Indicateur agrégé du 27 avril 2012, indicateur des reports de voix et derniers sondages BVA, Harris et IFOP quotidien: Sarkozy peut-il s’effondrer ?

 

BVA
RTL, Orange, presse régionale
24-25 avril 2012
échantillon: 2285 inscrits sur un total de 2428

Hollande 54,5 (+1,5)
Sarkozy 45,5 (-1,5)

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Harris Interactive
VSD, LCP-Assemblé Nationale
25-26 avril 2012
échantillon: 1032

Hollande 55 (+1)
Sarkozy 45 (-1)

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IFOP quotidien
Paris Match, Europe 1
24-27 avril 2012
échantillon: 963

Hollande 55 (+0,5)
Sarkozy 45 (-0,5)

1. Tous les clignotants sont brutalement au rouge pour Sarkozy et mes craintes (;)) sous-jacentes d’hier semblent se confirmer aujourd’hui:

il baisse partout et est désormais plus à 45 qu’à 46;

– les reports de voix se dégradent spectaculairement dans l’IFOP quotidien: 85/4/11 chez Mélenchon (donc un déplacement de 9 points de l’abstention vers Hollande), 33/31/36 chez Bayrou (donc un transfert de 6 points de Sarkozy vers l’abstention); en revanche, c’est stable chez Le Pen (23/45/32), mais c’est en soi une mauvaise nouvelle pour Sarkozy.

On voit très bien les transferts, qui ne sont pas du tout directs d’un candidat à l’autre, comme attendu, mais qui utilisent le vote blanc ou l’abstention comme solution de repli ou comme base de départ pour rejeter un candidat:

remobilisation supplémentaire à gauche (et on peut supposer que le même phénomène se produit chez Joly, Poutou et même Arthaud, bien que nous n’ayons plus de chiffres actualisés), où les très sceptiques à l’égard du social-traître Hollande sont tellement opposés à Sarkozy qu’un vote bourgeois anti-Sarkozy s’impose…

perte d’électeurs de centre et centre-droit très modérés, qui, sans aller jusqu’à se compromettre à gauche, considèrent qu’ils sont politiquement « tenus » de ne pas s’associer à un Sarkozy trop déporté à droite; de ce point de vue, les prises de position de Bayrou et Villepin n’y changent probablement rien, les électeurs étant suffisamment mûrs pour se prononcer eux-mêmes; mais on voit bien, à travers les humeurs du jour de Villepin ou même Etienne Pinte (très proche de Fillon), que la prise de position de Bayrou jeudi prochain va parasiter totalement la fin de la campagne de Sarkozy, qui risque le sort du taureau dans une arène espagnole, ployant sous l’acharnement des banderilles…;

incapacité à progresser chez les lepénistes car il a déjà regagné l’électorat populaire naturellement à droite (commerçants, artisans, petits paysans,…) et que sa nouvelle rhétorique ne peut plus grignoter l’électorat populaire-populaire, qui risque même de finir par rejoindre Hollande, par rejet de la « drague » et des ficelles sarkozystes.

BVA et Harris nous donnent également des reports de voix similaires et sans espoir pour Sarkozy:
– chez Mélenchon, 89/5/6 et 92/2/6, c’est-à-dire un retour sur les 85-90, alors que la première moitié de la semaine était plutôt inférieure à 85;
– chez Bayrou, 38/41/21 et 41/36/23, d’autant plus mauvais pour Sarkozy dans Harris que ce dernier sondage est plus récent;
– chez Le Pen, 26/47/27 et 21/48/31, avec un Hollande loin d’être ridicule dans cet électorat.

Bien entendu, Sarkozy n’implosera pas complètement, surtout qu’il a semblé, dès ce soir, modérer son discours à Dijon. Il garde un électorat où le réflexe de « grognard » (bonapartiste ou gaulliste) est encore fort. En outre, la perspective d’une forte victoire de la gauche peut inciter à une remobilsiation à droite afin d ‘éviter un trop fort raz-de-marée. Mais il s’est fragilisé et risque la désaffection sur son flanc gauche, tandis que Hollande n’a toujours pas pris le moindre risque, même sur l’immigration…et a poursuivi son équilibrisme habituel (« …et en même temps… »).

L’UMP aurait peut-être dû désigner Martine Aubry comme candidate… Oui, mon moral est à zéro… 😛

2. J’ai donc calculé un indicateur agrégé intermédiaire (et vous allez aussitôt me dire que c’était une mauvaise idée :D), sur la base habituelle des intentions de vote, depuis dimanche dernier inclus, soit un indicateur purement « second tour »:

Hollande 54,51
Sarkozy45,49

Quant à l’indicateur des reports de voix, il donne
Hollande 53,51
Sarkozy 46,49
Cet indicateur est évidemment trop favorable à Sarkozy, mais il rend compte de l’amélioration qu’il avait connue ce dimanche et en début de semaine dans les électorats bayrouïste et lepéniste et de l’effritement de Hollande à gauche après une dernière semaine de premier tour d’effervescence et, peut-être, une déception grognonne chez certains électeurs mélenchonistes.
Aujourd’hui, Sarkozy semble réaliser la France unie…. mais contre lui…

En outre, cet indicateur des reports de voix surévalue probablement les abstentionnistes du premier tour qui pourraient se déplacer le 6 mai (enfin, ce sont les électeurs eux-mêmes qui surévaluent leur propension à aller voter) et il n’est pas actualisé sur Poutou-Arthaud-Joly et même Dupont-Aignan, puisque les sondeurs n’ont rien publié de neuf sur eux.

Donc, ne blâmez pas cet indicateur intermédiaire: il sera au contraire très intéressant de le voir évoluer lundi puis vendredi prochains. Je travaille là pour la postérité en quelque sorte 😛

Voici le graphique, qu’il faut interpréter comme ce qu’aurait pu être une campagne de second tour réussie pour Sarkozy: un resserrement et une défaite dans l’honneur… un potentiel qu’il est peut-être en train de dilpaider tout seul… décidément, Hollande n’aura pas fait grand-chose dans cette campagne: DSK et Sarkozy se seront obligeamment auto-détruits pour le laisser accéder à l’Elysée… 😛 Ce ne sera pas une victoire « au centre » ou « au peuple », mais « coup(s) de bol » !

Attendons-nous à une forte dégradation de ces courbes pour Sarkozy la prochaine fois:

Derniers sondages IPSOS, BVA, CSA, Harris et IFOP: Hollande domine toujours un second tour pour lequel Sarkozy améliore les reports de voix

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France, France Télévisions, Le Monde, Le Point
22 avril 2012
échantillon: 1090 

Hollande 54 (-2)
Sarkozy 46 (+2)

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BVA
Le Parisien-Aujourd’hui en France
22 avril 2012
échantillon: 678 inscrits sur un total de 802

Hollande 53 (-4)
Sarkozy 47 (+4)

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Harris Interactive-Viadeo
M6
22 avril 2012
échantillon: 1088

Hollande 54 (=)
Sarkozy 46 (=)

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CSA
i-Télé, BFM-TV, RMC, 20 Minutes, CSC
22 avril 2012
échantillon: 1009

Hollande 56 (-1)
Sarkozy 44 (+1)

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IFOP-Fiducial
Paris-Match, Europe 1, Public Sénat
22 avril 2012
échantillon: 1004

Hollande 54,5 (+0,5)
Sarkozy 45,5 (-0,5)

1. J’évaluerai les résultats de chaque sondeur prochainement, une fois les résultats complets et définitifs connus, voire validés par le Conseil constitutionnel (a priori, c’est le jeudi qui suit). Je prolongerai mes graphiques par sondeur. Je vois que, déjà, beaucoup de commentaires s’y emploient et relativisent aussi le nouvel échec supposé des sondeurs: ainsi, mon blog n’aura pas été inutile ;). Les tendances de l’indicateur agrégé montraient globalement qu’elles avaient été bien décelées, même si, pour Le Pen et Mélenchon, l’ampleur n’était pas exacte.

