Géographie électorale simplifiée du 2e tour: les faiblesses structurelles de la droite, sous pression du FN, et l’avenir de la gauche, sans nécessité populaire

1. Comme pour le 1er tour, je ne reviendrai pas sur les cartes par niveaux et seuils de résultats, plus ou moins bien choisis, disponibles partout. J’avais d’ailleurs fourni une première carte la nuit de l’élection.

En revanche, j’ai confectionné rapidement quelques cartes répartissant en 6 blocs égaux tous les départements métropolitains (donc 6 groupes de 16 à chaque fois), afin de faire apparaître les zones de force (et de faiblesse) de chaque candidat. Cela permet de repérer plus facilement les évolutions géographiques et sociologiques des électorats des candidats (ou l’absence d’évolution). Je me contente de la maille départementale, mais je ne doute pas que les sites « World Elections », « Elections France » (deux blogs de l’excellent Gael L’Hermine, cités dans le blogroll ci-contre) et « Dave Leip’s Atlas Forum », produiront de belles cartes par circonscription législative, par canton, voire par commune.

Attention, n’interprétons pas les couleurs foncées ci-dessous comme indiquant forcément un niveau de votes élevé dans l’absolu, mais simplement comme une force relative, en comparaison du score national du candidat concerné. Mes catégories ont des limites évidentes, puisqu’il peut y avoir un écart significatif entre deux départements appartenant à la même catégorie ou faible entre deux départements appartenant à deux catégories différentes. Je le signalerai en tant que de besoin. Les conclusions restent robustes.

J’ai également confectionné des cartes répartissant en 6 blocs égaux les départements selon la progression ou la régression brute de chaque candidat de 2007 à 2012. La comparaison peut avoir plus de sens avec 1995 ou, bien entendu, avant, c’est-à-dire avec des élections gauche-droite « normales ». Mais je suis ici dans une optique de court terme et surtout davantage tournée vers l’avenir que dans l’analyse des séries longues. Plus le département est de couleur foncée, plus le candidat progresse ou moins il régresse.

2. En ce qui concerne Sarkozy, la carte du second tour, en comparaison d’un premier tour plus « classiquement de droite » (je renvoie à mon article correspondant sur le premier tour), retrouve une coloration lepéniste forte.

L’évolution d’un tour à l’autre est très proche de la carte de Le Pen, même si les zones populaires « de gauche » sont évidemment moins concernées (Pas-de-Calais, Aisne, Ardennes), tandis que Sarkozy progresse dans l’électorat de centre-droit traditionnel (Mayenne, Vendée).
En comparaison de 2007, le bilan est plus « équilibré ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La situation de 2012 n’est, en termes relatifs, pas foncièrement différente de celle de 2007, si ce n’est une légèrement meilleure résistance dans l’ouest du grand Bassin Parisien, alors que Cantal et Haute-Loire (et l’inexplicable Manche) connaissent une vraie décrue.

La variation 2007-2012, qu’il faut replacer dans un contexte de recul généralisé, nous montre toutefois que Sarkozy résiste dans les vieux bastions de droite, soit qu’ils lui restent fidèles à des niveaux corrects (Alsace-Moselle, Ain-Haute-Savoie, extrême Sud-Est), soit qu’il maîtrise la descente (Lorraine, Corse, voire est du Rhône), soit enfin qu’il ait de toute façon atteint un étiage (Nord-Ouest).

Mais toutes ces données montrent la dépendance de la droite à l’égard du FN. Celui-ci ne constitue nullement un réservoir de voix au-delà de l’électorat traditionnel de droite (ainsi que le montrent les résultats contrastés de la Picardie: l’électorat populaire-populaire ne va de toute façon pas vers Sarkozy; seul l’électorat populaire-boutiquier et rural y va, mais seulement éventuellement, pas de manière automatique). Il peut en revanche durement sanctionner la droite.

Enfin, une autre faiblesse vient de l’évolution catastrophique de l’Ile-de-France, qu’il s’agisse de Paris même, mais aussi de la banlieue ouest, tandis que les banlieues nord, sud et est se vident de la droite (la Seine-et-Marne connaît une évolution rapide: après avoir été longtemps une « anomalie » rurale et conservatrice en Ile-de-France, elle s’était urbanisée et lepénisée dans les années 80 et 90, tandis que, désormais, elle se « pavillonarise » et se teinte de rosepâle). Cette évolution est une vraie difficulté pour la droite, alors qu’il s’agit là de la région la plus peuplée et dont les bordures extérieures continuent de croître fortement. La perte complète de la Seine-Saint-Denis n’a jamais été un problème. L’éloignement, semble-t-il profond, de Paris, des Hauts-de-Seine, de l’Essonne, du Val-d’Oise et, en partie, de la Seine-et-Marne et des Yveline est beaucoup plus inquiétant.

Mais comment concilier l’électorat modéré de Bretagne, bobo de Paris ou Issy-les-Moulineaux, anti-immigrés de l’Oise, rural en difficulté de la Meuse, boutiquier du Vaucluse, parvenu du Var ou vieux bourgeois du Rhône ? C’est un peu la quadrature du cercle pour la droite.

3. Les cartes de Hollande présentent de bonnes nouvelles pour le PS, au-delà même de la progression générale de son score, visible dans la grande proximité des cartes socialistes de 2007 et 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà de cette similitude, l’évolution quinquennale montre évidemment le « localisme » à l’oeuvre en Limousin, Périgord, Auvergne, jusqu’au Larzac. Mais, comme cela avait pu être noté au 1er tour, la gauche revient dans le sud du triangle Le Havre-Dunkerque-Charleville-Mézières, qu’elle avait un peu déserté. Certes, cette région est en déclin, mais elle compte encore beaucoup de réservoir de voix. Surtout, la progresion est intéressante dans des régions plus dynamiques, de Paris jusqu’à la 4e couronne parisienne.

Plus localement, la progression dans la Manche, déjà avérée, mais accélérée, reste un mystère: le nucléaire, Cazeneuve, la lointaine influence de Caen et de Rennes, la droite ridiculement divisée ?

D’un tour à l’autre de 2012, aucune surprise: c’est, massivement, l’électorat mélenchono-communiste qui a accru la performance de Hollande (celui-ci ayant déjà capté tout ce qu’il pouvait en Corrèze dès le 1er tour…). Jusqu’aux particularités du Jura, du sud des Alpes, de la Meurthe-et-Moselle, c’est un fidèle décalque de la carte Mélenchon.

A une grosse exception près: les Pyrénées-Atlantiques où, manifestement, l’électorat bayrouïste a suivi son chef (probablement à contre-courant du reste du pays). Mais, depuis 2007, le phénomèn est clair: il ne s’agit pas seulement d’anciens électeurs de gauche déçus par Royal et égarés sur Bayrou; localement, ce dernier a bel et bien « recyclé » des électeurs de droite au profit de la gauche, de manière apparemment durable… Ce département traditionnellement conservateur se retrouve désormais plus « rose » que les places fortes historiques du socialisme mitterrandien qu’étaient les Landes et le Gers !

En restant dans le Sud-Ouest, le tassement socialiste autour de la vallée de la Garonne se confirme, coupant en deux la traditionnelle zone d’influence de la gauche, qui est maintenant plus concentrée sur le Massif Central et les Pyrénées. Tant que Toulouse reste acquise, cela ne pose pas de difficulté particulière pour la gauche, qui attire simplement moins les rurbains, les péri-urbains en difficulté, ceux qui sont en 2e ou 3e couronnes des grandes agglomérations de manière contrainte.

