez les delanoïstes; il est vrai qu’il ne lui reste plus de grosse pointure hollandaise à imposer… sauf… Rebsamen ! Et même si c’est Aubry qui reste, ni Delanoë, ni Désir ne pourront être satisfaits.
A-t-il suffisamment gagné sur l’ancienne troupe strauss-kahnienne ? Valls n’est que l’aile droite, Moscovici apparaît bien isolé, Cambadélis, Le Guen, Dray ne se sont jamais véritablement convertis et ils ont un pouvoir de nuisance. Même une Sandrine Mazetier n’est pas retenue (plus « à gauche » qu’à « droite », justement).
Contrôle-t-il suffisamment les quadras-quinquas Valls, Moscovici, Peillon, Montebourg ?
Aux aubrystes frustrés, cités plus haut (Paul, Borgel, Bartolone, Cambadélis, Hammadi, Bachelay), il faut ajouter Guigou, Rossignol, Hazan, pourtant femmes mais retoquées du gouvernement, ainsi que Destot, « grillé » par Fioraso.

Si Hollande n’a pas commis l’erreur de Sarkozy en 2007, qui avait vraiment sacrifié les sarkozystes (pour ne promouvoir que les moins bons d’entre eux ensuite: Morano, Lefebvre), il a au contraire très lourdement favorisé les hollandais, historiques comme ralliés. Les royalistes sont largement présents et ceux des strauss-kahniens qui sont là sont plutôt ceux « de droite » (« Mosco » et non « Camba »). Enfin, les delanoïstes intégrés ne sont que des seconds couteaux ou des soutiens de circonstance.
– Sur 34 membres, je compte 30 socialistes. Sur ces 30, 23 sont des hollandais, historiques ou ralliés.
– Parmi les hollandais ralliés, on compte 6 ex-royalistes, « superficiels » (Peillon, Filippetti; Valls était aussi dans cette catégorie, mais il y a prescription…) ou plus « profonds » (Vallaud-Belkacem, Batho, Bertinotti, Delaunay), 6 strauss-kahniens de droite (Valls , Moscovici, Touraine, Bricq, Cahuzac, Cazeneuve), 6 delanoïstes « estampillés » (Pau-Langevin, Benguigui) ou « de circonstance » (Fioraso, plutôt rocardienne car grenobloise, dans la tradition de Mendès et Dubedout; Carlotti, « multi-appartenante »; Lurel, épisodiquement royaliste; Cuvillier, surtout baron local). Ce qui laisse 5 hollandais historiques (Sapin, Le Drian, Le Foll, Arif -delano-compatible pendant longtemps, Pellerin -bien que d’histoire très récente…).
– On ne compte donc que 7 représentants de la gauche du PS, dont 2 aubrystes fidèles (Lebranchu et Lamy, probablement là pour espionner, davantage que pour compenser l’absence de la patronne…), 1 montebourgeois (Montebourg lui-même !), 2 fabiusiens (Fabius, Fourneyron), 2 gauchistes (Hamon, Vidalies).
– Certes, Taubira peut être comptée parmi les montebourgeois; mais Duflot est probablement prête à tout, Pinel est l’âme damnée de Baylet et donc acquise à Hollande. En outre, Montebourg lui-même ne sera-t-il pas plus hollandais que gauchiste ?

Au final, on peut dire qu’il s’agit d’un gouvernement de… primaire socialiste !!! Et on peut prévoir des temps difficiles dans la famille socialiste. En termes politiques.

Car, techniquement, le gouvernement est correct. Certes, il y a cette horreur des intitulés ridicules: de ce point de vue, je vous conseille la lecture du Journal Officiel dans les jours qui viennent, car la réalité d’un portefeuille ministériel, ce n’est pas le soir de la nomination, mais deux ou trois jours plus tard, quand les décrets affectant les directions des ministères à tel ou tel ministre (parfois en binôme, voire plus…) sont sortis; c’est là que l’on voit qui s’est imposé ou non. Ainsi, la « réussite éducative », ce doit être tout simplement l’apprentissage, la formation professionnelle et, peut-être l’enseignement technique; le « redressement productif », c’est juste l’industrie, les PME, le commerce et l’artisanat (c’est-à-dire pas grand-chose administrativement); l' »égalité des territoires », c’est juste l’aménagement du territoire (peanuts) et la ville; le « dialogue social », c’est juste pour faire chic, car le travail inclut déjà le dialogue social. En revanche, je suis abasourdi (et ravi) que le terme stupide de « solidarité(s) » ait été omis et qu’il ne reste que les bonnes vieilles « affaires sociales »: un oubli indigne d’un gouvernement socialiste !