Je ne peux également m’empêcher de rire gentiment des commentaires anti-sondages et basés sur l’observation du terrain qui nous prédisaient ces dernières semaines le raz-de-marée mélenchonien.

Cela ne m’empêche pas de reconnaître que mon pronostic personnel était, comme d’habitude, lourdement erroné: Le Pen n’était pas surestimée mais bien sous-estimée; Sarkozy n’a pas du tout rebondi; Hollande n’a pas pâti d’une quelconque démobilisation. J’aurais dû faire mon pronostic à midi, après les chiffres de participation et mon propre vote… 😛

En revanche, l’indicateur agrégé s’est avéré fort utile: il suffisait de le prolonger de manière plus prononcée pour Le Pen et Mélenchon (de même que mes graphiques de sondeurs avec tendances). Globalement, cela rejoint les constats faits aux Etats-Unis et c’est bien ainsi. Les sondeurs ne sont pas la vérité révélée, mais ils éclairent. Il faut toutefois tenir compte de la volatilité du dernier week-end et de leur globale prudence dans les changements de tendance (sauf CSA, mais sans succès…).

2. En attendant, la vie sondagière continue et 6 enquêtes ont été effectuées aujourd’hui. Méfions-nous, ces enquêtes sont faites très vite (l’échantillon de BVA est très réduit: TNS-Sofres ne propose que des reports de voix).

Néanmoins, elles confirment la tendance globale des derniers temps, même si Sarkozy semble légèrement à la hausse. Je publierai l’indicateur actualisé ce lundi 23 avril.

En termes de reports de voix, même si certaines données sont curieuses (toujours CSA), les chiffres montrent une amélioration limitée en faveur de Sarkozy (par ordre d’apparition: CSA, IPSOS, Harris, BVA, IFOP et TNS-Sofres, qui a réalisé le 22 avril un sondage auprès de 1515 personnes pour TF1 et Métro, avec SOPRA Group et TriElec):

– dans l’électorat Mélenchon, la situation est encore plus solide pour Hollande: 91/3/6, 86/3/11, 83/2/15, 90/6/4, 83/6/11, 85/4/11. Peut-être s’agit-il d’un simple effet de mobilisation du premier tour, le niveau de 80 étant retrouvé ensuite, ou simplement, l’effet d’une réduction du score de Mélenchon, qui est plus centré sur la gauche et donc se reporte mieux aujourd’hui.

(je précise que j’ai étalé les récents sondages, de manière à garder une certaine lisibilité à la tendance: l’axe chronologique n’est donc pas parfaitement juste en fin de période)

– dans l’électorat Joly, seul CSA nous donne des reports de 84/3/13, qui retrouvent les meilleurs niveaux pour Hollande.

– dans l’électorat Bayrou, la situation est plus contrastée mais confirme que Sarkozy a rattrapé Hollande (ce qui reste toutefois insuffisant et est peut-être seulement lié à la réduction de la base bayrouïste, donc plus au centre-droit): 40/25/35, 33/32/35, 38/32/30, 36/39/25, 32/38/30, 31/34/35. Le déchet reste important.

– dans l’électorat Le Pen, Sarkozy se renforce, mais Hollande quelque peu également, conséquence probable de la « nationalisation » (au sens de sa diffusion et de son étalement dans le pays) du vote de Le Pen, sur laquelle j’aurai l’occasion de revenir en cartes: 27/52/21, 18/60/22, 17/44/39, 20/57/23, 31/48/21, 29/45/26.

– dans l’électorat qui ne s’est pas prononcé au premier tour, seul CSA donne des chiffres (28/13/59), bien différents des habituels reports fournis par OpinionWay, qui montraient régulièrement que les mouvements étaient équilibrés.

En bonus, voici une carte du vote Le Pen, qui montre la « nationalisation » de son vote: partout au-dessus de 10% sauf à Paris et dans les Hauts-de-Seine et des scores surprenants de 16,27% dans la Creuse ou près de 15% en Mayenne:

Derniers sondages IPSOS, BVA, CSA, TNS-Sofres, Harris et IFOP quotidien: dispersion défavorable à Sarkozy, incertitude sur le niveau de Hollande, qui se renforce cependant au second tour

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France, France Télévisions, Le Monde
18-19 avril 2012
échantillon: 1021 

Hollande 29
Sarkozy 25,5
Le Pen 16
Bayrou 10
Mélenchon 14
Joly 2
Arthaud 0
Poutou 1,5
Dupont-Aignan 1,5
Cheminade 0,5

Hollande 56
Sarkozy 44

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BVA
Le Parisien-Aujourd’hui en France
18-19 avril 2012
échantillon: 2161

Hollande 30
Sarkozy 26,5
Le Pen 14
Bayrou 10
Mélenchon 14
Joly 2
Dupont-Aignan 2
Arthaud 0
Poutou 1,5
Cheminade 0

Hollande 57
Sarkozy 43

___________________________

Harris Interactive
VSD, LCP-Assemblé Nationale
18-19 avril 2012
échantillon: 1068

Hollande 27,5
Sarkozy 26,5
Le Pen 16
Bayrou 11
Mélenchon 12
Joly 3
Dupont-Aignan 2
Arthaud 0,5
Poutou 1,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

___________________________

CSA
BFM-TV, RMC, 20 Minutes, CSC
18-19 avril 2012
échantillon: 1005 inscrits sur un total de 1134

Hollande 28
Sarkozy 25
Le Pen 16
Bayrou 10,5
Mélenchon 14,5
Joly 2
Dupont-Aignan 1,5
Arthaud 1
Poutou 1,5
Cheminade 0

Hollande 57
Sarkozy 43

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TNS-Sofres-SOPRA Group
i-Télé
18-19 avril 2012
échantillon: 1000

Hollande 27
Sarkozy 27
Le Pen 17
Bayrou 10
Mélenchon 13
Joly 3
Dupont-Aignan 2
Arthaud 0
Poutou 1
Cheminade 0

Hollande 55
Sarkozy 45

1. Les livraisons du jour, avec la dernière publication de l’IFOP quotidien, sont plus nombreuses que prévu et se téléscopent quelque peu. Tous les sondeurs ont fait l’effort de dépasser l’échantillon de 1000, même ceux habitués à 900 ou moins… Et BVA se donne des airs d’IFOP.

Pour mémoire, le dernier IFOP quotidien pour Paris-Match et Europe 1 (réalisé du 17 au 20 avril auprès de 2592 inscrits) donne:
Hollande 27
Sarkozy 27
Le Pen 16
Mélenchon 13,5
Bayrou 10,5
Joly 3
Dupont-Aignan 1,5
Poutou 1
Arthaud 0,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

Ces enquêtes placent Sarkozy au mieux à égalité avec Hollande, mais généralement en dessous (entre 25 et 27, même si plutôt vers 27), notamment en raison d’un Dupont-Aignan relativement « fort » (1 à 2% et plutôt 1,5 à 2) et d’une Le Pen résistante (de 14 à 17% et plutôt vers 16).