3. L’étude des abstentions montre une grande stabilité entre 2007 et 2012 et l’influence forte de tous les électeurs modestes du FN, qu’ils soient populaires ou ruraux: ce sont bien le Nord et le Nord-Est qui s’abstiennent massivement, en dehors des foyers traditionnels d’abstention: Corse, Charentes, Cher, banlieues nord-est de Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au premier tour, l’abstention était évidemment plus « classique » (Nord, Ardennes, Moselle), avec de vrais abstentionnistes récurrents et forte dans l’Ile-de-France « surbookée », dépolitisée, active, je-m’en-foutiste ou en week-end, comme on voudra… Au 2e tour, le phénomène se modifie et est évidemment fortement influencé, come on l’a vu, par la carte lepéniste, dans le Nord-Est et le Nord intérieurs.

4. La carte des blancs et nuls, qui ont certes progressé partout et ne présentent pas un écart national très ample, révèle cependant une caractéristique intéressante: le vote blanc est un vote rural bien plus qu’urbain. Dans les villes, si on refuse, si on s’oppose, on s’abstient (Ile-de-France, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Rhône, Nord, Bas-Rhin); dans les campagnes, on va déposer une enveloppe dans l’urne, même sans exprimer de suffrage, ce qui explique la faiblesse relative des blancs et nuls dans la plupart des départements urbains (Ile-de-France, Nord, Bas-Rhin, Rhône, Isère, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Gironde,…).

La carte ressemble ainsi à un « mix » du FN (Est intérieur, Pîcardie) et du PCF traditionnels (Berry, Bourbonnais, Nord ouvrier, Midi). La Corse reste, elle, une énigme de ce point de vue…

Tandis que la Bretagne se distingue par son intégration politique absolue au système: non seulement on vote, mais en plus on exprime un suffrage, comme si on trouvait l’offre politique tout à fait satisfaisante. Le Poitou et la Vendée peuvent être rangés dans la même catégorie, le cas de la Corrèze étant… particulier.

5. Ainsi, les faiblesses structurelles de la droite, affaiblie dans des régions dynamiques et dépendante des suffrages qui tendent à s’égarer sur le FN alors que le centre-droit voit sa géographie s’étioler, se confirment d’un tour à l’autre. La situation de l’Ile-de-France apparaît inquiétante.

Quel(s) leader(s) pourrai(en)t-il(s) lui permettre de se redresser ? Faut-il qu’elle régionalise son action ? Nous essaierons d’en discuter prochainement.

Bilan du second tour: en tendance, les sondages et les indicateurs agrégés ont été fiables

1. Avec les Français de l’étranger, le Président sortant Nicolas Sarkozy a obtenu 48,38% et le Président-in-waiting François Hollande a obtenu 51,62%. Ce dernier n’ayant pas atteint le score qu’il souhaitait, Nicolas Sarkozy est donc reconduit à la Présidence de la République 😀

Bon, plaisanterie mise à part, il est frappant de constater, qu’une fois encore, les sondages et les indicateurs agrégés (celui avec les intentions de vote et celui appliquant aux résultats du premier tour les matrices sondagières de reports des voix) ont donné la bonne tendance. Il suffisait de les prolonger pour obtenir une idée assez précise du résultat final.

Certains objecteront que le niveau brut n’était pas donné, mais justement, les sondages ne sont pas des pronostics: ils nous aident à faire notre propre pronostic. En outre, environ 5% des électeurs se décident le dernier week-end: il n’est donc pas anormal de voir quelque écart. 

Au premier tour, il fallait même accélérer la tendance (comme en 2002 ou en 2007, d’ailleurs), alors que, pour le second tour (comme en 2007), un simple prolongement (sans ralentir un peu de manière conservatrice, comme je l’ai fait dans mon pronostic 😦 ) suffisait à se rapprocher très près du résultat final.

De là à conclure que les sondeurs, de peur d’être encore accusés de se tromper, redressent de manière excessivement prudente et n’osent pas totalement valider les tendances qu’ils décèlent, il n’y a qu’un petit pas à franchir…

La fiabilité de l’indicateur agrégé m’étonne même moi-même. Comme il est donc utile de le calculer et comme les médias français sont vraiment totalement… nuls de ne pas l’avoir fait depuis tant d’années !… Peut-être certains auraient-ils pu, de manière cassandresque, faire leur petit effet à la mi-avril 2002…

Globalement, nous pouvons dire que tous les discours critiques sur « l’échec des sondages » se trouvent ici bien affaiblis.

Sauf, évidemment, la critique relative à la force auto-réalisatrice des sondages, qui seraient tellement puissants et manipulateurs que les Français finiraient par voter « comme les sondages ». Mais, justement, l’indicateur agrégé que ce blog vous a proposé n’a jamais été calculé, sauf sous forme de moyennes frustres, sans être jamais beaucoup popularisées, d’ailleurs. En outre, quand on voit quelle est la mémoire à court terme généralement constatée et quelle est celle de tous les critiques des sondages (« ah ben, Mélenchon devait être 3e », « ah ben, Le Pen devait être à 13 », « ah ben, Hollande devait gagner à 55 »), on se dit que les sondages, a fortiori agrégés et pondérés comme il faut, ont peu d’influence fondamentale… En outre, pour avoir rencontré tant d’électeurs de droite peu conscients du risque de voter Villiers en 2007 (avec Sarkozy risquant d’être sous les 30) ou Dupont-Aignan (ou même Bayrou ou Le Pen) en 2012 (Sarkozy finissant derrière Hollande) et tant d’électeurs de droite ne comprenant pas qu’il ne fallait pas voter pour Sarkozy mais contre Hollande (avec les seuils symboliques que je vous ai décrits: le score de Sarkozy en 2007, le seuil de 52 évoqué par Hollande lui-même et même, finalement, le score de 1981), je crois vraiment qu’une large majorité de Français ne sont pas influencés directement par « l’état de la course » à un instant « t » (même si, bien sûr, la fin des espoirs de Bayrou a pu accélérer sa chute sous 10%, par exemple).

Même cette critique est donc à relativiser. Autant je suis sceptique sur les sondages sur des idées, des comportements, des opinions, des popularités, car la question posée est parfois décisive et souvent influençante, ainsi que les réponses proposées ou possibles, autant les sondages d’intentions de vote sont clairs, précis et, finalement, fiables, en tous les cas pour une élection présidentielle ou un référendum.

2. En matière de report des voix, il est évidemment difficile de juger puisque nous ne connaîtrons jamais l’exacte réalité des reports.

Les sondages publiés après la clôture du scrutin montrent des divergences équivalentes à ce qui pouvait être constaté auparavant.

Respectivement, IPSOS (mais dans un sondage réalisé les vendredis et samedis et non le dimanche), TNS-Sofres, IFOP, Harris et, pour mémoire, les reports « agrégés » calculés avant le 2nd tour:
– dans l’électorat Mélenchon, 81/6/13, 74/5/21, 89/7/4, 84/4/12 et 84,04/4,96/11,01, confirmant la bonne estimation des reports de cet électorat, sans surprise, même si TNS-Sofres est un peu divergent,
– dans l’électorat Bayrou, 29/41/30, 28/40/32, 40/41/19, 33/44/23 et 34,03/36,29/30,38, ce qui montre finalement un meilleur report sur Sarkozy que prévu, peut-être explicable par un sentiment de trahison et de dépit conduisant des bayrouïstes disposés à s’abstenir et optant finalement pour un vote anti-Hollande et… anti-Bayrou; voilà une preuve de l’échec de Bayrou,
– dans l’électorat Le Pen, 14/51/35, 14/58/28, 21/54/25, 14/53/33 et 18,66/52,76/28,59, ce qui montre globalement une assez grande fiabilité des reports mesurés, en tous les cas au travers de leur agrégation.

