Présidence de l’UMP: Fillon doit trouver la force de refonder la droite

Que l’on me pardonne, mais, une fois n’est pas coutume (encore que la tendance se soit dernièrement fortement accentuée), mon article sera davantage d’opinion que d’analyse.

Ce blog s’arrêtera avec l’année.

Mais il me faut publier un article à la fois « manifeste » et « supplique »…. même si les lecteurs habitués sauront y picorer les éléments d’analyse et faire le tri.
5 sondages seront utilisés ici ou là:
CSA pour BFM-TV (20-21 novembre 2012)
Harris Interactive pour 20 Minutes (21-22 novembre 2012)
BVA pour i-Télé (22-23 novembre 2012)
IFOP pour Atlantico.fr (22-23 novembre 2012)
IFOP pour le Journal du Dimpanche (22-23 novembre 2012)
ces deux derniers ayant probablement été réalisés de concert.

1. Sur le fond, il faut le souligner: Copé porte seul la responsabilité de la crise actuelle de l’UMP.

Dès le dimanche en début d’après-midi, Tabarot a donné l’assaut en dénonçant des fraudes dans les Alpes-Maritimes. Depuis, ce département est devenu le point de focalisation des médias, opération fort bien réussie du clan Copé, qui a préventivement sali l’autre camp, en anticipant le résultat serré et la nécessité de « passer en force ».
Alors même que dans les Bouches-du-Rhône (La Ciotat) ou l’Oise (circonscription de Courtial), des procurations extrêmement suspectes (nombreuses et à 100% ou presque pour Copé) ont représenté des volumes supérieurs aux contestations dans les Alpes-Maritimes. Evidemment, en ciblant une « salade niçoise », les copéistes savaient qu’ils feraient mouche dans les médias…

Puis, dimanche soir, Copé s’est auto-proclamé président. Alors que les premiers résultats lui étaient favorables, ses mauvais résultats à Paris, en Moselle et dans les Hauts-de-Seine, mais aussi dans l’Aisne ou le Pas-de-Calais et, finalement, dans les Alpes-Maritimes ont contrebalancé ses surprenants bons scores en Gironde, dans le Bas-Rhin ou le Var. Il fallait donc qu’il fasse un putsch, beaucoup plus facile quand vous êtes déjà dans la place, que vous avez, au sens propre, toutes les clefs et que vous avez la personnalité d’un bulldozer.

Ensuite, la COCOE et, maintenant, la CNR, totalement contrôlées (il fallait quelques minutes à Copé pour faire refuser par Paternotte dès jeudi matin les conditions de Juppé… avant même d’avoir commencé, la mission de ce dernier s’est achevée), donnent une vague apparence de « régularité » interne, qui permet de niveler la situation dans les médias: Fillon n’est « pas meilleur » que Copé et celui-ci est parvenu à l’abaisser à son niveau dans la perception médiatique (les médias étant soit « intéressés » commercialement: un feuilleton haletant et gratuit et même rémunérateur avec les pubs entrelardées, soit « intéressés » politiquement lorsqu’ils sont de gauche et éblouis du miracle de cette implosion alors que « leur » Président semblait s’effondrer, soit enfin faussement neutres, parparesse de comprendre et paresse d’expliquer).

Enfin, faire semblant en permanence de « proposer », de « discuter », d’être « ouvert », alors que tout a été cadenassé et mis en « seringues », Juppé compris, pour, en réalité aboutir au résultat inverse: une situation totalement contrôlée, qui divise et rejette et qui ne rassemble en rien.
De toute façon, depuis le début de la campagne (accès aux fichiers très tardif, frais de campagne couverts plus largement pour le SG Copé déjà en place, utilisation du site Internet et de l’accès aux médias par le seul Copé jusqu’en septembre, nombre de bureaux de vote insuffisant, recherche de la moindre participation possible, etc.), les entraves n’ont cessé.

Une des grandes leçons de la vie, c’est que les tordus, les sans-gêne, les culottés, les sans-âme et sans-conscience accusent toujours les autres de ce qu’ils font eux-mêmes et tentent toujours de salir l’autre et de mettre la charge de la preuve de son côté: putsch, fraudes préméditées, division,…

Tout cela n’est finalement pas surprenant de la part d’un Copé désormais uniquement mû par l’ambition pure et surtout entouré d’une bande de bandits et de « salopards ». Franchement, y en a-t-il un pour rattraper les autres ? Balkany, Morano, Rosso-Debord, Tabarot, Chatel, Courtial, Karoutchi, Gaudin, Daubresse, Raffarin, Dati, Peltier, Didier, Hortefeux, Guaino, Riester, Jean Sarkozy,… il faut vraiment chercher pour trouver un soutien qui ne soit pas vulgaire, manipulateur, sans-gêne.
Tous les soutiens de Fillon ne sont pas brillants (Estrosi…), mais, au moins, il y a là quelques « honnêtes hommes ».

Face à tout cela, et cela peut surprendre, Fillon n’a pas réagi en politique mais sur le plan humain et moral. Face au mensonge, à la manipulation, à l’effronterie, à la mauvaise foi, à la violence personnelle, à la fraude intellectuelle, matérielle et morale, il a simplement dit non. Et il a totalement raison, même s’il ne sera pas compris, ou insuffisamment en tout cas.

Personnellement, je suis fier que la droite ait encore un homme capable de réagir ainsi.

2. Fillon peut-il transformer cette situation positivement pour la droite et pour lui-même ?

Evidemment, le mal est terrible, car, dans ces circonstances, tout le monde coule. Beaucoup de gens ne prennent pas le temps de comprendre ce qui est à l’oeuvre et qui a raison. Et puis, il est tellement facile de céder à l’habituel penchant poujadiste du Français… Pourtant, quel Français peut se targuer d’avoir sa famille, sa maison, ses relations amicales, son travail, ses papiers, sa situation juridique, sa sexualité, ses idées, bref sa vie, en ordre ? Vraiment ? J’en connais quelques-uns, personnellement, très peu nombreux…
Mais la critique permanente du politique me fatigue et m’agace. Dieu sait que mes orientations politiques m’incitent à critiquer vertement le « luxe » financier et la dépense publique indécente au niveau local, mais je défendrai toujours les élus qui donnent de leur temps et de leur énergie.

De fait, l’opinion portée sur l’UMP, selon BVA, s’est dégradée. Même si elle n’a jamais été extraordinaire, elle atteint le niveau du MoDem: 36% de bonnes opinions contre 63% de mauvaises (35/63 pour le MoDem). Le PS, comme souvent, s’en sort bien: 45/53, désormais au même niveau que l’UDI (45/51), qui bénéficie probablement de l’effet de nouveauté et de (petits) vases communicants avec l’UMP. Le FN reste fortement dans le négatif: 21/78.
Toutefois, il faut relativiser cette image des partis, qui est à la fois volatile et peu anticipatrice des résultats électoraux.

Malgré la difficulté, il faut pourtant savoir reconstruire, car la droite n’a pas d’avenir sans une ligne morale, républicaine, traditionnelle, forte mais équitable.
Le FN est très haut, il n’est pas la droite, il est un hybride populiste, chassant à l’extrême-gauche, « ailleurs » et dans la droite dure, pour finalement prôner surtout un autoritarisme étriqué, irréaliste, violent et stupide.
L’UDI n’est qu’un conglomérat de petites boutiques, d' »électrons libres » (à l’image d’un Borloo brouillon, inconstant et pas crédible) et de petits ambitieux ratés. Comment cette structure disparate et incohérente (du CNI à l’AC en passant par Morin, Sauvadet, Jouanoo, Yade ou Jégo) pourrait-elle sérieusement incarner la droite et le centre-droit sérieux et responsables, celui de de Gaulle, de Pompidou, de Barre, de Juppé, de Balladur (oh, comme j’ai pu ne pas l’aimer…) ? Et puis, leur tendance « libertaire » ne peut représenter toute la droite.
L’UMP croupion, celle de Copé et de ses sbires ou celle de Sarkozy et des jeunes « loups », ne pourra non plus le réaliser. S’abîmer en permanence dans de faux sujets, dans des coups médiatiques, dans un pur marketing électoral, cela décridibilise toute la droite et toute tentative de vraie réforme.

Il y a une place pour une ligne « classique », de la raison,
qui n’a pas peur des valeurs d’autorité, de force républicaine, de responsabilité, de rigueur, de respect de la vie, de transmission et d’héritage,
qui n’oublie pas la générosité, la fraternité, l’équité, le respect de la personne, la culture, l’instruction et le mérite républicain, qui a le sens de l’effort, de la raison européenne, du long terme, de l’honnêteté, du service et du bien commun,
qui n’est pas dominée par l’argent, la consommation de masse, le marketing politique, le culte de l’immédiat et de la jouissance égoïste, le jeunisme ou le paraître permanent.

Il y faut une réelle volonté et une âme bien trempée, capable de concessions sur l’accessoir pour rester inflexible sur l’essentiel. C’est sûrement quasiment impossible dans notre société moderne, qui nivelle, rabaisse l’intelligence et l’honnêteté, déteste la nuance, rejette l’effort et la rigueur. Mais cela vaut la peine d’essayer.

Aussi, Fillon doit partir de l’UMP et couper avec une situation trop pourrie, qui ne peut être relevée.

– Il peut s’appuyer sur sa popularité globale. Peu d’hommes politiques sont épargnés aujourd’hui. A part Valls, peu de responsables brillants émergent à gauche. A droite, la situation est désormais catastrophique. Même ceux qui pourraient émerger sont sur le déclin (Juppé) ou sont trop rejetés pour espérer incarner de nouveau l’avenir (Sarkozy, Copé). Fillon est encore en bonne position.

Selon BVA, sa bonne opinion se situe à 52% chez les Français (26% pour Copé) et à 76% auprès des sympathisants UMP (64% pour Copé). Ces chiffres montrent un recul, mais restent favorables.

Selon l’IFOP, sa cote d’avenir reste même quasi-intacte, en considérant ceux qui souhaitent lui voir jouer un rôle très important/assez important/peu important/pas du tout important, parmi les Français d’abord (la comparaison est intéressante dans le temps, la précédente enquête datant de la période 6-8 novembre):
Fillon 19 (+4) / 32 (-2) / 27 (-3) / 22 (+1)
Copé 5 (-2) / 24 (-1) / 32 (-1) / 39 (+4)
Ainsi, alors que Copé se décale de plus en plus vers le négatif, alors même qu’il était déjà très bas, Fillon voit son soutien et son rejet se polariser, mais avec un solde positif de 2 points déplacés.

Auprès des sympathisants UMP, la différence est plus nette entre les deux hommes:
Fillon 47 (+2) / 39 (-6) / 11 (+3) / 3 (+1)
Copé 14 (-10) / 41 (-11) / 30 (+11) / 15 (+10)
L’effondrement de Copé est ici massif, avec un déplacement négatif de 21 points. Fillon a également un solde négatif de 4 points, mais ses soutiens solides se renforcent au contraire: il y a là un noyau, auprès de l’électorat de droite plus large, qui est intéressant et semble destiné à perdurer, peut-être même à le suivre en dehors de l’UMP. Les sympathisants et les électeurs, au-delà des seuls adhérents: il y a une vraie différence et il serait temps que le caractère « attrape-tout » de Fillon serve enfin à quelque chose !

Et, selon CSA, s’il reste moins « efficace » que Sarkozy, il n’a rien à craindre de la concurrence de Copé. Le meilleur candidat pour 2017 est, en effet, pour les Français et pour les sympathisants UMP respectivement:
Fillon 23 / 24
Sarkozy 20 / 52
Copé 9 / 15
aucun 26 / 5
sans opinion 22 / 4
Mais, après tout, Sarkozy a le temps de se démonétiser d’ici 2017. La menace Sarkozy, pour Fillon, est aujourd’hui, pas demain. Si Sarkozy convainquait les électeurs de droite que Fillon est le diviseur, alors il y aurait un risque. Mais, à long terme, Sarkozy est une nuisance (éventuellement fatale pour la droite), mais il ne réussira pas à revenir et à être de nouveau candidat.

– Il peut s’appuyer sur une évolution qui pourrait lui être favorable en termes de « responsabilité » de la situation.

Si, pour les Français et les sympathisants UMP interrogés par BVA, le principal responsable est, respectivement,
Copé 38 / 29
Fillon 12 / 20
autant l’un que l’autre 48 / 49,
confirmant ainsi le risque poujadiste du « tous pourris »,
néanmoins, pour l’IFOP, l’entourage qui a raison est, respectivement, celui de
Fillon 35 / 44
Copé 7 /12
ne sait pas 57 / 44
ce qui laisse entrevoir un bien meilleur score à l’égard de Fillon. Pour peu que l’effort soit fait, il est sûrement possible de convaincre de la vraie différence de nature entre les deux hommes.

– Il peut s’appuyer sur le fait que laisser l’UMP réduite au coeur sarkozo-copéiste (un conglomérat de libéraux, de bonapartistes, d’opportunistes, de populistes et de sécuritaires) présente un double intérêt: la lutte Sarkozy-Copé sera d’autant plus intense que la « boutique » à conquérir sera réduite. En outre, même si Fillon ne peut espérer au mieux que rallier une moitié de parlementaires et donc prendre la moitié de la 2e tranche de financement public à l’UMP, il accentuera la grave crise financière de cette dernière. Partir, c’est laisser à l’UMP-croupion à la fois la personne Sarkozy, les idées sarkozystes et les dettes. Mieux vaut rebâtir de zéro…

– Il peut constituer des groupes parlementaires, affiliés à une petite structure partisane métropolitaine ou ultramarine, et inclure cette dernière dans un nouveau parti ou lui faire reverser les quelques subsides qu’il aura réussi à « prélever » sur la 2e tranche du financement public. Certes, dans le meilleur des cas, cela fait 4 millions d’ueors par an (voir les commentaires d el’article précédent), mais, avec quelques cotisations, un bon accès aux médias et une popularité sondagière, il peut tenir jusqu’en 2016 et profiter alors en partie de l’UDI.
Car le nouveau parti qui serait créé (républicain, social, responsable) aurait d’emblée vocation à être associé à l’UDI, même si cela « frottera » avec Borloo, qui a des ambitions présidentielles. Mais Borloo tiendra-t-il 4 ans ? Et puis, des gens « raisonnables » de l’UDI (Lagarde, Jouanno, Jégo, Leroy, Arthuis,…) pourraient trouver utile de pouvoir se rallier à Fillon en 2017, par exemple dans le cadre de primaires communes.
La proximité partisane est à 57% avec l’UDI, même à 12% avec le MoDem et seulement à 30% avec le FN, selon BVA.
Le risque à éviter lors d’une scission, c’est de retrouver deux partis de droite à, au mieux, 15% et coincés entre une Le Pen à 18-20% et un Borloo à 8-10%. N’oublions jamais que Chirac a toujours été dans les 18-21% au premier tour des multiples présidentielles auxquelles il a participé… Seul Jospin a fait plus mal que lui… Mais c’est insuffisant pour se retrouver au second tour, désormais.
Il faut donc totalement étouffer l’UMP-croupion d’un côté et éviter une concurrence au centre-droit de l’autre. Alors, la victoire est possible.
Je sais bien, moi-même j’ai toujours répété que les partis sont indispensables dans une élection, que Copé serait l’évident chef de l’UMP après mai 2012, que l’argent (public), tel qu’il est en tout cas distribué en France) est le meilleur antidote contre les scissions. Mais, rappelons-nous, c’est un article d’opinion (d’espoir, de rêve ;)), pas forcément une analyse totalement rationnelle :P.