A l’inverse, Hollande est plutôt dans une bonne dynamique (de 27 à 30%, même si plutôt en bas de cette fourchette), mais il reste évalué avec un écart important, alors que Mélenchon, sans parvenir à dépasser Le Pen, arrondit son évolution vers un solide 14 (de 12 à 14,5%).

Il est peut-être légèrement affecté par la mini-dynamique Poutou (à 1-1,5%), qui semble en revanche assécher Arthaud. Quant à Joly, elle stagne toujours à 2-3%. Cheminade reste proche de 0%.

2. Au second tour, Hollande est compris entre 54 et 57, ce qui le replace à un niveau fort et a priori irrattrapable.

Cela se base notamment sur des reports de voix (respectivement BVA, TNS-Sofres et IPSOS)
qui restent très élevés à partir de l’électorat Mélenchon: 83/5/12, 82/6/12, 80/7/13,
qui s’améliorent dans l’électorat Le Pen sauf chez IPSOS: 24/48/28, 27/40/33, 12/45/43,
et qui ne se tassent que marginalement dans l’électorat Bayrou: 32/34/34, 32/33/35, 33/35/32.

Selon BVA, les électeurs Joly se reportent à 83/4/13 et ceux de Dupont-Aignan (2% chez BVA, rappelons-le) à 24/48/31, ce qui paraît cohérent même si un peu sévère pour Sarkozy.

Derniers sondages CSA et OpinionWay: Hollande résiste tant bien que mal à Sarkozy et Mélenchon, Bayrou et Le Pen sont privés de dynamique et confrontés au choix de leur avenir

 

CSA
20 Minutes, BFM TV, RMC
2-3 avril 2012
échantillon: 884 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1007

Sarkozy 30
Hollande 29

Le Pen 13
Bayrou 10
Mélenchon 15
Joly 1,5
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Dupont-Aignan 0,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

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OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
3-4 avril 2012
échantillon: 969 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1033

Sarkozy 28,5
Hollande 26

Le Pen 16
Bayrou 11
Mélenchon 14
Joly 2
Arthaud 0,5
Poutou 1
Dupont-Aignan 1
Cheminade 0

Hollande 53
Sarkozy 47

1. La progression de Mélenchon se poursuit et ce sondage nous donne quelques élements d’explication intéressants:

– il est confirmé que Le Pen perd au profit de Sarkozy et, désormais, de l’abstention, mais pas au profit de Mélenchon. Voilà qui est conforme à l’évolution générale du vote FN dans les années 2000, revenu au fondement du début des années 1980, après une fin des années 1980 et des années 1990 plus « gaucho-populaires »;

– Mélenchon gagne en réalité du terrain parmi les « cadres et professions libérales » (même si cette catégorie est bien large chez CSA) et on peut subodorer, au vu des autres sondages, qu’il s’agit essentiellement du secteur public, des professions dites « intellectuelles ». Mélenchon gagne l’électeur qui est de gauche « par fonction »: enseignants , syndicalistes, artistes ou supposés tels, fonctionnaires territoriaux, mais … cette petite et moins petite bourgeoisie de la bonne conscience, qui, pour afficher son anti-sarkozysme, préfère les relents dirigistes et chavistes de Mélenchon (qui sait habiller le nivellement par le bas gauchiste d’un vieux discours républicain et « principiel », en réalité bien déconnecté de son programme réel, plutôt inspiré du mauvais syndicalisme enseignant, du laisser-faire démagogique et du féminisme démodé… oui, les commentaires sont ouverts ;)) au réalisme et au sérieux de Hollande, évidemment beaucoup moins « mode »;

si Hollande ne pâtit pas trop, à ce jour, de la poussée mélenchonienne, c’est parce que la frange écolo-sociale-démocrate et/ou anti-sarkozyste fondamentale de l’électorat Bayrou le rallie par souci de vote « utile » et que le vote Mélenchon n’est décidément pas un vote « ouvrier », ni même véritablement « employé » ou « contremaître », même s’il est loin d’être négligeable dans ces deux dernières catégories.

Hollande résiste encore au second tour: le « plafond de verre » de l’anti-sarkozysme empêche le Président-candidat de franchir durablement les 46-47% et l’étau qui, en réalité, l’enserre depuis le début (FN fort et centre-droit désabusé et irrité) est trop puissant; Sarkozy n’a desserré que la mâchoire à sa droite (et encore incomplètement à ce jour), celle située à sa gauche se faisant plus pressante encore, avec ces électeurs Bayrou volant au secours de Hollande. Certes, tant OpinionWay que l’IFOP quotidien donnent 53-47, mais nous connaissons leur tropisme plutôt pro-Sarkozy.

OpinionWay nous gratifie de pourcentages de reports de voix quelque peu étonnants et que je ne prendrais pas pour « argent comptant » à ce stade:
– parmi les électeurs Mélenchon, 70/4/26, ce qui signifierait une baisse de Hollande assez nette, même si sans profit direct pour Sarkozy,
– parmi les électeurs Joly, 85/5/10, plutôt haut pour Hollande,
– parmi les électeurs Bayrou, 34/37/29, seul résultat assez logique, même si encore décevant et insuffisant pour Sarkozy,
– parmi les électeurs Le Pen, 18/36/46, étonnamment bas pour Sarkozy au regard des autres enquêtes, même si l’ordre des reports est respecté,
– par mi les abstentionnistes du premier tour, 13/15/72, ce qui est en ligne avec les précédentes études, mais ne confirme pas une hypothèse qui pourrait expliquer ces mauvais chiffres relatifs de Hollande chez Mélenchon et de Sarkozy chez Le Pen: un accroissement net du désintérêt pour la campagne, qui aboutirait à quelques « déchets ». Restons prudents, donc.

Bref, Mélenchon progresse dans une partie du vieux coeur de l’électorat socialiste et c’est inquiétant pour Hollande, car Mélenchon vient d’atteindre les 15% et de dépasser la moitié de l’électorat hollandais. Il va donc parasiter la campagne d’entre-deux-tours de Hollande, même si ce « boulet » n’a pas de commune mesure avec celui représenté par Le Pen pour Chirac en 1988, par exemple.

Mélenchon progresse aussi chez les « bobos », moins « roses » (sauf Laurent Joffrin, symbole banal de ce phénomène…), probablement par simple effet de ralliement au mieux placé et au plus « canaille » parmi ceux qui ne sont ni le candidat de l’UMP (ennemi absolu), ni le candidat socialiste (trop convenu): ils avaient fini par opter pour Bayrou en 2007, mais le « brave provincial » est trop has been aujourd’hui… Ce phénomène est beaucoup moins inquiétant pour Hollande, car cet électorat se dissoudra ensuite et se portera sur EE-LV (comme il l’a fait aux dernières régionales et européennes) ou sur le PS aux législatives.

Pour son quinquennat potentiel, Hollande pourrait évidemment pâtir d’un Mélenchon trop haut. Néanmoins, les électeurs traditionnels de gauche, au pire, s’abstiendraient aux élections locales: est-ce vraiment si gênant pour Hollande, au moment où il faudra trouver de l’argent (et donc probablement, « taper » sur les collectivités locales) ? Au contraire, il est probable que le quinquennant tournera à la période 1983-86, déjà inspirée, à l’époque, par Delors: le PS au pouvoir ne sait jamais si bien « châtier » que ses propres électeurs… Les fonctionnaires, notamment, ont quelques soucis à se faire… et, en tant qu’institutions, les collectivités locales vont probablement être largement sollicitées (et comment les « barons » socialistes pourront-ils continuer de protester contre l’Etat qui les étrangle et les ensevelit ? d’autant qu’un certain nombre auront acquis un portefeuille ministériel, entretemps).

