Derniers sondages IFOP, OpinionWay, TNS-Sofres, BVA, CSA, LH2 (circo), OpinionWay (circo), IPSOS (circo) et IFOP (circo) pour les législatives: la convergence des sondages incite à maintenir les pronostics d’une absence de groupe Vert et de députés FN et d’une majorité absolue radicalo-socialiste

IFOP-Fiducial
Paris Match, Europe 1
31 mai-1er juin 2012
échantillon: 874 inscrits sur un total de 1005

EXG 1,5
FG 8
PS+PRG+DVG 33
EE-LV 4
(soit PS+PRG+EE-LV 37)
MoDem 3
UMP+NC+PR 30,5
DVD 3,5
(soit UMP+NC+PR+DVD 34)
FN 15
EXD 0,5
Divers 1

TNS-Sofres-Sopra Group
Le Nouvel Observateur

1-3 juin 2012
échantillon: 1000

EXG 1,5
FG 7,5
PS+PRG+DVG 31,5
EE-LV 5
(soit PS+PRG+DVG+EE-LV 36,5)
MoDem 2
UMP+NC+PR+DVD 35
FN 15
Divers 2,5

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
4-5 juin 2012
échantillon: 1697 inscrits sur un total de 1821
(évolution par rapport à la précédente livraison du même sondeur)

EXG 1 (=)
FG 8,5 (+0,5)
PS+PRG+DVG 31 (-1)
EE-LV 5,5 (+1,5)
(soit PS+PRG+DVG+EE-LV 36,5)
MoDem 2 (-2)
AEI 1 (=)
UMP+NC+DVD 35 (+4)
FN 15 (-1)
Divers 1 (-2)

BVA
Le Parisien-Aujourd’hui en France
5-6 juin 2012
échantillon: 1182

LO 1
NPA 0,5
FG 9
PS+PRG 32
EE-LV 4,5
(soit PS+PRG+EE-LV 36,5)
MoDem 3,5
AEI 1
UMP 32
DLR 1
(soit UMP+DLR 33)
FN 15,5

CSA
BFM-TV, RMC, 20 Minutes, CSC
5-6 juin 2012
échantillon: 875 inscrits sur un total de 1003
(évolution par rapport à la précédente livraison du même sondeur)

LO 1 (=)
NPA 0,5 (+0,5)
FG 8 (-2)
PS+PRG+MRC 32,5 (+2,5)
EE-LV 5 (=)
(soit PS+PRG+MRC+EE-LV 37,5)
MoDem 3 (=)
UMP+NC+PR 32,5 (+1)
DLR 0,5 (=)
(soit UMP+NC+PR+DLR 33)
FN 14 (=)
autres 3 (-2)

1. S’il subsiste quelques écarts, les sondeurs sont désormais très convergents.

TNS-Sofres et OpinionWay nous gratifient de ces projections en sièges toujours aussi inutiles car trop dépendantes des chiffres nationaux. Selon TNS-Sofres, voici les fourchettes prévisibles, qui sont les plus proches de mes propres pronostics, en voyant un PS plus dominant à gauche que les autres projections: FG 13-18 (un peu « rude »)/ PS+PRG+DVG 280-310 (le 289 serait quasi-assuré)/ EE-LV 12-17 (on rappelle qu’un groupe se forme à 15) / MoDem 0-2 (voilà qui est réaliste, même si peu audacieux) / UMP+NC+PR+DVG 235-265 / FN 0-5 (c’est déjà optimiste).
Pour OpinionWay, les résultats prévisibles sont plus « classiques » par rapport au discours ambiant depuis le début de la campagne: FG 20-24 / MRC 1-3 (original, tant les députés MRC sotn désormais totalement dépendants du PS) / (PS+PRG+DVG 271-296 / EE-LV 18-24 (comment y croire ?) / MoDem 0-2 / UMP+NC+DVD 230-267 / FN 0-2 (voilà qui est raisonnable).

OpinionWay nous montre que le fait de voter d’abord pour un « courant politique proche de ses idées » séduit 75% des électeurs (+5), contre 24% (-5) qui privilégieraient « une personnalité appréciée ». Cette évolution est plutôt favorable à la majorité souhaitée par le pouvoir socialiste. De même, le rapport intérêt/désintérêt pour la campagne et les législatives est meilleur chez les anciens électeurs de 2e tour de Hollande (51/48) que chez les anciens électeurs de Sarkozy (45/55), ce qui peut alimenter une abstention différentielle et un écart de mobilisation défavorables à la droite.

Toutefois, la participation pas meilleure qu’en 2007 (60% selon OpinionWay) et la légère décrue du FN (même si j’ai pu la relativiser en estimant qu’elle serait peut-être plus forte à l’Ouest qu’à l’Est et n’influerait donc pas tant que cela sur les triangulaires prévisibles) pourraient limiter les effets dévastateurs pour la droite de la présence de candidats FN au second tour.

2. Les sondages par circonscription restent plus intéressants et continuent de me conforter dans mes pronostics, même si j’effectuerai probablement quelques ajustements, demain ou samedi, sur l’outre-mer et l’étranger, voire sur quelques circonscriptions aux prédictions trop « audacieuses » (Loire principalement; en général, cependant, seulement au sein d’un même camp: Ardèche, Pas-de-Calais, Morbihan par exemple).

En tous les cas, nous sommes gâtés, même si beaucoup de sondages locaux restent sur des circonscriptions assez « sûres ».

Parmi les circonscriptions sondées, il y a les confirmations pour la gauche, malgré l’incertitude en interne sur le candidat en tête:

IFOP 1e de Charente-Maritime:
PS 36 (+3) / DVG 22 (-4) / UMP 21,5 (+2) / FN 7 (-2) / FG 4,5 (+1,5) / EE-LV 3 (-1) / MoDem 2,5 (-0,5) / PR 2 (-0,5) / LO 0,5 (+0,5) / MRC 0,5 (+0,5) / div.écol. 0,5 (+0,5) / deux autres 0
PS 58 / UMP 42
PS 51 / DVG 49
PS 43 / UMP 30 / DVG 27
Royal est donc confortée et le réflexe légitimiste semble fonctionner en sa faveur. Les effets de la division sont toutefois forts, car, en cas de duel PS-UMP, les électeurs de Falorni qui s’expriment se répartissent à 51-49 en faveur de l’UMP… A l’inverse, les électeurs de l’UMP qui s’expriment optent à 88-12 en faveur de Falorni si celui-ci est seul face à Royal.

IFOP 2e de l’Aude:
UMP 27 / PS 25 / DVG 20 / FN 17 / FG 9 / NC 1 / AEI 1 / six autres 0
PS 49 / UMP 31 / FN 20
DVG 50 / UMP 32 / FN 18
PS 55 / UMP 45 (avec un report FN 20-80 chez ceux qui s’expriment)
DVG 57 / UMP 43 (avec un report FN 22-78)
Codorniou serait donc distancé, sans grande surprise. Le FN serait là encore distancé au 1er tour et ne pourrait pas se maintenir.

IFOP 11e du Pas-de-Calais:
FN 37 (+3) / FG 25 (-4) / PS 21,5 (+3,5) / MoDem-UMP 13 (-3) / EE-LV 2,5 (=) / NPA 0,5 (+0,5) / div.écol. 0,5 (+0,5) / sept autres 0
FG 52 / FN 48
PS 57 / FN 43
Ce sondage pourrait accélérer la tendance au vote « utile » dans la circonscription la plus médiatisée de France: le raisonnable candidat socialiste est manifestement plus efficace face à Le Pen que le tonitruant Mélenchon. Je suis presque tenté de prolonger la tendance et de voir la circonscription acquise au PS. Encore un jour de réflexion… 😉

OpinionWay 2e du Rhône:
PS 35 / UMP 32 / EE-LV 9 / FG 8 / FN  5 / PR-MoDem 5 / DVD 3 / LO 1 / NPA 1 / DLR 1 / huit autres 0
PS 55 / UMP 45
Les reports vers le PS, l’UMP et l’abstention sont les suivants: 77/7/16 chez les électeurs EE-LV, 26/59/15 chez les électeurs PR-MoDem (décevant pour l’UMP), 10/54/36 chez les électeurs FN.
IPSOS 2e du Rhône:
PS 34 / UMP 27 / FG 10 / DVD 9 / EE-LV 7 / FN 5 / PR 1 / LO 1 / NPA 1 / MPF 1 / autres 4
PS 56 / UMP 44
On voit ici que les sondages locaux sont quand même assez divergents, en particulier en ce qui concerne les petits candidats et donc aussi leur ordre d’arrivée et l’éventuelle qualification au 2nd tour de candidats moyens. 