– Il peut aussi s’appuyer sur le… résultat. Après tout, il a obtenu 50%, alors même que la participation n’a pas été extraordinaire, contrairement à ce que l’on dit (c’était bien mieux en 1999, même si avec un corps électoral potentiel bien plus réduit). Quant aux motions, elles ont montré que l’équilibre était bien celui-là: si la Droite forte est arrivée en tête, l’aile dure est à moins de 40% (Droites forte et populaire) et à 50% si l’on inclut le morceau libéral de FMH et l’aile de droite des Gaullistes. De l’autre côté, la Droite sociale s’en est bien tirée et la Boîte à idées est globalement filloniste, tandis que l’on peut y ajouter les Gaullistes sociaux et les plus modérés de FMH.

Même au niveau des adhérents, le fillonisme n’est donc pas une petite minorité sans avenir.

3. Mais il faut pour cela un Fillon déterminé, sûr de lui, offensif, constant, intrinsèquement fort et volontaire, endurant et plus présent médiatiquement.
Je pense que beaucoup de sympathisants et adhérents de l’UMP seraient prêts à le suivre. Je pense qu’il peut s’appuyer sur des élus de qualité et/ou tenaces et qu’il peut reconquérir les cadres supérieurs, certaines professions intellectuelles, les agriculteurs et certains employés, sans perdre les professions indépendantes et libérales ou les entrepreneurs.
Face à une gauche qui se divisera de plus en plus et qui sera à court de solutions économiques et compensera par des « échappées » sociétales contestables, il y a vraiment de quoi agir et convaincre.

Il faut que Fillon ait cette force.
J’espère que les menaces de constitution de groupes ne sont pas que cela.
J’espère que Fillon ne cèdera pas face à un Sarkozy déjà revenu et de la pire des manières: tentant d’affaiblir Copé et Fillon, puis craignant que son jouet explose parce que le duel Copé-Fillon va trop loin, tenant d’affaiblir Juppé de peur que celui-ci revienne en sauveur, mais regrettant maintenant que Fillon ne cède toujours pas, bref jouant avec le feu et dansant au bord de l’abîme…
Comment les militants peuvent encore vouloir son retour, lui qui a perdu l’élection présidentielle de 1995, qui a perdu les européennes de 1999 et de 2009, qui a perdu les municipales de 2008, qui a perdu les régionales de 2010, qui a perdu la présidentielle de 2012 et les législatives de 2012, qui a failli perdre les législatives de 2007, lui qui s’apprête, par les conséquences d’une campagne trop droitière et/ou trop médiatique, à faire exploser son propre parti ?

4. Beaucoup d’obstacles vont se dresser sur la route de Fillon:

– le manque de courage de beaucoup d’élus et la peur de l’inconnu et de l’inconfort,

l’inertie des militants et des électeurs de droite et un « légitimisme » artificiel: selon Harris, les Français et les sympathisants UMP veulent que Fillon reste à l’UMP, avec des responsabilités importantes, à 38% et 63%; qu’il reste à l’UMP sans responsabilités à 20% et 21%; qu’il quitte l’UMP à 40% et seulement 16%. Mais ce sondage est le plus « ancien » et les questions sont ambigues (on peut souhaiter que Fillon n’ait pas de pouvoir, soit pour l’avilir, soit pour le préserver). Le sondage BVA, lui, montre bien que 52% des sympathisants veulent que Copé reste président, contre 47% (le rapport est de 27/69 parmi les Français): légitimisme, lassitude et volonté de finir la séquence, quasi-équilibre également expliquent ce score; cela reste un vrai problème pour Fillon: il faut « se secouer » et « secouer » les autres,

– le nivellement et le « flou » médiatique sur la vraie responsabilité de la fracture et de la division de la droite, ce qui est un vrai risque si l’on en croit l’IFOP sur les logiques à l’oeuvre: d’abord des querelles et rivalités de personnes pour 67% des Français et même 75% des sympathisants UMP; d’abord des désaccords politiques pour 33% et 25%; le problème est aussi sur les « sentiments dominants »: satisfaction (6/4), indifférence (40/9), déception (22/44), inquiétude (21/26), colère (11/17), ces trois derniers sentiments pouvant se retourner contre Fillon et pouvant décourager plus facilement sa base modérée que les « motivés » de Copé; il ne faut donc pas que Fillon lasse ou qu’il finisse « dans le même sac »,

– le manque de moyens financiers, matériels et de base de départ (locaux, fichiers, « main d’oeuvre »),

– l’absence de soutien de ceux qui pourraient dire combien Copé a menti et triché (évidemment, si Juppé répétait vraiment quelles sont les responsabilités de l’échec de sa médiation… s’il avait l’humilité de rallier Fillon et de lui permettre de « sortir par le haut », en légitimant son départ…), combien Sarkozy s’est trompé de stratégie et d’idées et a dévalorisé la bonne idée de réformes (mais je crains que Le Maire, NKM, Apparu, Baroin, Accoyer, Carrez,…d’autres responsables de qualité, ne veuillent pas se « mouiller »),

l’intérêt des socialistes, de Borloo et de Le Pen dans une UMP aux mains d’un arrogant technocrate bling-bling et « droitiste »,

l’intérêt des médias pour les « bêtes » politiques infatigables, dont Fillon ne fait pas partie, mais qui trouvent en Copé une nouvelle incarnation après Mitterrand, Chirac, Fabius, Sarkozy, Royal,…

lui-même, introverti, taciturne, peu charismatique, peu médiatique, trop honnête sur le plan personnel, pas glamour et people, trop sérieux et « père la rigueur », trop proche de la lignée maudite des Debré (non il n’a pas toujours été fou ;)), Barre, Rocard, Juppé.

5. Mais il faut agir vite pour éviter de trop abîmer son image, pour ne pas paraître tergiverser, pour « sortir par le haut », en disant qu’il ne quitte pas l’UMP mais que c’est Copé qui le chasse, pour garder une dynamique, pour créer une situation claire face à une « boue » qui cherchera toujours à s’infiltrer dans tous les interstices (combien de fillonistes flageollent déjà, en dehors même des ralliés de dernière minute, comme Bertrand, Accoyer, Apparu ou même Baroin ?).

Il faut éviter le piège du recours en justice, en tous les cas d’y fonder trop d’espoirs. Les délais sont trop longs à l’échelle du temps médiatique. Et les Lavrilleux et Szpiner suaront encore les allonger… en allant même jusqu’au pénal, qui suspendra le civil. Il faut simplement y voir un moyen d’obtenir moralement satisfaction à long terme, de pouvoir dire en 2015 « j’avais raison ». En tous les cas, cette saisine de la justice, il faut la faire en parallèle de ce que Fillon a déjà esquissé: je laisse la présidence de l’UMP, l’enjeu n’est pas le poste, mais le principe et la morale.
Comme le montre l’IFOP, ce pourrait être trop « diviseur » en termes d’image pour Fillon, la solution prvilégiée étant la direction provisoire Juppé (déjà évanouie…), à 73 contre 27 pour les Français et même 88 contre 12 pour les sympathisants,
ou la nouvelle élection, à 71 contre 29 et 67 contre 33, respectivement,
le recours à la justice ne se situant qu’à 42 contre 58 et surtout 24 contre 76.
Encore le bête travers du « on lave son linge sale en famille », alors que c’est bien la vérité qui doit triompher, famille ou pas… Mais c’est une variable à prendre en compte par Fillon: il faut qu’il dise qu’on l’oblige à partir.

Il doit d’ailleurs éviter le piège de la nouvelle élection, dans lequel s’engouffrent les Juppé, NKM et peut-être bientôt Le Maire et Bertrand, trop contents de voir la chance tourner. Mais ce serait délétère pour Fillon comme pour Copé. Car beaucoup plus de fillonistes sont partis que de copéistes et beaucoup plus de fillonistes s’abstiendraient (écoeurés et méfiants) que de copéistes ou iraient sur les autres candidats, tous plus ou moins « modérés ». Sur un nouveau vote général, Copé est l’allié de Fillon: il ne veut pas aggraver le trou de l’UMP (oui, cela coûte cher de voter…) et il ne veut pas prendre de risque alors qu’il a tout fait pour cadenasser et reconnaître indirectement tout ce qu’il a rejeté depuis le début.
Certes, une version dégradée de la nouvelle élection serait celle de Sarkozy: ne revoter que là où il y a des contestations (problème: qui définit la liste des contestations ?…); cela assure un terreau plus favorable à Copé, tout en évitant d’ouvrir le jeu à Juppé et aux autres. Mais cela paraît trop complexe pour prospérer.

Il faut aussi frapper vite et fort, pour éviter que Sarkozy ne vienne à la rescousse de Copé, non par compassion pour ce dernier, mais simplement pour éviter que l’éclatement de l’UMP ne l’empêche, lui, de revenir…  ou qu’il ne revienne directement lui-même, en se fondant sur le sentiment encore majoritaire, apparemment, de nostalgie du chef le plus « récent ». Si Sarkozy s’investit davantage, il recueillera l’accord des militants, si avides de « sauveur », comme le montre l’image de Juppé dans le sondage IFOP cité plus haut.

« La France peut supporter la vérité« . Mais la droite et le centre-droit aussi et les militants et électeurs de droite et du centre-droit aussi.
Alors, François, il faut emprunter le chemin de la vérité (et de la vie, oserais-je ajouter… ;)), avec confiance et force.
Ce sera dur, mais tout est dur pour celui qui est dans le vrai…
Assez de la dérive sarkozo-copéiste: revenons à un gaullisme rigoureux, à un libéralisme politique tempéré, à des valeurs d’inspiration chrétienne et refondons la droite.

AJOUT DU 27 NOVEMBRE: A l’Assemblée, un nouveau groupe filloniste. Qui s’appelle « Rassemblement-UMP », comme un petit parti calédonien, ce qui permettrait ensuite d’envisager de récupérer une part de la 2e tranche du financement public des partis, si les députés fillonistes s’affilient à ce parti. L’avenir d’une scission totale est donc préservé.
Au Sénat, les fillonistes, qui sont majoritaires dans le groupe, vont tenter de faire partir Gaudin.
Tous ces signes montrent que Fillon est décidé à aller jusqu’au bout.
En outre, avoir d’ores et déjà Baroin, Woerth, Longuet, Marleix, Gaymard, Ollier, peut-être même Accoyer, montre que Fillon est soutenu au-delà de son équipe de campagne (Ciotti, Pécresse, Wauquiez) et de ses fidèles plus ou moins historiques (Chartier, Piron, Tardy,…). Même sans Bertrand, ses soutiens et quelques soutiens tardifs (Apparu), c’est déjà une belle avancée. Surtout si Baroin préside le groupe, ce qui donne une visibilité médiatique et une caution chiraquienne (au sens historique du terme)  très importante.
L’espoir avancé dans l’article ci-dessus n’est donc peut-être pas totalement irréaliste ;).

Election à la présidence de l’UMP: victoire « à la Aubry » de Copé, renoncement « à la Séguin » de Fillon

LUNDI APRES-MIDI: En attendant une éventuelle conclusion de la COCOE, sûrement plutôt mardi voire mercredi (et peut-être pas du tout si le blocage est complet), le journaliste Yves-Marie Cann a effectué une totalisation à partir des données de la presse régionale: 171 803 votants, Fillon 50,03% et Copé 49,97%, soit 93 voix d’écart…Cela signifierait aussi une participation correcte (mais sans plus, à mon sens) au-dessus de 60%.

Par rapport à la carte publiée cette nuit, sont venus s’ajouter le Val-de-Marne et la Corse-du-Sud pour Copé, les Ardennes pour Fillon. Je publierai ce soir une carte actualisée et un commentaire rapide des « surprises » et des confirmations. Etant donné les résultats surprenants de Copé en Aquitaine et dans les Charentes, Juppé aurait pu faire basculer les choses. Il est quelque peu ironique de le retrouver aujourd’hui dans une position de médiateur ultime.

Notons simplement à ce stade que
Sarkozy, le FN, l’UDI, Hollande et le PS peuvent se réjouir (idéal pour le retour du sauveur Sarkozy; idéal pour élargir le pseudo-rassemblement bleu marine; idéal pour grappiller des élus et des cadres et densifier le réseau local de l’UDI et pour engranger de futurs électeurs modérés; idéal pour envisager un second tour Hollande-Le Pen; idéal pour minimiser les défaites européennes et locales du PS en 2014 et surtout 2015),
Fillon ne pourra être le candidat en 2017 que s’il y a des primaires ouvertes (ce qui signifie qu’il faut qu’il soit président aujourd’hui… car Copé ne semble pas clair sur ce point, ce qui serait scandaleux pour les adhérents et dangereux pour la droite, tant la légitimité du candidat socialiste a bénéficié des primaires ouvertes de 2011); sinon, il sera bloqué par Copé ou submergé par Sarkozy,
Copé serait lui-même affaibli et devrait se lancer dans un duel d’éclopés avec Sarkozy, finalement plus ouvert que prévu, pour peu que Sarkozy ne soit pas trop embêté par les juges,
– pour 2022, Copé s’est déjà créé de solides et profondes inimitiés (Wauquiez, Pécresse) ou des préventions extrêmement méfiantes (NKM, Le Maire, Apparu, voire Chatel lui-même qui a peut-être été surpris par ses collègues en copéisme… et qui sait qu’il pourra être « débarqué » à tout moment) sur sa capacité à imposer n’importe quoi et n’importe qui et à s’imposer tout court (Bertrand le savait déjà, mais je parle de 2022: lui sera déjà « out »),
– même s’il n’y a pas de résultats pour les mouvements, la Droite forte aura réussi le plus scandaleurs des coups marketing, en débarquant de nulle part et en gagnant uniquement sur un nom propre (Sarkozy), deux noms communs (sarkozysme, sarkozyste) et un adjectif (forte): ma foi, à l’heure d’une société googlisée, 4 mots-clefs, c’est déjà beaucoup ::( ; on appréciera aussi la capacité d’anticipation de Wauquiez, qui a désormais une assurance-vie en cas de défaite de Fillon, avec sa petite chapelle qui sera financée (enfin, si l’UMP n’est pas en redressement judiciaire d’ici 6 mois…); on appréciera l’habileté des Raffarin, Chatel et Daubresse qui auront détourné une partie des modérés vers Copé, tout cela pour continuer d’exister eux-mêmes ou se créer une future base pour l’avenir (Chatel)
– Juppé aurait mieux fait de concourir, il aurait rendu service à tout le monde et aurait très bien pu se retrouver faiseur de rois ou roi lui-même,
– l’idée d’une co-présidence paraît impossible, mais pourtant… elle vient d’être lancée par le président de la fédération du Pas-de-Calais et Juppé lui-même a appelé à être imaginatif (même si lui-même ne ferait le « bouche-trou » que quelques semaines au plus),
les discours cataclysmiques (malgré ma propre « dépression » politique avancée :P) doivent être relativisés, au regard du parcours socialiste entre 1990-94 et 1997 ou entre 2008 et 2010-12 ou au regard du parcours de la droite entre 1995-99 et 2002 ou entre 2004-06 et 2007; en outre, on ne crée pas un parti comme cela: n’oublions jamais les structures existantes (ne serait-ce que tous les locaux et les équipes, à Paris et dans tout le pays; les groupes parlementaires; les fichiers d’adhérents), mais surtout les financements publics… la scission reste toujours la moins probable des éventualités, même si elle n’est pas impossible;
et puis, les médias oublient vite, les Français oublient vite, tout le monde passe à autre chose en 5 minutes (l’état de grâce de Hollande a duré le temps des départs en vacances; Chirac devient populaire le temps d’une nuit en 2007; Hollande redevient presque présidentiel après quelques blagues à ses potes journalistes l’espace d’une fin d’après-midi; Sarkozy manque déjà aux éditeurs et aux patrons de presse; Audrey Pulvar… euh, bon, y faut bien rigoler un peu 😉 je suis un peu sur les nerfs depuis hier…).