De plus, Mélenchon lui-même, au-delà de sa rhétorique, n’est ni un communiste, ni un syndicaliste: il n’a pas cette culture et se comportera probablement en traditionnel politique qu’il est. Soit il négociera son ralliement, à un moment ou un autre du quinquennat (éventuellement seulement en 2014, pour conjurer des mauvaises élections intermédiaires, ou en 2015, après de mauvaises élections intermédiaires et afin de préparer le terrain de 2017 sur la gauche); soit il essaiera de faire fructifier sa petite boutique autonome, comme Le Pen père (une « réussite ») ou Bayrou (un échec).

Enfin, en fonction des constats faits plus haut, son électorat finalement composite et pas si intrinsèquement « protestataire » que cela ne se retrouvera pas sur le FG aux législatives et aux élections locales. On imagine seulement une résurgence aux européennes, voire aux régionales, mais ce n’est pas pour demain et le paysage aura changé d’ici là.

Mélenchon est donc un problème pour Hollande à très court terme (dans la première semaine de l’entre-deux-tours, un peu à la manière du psychodrame Royal-Bayrou), mais pas à moyen terme.

2. En conséquence, cela pose la question de fond pour Bayrou, bien plus tôt qu’il ne l’aurait imaginé: qui choisir au second tour ?

Il ne peut choisir Hollande qu’en imaginant être un « recours », une porte de sortie pour ce dernier si Mélenchon était réellement menaçant. Or, il ne reste que deux semaines de campagne, donc bien trop peu pour que Hollande soit en réelle difficulté, d’autant qu’il semble se ré-éloigner du score de Royal en 2007, niveau en-deçà duquel sa campagne tanguerait sérieusement.

En outre, Bayrou lui-même est à la dérive et, s’il repasse en dessous du seuil psychologique et symbolique fort des 10% (les fameux scores à « un chiffre » et à « deux chiffres »), il aura du mal à « se vendre », d’autant que son électorat restant sera plus proche du centre-droit habituel et sera plus enclin, même s’il n’aime pas Sarkozy, à soutenir le Président sortant face à une gauche trop tonitruante.

– Il pourrait évidemment soutenir Sarkozy de manière beaucoup plus efficace pour son propre avenir. Sarkozy a besoin de lui et, à défaut d’avoir poussé Borloo à se présenter pour justement capter ce centre réticent à sa personne et le rallier ensuite en fanfare entre les deux tours, il aurait intérêt à s’entendre avec Bayrou, afin de se réouvrir quelques espoirs sur sa gauche.

Pour un Bayrou qui, décemment, aurait du mal à se représenter en 2017 après tant d’échecs (le précédent Laguiller incite à ne pas tenter l’élection de trop…), la perspective, même très ténue, d’accéder à Matignon, à l’hôtel de Lassay ou à la place Vendôme (oui, il faut que je publie un article sur le gouvernement Sarkozy d’après-réélection ;)), devrait être tentante.

Toutefois, il y a la personnalité de Bayrou: sûr de son destin, même pour 2017 et 2022, il risque d’avoir bien du mal à détruire le seul fonds de commerce qui lui reste, son « ni droite ni gauche » têtu. Choisir Sarkozy, c’est, dans sa logique, renoncer définitivement à se présenter en 2017.

Il devrait pourtant calculer de manière plus subtile: être la deuxième jambe de Sarkozy, même si celui-ci perd, c’est se mettre en capacité de refonder un grand parti de centre-droit, car le NC, les centristes de l’UMP et les quelques égarés Arthuis, Bockel, Charette ne manqueraient pas de le suivre, Borloo faisant défaut à chaque fois et Jean-Christophe Lagarde étant encore trop jeune. Bayrou, par défaut, est le seul à pouvoir refonder l’UDF, d’autant qu’il conserve encore le contrôle de cette coquille vide qui n’a pas disparu…

En résumé, je pense qu’il ne choisira pas, alors qu’il aurait clairement intérêt à se repositionner en nouveau VGE. Mais l’orgueil est probablement trop fort…

3. Pendant ce temps, Sarkozy et, désormais, l’abstention siphonnent Marion « Marine » Le Pen qui, elle aussi, a un choix à faire pour l’après-présidentielle, alors que son score, pourtant meilleur que celui de 2007, va être vécu comme une amère déception.

Bien entendu, il est clair qu’elle ne donnera aucune consigne de vote. Ce n’est pas la tradition du FN et ceux qui auraient pu, à un moment donné, appeler à un vote « utile » pour battre la gauche sont partis depuis bien longtemps du FN, par vagues successives (Mégret, les « horlogers » historiques, Carl Lang, une partie des traditionnalistes,…).

En outre, depuis le milieu des années 1990 (à l’époque avec Samuel Maréchal et le… « ni droite ni gauche », décidément si utilisé partout et d’ailleurs pas indifférent d’une certaine séduction bayrouïste sur une frange d’électorat lepéniste en 2007), Le Pen fille n’est pas du tout dans une logique de ralliement à la droite « classique ». Elle n’a fait que renouveler, que moderniser, qu’actualiser, sur la forme ou sur le fond (critique de l’Islam et défense des valeurs occidentales, y compris libertaires, plutôt qu’antisémitisme et nostalgie de l’Algérie française; discours en faveur des « petits », du « peuple », des « ouvriers », du productivisme, plutôt que corporatisme industriel et artisanal), ce qui est le FN depuis toujours, une boutique protestataire, populiste, destinée à entretenir une famille dont l’avenir matériel est ainsi assuré… De ce point de vue, en simplifiant, contrairement à ce que les médias n’ont cessé de colporter au moment de son « état de grâce » de l’hiver 2011, elle est bien plus proche de l’extrême-droite néerlandaise ou scandinave que de l’ancienne extrême-droite italienne à la Fini.

Pourtant, le FN aurait intérêt (que Sarkozy gagne ou pas d’ailleurs, puisque, s’il parvenait à l’emporter, la mobilisation à gauche aux législatives serait telle qu’il lui faudrait trouver n’importe quel moyen d’arracher la majorité à l’Assemblée) à s’allier électoralement à l’UMP, afin de s’assurer quelques députés (avoir un groupe n’est vraiment plus très difficile aujourd’hui…) dans l’ancienne province Narbonnaise, dans la 3e ou 4e couronne parisienne et dans le Grand Est « populaire ». L’UMP, copéisé ou resarkoisé et délesté de son aile gauche, réussirait alors à préserver des sièges, en contrepartie, dans le Sud-Est, le couloir rhôdanien, le Nord ou le Grand Est conservateur.

C’est évidemment peu probable car le discours anti-establishment tomberait et beaucoup à l’UMP, sans être centristes mais tout en étant l’axe central du parti (Juppé, Fillon, NKM, Pécresse, Baroin, etc.) auraient peur des répercussions médiatiques et donc électorales d’une telle alliance, même si celle-ci restait purement électoral (accord de désistement) et pas du tout programmatique.