Certains conflits de compétences sont à prévoir: Fioraso contre Montebourg-Pellerin sur recherche et innovation; Le Foll contre Bricq-Cuvillier sur la pêche et contre Bricq et Touraine sur l’alimentation; Montebourg contre Bricq sur l’énergie; Valls contre Batho sur les prisons; Lebranchu contre Duflot… Mais rien là que de très classique…

J’en profite pour me décerner quelques fleurs: Mosco à Bercy et Sapin au travail, je l’envisageais dès le mois de mars comme solution alternative et je l’avais adoptée récemment; tous les commentateurs ont semblé surpris… bingo! 😉 Lebranchu était bien vue également de ma part, car peu évoquée à cette place
J’avais bien intégré les Carlotti, Pau-Langevin, Bricq, Pellerin, qui n’étaient pas évidentes, même si, avec Vallaud-Belkacem, il faut un peu faire les chaises musicales. Je n’aurais pas dû renoncer à Cahuzac.
Je suis déçu d’avoir négligé les Lamy, Arif, Vidalies, Bertinotti, mais il fallait bien trancher.
Je n’avais en revanche pas du tout envisagé Fioraso (probablement un très bon choix de fond, une excellente surprise), Delaunay (une catastrophe intégrale: j’avais refusé de l’imaginer) et Pinel (malgré le fait que ce n’est qu’une apparatchik PRG, protégée de Baylet et pas vraiment grande technicienne, sa nomination est une grande subtilité politique, que je m’en veux de ne pas avoir vu: enfin un choix digne de Mitterrand ! :P).
Mais, Pinel, avec Cuvillier, Benguigui et Canfin, qui les avait envisagés ?!? Cuvillier, cela aurait dû être devinable par d’excellents experts du PS, mais, évidemment, j’avais opté pour Poignant (une grosse déception :().

N’oublions pas qu’il n’y a pas de secrétaires d’Etat (à la différence des ministres délégués, ils n’assistent pas à tous les conseils des ministres). Encore une chance de rattraper quelques socialistes. Mais en même temps, s’il faut caser les communistes et le PG seulement sur des secrétariats d’Etat, cela va faire grincer quelques dents… Et il ne restera plus grand-chose pour les aubrystes et la gauche du PS…

4. Enfin, sur la forme, que ce soit à l’égard de Sarkozy ou à l’égard de Merkel, la première journée de Hollande a été un peu « dure », un peu « cassante » et ne place pas sa présidence sous le signe du rassemblement ou de l’assurance tranquille face à l’adversité. On sent, soit comme une difficulté à sortir de la campagne (peut-être parce qu’il est trop « politique » et que c’était « son » moment), soit comme une volonté de contrebalancer l’image de mou et d’indécis et l’absence criante d’expérience ministérielle et internationale en en rajoutant dans le côté ferme. Mais cela donne l’impression soit d’une « gauchisation » surprenante, soit d’une peur sourde de la suite. L’anti-sarkozysme continuera de fonctionner jusqu’aux législatives, c’est vrai et c’est sûrement utile de profiter encore de l’effet d’entraînement de la présidentielle, mais le sillage va bientôt se dissoudre et cette écume ne pourra longtemps porter le skieur nautique Hollande…

Son discours sur Jules Ferry (personne ne l’a forcé à le faire), avec tous ces bémols stupides sur la « faute morale » et les « égarements politiques » du grand républicain (c’est de l’Histoire dont on parle, coco, pas un jugement sur un personnage que toi-même tu nous donnes comme symbole…), tout cela pour faire plaisir aux polémistes gauchisants et à la bien-pensance médiatique, montrent une surprenante anticipation de toute attaque qui pourrait surgir. Ce n’est franchement pas une preuve de grande force intérieure, ni de grande force politique.

Il rate donc l’aspect « rassemblement », aussi au gouvernement: 30 socialistes, 2 radicaux de gauche et 2 Verts. Pour ces deux derniers, c’est la portion congrue: Duflot est à peine plus puissante que Boutin en 2007…
Même si c’est plutôt une onne idée sur le fond, personne de la société civile.
Pas de communistes ou d’ex-communistes (Hue, Braouezec,…).
Pas de centristes, même de « faux » centristes (Robert Rochefort avait l’air déçu ce soir, pas forcément pour lui-même mais pour tout le MoDem).
C’est très monocolore et cela va finir par se voir, même si le combat législatif peut justifier un pack resserré. Ou pas, car on pourrait argumenter qu’il aurait mieux valu mobiliser tout le monde et balayer large.