Une belle carte un peu plus tard, donc.

NUIT DE LUNDI A MARDI: voilà, ce qui devait arriver arriva.

Tout le monde dit que c’est une lourde défaite pour Fillon. Je trouve plutôt, vu ce que j’écrivais en début d’année 2012, avant même la défaite de Sarkozy (à savoir qu’il n’y aurait aucun suspense et que Copé serait le nouveau chef de l’UMP), que Fillon s’en sort bien.
87388 (50,03%) contre 87290 (49,97%), soit 98 voix d’écart sur 174678 exprimés… il y a 50 personnes et un Juppé qui devraient mal dormir ce soir… 😛
La participation est difficile à calculer, car nous ne connaissons pas le corps électoral. Il est situé entre les 264137 adhérents à jour au 30 juin et les 300257 à jour au 26 octobre, soit, avec 176608 votants, de 58,8% à 66,9% de participation.

Mais il n’empêche que la vie politique est ainsi faite que Fillon est désormais « grillé » pour l’avenir. Sa déclaration à la manière de Séguin, principielle et ombrageuse, très personnelle voire solitaire, va lui faire perdre, progressivement, la plupart de ses soutiens:
– il y aura les fidèles qui quitteront peut-être l’UMP (Chartier ?),
– il y aura les ralliés de fraîche date qui ont suffisamment d’assise locale et de proximité idéologique avec la nouvelle direction pour se ressaisir et poursuivre leur route (Ciotti, Estrosi),
– il y a ceux qui n’avaient plus rien à perdre ou dont la carrière est derrière eux (Ollier, Gaymard),
– il y aura les ralliés tardifs et discrets qui reprendront les choses là où ils les avaient laissées (Bertrand, Apparu),
– il y aura ceux qui ont trop misé et qui subiront la rancoeur personnelle de Copé (Pécresse et Baroin, les deux grands perdants de la soirée avec Fillon lui-même),
– il y aura enfin celui qui va tenter de reprendre le flambeau de l’aile plus modérée de l’UMP, avec son mouvement apparemment deuxième (Wauquiez), même s’il devra éviter que les « neutres » NKM et Le Maire et que l’anguille Bertrand ne tentent de lui disputer ce rôle de chef de l’opposition interne à Copé.

Et puis, nécessité fait loi, tout le monde rentrera dans le rang. Comme je l’écrivais, on ne crée pas aussi facilement que cela un parti (Michel Noir en sait quelque chose…).

Je tiendrai ma promesse à moitié: voici la carte, mais sans les commentaires ! Oh, elle aprle d’elle-même, non ?

Non justement, il y a quelques subtilités sympathiques (et de magnifiques erreurs de ma part, même si beaucoup de départements sont quand même « bons »). Mais cela attendra quelques jours, je préfère dormir un peu et continuer de retenir mes larmes, comme Fillon et Pécresse 😉

Que l’on me permette en effet ce regret personnel de voir de nouveau disparaître quelqu’un d’intègre, de dévoué et de rigoureux de la scène politique: après Barre, Rocard et Juppé, je suis vraiment déçu :(. Voir Tabarot, Morano, Rosso-Debord, Courtial, Hortefeux, Didier, Karoutchi, Daubresse, Gaudin, Riester, Dati, etc. diriger ce parti ne peut, pour le moment que me laisser quelque peu dépité… Vivement que les Wauquiez, Le Maire, Pécresse, Apparu parviennent à redresser tout cela… 😛
Charles, reviens…

Et maintenant, vivement les primaires de 2016… Mais seront-elles ouvertes ?… Copé est un malin… on peut douter, même s’il aura intérêt, alors, à ne pas trop se droitiser et donc à ouvrir les primaires: les Bertrand, NKM, voire Le Maire, Baroin, Wauquiez se neutraliseront ou « émergeront », comme Montebourg et Valls, tandis que Copé affrontera -peut-être- Sarkozy et le vaincra. Après tout, Sarkozy sera le vieux, le perdant et Copé contrôlera l’appareil, les « petits jeunes » et aura retourné les « puissances » économiques et médiatiques de la drotie à son avantage…

P.S.: le congrès de Reims du PS en 2008 justement… avec tous les soutiens de Royal (ou presque) qui l’ont ensuite abandonnée, notamment Valls, Peillon et Rebsamen… et ce vote truqué et contrôlé par les apparatchiki… et cette marge encore plus faible à l’UMP, puisque Aubry avait (soi-disant) obtenu 102 voix de plus que Royal, sur un total de 134800, soit 50,04% contre 49,96%. Copé encore plus étriqué qu’Aubry !

L’UMP de 2012 à 2017 et à 2022: des alternatives limitées de leadership dans un paysage lourd de nombreuses hypothèques

1. Alors que ce blog fête son premier anniversaire 🙂 et que la campagne officielle pour la présidence de l’UMP s’est ouverte le 5 octobre 2012, quelles sont les perspectives pour le parti de la droite républicaine et pour son leadership?

En premier lieu, rappelons quelques éléments sur l’évolution institutionnelle récente de la France, qui ne feront que s’accentuer avec le temps, quels que soient les appels à la « normalité » ou à la régénération de la démocratie entendus ici ou là.

La France s’est présidentialisée et c’est une tendance lourde.
Le quinquennat a fait du Président le seul leader de la majorité, la dichotomie entre majorité présidentielle et majorité parlementaire relevant désormais de la simple hypothèse d’école pour constitutionnaliste imaginatif. Cette présidentialisation n’est pas propre à la France et touche même les régimes… parlementaires. La pratique du pouvoir de Blair ou de Berlusconi a été présidentielle, comme celle de Harper, de Schröder ou d’autres.
La médiatisation a entraîné une personnalisation de la politique qui se porte en premier lieu sur le Président et non sur son Premier ministre, simplement nommé et facilement révocable. Cette personnalisation influe fortement sur la structure politique même, y compris dans des régimes parlementaires normalement plus dépendants des partis: la personne même de Merkel « sauve » la CDU dans un contexte de progression, mais de division et de faible leadership, des gauches allemandes; l’identité de Monti suffit à stabiliser (temporairement) le paysage politique italien, voire à le recomposer à moyen terme; c’est le débat Rutte-Samsom qui a structuré le résultat des dernières législatives néerlandaises, dans un pays pourtant affecté d’un « régime des partis » et d’un paysage éclaté depuis fort longtemps; face à Cameron, seul atout (avant Boris Johnson?) des Tories, le Labour n’a qu’un petit obstacle avant de revenir triomphalement au pouvoir, son leader Ed Miliband; les travaillistes australiens ont remplacé Rudd par Gillard pour le seul motif de l’image personnelle;…
La demande d’action personnelle d’un chef n’était pas tant liée que cela à Sarkozy: elle est liée à la modernité (une société avec moins de corps intermédiaires et habituée à l’immédiateté et à l’impatience), à la médiatisation, à la personnalisation et Hollande commence de comprendre que la « normalité » dilettante ou même (version plus sérieuse et plus mitterrandienne) la distance byzantine ne peuvent plus avoir cours. Alors, « lui Président », il organise une visite hautement médiatisée et « surprise » à Echirolles…

La France s’est américanisée, en ce sens que son mode de fonctionnement politique (le cycle électoral et les affrontements de leadership) se rapproche de celui des Etats-Unis. Le calendrier politique s’organise autour de la présidentielle, avec des élections locales, européennes ou sénatoriales qui jouent le rôle de midterms.
Il s’agit encore de personnalisation.
Mais il s’agit également d’histoires personnelles, d’étapes dans un parcours, d’influence des médias et des sondages (le climat et la dynamique), de consumérisme politique et électoral (revirements d’opinion rapides, en particulier).

La France s’est « médiatisée », ce qui a renforcé la présidentialisation et a accompagné l’américanisation, mais a aussi entraîné une moindre importance des structures partisanes (Bayrou ou Villepin ont existé malgré tout) et des succès électoraux locaux (qui n’ont pas permis à Royal de vaincre en 2007) et une plus grande importance des positionnements relatifs et personnels et des problématiques d’image (le racisme anti-Blancs en est un exemple récent: reproché à Copé, il ne dérange pas chez Vallaud-Belkacem; peu importe ce que l’on dit, ce qui compte c’est quand on le dit et par rapport à qui, voire où et avec quelle présentation d’ensemble), c’est-à-dire du marketing.

2. Sur ce paysage de fond, viennent s’agréger plusieurs hypothèques majeures pour la droite républicaine, dont elle ne parviendra pas à se libérer facilement, ne les ayant toujours pas résolues.

– La moindre d’entre elles, c’est l’indépendance du centre et du centre-droit.
Bien entendu, Bayrou est politiquement mort et ses grotesques rodomontades face à Borloo ne visent, à la manière d’un Villepin, qu’à se persuader que l’on est encore vivant, alors même que les membres (Vanlerenberghe, Azière, avant sûrement Artigue ou d’autres) commencent à se détacher du tronc désormais sans vie (Sarnez, Gourault).
En revanche, après l’échec de l’ARES et l’incapacité de Borloo à incarner le centre-droit à la présidentielle, celui-ci a enfin « réussi » (c’est presque un oxymore d’associer ce mot à Borloo… très barriste ou séguiniste du point de vue de la « réussite » politique…) à agglomérer le centre-droit. Tout cela est bien sûr fort timide et fragile et ne se fait que par défaut, parce que tous les petits chefs ont unanimement conclu qu’il n’y avait pas d’autre tête connue (c’est ce que Maurice Leroy avait dit, en parlant du seul leader connu du Français de la rue…). L’UDI n’est qu’une UDF en réduction, sans la force historique (au sens de leurs immédiats et plus lointains prédécesseurs, qui remontaient à 1945, voire aux années 1920) et idéologique du CDS et du PR, qui étaient les deux piliers de l’UDF. Aujourd’hui et après la scission du NC, le parti radical apparaît presque comme la force majeure de l’UDI, c’est dire… De plus, aucun centriste ou modéré de l’UMP n’est venu rejoindre l’UDI, pas même les députés UMP qui se sont apparentés à son groupe: que ce soit pour finir une carrière (Méhaignerie, voire Juppé – qui était potentiellement le Barre ou le Balladur de 2012 dans les sondages de 2011), pour retrouver de l’air et des marges de manoeuvre (Léonetti, voire Raffarin) ou pour être le borgne chez les aveugles (Jouanno, NKM, voire Wauquiez).
Malgré tout, même s’il est piquant de voir le radicalisme laïcard succéder à la démocratie-chrétienne molle dans ce rôle (après la parenthèse personnelle Bayrou), l’UDI reprendra probablement l’étiage centriste de 8-10%, celui des élections européennes de 1989 avec Veil ou de 1999, 2004 et 2009 avec Bayrou ou celui de Borloo dans les quelques sondages présidentiels l’intégrant en 2011.
La fin du MoDem va se traduire par un report de 3 points d’électeurs de centre-gauche soit vers un PS moscovicisé ou vallsisé, soit vers l’abstention; par un retour de 3 points vers l’abstention; par un report de 3 points vers l’UDI. Non seulement l’UDI est viable et va donc pouvoir grignoter sur l’UMP, mais le PS va récupérer quelques points sur les ruines du MoDem. Certes, cela peut être compensé (dans l’ouest par exemple), par un retour d’électeurs au centre-droit, après un passage par un PS local rocardisé, mais ce sera relativement marginal et, de toute façon, ne profitera pas à l’UMP.
Ainsi, l’UDI peut être un handicap lourd pour l’UMP au 1er tour d’une présidentielle, avec le risque d’un « 21 avril à l’envers ». De ce point de vue, la victoire de Copé à la tête de l’UMP aggraverait les choses, car il perdrait forcément des électeurs qui se reporteraient sur l’UDI plus facilement.

– De manière liée (le fameux étau qui enserrait Sarkozy entre extrême-droite et centre, avec des pertes d’un côté dès que l’on penche de l’autre), l’hypothèque la plus lourde est évidemment la question lancinante du FN.
Le positionnement actuel de Copé, qui reprend celui de Sarkozy, est-il le bon ? En bref, Sarkozy a-t-il « presque gagné » ou a-t-il « quand même perdu » en mai 2012 ?
Toujours pas réglée, cette question sera encore plus aiguë au fur et à mesure de l’avancée du quinquennat et Hollande s’en servira d’autant plus qu’il pourrait bien ne plus lui rester que cela pour espérer être réélu en 2017.
La crise persistante et l’austérité vont évidemment conforter le FN (pas forcément le faire augmenter, mais en tous les cas consolider sa base de départ).
La pseudo-dédiabolisation (les idées sont les mêmes, mais l’emballage a été renouvelé) pose un problème encore plus grave à l’UMP, puisque les médias semblent présenter Le Pen comme « acceptable », tout en mettant une forte pression sur l’UMP et sa tentation d’alliance avec le Mal.
La dose de proportionnelle envisagée par Hollande ne pourra que rendre encore plus délicat le retour au pouvoir de l’UMP et sera utilisée comme Mitterrand avait su le faire en 2005-2006. De manière accessoire, le futur mode de scrutin pour désigner les conseillers généraux (départementaux ?) pourrait recréer les mêmes débats délétères pour l’UMP dans les départements où il aura besoin de voix du FN pour s’imposer ou espérer s’imposer (Ain, Vaucluse, Loire, Oise, Somme, Aisne, Moselle viennent à l’esprit).
Le « précédent Sarkozy » renforce encore le poids du FN: se délester de sa menace impliquerait forcément de coller à un positionnement « dur » et, en plus, cela n’aurait pas tant nui que cela à Sarkozy en 2012 puisqu’il n’aurait pas été battu si nettement que cela, disent les soutiens de la droitisation.
Bref, mutatis mutandis, l’UMP est confronté au même problème que l’establishment du GOP, sous la pression persistante du Tea Party, qui les oblige à se déporter sur la droite et entretient des débats internes qui affaiblissent le parti. L’effet négatif se sent non seulement pour la présidentielle, mais aussi pour les élections « locales » (en incluant les sénatoriales pour ce qui est des Etats-Unis: voir, par exemple, l’Indiana où le GOP va peut-être perdre un siège à cause du candidat Tea Party qui a triomphé aux primaires): ainsi, les municipales de 2014 s’annoncent déjà fort difficiles pour l’UMP.

Car les municipales se joueront médiatiquement sur les grandes villes, où le PS restera structurellement et sociologiquement fort (Paris et Lyon sont ingagnables pour l’UMP, tandis que Marseille, Nancy, voire Perpignan, Le Havre, Orléans ou Bordeaux, pourraient basculer, avec un Gaudin en bout de course et un Juppé talonné par Feltesse, qui arrive « à point », et que l’UMP ne peut guère espérer reprendre que Metz ou, très éventuellement, Strasbourg, mais rien n’est moins sûr car l’UMP a peu de bons candidats – ce qui fait que des villes comme Caen, Amiens, Montpellier ou Reims, qui devraient être « retournables », ne le seront pas). Les éventuels succès de l’UMP dans des villes moyennes ne se verront pas ou seront masqués par quelques cas problématiques liés à la présence du FN (autour de l’étang de Berre, dans le Vaucluse ou dans le Gard). En outre, malgré les déboires hollandais, l’attachement des Français à la dépense locale (une vraie drogue…) les rend fort réceptifs au socialisme local et n’a pas encore entraîné de révolte fiscale.