Contrairement à Jean-Marie Le Pen, qui a abusé son électorat pendant 35 ans alors qu’il n’a jamais eu l’intention de gouverner quoi que ce soit, même au niveau local, et n’a cherché à être élu que pour bénéficier d’une immunité (député, député européen), si elle avait réellement l’intention de faire de la politique « active », c’est ce qu’elle choisirait.

Mais, là encore, les pesanteurs politiques et la déception personnelle de chuter des 20% à moins (voire nettement moins) de 15%, c’est-à-dire moins que Papa, auront probablement raison d’un comportement politique rationnel.

4. Notons que la plus grande visibilité médiatique de Dupont-Aignan ne lui apporte aucune évolution positive (c’est pourtant le seul qui, d’une certaine manière, pourrait profiter de l’égalité des temps de parole, puisque Cheminade est sur une autre planète et que Mélenchon étouffe Poutou et Arthaud, malgré la plus grande clarté et sincérité de cette dernière).

Enfin, l’incident vécu par Joly, qui pourrait fort bien lui attirer un peu de sympathie, n’est pas sensible à ce jour dans les intentions de vote. Curieux de se cacher, quand même, alors que l’on vilipende la société de l’apparence médiatique… Et puis, dans ces cas, l’homéopathie (au contraire de l’Apathie… oups… oui, il est temps que cette campagne s’arrête…) est très efficace pour faire disparaître les hématomes: mais n’est pas réellement « écolo » qui veut… 😉

5. Au final, Hollande montre encore une bonne capacité de résistance, en considérant le désintérêt médiatique, le tapage de Mélenchon et les deux petites semaines qui restent avant le premier tour, et confirme que son choix de départ, la présidence « normale », était le bon sur le plan tactique, puisqu’il « surfe » sur l’anti-sarkozysme et est en mesure de ne pas trop pâtir de l’agitation mélenchonienne et mélenchoniste grâce à un renforcement de son aile droite. C’est la preuve a posteriori que le Mitterrand 1988 aurait pu gagner même si le PCF, à l’époque, avait eu Juquin ou un autre candidat médiatique à la place de l’inénarrable Lajoinie…

Il est temps de s’intéresser à l’avenir de la droite, de toutes les droites, ce que j’essaierai de faire prochainement, après les quelques esquisses de cet article.

Derniers sondages IPSOS, IFOP, OpinionWay et Harris: une fragilité de François Hollande sur les reports de voix est-elle en train d’apparaître ?

 

IPSOS-Logica Business Consulting
Radio France, France Télévisions, Le Monde
23-24 mars 2012
échantillon: 978 

Hollande 28
Sarkozy 27,5
Le Pen 16
Bayrou 11,5
Mélenchon 13
Joly 2
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Dupont-Aignan 1
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

___________________________

IFOP-Fiducial
Paris-Match, Europe 1, Public Sénat
22-25 mars 2012
échantillon: 1769 inscrits sur un total de 1901

Hollande 27
Sarkozy 28,5
Le Pen 15,5
Bayrou 11,5
Mélenchon 13
Joly 2
Dupont-Aignan 1
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Cheminade 0,5

Hollande 54
Sarkozy 46

___________________________

Harris Interactive
VSD, LCP-Assemblé Nationale
22-26 mars 2012
échantillon: 1231 inscrits

Hollande 27
Sarkozy 28
Le Pen 16
Bayrou 11
Mélenchon 13
Joly 3
Dupont-Aignan 1
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

___________________________

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
26-27 mars 2012
échantillon: 1148 inscrits sur un total de 1209

Hollande 27
Sarkozy 28
Le Pen 17
Bayrou 12
Mélenchon 11
Joly 2
Dupont-Aignan 1
Arthaud 1
Poutou 0,5
Cheminade 0,5

Hollande 54
Sarkozy 46

Rien pendant le week-end et 4 sondages aujourd’hui… réjouissons-nous quand même…: IPSOS et Harris sont maintenant hebdomadaires. Attristons-nous: CSA, BVA et OpinionWay restent de publication erratique (je ne parle même plus de LH2 et TNS-Sofres, si rarement sollicités).

1. Sur les niveaux bruts des candidats au premier tour, ces sondages apportent surtout des confirmations:
équivalence Hollande-Sarkozy,
érosion de Le Pen, mais en atténuation, notamment pour OpinionWay
– poursuite de la progression de Mélenchon, désormais 4ème, même si OpinionWay est moins « franc »,
tassement de Bayrou,
– quasi-relégation de Joly parmi les « petits » candidats et absence d’émergence parmi ces derniers.

Une fois de plus, on peut constater la grande convergence des sondeurs. La semaine précédente avait vu quelques décalages sur le niveau réel de Hollande, notamment par rapport à Sarkozy; puis nous avons été fixés. La semaine dernière a vu une incertitude sur le niveau réel de Mélenchon, notamment par rapport à Bayrou; aujourd’hui, nous sommes fixés.

2. Au second tour, le retour de Hollande vers les 54 se confirme également, de manière vraiment uniforme. Ce score est évidemment très bon dans l’absolu. Mais la tendance est à la baisse, comme le montrait notre indicateur publié hier.

Surtout, les reports de voix mesurés par IFOP, OpinionWay et IPSOS sont bien différents, malgré un résultat final identique. En conservant notre ventilation de reports vers Hollande/Sarkozy/l’abstention, les instituts IFOP, OpinionWay et IPSOS donnent respectivement les chiffres suivants:

dans l’électorat Mélenchon, 79/5/16, 80/1/19 et 84/3/13, ce qui reste très élevé pour Hollande bien qu’en légère érosion (IFOP et OW donnent également les reports depuis l’électorat Joly, soit 68/11/21et 71/1/28, ce qui est un peu moins bon pour Hollande mais peut être lié à l’étroitesse de l’échantillon),

dans l’électorat Bayrou, 32/43/25, 35/34/31 et 32/28/40, ce qui confirmerait le recul de Hollande dans cet électorat, déjà repéré (et expliqué, très probablement, par la « droitisation » de l’électorat Bayrou), mais qui donnerait, pour IFOP et même OW, une vraie progression de Sarkozy, que BVA avait déjà mesurée,

dans l’électorat Le Pen, 31/39/30, 20/40/40 et 13/52/35, ce qui confirmerait, soit simplement que Le Pen se retrouve avec un électorat moins classiquement de droite, pour IFOP, soit que son électorat, même « résiduel » après la ponction déjà réalisée par le Président sortant dans les dernières semaines, serait nettement plus disposé à rallier Sarkozy au second tour, selon IPSOS (tendance déjà mesurée par BVA), OpinionWay étant à mi-chemin.

Les différences sur Bayrou peuvent être expliquées et ne paraissent pas encore trop gênantes pour Hollande:
l’électorat de Bayrou, déjà constitué de ces centristes « à la française » qui ont navigué entre DSK, Borloo, Hollande et, donc, Bayrou, s’est droitisé ces derniers temps, par transfert d’un nouveau contingent d’électeurs de Sarkozy rebutés par la stratégie bonapartiste puis sécuritaire et par perte parallèle des derniers centristes de gauche ou écologistes vers Hollande; logiquement, Hollande ayant déjà ponctionné sa quote-part avant le premier tour, les reports vers lui au second sont en baisse dans cet électorat;
pour le moment, les reports (d’un bon tiers et, surtout, au moins équivalents à ceux sur Sarkozy) sont suffisants pour Hollande. Même si le « déchet » sur l’abstention est supérieur à 2007, le rapport de force relatif entre Sarkozy et Hollande reste au moins aussi favorable qu’en 2007.