Il y a aussi les gains ou les progrès pour la gauche, que la droite ne paraît pas en mesure ou qu’il lui sera difficile de contrecarrer:

IFOP 1e des Pyrénées-Orientales:
UMP 29,5 / FN 23 / PS 20 / FG 18 / MoDem 3 / EE-LV 2,5 / NPA 1 / PF 0,5 / LO 0,5 / AEI 0,5 / GE 0,5 / PRG 0,5 / SE 0,5 / trois autres 0
FG 40 / UMP 36 / FN 24
PS 41 / UMP 35 / FN 24
Voilà une vraie manipulation médiatique et/ou sondagière: car « on » conclut à un avantage pour la gauche… ! Or, avec ces résultats de 1er tour et l’abstention habituelle à Perpignan, ni le PS, ni le FG ne seraient au 2nd tour ! Et c’est l’UMP qui battrait évidemment Louis Aliot, dont la capacité de nuisance est, sinon, très forte à l’égard de l’UMP (c’était d’ailleurs le sens de mon pronostic dans cette circonscription, que je maintiendrai évidemment !).
L’hypothèse n’est même pas envisagée, ni celle d’un duel UMP-gauche, car, même à 23, le FN n’est pas à l’abri d’une mauvaise surprise pour lui, si un candidat de gauche le dépasse.
C’est un réel scandale car, localement, l’Indépendant est évidemment très lu et ce sondage arrive trop tard pour être contrecarré dans l’effet possible sur les électeurs…

LH2-DOM 4e de la Réunion:
Impossible d’avoir mieux qu’un score de 54 pour le PS dès le 1er tour.
LH2-DOM 5e de la Réunion:
Simplement un PS à 39, un NC à 22 et un PCR à 20.
En fait, il existe aussi des sondages LH2 dans les 6e et 7e, mais sans que je réussisse à en récupérer le détail, LH2 semblant avoir un mode de fonctionnement colonial, qui empêche de savoir ce qui se passe depuis la métropole 😛

IFOP 1e de l’Aveyron:
UMP 40,5 / PS 25,5 / PRG 13 / FN 9 / FG 8,5 / EE-LV 3 / AEI 0,5 / LO 0
UMP 50,5 / PS 49,5
Les reports seraient de 87-13 chez les électeurs FN s’exprimant, de 16-84 chez les électeurs PRG (un peu décevant pour le PS) et de 17-83 chez les électeurs EE-LV.
Comme prévu, ce sera très dur pour l’UMP Yves Censi, même s’il semble pouvoir résister. Globalement, l’Aveyron pourrait continuer d’envoyer deux députés de droite, mais à chaque fois dans un mouchoir de poche. Comme l’Yonne, la Lozère, la Meuse, le Jura, le Lot-et-Garonne, voilà un département rural qui n’intéresse pas beaucoup de monde, mais qu’il faudra bien suivre les 10 et 17 juin, car c’est aussi là que le PS va bâtir -ou non- sa majorité absolue.

OpinionWay 1e du Rhône:
EE-LV 24 / PRG 21 / UMP 30 / FN 9 / FG 8 / MoDem 3 / PCD 2 / LO 1 / DLR 1 / AEI 0,5 / Cap21 0,5 / trois autres 0
EE-LV 52 / UMP 48 (les PRG se reportent alors à 72/12/15 vers Meirieu, l’UMP et l’abstention; les FN se reportent à 18/66/16)
PRG 54 / UMP 46 (reports EE-LV 78/9/13 et reports FN 20/51/23)
Comme c’est une excellente idée d’avoir sondé cette circonscription, ne critiquons pas trop, mais, quand même, envisager une triangulaire (étant donné la virulence du combat Meirieu/Collomb par Braillard interposé) aurait été subtil, avec une petite chance pour le PRG d’éviter une victoire par défaut de l’UMP.
Quoi qu’il en soit, je me doutais qu’il serait difficile à Collomb de combattre le boboïsme de 2e génération… Mais tout espoir n’est pas perdu pour Braillard… Si seulement les électeurs de droite comprenaient l’enjeu et la nécessité d’un vote utile… 😉
IPSOS 1e du Rhône:
EE-LV 22 / PRG 20 / UMP 33 / FN 10 / FG 8 / MoDem 3 / autres 4
EE-LV 53 / UMP 47
PRG 53 / UMP 47
Les divergences entre sondeurs sont moindres que sur la 2e du Rhône, alors que la situation est moins classique. Tout cela doit renforcer notre prudence à l’égard des sondages locaux, même si le foisonnement actuel est tout à fait « excitant »…

Il y a aussi les victoires de la droite qui sont autant de non-événements:

OpinionWay 3e des Alpes-Maritimes:
NC-UMP 40 / PS 22 / FN 18 / FG 6 / EXD 4 / MoDem 2 / LO 1 / AEI 1 / DLR 1 / PCD 1 / EXG 1 / PRG 1 / RPF 1 / divers 1 / trois autres 0
UMP 62 / PS 38 (avec un report du FN à 0/44/56 si l’on garde l’ordre de la présidentielle) ou, en cas de triangulaire, UMP 47 / PS 34 / FN 19

OpinionWay 7e du Var:
UMP 40 / MRC-PS 22 / FN 15 / FG 8 / DVD 6 / div.écol. 2 /AEI 1 / AC 1 / DVD 1 / NPA 1 / DLR 1 / EXD 1 / div.écol. 1 / deux autres 0
UMP 49 / MRC-PS 34 / FN 17
UMP 62 / MRC-PS 38 (avec alors un report FN à 13/56/31, quelconque pour l’UMP, et un report DVD 7/64/29 plutôt décevant)

Il y a également les victoires plus délicates pour l’UMP, qui assure toutefois l’essentiel:

OpinionWay 6e de Seine-et-Marne:
UMP 42 / EE-LV-PS 29 / FN 16 / FG 8 / MoDem 2 / AEI 2 / DLR 1 / deux autres 0
UMP 55 / EE-LV-PS 45 ou, en cas de triangulaire, UMP 46 / PS 40 / FN 14
Même s’il est moins écrasant que dans le sondage BVA, Copé n’est donc pas particulièrement menacé.
En cas de duel, relevons que le report du FN est mauvais pour Copé: 17/31/52 si l’on garde l’ordre de la présidentielle. Un syndrôme Chirac-Juppé ? Un effet des attques ciblées d’Arnautu ?La volonté de couper la tête de l’UMP ?

OpinionWay 2e des Alpes-Maritimes:
UMP 40 / EE-LV-PS 34 / FN 18 / FG 4 / LO 1 / PRG 1 / AEI 1 / divers 1 / NPA 0
UMP 55 / EE-LV-PS 45 mais, en cas de triangulaire, EE-LV-PS 42 / UMP 41 / FN 17
Certes, la circonscription est la moins facile des Alpes-Maritimes et Ginésy est usé, mais c’est une petite surprise de voir que l’hypothèse d’une triangulaire lui est aussi défavorable (d’autant qu’en cas de duel gauche-droite, les reports FN sont bons pour la droite: 12/69/19). Néanmoins, cette hypothsèe reste peu probable, ce qui devrait sauver l’UMP, sur le fil.

Je ne reprends pas les conclusions générales de mon précédent article: elles n’ont pas évolué.
Si j’en ai le temps et le courage, ce qui est peu probable, je réaliserai un petit graphique des intentions nationales. Je veillerai surtout à actualsier ma carte des pronostics avant 1er tour.

Derniers sondages IPSOS, OpinionWay et IFOP pour les législatives: face à une droite au sein de laquelle Fillon est le plus populaire, la victoire de la gauche sera-t-elle similaire aux majorités de 1997, de 2007 ou de 2002 ?

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
23-25 mai 2012
échantillon: 1836 inscrits sur un total de
1995

Extrême gauche 1
FG 8
PS-PRG-DivG 32
EE-LV 4
(soit PS+PRG+DivG+EE-LV 36)
MoDem 4
AEI 1
UMP+NC+DivD 31
FN 16
autres 3


IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
25-26 mai 2012
échantillon: 962

Extrême gauche 1,5
FG 8
PS+PRG+MRC+DivG 31
EE-LV 6
(soit PS+PRG+DivG+EE-LV 37)
MoDem 2
UMP+NC+PR+DivD 35
FN 15
Divers 1,5

IFOP-Fiducial
Midi Libre
25-29 mai 2012
échantillon: 971 inscrits sur un total de 1001

LO 0,5
NPA 1
FG 7
PS 33
PRG 1
EE-LV 3,5
(soit PS+PRG+EE-LV 37,5)
MoDem 4
divers écol. 1
NC-PR 1
UMP 32
DLR 0,5
(soit UMP+NC+PR+DLR 33,5)
FN 15,5

1. Certes, les scores du bloc socialo-radical et des Verts ne sont pas astronomiques, mais ils sont solides et, surtout, l’appoint du FG est assuré. Quant aux restes du MoDem, ils ne pèsent plus rien ou serviront davantage au PS, car ces reliquats très, très modérés ne voudront pas d’une cohabitation et se contenteront du vent gentillet brassé à l’heure actuelle par Ayrault, Sapin, Touraine et Valls. Les électeurs de Bayrou se répartiraient à 37% pour le MoDem, à 37% pour l’UMP et à 25% pour le PS, en ligne avec les reports abstentions/Sarkozy/Hollande du second tour.