– La trosième hypothèque, sur laquelle l’UMP a peu de prise et qu’elle n’a pas résolue à ce jour, c’est l’éventuel retour de Sarkozy.
Soyons clair: la tentative du retour est certaine, je l’ai toujours dit (c’est dans son sang… et puis, l’instinct de revanche…). La réussite du retour est en revanche très peu probable.
D’abord, l’excitation actuelle s’éteindra aussi vite qu’elle est venue: elle est une manifestation supplémentaire des emballements médiatiques de plus plus en nombreux que nous subissons; elle est aussi une conséquence de la vacance actuelle du pouvoir à l’UMP et de la faiblesse du PS, une partie de la gauche recherchant son « meilleur ennemi » pour se remobiliser et se « comparer »…
Dans le même ordre d’idées, Sarkozy continuera de vieillir et le renouvellement à gauche (le gouvernement n’est pas au mieux, mais, au moins, il y a des visages nouveaux -au moins aux yeux des Français, même si Peillon ou Mosco ne sont plus vraiment des perdreaux de l’année) comme à droite (derrière Fillon ou Copé et à côté d’eux, la nouvelle génération va prendre les premiers rôles) va le ringardiser et le faire apparaître comme un has been à la Chirac d’après 2002.
Ensuite, l’une ou l’autre des « affaires » finira bien par produire un résultat rédhibitoire pour Sarkozy.
Sa personnalité n’a pas changé et ne changera pas et ce qui l’a fait rejeter le fera échouer à l’avenir. De manière connexe, l’électorat de droite finira par comprendre (comme c’est un peu le cas avec Copé, semble-t-il) que la gauche n’attend que cela: un retour du « grand méchant loup » qui lui permettrait de se remobiliser et de gagner par défaut. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, les élections ne se gagnent plus forcément en convaincant les indécis, mais encore davantage en mobilisant le plus possible les convaincus de son camp…
Enfin, politiquement, les habitudes des acteurs vont changer une fois que l’UMP aura un nouveau chef (si tant est qu’il assume pleinement son rôle). Les structures et responsables locaux seront renouvelés, les réalignements s’effectueront (voir Baroin ou Estrosi rejoindre Fillon est déjà un premier exemple des recompositions qui peuvent s’opérer).

Cependant, ce retour raté de Sarkozy ne se fera pas tout de suite et, même destiné à échouer, ce retour constituera un élément de perturbation pour la droite et continuera de « plomber » le futur président de l’UMP en laissant planer un doute forcément affaiblissant pour son autorité.
Cette perturbation sera moins forte si Fillon ou Copé gagne largement (à plus de 60%, Sarkozy est fini). Si la victoire est entre 55 et 59%, ce sera insuffisant pour dissiper le doute. Si cela se joue à moins de 55%, alors le président de l’UMP sera réellement affaibli et les divisions internes qui perdureront (guérilla de Copé contre Fillon, en particulier) pourraient avoir raison de l’unité de l’UMP.
Plus précisément, si Copé gagne de manière étriquée, Sarkozy se sentira plus fort pour revenir, mais la concurrence Sarkozy-Copé à venir risquera de déporter l’UMP tellement à droite qu’elle pourrait bien se scinder.
Si Fillon gagne de manière étriquée, Copé servira de sapeur pour Sarkozy, qui se sentira d’autant plus fort qu’il connaît les faiblesses personnelles de Fillon et n’hésitera pas à l’attaquer méchamment, personnellement et directement: ce serait le meilleur cas de figure pour Sarkozy. Ce serait aussi la pire des situations pour l’UMP, qui pourrait alors tellement se déchirer que sa présence au 2nd tour de 2017 serait rien moins qu’assurée.

3. Pour 2017, l’éventail des possibles est forcément limité, quoi qu’en disent les médias en s’ébrouant de plaisir devant les quelques signaux de NKM ou en se repaissant de la candeur des annonces de Bertrand. En réalité, comme aux Etats-Unis, l’emballement, dès le lendemain d’une présidentielle (voire bien avant…), pour de multiples candidats potentiels à l’élection suivante, voire à celle d’après, retombe bien souvent et, finalement, ce sont les poids lourds « évidents » qui l’emportent, même avec difficulté: Kerry ou Romney en sont de bons exemples.

Ainsi, en 2017, cela se jouera entre Fillon, Copé et Sarkozy.
Je viens de dire la conviction que ce dernier n’y parviendrait pas. La pratique américaine est qu’un sortant (président ou vice-président, d’ailleurs) battu ne peut plus retenter sa chance. Certes, on trouvera toujours des exceptions (Nixon). Mais la tendance semble bien lourde d’une « ouverture » au niveau des primaires et d’un retour à l’impératif d’efficacité au niveau de l’élection proprement dite. Ainsi, Romney a plutôt bénéficié de sa campagne des primaires de 2008, plutôt réussie, et de son ralliement « à point » à McCain (suffisamment tard pour montrer sa propre force, suffisamment tôt pour ne pas pénaliser son propre camp, ce qu’avait fait en partie Huckabee); malgré la droitisation du GOP, il a quand même réussi à être le candidate, largement sur la base d’un critère: il serait le plus apte à battre Obama.
Or, quel que soit l’attachement du militant de droite à la culture du chef, la volonté de gagner est la plus forte et c’est ce qui devrait exclure la solution Sarkozy.

C’est aussi la raison pour laquelle Fillon est le mieux placé. Il est le candidat « attrape-tout », celui le plus en mesure de récupérer le centre-droit et le centre sans faire fuir les électeurs du FN.
Le récent sondage CSA pour i-Télé et Atlantico.fr (2-3 octobre 2012 auprès de 1002 personnes dont 860 inscrits) mesurait le potentiel électoral dans une confrontation de second tour avec Hollande. A la question de savoir si les personnes interrogées pourraient voter pour lui, il a été répondu, respectivement « oui, certainement » / « oui, peut-être » / « non, en aucun cas » / « ne sait pas »:
Fillon 37 / 24 / 36 / 3
Sarkozy 39 / 15 / 45 / 1
Copé 22 / 25 / 48 / 5
Ces chiffres confirment ce qui a pu être dit pendant toute la campagne présidentielle: Sarkozy mobilise bien sa base, mais se heurte à un plafond de verre qui lui interdit de franchir facilement les 50%. Fillon n’a pas ce problème, alors que Copé essuie un refus encore plus net que Sarkozy, sans enthousiasmer autant sa base.

Auprès des sympathisants du centre (soit, pour ce sondage, le MoDem, le NC et le parti radical), Fillon est évidemment dominant et Copé s’en sort encore plus mal que Sarkozy:
Fillon 53 / 27 / 19 / 1
Sarkozy 36 / 27 / 36 / 1
Copé 25 / 27 / 43 / 5

Auprès des sympathisants du FN, Sarkozy est logiquement le meilleur, mais Fillon n’est pas en retrait par rapport à Copé:
Fillon 34 / 32 / 33 / 1
Sarkozy 53 / 22 / 25 / 0
Copé 32 / 27 / 35 / 6

Enfin, auprès des sympathisants UMP, Fillon est quasiment au niveau de Sarkozy et Copé est étonnamment fragile, ce qui signifierait probablement, en 2017, au profit d’un Borloo coiffé et sobre ou d’une Le Pen poussée par le buzz médiatique et créerait un risque réel de « 21 avril à l’envers »:
Fillon 78 / 15 / 5 / 2
Sarkozy 82 / 12 / 4 / 2
Copé 49 / 35 / 13 / 3

De même, le sondage OpinionWay pour le Figaro (27 septembre-1er octobre, auprès de 523 sympathisants extraits d’un échantillon total de 2213), sur l’image comparée de Copé et Fillon, place ce dernier en position de force:
certes, la réponse dominante pour toutes les catégories (sauf une, le charisme) est: « les deux »;
certes, Fillon a un retard de -21 sur « dynamique » et de -16 sur « moderne »;
mais il parvient à ne pas céder de terrain sur « proche des adhérents et des militants » (-5), argument majeur de Copé, ni sur la personnalité (« a une force d’entraînement » à -2, « déterminé » à -1), ni sur le renvouellement à l’UMP (« incarne le renouvellement de la droite » à +2, « a des idées nouvelles » à +2, alors que Copé joue au Sarkozy avec du buzz quasiment chaque jour);
il reste surtout fort sur des éléments de personnalité sur lesquels il semblait partir avec un désavantage (« charismatique » à +13, « courageux » à +10, « sait où il va » à +17, mais le caractère vibrionnant de Copé sur le modèle de Sarkozy est sûrement contre-productif);
sur une capacité à mener l’UMP et à être proche de son « coeur » (« a l’autorité d’un chef de parti » à +13, « proche de vos préoccupations » à +19, « incarne bien les valeurs de la droite » à +16, « a un projet pour la droite » à +14, « fidèle aux idées de Sarkozy » à +16, alors qu’il s’agit là de l’autre argument majeur de Copé);
sur une capacité à gagner les élections, y compris locales tant mises en avant par Copé (« capable de mener l’UMP à la victoire aux élections de 2014 » à +20, « incarne l’avenir de la droite » à +15, « capable de rassembler les électeurs de droite » à +20, « ferait un bon chef de l’opposition » à +16).

Alors même que ce sondage n’aborde pas l’expérience, les qualités d’homme d’Etat ou la capacité à gagner en 2017, qu’il est donc « en ligne » avec les souhaits de Copé (et du Figaro ?), Copé est ainsi distancé là même où il devrait au moins faire jeu égal et dans une mesure « qualitative », sûrement bien plus révélatrice que les sondages bruts sur le candidat préféré.

Si ces résultats sont positifs pour Fillon à court terme, ils le sont surtout à moyen terme, car ils pourraient signifier que sa présidence de l’UMP ne serait pas trop remise en cause en 2015 (le président de l’UMP est élu pour 3 ans).
D’abord, le fait de diriger permet de renouveler les structures et les apparatchiki et de s’assurer de nouvelles fidélités.
Ensuite, si les municipales de 2014 ne seront pas forcément extraordinaires pour l’UMP, les européennes de 2014 devraient être catastrophiques pour le PS (les Verts et le FG reviendront sur le devant de la scène) et les régionales et départementales seront raisonnablement bonnes pour l’UMP, tant elle part de bas en nombre de conseils régionaux et généraux (les régionales seront d’ailleurs plus médiatisées que les départementales et c’est précisément dans les régions que l’UMP a davantage de chances de gains).
Enfin, il est peu probable que Copé puisse refaire son retard si Fillon s’il perd en 2012. Bien entendu, il mènera une guérilla implacable et fera tout pour affaiblir Fillon; il facilitera la tâche de Sarkozy; mais il ne pourra le faire qu’en restant sur le créneau droitier et, sauf à ce que le FN crée un séisme aux européennes ou aux régionales, il est peu probable que le paysage général soit profondément modifié: l’UMP n’aura pas forcément progressé mais elle n’aura pas régressé et, surtout, le PS se sera effondré ce qui, par simple différence, fera apparaître Fillon comme un bon chef de l’opposition.

Peut-être tombé-je dans un optimisme excessif (maintenant que je suis sûr de pouvoir voter le 18 novembre… :P) mais, si Fillon dépasse les 55% (60% seraient mieux, mais il ne faut pas être trop exigeant), il devrait logiquement être le candidat pour 2017.

4. Quid, donc, de 2022 ?

Bien sûr, si Fillon est élu en 2017 (je continue d’en douter…), il sera le candidat sortant en 2022 et se représentera, selon la logique américaine.

Si Hollande est réélu en 2017 (rien n’est exclu: une forte Le Pen, un retour d’une croissance correcte, des mesures électoralistes, une division de l’UMP,…), Fillon sera bien entendu la victime expiatoire de la défaite. Les possibilités ne sont alors pas si nombreuses que cela.

D’abord les hypothèses fantaisistes:
Sarkozy pourra-t-il revenir en 2022 ?…. Il n’aura que 67 ans…. Et si la métaphore américaine doit être filée jusqu’au bout, la victoire de Nixon en 1968 revient de très loin…. C’est quand même peu probable car les prétendants seront nombreux et, surtout, l’échec de son retour en 2016 devrait avoir mis un terme définitif à sa carrière.
Christine Lagarde a un an de moins que Sarkozy…. Je l’évoque simplement parce qu’elle est maintenue dans les différents baromètres de popularité, mais il est évident que cette argentière plus anglo-saxonne que franchouillarde n’a strictement aucune chance dans notre pays.

Ensuite, les hypothèses qu’aiment évoquer les médias dès qu’une tête dépasse les autres de quelques centimètres pendant quelques minutes; par ordre de probabilité croissante
Chatel est par trop libéral et a également une image de privilégié (au mieux, il peut viser Bercy);
Baroin est clairement trop dilettante et « fils à papa » et, à force d’être le jeune premier, sera bien défraîchi;
Bertrand a été un bon ministre technique, mais sa popularité est faible et il a largement échoué à la tête de l’UMP: trop rigide, peu charismatique, ne pouvant s’empêcher de dégager une image d’hypocrisie et d’absence de sincérité; en outre, il est élu d’une circonscription très difficile;
Pécresse a acquis une image de « bourgeoise » et de privilégiée qui la disqualifie probablement de manière définitive pour une présidentielle; elle fait partie de ces responsables politiques (comme Baroin, mais peut-être même pas comme Bertrand) qui ne peuvent espérer, au mieux, qu’être Premier ministre (un peu à la Bianco, en son temps);
NKM est à mon sens trop « décalée », sur le plan personnel, et une forme de sincérité et une réelle intelligence ne pourront compenser le fait qu’elle serait également considérée comme une privilégiée et une « fille à papa »; sa circonscription est, en outre, délicate; elle peut largement envisager Matignon, mais plafonnerait pour une présidentielle, même si, comme Pécresse, elle a l’avantage d’être, tout simplement, une femme;
– un peu en retrait mais très proche de la catégorie suivante, Le Maire est probablement trop technocratique et sérieux pour espérer même concourir à la magistrature suprême; sa campagne interne à l’UMP fut claire et cohérente et il a déjà des relais; son bon potentiel (une certaine clarté et fermeté personnelles; une réelle compétence; un positionnement central à droite, comme Fillon) ne sera toutefois probablement pas suffisant pour effacer l’image d’énarque; Le Maire est évidemment un candidat naturel pour Matignon, mais, au-delà, il pourrait ne pas faire mieux qu’un Moscovici.

Reste les vrais postulants à la candidature pour 2022:
Copé, bien sûr, qui est né pour la présidentielle, ne pense et n’agit que pour cela, ce qui est bien la caractéristique commune à tous les Présidents récents de la Ve République (VGE, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, mais aussi Hollande, quoi qu’il veuille laisser paraître); de toute façon, il essaiera jusqu’au bout et il est bien possible qu’après avoir aidé à torpiller Fillon en 2017, il s’apprête à récupérer la mise en 2022…
– à moins qu’entretemps, Wauquiez n’ait réussi à s’imposer: il est clairement d’un matériau présidentiable, est déjà focalisé sur cet objectif et a su se positionner à la fois à droite (les assistés) et chez les modérés (héritage de Barrot, « droite sociale », classes moyennes), tout en « sentant » les évolutions socio-politiques modernes (les « sujets de la vie quotidienne » de ceux qui votent); il a un très bon ancrage local, alors même que sa circonscription n’est plus aussi acqusie à la droite.