Toutefois, une nouvelle dégradation de ces reports signifierait
soit une marge réduite pour Hollande et l’on connaît le risque de déclenchement d’une dynamique négative pour un candidat; surtout qu’elle accompagnerait les pertes à gauche, ce qui jetterait Hollande dans l’étau que Sarkozy a tant de mal à desserrer: perdre à droite en essayant de gagner à gauche ou l’inverse, mais ne pas réussir en tous les cas à marcher sur ses deux jambes, voire finir par perdre des deux côtés;
soit la nécessité de se positionner encore plus au centre, ouvrant encore plus large l’espace pour Mélenchon, voire pour Joly, avec des risques de surenchère à gauche et, finalement, une déperdition d’électeurs se disant que le candidat socialiste est décidément trop rose pâle.

Le léger effritement des reports depuis Mélenchon et Joly n’est peut-être qu’un peu de bruit statistique. Il est peut-être aussi la confirmation qu’une frange d’électorat populaire venu de Le Pen s’est posée sur Mélenchon, mais seulement pour son rôle de contestation et de protestation, pas dans une optique de ralliement au candidat de gauche le mieux placé. Constatons d’ailleurs que le léger « moins » de Hollande chez les électeurs Mélenchon, mais aussi Joly, se fait surtout au profit de l’abstention, ce qui rendrait plus crédible ce résultat et cadrerait avec une attitude actuelle de Hollande considérée comme trop modérée et trop « présidentielle » (trop Jospin 2002 ?).

Les différences sur Le Pen apportent encore davantage d’incertitudes pour Hollande:
– le fait qu’à la fois BVA, IPSOS et OpinionWay perçoivent une amélioration des reports sur Sarkozy montre que la logique de 2007 est peut-être de retour: même si Sarkozy avait « humilié » Le Pen père dès le premier tour et semblait avoir déjà fait le plein des voix et si les deux s’étaient affrontés vertement, Sarkozy avait quand même réussi à rallier une large majorité des électeurs restants de Le Pen;
– il s’agit peut-être là de la vraie conséquence de l’affaire Merah: non pas des changements au premier tour, déjà réalisés, mais bien un ralliement au second tour, même par défaut, à Sarkozy, dans une logique d’autorité (dans tous les sens du terme) et dans des situations de « tempête » (ou supposées ou perçues comme telles).

Ce serait plus difficile de combattre ce phénomène pour Hollande car il serait basé sur le positionnement respectif de chaque candidat et serait donc plus profond qu’un simple choix conjoncturel pour un candidat « sympathique » ou avançant quelques thèmes populaires: le « président normal » contre le « capitaine dans la tempête ».

Voici les graphiques actualisés des reports de voix:

– depuis l’électorat Mélenchon, le niveau reste appréciable pour Hollande, bien qu’en très léger recul:

– depuis l’électorat Joly, la tendance semble également à une légère érosion, mais sans véritable conséquence étant donné l’étroitesse de cet électorat, désormais:

– depuis l’électorat Bayrou, l’effritement se poursuit et semble s’accélérer pour Hollande:

– depuis l’électorat Le Pen, l’amélioration est incontestable pour Sarkozy depuis le début du mois de mars:

– enfin, depuis les abstentionnistes (au sens large) du premier tour, donnée que nous délivre seulement OpinionWay, il n’y a pas réellement d’évolution:

Ainsi, en dehors même du niveau réel des deux principaux candidats au premier tour, qui n’est l’affaire que d’un ou deux points – même si l’ordre d’arrivée, le franchissement de la barre symbolique des 30% (voire de celle des 25%) et les niveaux respectifs par rapport à Sarkozy ’07 (31,18%) et Royal ’07 (25,87%), y compris en nombre absolu de voix, auront des effets psychologiques et médiatiques forts -, ce sont davantage ces signaux légèrement moins positifs liés aux reports de voix que le candidat socialiste doit surveiller…

Il ne reste toutefois que moins de 4 semaines. Ou plutôt 6 semaines, dirait-on à l’Elysée… 😉

Dernier sondage CSA: la stabilisation survivra-t-elle à l’affaire Merah ?

 

CSA
20 Minutes, BFM TV, RMC
19-20 mars 2012
échantillon: 888 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1004

Sarkozy 30
Hollande 28

Le Pen 13,5
Bayrou 13
Mélenchon 13
Joly 2
Arthaud 0
Poutou 0
Dupont-Aignan 0,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

1. Ce sondage CSA semble contredire la stabilisation détectée depuis quelques jours au travers de plusieurs enquêtes. La convergence de différents instituts (IFOP, IPSOS, OpinionWay, Harris, CSA lui-même mais dans sa précédente livraison) ne serait donc plus aussi frappante.

Le rapprochement Le Pen/Bayrou/Mélenchon, que j’évoquais la semaine dernière pour dire qu’il s’agissait du seul espoir de poursuite de sa progression pour Mélenchon (par effet de « bruit » médiatique s’il parvenait à doubler Bayrou et à rejoindre Le Pen) et pour l’écarter, semble se produire.

Toutefois, j’émettrai plusieurs bémols, qui me conduisent à confirmer la stabilisation que je pense à l’oeuvre:

– ce sondage tombe certes au milieu des événements du moment, mais la campagne nous montre qu’il faut toujours attendre quelques jours d’inertie avant d’intégrer des événements dans les intentions de vote: je vois donc ce sondage comme la conséquence directe de la Bastille pour Mélenchon et le passage des médias à un autre sujet, qui va les occuper jusqu’au week-end prochain, associé au dernier débordement anti-journalistes de Mélenchon (qui avait réussi à se contenir depuis plusieurs mois), devrait mettre un terme à sa progression;

– parallèlement, Le Pen a connu 2 à 3 semaines décevantes pour elle, faites d’interventions médiatiques faibles sur le fond, d’une dilution de son message (inaudible sur l’insécurité et l’immigration, démonétisée sur l’économie, dispersée sur les questions sociales et sociétales) et d’une incapacité à « utiliser » de nouveau le sujet des parrainages, corde probablement trop usée désormais; elle devrait parvenir à se refaire partiellement, notamment avec l’affaire Merah, qui la replacera sur ses thèmes de prédilection et lui redonnera son « identité » habituelle;

– malgré la grande hypocrisie de ces derniers jours, Bayrou devrait parvenir à convaincre des électeurs centristes de tous poils (y compris donc d’anciens « lepagistes » ou « villepinistes ») qu’il est le seul « modéré » du paysage et que c’est son positionnement qui est le bon; une certaine remobilisation en quelque sorte, sans compter que pourrait être jugée paradoxalement décevante l’attitude personnelle de Hollande, non polémique, assez nette et digne, mais peut-être perçue comme trop réservée.

Pour ce qui est des deux leaders, Hollande ne bouge pas et la poursuite de la progression de Sarkozy n’est pas une surprise, mais je doute qu’il reste fort longtemps au niveau des 30%. En réalité, c’est bien la faiblesse de Le Pen qui justifie ce nouveau sommet de Sarkozy. J’avais déjà eu l’occasion de remarquer que CSA, contrairement à 2007, semblait placer le FN plutôt bas cette fois-ci, peut-être par phénomène de « (sur-)compensation »… Peut-être sommes-nous de nouveau dans cette situation.