Parmi les abstentions, blancs, nuls, sans réponse du 1er tour, TNS-Sofres voit des reports de 12/21/67 (dernière agrégation: 29,93/30,34/39,73), confirmant une situation un peu plus favorable à Sarkozy mais insuffisante pour faire bouger le résultat final. Dans l’électorat Joly, IFOP voit un 77/12/11 assez cohérent avec les mesures d’avant-2nd tour.

Finalement, et comme le montre d’ailleurs mon deuxième indicateur agrégé, celui des reports de voix, qui avait rejoint le premier indicateur vendredi, l’agrégation des reports de voix donne là encore des indications fiables pour établir un pronostic.

La seule nouveauté entre jeudi (dernier jour de sondage réel, sauf pour un quart du dernier IFOP quotidien) et dimanche était donc, comme prévu, l’annonce personnelle de Bayrou, mais qui semble avoir eu surtout pour effet de mobiliser davantage en faveur de Sarkozy (à tout le moins, elle n’a rien fait gagner à Hollande).

3. Peut-on prolonger le palmarès du 1er tour ?

C’est plus délicat au second tour. Tous les sondeurs ont été situés au-dessus du résultat final, IFOP se situant au plus près (52%). Ce qui relativise d’ailleurs les accusations de manipulation à l’encontre d’IFOP (c’était la même chose au 1er tour), censé être aux mains des amis de Sarkozy. TNS-Sofres, pourtant bon sondeur du 1er tour, s’est ici retrouvé le plus éloigné (53,5%) du niveau réel, et même en retard en tendance. BVA, IPSOS et OpinionWay étaient à 52,5% avec une bonne tendance à chaque fois. LH2, Harris et CSA en étaient restés à 53%, mais avec une bonne tendeance à chaque fois.

Sans établir de palmarès final, et en considérant que tous les instituts ne se sont pas risqués à mesurer la primaire du PS, on peut indiquer les élements suivants:
Harris s’est avéré un très bon sondeur de 1er tour, sur la primaire du PS comme sur la présidentielle, et il est possible d’en faire le vainqueur global de cette « édition », en tous les cas de considérer qu’il a intégré le haut du panier, alors même qu’une telle performance est difficile à établir aussi vite.,
IFOP a effectué un rolling quotidien depuis le début du mois de janvier, fort utile et « sécurisant »; il a, en outre, effectué de bonnes performances globales, notamment an 2nd tour;
OpinionWay et IPSOS se sont correctement placés à chaque fois, IPSOS décevant toutefois quelque peu par rapport à ses bonnes performances de 2007;
TNS-Sofres fut fiable au 1er tour mais pas au 2nd et a malheureusement été moins sollicité que d’autres instituts;
LH2 trop biaisé, CSA trop erratique, BVA trop biaisé et hésitant, ont confirmé, comme en 2007, qu’ils étaient un ton, voire deux tons en dessous des autres sondeurs.

Effectivement, la meilleure des choses reste de suivre un indicateur agrégé… 😀

Je reviendrai ultérieurement sur la géographie électorale, toujours riche d’enseignements, et sur les sondages sorties des urnes, assez classiques dans la sociologie du vote.

Je publierai peut-être, finalement, les sondages pour les législatives… 😉
Mais, malheureusement, ils sont déjà divergents, certains mêlant PS-PRG mais aussi Verts, d’autres prévoyant une rubrique « divers », sans plus de précision… Donc pas de possibilité d’indicateur agrégé. Mais une situation qui rappelle furieusement 1997…

Indicateur agrégé du 30 avril 2012, indicateur des reports de voix et évolution par sondeurs: dans un contexte de convergence sondagière, petit « 53-47 avec perspective clairement négative » et détérioration des reports de voix pour Hollande

(Ante-scriptum: pour ceux qui arriveraient tardivement devant leur écran, allez faire aussi un tour dans l’article précédent, avec tous les sondages sortis aujourd’hui)

1. L’indicateur agrégé se resserre aujourd’hui assez nettement: 52,95 / 47,05.

Sarkozy est à son plus haut niveau, mais il n’atteint en fait que le pourcentage de Royal de 2007. On mesure ainsi la difficulté de ce dernier week-end sans campagne mais pas sans actualité (oui, tout est possible…).

Cet indicateur reprend les 10 sondages de la semaine passée, pour un échantillon total de 14 315 personnes. Tous les sondeurs y sont représentés, IFOP et BVA l’étant deux fois. IPSOS et BVA ont eu la bonne idée de re-sonder aujourd’hui et TNS-Sofres a publié son dernier sondage comme prévu, tandis qu’IFOP a terminé son rolling par un sondage représentant l’écart le plus faible entre les 2 candidats jamais relevé: 52/48. Ce sondage est le seul à intégrer un petit contingent de personnes interviewées après le lapin sorti du chapeau de Bayrou. Inversement, IFOP a plutôt présenté un tropisme pro-Sarkozy sur le moyen terme.

La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, sans pondération, donne un chiffre de 52,75 / 47,25.
La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, pondérée par les échantiloons respectifs, donne un chiffre de 52,70 / 47,30.

Le sondage quotidien de l’IFOP suit une tendance similaire:

2. De manière très satisfaisante, l’indicateur des reports de voix (appliquant l’agrégation des matrices de reports de voix des mêmes sondages aux résultats réels des premiers tours) donne un résultat absolument identique: 52,97 / 47,03. Au point que ç’en est presque louche ! Mais, tant mieux, cela permet d’affirmer que tous ces chiffres sont vraiment solides.

Dans le détail des électorats encore mesurés systématiquement par les sondeurs (en rappelant que les graphiques sont légèrement « allongés » en fin de période, afin de rester lisibles):

électorat Mélenchon: 84,04 / 4,96 / 11,01 en baisse de presque 1 point pour Hollande et en amélioration de près d’1 point pour Sarkozy, ce qui est difficile à expliquer autrement que par une variation statistique liée à la faiblesse des échantillons, sans véritable signification. Les reports de voix restent très élevés à gauche et on ne voit pas comment Hollande pourrait faire davantage:

même si l’électorat Joly n’est quasiment plus suivi par les sondeurs, actualisons tout de même la courbe, très favorable à Hollande, sans être aussi bonne que celle de l’électorat du FG:

électorat Bayrou: 34,03 / 36,29 / 30,38 soit en détérioration assez nette de 2,5 points pour Hollande en une semaine et en très légère décrue pour Sarkozy, avec un solde positif pour ce dernier, comme il y a une semaine; reste à savoir si cette tendance favorable au Président sortant, claire dans le graphique, car quasi-linéaire (malgré une courbe polynomiale d’ordre 6 !), reste valable après la « pochette-surprise » Bayrou d’hier soir:

électorat Le Pen: 18,66 / 52,76 / 28,59 soit en baisse de près de 3 points pour Hollande, et en forte amélioration de presque 5 points pour Sarkozy; contrairement à ce que j’écrivais et à ce qui était assez largement admis, Sarkozy semble avoir continué de grignoter l’électorat Le Pen; il n’est pas sûr qu’il ait entamé la base populaire-populaire, mais il eput toujours arguer que son positionnement d’entre-deux-tours n’était pas mauvais, puisqu’il a bien gagné chez les lepénistes, sans perdre chez les bayrouïstes; cependant, s’il ne parvient pas à accrocher les 2/3 de cet électorat et à progresser encore chez les bayrouïstes, le « saut » sera trop dur à effectuer; il ne lui reste que 2 nuits de réflexion, il va lui falloir un bon télépathe:

abstentionnistes du 1er tour: 29,93 / 30,34 / 39,73, ce qui rend très sceptique car on imagine mal 60% des abstentionnistes du 1er tour (déjà pas si nombreux) se ruer sur les urnes ce dimanche; ce qu’il est ici important de retenir, c’est que les apports de nouveaux électeurs sont constamment apparus assez équilibrés et donc sans incidence fondamentale sur le résultat, même si légèrement favorables à Sarkozy puisque’il est en retard au score:

3. Enfin, actualisons le graphique de tous les sondages de second tour publiés en 2012. Là encore, en raison de la profusion de sondages en avril et mai, la fin du graphique est « allongée » dans le temps, afin de rendre visible chaque sondage. Cet effet de distorsion ralentit quelque peu la tendance au rebond de Sarkozy ou au resserrement de l’écart. Précisons que les courbes de tendance ci-dessous sont des polynomiales d’ordre 4, car, à ce stade, depuis janvier, c’est bien le nombre de « périodes » décelable. Et, avec cet ordre 4, la convergence est la plus forte entre sondeurs (au point de brouiller la vision… :P)

La convergence assez nette des sondeurs, qui se situent dans une fourchette de 1,5 point (52-53,5), avec une tendance unanime sur, au moins, leurs deux derniers sondages au resserrement de l’écart Sarkozy-Hollande, fait que les biais ne sont désormais plus tellement d’actualité, même si IFOP et OpinionWay sont dans le bas de la fourchette et TNS-Sofres dans le haut. Mais BVA et IPSOS sont également plutôt dans le bas de la fourchette alors qu’ils semblaient jusque là plutôt pro-Hollande. Enfin, la qualité des sondeurs au premier tour n’est plus très utile ici, étant donné la faiblesse des écarts, le meilleur (Harris) étant sur la même ligne que deux moins bons (CSA et LH2), le moins bon (BVA) étant en accord avec deux satisfaisants (OpinionWay et IPSOS), et deux autres très satisfaisants (IFOP et TNS-Sofres) constituant les extrêmes.

Les éléments favorables à Sarkozy sont donc:
– une unanimité des sondeurs et des indicateurs sur la tendance en cours: il progresse en niveau brut,
– une amélioration continue du solde des reports de voix dans les électorats Le Pen et Bayrou,
– un résultat brut situé dans la marge d’erreur des sondeurs et dans une zone encore atteignable au prix d’une éminente surprise.

Ceux favorables à Hollande sont:
– une persistance majoritaire jamais démentie,
– un bon et solide report de voix à gauche,
– une sur-mobilisation qui ne lui serait pas fondamentalement défavorable.

De ce point de vue, l’effet Bayrou peut conduire à quelques mouvements favorables à Hollande, en même temps qu’à une remobilisation à droite et au centre-droit, par « réaction ». Quant aux sondages, leur détérioration pour Hollande peut tout aussi bien remobiliser à gauche par « crainte » que donner un espoir à droite et rendre utile le devoir civique de dimanche. Au final, comme souvent dans les présidentielles, il est peu probable que ces variables aient un réel effet.

4. Sur ces différentes bases et en considérant que les deux seules inconnues du second tour (l’effet Bayrou et les niveaux de participation) n’auront pas d’influence, mon pronostic est le suivant, conforme à la tendance de l’indicateur agrégé, prolongé jusqu’à dimanche:

Hollande 52,2%
Sarkozy 47,8%

Quel est le vôtre ?

En dessous de 51, ce serait un démarrage de mandat très affaibli pour Hollande et un jackpot inattendu pour Bayrou et… Sarkozy.
Entre 51 et 52 pour Hollande, ce serait une grosse déception et un Mélenchon et des Verts revenus dans le jeu législatif, ainsi qu’une droite soulagée et plus à même d’affronter le problème FN.
Entre 52 et 53, ce serait une petite contre-performance pour Hollande, supprimant l’état de grâce mais plaçant l’UMP dans la vraie défaite et les vraies difficultés, avec des divergences d’interprétations et une division face au FN.
Entre 53 et 54, ce serait une victoire solide pour Hollande et de grandes difficultés pour l’UMP, en même temps qu’une quasi-assurance d’une fin de la carrière de Sarkozy.
Entre 54 et 55, ce serait une grande victoire pour Hollande et une implosion rapide de l’UMP.
Au-delà de 55, ce serait l’hégémonie PS en vue et Marion « Marine » Le Pen triompherait déjà, avant même 2017.

L’enjeu est donc fort dimanche. Bon vote !

Derniers sondages Harris, BVA, IPSOS, TNS-Sofres et IFOP quotidien: après un débat pour rien mais avant un Bayrou de dernière minute, l’écart continue de se resserrer

 

Harris Interactive
VSD, LCP Assemblée Nationale
2-3 mai 2012
échantillon: 1072

Hollande 53 (-2)
Sarkozy 47 (+2)

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BVA
Le Parisien-Aujourd’hui
3 mai 2012
échantillon: 2161

Hollande 52,5 (-1)
Sarkozy 47,5 (+1)

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IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
3 mai 2012
échantillon: 1018

Hollande 53 (-0,5)
Sarkozy 47 (+0,5)

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TNS-Sofres-SOPRA Group
i-Télé
3 mai 2012
échantillon: 1000

Hollande 53,5 (-1,5)
Sarkozy 46,5 (+1,5)

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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
1-4 mai 2012
échantillon: 1225

Hollande 52 (-1)
Sarkozy 48 (+1)

1. Comme je l’écrivais déjà hier, les sondages du jour confirment l’absence d’influence réelle du débat sur les intentions de vote, malgré la présentation médiatique d’une victoire hollandaise.

Il faut d’abord remarquer que beaucoup de personnes interrogées voient un match nul ou ne se prononcent pas.
Ensuite, l’écart entre les deux candidats est faible: 31-29 pour Harris, 40-31 pour BVA, 29-28 pour IPSOS.
En outre, ceux qui ont vu le débat en entier sont d’un avis inverse: 35-42 selon Harris  (contre 32-27 pour ceux l’ayant vu en partie et… 21-12 pour ceux ne l’ayant pas vu). C’est toutefois à relativiser puisque l’électorat âgé et sarkozyste était le plus assidu.
Enfin et surtout, parmi les électorats à surveiller, la performance de Sarkozy est plutôt correcte:
– dans l’électorat Bayrou, Hollande n’est qu’à 40-45 pour BVA et 16-25 pour IPSOS,
– dans l’électorat Le Pen, il est distancé à 28-47 pour BVA et 12-34 pour IPSOS,
– chez les indécis de tous bords, il est seulement à 38-47.

Je redis donc que le jugement sur le vainqueur du débat (le plus convaincant) est finalement un décalque du paysage politique existant.

Sarkozy est même plutôt performant chez les bayrouïstes, notamment pour CSA, BVA et IPSOS. Peut-être cela lui permettra-t-il d’amortir l’effet de l’annonce de Bayrou.

« Séisme » ou… faille (pour rester dans le tectonique), cette annonce ne devrait modifier les rapports de force qu’à la base. Généralement, les électeurs sont peu sensibles aux consignes de vote qui, en réalité, ont surtout un effet indirect par le bruit médiatique qu’elles déclenchent. En l’occurrence, il est difficile d’être affirmatif, mais l’étonnement et/ou l’énervement d’une partie de l’électorat de Bayrou qui aurait préféré un vote blance, voire la mobilisation plus forte à droite devant la « trahison », devraient annuler les éventuels transferts vers Hollande d’électeurs modérés mais très anti-sarkozystes et qui verraient les vannes s’ouvrir devant eux.

Bref, comme pour la suite (Bayrou est définitivement seul, même s’il a réussi à ne pas perdre Bennahmias et Rochefort, grande victoire…), il est peu probable que cette annonce ait un effet quelconque sur le second tour, sauf peut-être un léger frein à la tendance du moment pour Hollande, qui est à l’érosion.

2. Les sondages du jour confirment en effet unanimement que l’écart se resserre. Et tous pointent vers un 53% avec tendance baissière (nous verrons tout à l’heure notre indicateur).