D’aucuns pourraient nous enjoindre d’être plus volontaristes et de regarder vers les plus jeunes. Mais la France n’en est pas encore au stade du Royaume-Uni ou des Pays-Bas et l’exemple américain n’incite pas à penser qu’une carrière météorique soit possible dans un régime présidentialisé. Obama n’est pas un contre-exemple: il a eu du mal à s’imposer face à Hillary Clinton (il a eu moins de voix qu’elle… ne l’oublions pas) et il n’a pas gagné pour sa jeunesse mais pour sa couleur de peau (y compris dans la nuance pas trop foncée, quand même…) et grâce à une stratégie et une organisation exemplaires.
Il faudrait alors surveiller un Guillaume Peltier, infatigable et ambitieux, mais très à droite, ou un Christophe Béchu, auréolé de succès électoraux locaux, mais trop locaux justement. Toutefois, le creuset local, bien que riche en espoirs (Edouard Philippe, Valérie Boyer, Philippe Dallier déjà « amorti »,…), ne laisse pas apparaître beaucoup de futurs « présidentiables ». Mais, après tout, Wauquiez aura, en 2022, à peine plus que l’âge de Valls aujourd’hui…

5. En attendant 2022, cette élection à la présidence de l’UMP semble un peu moins incertaine (le ralliement de Baroin semble avoir porté un coup psychologique à Copé, qui a de plus en plus de mal à sourire), mais n’oublions pas le débat du 25 octobre, ni l’ampleur de l’écart entre les deux hommes. Bref, il reste matière à suspense et, même si la campagne connaît peu de rebondissements, on pourra se consoler avec une présidentielle américaine présentant, enfin, un peu d’intérêt (même si le rebond national de Romney ne devrait pas durer et, surtout, ne devrait pas se traduire suffisamment Etat par Etat pour qu’il espère raisonnablement l’emporter).

Bientôt, quelques spéculations sur le PS en 2017 et en 2022…

Election à la présidence de l’UMP: stabilité des sondages et inutilité de Xavier Bertrand

1. La dernière livraison de l’IFOP pour Paris-Match (sondage réalisé les 6 et 7 septembre 2012 auprès d’un échantillon total de 1007 personnes) ne repose pas sur un questionnement direct pour la présidence de l’UMP, mais sur la « préférence pour une personnalité » et donc s’en rapproche clairement et, comme pour les trois précédents « tableaux de bord », je l’intègre dans notre graphique général du rapport de force Fillon-Copé:
Fillon 73 (+3)
Copé 25 (+1)
ni l’un ni l’autre 1 (-5)
ne se prononce pas 1 (+1)

Fillon est proportionnellement plus fort avec l’âge et recrute dans toutes les catégories de diplômes. Il est moins fort chez les ouvriers (62-33) et, marginalement, chez les commerçants et artisans (67-29).
La seule évolution de moyen terme décelable est l’évolution « politique », avec une situation davantage de centre-droit pour Fillon, qui était moins marquée avant l’été: 62-36 chez les électeurs FN et 64-32 chez les électeurs Le Pen, mais 74-19 chez les électeurs PS et 91-8 chez les électeurs Bayrou.
Toutefois, il reste fort dans le coeur de l’électorat UMP: 71-27 chez les électeurs Sarkozy.
Chez les électeurs PCF-PG, le rapport est de 65-16.

Publié avant-hier, le sondage IFOP pour Atlantico.fr est plus intéressant, mais donne exactement le même rapport de forces. Réalisé du 11 au 14 septembre 2012 auprès de 428 sympathisants de l’UMP (extraits d’un échantillon total de 2012 personnes), il donne
Fillon 59 (-3)
Copé 20 (-1)
NKM 6 (+2)
Le Maire 4 (+2)
Bertrand 3 (+2)
Guaino 1 (+1)
aucun 7 (-3)

Malgré un grignotement de chacun des petits candidats, le duel majeur n’est pas remis sérieusement en cause.
Dans le détail, les caractéristiques de l’électorat potentiel de chacun sont comme immuables.
Fillon est quasiment d’autant plus fort que l’âge est plus élevé: toujours un bon élément en termes de mobilisation potentielle.
Il est fort dans toutes les CSP, sauf chez les ouvriers (Copé est à 36%) et les « autres inactifs », soit les étudiants et les chômeurs (Copé à 25%), catégories de toute façon peu représentées à l’UMP et moins susceptibles de se déplacer. En termes géographiques, si Le Maire est relativement bon dans les communes rurales (8% – même score chez les retraités), Fillon fournit un score étonnant en Ile-de-France: 64-17 contre Copé. Mais, ici, l’écart entre sympathisants et militants peut être très fort, encore davantage que dans toutes les provinces.

La prédominance sondagière de Fillon se poursuit donc, sans grand changement, avec toujours le même bémol: ce sont bien des sympathisants déclarés qui sont sondés, non les adhérents de l’UMP, ceux qui iront voter.

Il paraît peu envisageable que le rapport soit inversé ou même que Copé soit légèrement au-dessus de Fillon, à 51-49. Si les sondages devaient se stabiliser ainsi jusqu’à la fin, le rapport de forces final serait probablement de 60-40, celui qui permet d’affirmer qu’une victoire est solide et légitime:
Jospin-Emmanuelli  (primaire de 1995) 65,8/34,2
Alliot-Marie-Delevoye (présidence du RPR de 1999) 62,7/37,3
Pécresse-Karoutchi (primaire régionale de 2009) 59,9/40,1
Le Pen-Gollnisch (présidence du FN et primaire de 2010) 67,7/32,3
Joly-Hulot (primaire de 2011) 58,2/41,3
Mélenchon-Chassaigne (primaire de 2011) 59,1/36,8
Hollande-Aubry (primaire de 2011) 56,6/43,4.

Il paraît donc difficile de croire que l’on pourrait se retrouver dans le scénario du PS en 2008 (Aubry-Royal).
Et pourtant…

2. La « bataille des ralliements » continue de battre son plein. L’incertitude continue notamment de peser sur le positionnement de Juppé et, de manière secondaire, de Bertrand, Le Maire et NKM.

Cela fait beaucoup d’inconnues et Copé, tant auprès de Juppé que de Le Maire et, évidemment de Baroin, conserve une capacité de conviction importante.
A l’heure actuelle, la période n’est pas faste pour Copé car, après Estrosi et Morano, Fillon a réussi à arracher Bussereau et Lancar à l’autre camp. Concrètement, ce ne sont pas des super-poids lourds. Mais, localement, Bussereau peut compter dans une fédération (Charente-Maritime), dont nous avons vu qu’elle n’était pas négligeable, et dans une région où il est en mesure de contrebalancer en partie l’influence de Raffarin.
Quant à Benjamin Lancar, il dirige quand même les Jeunes Pops, dont nous venons de voir qu’a priori, ils étaient largement copéistes. Et il représente justement une « force militante »: à force, l’argument de Copé sur « les militants contre les barons » ne pourra quand même plus trop tenir.
Surtout, dans l’un comme dans l’autre cas, tout concordait pour les inscrire parmi les soutiens de Copé. D’ici à ce que la même surprise ait lieu sur Le Maire ou même Baroin…

Quant à Xavier Bertrand, il semble avoir tout faux. Il a encore réussi à repousser le jour de sa décision, en entretenant artificiellement le suspense sur sa candidature. Aujourd’hui, il veut monnayer son ralliement et fait peser une pseudo-menace avec sa candidature à la primaire de 2016… Quelle arme nucléaire quand on voit son niveau dans les sondages… De l’art de rentabiliser au maximum ses 3-4%… Mais, à force de se faire désirer, plus personne ne l’attendra et la vraie campagne débutera sans lui, entre le 18 septembre et le 5 octobre. Il apparaît un peu comme la grenouille voulant se faire plus grosse que le boeuf…

(Nous reviendrons sur la perspective de 2016-17, mais constatons d’ores et déjà que nous sommes, électoralement parlant, dans une optique désormais totalement américaine, conséquence logique et prévisible dès 2000 avec l’adoption du quinquennat.)

Encore davantage que les ralliements, la « bataille des parrainages« , à partir de demain, sera sûrement utilisée par Copé pour tenter d’amorcer une dynamique inverse.

Les copéistes annoncent qu’ils sont au-delà des 20 000 parrainages, tandis que les fillonistes seraient aux environs des 15 000. Mais nous ne saurons en réalité jamais véritablement combien de parrainages valides chaque candidat aura reçus, puisque la COCOE (commission d’organisation) ne publiera que la liste des candidats retenus, sans le nombre de parrainages validés, sur le modèle du Conseil constitutionnel en matière d’élection présidentielle.

Certes, les copéistes ont dit qu’ils tiendraient les parrainages à la disposition de journalistes pour prouver leurs dires (et la confidentialité ? ils optent maintenant plutôt pour un constat d’huissier…), mais il est certain qu’il y aura un peu d’intoxication, probablement comme Xavier Bertrand, avec ses sacs censés contenir 8 200 parrainages.

Surtout, étant donné la différence sociologique des électorats potentiels de Fillon et de Copé, il y a fort à parier que les copéistes sont plus mobilisés que les fillonistes: ainsi, une avance sur les parrainages aura bien un effet médiatique positif pour Copé, mais elle ne signifiera pas pour autant un rapport de forces équivalent dans l’ensemble des adhérents (déjà, je peux vous assurer que Fillon aura au moins 2 voix de plus que le nombre de ses parrainages 😀 ): c’est la même chose pour l’affluence aux meetings, qui n’annonce pas le résultat dans les urnes.

Toutefois, ce sont le ou les débats télévisés qui constitueront probablement le morceau de choix: la « bataille médiatique » reste la plus importante. La campagne de terrain restera sûrement importante, mais elle ne mobilisera que les déjà convaincus; elle peut avoir seulement un effet indirect, en convaincant les médias que la dynamique est plutôt chez l’un ou chez l’autre et en modifiant alors, éventuellement, le discours ambiant. Dans cette campagne de terrain, alors que Fillon n’est toujours pas débarrassé de ses cannes (on a dépassé les 15 jours, pourtant…), il apparaît néanmoins presque aussi présent que Copé, au moins sur le plan médiatique.

Les débats télévisés auront une possibilité d’influence essentielle car ils peuvent éventuellement modifier les traits d’image. Copé devance Fillon sur un seul trait, le dynamisme, mais justement peut en faire un levier en focalisant les choses sur le fonctionnement du parti. Toutefois, dans le contexte général, la stature, l’expérience et le positionnement rocardo-juppéo-barriste de Fillon lui assurent une forte avance.

De ce point de vue, la position de challenger de Copé est plus intéressante, car les médias (comme nous tous 😉 ) aiment le suspense et les « remontées fantastiques ». Ceci étant dit, les petites bisbilles internes au gouvernement, les premiers « pas de géant » de l’hypo-président, le Premier ministre déjà essoré pour certains, tout cela semble encore devoir agiter le microcosme pour quelques temps. L’essentiel pour Fillon serait que les médias continuent de traiter l’UMP comme une simple distraction, sans remettre en cause l’actuel bruit de fond d’une « victoire annoncée ».

J’ai cependant du mal à croire que cela tiendra 2 mois entiers, même avec le répit des vacances de la Toussaint. Or, si Copé parvient déjà à modifier son image médiatique, ce sera une grande partie du chemin, car la modification viendra alors parmi les adhérents et militants, plus réceptifs et réactifs que l’ensemble des sympathisants. Il n’a de toute façon rien à perdre et peut se permettre d’être plus offensif, de réclamer plusieurs débats et une formule en face-à-face et non en côte-à-côte et de continuer d’utiliser les relais de la logistique d’appareil (quand on reçoit, à 1 seconde d’intervalle, un SMS de JFC candidat annonçant une réunion locale et un SMS de JF Copé SG annonçant la bonne prise en compte de la réadhésion, on peut effectivement douter de l’impartialité totale de l’appareil du parti… 😛 ).

Et puis, je me répète sur ce point également, mais les médias de gauche pourraient se réveiller en faveur de leur « meilleur ennemi » (sachant que, de l’autre côté, le Figaro et Atlantico semblent tenir, pour le moment, sur une position de neutralité prudente et attentiste…).

A suivre dès demain…

Election à la présidence de l’UMP: que nous apprend la répartition des adhérents de l’UMP sur le territoire ?

1. Peu de Français sont syndiqués et peu de Français sont membres d’un parti politique. Le phénomène est général dans les pays industrialisés, mais il a toujours été plus marqué dans les pays occidentaux et en France en particulier.

L’UMP n’échappe pas à cette situation. Globalement, les adhérents de l’UMP représentent 0,3942% de la population française (en tous les cas, ceux à jour de cotisation au 30 juin 2012). Certes, il peut être factice de prendre en compte les Français âgés de moins de 18 ans, mais il n’y a pas d’âge légal minimum pour adhérer à un parti et aucune limitation ne figure dans les statuts de l’UMP (le PS indique 15 ans); d’ailleurs, dès l’instant où le représentant légal du mineur l’autoriserait, il n’y aurait de totue façon aucune limite, dans la mesure où il s’agit de la liberté d’association. Bref, les proportions retenues ici le sont par rapport à l’ensemble de la population.

Les regroupements en tranches « irrégulières » ont été effectués pour associer des départements plus similaires: j’ai scindé là où apparaissait un écart conséquent entre deux départements.

Plusieurs éléments paraissent régir la répartition territoriale des adhérents de l’UMP:

– comme élément modérateur, la présence d’un centre-droit fortement incarné sur le plan local semble avoir freiné l’implantation de l’UMP: Sauvadet en Côte d’Or, Leroy dans le Loir-et-Cher, Loos, Zeller, Bockel ou quantité de « divers droite », radicaux et centristes en Alsace; la Bretagne, le Nord-Ouest en général, mais aussi l’Eure-et-Loir, les Deux-Sèvres ou l’Aveyron (malgré la longue présence de l’atypique RPR Godfrain) ont des traditions UDF ancrées et qui ont probablement limité la progression de l’UMP;

– le gaullo-chiraquisme de jadis conserve encore quelques traces: franges occidentales du Massif Central, Périgord, façade atlantique du Sud-Ouest, Paris et les banlieues riches ou moyennes de la capitale. L’influence de quelque baron local du passé peut également constituer un élément d’explication possible: Lipkowski en Charente-Maritime, Ollier dans les Hautes-Alpes, Mancel et les vieux Dassault dans l’Oise, Galley dans l’Aube;

– de ce point de vue, des héritages ont pu se faire et de nouveaux barons prolonger l’influence de leurs aînés: Bussereau en Charente-Maritime, Marini, Woerth, Courtial et Dassault dans l’Oise, Copé en Seine-et-Marne (après Peyrefitte et Larché), Novelli et Peltier en Indre-et-Loire (après Royer), Baroin dans l’Aube, même Raffarin dans la Vienne (après Monory);

– l’influence de barons locaux plus « récents » n’est pas à exclure: Bertrand dans l’Aisne est l’exemple le plus frappant; mais aussi peut-être Chatel en Haute-Marne (bien que le sanctuaire du gaullisme puisse à lui seul expliquer cette situation);

– la politisation plus grande liée à l’urbanisation peut en partie expliquer les pourcentages élevés d’adhésion en Ile-de-France, dans le Rhône ou même en Loire-Atlantique (en comparaison de son environnement, dans ce dernier cas); à l’inverse, la faible implication politique dans des départements traditionnellement abstentionnistes (Nord-Pas-de-Calais, Moselle ou même Loire) se retrouve peut-être, aussi, dans la carte de l’UMP;

– mais c’est évidemment la droitisation du Sud-Est qui est extrêmement lisible, avec un arc Menton-Arles très puissant, mais aussi des terres plus à gauche où l’appartenance à l’UMP est forte: Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales, Vaucluse, en raison d’une prédominance RPR (ou DL « dure ») suivie d’un quasi-monopole UMP à droite. Le contraste avec l’Alsace-Moselle ou l’Orléanais, pourtant fortes terres de droite est frappant: c’est bien une droite boutiquière et industrieuse, mâtinée d’une droite de retraités héliotropiques, qui a investi en masse l’UMP.