Bayrou n’est peut-être pas encore complètement perdu, car il se place « moins mal » dans l’IFOP sur la 2e des Pyrénées-Atlantiques:
PS 31 / MoDem 29 / UMP 23 / FN 7 / FG 6,5 / EE-LV 2,5 / DLR 0,5 / NPA 0,5 / trois divers 0
PS 41 / MoDem 33 / UMP 26
PS 50,5 / MoDem 49,5
avec un « déchet » de 25% des électeurs de l’UMP vers le PS ! Braves gens 😀

Par ailleurs, selon OpinionWay, 70% des sondés veulent voter pour un courant et 29% pour une personnalité. Il est vrai que ces 29% font souvent toute la différence et qu’ils peuvent avantager l’UMP face au FN qui n’a qu’un visage, celui de « Marine ». Mais, tout de même, on sent là la volonté de donner une majorité à la gauche, corroborée par les souhaits et les pronostics, tous largement favorables aux petits soldats hollandais.

Les électeurs de Le Pen se répartiraient à 75% pour le FN, 11% pour l’UMP, 7% pour le PS: ce n’est pas fantastique pour l’UMP et cela signifie effectivement davantage de triangulaires.

Mais mon travail en cours par circonscription me montre que, hormis dans l’Aisne, l’Hérault, le Gard et quelques autres situations (une seule apparemment en Moselle), l’électorat plus rural et rurbain du FN en 2012 peut être finalement moins dangereux pour l’UMP que l’électorat un peu plus urbain de 1997. Cependant, le risque est là.

On peut aussi estimer que la mobilisation ne sera pas meilleure qu’aux dernières fournées législatives. Mais une abstention différentielle devrait favoriser la gauche. L’intérêt pour le scrutin est plus forte chez les électeurs de Hollande et Mélenchon (68 et 62) que de Sarkozy (58). Les électeurs de Bayrou et Le Pen (52 et 51) ferment sans surprise la marche.

Dans des circonscriptions « clasiques », pas de surprise sur de nombreux basculements, comme le montre le sondage OpinionWay sur la 4e de la Sarthe (l’ancienne de Fillon):
PS 38 / UMP 34/ FN 13 / FG 7 / MoDem 3 / EE-LV 2 / DVD 2 / LO 1 / NPA 0
PS 53 / UMP 47

Tout m’incite donc à imaginer une majorité nette pour la gauche, peut-être même plus proche de celle de la droite en 2002 qu’en 2007. D’ailleurs, si les scores semblent s’inverser par rapport à 2007, la grosse différence, c’est que le FN n’est plus du tout au même niveau et que, cette fois, il va « saigner » la droite. En outre, le haut niveau de la droite au 1er tour en 2007, qui lui promettait une victoire à la 2002 voire mieux, a été fortement corrigé entre les deux tours. Si, cette année, cette correction n’intervient pas, la gauche pourrait faire mieux que la droite en 2007 et se rapprocher du score de la droite, en sièges, de 2002.

Mais il est vrai que, localement, le PS a donné trop de circonscriptions « limites » à EE-LV et va ainsi perdre de belles occasions de gains. Mon travail en cours pourrait aussi m’inciter à penser différemment… 🙂 En outre, il peut y avoir un réflexe de rééquilibrage, comme entre les deux tours de 2007. Enfin, l’UMP n’a pas que de mauvais sortants.

Ceci étant dit, même une NKM médiatisée et capable de ratisser au centre rencontre, de manière significative dans une de ces circonscriptions qui n’étaient pourtant pas dans les 333 ayant mis Hollande en tête le 6 mai dernier, des difficultés certaines. C’est un sondage IFOP sur la 4e de l’Essonne, qui donne:
UMP 41 / PS 33 / FN 8 / FG 7,5 / MoDem 4,5 / EE-LV 3 / DLR 1 / AEI 0,5 / ExD 0,5 / LO 0,5 / ExG 0,5 / une divers 0
et un terrible 50-50 au second tour.

Bref, globalement, plutôt 2007 que 1997, avec un petit « risque » de 2002.

2. Dans ce paysage à mon avis assez sombre pour la droite (pourquoi n’agite-t-elle pas le chiffon rouge de la majorité des 3/5 au Congrès ?!? ah oui, 85% des Français n’y comprendront rien ?… bon… passons…), François Fillon trace son bonhomme de chemin.

Un sondage TNS-Sofres-Sopra Group pour i-Télé (échantillon de 1011, réalisé le 24 mai 2012) interrogeait sur celui qui « ferait le meilleur président de l’UMP« , dans l’ensemble de l’échantillon et parmi les sympathisants UMP:
Fillon 44 / 69
Copé 12 / 22
aucun 25 / 5
ne sait pas 19 / 4

Enfin un sondage en tête-à-tête, qui montre bien que les voix de Juppé se porteraient en réalité sur Fillon, lui assurant un net avantage. Mais, évidemment, l’échantillon n’est pas celui des adhérents « durs » de l’UMP. Toutefois, la primaire du PS en 2006 montre que les militants peuvent très bien « suivre » les mouvements d’opinion externes, s’ils assurent une victoire électorale ensuite.

Le score est d’ailleurs sans appel à la question de savoir s’il est « souhaitable qu’il représente l’UMP à la présidentielle 2017 » (ah, la belle question alors que les législatives ne sont pas encore passées 😀 J’aime la politique politicienne !):
Fillon 51 contre 30 / 84 contre 10
Copé 24 contre 55 / 46 contre 45
Sarkozy 22 contre 61 / 55 contre 36

Copé aussi rejeté que Sarkozy dans la population globale, mais encore derrière Sarkozy dans son propre camp. Encore quelques sondages comme ceux-ci messieurs les patrons de presse et Fillon va bien finir par l’emporter à l’automne !

Fillon a eu raison de dire qu’il n’y avait plus de leader naturel à l’UMP (55 contre 18). Et il bat Copé sur tous les qualificatifs (compétent 66/40, rassurant 46/26, sympathique 53/31, sincère 51/23), sauf sur le dynamisme (45/53).

Deux premiers écueils vont cependant se dresser sur sa route:
– sera-t-il aussi largement élu que prévu à Paris ? Attention à ne pas donner l’impression de négliger ses « terres » et de tenir le résultat pour acquis, car les électeurs n’aiment pas cela… et Axel Kahn a sûrement une longueur d’avance chez les bobos du 6e…
– la présidence du groupe UMP à l’Assemblée sera peut-être « chaude ». Quelques victimes importantes que je commence de recenser (Courtial dans l’Oise, Morano en Meurthe-et-Moselle, Lefebvre à l’étranger) affaibliront aussi le camp Copé, même si les modérés de l’UMP, comme je l’ai déjà étudié, vont souffrir. Peut-être Fillon éludera-t-il ce combat, avec prudence, ou laissera-t-il un candidat plus consensuel (Accoyer, Dord, MAM, Ollier dit « POM »,…) tenter d’arracher le groupe à Jacob, sans toutefois trop mouiller Fillon en cas d’insuccès.

Ce sera passionnant, tout autant que le feuilleton « Martine va-t-elle vraiment se retirer à Lille ? » Ou troublera-t-elle le trio Désir-Cambadélis-Rebsamen ?

Derniers sondages IFOP et OpinionWay pour les législatives: les signes d’une victoire socialiste plus ample qu’en 1997

IFOP-Fiducial
Europe 1, Paris-Match
18-19 mai 2012
échantillon: 860 inscrits sur un total de 956
(évolution par rapport à la livraison du 6 mai 2012)
LO 0,5 (=)
NPA 0,5 (-0,5)
FG 7 (-1)
PS+PRG 34,5 (+3,5)
EE-LV 4,5 (-0,5)
(soit PS+PRG+EE-LV 39 (+3))
MoDem 4 (-0,5)
UMP+NC+PR 32,5 (+1)
DLR 0,5 (=)
(soit UMP+NC+PR+DLR 33 (+1))
FN 16 (-2)

1. Par rapport à 1997, le FN rejoint un score comparable (16 contre 15) et sa capacité de nuisance pour la droite serait donc équivalente. En 1997, il pouvait se maintenir dans 133 circonscriptions, dont 79 triangulaires (76 effectives, finalement), 23 duels avec la gauche et 31 duels avec la droite. Même si c’est moins que les pronostics échevelés, tant du FN que de certains médias, c’est suffisant pour embarrasser fortement la droite. D’autant que le vote FN semble cette année plus rural, plus rurbain, plus périurbain boutiquier et « subi », ce qui risque de faire davantage de dégâts à droite.