Sarkozy devrait donc parvenir à inverser les intentions de vote dans une dizaine de jours. Oups.
Plaisanterie mise à part, c’est bien le pronostic désormais très largement favorable à Hollande qui impressionne, car, dans le même temps, l’écart n’est plus si élevé (sans parler des pointes à 60%, le niveau de 57% a longtemps été celui de Hollande) et le souhait de victoire n’a pas vraiment progressé en sa faveur.

Les reports de voix se sont en effet améliorés pour Sarkozy au sein de l’électorat Le Pen (ce qu’il pourra utiliser comme légitimation de sa tactique d’entre-deux-tours, qui est aussi celle qui lui vaut ses ennuis médiatiques et MoDemesques): 20/58/22 pour Harris, 22/57/21 pour BVA, 15/54/31 pour IPSOS, 7/52/41 pour TNS-Sofres, 19/55/26 pour IFOP. Mais il n’en est pas encore à 60%, encore moins aux 2/3, qui serait le seuil réellement intéressant.

Au sein de l’électorat Bayrou, cela reste moins clair, mais l’équilibre semble se maintenir (là aussi, nous verrons tout à l’heure avec l’indicateur), alors même que de plus en plus de ces électeurs expriment une opinion: 42/41/17 pour Harris, 36/40/24 pour BVA, 30/38/32 pour IPSOS, 37/32/31 pour TNS-Sofres, 31/37/32 pour IFOP. Peut-être y a-t-il dans cette instabilité une petite inquiétude pour Sarkozy après le… tremblement Bayrou.

Enfin, au sein de l’électorat Mélenchon, Hollande reste dominateur, même si, bizarrement, les sondeurs divergent plus fortement depuis deux jours, à la hausse comme à la baisse: 91/4/5 chez Harris, 87/4/9 chez BVA, 76/6/18 chez IPSOS, 85/2/13 chez TNS-Sofres, 84/4/12 chez IFOP.

BVA ajoute les abstentionnistes du 1er tour: 34/35/31, ce qui permet d’avoir un autre sondeur confirmant que l’arrivée de nouveaux électeurs ne devrait pas changer fondamentalement les rapports de force même si, au total, Sarkozy devrait en profiter pour rattraper très légèrement une partie de son retard.

3. Plus largement, sur la participation, je ne publie pas les chiffres des sondeurs, car les notions sont différentes (abstention, indécision, non-expression d’une intention de vote). En outre, les électeurs eux-mêmes ne déclarent pas forcément la réalité de leur déplacement (si tant est que tous la connaissent réellement eux-mêmes…).

Mais il apparaît que la participation devrait tourner autour de 80-82%, pas fondamentalement différente du premier tour. Une stabilité ou une progression modérée de la participation pourront permettre de conclure à une basence de surprise par rapport aux dernières prévisions. En revanche, si la mobilisation reculait, ce serait délicat à interpréter avant 18 ou 19h (et des chiffres par départements), car la victoire annoncée ou la défaite annoncée peuvent démobiliser dans un camp et dans l’autre, mais le sursaut « d’honneur » à droite ou l’inquiétude du dernier moment à gauche peuvent garantir une bonne participation dans l’un ou l’autre camp.

Rendez-vous un peu plus tard pour toutes les données utiles à un pronostic !

Derniers sondages LH2, OpinionWay, CSA et IFOP quotidien: le regain sondagier de Sarkozy noyé dans le flux médiatique favorable à Hollande, malgré l’absence d’impact du débat et la fin de la carrière politique de Bayrou

 

LH2
Yahoo!
27 avril-2 mai 2012
échantillon: 1565

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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OpinionWay
LCI, Le Figaro
2-3 mai 2012
échantillon: 2009 inscrits sur un total de 2101

Hollande 52,5 (-1,5)
Sarkozy 47,5 (+1,5)

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CSA
BFM TV, RMC, 20 Minutes, CSC
3 mai 2012
échantillon: 1002 inscrits sur un total de 1123

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
30 avril-3 mai 2012
échantillons: 968

Hollande 53 (=)
Sarkozy 47 (=)

1. Le consensus sondagier est net vers les 53-47, qu’il s’agisse de sondages pré- ou post-débat. Sarkozy est donc moins distancé et Hollande s’érode, même si cela reste insuffisant. Mais le « bruit » médiatique n’est pas favorable au Président-candidat, alors que, sortant en temps de crise et pâtissant d’une impopularité historique, s’il parvient à passer au-dessus des 47%, il n’aura finalement pas démérité (tactiquement, s’entend), au regard du tombereau de critiques, tant sur le fond que sur sa tactique électorale.

Le débat a été finalement perçu médiatiquement comme favorable à Hollande, ce qui se retrouve globalement dans le jugement des sondés, mais tient en réalité à un simple décalque du paysage politique existant. Hollande n’est gagnant du débat que parce que la gauche est plus forte que la droite, tout simplement.

Pour IFOP, Hollande a gagné par 42-34, mais seulement par 32-30 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 23-45.
Pour LH2, il a gagné globalement par 45-41, mais seulement par 39-37 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 22-55.
Pour CSA, il a gagné globalement par 44-38, mais a perdu chez les bayrouïstes par 23-59 et chez les lepénistes par 20-59.
Grossièrement, les rapports de force et même les reports de voix se retrouvent ici.

Pourtant, le bruit médiatique est pro-Hollande. D’ailleurs, selon CSA, ceux qui n’ont pas écouté ou regardé le débat donnent Hollande gagnant par 31-18…

Comme je l’avais dit, les deux derniers jours de Sarkozy sont « pollués » par le bruit médiatique et par Bayrou. Comme je l’avais dit également (ah, en cette fin de campagne, il faut bien se remonter le moral…), le débat n’aura aucun impact profond sur les intentions de vote (même si, à échéance très courte, il peut y avoir un léger artefact; à moins qu’il ne soit insensible et ne se manifeste que par une érosion freinée de Hollande). Ainsi, selon LH2, parmi ceux qui ont regardé ou écouté le débat (plus vieux et donc plus sarkozystes que la moyenne), les intentions de vote sont restées étales à 52-48. Selon IFOP, 3% des interrogés ont dit avoir changé d’avis à l’issue du débat, dont 1% des électeurs de Mélenchon, 8% de ceux de Bayrou et 8% de ceux de Le Pen: ces mouvements semblent s’être équilibrés ou avoir concerné des échanges avec l’abstention.

Comme d’habitude (sauf, peut-être pour 1974), le débat n’aura donc fait qu’entériner la situation pré-existante. Bien entendu, le débat peut créer une inflexion de dynamqiue pour Hollande, qui ne serait visible que dimanche. Mais c’est peu probable:
– ceux qui ont regardé le débat (finalement pas si nombreux) étaient probablement déjà sûrs de leur vote,
– la pugnacité de Hollande peut remobiliser aussi une partie de l’électorat sarkozyste,
– la longueur et l’aspect « fatiguant » du débat ont probablement altéré l’impression générale.