Au final, ne sur-interprétons pas ce sondage. La situation est justement tellement stabilisée depuis si longtemps (je ne peux que vous inciter à vous replacer début janvier…) que l’on prend des mouvements de 2 points (donc dans les marges d’erreur) pour des grands séismes. Je continue d’interpréter la situation actuelle comme à peu près cristallisée.

2. L’affaire Merah peut-elle avoir une influence, maintenant qu’elle est close sur le plan policier ?

J’en doute (toujours) fort:
– sa dimension criminelle « classique », mais liée à un jeune de quartier difficile et néanmoins habitué d’une certaine aisance matérielle de trafiquant, comme on en voit beaucoup dans les reportages « chocs » des télévisions à sensations, ne peut que favoriser une légère remontée de Marion « Marine » Le Pen, tant cette affaire répond aux « canons » du discours lepéniste depuis un quart de siècle (un peu comme la crise de la dette souveraine pour Bayrou…);
– mais le Président sortant a correctement géré la crise, n’a pas dérapé (à ce jour) et il devrait donc limiter la progression lepéniste, bénéficiant aussi d’une présence médiatique forte pendant 3 jours; s’il devait y avoir une influence de moyen terme de l’affaire, c’est qu’elle aurait permis à Sarkozy d’effectuer un recentrage et surtout une représidentialisation (tout en restant sur les questions d’ordre et d’autorité, mais sans le halal) qui étaient de toute façon indispensables en fin de campagne: peut-être les circonstances lui permettent-elles d’effectuer cette nouvelle inflexion sans que cela trop apparaisse artificiel: bref, pouvoir regagner au centre-droit sans perdre les acquis récents sur la droite dure et l’extrême-droite;
cependant, cela fait plusieurs fois que l’on imagine ainsi des évolutions de fond et des potentialités fortes pour le Président sortant, sans que les résultats soient probants au-delà des quelques points pris à Le Pen « à l’arrache » et non par de subtils changements de cap…
En outre, Merah n’est pas Ben Laden et son dérapage de gros voyou lourdement armé, cherchant à donner un sens à son existence vide, caricaturalement moderne et banalement démantibulée, n’est pas la menace « existentielle » du 11 septembre 2001: non, Sarkozy ’12 ne sera pas Bush ’04…
Sarkozy ’12 ne pourra non plus bénéficier du même climat médiatique que celui du Chirac ’02, tant les médias, globalement défavorables à sa réélection, veilleront à ne pas lui servir le même avantage;
– la vague Mélenchon est passée au second plan et elle est fondée sur d’autres critères, qui ne sont pas affectés par l’affaire Merah;
– Hollande bénéficiera du fait que le buzz médiatique se soit éloigné de Mélenchon et du fait qu’il n’a pas fait d’erreur majeure sur le sujet (contrairement à des Dray, Urvoas ou, hors du PS, des Joly et Duflot, qui se permettent, en plein deuil et/ou en pleine opération policière, d’émettre des avis, des critiques des leçons, y compris sur le plan opérationnel, sans rien connaître de la configuration des lieux ou de l’évolution psychologique du bonhomme… affligeant même si hautement prévisible et prévu);
toujours positionné de manière à pouvoir prendre sans risque une direction ou une autre s’il y était finalement contraint (dénoncer les polémiques si elles viennent de droite, en se plaçant comme le seul au profil « présidentiel », ou, si les polémiques venant de gauche devaient « prendre » dans l’opinion, finalement dire qu’il est d’accord, tout en jouant au « bon élève » qui a su se contenir et respecter les familles et la police…), sa tactique « normande » est de bon aloi dans une période dans laquelle il y a surtout des coups à prendre;
– Bayrou, comme je l’ai dit plus haut, convaincra les déjà convaincus qu’il n’a pas non plus démérité;
– même Joly décevra les déjà déçus ou énervés par ses polémiques lancées dès le premier jour, mais contentera le noyau dur de son électorat par ces mêmes critiques aigres.

En fin de compte, il me semble que chacun aura soigné son « fonds de commerce » et renforcé les fidélités déjà acquises, mais n’aura probablement pas convaincu grand monde au-delà de son électorat de base.

De plus, la peur d’être accusé de « récupérer » est telle (et à juste titre, car l’effet serait désastreux si un candidat particulier était dans une récupération décalée par rapport à son positionnement traditionnel) que tous se bloquent mutuellement, peu ou prou, même si les seconds et même troisièmes couteaux se lancent des invectives. En ces périodes d’ultra-sensibilité, de modernité numérique fondée sur les réflexes et les réactions épidermiques et, en même temps, sur la conviction d’être bien informé, « plus malin que les autres » et plus « exigeant » en termes de démocratie, donner l’impression de récupérer est vécu par beaucoup d’électeurs comme une offense bien plus grande que les questions de fond en jeu. Le PP espagnol et sa mésaventure des élections de 2004 peuvent en témoigner amèrement.

Mais l’électeur-internaute ressemble quand même au consommateur-internaute: il n’aime pas Ronald McDonald et aime bien Steve Jobs, mais il achète de toute façon chez les deux… (bon, il faut vraiment que je me recentre sur le thème de ce blog, mais cette campagne de 2012 est tellement pauvre en rebondissements réels que la tentation est grande de dériver…)

La suite dans les prochains sondages ! En espérant avoir tort, afin que le suspense revienne…
Surtout que les médias américains semblent s’épuiser à dire que la primaire républicaine n’est pas jouée: la victoire de Romney dans l’Illinois paraît avoir sonné le glas définitif de Santorum et Gingrich: si on ne peut même plus s’amuser aux Etats-Unis, étant donné que le Mexique, l’Inde, l’Ukraine et la Grèce vont être hautement ennuyeux et comme on ne peut même plus compter sur une crise en Australie, en Allemagne ou au Royaume-Uni, l’année électorale va vraiment, vraiment, être triste 😦
La Roumanie, la Serbie et la Corée du Sud, cela fait peu pour divertir les fanatiques des élections…

PS: demain soir, j’actualiserai les graphiques sur les écarts entre sondeurs.

Indicateur du 19 mars 2012: comment la primaire du PS peut éclairer (ou non) la prochaine élection !

1. L’indicateur de cette semaine enregistre les tendances des derniers jours, de manière d’autant plus nette que la pondération des sondages dans le temps s’accélère un peu aujourd’hui: désormais, seuls les sondages des 3 dernières semaines sont pris en compte (voir la page « mode de calcul ») et leur « valeur » décroît plus vite dans le temps.

Une fois de plus, je me félicite 😉 de ce calendrier, car nous entrons dans la phase de campagne officielle et nous sommes à à peine plus d’un mois de l’élection, ce qui implique effectivement d’être plus « réactif ». Toutefois, grâce à une recrudescence de sondages, nous sommes toujours avec un panel total d’environ 12 000 personnes, ce qui est significatif, et nous conservons toujours au moins un sondage de chaque institut, puisque les moins « chanceux » (commercialement…) d’entre eux ont quand même réussi à dépasser le niveau d’une enquête par mois… Mais certains instituts (ou plutôt leurs commanditaires) ont un peu renforcé la voilure et LH2 ou IPSOS, par exemple, sont à un sondage par quinzaine (c’est plus erratique pour OpinionWay). TNS-Sofres, BVA et surtout Harris semblent un peu inactifs encore, mais cela devrait changer.