D’ailleurs, le sondage IFOP sur la 11e circonscription du Pas-de-Calais montre que Le Pen n’est nullement capable de battre la gauche en duel ou en triangulaire:
FG 55 – FN 45 / PS 56 -FN 44 / FG 44 – MoDem UMP 20 -FN 36
après un 1er tour très mauvais pour la droite, alors même qu’il s’agit d’un traditionnel franc-tireur (JeanUrbaniak, cette fois MoDem soutenu par l’UMP):
FN (Le Pen) 34 / FG (Mélenchon) 29 / PS 18 / MoDem-UMP 16 / EE-LV 2,5 / LO 0,5 / quatre divers 0

Cette situation pourrait se retrouver dans d’autres circonscriptions du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie, où la gauche a peu de craintes à avoir sur ses circonscriptions en ce qui concerne une supposée menace FN.

Au passage, notons que les sondages mesurent aussi la stupidité de nombre de sondés, voire d’électeurs: au moment où le PS désigne enfin un candidat honnête et correct dans cette circonscription, voilà qu’en masse (y compris les CSP+), on préfère le barnum médiatique du parachuté-révolté Mélenchon… Décidément, il n’a pas fini de nous… Bref.

2. En revanche, la droite part d’un niveau de nouveau modeste: globalement 33 contre 36,5 en 1997.

En outre, comme le montre le sondage IFOP dans la 9e des Hauts-de-Seine (celle de Claude Guéant), les reports ne sont pas bons, ni du centre, ni de l’extrême-droite. Comme si seul l’enjeu présidentiel et un Sarkozy ultra-combatif avaient réussi à assurer cette mobilisation forte à droite.
Alors qu’au 1er tour, il ne semble pas y avoir de difficulté pour la droite et le centre-droit:
UMP 41 / PS 25 / DivD 15 / AC 7 / EE-LV 5 / FN 4 / FG 2 / PRG 0,5 / Div 0,5 / deux divers 0
au second tour, la victoire de Guéant n’est pas soviétique:
UMP 57 – PS 43.

Certes, il faut, là encore, compter avec une certaine forme de stupidité: quand des sondés-électeurs voient marqué « Alliance centriste », ils croient voter pour le supplétif béarnais de Hollande et ils n’ont aucun indice de qui pourraient bien être Jean Arthuis et ses troupes… Bon, je reconnais qu’il n’est pas toujours aisé de le suivre…

Mais cela signifie bien que Guéant est loin de récupérer toutes les voix AC, de Solère (DivD – UMP dissident) et du FN. Son profil peut bien sûr refroidir au centre-droit, mais quand même, c’est une circonscription très sûre et 57% n’est pas si extraordinaire.

3. Le MoDem est lentement mais sûrement laminé. Certes, on ne peut comparer son score à celui de l’UDF ou des DivD en 1997. Mais, à 4%, il est inexistant. Surtout qu’il ne présente que très peu de candidats en propre (400 sous l’étiquette « le Centre pour la France », mais pas autant de MoDem « purs »): à ce niveau, 4%, ce n’est plus que 2,78%…

Surtout, son chef, comme c’était prévisible, est menacé. C’est ce que nous indique le sondage OpinionWay sur la 2e des Pyrénées-Atlantiques.
Au 1er tour, il ne devance que difficilement un inconnu UMP:
PS 30 / MoDem 24 / UMP 23 / FN 11 / FG 8 / EE-LV 3 / NPA 1 / quatre divers 0
Et au 2nd tour, c’est la Bérézina, que ce soit en duel ou en triangulaire:
PS 55 – MoDem 45 / PS 44 – MoDem 28 – UMP 28 / PS 60 – UMP 40

L’hypothèse de la triangulaire permet également de constater l’excellent report de voix à gauche et la déperdition au centre pour l’UMP (mais il est vrai que nous avons vu, dans la cartographie de la présidentielle, que les électeurs Bayrou des Pyrénées-Atlantiques ont un tropisme rose assez net).

4. Au niveau national, la comparaison avec 1997 est favorable à la agauche et, plus précisément, au PS:
EE-LV baisserait de plus de 2 points, tandis que le total PS-PRG-DivG-Verts augmenterait de 4,5 points (39 contre 34,5).
Le PS n’ose pas le dire ouvertement, mais il espère bien que de nombreux dissidents du PS vont faire mordre la poussière aux Verts officiellement soutenus et que le PS (avec le PRG et tous ces Divers Gauche) pourra avoir un groupe majoritaire à lui seul. L’analyse par circonscription, si vous la suivez sur le lien donné dans mon article précédent, montre (en corrigeant un peu les prédictions un peu conservatrices de mon ami Gaël L’Hermine) que les Verts sont mal engagés (Côtes d’Armor, Ille-et-Vilaine, Sarthe, Orne, déjà…).

Je l’ai dit, c’est pour moi le principal, voire le seul, suspense de ces élections.

Ni Hollande ni Ayrault ne suscitent un grand enthousiasme.
Le gouvernement ne commence pas très fort.
La scène internationale donne beaucoup de poudre aux yeux (ce petit jeu sur la « croissance » est drôlatique: comme si Obama, Merkel, Barroso, Juncker, Cameron, Rajoy, Monti ou même Hu, Rousseff, Poutine ou Tusk mettaient la même chose derrière ce mot… :D).
Manifestement, l’adaptation va être difficile et la vie interne au gouvernement, à la gauche et au PS fort tendue.

Mais l’UMP vient d’entamer sa « PSisation » et va se déchirer suffisamment pour masquer le sabotage d’Aubry, l’incontrôlabilité de Montebourg, l’incompétence de Taubira et de Duflot, les guéguerres entre hollandais.
Et la campagne est très, très courte.
Et les électeurs ressentent un trop-plein de politique.
Et la cohabitation n’est plus dans la logique du quinquennat avec élections groupées et successives.
Et les médias restent encore bienveillants pour Hollande (même si les dérapages et incohérences à gauche commencent d’être relevés).
Et Rachida Dati est reparti comme en 40… Même Morano bouge encore…

Bref, c’est cuit pour l’UMP cette fois-ci. J’avais bien fait de mettre en garde sur les élus menacés, car cette vague rose à venir risque bien de faire l’affaire de Copé et Jacob.

5. Revenons rapidement sur la guerre interne à l’UMP, qui vient donc de commencer. Fillon s’est-il déjà « grillé » ?

Quelles peuvent être ses raisons ?
– D’abord, Copé, contrairement à ses déclarations… hypocrites (oui, le mot est fort bien choisi, François !), utilise bien tous les leviers pour renforcer son contrôle. Par deux fois, il s’est lui-même déclaré « chef » de quelque chose; il est déjà dans la place et « bétonne » l’appareil du parti; il continue de cajoler les députés et surtout ceux qui seront rescapés. Bref, peut-être Fillon a-t-il senti une certaine urgence à ne pas être distancé en interne dès le départ.
– Ensuite, il a peut-être voulu « fendre l’armure » et faire preuve d’un peu d’audace et d’autorité, à rebours de son image, « à la Hollande » en quelque sorte. D’une certaine manière, être l’outsider, l’underdog, ce n’est pas forcément un mauvais choix.
– De manière alternative, il a peut-être jugé bon de capitaliser sur le sondage IFOP et sur son bon positionnement; sûrement un peu hasardeux de jouer comme cela sur l’opinion et les médias…
– Enfin, il avait peut-être l’intention d’attaquer en réalité… plus tôt, mais a dû attendre vendredi soir dernier, pour être sûr que l’inénarrable Dati ne se présentait pas contre lui (avec des personnages comme ça, il vaut mieux attendre le douzième coup de minuit pour être vraiment sûr…).

Mais quels sont ses risques ?
– Apparaître comme le diviseur.
– Se faire imputer un mauvais score de l’UMP.
– Apparaître comme en fait un peu naïf d’être tombé dans le piège de Copé.
Eloigner les modérés et chiraquiens qui devraient lui revenir, mais semblent s’accommoder tactiquement de Copé (Baroin, Pécresse, Le Maire, Raffarin,…). De ce point de vue, la réaction de Juppé, apparemment neutre, fait objectivement le jeu de Copé ou, peut-être, prépare le terrain à Juppé lui-même, qui, soit devancerait Fillon contre Copé, soit l’affaiblirait tellement que Copé serait dans une dynamique suffisante.
N’excluons pas non plus une alliance Juppé-Copé, avec Juppé comme président et Copé en SG aux pouvoirs renforcés (bref en n°1 de fait) ou Juppé raffarinisé en vice-président délégué. Je ne sais même pas (les statuts et le règlement intérieur sont peu clairs sur ce point) s’il n’y aurait pas de possibilité de fusioonner des tickets du 1er vers le 2nd tour.
Imaginons un 1er tour avec, comme candidats Président/SG/Vice-Président délégué:
Copé/Daubresse/Raffarin ou, en version hard, Copé/Riester/Hortefeux
Fillon/Wauquiez/Bertrand
Juppé/NKM ou Baroin/Raffarin ou, en version restreinte, Juppé/Apparu/Pécresse
qu’est-ce qui empêcherait un 2nd tour:
Copé/Baroin/Juppé contre Fillon ?