Il faut bien sûr garder à l’esprit quelques précautions et nuances dans l’interprétation de ces chiffres. Le caractère restreint du nombre d’adhérents dans certains départements peut rendre le pourcentage fort variable (Saint-Pierre-et-Miquelon est largement en tête…). Dans les DOM et les COM, le manque de fiabilité de certains recensements peut altérer celle dudit pourcentage. En ce qui concerne les Français de l’étranger, l’inertie dans l’actualisation de l’immatriculation peut également conduire à fausser ledit pourcentage.

2. Tout cela reste cependant fort peu encourageant pour Fillon.

La forte présence provençale, azuréenne et languedocienne, représentative de la droitisation de l’UMP ne peut le favoriser, même s’il bénéficie là de ralliements de poids (Estrosi, Ciotti, Falco, Léonetti). Les contingents importants d’Ile-de-France, même dans des départements plus à gauche, sont loin d’être seulement le fait de cadres, professions libérales et professions intellectuelles plus fortement engagés; il y a bien une composante populaire « vindicative » qui tire vers la droite et sera plus attirée par la candidature Copé, d’ailleurs ouvertement revendiquée comme « populaire » et ancrée dans des terres « difficiles » (sous-entendu, de gauche et FN). Copé, en outre, est un voisin et cela peut encore renforcer ses probables bons scores en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, voire dans le Val-d’Oise.

Qu’il s’agisse de la droite boutiquière, des artisans-commerçants, ou de celle des retraités conservateurs et sécuritaires, cette « droite dure » se tournera plus naturellement vers Copé, même si Fillon peut rassurer le grand âge.
Qu’il s’agisse de la droite industrieuse, celle des entrepreneurs, dont le libéralisme la fera suivre des Chatel, Novelli et Mariton chez Copé, ou celle d’exploitants agricoles, pour qui la présence de Jacob chez Copé comptera, la tâche de Fillon sera rude.

Certes, Fillon peut espérer réaliser quelques percées chez les cadres supérieurs et entrepreneurs, plutôt en Ile-de-France ou dans le Lyonnais. Mais cela ne contrebalancera pas forcément les gros contingents dont il vient d’être question.

De plus, la faiblesse du nord-ouest, de l’ouest du grand bassin parisien, mais aussi de terres plus raisonnables et/ou plus traditionnelles du nord-est (Alsace, Bourgogne historique), ne peut que réduire la base de départ de Fillon, plus modérée.

Même dans des fédérations plus « mélangées » et équilibrées, Fillon risque de pâtir de ralliements nombreux du côté de Copé, soit de barons locaux (Oise, Indre-et-Loire), soit de l’appareil local (Rhône), ou de ralliements quasiment « contre nature » (Daubresse dans le Nord, Raffarin en Poitou-Charentes).

Certes, Fillon continue de rallier:
– Devedjian l’a bien entendu rejoint, mais c’est plutôt une… mauvaise nouvelle, tant Devedjian est un marginal dans son propre département,
Morano a créé une grande surprise en ralliant Fillon: là, en revanche, le jeu est peut-être réouvert en Meurthe-et-Moselle, même si Rosso-Debord est, elle, derrière Copé et même si un certain nombre d’adhérents modérés ont dû suivre Hénart dans l' »aventure » d’un parti radical indépendant de l’UMP,
– Teissier, à Marseille, ne se rallie que parce qu’il est l’ennemi des ennemis de Fillon (Gaudin, Deflesselles,…). Avec Valérie Boyer (que l’on a tort de résumer à une représentante supplémentaire de la Droite populaire et qui prend ici date, alors qu’elle aurait très bien pu être une solution habile de Gaudin pour le remplacer), il apporte toutefois une petit bouffée d’oxygène à Fillon dans les Bouches-du-Rhône, ce qui « libèrera » sûrement le vote de quelques militants.

Il reste des ralliements à venir qui pourraient continuer de le favoriser:
– Bussereau n’a, à ma connaissance, pas fait connaître sa préférence et, même si ce serait là aussi une petite surprise, il pourrait opter pour Fillon, même si Quentin, à Royan, semble davantage destiné à soutenir Copé; la Charente-Maritime est une fédération numériquement non négligeable,
– Carrez ne veut finalement pas s’aligner et c’est plutôt un recul pour Copé,
– Accoyer pourrait sortir de son non-alignement et assurer un bon score en Haute-Savoie,
– logiquement, Le Maire devrait le rejoindre et garantir le département de l’Eure et un peu au-delà (Seine-Maritime et Eure-et-Loir),
Juppé, bien entendu, aurait un poids significatif dans toutes les fédérations d’Aquitaine (avec, de manière accessoire, MAM dans les Pyrénées-Atlantiques) et au-delà (Edouard Philippe, le maire du Havre, suivrait alors probablement vers Fillon si à la fois Juppé et Le Maire le soutiennent; idem pour Apparu qui rééquilibrerait le combat dans la Marne); mais les copéistes ont vu quelques signaux de Juppé en faveur de Copé (insistance sur les « mouvements », par exemple),
Bertrand assurerait l’Aisne, fédération non négligeable, comme nous pouvons le constater sur la carte, mais aussi de bons scores en Picardie et un peu plus au nord.

Mais Copé peut encore compter sur quelques ralliements tardifs mais pouvant avoir un certain retentissement:
Baroin, même si, comme je l’ai dit, plus il attend, moins il comptera,
– d’autres barons locaux comme Warsmann dans les Ardennes, Fromion dans le Cher ou Marleix en Auvergne (surtout avec Hortefeux en plus) peuvent encore le rejoindre.

Bref, rien n’est joué, loin de là. Il est vrai que le fait que Copé éprouve le besoin de déclarer qu’il « sen[tait] une dynamique » tendrait plutôt à prouver qu’il ressent quelques difficultés. Mais l’échéance est lointaine.

L’actualisation de ma carte de pronostics, en prenant en compte les ralliements récents (y compris Béchu dans le Maine-et-Loire, par exemple), montre que la faiblesse de Fillon en Ile-de-France, dans le Suid-Est et dans le Nord-Est pourrait suffire à Copé à refaire son retard.

Election à la présidence de l’UMP: la dynamique Copé ne parvient pas (encore ?) à s’imposer

1. Un sondage TNS-Sofres pour i-Télé, réalisé le 30 août 2012 auprès de 1000 internautes (la précision est ainsi donnée: il ne s’agit pas de Français interrogés par Internet, mais d’internautes, sans que l’on sache quelle a été la différence de recrutement, puisque l’échantillon est toujours censé être représentatif de l’ensemble de la population), pose des questions différentes des désormais réguliers sondages IFOP mais tend vers le même constat d’une prédominance persistante de Fillon.

A la question « qui est en train de gagner ou de perdre des points ? » dans la campagne pour la présidence de l’UMP, les résultats sont les suivants parmi les sympathisants UMP (gagner/perdre/ni l’un ni l’autre/sans opinion):
Fillon 64 / 11 / 14 / 11, soit un solde positif de 53 (dans l’ensemble de la population, solde positif de 33)
Copé 37 / 32 / 19 / 32, soit un solde positif de 9 (dans l’ensemble, solde négatif de 5)
NKM 11 / 22 / 44 / 23, soit un solde négatif de 11 (dans l’ensemble, solde négatif de 14)
Le Maire 6 / 18 / 40 / 36, soit un solde négatif de 12 (dans l’ensemble, solde négatif de 8)

A la question du meilleur opposant à Hollande (question qui peut aller dans le sens du Fillon parlant déjà de 2017 comme du SG Copé omniprésent en radio pour commenter chaque mesure ou non-mesure de l’exécutif), les résultats sont les suivants, respectivement dans l’ensemble de l’échantillon, chez les sympathisants UMP, chez ceux du FN, chez ceux du Parti Radical et chez ceux du MoDem:
Fillon 63 / 68 / 60 / 74 / 71
Copé 18 / 24 / 22 / 16 / 10
NKM 11 / 5 / 9 / 4 / 9
Le Maire 8 / 3 / 9 / 6 / 10

Chez les électeurs du 1er tour de 2012 ayant voté Sarkozy, Le Pen et Bayrou respectivement:
Fillon 71 / 60 / 66
Copé 20 / 26 / 24
NKM 7 / 6 / 7
Le Maire 2 / 8 / 3

Plusieurs confirmations ici:
les autres candidats que Fillon et Copé sont marginalisés et reçoivent le peu de soutien dont ils disposent de l’extérieur de l’UMP,
plus on se rapproche de l’UMP ayant voté Sarkozy, plus Fillon est fort: il est le candidat « légitimiste »,
Fillon se positionne de manière plus modérée que Copé, même s’il reste également dominant chez les sympathisants et électeurs FN.

Un nouvel élément, même s’il ne tient pas compte des « mouvements » les plus récents de la campagne:
la dynamique Copé ne semble pas accrocher, avec un jugement positif et majoritaire seulement sur la campagne de Fillon et même plus positif chez les sympathisants UMP (normalement plus attentifs aux rebondissements de la campagne et des ralliements, notamment chez les « internautes » interrogés par TNS-Sofres) que dans l’ensemble de la population. Une bonne surprise pour l’éclopé de Capri !
Cette dynamique beaucoup moins forte qu’attendu peut avoir des effets psychologiques sur les partisans de Copé, mais aussi influencer les hésitants et alimenter donc une série de ralliements à Fillon certes tardifs mais qui pourraient s’égrener dans le temps et assurer un « flux » d’informations positif (quelle que soit la « vraie réalité »).
Etant donné le contrôle de l’appareil par Copé, sa course à l’échalotte sarkozyste caricaturale, sa langue de bois encore plus en bandoulière qu’à l’accoutumée et son culot décuplé, cette dynamique défaillante, alors qu’on nous expliquait que Fillon était parti trop tôt, est un élément de surprise qui a pu écorner l’image d’efficacité et de puissance de Copé auprès des médias (que ceux-ci l’aiment ou pas, d’ailleurs).

Graphiquement, voici ce que cela donne aujourd’hui:

2. Les événements de la campagne ne semblent pas, de fait, pour le moment, bouleverser les données pour Fillon et Copé:

– l’entrée en lice de Guaino est symbolique et ne durera pas: dès le 18 septembre, l’illusion sera dissipée, à moins qu’il ne reçoive 500 parrainages par jour… On nous présente sa candidature comme une tentative d’affaiblir Fillon (Guaino étant un » gaulliste social », un séguiniste, un proche de Sarkozy et, en creux, Fillon ne l’étant donc pas ou plus), mais on pourrait facilement objecter qu’il n’a pas trouvé non plus ces qualités chez Copé. En outre, le fait que la rumeur ait évoqué (sur quels fondements ?) un tandem Le Maire/Guaino (voire un trio Le Maire/Guaino/Estrosi) montre bien que l’idéologie n’a en ralité rien à voir là-dedans. Quoi qu’il en soit, la popularité et la crédibilité proches de zéro de Guaino, tant auprès des électeurs potentiels que des… journalistes, assurent Fillon qu’il ne s’agit là que d’un minuscule bruit temporaire dans une campagne qui continue. Les chamailleries au PS ont d’ailleurs largement occulté l’accès de gloriole de Guaino.

– le ralliement de Woerth à Fillon -que certains médias ont qualifié de « sans surprise »- me semble au contraire une plutôt bonne nouvelle pour ce dernier. Pour beaucoup de Français, il est associé à Bettencourt. Mais pour les adhérents UMP, il est d’abord, dans l’Oise et avec la maire de Beauvais, Caroline Cayeux, un contrepoids important aux Courtial, Marini, Dassault qui soutiennent Copé. Il est aussi un ministre réformateur « fort », plutôt libéral et rigoriste, qui reste apprécié par la base sarkozyste. Il est enfin, pour les connaisseurs, un ex-juppéiste et, étant donné son pedigree, pourrait annoncer un futur ralliement de personnalités comme Le Maire ou Apparu, qui occupent, peu ou prou le même créneau. D’ailleurs, Le Maire a donné quelquessignes de proximité de fond avec Fillon.

– le ralliement d’Estrosi à Fillon est évidemment une nouvelle fort importante. Dans les Alpes-Maritimes, quoi qu’en disent les copéistes, Fillon part désormais avec un bagage beaucoup plus solide: Estrosi, Ciotti et, marginalement, Léonetti, plus l’électorat âgé, cela pèse au moins autant que Tabarot, Luca et les militants durs et les plus à droite. Comme le Var est également loin d’être perdu pour Fillon (même si Falco semble discret dans son soutien à ce dernier), Fillon part beaucoup moins mal dans le sud-est que prévu, malgré sa probable défaite dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, le Gard et l’Hérault.
D’autre part, Estrosi efface évidemment une partie des efforts de Copé pour apparaître comme l’héritier de Sarkozy. Au final, Fillon, Premier ministre de Sarkozy pendant 5 ans tout en ayant fait apparaître des nuances et des différences, se retrouve mieux positionné qu’un Copé contraint de singer Sarkozy jusqu’au bout (et donc jusqu’à la … défaite, puisque Sarkozy, rappelons-le, a perdu la présidentielle) et peut, comme Jospin à l’égard de Mitterrand, conserver la bonne part de l’héritage sans les défauts et les excès. La comparaison avec le duel Jospin/Emmanuelli de 1995 serait d’ailleurs intéressante à « filer » et je serais heureux que les fins connaisseurs du PS des années 1990 nous éclairent à ce sujet 😉

– la critique copéiste d’une campagne de « militants » contre une campagne de « notables » ou de « barons » ne tient plus vraiment après le ralliement d’Estrosi, de Ciotti ou de Woerth; et Raffarin, Vautrin, Gaudin, Karoutchi, Daubresse, etc. sont-ils autre chose que des barons ? Au bout d’un moment, comment différencie-t-on un notable d’un militant ? La critique pourrait d’ailleurs s’inverser: celle d’une campagne d’élus locaux (précisément ceux qui peuvent gagner en 2014, le fameux objectif de Copé…) contre une campagne d’apparatchiks.

la campagne de Fillon, au diesel, voire au bio-carburant artisanal, conserve finalement des cartouches que celle de Copé grille probablement trop vite. Copé a déjà vu Jean Sarkozy et l’événement a été noyé par le ralliement d’Estrosi, la sortie de Désir et un énième sondage négatif pour l’exécutif. Copé a déjà révélé tout son organigramme de campagne, mais aussi son ticket Président/Vice-Président/Secrétaire Général (il aurait pu au moins distinguer les deux étapes et créer donc deux événements). Il reste pourtant presque 2 mois et demi de campagne. Pour une présidentielle, c’était déjà long, alors, pour une présidence de parti…

A cet égard, j’aimerais bien spéculer à l’envie sur les candidats VP et SG de Fillon, mais l’équation est très difficile.
Pécresse semble assurer d’une des 2 places simplement parce qu’elle est une femme. Mais cela rend le trop-plein d’autant plus problématique pour l’autre place (voire les 2 autres si l’on inclut la présidence du Conseil national, un hochet qui a suffi pour Raffarin chez Copé): Estrosi peut être exigeant, Wauquiez ne doit pas être contrarié, Bertrand ne peut déjà être écarté, Juppé doit pouvoir être accueilli et les non-RPR d’origine ne doivent pas être oubliés (même si certains peuvent considérer que Wauquiez remplit ce critère).
Bref, on imagine plutôt une Pécresse VP, un Estrosi ou un Bertrand SG, un Wauquiez porte-parole, un Ciotti directeur de campagne, un Juppé éventuellement président du Conseil national (ou Bertrand ?), mais tout cela est loin d’être évident.
Remarquons simplement que ceux qui ont fait acte de candidature (sans espoir en réalité) n’ont pas du tout augmenté leur « prix », contrairement à ce que tout le monde pensait, mais se sont au contraire démonétisés, en raison de la marginalisation dans les sondages précédemment évoquée: NKM, Le Maire, Dord. Même le regroupement des forces envisagés par les « petits » ou les appels de NKM aux juppéistes ne cachent pas qu’à court terme, leur engagement n’est pas vraiment payant; certes, à plus long terme, le fait d’avoir tourné dans les fédérations et de s’être fait nationalement un peu plus connaître ne sera peut-être pas totalement perdu.
De même, ceux qui attendront trop risquent de ne plus pouvoir peser: Baroin reste probablement trop silencieux, Accoyer prend des risques en la jouant comme un banal Gaëtan Gorce ou un vulgaire Julien Dray en réclamant un changement de règles à 15 jours de l’échéance du dépôt des parrainages.
Seul Juppé peut se permettre d’attendre quasiment jusqu’à la dernière semaine (ou au moins jusqu’au lendemain du ou des débat(s) télévisé(s)), car sa décision sera évidemment, per se, un événement de campagne majeur, quelle qu’elle soit.