Les tendances ne sont donc pas surprenantes, au premier tour:
– montée de Mélenchon,
– effritement accru de Hollande
– faux-plat de Bayrou,
– reprise modérée de Sarkozy,
– érosion de Le Pen,
– quasi-disparition des petits candidats,

comme au second tour:
– tassement de Hollande,
– retard toujours important de Sarkozy.

Les transferts Le Pen->Sarkozy, Hollande/Joly->Mélenchon, Villepin/Lepage->Bayrou sont confirmés.

Par rapport à ma série d’articles de la semaine passée, rien de bien neuf donc.

2. Reste à savoir où s’arrêtera la décrue de Hollande. Un ressort s’est clairement brisé, mais son sens tactique est sûrement intact et la volonté de revanche à gauche, l’anti-sarkozysme et la… longue attente des hiérarques socialistes et de gauche en général joueront pour remobiliser son électorat, au moins en partie, ce qui stabilisera Mélenchon et n’entraînera pas, finalement, de glissement vers Bayrou.

Il doit toutefois prendre garde à la tactique de l’underdog adoptée par Sarkozy: se positionner comme le challenger contre l’ordre établi fonctionne toujours aussi bien. Souvenons-nous de la « rupture » du ministre de l’Intérieur de Chirac (un candidat du nom de Sarkozy) en 2007. Souvenons-nous des pommes du président du RPR en 1995 contre son ex-conseiller spécial.

Souvenons-nous surtout de la campagne de la première secrétaire du PS Aubry, lors de la primaire du PS de 2011, contre le « favori », l' »homme installé », bref le « candidat du système« . « Ne vous laissez pas voler la victoire par les sondages et les médias »: tous les candidats aux primaires américaines ont, à un moment ou à un autre, prononcé une phrase équivalente.

Les enseignements de la primaire du PS peuvent en effet être éclairants, jusqu’à un certain point.

Cette primaire, qui voyait Hollande dominer assez fermement à compter de la fin août (La Rochelle), lui avait quand même apporté quelques sueurs froides quand, à l’approche du premier tour et surtout dans l’entre-deux-tours, Holande avait été poussé « dans les cordes » et, à force de rester vague et pâle, se retrouvait à répéter, à tourner à vide et en rond, à ne pouvoir répliquer et à être réellement menacé.

Sarkozy dans le rôle d’Aubry ?
Se présenter, alors que l’on est en fonction, comme le candidat anti-système ne manque pas d’audace et peut rapporter gros, on vient de le voir pour Martine Aubry et cela se dessine quelque peu pour Nicolas Sarkozy. Aubry avait su utiliser l’appareil et le programme officiel du PS pour coincer Hollande, comme Sarkozy sait et saura utiliser la crise et l’Europe ou reprendre la casquette présidentielle en cas de coup dur (fait divers médiatisé comme aujourd’hui, guerre Israël-Iran, nouvelle crise financière dans le sud de l’Europe, catastrophe naturelle, etc.). Elle avait harcelé et mordillé les mollets de Hollande en permanence dans les débats (jusqu’à l’agacement du téléspectateur, mais avec une certaine réussite médiatique), ce qui Sarkozy fait à longueur de terrain et de meetings.

Mélenchon dans le rôle de Montebourg ?
Lors de la primaire du PS, l' »insurrection montebourgeoise » avait finalement abouti à un ralliement prudent mais clair de Montebourg à Hollande, dans les formes et de manière… « bourgeoise ». Montebourg avait frisé le ridicule en tentant de faire monter les enchères et en surjouant sa situation; Mélenchon sera peut-être davantage dans la tactique et la combinazzione et moins dans le panache.

Mais Mélenchon se montebourgeoisera-t-il, au sens électoral du terme ? Je le pense, quoi que beaucoup disent ou écrivent en ce moment. Il n’a jamais créé l’irréparable avec Hollande et il a toujours ménagé l’avenir. N’oublions pas non plus qu’il a été ministre, sénateur, apparatchik, « poisson-pilote » de l’Elysée en matière d’anti-racisme, d’action lycéenne, d’agitation laïcarde et enseignante: Mélenchon n’est pas Laguiller. Je ne pense donc pas qu’il y ait là un vrai danger pour Hollande.

Bayrou dans le rôle de Valls ?
Hollande avait fini par concéder quelques mesures dépensières et plus à gauche (qu’il traîne d’ailleurs encore aujourd’hui) pour amadouer les électeurs de Montebourg. Mais cela ne l’avait pas empêché de rallier Valls et ses électeurs. Dans le cas de Bayrou, il s’agit plutôt de ses électeurs que de lui-même, bien entendu, car lui ne peut plus se rallier à personne sauf à décréter publiquement la fin de sa carrière politique (et Hollande n’a pas besoin de l’homme Bayrou pour gagner; il serait surtout un poids supplémentaire dans un gouvernement ô combien difficile à équilibrer et à constituer).

Joly dans le rôle de Royal ?
Avec un score très décevant, elle avait été contrainte de se rallier sans exigences à Hollande, mais l’avait fait vite pour en retirer un certain profit. Nul doute que Duflot poussera en ce sens, afin de préserver l’accord EELV-PS, par lequel ils devraient avoir une place indue à l’Assemblée. Il n’est que de voir les sévères attaques actuelles du duo Duflot-Placé contre Mélenchon pour comprendre leurs craintes et leurs orientations…

Le Pen dans le rôle de Guérini ?
Oui, je n’ai pas trouvé mieux… 😀 Mais c’est bien l’acteur extérieur au duel que François Hollande agitera en sous-main pour faire perdre son adversaire… Le parallèle n’est pas si décoiffant 😉 D’ailleurs, si Sarkozy a exploité la polémique du halal, la condamnation de ses déclarations ne manque pas de sel, lorsque l’on se souvient que c’est le maire PS de Roubaix qui, en 2010, voulait porter plainte contre Quick qui ne proposait plus, chez lui, que du halal, déclenchant la première grande polémique du genre… Comme quoi, la vieille technique mitterrandienne de la diabolisation des thèmes et des électeurs du FN pour handicaper fatalement la droite (victoire étriquée en 1986, victoire ample au centre en 1988, victoire par triangulaires en 1997, division de la droite et du centre-droit après les régionales de 1998,…) continue d’être bien utile !

3. Mais le précédent (ou le parallèle s’arrête là). Le second tour de 2012 sera davantage droite/gauche, même si Sarkozy fera tout pour en faire un second tour « peuple »/ »système ». C’est une élection nationale, avec de multiples composantes dans l’opinion.

A moins qu’il ne se poursuive en fait jusqu’au bout: lors du second tour de la primaire du PS, le vote utile et la volonté de battre Sarkozy ont constitué des socles solides pour le candidat Hollande.

La véritable clef, le véritable élément d’incertitude, pourrait finalement être la participation. Elle avait été supérieure au second tour de la primaire et avait quasi-exclusivement profité à Hollande. C’était la manifestation la plus nette du vote utile.

En 2012, pour l’élection présidentielle, la participation pourrait être décevante pour Hollande au premier tour et au moins aussi favorable à Sarkozy qu’à Hollande au second tour, avec l’effacement de l’efficacité du « sortez le sortant » et avec une certaine jospinisation rampante de Hollande (sur laquelle Mélenchon tente habilement de capitaliser). Le dernier espoir de suspense réside probablement là.

A court terme, j’ai bien peur que le fait divers dramatique de ces derniers jours n’aseptise tout et ne « gèle » encore davantage les rapports de force… Soupir…