Bref, tout est ouvert et tout sera d’autant plus terrible. Si, pour couronner le tout, Aubry et/ou Delanoë ne créent pas un même affrontement sanglant au sein du PS et si le PS réussit à se sortir des épées de Damoclès verte et rouge dans 3 semaines, alors, Hollande et Ayrault pourront continuer un moment de ne pas gérer leurs troupes et de gérer petitement le pays. Les conséquences électorales ne sont pas pour tout de suite… surtout avec une structure sociologique et géographique qui n’avantage pas l’UMP à moyen terme et avec une Marion « Marine » Le Pen plus Panzergirl que jamais…

Géographie électorale simplifiée du 2e tour: les faiblesses structurelles de la droite, sous pression du FN, et l’avenir de la gauche, sans nécessité populaire

1. Comme pour le 1er tour, je ne reviendrai pas sur les cartes par niveaux et seuils de résultats, plus ou moins bien choisis, disponibles partout. J’avais d’ailleurs fourni une première carte la nuit de l’élection.

En revanche, j’ai confectionné rapidement quelques cartes répartissant en 6 blocs égaux tous les départements métropolitains (donc 6 groupes de 16 à chaque fois), afin de faire apparaître les zones de force (et de faiblesse) de chaque candidat. Cela permet de repérer plus facilement les évolutions géographiques et sociologiques des électorats des candidats (ou l’absence d’évolution). Je me contente de la maille départementale, mais je ne doute pas que les sites « World Elections », « Elections France » (deux blogs de l’excellent Gael L’Hermine, cités dans le blogroll ci-contre) et « Dave Leip’s Atlas Forum », produiront de belles cartes par circonscription législative, par canton, voire par commune.

Attention, n’interprétons pas les couleurs foncées ci-dessous comme indiquant forcément un niveau de votes élevé dans l’absolu, mais simplement comme une force relative, en comparaison du score national du candidat concerné. Mes catégories ont des limites évidentes, puisqu’il peut y avoir un écart significatif entre deux départements appartenant à la même catégorie ou faible entre deux départements appartenant à deux catégories différentes. Je le signalerai en tant que de besoin. Les conclusions restent robustes.

J’ai également confectionné des cartes répartissant en 6 blocs égaux les départements selon la progression ou la régression brute de chaque candidat de 2007 à 2012. La comparaison peut avoir plus de sens avec 1995 ou, bien entendu, avant, c’est-à-dire avec des élections gauche-droite « normales ». Mais je suis ici dans une optique de court terme et surtout davantage tournée vers l’avenir que dans l’analyse des séries longues. Plus le département est de couleur foncée, plus le candidat progresse ou moins il régresse.

2. En ce qui concerne Sarkozy, la carte du second tour, en comparaison d’un premier tour plus « classiquement de droite » (je renvoie à mon article correspondant sur le premier tour), retrouve une coloration lepéniste forte.

L’évolution d’un tour à l’autre est très proche de la carte de Le Pen, même si les zones populaires « de gauche » sont évidemment moins concernées (Pas-de-Calais, Aisne, Ardennes), tandis que Sarkozy progresse dans l’électorat de centre-droit traditionnel (Mayenne, Vendée).
En comparaison de 2007, le bilan est plus « équilibré ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La situation de 2012 n’est, en termes relatifs, pas foncièrement différente de celle de 2007, si ce n’est une légèrement meilleure résistance dans l’ouest du grand Bassin Parisien, alors que Cantal et Haute-Loire (et l’inexplicable Manche) connaissent une vraie décrue.

La variation 2007-2012, qu’il faut replacer dans un contexte de recul généralisé, nous montre toutefois que Sarkozy résiste dans les vieux bastions de droite, soit qu’ils lui restent fidèles à des niveaux corrects (Alsace-Moselle, Ain-Haute-Savoie, extrême Sud-Est), soit qu’il maîtrise la descente (Lorraine, Corse, voire est du Rhône), soit enfin qu’il ait de toute façon atteint un étiage (Nord-Ouest).

Mais toutes ces données montrent la dépendance de la droite à l’égard du FN. Celui-ci ne constitue nullement un réservoir de voix au-delà de l’électorat traditionnel de droite (ainsi que le montrent les résultats contrastés de la Picardie: l’électorat populaire-populaire ne va de toute façon pas vers Sarkozy; seul l’électorat populaire-boutiquier et rural y va, mais seulement éventuellement, pas de manière automatique). Il peut en revanche durement sanctionner la droite.

Enfin, une autre faiblesse vient de l’évolution catastrophique de l’Ile-de-France, qu’il s’agisse de Paris même, mais aussi de la banlieue ouest, tandis que les banlieues nord, sud et est se vident de la droite (la Seine-et-Marne connaît une évolution rapide: après avoir été longtemps une « anomalie » rurale et conservatrice en Ile-de-France, elle s’était urbanisée et lepénisée dans les années 80 et 90, tandis que, désormais, elle se « pavillonarise » et se teinte de rosepâle). Cette évolution est une vraie difficulté pour la droite, alors qu’il s’agit là de la région la plus peuplée et dont les bordures extérieures continuent de croître fortement. La perte complète de la Seine-Saint-Denis n’a jamais été un problème. L’éloignement, semble-t-il profond, de Paris, des Hauts-de-Seine, de l’Essonne, du Val-d’Oise et, en partie, de la Seine-et-Marne et des Yveline est beaucoup plus inquiétant.

Mais comment concilier l’électorat modéré de Bretagne, bobo de Paris ou Issy-les-Moulineaux, anti-immigrés de l’Oise, rural en difficulté de la Meuse, boutiquier du Vaucluse, parvenu du Var ou vieux bourgeois du Rhône ? C’est un peu la quadrature du cercle pour la droite.

3. Les cartes de Hollande présentent de bonnes nouvelles pour le PS, au-delà même de la progression générale de son score, visible dans la grande proximité des cartes socialistes de 2007 et 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà de cette similitude, l’évolution quinquennale montre évidemment le « localisme » à l’oeuvre en Limousin, Périgord, Auvergne, jusqu’au Larzac. Mais, comme cela avait pu être noté au 1er tour, la gauche revient dans le sud du triangle Le Havre-Dunkerque-Charleville-Mézières, qu’elle avait un peu déserté. Certes, cette région est en déclin, mais elle compte encore beaucoup de réservoir de voix. Surtout, la progresion est intéressante dans des régions plus dynamiques, de Paris jusqu’à la 4e couronne parisienne.

Plus localement, la progression dans la Manche, déjà avérée, mais accélérée, reste un mystère: le nucléaire, Cazeneuve, la lointaine influence de Caen et de Rennes, la droite ridiculement divisée ?

D’un tour à l’autre de 2012, aucune surprise: c’est, massivement, l’électorat mélenchono-communiste qui a accru la performance de Hollande (celui-ci ayant déjà capté tout ce qu’il pouvait en Corrèze dès le 1er tour…). Jusqu’aux particularités du Jura, du sud des Alpes, de la Meurthe-et-Moselle, c’est un fidèle décalque de la carte Mélenchon.

A une grosse exception près: les Pyrénées-Atlantiques où, manifestement, l’électorat bayrouïste a suivi son chef (probablement à contre-courant du reste du pays). Mais, depuis 2007, le phénomèn est clair: il ne s’agit pas seulement d’anciens électeurs de gauche déçus par Royal et égarés sur Bayrou; localement, ce dernier a bel et bien « recyclé » des électeurs de droite au profit de la gauche, de manière apparemment durable… Ce département traditionnellement conservateur se retrouve désormais plus « rose » que les places fortes historiques du socialisme mitterrandien qu’étaient les Landes et le Gers !

En restant dans le Sud-Ouest, le tassement socialiste autour de la vallée de la Garonne se confirme, coupant en deux la traditionnelle zone d’influence de la gauche, qui est maintenant plus concentrée sur le Massif Central et les Pyrénées. Tant que Toulouse reste acquise, cela ne pose pas de difficulté particulière pour la gauche, qui attire simplement moins les rurbains, les péri-urbains en difficulté, ceux qui sont en 2e ou 3e couronnes des grandes agglomérations de manière contrainte.

3. L’étude des abstentions montre une grande stabilité entre 2007 et 2012 et l’influence forte de tous les électeurs modestes du FN, qu’ils soient populaires ou ruraux: ce sont bien le Nord et le Nord-Est qui s’abstiennent massivement, en dehors des foyers traditionnels d’abstention: Corse, Charentes, Cher, banlieues nord-est de Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au premier tour, l’abstention était évidemment plus « classique » (Nord, Ardennes, Moselle), avec de vrais abstentionnistes récurrents et forte dans l’Ile-de-France « surbookée », dépolitisée, active, je-m’en-foutiste ou en week-end, comme on voudra… Au 2e tour, le phénomène se modifie et est évidemment fortement influencé, come on l’a vu, par la carte lepéniste, dans le Nord-Est et le Nord intérieurs.