– parmi ceux qui attendant, le cas Bertrand mérite un traitement particulier. A force d’hésiter, il va finir par être le seul à penser que « son prix monte », car les équipes sont presque en place et les équilibres internes s’établissent déjà. Il affirme aujourd’hui qu’il est au-dessus des 7924 parrainages nécessaires à une candidature, mais c’est invérifiable et beaucoup de signatures peuvent être invalidées (votre serviteur s’apprêtait à signer pour Fillon et il aurait abusivement fait monter le total de ce dernier…). Surtout, l’annonce par ses proches de cette « nouvelle » est arrivée curieusement au lendemain du ralliement d’Estrosi.
Bref, à trop attendre, il risque même de ne pouvoir trouver de place chez Fillon. Et qu’on ne nous explique pas que NKM ou Le Maire pourraient le soutenir… Ils se considèrent forcément comme plus talentueux (politiquement, électoralement, techniquement, intellectuellement) que lui…
Bertrand semble lui-même prendre conscience qu’il ne peut plus trop attendre; prosaïquement, parmi les parrainages qu’il a déjà reçus, s’il veut en solliciter les signataires pour qu’ils parrainent finalement un autre, il faut aussi un peu de temps pour les recontacter…
Aujourd’hui, avec un Fillon qui fait plus que résister à la machine Copé, normalement, Bertrand devrait tomber là où il penche.

3. Un autre « cas », c’est Nicolas Sarkozy.

Il est exclu qu’il prenne ouvertement position pour un candidat. Mais est-il envisageable qu’il laisse filtrer des signaux clairs ?
Je ne le crois pas, d’autant que les copéistes se répandent à l’envi sur le fait que Sarkozy privilégierait Copé puisque celui-ci s’est engagé à se retirer en cas de retour de Sarkozy. En dehors du fait que cela ne marque pas un caractère de chef si trempé de la part de Copé, je n’imagine pas que quiconque puisse imaginer que Copé, une fois président de l’UMP (et s’accrochant quel que soit le résultat des élections intermédiaires de 2014-15, ce qui ne serait peut-être pas le cas de Fillon), puisse faire l’impasse sur 2017. De toute façon, il sait très bien que les allégeances changeront, que 2017 est fort éloigné à l’échelle du temps politico-électoralo-médiatique et que les « affaires » n’ont pas encore rattrapé et englouti Sarkozy mais qu’elles suivent leur bonhomme de chemin.
Je pense en réalité, contrairement à ce qui est partout dit et écrit, que Sarkozy préférerait un Fillon vainqueur car le contraste serait plus aisé à établir et une position de « recours » et de « sauveur » bien plus évidente à prendre en 2016-17. En outre, Sarkozy connaît bien la psychologie et la personnalité de Fillon depuis 2005 en particulier et il sait comment procéder pour le mettre en difficulté, le contrôler et le dominer.

Quand bien même Hortefeux serait chargé de délivrer des signaux clairs, ceux-ci seraient-ils un atout ?
Il est certain qu’une partie de la base UMP en serait satisfaite, mais cela rapporterait-il vraiment un supplément de voix à Copé ? C’est peu probable directement. En revanche, ce serait évidemment le « bruit » médiatique qui lui donnerait une avantage dynamique certain en interne à l’UMP (en externe, c’est évidemment autre chose…).

4. Au-delà de ces supputations, il reste que beaucoup de facteurs peuvent se transformer en autant d’obstacles sur la route de Fillon (pardon pour cette énième métaphore de mauvais goût… un comble pour un filloniste déclaré !).

– L’ossification et la cicatrisation des ligaments de Fillon sont bien entendu un premier facteur important dans sa campagne: son état de santé. Si, au moment du début de la campagne officielle (le 5 octobre), il n’est toujours pas complètement remis, cela pourrait transformer une forme actuelle d’empathie et de bienveillance, notamment dans les médias, en jugement plus sévère sur de l’amateurisme et une nature insuffisamment résistante et tonique… de quoi altérer les fameux « traits d’image » patiemment construits en 5 ans. Tous les efforts produits par Fillon à l’automne 2010 pour ne pas se faire remplacer par Borloo, qui n’étaient pas dirigés contre celui-ci personnellement mais contre Copé qui aurait trop pris l’ascendant sur un Fillon poussé vers le statut de « sage », juppéisé en quelque sorte, pendant que Copé prenait le contrôle de l’appareil UMP – tous ces efforts, donc, seraient anéantis.

L’importance numérique des parrainages, si elle trop à l’avantage de Copé ou si elle est équivalente mais à haut niveau, peut freiner la dynamique Fillon et rétablir une plus grande égalité dans le regard des médias sur les deux candidats, pour l’instant essentiellement formaté par l’avance quasi-écrasante de Fillon dans les sondages.
Ce sera un élément important de dynamique, de momentum, car ce sera le premier chiffre solide dont nous disposerons, au-delà des sondages. Autant ces derniers sont sûrement trop favorables à Fillon, autant le nombre de parrainages pourrait surévaluer Copé. Mais, quoi qu’il en soit réellement, l’essentiel, ce sera l’effet médiatique produit et il serait pourrait bien qu’alors, les deux protagonistes se retrouvent remis à même hauteur.

– Le(s) débat(s) télévisé(s) sera(ont) évidemment très important(s).
Copé est à l’aise médiatiquement, même si, face à Hollande au printemps 2012, il était apparu trop agressif, tournant à vide et s’agitant tout seul. Reste à savoir si les adhérents de l’UMP recevront sa probable prestation sarkozyenne de manière aussi négative que l’ensemble de la population.
Fillon est a priori moins médiatique mais sa prestation face à Aubry au début de 2012 avait été solide. Il pourrait aussi compenser la pugnacité de Copé, par une intransigeance à l’égard de l’exécutif lui permettant d’apparaître comme « au-dessus » de Copé et, surtout, comme n’affaiblissant pas son propre camp.
Il s’agira en tout cas ici de l’exercice probablement le plus périlleux pour Fillon, malgré une force acqusie au contact de Sarkozy et de ses épreuves personnelles de l’été (accident et décès de sa mère).

– Accessoirement, les difficultés du PS et de l’exécutif peuvent encore s’aggraver et valoriser la pugnacité de Copé. Mais on ne voit quels développements seraient tels qu’ils donneraient un avantage décisif à ce dernier.

A défaut de certitudes, cette campagne a au moins le mérite de compenser le caractère très ennuyeux de la présidentielle américaine, vraiment pas dans un bon crû du point de vue du suspense électoral… 😦

Election à la présidence de l’UMP: constance sondagière pour Fillon, dynamique de campagne et géographie favorables pour Copé et enseignements de l’élection de 1999 à la tête du RPR

1. Un sondage IFOP pour Atlantico, réalisé du 27 au 30 août 2012, auprès de 409 sympathisants UMP, extraits d’un échantillon total de 2010 personnes, confirme la prédominance de Fillon lorsque la question désormais adoptée par l’IFOP est posée (souhait sur le dirigeant de l’UMP pour les prochaines années, ce qui, soit dit en passant, constitue une question conforme aux desiderata affichés de Copé, qui jure ses grands dieux qu’il ne s’agit pas d’une pré-primaire):

Fillon 62 (+14)
Copé 21 (-3)
NKM 4 (-3)
Le Maire 2 (=)
Bertrand 1 (-4)
Estrosi 1 (=)
aucun 9 (-4)

Les évolutions très fortes du score de Fillon entre les 3 derniers sondages IFOP doivent nous inciter à la prudence. Il est vrai que dans l’antépénultième, seuls les noms de Copé et Fillon figuraient, ce qui expliquait la baisse de Fillon entre juillet et la mi-août. Ici, tous sont présents, des candidats déclarés mais sans aucune chance de l’être (NKM, Le Maire), au candidat non déclaré ayant une chance de l’être (Bertrand), en passant par le candidat non ou à demi déclaré mais sans chance de l’être (Estrosi). Malgré cela, Fillon reste très dominant et le seul en mesure de le gêner (Bertrand) est totalement marginalisé. Pour une fois, Fillon n’est pas gêné par la dispersion des candidatures potentielles: est-ce une tendance nouvelle, après les petites « bulles » médiatiques dont ont bénéficié successivement Bertrand, Le Maire, NKM, voire Estrosi ? L’avenir le dira.

Malheureusement, l’IFOP ne détaille pas les chiffres en fonction du vote à la présidentielle, ce qui aurait permis de confirmer, comme dans le sondage précédent, que plus on se rapproche du coeur de l’UMP, plus l’affrontement se réduit exclusivement au duel Copé-Fillon.

C’est un enseignement qui paraît toutefois relativement sûr. Dans le même temps, cela relativise beaucoup le poids des ralliements des derniers non-ralliés. Les médias et « analystes » ont évidemment en tête ces résultats (comme les acteurs eux-mêmes) et l’influence de Bertrand, NKM, Le Maire ou, plus largement, d’un Baroin sera limitée. C’est un peu différent pour Estrosi étant donné l’importance de la fédération des Alpes-Maritimes et du combat qui s’y déroule, Ciotti-Léonetti d’un côté, Tabarot-Luca de l’autre, avec Estrosi encore en balance.

En réalité, seul Juppé peut donner un réel bonus (même si pas forcément décisif) à l’un ou à l’autre. Sur le fond, il semble donner quelques signaux à Fillon, mais sur les aspects de procédure, il distille aussi quelques signes qui pourraient passer pour pro-Copé. S’il continue trop longtemps à faire le sphinx, il pourrait bien se marginaliser complètement, surtout lorsque les candidatures seront confirmées, à la fin septembre, et que le(s) débat(s) télévisé(s) aura(auront) eu lieu. Mais il peut constituer un « événement » de campagne substantiel à lui tout seul. N’oublions pas non plus que, si Copé a déjà révélé son ticket, ses porte-parole et quelques autres hochets (et s’apprête à compléter la liste), Fillon ne l’a pas encore fait et peut encore réserver une place à Juppé (comme Copé l’a fait pour Fillon).

Par ailleurs, le sondage se révèle étonnant sur les chiffres détaillés, avec un Fillon étrangement faible sur les plus de 65 ans, alors qu’il avait jusque là un soutien proportionnel à l’âge de manière très nette. De même, il est très homogène sur les CSP à l’exception des seuls employés (parmi lesquels il est plus faible). Il apparaît faible dans le nord-est (53) mais pas sur le sud-est (62); il est également le plus faible dans les communes rurales alors que Copé y est au-dessus de sa moyenne (49/26). Avec ces résultats contre-intuitifs, nous atteignons clairement les limites d’échantillons trop faibles.

Notre courbe s’enrichit un peu:

2. Comment évolue la campagne ?

Manifestement, Copé poursuit sur sa lancée en termes d’organisation et de combativité:
– il enchaîne les déplacements et sait « remplir les salles » et mobiliser les troupes en nombre,
– il s’appuie essentiellement sur les cadres du parti et les apparatchiki, contrairement à un Fillon adossé aux notables et aux élus (cf. son déplacement en Alsace),
– en vieux briscard de la rhétorique politique et du combat politicien, il accuse son adversaire de ce qu’il fait lui-même (dureté de l’entourage, focalisation sur 2017, trahison de Sarkozy,…),
– il attaque frontalement en accusant implicitement Fillon d’être un Hollande de droite (ce qui montre bien, d’ailleurs, que Copé est strictement dans l’optique de 2017),
– il a nommé comme  codirecteurs de campagne deux attack dogs particulièrement virulents et habitués des pires coups bas: Karoutchi et Courtial; si l’on ajoute Dati, Goasguen, Peltier, Riester, Rosso-Debord comme porte-parole, on voit tout de suite comment va se terminer la campagne: à l’avantage de Hollande…

Fillon est handicapé dans tous les sens du terme (physique, électoral, mais aussi peut-être affectif: sa mère est décédée  la mi-août. RIP 😦 ) et les ralliements variés de son début de campagne (le trio Wauquiez-Pécresse-Ciotti présentait effectivement très bien) s’essoufflent clairement, même si les élus d’Alsace qu’il a rassemblés sont effectivement nombreux et si Falco semble clairement dans son camp désormais (le Var est un département essentiel).
En outre, comme l’ont fait remarquer ceux d’entre vous qui ont commenté l’article précédent, l’avantage de Fillon dans une élection générale est forcément amoindri par les déboires d’Hollande-Ayrault, critiqués même par la presse de gauche, affaiblis par l’intérêt éditorial persistant pour le trio François-Valérie-Ségolène et empêtrés -surtout- dans une crise qui s’approfondit en Europe, sans aucun signal positif sur quelque front que ce soit. Dans ces conditions, choisir un autre Sarkozy (Copé) aurait plus d’attrait.

Une autre faiblesse de Fillon tient à la géographie de l’électorat des adhérents de l’UMP. Copé est fort dans la plupart des grosses fédérations, soit que les dirigeants locaux lui soient acquis, soit que la sociologie électorale lui soit favorable. Tentons un petit pronostic:

Ceci est assez provisoire et assez subjectif, mais, en fonction des ralliements de poids et de la sociologie de l’électorat, cette carte provisoire est la moins mauvaise approche que je puisse réaliser. Il y a des surprises: le Maine-et-Loire devrait être acquis à Fillon, mais Laffineur peut faire du dégât; je fais le pari d’un ralliement de Marleix à Copé (Cantal); Marc Le Fur rend les Côtes d’Armor incertaines; Paris devrait être copéiste mais reste très incertain et volatil; le poids de Tron et d’un possible ralliement de NKM devraient assurer l’Essonne pour Copé.
Reste de toute façon l’ampleur des écarts dans chaque fédération: même dominé dans le sud-est et en Ile-de-France, en difficulté dans le nord-est, Fillon peut gagner s’il est hégémonique à l’ouest et limite la casse ailleurs.

A plus de 20 000 adhérents, on trouve Paris, qui est un peu à part. Ensuite, entre 10 et 15 000, Copé est fort dans les Bouches-du-Rhône et les Hauts-de-Seine, tandis que les Alpes-Maritimes vont être plus disputées, bien que Copé y soit théoriquement à l’aise. Entre 7 et 9 000, Fillon devrait se défendre dans le Var et bien sûr les Yvelines mais sera en difficulté dans le Rhône. Entre 5 500 et 6 500, Fillon n’aura peut-être que la Gironde (si Juppé reste au moins neutre) à opposer au Val-de-Marne, au Nord et à la Seine-et-Marne. Entre 4 000 et 4 500, Copé prend l’avantage sur Fillon, avec l’Essone, l’Hérault et peut-être la Haute-Garonne, voire le Val-d’Oise (qui sera disputé), alors que Fillon se contentera de la Loire-Atlantique. Entre 3 000 et 3 500, Oise, Isère, Gard, Pyrénées-Orientales, Seine-Saint-Denis pourraient bien être acquis à Copé, alors que Fillon ne peut qu’espérer le Bas-Rhin, tandis que la Seine-Maritime et les Français de l’étranger restent encore énigmatiques.