5. Il y a justement le risque des législatives, ou plus exactement de la future Assemblée.

Bien entendu, des éléments viennent au renfort indirect de Hollande:
la déception mélenchonienne a un avantage de court terme: le PG se raidit et pollue les discussions PCF-PS, ce qui devrait réduire le nombre de candidatures uniques de premier tour,
Bayrou, désormais supplétif de Hollande et manifestement inquiet pour sa propre réélection, appelle à rejeter la cohabitation et trouve que Hollande est en mesure de pratiquer l’élargissement nécessaire,
– il fait peu de doute que la droite se sortira mal des législatives, parce que l’actualité européenne n’aura pas le temps de la « porter » (élection en Grèce le 17 juin seulement, sommet européen quelque peu différé), parce que les Français ne veulent pas d’une cohabitation et parce que, comme je l’ai écrit, son aile modérée risque de perdre davantage que son aile dure, permettant par la suite à Hollande à la fois de remobiliser sur sa gauche et de récupérer sur la forme le discours centriste,
– l’unité de l’UMP est un combat de tous les instants jusqu’au 17 juin à 20h01 et la bataille de l’automne entre Fillon et Copé s’annonce sanglante,
– le choix d’Ayrault a un avantage: celui d’avoir à disposition un (autre) expert de la synthèse et du compromis et un vrai connaisseur du Parlement et des parlementaires, en même temps qu’un orateur et rhétoricien expérimenté (le contact de Jean Poperen a servi à quelque chose…).

En revanche, tout n’est pas favorable au nouveau Président.

J’ai déjà pu me « lâcher » sur la stupidité de l’accord avec EE-LV. Il est clair qu’il risque bien de coûter la majorité absolue au PS.
Il n’y a pas non plus d’enthousiasme particulier pour Hollande à gauche et, s’il a gagné « au centre », c’est peut-être seulement par défaut. Car, avec une campagne « au peuple », Sarkozy n’était pas très loin de l’exploit. Ma classification un peu artificielle et mon pronostic d’une victoire « au centre », comme en 1988, doivent être relativisés, car la question de la France du « non » reste entière.
Le FN devrait de nouveau faire un bon score, malgré un tassement probable, ce qui sera négatif pour l’UMP mais ne peut réjouir le PS, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie, les Ardennes, le Languedoc-Roussillon, les Bouches-du-Rhône, voire la vallée de la Garonne, la Haute-Normandie ou la Lorraine.

Enfin, les députés PS seront peut-être dominés par les aubrystes, fabiusiens, hamoniens, strauss-kahniens de gauche, etc. N’oublions pas que Aubry, Lamy et Borgel ont veillé aux investitures… Cela se verra avec la présidence du groupe, que Bruno Le Roux va peut-être avoir du mal à reprendre.

6. Les difficultés électorales vont peut-être commencer assez rapidement, pas tellement par poussée de la droite, mais par progressive déception de l’électorat anti-sarkozyste. C’est un peu ce que suggère la sociologie électorale du second tour de la présidentielle, à travers les sondages « jour du vote » ou « sorties des urnes » (ou même « dernier week-end » dans le cas d’IPSOS…).

Ces sondages ne fournissent aucune surprise majeure, tant en matière de clivages gauche-droite que d’évolutions « à contrepied » déjà remarquées en réalité depuis 2005, voire depuis 1995. La géographie nous donnait déjà une image similaire à 2007, tout en étant plus classique, avec l’effacement de Bayrou (dont les électeurs sont, pour une partie, revenus à gauche au 1er tour et, pour une autre partie, retombés à droite au 2nd, le reste retrouvant l’abstention habituelle tout au long du processus).

Hollande peut trouver une satisfaction, tant dans son score « décevant » que dans la géographie que nous avons vue: la droite n’a pas réglé le problème du FN et la stratégie Buisson-Hortefeux n’a pas été invalidée. D’une certaine manière, le score de Sarkozy peut être embarrassant et « trop » élevé… même si Raffarin tente de faire du judo et de dire que, justement, c’est Sarkozy qui a fait perdre les 2 points qui manquaient…

Hollande peut aussi se réjouir de sa force en Ile-de-France, dans les zones urbaines dynamiques, bref dans les zones et parmi les électorats qui « font » les médias et la pensée dominante, ainsi que dans beaucoup de zones démographiquement dynamiques (Nord-Ouest, Sud-Ouest).

Mais ses motifs de satisfaction sont fragiles et le « peuple » n’est manifestement pas emballé. Qu’on en juge.

– Selon le sexe, peu de différence, même si les femmes sont légèrement moins à gauche… Selon l’âge, le tableau est plus flou: les plus de 65 ans sont fortement sarkozystes, sans surprise (41/59 pour TNS-Sofres, 45/55 pour IFOP – IPSOS ne donne que les plus de 60 ans: 41/59); les « baby-boomers » sont logiquement soixante-huitards et hollandais (62/38 chez les 50-64 pour TNS-Sofres et 56/44 pour IFOP; 55/45 chez les 45-55 ans pour IPSOS), ce qui est une vraie force à terme, dans la mesure où les « vieux » se mobilisent davantage, mais qui peut s’amenuiser avec la « dérive » conservatrice observée avec l’âge. C’est moins favorable pour Hollande chez les électeurs d’âge moyen, ce qui constitue une vraie faiblesse pour l’avenir: 49/51 chez les 35-49 ans pour TNS-Sofres et 50/50 pour IFOP ou 53/47 chez les 35-44 pour IPSOS. Les jeunes, souvent étudiants ou chômeurs, n’ont pas suivi Sarkozy: 56/44 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP et même 62/38 chez IPSOS. En revanche, c’est incertain pour les plus jeunes: 47/53 chez les 18-24 pour TNS-Sofres, 54/46 pour IFOP et 57/43 pour IPSOS.