4. La carte des blancs et nuls, qui ont certes progressé partout et ne présentent pas un écart national très ample, révèle cependant une caractéristique intéressante: le vote blanc est un vote rural bien plus qu’urbain. Dans les villes, si on refuse, si on s’oppose, on s’abstient (Ile-de-France, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Rhône, Nord, Bas-Rhin); dans les campagnes, on va déposer une enveloppe dans l’urne, même sans exprimer de suffrage, ce qui explique la faiblesse relative des blancs et nuls dans la plupart des départements urbains (Ile-de-France, Nord, Bas-Rhin, Rhône, Isère, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Gironde,…).

La carte ressemble ainsi à un « mix » du FN (Est intérieur, Pîcardie) et du PCF traditionnels (Berry, Bourbonnais, Nord ouvrier, Midi). La Corse reste, elle, une énigme de ce point de vue…

Tandis que la Bretagne se distingue par son intégration politique absolue au système: non seulement on vote, mais en plus on exprime un suffrage, comme si on trouvait l’offre politique tout à fait satisfaisante. Le Poitou et la Vendée peuvent être rangés dans la même catégorie, le cas de la Corrèze étant… particulier.

5. Ainsi, les faiblesses structurelles de la droite, affaiblie dans des régions dynamiques et dépendante des suffrages qui tendent à s’égarer sur le FN alors que le centre-droit voit sa géographie s’étioler, se confirment d’un tour à l’autre. La situation de l’Ile-de-France apparaît inquiétante.

Quel(s) leader(s) pourrai(en)t-il(s) lui permettre de se redresser ? Faut-il qu’elle régionalise son action ? Nous essaierons d’en discuter prochainement.

Indicateur agrégé du 30 avril 2012, indicateur des reports de voix et évolution par sondeurs: dans un contexte de convergence sondagière, petit « 53-47 avec perspective clairement négative » et détérioration des reports de voix pour Hollande

(Ante-scriptum: pour ceux qui arriveraient tardivement devant leur écran, allez faire aussi un tour dans l’article précédent, avec tous les sondages sortis aujourd’hui)

1. L’indicateur agrégé se resserre aujourd’hui assez nettement: 52,95 / 47,05.

Sarkozy est à son plus haut niveau, mais il n’atteint en fait que le pourcentage de Royal de 2007. On mesure ainsi la difficulté de ce dernier week-end sans campagne mais pas sans actualité (oui, tout est possible…).

Cet indicateur reprend les 10 sondages de la semaine passée, pour un échantillon total de 14 315 personnes. Tous les sondeurs y sont représentés, IFOP et BVA l’étant deux fois. IPSOS et BVA ont eu la bonne idée de re-sonder aujourd’hui et TNS-Sofres a publié son dernier sondage comme prévu, tandis qu’IFOP a terminé son rolling par un sondage représentant l’écart le plus faible entre les 2 candidats jamais relevé: 52/48. Ce sondage est le seul à intégrer un petit contingent de personnes interviewées après le lapin sorti du chapeau de Bayrou. Inversement, IFOP a plutôt présenté un tropisme pro-Sarkozy sur le moyen terme.

La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, sans pondération, donne un chiffre de 52,75 / 47,25.
La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, pondérée par les échantiloons respectifs, donne un chiffre de 52,70 / 47,30.

Le sondage quotidien de l’IFOP suit une tendance similaire:

2. De manière très satisfaisante, l’indicateur des reports de voix (appliquant l’agrégation des matrices de reports de voix des mêmes sondages aux résultats réels des premiers tours) donne un résultat absolument identique: 52,97 / 47,03. Au point que ç’en est presque louche ! Mais, tant mieux, cela permet d’affirmer que tous ces chiffres sont vraiment solides.

Dans le détail des électorats encore mesurés systématiquement par les sondeurs (en rappelant que les graphiques sont légèrement « allongés » en fin de période, afin de rester lisibles):

électorat Mélenchon: 84,04 / 4,96 / 11,01 en baisse de presque 1 point pour Hollande et en amélioration de près d’1 point pour Sarkozy, ce qui est difficile à expliquer autrement que par une variation statistique liée à la faiblesse des échantillons, sans véritable signification. Les reports de voix restent très élevés à gauche et on ne voit pas comment Hollande pourrait faire davantage:

même si l’électorat Joly n’est quasiment plus suivi par les sondeurs, actualisons tout de même la courbe, très favorable à Hollande, sans être aussi bonne que celle de l’électorat du FG:

électorat Bayrou: 34,03 / 36,29 / 30,38 soit en détérioration assez nette de 2,5 points pour Hollande en une semaine et en très légère décrue pour Sarkozy, avec un solde positif pour ce dernier, comme il y a une semaine; reste à savoir si cette tendance favorable au Président sortant, claire dans le graphique, car quasi-linéaire (malgré une courbe polynomiale d’ordre 6 !), reste valable après la « pochette-surprise » Bayrou d’hier soir:

électorat Le Pen: 18,66 / 52,76 / 28,59 soit en baisse de près de 3 points pour Hollande, et en forte amélioration de presque 5 points pour Sarkozy; contrairement à ce que j’écrivais et à ce qui était assez largement admis, Sarkozy semble avoir continué de grignoter l’électorat Le Pen; il n’est pas sûr qu’il ait entamé la base populaire-populaire, mais il eput toujours arguer que son positionnement d’entre-deux-tours n’était pas mauvais, puisqu’il a bien gagné chez les lepénistes, sans perdre chez les bayrouïstes; cependant, s’il ne parvient pas à accrocher les 2/3 de cet électorat et à progresser encore chez les bayrouïstes, le « saut » sera trop dur à effectuer; il ne lui reste que 2 nuits de réflexion, il va lui falloir un bon télépathe:

abstentionnistes du 1er tour: 29,93 / 30,34 / 39,73, ce qui rend très sceptique car on imagine mal 60% des abstentionnistes du 1er tour (déjà pas si nombreux) se ruer sur les urnes ce dimanche; ce qu’il est ici important de retenir, c’est que les apports de nouveaux électeurs sont constamment apparus assez équilibrés et donc sans incidence fondamentale sur le résultat, même si légèrement favorables à Sarkozy puisque’il est en retard au score:

3. Enfin, actualisons le graphique de tous les sondages de second tour publiés en 2012. Là encore, en raison de la profusion de sondages en avril et mai, la fin du graphique est « allongée » dans le temps, afin de rendre visible chaque sondage. Cet effet de distorsion ralentit quelque peu la tendance au rebond de Sarkozy ou au resserrement de l’écart. Précisons que les courbes de tendance ci-dessous sont des polynomiales d’ordre 4, car, à ce stade, depuis janvier, c’est bien le nombre de « périodes » décelable. Et, avec cet ordre 4, la convergence est la plus forte entre sondeurs (au point de brouiller la vision… :P)

La convergence assez nette des sondeurs, qui se situent dans une fourchette de 1,5 point (52-53,5), avec une tendance unanime sur, au moins, leurs deux derniers sondages au resserrement de l’écart Sarkozy-Hollande, fait que les biais ne sont désormais plus tellement d’actualité, même si IFOP et OpinionWay sont dans le bas de la fourchette et TNS-Sofres dans le haut. Mais BVA et IPSOS sont également plutôt dans le bas de la fourchette alors qu’ils semblaient jusque là plutôt pro-Hollande. Enfin, la qualité des sondeurs au premier tour n’est plus très utile ici, étant donné la faiblesse des écarts, le meilleur (Harris) étant sur la même ligne que deux moins bons (CSA et LH2), le moins bon (BVA) étant en accord avec deux satisfaisants (OpinionWay et IPSOS), et deux autres très satisfaisants (IFOP et TNS-Sofres) constituant les extrêmes.

Les éléments favorables à Sarkozy sont donc:
– une unanimité des sondeurs et des indicateurs sur la tendance en cours: il progresse en niveau brut,
– une amélioration continue du solde des reports de voix dans les électorats Le Pen et Bayrou,
– un résultat brut situé dans la marge d’erreur des sondeurs et dans une zone encore atteignable au prix d’une éminente surprise.

Ceux favorables à Hollande sont:
– une persistance majoritaire jamais démentie,
– un bon et solide report de voix à gauche,
– une sur-mobilisation qui ne lui serait pas fondamentalement défavorable.

De ce point de vue, l’effet Bayrou peut conduire à quelques mouvements favorables à Hollande, en même temps qu’à une remobilisation à droite et au centre-droit, par « réaction ». Quant aux sondages, leur détérioration pour Hollande peut tout aussi bien remobiliser à gauche par « crainte » que donner un espoir à droite et rendre utile le devoir civique de dimanche. Au final, comme souvent dans les présidentielles, il est peu probable que ces variables aient un réel effet.