2. Vient le suicide politique de Bayrou. Ou le « coup de poignard en plastique dans le dos » 😉

Je me permets de m’interroger sur ses motivations:
Hollande n’a pas besoin de lui (ils doivent vraiment se gausser au PS ce soir…), il ne demandait rien et Bayrou vient se livrer pieds et poings liés… où est l’intérêt tactique ? Mélenchon a lui aussi soutenu Hollande sans conditions, mais ce sont ses propres électeurs qu’il a livrés, pas lui-même; ici, Bayrou se livre lui, mais pas son électorat, davantage de centre-droit en 2012, mais en partie exaspéré par Sarkozy et donc plus équilibré dans les reports; à moyen terme, toutefois, cet électorat reviendra plus facilement vers les Juppé, Borloo, NKM, Fillon, etc.;
– il a bien sûr intérêt, comme Le Pen, à la défaite de Sarkozy, mais comment peut-il maintenant se recycler au centre-droit ? Certes, les réactions des Morin et Juppé ont été moins hostiles que d’autres, mais ce n’est plus possible de passer sur une telle traîtrise politique; il a donc brûlé les vaisseaux du retour au port UDF;
– ah oui, les convictions… (rire étouffé)

Non, vraiment, je ne vois pas. Les deux seules explications que je puisse trouver sont majeures et stratégico-historiques:
– la circonscription de Bayrou est tout à fait gagnable par le PS en juin: alors, peut-être cherche-t-il à préserver sa source personnelle de revenus (oui, la terre, faut pas rigoler, hein, c’est dur, c’est lourd, à travailler…),
les derniers fidèles et les petits apparatchiks du MoDem étaient majoritairement pour le vote Hollande: alors, peut-être cherche-t-il à conserver sa petite cour personnelle, sa « petite entreprise » (comme Le Pen père pendant longtemps), pour rester dans l’illusion de la persistance d’un destin national toujours intact (« miroir, miroir, dis-moi… »).

Bien entendu, les médias majoritairement de gauche se repaissent ce soir de cette « divine surprise » (oui, je l’écris exprès cet adjectif galvaudé…). Mais il est peu probable que les électeurs du MoDem se laissent influencer. Les sondages montraient que, majoritairement, ils préféraient que Bayrou ne donne pas de direction de vote. La subtile distinction entre « avis personnel » et « consigne de vote », déjà utilisée par d’excellentes références centristes (Montebourg et Le Pen), ne trompera personne.

Au contraire, il se rend en rase campagne, incapable de peser sur le programme et l’orientation hollandaises: les vrais centristes avaient bien davantage obtenu de Rocard (et Mitterrand) en 1988… A moyen terme, Hollande pourrait avoir besoin, lorsqu’il pressurera les fonctionnaires et les collectivités locales, de jouer le MoDem contre le FG et la gauche du PS (surtout qu’EE-LV a du plomb dans l’aile). Mais que sera le MoDem en juin ? Jean Lassalle et peut-être le député de Mayotte et peut-être Bayrou lui-même (sans oublier Jacqueline Gourault au Sénat) ? Le MoDem, combien de divisions ?

En fin de compte, il n’aura vraiment rien gagné dans l’histoire et il n’est pas impossible que ses électeurs même le passent par pertes et profits: ceux qui étaient déjà décidés pour Sarkozy le trouveront traître, ceux qui étaient déjà décidés pour Hollande n’y prêteront pas attention, ceux qui n’étaient pas décidés ou préfèrent voter blanc considèreront peut-être qu’il aurait mieux fait de ne rien dire ou de rallier franchement Hollande. Mais peut-être que Bayrou s’est reconnu dans une certaine pusillanimité et un certain comportement velléitaire dans notre futur Président 😀 Au moins, Villepin aurait fait cela avec panache (oh, c’est vrai, il reste encore toute la journée de demain 😉 ).

L’échec politique de l’aventure de Bayrou est maintenant consommé, dix ans après le début de sa rébellion anti-UMP. DSK, Sarkozy, Bayrou, la liste des morts s’allonge dans cette campagne…

3. Les reports de voix confirment le peu d’influence probable des deux événements du débat et de la trahison molle de Bayrou. Voyez, respectivement, LH2, IFOP (quotidien), OpinionWay et CSA:
– dans l’électorat Mélenchon: 93/2/5, 86/5/9, 77/9/14 et 81/7/12, globalement stable et solide pour Hollande,
– dans l’électorat Le Pen: 22/50/28, 18/50/32, 19/50/31, 17/57/26, toujours en amélioration pour Sarkozy (désormais à la moitié ou plus) ce qui explique ses gains globaux de la dernière semaine, mais toujours insuffisant,
– dans l’électorat Bayrou: 39/31/30, 32/34/34, 35/39/26 et 25/38/37, toujours divergents entre instituts, mais globalement équilibrés pour les deux candidats.

OpinionWay et CSA nous indiquent aussi que les abstentionnistes du premier tour se répartiraient respectivement à 28/28/44 et 25/25/50. Disons surtout qu’ils surévaluent leur propre participation, mais relevons que, de nouveau, les flux sont équilibrés entre les deux candidats.

Demain, je pourrai publier:
– un indicateur agrégé classique,
– un indicateur intégrant les matrices de reports de voix,
– des courbes de reports de voix,
– un graphique par sondeur, même si les biais sont maintenant réduits à leur plus simple expression.

Ce sera un peu le feu d’artifice final 😉

MISE A JOUR: Harris donne aussi 53 (-2) – 47 (+2) ce soir, avec un Hollande gagnant du débat par 31-29. Mais, je n’ai aps encore les chiffres détailéls du sondage: je le publierai donc proprement demain. Avec le dernier IFOP quotidien et peut-être avec un TNS-Sofres et un nouvel IPSOS ? On peut toujours espérer !

Derniers sondages IFOP, BVA et IFOP quotidien: une amélioration à peine sensible et trop tardive pour Sarkozy, ce qui amène aux premières supputations sur l’après-6 mai à gauche et à droite

 

IFOP-Fiducial
Paris-Match, Europe 1, Public Sénat
26-29 avril 2012
échantillon: 1876 inscrits sur un total de 1962

Hollande 54 (-0,5)
Sarkozy 46 (+0,5)

___________________________

BVA
RTL, Orange, presse régionale
30 avril-1er mai 2012
échantillon: 1387 inscrits sur un total de 1414

Hollande 53,5 (-1)
Sarkozy 46,5 (+1)

___________________________

IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
26-30 avril 2012, 28-avril-1er mai 2012 et 28 avril-2 mai 2012
échantillons: 898, 904 et 1229

Hollande 54 (-1)  53,5 (-0,5) 53 (-0,5)
Sarkozy 46 (+1)  46,5 (+0,5) 46 (+0,5)

1. Le léger resserrement qui est perceptible juste avant le débat du 2 mai est bien trop faible pour permettre à Sarkozy d’espérer autre chose qu’une défaite un peu plus limitée.

Certes, dans l’IFOP quotidien, on en est à 0,5 point par jour (à ce rythme, c’est du 51-49 :P), mais bon, c’est l’IFOP. En revanche, BVA, de tropisme pro-Hollande, est également un peu plus pessimiste sur le score de ce dernier. Mais bon, c’était la lanterne rouge des sondeurs en termes de fiabilité au 1er tour.

Dans l’optique de la victoire annoncée de Hollande (même si beaucoup de socialistes, à l’heure où j’écris, n’ont plus d’ongles…), plusieurs seuils peuvent être surveillés:
– Hollande ne paraît plus en mesure d’atteindre les niveaux gaulliens de 1965 (55,80%, vécus à l’époque comme un désaveu par de Gaulle, surtout au 1er tour avec sa mise en ballottage;
– en revanche, pour Hollande, le niveau de Mitterrand en 1988 semble encore atteignable (54,02%), même si ce sera difficile;
– ensuite, deux seuils proches ont une valeur symbolique réelle, tant pour la légitimité et la future force politique de Hollande, que pour l’éventuelle survie politique de Sarkozy: le niveau en pourcentage de Sarkozy en  2007 (53,06%) et son niveau en voix (près de 19 millions); certes, le corps électoral grossit, mais avec une participation et un nombre de blancs et nuls à peu près identiques au premier tour (35,9 millions de suffrages exprimés), il faudrait environ 52,9% à Hollande pour atteindre les 19 millions: malgré l’élévation probable du nombre de blancs d’origines lepéniste et bayrouïste, ce n’est pas impossible pour Hollande s’il « colle » aux 54%;
– enfin, la précédente défaite d’un sortant (VGE avec 48,24% en 1981) paraît hors d’atteinte pour Sarkozy; de manière générale, même une défaite à la Jospin 1995 (47,36%) et tout score dans lequel Hollande serait en dessous des 53% seraient une garantie de survie politique pour lui et une tentation de tenter de revenir dans le jeu pour 2017 (ou au-delà…), même si Copé, Fillon, Juppé et d’autres s’assureront que ce ne sera pas le cas (mais il peut profiter, justement, de ces divisions à venir).