Selon le revenu et selon la pratique religieuse, rien de plus banal: plus on est riche, plus on vote à droite; plus on pratique sa religion (sauf pour les musulmans et avec une absence de données pour les protestants), plus on est à droite. Les sans religion votent à gauche, même si pas autant que par le passé (la sécularisation est passée par là, détruisant la France catholique mais rendant aussi plus « moyens » les sans religion).

– Selon la CSP, les résultats sont peu surprenants mais méritent d’être pris avec précaution (car les instituts ne ventilent pas suffisamment précisément et n’ont pas les mêmes références) et mériteraient d’être fouillés davantage.
Les commerçants-artisans-chefs d’entreprise sont l’électorat fort de Sarkozy: 20/80 chez TNS-Sofres, 33/67 chez IFOP (mais apparemment sans les chefs d’entreprise), 30/70 chez IPSOS.
Les professions libérales et cadres supérieurs sont à 56/44 chez IFOP, 52/48 chez IPSOS (mais ce sont les cadres « tout court ») et les cadres et professions intellectuelles sont à 51/49 chez TNS-Sofres. Ici, il faudrait évidemment pouvoir distinguer les professions libérales des autres, les cadres supérieurs et cadres moyens et, surtout, les salariés du public des salariés du privé. Les profs, chercheurs, journalistes restent de gauche; les cadres supérieurs sont devenus plus à gauche que les cadres moyens; les professions libérales restent à droite, malgré des infidélités chez les médecins (et la particularité des praticiens hospitaliers).
Les professions intermédiaires ont basculé à gauche nettement et c’est là la faiblesse majeure de la droite: Wauquiez l’a bien diagnostiqué, l’UMP a perdu ce coeur des classes moyennes: 58/42 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP, 61/39 chez IPSOS. C’est la bonne nouvelle pour Hollande mais elle est fragile car il sera difficile de les satisfaire.
Les employés sont à 54/46 chez TNS-Sofres, 52/48 chez IFOP et 57/43 chez IPSOS: ce n’est pas aussi massif que cela pourrait l’être pour la gauche, qui a donc du pain sur la planche, car le FN peut ici progresser, comme l’abstention, voire, un peu, la droite, en ricochet.
Le constat est similaire chez les ouvriers: 56/44 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP, 58/42 chez IPSOS: c’est évidemment net pour Hollande, mais cela ne devrait-il pas être « soviétique » comme score ? Là encore, attention au FN et à l’abstention en 2017…
Les retraités sont à 48/52 chez IFOP et 43/57 chez IPSOS, mais seulement à 51/49 chez TNS-Sofres qui les regroupe avec les autres inactifs (chômeurs, étudiants), ce qui fausse le résultat. Sinon, c’est une catégorie forte pour l’UMP, mais pas aussi écrasante que prévu, ce qui explique aussi l’échec de Sarkozy.

– Sur le secteur d’activité, la césure est nette mais sans surprise: 69/31 chez les salariés du public selon TNS-Sofres, 63/37 pour IFOP, 65/35 pour IPSOS. Avec la rigueur, les désillusions seront peut-être fortes pour la gauche…
Chez les salariés du privé, c’est plus équilibré: 46/54 pour TNS-Sofres, 52/48 pour IFOP, 53/47 pour IPSOS.
La droite se rattrape évidemment chez ceux qui travaillent à leur compte, les indépendants et employeurs: 31/69 selon TNS-Sofres, 40/60 selon IFOP et 39/61 selon IPSOS.

– Selon le diplôme, le constat est plus éclaté mais, grosso modo, la gauche est forte aux deux extrémités, chez les sans diplôme et chez les très diplômés (elle progresse au fur et à mesure du nombre d’années après le bac). Chez les détenteurs de BEP, CAP et du seul Bac, c’est équilibré ou Sarkozy l’emporte.