4. Sur ces différentes bases et en considérant que les deux seules inconnues du second tour (l’effet Bayrou et les niveaux de participation) n’auront pas d’influence, mon pronostic est le suivant, conforme à la tendance de l’indicateur agrégé, prolongé jusqu’à dimanche:

Hollande 52,2%
Sarkozy 47,8%

Quel est le vôtre ?

En dessous de 51, ce serait un démarrage de mandat très affaibli pour Hollande et un jackpot inattendu pour Bayrou et… Sarkozy.
Entre 51 et 52 pour Hollande, ce serait une grosse déception et un Mélenchon et des Verts revenus dans le jeu législatif, ainsi qu’une droite soulagée et plus à même d’affronter le problème FN.
Entre 52 et 53, ce serait une petite contre-performance pour Hollande, supprimant l’état de grâce mais plaçant l’UMP dans la vraie défaite et les vraies difficultés, avec des divergences d’interprétations et une division face au FN.
Entre 53 et 54, ce serait une victoire solide pour Hollande et de grandes difficultés pour l’UMP, en même temps qu’une quasi-assurance d’une fin de la carrière de Sarkozy.
Entre 54 et 55, ce serait une grande victoire pour Hollande et une implosion rapide de l’UMP.
Au-delà de 55, ce serait l’hégémonie PS en vue et Marion « Marine » Le Pen triompherait déjà, avant même 2017.

L’enjeu est donc fort dimanche. Bon vote !

Derniers sondages Harris, BVA, IPSOS, TNS-Sofres et IFOP quotidien: après un débat pour rien mais avant un Bayrou de dernière minute, l’écart continue de se resserrer

 

Harris Interactive
VSD, LCP Assemblée Nationale
2-3 mai 2012
échantillon: 1072

Hollande 53 (-2)
Sarkozy 47 (+2)

___________________________

BVA
Le Parisien-Aujourd’hui
3 mai 2012
échantillon: 2161

Hollande 52,5 (-1)
Sarkozy 47,5 (+1)

___________________________

IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
3 mai 2012
échantillon: 1018

Hollande 53 (-0,5)
Sarkozy 47 (+0,5)

___________________________

TNS-Sofres-SOPRA Group
i-Télé
3 mai 2012
échantillon: 1000

Hollande 53,5 (-1,5)
Sarkozy 46,5 (+1,5)

___________________________

IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
1-4 mai 2012
échantillon: 1225

Hollande 52 (-1)
Sarkozy 48 (+1)

1. Comme je l’écrivais déjà hier, les sondages du jour confirment l’absence d’influence réelle du débat sur les intentions de vote, malgré la présentation médiatique d’une victoire hollandaise.

Il faut d’abord remarquer que beaucoup de personnes interrogées voient un match nul ou ne se prononcent pas.
Ensuite, l’écart entre les deux candidats est faible: 31-29 pour Harris, 40-31 pour BVA, 29-28 pour IPSOS.
En outre, ceux qui ont vu le débat en entier sont d’un avis inverse: 35-42 selon Harris  (contre 32-27 pour ceux l’ayant vu en partie et… 21-12 pour ceux ne l’ayant pas vu). C’est toutefois à relativiser puisque l’électorat âgé et sarkozyste était le plus assidu.
Enfin et surtout, parmi les électorats à surveiller, la performance de Sarkozy est plutôt correcte:
– dans l’électorat Bayrou, Hollande n’est qu’à 40-45 pour BVA et 16-25 pour IPSOS,
– dans l’électorat Le Pen, il est distancé à 28-47 pour BVA et 12-34 pour IPSOS,
– chez les indécis de tous bords, il est seulement à 38-47.

Je redis donc que le jugement sur le vainqueur du débat (le plus convaincant) est finalement un décalque du paysage politique existant.

Sarkozy est même plutôt performant chez les bayrouïstes, notamment pour CSA, BVA et IPSOS. Peut-être cela lui permettra-t-il d’amortir l’effet de l’annonce de Bayrou.

« Séisme » ou… faille (pour rester dans le tectonique), cette annonce ne devrait modifier les rapports de force qu’à la base. Généralement, les électeurs sont peu sensibles aux consignes de vote qui, en réalité, ont surtout un effet indirect par le bruit médiatique qu’elles déclenchent. En l’occurrence, il est difficile d’être affirmatif, mais l’étonnement et/ou l’énervement d’une partie de l’électorat de Bayrou qui aurait préféré un vote blance, voire la mobilisation plus forte à droite devant la « trahison », devraient annuler les éventuels transferts vers Hollande d’électeurs modérés mais très anti-sarkozystes et qui verraient les vannes s’ouvrir devant eux.

Bref, comme pour la suite (Bayrou est définitivement seul, même s’il a réussi à ne pas perdre Bennahmias et Rochefort, grande victoire…), il est peu probable que cette annonce ait un effet quelconque sur le second tour, sauf peut-être un léger frein à la tendance du moment pour Hollande, qui est à l’érosion.

2. Les sondages du jour confirment en effet unanimement que l’écart se resserre. Et tous pointent vers un 53% avec tendance baissière (nous verrons tout à l’heure notre indicateur).

Sarkozy devrait donc parvenir à inverser les intentions de vote dans une dizaine de jours. Oups.
Plaisanterie mise à part, c’est bien le pronostic désormais très largement favorable à Hollande qui impressionne, car, dans le même temps, l’écart n’est plus si élevé (sans parler des pointes à 60%, le niveau de 57% a longtemps été celui de Hollande) et le souhait de victoire n’a pas vraiment progressé en sa faveur.

Les reports de voix se sont en effet améliorés pour Sarkozy au sein de l’électorat Le Pen (ce qu’il pourra utiliser comme légitimation de sa tactique d’entre-deux-tours, qui est aussi celle qui lui vaut ses ennuis médiatiques et MoDemesques): 20/58/22 pour Harris, 22/57/21 pour BVA, 15/54/31 pour IPSOS, 7/52/41 pour TNS-Sofres, 19/55/26 pour IFOP. Mais il n’en est pas encore à 60%, encore moins aux 2/3, qui serait le seuil réellement intéressant.

Au sein de l’électorat Bayrou, cela reste moins clair, mais l’équilibre semble se maintenir (là aussi, nous verrons tout à l’heure avec l’indicateur), alors même que de plus en plus de ces électeurs expriment une opinion: 42/41/17 pour Harris, 36/40/24 pour BVA, 30/38/32 pour IPSOS, 37/32/31 pour TNS-Sofres, 31/37/32 pour IFOP. Peut-être y a-t-il dans cette instabilité une petite inquiétude pour Sarkozy après le… tremblement Bayrou.

Enfin, au sein de l’électorat Mélenchon, Hollande reste dominateur, même si, bizarrement, les sondeurs divergent plus fortement depuis deux jours, à la hausse comme à la baisse: 91/4/5 chez Harris, 87/4/9 chez BVA, 76/6/18 chez IPSOS, 85/2/13 chez TNS-Sofres, 84/4/12 chez IFOP.

BVA ajoute les abstentionnistes du 1er tour: 34/35/31, ce qui permet d’avoir un autre sondeur confirmant que l’arrivée de nouveaux électeurs ne devrait pas changer fondamentalement les rapports de force même si, au total, Sarkozy devrait en profiter pour rattraper très légèrement une partie de son retard.

3. Plus largement, sur la participation, je ne publie pas les chiffres des sondeurs, car les notions sont différentes (abstention, indécision, non-expression d’une intention de vote). En outre, les électeurs eux-mêmes ne déclarent pas forcément la réalité de leur déplacement (si tant est que tous la connaissent réellement eux-mêmes…).

Mais il apparaît que la participation devrait tourner autour de 80-82%, pas fondamentalement différente du premier tour. Une stabilité ou une progression modérée de la participation pourront permettre de conclure à une basence de surprise par rapport aux dernières prévisions. En revanche, si la mobilisation reculait, ce serait délicat à interpréter avant 18 ou 19h (et des chiffres par départements), car la victoire annoncée ou la défaite annoncée peuvent démobiliser dans un camp et dans l’autre, mais le sursaut « d’honneur » à droite ou l’inquiétude du dernier moment à gauche peuvent garantir une bonne participation dans l’un ou l’autre camp.

Rendez-vous un peu plus tard pour toutes les données utiles à un pronostic !