En matière géographique, l’élection à la présidence du RPR en décembre 1999 ne nous est pas forcément d’un grand secours, mais l’évocation de son souvenir et la confection de quelques cartes ne peuvent que constituer des intermèdes qui raviront les plus political geeks d’entre vous :).

Je précise que les cartes ci-dessous ne sont pas totalement orthodoxes, puisque j’ai constitué 6 groupes de départements en découpant des catégories ad hoc, en retenant les écarts les plus larges entre deux départements comme césures pour constituer des groupes à peu près équivalents mais sans oublier le score brut… D’aucuns pourront hurler (n’est-ce pas, Gaël ? ;)), mais il s’agit surtout de faire apparaître les vraies zones de force.

En 1999, Chirac tentait d’imposer Delevoye, afin d’avoir une courroie de transmission à disposition. Le RPR, traversé depuis les années 1990 de révoltes souverainistes (Pasqua-Séguin) et générationnelles (Noir-Carignon), divisé en son coeur « traditionnelle » entre balladuriens et chiraquiens, venait de perdre les législatives puis les européennes, ainsi que le « meilleur d’entre nous » (Juppé), sans souhaiter rallier les exilés balladuriens (Sarkozy au premier chef). Séguin, aidé de Sarkozy, échoue, comme d’habitude, dans son projet de reprendre durablement le RPR. Et l’élection à la présidence auprès de tous les adhérents « libère » la parole et le vote. La participation est forte (les organisateurs sont dépassés au 1er tour, avec des queues dans la rue devant les insignifiants locaux prévus comme bureaux de vote), Delevoye est en difficulté dès le premier tour, Fillon fait un score correct et MAM, en non-alignée (avec Perben et Roussin) de la guerre Balladur-Chirac et en femme (au son, alors de la chanson Michelle des Beatles… mais oui, le RPR avait alors tranché dans la grande division de l’Univers Beatles-Rolling Stones… :P), avait reçu le soutien des autres candidats du 1er tour et d’une forte majorité d’adhérents.

La « rébellion » portant MAM n’ira bien entendu pas jusqu’à remettre en cause le leadership chiraquien, face à un Sarkozy encore marginalisé, à un Balladur enterré, à un Juppé affaibli et toujours fidèle et à un Séguin éternel perdant. Mais l’élection fut un succès et ringardisa pour quelques… mois le PS, qui n’avait jamais osé aller jusque là.

Notons qu’à l’époque Fillon était séguiniste (gaulliste social) et avait probablement réuni un certain nombre de voix souverainistes. Copé soutenait… Devedjian, tous deux représentants alors le courant libéral du RPR: c’était même un ticket Devedjian-Copé qui était mis en avant. De fait, MAM se retrouvait soutenue par les balladuriens, mais sans qu’elle soit ouvertement opposée à Chirac.

Le 1er tour donna seulement 35,26% à Delevoye, talonné par MAM (31,19%), tandis que Fillon se défendait bien (24,62%) et que Devedjian décevait sans être totalement marginal (8,92%). Voici les candidats en tête au 1er tour:

Il est certain qu’à l’époque, Fillon avait rassemblé localement (Pays-de-la-Loire) ou auprès des séguinistes (Lorraine), voire avec quelques relents « rénovateurs » (Rhône, Isère, Savoie, dans le sillage des Noir, Carignon, Barnier).

Sa carte ne montre malheureusement pas de forces qui pourraient aujourd’hui l’avantager au sein de l’UMP, tant sa base locale historique (Sarthe et Pays-de-la-Loire) ne fournit pas de gros bataillons, tant sa nouvelle base (Paris) est récente et contestée (Lamour vient d’abandonner la présidence du groupe UMP au Conseil de Paris, las des combinazione des Charon, Dati, Goasguen et auters enfants de choeur…). Même le nord-est intérieur va être miné par les Chatel et Baroin, qui devraient rouler pour Copé.

La carte de Devedjian, même soutenu à l’époque par Copé, ne donne que peu d’indices en faveur de ce dernier, si ce n’est confirmer les Hauts-de-Seine (malgré le fait que Devedjian est aujourd’hui « filloniste »…) et la Seine-et-Marne. Le score de DEvedjian fut trop faible dans nombre de départements pour en tirer une quelconque conclusion:

La carte de MAM du 1er tour ressemble quelque peu à celle de la gauche… Cela montrait qu’à l’époque les adhérents du RPR confrontés à une situation minoritaire comprenaient qu’il fallait autre chose que le soumis Delevoye pour reconquérir le terrain. Bien sûr, le tropisme sud-occidental de MAM a joué, de même que le bastion d’alors de POM (Ollier) dans les Hautes-Alpes.

De cette carte, Fillon peut peut-être déduire une capacité à convaincre dans les départements de l’ouest et du centre, pour les électeurs desquels son electability peut convaincre.

Mais, paradoxalement, c’est la carte de Delevoye qui pourrait fournir le plus de ressources à Fillon. Car il s’agit là des départements modérés, attirés par la personnalité de Delevoye (Bretagne, Normandie, Savoies), et de la France rurale et des petites villes.

Surtout, si des bastions historiques, voire archaïques, du chiraquisme subsistent, peut-être le néo-sarkozysme de Copé les fera-t-il basculer vers Fillon, dans un paradoxe absolu: Fillon, jamais en odeur de sinateté chez Chirac, dès 1981, fidèle de Séguin et grand révolté de 2005, face à Copé, juppéiste initial, « conforme » sous les gouvernements Raffarin et Villepin, mais désormais dépositaire d’une forme de sarkozysme.
Certes, Marleix et Baroin peuvent contrecarrer cette possibilité dans le Cantal et l’Aube, voire Le Maire dans l’Eure et Edouard Philippe en Seine-Maritime. Mais si les « esprits » de Jean-Louis Debré (Eure), de Rufenacht (Seine-Maritime), de Godfrain (Aveyron), de Galley (Aube), de Lipkowski (Charente-Maritime), de Perben (Saône-et-Loire), etc., pouvaient appuyer Gaymard (Savoie), Favennec (Mayenne), voire Accoyer (Haute-Savoie), ce serait bon pour Fillon.

Depuis 1999 et le RPR, la population des adhérents a, en outre, changé: elle est plus sarkozyste, moins chiraquienne, plus droitiste, moins « traditionnelle », et évidemment mâtinée d’ex-DL (mais aussi de quelques ex-CDS).
Il reste que les fidélités locales aux dirigeants apparaissent fortes: la répartition Delevoye/MAM au 1er tour, comme au 2e tour, ne révèle pas autre chose, tant la cohabitation de certains résultats géographiquement incohérents est frappante.

Ce n’est pas un point positif pour Fillon, qui est le candidat de l’opinion, pas celui de l’appareil.
Un département comme la Marne, plus bourgeois et âgé, devrait être filloniste: pourtant, l’influence de Vautrin pourrait suffire pour Copé, surtout si Apparu reste non-aligné comme Juppé. Un département comme l’Oise devrait être équilibré, avec une tendance Copé, alors qu’il risque d’être massivement copéiste, à la suite de Courtial, Marini, Woerth. Commele Cantal, le Cher pourrait devenir copéiste à la suite de Fromion et la Haute-Saône à la suite de Joyandet, alors que ces départements ruraux devraient être fillonistes.

Autre élément peu encourageant pour Fillon, parmi les RPR de l’époque, c’est le bonapartisme qui l’a emporté, plutôt que la rigueur conservatrice. Même si cela peut paraître quelque peu hardi à ceux qui n’auraient pas la mémoire de l’annus horribilis 1999 (l’explosion en vol de Séguin à la tête du RPR, l’échec de la liste Sarkozy-Madelin aux européennes, reléguée par la liste Pasqua-Villiers), c’est bien MAM qui, à l’époque, constituait la candidate du « mouvement », celle de la « révolte » face à un chiraquisme déboussolé et (déjà) impotent et qui tentait d’imposer le falot Delevoye à la tête d’un parti agacé d’accumuler les défaites électorales.

Aujourd’hui, on voit bien que chacun veut à tout prix se présenter comme le challenger, l’underdog. C’est évidemment quelque peu risible, tant Copé est l’homme en place et d’appareil. C’est un peu moins sûr pour Fillon, puisque les sondages ne sont pas réalisés auprès des adhérents; mais il est difficile, pour lui également, Premier ministre pendant 5 ans, de parler de challenger.

Personne ne réussira peut-être à jouer ce rôle mais, par nature et -en partie seulement- par idéologie, Copé est bien entendu plus proche du bonapartiste que Fillon. Evidemment, on n’en est pas à un revirement près quand on repense, encore une fois, à 2005: Copé encore fidèle chiraco-villepiniste, Fillon premier néo-sarkozyste…

3. Après cette digression quelque peu décousue dans un passé encore frais à ma mémoire, je veux quand même garder quelque espoir pour Fillon.

Sa domination sondagière, même faussée, est, en elle-même, un point d’appui:
– d’abord, elle crée une force auprès des médias, des commentateurs et même des acteurs internes qui, par sa répétition, permet au moins à Fillon de ne pas perdre… pied (désolé :P), voire crée une dynamique médiatique favorable; on sait que cela est très important; c’est cependant fragile, car l’affrontement en débat sera rude (toutefois, si l’on se souvient, début 2012, de la bonne prestation de Fillon face à Aubry et de la prestation moyenne voire décevante de Copé face à Hollande, rien n’est perdu) et risque, au moins, d’égaliser le duel;
– elle s’inscrit dans une tradition d’anticipations sondagières pas si mauvaise que cela en matière d’élections partisanes internes:
la primaire socialiste de 2011, pour la présidentielle 2012, était évidemment ouverte et il était clairement plus facile de la sonder, mais elle a quand même montré une performance correcte des instituts,
la primaire socialiste (fermée) de 2006, pour la présidentielle 2007, a même accentué l’avance de Royal, bien mesurée dans les sondages,
la primaire UMP pour les régionales de 2010 en Ile-de-France (Pécresse-Karoutchi, déjà…) a confirmé assez précisément les sondages antérieurs,
la primaire UMP de 2006 pour les municipales (finalement repoussées à 2008) à Paris a confirmé le statut de Panafieu, même si le sondage lui-même fut douteux et sur un échantillon peu fiable.
Pourtant, à chaque fois, les échantillons étaient restreints et pas forcément en adéquation avec le périmètre (géographique et/ou d’électorat) réduit de l’élection réelle.
(je n’ai recherché si des sondages avaient été effectués fin 1994-début 1995 pour la primaire interne Jospin-Emmanuelli, mais les résultats éventuels auraient été là aussi conforme au verdict final)

Bien sûr, il y a la primaire écologiste de 2011, mais j’ai déjà pu exprimer tout ce que je pensais de la difficulté d’établir un parallèle et de faire de ce pseudo-échec des sondages (pas si nombreux et pas forcément de bonne qualité et largement détournés par les médias eux-mêmes) un précédent valide.

De surcroît, la médiatisation, à partir des sondages et des débats, devrait permettre, malgré les freins de la direction de l’UMP, d’assurer une forte mobilisation des électeurs potentiels, forcément favorable à Fillon.
L’IFOP semble parti pour assurer un suivi sondagier très régulier. Les chaînes de télévision se battent déjà pour organiser des débats (même si le simple duel qui s’annonce en réduira probablement le nombre). Les sollicitations de tous les candidats, y compris de Copé, auprès des adhérents et militants ne feront qu’accroître le niveau général de participation.
De plus, les primaires fortements médiatisées que nous venons de citer, comme l’élection interne de 1999 au RPR, ont toutes montré une participation élevée.
La longueur même de la campagne (près de 3 mois depuis la fin août) contribuera également à élever la participation. De même que l’absence probable de suspense pour la tête du PS, avec un duel Cambadélis-Désir qui va être réglé en coulisses, après l’élimination de Rebsamen par Aubry puis le retrait de celle-ci: cette situation va frustrer les médias, qui auront tendance à se concentrer d’autant plus sur l’UMP, même si l’automne rugueux du gouvernement et du Président sera lui aussi très suivi.

En outre, l’electability de Fillon reste, à mon avis, entière.
Certes, le Fillon de gauche est en difficulté. Mais attention, il s’agit bien là de Jean-Marc Ayrault, non du Président en exercice. Hollande est en difficulté parce qu’il fait du Chirac, non parce qu’il ne fait pas de Sarkozy.
Au contraire, on pourrait aisément considérer qu’un Fillon plus proche de Barre (le « père la rigueur » qui assène la vérité), de Pompidou (l’héritier forcé, au bon bilan sous un sortant finissant, qui est capable de réformes et de politiques qui ne sont pas forcément celles de son camp) ou de Rocard (le Premier ministre prêt à beaucoup d’initiatives mais corseté par son Président et nanti d’une nouvelle de revanche) est bien l’homme de la situation, face à une crise majeure et durable.

Ce n’est pas parce que les médias ont brûlé Sarkozy et idolâtré (par défaut, parce qu’il faut toujours encenser la nouveauté) le Mou qu’il faut de nouveau aduler une copie de Sarkozy. Il convient de se méfier des emballements médiatiques, qui précèdent, amplifient ou caricaturent des mouvements d’opinion mais ne les reflètent pas forcément à un instant « t ».
Bref, le rejet du style Sarkozy me semble une donnée de fond qui n’a pu être oubliée en un été. Après tout, c’est bien cela qui l’a fait perdre ou qui a fait basculer l’équilibre 50-50 qui aurait sûrement pu être sinon atteint. Comme je l’ai déjà écrit, la défaite de Sarkozy a été suffisante pour le renvoyer en marge de la scène politique pour un moment, voire définitivement (entendons-nous une fois de plus: cela ne veut pas dire qu’il n’essaiera pas de revenir), mais elle n’a pas été telle qu’elle aurait aussi emporté toute son action et celle de son gouvernement. Fillon est le bon candidat pour « traduire » le résultat de la présidentielle.

4. Reste qu’il est difficile de savoir si les adhérents de l’UMP feront ces raisonnements ou adopteront une analyse de fond de l’intérêt du parti.
Beaucoup peuvent même considérer que Sarkozy a perdu de peu (mais ce n’est pas un score à la 1974, attention) et que Copé a donc toutes ses chances en 2017. Ou être sensibles à l’argument de la combativité aux élections locales: après tout, Hollande en 2002-2005 ou Aubry en 2008-2011 ont bénéficié et étaient appréciés en fonction de la réussite locale.

En fin de compte, le jeu reste ouvert, même si mon pessimisme naturel me fait penser que les gros contingents des fédérations largement « beaufisées » suffiront à tuer les espoirs de Fillon. Le suspense est toujours une excellente chose… 😉

Cela me console au moins de mes déboires personnels… Eh oui, je viens d’apprendre que le PCD n’a pas signé cette année de convention avec l’UMP sur la bi-appartenance et que je ne pourrai donc parrainer personne (vous avez compris qui se cache derrière ce « personne »); je vais même être contraint d’adhérer dare-dare à l’UMP directement si je ne veux pas subir la même horreur que pour le référendum de 1988 sur la Nouvelle-Calédonie: être rejeté dans l’abstention pour une basse raison matérielle (à l’époque, les grèves de La Poste avaient empêché ma procuration d’arriver dans les temps et je n’avais pu soutenir mon héros du moment, Rocard, alors à son éphémère firmament 😦 ).
L’abstention… vous vous rendez compte pour les fanatiques de politique et d’élections… C’est l’abomination !!!
Foutu pays, foutu parti 😡