– Chez les abstentionnistes et ceux qui ont voté blanc ou nul au 1er tour, Sarkozy mène 67/33 selon TNS-Sofres. Chez les « sans parti », il mène 55/45 pour IFOP et IPSOS. Clairement, sa stature l’a servi, au dernier moment. Bien sûr, Hollande aura pu en acquérir une en 2017. Mais face à un Fillon, l’avantage sera annulé.
Parmi les électeurs se déclarant proches du MoDem, Sarkozy, malgré sa « dérive droitière », est à 57/43 pour TNS-Sofres, 52/48 pour IFOP et 61/39 pour IPSOS. Certes, on ne sait plsu trop ce qu’est cet électorat ni s’il existera en 2017, mais il est clair que le choix personnel de Bayrou n’est pas suivi majoritairement et que le centre-droit reviendra dans sa famille d’origine pour peu que Copé de poursuive pas la ligne Hortefeux-Buisson ou qu’un autre le supplante.
Parmi les électeurs se disant proches du FN, Sarkozy est à 82/18 selon TNS-Sofres et IPSOS et 80/20 selon IFOP . Il y a probablement eu de ladésaffection pour sArkozy sur l’électorat Le Pen « élargi », mais sur ceux qui acceptent de se dire « proches du FN » (un noyau plus réduit mais plus fidèle et plus « votant »), Sarkozy était dominant. Un Fillon pourrait-il y garder un tel avantage ?

Ma conclusion personnelle: allez Martine ! Allez Angela ! 😉

Géographie électorale simplifiée du 2e tour: les faiblesses structurelles de la droite, sous pression du FN, et l’avenir de la gauche, sans nécessité populaire

1. Comme pour le 1er tour, je ne reviendrai pas sur les cartes par niveaux et seuils de résultats, plus ou moins bien choisis, disponibles partout. J’avais d’ailleurs fourni une première carte la nuit de l’élection.

En revanche, j’ai confectionné rapidement quelques cartes répartissant en 6 blocs égaux tous les départements métropolitains (donc 6 groupes de 16 à chaque fois), afin de faire apparaître les zones de force (et de faiblesse) de chaque candidat. Cela permet de repérer plus facilement les évolutions géographiques et sociologiques des électorats des candidats (ou l’absence d’évolution). Je me contente de la maille départementale, mais je ne doute pas que les sites « World Elections », « Elections France » (deux blogs de l’excellent Gael L’Hermine, cités dans le blogroll ci-contre) et « Dave Leip’s Atlas Forum », produiront de belles cartes par circonscription législative, par canton, voire par commune.

Attention, n’interprétons pas les couleurs foncées ci-dessous comme indiquant forcément un niveau de votes élevé dans l’absolu, mais simplement comme une force relative, en comparaison du score national du candidat concerné. Mes catégories ont des limites évidentes, puisqu’il peut y avoir un écart significatif entre deux départements appartenant à la même catégorie ou faible entre deux départements appartenant à deux catégories différentes. Je le signalerai en tant que de besoin. Les conclusions restent robustes.

J’ai également confectionné des cartes répartissant en 6 blocs égaux les départements selon la progression ou la régression brute de chaque candidat de 2007 à 2012. La comparaison peut avoir plus de sens avec 1995 ou, bien entendu, avant, c’est-à-dire avec des élections gauche-droite « normales ». Mais je suis ici dans une optique de court terme et surtout davantage tournée vers l’avenir que dans l’analyse des séries longues. Plus le département est de couleur foncée, plus le candidat progresse ou moins il régresse.

2. En ce qui concerne Sarkozy, la carte du second tour, en comparaison d’un premier tour plus « classiquement de droite » (je renvoie à mon article correspondant sur le premier tour), retrouve une coloration lepéniste forte.

L’évolution d’un tour à l’autre est très proche de la carte de Le Pen, même si les zones populaires « de gauche » sont évidemment moins concernées (Pas-de-Calais, Aisne, Ardennes), tandis que Sarkozy progresse dans l’électorat de centre-droit traditionnel (Mayenne, Vendée).
En comparaison de 2007, le bilan est plus « équilibré ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La situation de 2012 n’est, en termes relatifs, pas foncièrement différente de celle de 2007, si ce n’est une légèrement meilleure résistance dans l’ouest du grand Bassin Parisien, alors que Cantal et Haute-Loire (et l’inexplicable Manche) connaissent une vraie décrue.

La variation 2007-2012, qu’il faut replacer dans un contexte de recul généralisé, nous montre toutefois que Sarkozy résiste dans les vieux bastions de droite, soit qu’ils lui restent fidèles à des niveaux corrects (Alsace-Moselle, Ain-Haute-Savoie, extrême Sud-Est), soit qu’il maîtrise la descente (Lorraine, Corse, voire est du Rhône), soit enfin qu’il ait de toute façon atteint un étiage (Nord-Ouest).

Mais toutes ces données montrent la dépendance de la droite à l’égard du FN. Celui-ci ne constitue nullement un réservoir de voix au-delà de l’électorat traditionnel de droite (ainsi que le montrent les résultats contrastés de la Picardie: l’électorat populaire-populaire ne va de toute façon pas vers Sarkozy; seul l’électorat populaire-boutiquier et rural y va, mais seulement éventuellement, pas de manière automatique). Il peut en revanche durement sanctionner la droite.