D’une certaine manière, les leaders de droite ont intérêt à une défaite claire (pour se débarrasser de Sarkozy), sans être une déroute (pour éviter le coup de poignard mortel dans le dos de Le Pen): entre 52 et 52,5% ?

2. J’en profite d’ailleurs pour récapituler les données fournies par deux sondages récents pour BVA et LH2 sur le nom du futur Premier ministre.

Si Sarkozy l’emportait, BVA proposait aux sondés plusieurs noms, dont celui de Bayrou (c’était la semaine dernière), mais pas celui de Fillon. Dans l’ensemble, parmi les électeurs de Bayrou, Sarkozy et Le Pen respectivement, cela donnait:
Juppé 30/27/49/20
Bayrou 30/56/10/28
Borloo 16/8/9/17
NKM 7/3/11/9
Copé 5/1/13/10
Bertrand 3/2/6/10
En retenant les électeurs de Sarkozy, cela montre que le bloc central est potentiellement puissant au sein de la droite, pour peu qu’il ne soit pas divisé entre Juppé, Fillon, voire Wauquiez, NKM, Bertrand ou Baroin; que le centre-droit reste à sa place, réelle mais minoritaire; que Copé part de bas, mais qu’il aura une capacité réelle dès lors qu’il s’agira de ne consulter que les militants encartés (plus « politisés » et moins modérés que les électeurs, comme aux Etats-Unis) et que produiront leurs effets ses rabibochages avec Estrosi, Gaudin et Muselier, Karoutchi (dans les grosses fédérations, donc), sa capacité de nuisance à Paris (Goasguen, Dati,…) et son contrôle de l’appareil du parti (directement ou via des alliés potentiels: Courtial, Tabarot, Hortefeux, Gaudin, Morano, Riester,…).
Notons également qu’est confirmée l’absence de leader clair du centre-droit, Borloo réalisant des scores décevants.

LH2 a envisagé des hypothèses différentes et a inclus Fillon mais pas Bayrou, ce qui donne, dans l’ensemble, dans les électeurs de droite, dans les électeurs UMP, respectivement:
Juppé 26/27/33
Fillon 18/30/29
Borloo 15/10/8
Copé 6/11/14
Baroin 6/6/5
Bertrand 2/3/4
ce qui confirme la marginalité de Bertrand, la faiblesse de Borloo, le niveau bas mais probablement « motivé » des partisans de Copé, le risque de la division Juppé-Fillon. Ce dernier réalise un score surprenant, étant donné l’usure qui devrait le toucher après 5 ans de Matignon. Certes, ce n’est pas un sondage sur la présidence de l’UMP, mais tout de même. Le côté « légitimiste » pourrait le favoriser, même si Juppé a des atouts, notamment celui de pouvoir rallier peut-être plus facilement l’aile gauche de l’UMP et le parti radical (le PCD étant sûrement plus filloniste).
Cela montre également que Copé, qui est pourtant le grand soutien de Sarkozy aujourd’hui, est celui qui a le plus intérêt à sa défaite: comment exister sinon ?…
Ajoutons que, parmi les électeurs de Sarkozy, LH2 donne seulement Juppé à 34 et Fillon à 32; parmi les électeurs de Le Pen, Fillon à 32 et Juppé à 14; parmi les électeurs de Bayrou, Juppé à 46 et Borloo à 18 (seulement, alors que Bayrou est absent: un camouflet !); parmi les électeurs de Hollande, Juppé à 30 et Borloo à 24 (encore une mauvaise surprise pour Borloo le « social-écolo »); parmi les électeurs de Mélenchon, Borloo à 26 et Juppé à 13 😀

Et puisque nous en sommes aux hypothèses Matignon, voici celles du PS.

Pour les personnes interrogées par BVA, les résultats sont les suivants, parmi l’ensemble des électeurs, ceux de Mélenchon, Hollande, Bayrou et Le Pen respectivement:
Aubry 28/46/37/21/12
Valls 24/10/18/26/35
Ayrault 12/14/17/11/10
Moscovici 11/7/15/10/5
Fabius 9/14/5/16/14
Sapin 7/4/5/8/9
Aubry reste, par manque d’originalité et par notoriété (name-recognition) aussi, la grande favorite des Français, même si son tropisme de gauche est ici très clair. Je maintiens que ce serait une triple erreur de la nommer dès le départ: elle ferait de l’ombre à Hollande et rendrait son début de mandat difficile; elle serait « usée » pour la fin de mandat, alors que la remobilisation à gauche sera sûrement nécessaire après 3 ou 4 ans d’austérité et de « social-trahison »; il serait bien plus utile de la « griller » avant 2017, afin d’éviter toute concurrence interne pour Hollande… Le seul intérêt de la nommer à Matignon dès maintenant serait de ligoter la gauche du PS, qui risque de se faire bruyante assez rapidement, avec un Mélenchon soufflant sur les braises de l’extérieur.
Moscovici fait un score bien décevant, mais son côté dilettante lui joue manifestement des tours, tant auprès de Hollande que dans sa visibilité pendant la campagne. Je le garde comme favori, car il est le « logique collaborateur » que Hollande peut souhaiter et a quand même une expérience ministérielle et un positionnement politique, général et à l’intérieur du PS, hollando-compatible (Sapin aussi, mais il est moins connu et aurait plus de mal à s’imposer aux ténors du PS). Reste peut-être un aspect plus secret du processus de vetting à l’oeuvre en France comme il l’est aux Etats-Unis pour les candidats à la vice-présidence: sa vie privée et sa proximité multiforme avec DSK.
Valls au contraire a bénéficié à plein de la campagne, même s’il est surtout visible à droite. Il n’aurait été utile qu’en cas de haut score de Bayrou et de victoire très étriquée de Hollande, le rendant utile pour les législatives, comme Rocard en 1988. En revanche, par rapport à la liste confectionnée il y a quelques semaines, il est bien possible qu’il ait gagné Beauvau, Rebsamen se voyant rétrogradé ou recyclé au PS.
Ayrault est un peu une surprise, car il est loin d’être marginalisé, alors qu’il n’a pas de charisme et que son poperénisme d’origine remonte régulièrement à la surface, contredisant sa soi-disant modération d’élu de l’Ouest (on est loin des Le Drian ou Poignant !). Il a une grosse faiblesse toutefois: il n’a jamais été ministre. Avoir un Président qui a surtout été premier secrétaire du PS et un Premier ministre qui a surtout été président du groupe PS à l’Assemblée, est-ce bien raisonnable ? Mais, après tout, Hollande peut vouloir agir à la « Mitterrand 1981 ».
Fabius est marginalisé chez les siens, mais pourrait avoir l’avantage d’être en capacité de faire le sale boulot au départ, avec autorité, et de fournir un fusible utile ensuite.

Pour LH2, les hypothèses testées sont différentes, mais les résultats restent cohérents (car Royal et Montebourg n’ont évidemment aucune chance d’accéder à Matignon), au sein de tous les électeurs, de ceux de gauche et de ceux du PS respectivement:
Aubry 23/33/41
Valls 12/10/11
Royal 10/14/9
Montebourg 10/10/6
Ayrault 7/10/13
Moscovici 5/6/9
résultats que LH2 complète en donnant simplement Aubry à 29 et Montebourg à 22 parmi les électeurs de Mélenchon (où l’on retrouve la passerelle Montebourg-Mélenchon, notamment visible dans le sud-est de la France); Aubry à 37 et Ayrault à 14 parmi les électeurs de Hollande; Valls à 27 et Aubry à 20 parmi ceux de Bayrou; Valls à 18 et Aubry à 13 parmi ceux de Sarkozy; Aubry à 20 et Royal à 13 parmi ceux de Le Pen.