Derniers sondages LH2, OpinionWay, CSA et IFOP quotidien: le regain sondagier de Sarkozy noyé dans le flux médiatique favorable à Hollande, malgré l’absence d’impact du débat et la fin de la carrière politique de Bayrou

 

LH2
Yahoo!
27 avril-2 mai 2012
échantillon: 1565

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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OpinionWay
LCI, Le Figaro
2-3 mai 2012
échantillon: 2009 inscrits sur un total de 2101

Hollande 52,5 (-1,5)
Sarkozy 47,5 (+1,5)

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CSA
BFM TV, RMC, 20 Minutes, CSC
3 mai 2012
échantillon: 1002 inscrits sur un total de 1123

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
30 avril-3 mai 2012
échantillons: 968

Hollande 53 (=)
Sarkozy 47 (=)

1. Le consensus sondagier est net vers les 53-47, qu’il s’agisse de sondages pré- ou post-débat. Sarkozy est donc moins distancé et Hollande s’érode, même si cela reste insuffisant. Mais le « bruit » médiatique n’est pas favorable au Président-candidat, alors que, sortant en temps de crise et pâtissant d’une impopularité historique, s’il parvient à passer au-dessus des 47%, il n’aura finalement pas démérité (tactiquement, s’entend), au regard du tombereau de critiques, tant sur le fond que sur sa tactique électorale.

Le débat a été finalement perçu médiatiquement comme favorable à Hollande, ce qui se retrouve globalement dans le jugement des sondés, mais tient en réalité à un simple décalque du paysage politique existant. Hollande n’est gagnant du débat que parce que la gauche est plus forte que la droite, tout simplement.

Pour IFOP, Hollande a gagné par 42-34, mais seulement par 32-30 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 23-45.
Pour LH2, il a gagné globalement par 45-41, mais seulement par 39-37 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 22-55.
Pour CSA, il a gagné globalement par 44-38, mais a perdu chez les bayrouïstes par 23-59 et chez les lepénistes par 20-59.
Grossièrement, les rapports de force et même les reports de voix se retrouvent ici.

Pourtant, le bruit médiatique est pro-Hollande. D’ailleurs, selon CSA, ceux qui n’ont pas écouté ou regardé le débat donnent Hollande gagnant par 31-18…

Comme je l’avais dit, les deux derniers jours de Sarkozy sont « pollués » par le bruit médiatique et par Bayrou. Comme je l’avais dit également (ah, en cette fin de campagne, il faut bien se remonter le moral…), le débat n’aura aucun impact profond sur les intentions de vote (même si, à échéance très courte, il peut y avoir un léger artefact; à moins qu’il ne soit insensible et ne se manifeste que par une érosion freinée de Hollande). Ainsi, selon LH2, parmi ceux qui ont regardé ou écouté le débat (plus vieux et donc plus sarkozystes que la moyenne), les intentions de vote sont restées étales à 52-48. Selon IFOP, 3% des interrogés ont dit avoir changé d’avis à l’issue du débat, dont 1% des électeurs de Mélenchon, 8% de ceux de Bayrou et 8% de ceux de Le Pen: ces mouvements semblent s’être équilibrés ou avoir concerné des échanges avec l’abstention.

Comme d’habitude (sauf, peut-être pour 1974), le débat n’aura donc fait qu’entériner la situation pré-existante. Bien entendu, le débat peut créer une inflexion de dynamqiue pour Hollande, qui ne serait visible que dimanche. Mais c’est peu probable:
– ceux qui ont regardé le débat (finalement pas si nombreux) étaient probablement déjà sûrs de leur vote,
– la pugnacité de Hollande peut remobiliser aussi une partie de l’électorat sarkozyste,
– la longueur et l’aspect « fatiguant » du débat ont probablement altéré l’impression générale.

2. Vient le suicide politique de Bayrou. Ou le « coup de poignard en plastique dans le dos » 😉

Je me permets de m’interroger sur ses motivations:
Hollande n’a pas besoin de lui (ils doivent vraiment se gausser au PS ce soir…), il ne demandait rien et Bayrou vient se livrer pieds et poings liés… où est l’intérêt tactique ? Mélenchon a lui aussi soutenu Hollande sans conditions, mais ce sont ses propres électeurs qu’il a livrés, pas lui-même; ici, Bayrou se livre lui, mais pas son électorat, davantage de centre-droit en 2012, mais en partie exaspéré par Sarkozy et donc plus équilibré dans les reports; à moyen terme, toutefois, cet électorat reviendra plus facilement vers les Juppé, Borloo, NKM, Fillon, etc.;
– il a bien sûr intérêt, comme Le Pen, à la défaite de Sarkozy, mais comment peut-il maintenant se recycler au centre-droit ? Certes, les réactions des Morin et Juppé ont été moins hostiles que d’autres, mais ce n’est plus possible de passer sur une telle traîtrise politique; il a donc brûlé les vaisseaux du retour au port UDF;
– ah oui, les convictions… (rire étouffé)

Non, vraiment, je ne vois pas. Les deux seules explications que je puisse trouver sont majeures et stratégico-historiques:
– la circonscription de Bayrou est tout à fait gagnable par le PS en juin: alors, peut-être cherche-t-il à préserver sa source personnelle de revenus (oui, la terre, faut pas rigoler, hein, c’est dur, c’est lourd, à travailler…),
les derniers fidèles et les petits apparatchiks du MoDem étaient majoritairement pour le vote Hollande: alors, peut-être cherche-t-il à conserver sa petite cour personnelle, sa « petite entreprise » (comme Le Pen père pendant longtemps), pour rester dans l’illusion de la persistance d’un destin national toujours intact (« miroir, miroir, dis-moi… »).

Bien entendu, les médias majoritairement de gauche se repaissent ce soir de cette « divine surprise » (oui, je l’écris exprès cet adjectif galvaudé…). Mais il est peu probable que les électeurs du MoDem se laissent influencer. Les sondages montraient que, majoritairement, ils préféraient que Bayrou ne donne pas de direction de vote. La subtile distinction entre « avis personnel » et « consigne de vote », déjà utilisée par d’excellentes références centristes (Montebourg et Le Pen), ne trompera personne.

Au contraire, il se rend en rase campagne, incapable de peser sur le programme et l’orientation hollandaises: les vrais centristes avaient bien davantage obtenu de Rocard (et Mitterrand) en 1988… A moyen terme, Hollande pourrait avoir besoin, lorsqu’il pressurera les fonctionnaires et les collectivités locales, de jouer le MoDem contre le FG et la gauche du PS (surtout qu’EE-LV a du plomb dans l’aile). Mais que sera le MoDem en juin ? Jean Lassalle et peut-être le député de Mayotte et peut-être Bayrou lui-même (sans oublier Jacqueline Gourault au Sénat) ? Le MoDem, combien de divisions ?

En fin de compte, il n’aura vraiment rien gagné dans l’histoire et il n’est pas impossible que ses électeurs même le passent par pertes et profits: ceux qui étaient déjà décidés pour Sarkozy le trouveront traître, ceux qui étaient déjà décidés pour Hollande n’y prêteront pas attention, ceux qui n’étaient pas décidés ou préfèrent voter blanc considèreront peut-être qu’il aurait mieux fait de ne rien dire ou de rallier franchement Hollande. Mais peut-être que Bayrou s’est reconnu dans une certaine pusillanimité et un certain comportement velléitaire dans notre futur Président 😀 Au moins, Villepin aurait fait cela avec panache (oh, c’est vrai, il reste encore toute la journée de demain 😉 ).

L’échec politique de l’aventure de Bayrou est maintenant consommé, dix ans après le début de sa rébellion anti-UMP. DSK, Sarkozy, Bayrou, la liste des morts s’allonge dans cette campagne…

3. Les reports de voix confirment le peu d’influence probable des deux événements du débat et de la trahison molle de Bayrou. Voyez, respectivement, LH2, IFOP (quotidien), OpinionWay et CSA:
– dans l’électorat Mélenchon: 93/2/5, 86/5/9, 77/9/14 et 81/7/12, globalement stable et solide pour Hollande,
– dans l’électorat Le Pen: 22/50/28, 18/50/32, 19/50/31, 17/57/26, toujours en amélioration pour Sarkozy (désormais à la moitié ou plus) ce qui explique ses gains globaux de la dernière semaine, mais toujours insuffisant,
– dans l’électorat Bayrou: 39/31/30, 32/34/34, 35/39/26 et 25/38/37, toujours divergents entre instituts, mais globalement équilibrés pour les deux candidats.

OpinionWay et CSA nous indiquent aussi que les abstentionnistes du premier tour se répartiraient respectivement à 28/28/44 et 25/25/50. Disons surtout qu’ils surévaluent leur propre participation, mais relevons que, de nouveau, les flux sont équilibrés entre les deux candidats.

Demain, je pourrai publier:
– un indicateur agrégé classique,
– un indicateur intégrant les matrices de reports de voix,
– des courbes de reports de voix,
– un graphique par sondeur, même si les biais sont maintenant réduits à leur plus simple expression.

Ce sera un peu le feu d’artifice final 😉

MISE A JOUR: Harris donne aussi 53 (-2) – 47 (+2) ce soir, avec un Hollande gagnant du débat par 31-29. Mais, je n’ai aps encore les chiffres détailéls du sondage: je le publierai donc proprement demain. Avec le dernier IFOP quotidien et peut-être avec un TNS-Sofres et un nouvel IPSOS ? On peut toujours espérer !