Enfin, une autre faiblesse vient de l’évolution catastrophique de l’Ile-de-France, qu’il s’agisse de Paris même, mais aussi de la banlieue ouest, tandis que les banlieues nord, sud et est se vident de la droite (la Seine-et-Marne connaît une évolution rapide: après avoir été longtemps une « anomalie » rurale et conservatrice en Ile-de-France, elle s’était urbanisée et lepénisée dans les années 80 et 90, tandis que, désormais, elle se « pavillonarise » et se teinte de rosepâle). Cette évolution est une vraie difficulté pour la droite, alors qu’il s’agit là de la région la plus peuplée et dont les bordures extérieures continuent de croître fortement. La perte complète de la Seine-Saint-Denis n’a jamais été un problème. L’éloignement, semble-t-il profond, de Paris, des Hauts-de-Seine, de l’Essonne, du Val-d’Oise et, en partie, de la Seine-et-Marne et des Yveline est beaucoup plus inquiétant.

Mais comment concilier l’électorat modéré de Bretagne, bobo de Paris ou Issy-les-Moulineaux, anti-immigrés de l’Oise, rural en difficulté de la Meuse, boutiquier du Vaucluse, parvenu du Var ou vieux bourgeois du Rhône ? C’est un peu la quadrature du cercle pour la droite.

3. Les cartes de Hollande présentent de bonnes nouvelles pour le PS, au-delà même de la progression générale de son score, visible dans la grande proximité des cartes socialistes de 2007 et 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà de cette similitude, l’évolution quinquennale montre évidemment le « localisme » à l’oeuvre en Limousin, Périgord, Auvergne, jusqu’au Larzac. Mais, comme cela avait pu être noté au 1er tour, la gauche revient dans le sud du triangle Le Havre-Dunkerque-Charleville-Mézières, qu’elle avait un peu déserté. Certes, cette région est en déclin, mais elle compte encore beaucoup de réservoir de voix. Surtout, la progresion est intéressante dans des régions plus dynamiques, de Paris jusqu’à la 4e couronne parisienne.

Plus localement, la progression dans la Manche, déjà avérée, mais accélérée, reste un mystère: le nucléaire, Cazeneuve, la lointaine influence de Caen et de Rennes, la droite ridiculement divisée ?

D’un tour à l’autre de 2012, aucune surprise: c’est, massivement, l’électorat mélenchono-communiste qui a accru la performance de Hollande (celui-ci ayant déjà capté tout ce qu’il pouvait en Corrèze dès le 1er tour…). Jusqu’aux particularités du Jura, du sud des Alpes, de la Meurthe-et-Moselle, c’est un fidèle décalque de la carte Mélenchon.

A une grosse exception près: les Pyrénées-Atlantiques où, manifestement, l’électorat bayrouïste a suivi son chef (probablement à contre-courant du reste du pays). Mais, depuis 2007, le phénomèn est clair: il ne s’agit pas seulement d’anciens électeurs de gauche déçus par Royal et égarés sur Bayrou; localement, ce dernier a bel et bien « recyclé » des électeurs de droite au profit de la gauche, de manière apparemment durable… Ce département traditionnellement conservateur se retrouve désormais plus « rose » que les places fortes historiques du socialisme mitterrandien qu’étaient les Landes et le Gers !

En restant dans le Sud-Ouest, le tassement socialiste autour de la vallée de la Garonne se confirme, coupant en deux la traditionnelle zone d’influence de la gauche, qui est maintenant plus concentrée sur le Massif Central et les Pyrénées. Tant que Toulouse reste acquise, cela ne pose pas de difficulté particulière pour la gauche, qui attire simplement moins les rurbains, les péri-urbains en difficulté, ceux qui sont en 2e ou 3e couronnes des grandes agglomérations de manière contrainte.

3. L’étude des abstentions montre une grande stabilité entre 2007 et 2012 et l’influence forte de tous les électeurs modestes du FN, qu’ils soient populaires ou ruraux: ce sont bien le Nord et le Nord-Est qui s’abstiennent massivement, en dehors des foyers traditionnels d’abstention: Corse, Charentes, Cher, banlieues nord-est de Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au premier tour, l’abstention était évidemment plus « classique » (Nord, Ardennes, Moselle), avec de vrais abstentionnistes récurrents et forte dans l’Ile-de-France « surbookée », dépolitisée, active, je-m’en-foutiste ou en week-end, comme on voudra… Au 2e tour, le phénomène se modifie et est évidemment fortement influencé, come on l’a vu, par la carte lepéniste, dans le Nord-Est et le Nord intérieurs.

4. La carte des blancs et nuls, qui ont certes progressé partout et ne présentent pas un écart national très ample, révèle cependant une caractéristique intéressante: le vote blanc est un vote rural bien plus qu’urbain. Dans les villes, si on refuse, si on s’oppose, on s’abstient (Ile-de-France, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Rhône, Nord, Bas-Rhin); dans les campagnes, on va déposer une enveloppe dans l’urne, même sans exprimer de suffrage, ce qui explique la faiblesse relative des blancs et nuls dans la plupart des départements urbains (Ile-de-France, Nord, Bas-Rhin, Rhône, Isère, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Gironde,…).

La carte ressemble ainsi à un « mix » du FN (Est intérieur, Pîcardie) et du PCF traditionnels (Berry, Bourbonnais, Nord ouvrier, Midi). La Corse reste, elle, une énigme de ce point de vue…

Tandis que la Bretagne se distingue par son intégration politique absolue au système: non seulement on vote, mais en plus on exprime un suffrage, comme si on trouvait l’offre politique tout à fait satisfaisante. Le Poitou et la Vendée peuvent être rangés dans la même catégorie, le cas de la Corrèze étant… particulier.

5. Ainsi, les faiblesses structurelles de la droite, affaiblie dans des régions dynamiques et dépendante des suffrages qui tendent à s’égarer sur le FN alors que le centre-droit voit sa géographie s’étioler, se confirment d’un tour à l’autre. La situation de l’Ile-de-France apparaît inquiétante.

Quel(s) leader(s) pourrai(en)t-il(s) lui permettre de se redresser ? Faut-il qu’elle régionalise son action ? Nous essaierons d’en discuter prochainement.

Indicateur agrégé du 30 avril 2012, indicateur des reports de voix et évolution par sondeurs: dans un contexte de convergence sondagière, petit « 53-47 avec perspective clairement négative » et détérioration des reports de voix pour Hollande

(Ante-scriptum: pour ceux qui arriveraient tardivement devant leur écran, allez faire aussi un tour dans l’article précédent, avec tous les sondages sortis aujourd’hui)

1. L’indicateur agrégé se resserre aujourd’hui assez nettement: 52,95 / 47,05.

Sarkozy est à son plus haut niveau, mais il n’atteint en fait que le pourcentage de Royal de 2007. On mesure ainsi la difficulté de ce dernier week-end sans campagne mais pas sans actualité (oui, tout est possible…).

Cet indicateur reprend les 10 sondages de la semaine passée, pour un échantillon total de 14 315 personnes. Tous les sondeurs y sont représentés, IFOP et BVA l’étant deux fois. IPSOS et BVA ont eu la bonne idée de re-sonder aujourd’hui et TNS-Sofres a publié son dernier sondage comme prévu, tandis qu’IFOP a terminé son rolling par un sondage représentant l’écart le plus faible entre les 2 candidats jamais relevé: 52/48. Ce sondage est le seul à intégrer un petit contingent de personnes interviewées après le lapin sorti du chapeau de Bayrou. Inversement, IFOP a plutôt présenté un tropisme pro-Sarkozy sur le moyen terme.

La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, sans pondération, donne un chiffre de 52,75 / 47,25.
La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, pondérée par les échantiloons respectifs, donne un chiffre de 52,70 / 47,30.

Le sondage quotidien de l’IFOP suit une tendance similaire:

2. De manière très satisfaisante, l’indicateur des reports de voix (appliquant l’agrégation des matrices de reports de voix des mêmes sondages aux résultats réels des premiers tours) donne un résultat absolument identique: 52,97 / 47,03. Au point que ç’en est presque louche ! Mais, tant mieux, cela permet d’affirmer que tous ces chiffres sont vraiment solides.

Dans le détail des électorats encore mesurés systématiquement par les sondeurs (en rappelant que les graphiques sont légèrement « allongés » en fin de période, afin de rester lisibles):

électorat Mélenchon: 84,04 / 4,96 / 11,01 en baisse de presque 1 point pour Hollande et en amélioration de près d’1 point pour Sarkozy, ce qui est difficile à expliquer autrement que par une variation statistique liée à la faiblesse des échantillons, sans véritable signification. Les reports de voix restent très élevés à gauche et on ne voit pas comment Hollande pourrait faire davantage:

même si l’électorat Joly n’est quasiment plus suivi par les sondeurs, actualisons tout de même la courbe, très favorable à Hollande, sans être aussi bonne que celle de l’électorat du FG:

électorat Bayrou: 34,03 / 36,29 / 30,38 soit en détérioration assez nette de 2,5 points pour Hollande en une semaine et en très légère décrue pour Sarkozy, avec un solde positif pour ce dernier, comme il y a une semaine; reste à savoir si cette tendance favorable au Président sortant, claire dans le graphique, car quasi-linéaire (malgré une courbe polynomiale d’ordre 6 !), reste valable après la « pochette-surprise » Bayrou d’hier soir:

électorat Le Pen: 18,66 / 52,76 / 28,59 soit en baisse de près de 3 points pour Hollande, et en forte amélioration de presque 5 points pour Sarkozy; contrairement à ce que j’écrivais et à ce qui était assez largement admis, Sarkozy semble avoir continué de grignoter l’électorat Le Pen; il n’est pas sûr qu’il ait entamé la base populaire-populaire, mais il eput toujours arguer que son positionnement d’entre-deux-tours n’était pas mauvais, puisqu’il a bien gagné chez les lepénistes, sans perdre chez les bayrouïstes; cependant, s’il ne parvient pas à accrocher les 2/3 de cet électorat et à progresser encore chez les bayrouïstes, le « saut » sera trop dur à effectuer; il ne lui reste que 2 nuits de réflexion, il va lui falloir un bon télépathe:

abstentionnistes du 1er tour: 29,93 / 30,34 / 39,73, ce qui rend très sceptique car on imagine mal 60% des abstentionnistes du 1er tour (déjà pas si nombreux) se ruer sur les urnes ce dimanche; ce qu’il est ici important de retenir, c’est que les apports de nouveaux électeurs sont constamment apparus assez équilibrés et donc sans incidence fondamentale sur le résultat, même si légèrement favorables à Sarkozy puisque’il est en retard au score:

3. Enfin, actualisons le graphique de tous les sondages de second tour publiés en 2012. Là encore, en raison de la profusion de sondages en avril et mai, la fin du graphique est « allongée » dans le temps, afin de rendre visible chaque sondage. Cet effet de distorsion ralentit quelque peu la tendance au rebond de Sarkozy ou au resserrement de l’écart. Précisons que les courbes de tendance ci-dessous sont des polynomiales d’ordre 4, car, à ce stade, depuis janvier, c’est bien le nombre de « périodes » décelable. Et, avec cet ordre 4, la convergence est la plus forte entre sondeurs (au point de brouiller la vision… :P)

La convergence assez nette des sondeurs, qui se situent dans une fourchette de 1,5 point (52-53,5), avec une tendance unanime sur, au moins, leurs deux derniers sondages au resserrement de l’écart Sarkozy-Hollande, fait que les biais ne sont désormais plus tellement d’actualité, même si IFOP et OpinionWay sont dans le bas de la fourchette et TNS-Sofres dans le haut. Mais BVA et IPSOS sont également plutôt dans le bas de la fourchette alors qu’ils semblaient jusque là plutôt pro-Hollande. Enfin, la qualité des sondeurs au premier tour n’est plus très utile ici, étant donné la faiblesse des écarts, le meilleur (Harris) étant sur la même ligne que deux moins bons (CSA et LH2), le moins bon (BVA) étant en accord avec deux satisfaisants (OpinionWay et IPSOS), et deux autres très satisfaisants (IFOP et TNS-Sofres) constituant les extrêmes.

Les éléments favorables à Sarkozy sont donc:
– une unanimité des sondeurs et des indicateurs sur la tendance en cours: il progresse en niveau brut,
– une amélioration continue du solde des reports de voix dans les électorats Le Pen et Bayrou,
– un résultat brut situé dans la marge d’erreur des sondeurs et dans une zone encore atteignable au prix d’une éminente surprise.

Ceux favorables à Hollande sont:
– une persistance majoritaire jamais démentie,
– un bon et solide report de voix à gauche,
– une sur-mobilisation qui ne lui serait pas fondamentalement défavorable.

De ce point de vue, l’effet Bayrou peut conduire à quelques mouvements favorables à Hollande, en même temps qu’à une remobilisation à droite et au centre-droit, par « réaction ». Quant aux sondages, leur détérioration pour Hollande peut tout aussi bien remobiliser à gauche par « crainte » que donner un espoir à droite et rendre utile le devoir civique de dimanche. Au final, comme souvent dans les présidentielles, il est peu probable que ces variables aient un réel effet.

4. Sur ces différentes bases et en considérant que les deux seules inconnues du second tour (l’effet Bayrou et les niveaux de participation) n’auront pas d’influence, mon pronostic est le suivant, conforme à la tendance de l’indicateur agrégé, prolongé jusqu’à dimanche:

Hollande 52,2%
Sarkozy 47,8%

Quel est le vôtre ?

En dessous de 51, ce serait un démarrage de mandat très affaibli pour Hollande et un jackpot inattendu pour Bayrou et… Sarkozy.
Entre 51 et 52 pour Hollande, ce serait une grosse déception et un Mélenchon et des Verts revenus dans le jeu législatif, ainsi qu’une droite soulagée et plus à même d’affronter le problème FN.
Entre 52 et 53, ce serait une petite contre-performance pour Hollande, supprimant l’état de grâce mais plaçant l’UMP dans la vraie défaite et les vraies difficultés, avec des divergences d’interprétations et une division face au FN.
Entre 53 et 54, ce serait une victoire solide pour Hollande et de grandes difficultés pour l’UMP, en même temps qu’une quasi-assurance d’une fin de la carrière de Sarkozy.
Entre 54 et 55, ce serait une grande victoire pour Hollande et une implosion rapide de l’UMP.
Au-delà de 55, ce serait l’hégémonie PS en vue et Marion « Marine » Le Pen triompherait déjà, avant même 2017.

L’enjeu est donc fort dimanche. Bon vote !