En tous les cas, l’après-6 mai sera passionnant, car la guerre de mouvement va enfin reprendre, tant au sein du PS que, désormais, au sein de l’UMP et du centre-droit…

3. En ce qui concerne les reports de voix, ils restent divergents (respectivement BVA, IFOP et les IFOP quotidiens)
– dans l’électorat Mélenchon: 87/4/9, 80/6/14 et puis 86/4/10, 85/6/9 et 85/5/10, sans grande nouveauté puisque très solides pour Hollande,
– dans l’électorat Le Pen: 21/57/22, 18/43/39 et puis 18/44/38, 15/46/39 et 16/45/39, en amélioration pour Sarkozy, soit qu’il progresse soit que Hollande régresse, mais ce n’est pas suffisant et la forte composante populaire-populaire dont j’ai précédemment parlée ne peut permettre à Sarkozy d’atteindre les 2/3, ce qui serait le minimum à réaliser,
– dans l’électorat Bayrou: 36/36/28, 28/31/41 et puis 33/27/40, 28/32/40 et 26/32/42, à des niveaux de partage un peu moins à gauche qu’en 2007 (même si c’est logique, puisqu’alors, Bayrou rassemblait les déçus de Royal), avec une érosion récente de Hollande, mais marquant une certaine instabilité, dangereuse pour Sarkozy s’il est de nouveau trop à droite ce soir ou si Bayrou parasite trop la journée de demain (voire Villepin celle de vendredi).

IFOP ajoute les reports dans l’électorat Joly: 69/11/20, de nouveau moins favorables que prévu. Mais l’échantillon est limité et même une petite déperdition ici ne peut véritablement menacer Hollande.

« Trop peu, trop tard » en quelque sorte pour Sarkozy, même si l’écart va probablement continuer de se resserrer. Le résultat reste important pour l’avenir de la droite, dans son combat à venir contre le néo-FN, et pour l’assise politique de Hollande, face aux ténors du PS et dans sa dynamique politique de début de quinquennat. Il reste donc, quand même, un peu de suspense… 😛

Bon débat !

Géographie électorale simplifiée du 1er tour: l’avenir difficile de la droite, l’échec de Bayrou, la force du néo-lepénisme et le regain des gauches

1. La cartographie des résultats électoraux est probablement une des activités humaines les plus fascinantes 😀

L’absence d’outils satisfaisants dans mon enfance ne m’empêchait pas de m’y consacrer de manière très artisanale. Aujourd’hui, les outils existent mais je suis vieux et quelque peu dépassé par la technique 😉 et, surtout, j’ai trouvé mes maîtres, en la personne de jeunes nord-américains (d’origine ou de résidence), dont Gael L’Hermine est, pour notre pays, le plus éminent représentant: j’ai cité son article de dimanche dans mon article d’hier et je vous incite de nouveau à y aller voir. Je resterai donc très, très modeste dans cet article.

D’abord, les cartes par niveaux et seuils de résultats, plus ou moins bien choisis, sont disponibles partout: je n’y reviendrai pas ici.

En revanche, j’ai confectionné rapidement quelques cartes répartissant en 6 blocs égaux tous les départements métropolitains (donc 6 groupes de 16 à chaque fois), afin de faire apparaître les zones de force (et de faiblesse) de chaque candidat. Cela permet de repérer plus facilement les évolutions géographiques et sociologiques des électorats des candidats (ou l’absence d’évolution). Je me contente de la maille départementale, mais je vous renvoie vers les sites « World Elections », « Elections France » (deux sites de Gael L’Hermine cités dans le blogroll ci-contre, sans oublier son ancien blog, encore très, très riche: http://www.freewebs.com/franceelgeo/) et « Dave Leip’s Atlas Forum », pour de merveilleuses cartes par circonscription législative, par canton, voire par commune.

Attention, n’interprétons pas les couleurs foncées ci-dessous comme indiquant forcément un niveau de votes élevé dans l’absolu, mais simplement comme une force relative, en comparaison du score national du candidat concerné. Mes catégories ont des limites évidentes, puisqu’il peut y avoir un écart entre deux départements appartenant à la même catégorie. Mais, pour les grands candidats, c’est beaucoup moins le cas. En outre, je ne voulais pas passer trop de temps sur ces cartes 😉 Les conclusions restent robustes.

J’ai également confectionné des cartes répartissant en 6 blocs égaux les départements selon la progression ou la régression brute de chaque candidat de 2007 à 2012 (Hollande étant comparé à Royal, Le Pen fille à Le Pen père, Mélenchon+Poutou+Arthaud étant comparés à Buffet+Besancenot+Laguiller+Schivardi; on aurait pu argumenter pour Bové, mais je me suis limité à l’extrême-gauche strictement). La comparaison peut avoir plus de sens avec 2002 pour le FN ou avec 1995 ou 2002 pour l’extrême-gauche et, en fait, il faudrait de toute façon établir des cartes pour quasiment chaque élection passée :P, mais vous verrez que les conclusions restent fort intéressantes. Plus le département est de couleur foncée, plus le candidat progresse ou moins il régresse.

2. En ce qui concerne Sarkozy, l’évolution est fort intéressante:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 2007, la carte de Sarkozy, dès le 1er tour, avait une configuration générale déjà fort lepéniste: PACA, couloir rhôdanien, Lyonnais (au sens de la province d’Ancien Régime), Savoies, Alsace, Grand Est intérieur, Bassin Parisien au-delà de l’Ile-de-France. Certes, il conservait quelques points de force de la droite traditionnelle (du Cotentin à l’Anjou, l’ouest de Paris et de sa banlieue ou dans le Massif Central le plus rural. Mais il était faible dans l’Ouest (y compris en Vendée en raison de la candidature de Villiers), quasiment inexistant dans le Pays Basque (en raison de Bayrou) et globalement affaibli dans les marges du Massif Central. Dès le 1er tour, il avait réussi son siphonnage sur l’électorat populaire-boutiquier et même sur une partie de l’électorat populaire-populaire (Territoire-de-Belfort, Isère, Gard, Hérault, Bouches-du-Rhône notamment en témoignent).

En 2012, la carte de Sarkozy est beaucoup plus « classique » et se rapproche davantage de la droite traditionnelle: l’arc Cotentin-Vendée est de nouveau fort (même la Bretagen est légèrement moins hostile), l’Ouest intérieur est moins mauvais (Touraine, Blésois, Eure, même les Deux-Sèvres, longtemps un département de droite). En revanche, il est affaibli dans les bastions FN de Pcardie, mais aussi de Lorraine et surtout du Sud-Est. Dans cette dernière région, soulignons qu’il reste fort dans les régions riches (Alpes-Maritimes, Var, Lyonnais), amis qu’il régresse dans les zones plus populaires (Languedoc, Alpes « rurales »). S’il n’y avait cette faiblesse persistante dans le Massif Central, liée à la substitution d’un Hollande à un Chirac, la carte de ce dernier dans les années 1990-2000, serait peu ou prou retrouvée en cette année 2012 (ou, plus exactement et de manière assez intéressante, la carte de Boutin 2002: à creuser…).

Sa variation 2007-2012 est ici éloquente: il recule nettement moins dans l’Ouest (il avait déjà reculé au profit de Bayrou et se stabilise donc, voire regagne un peu de terrain) et perd dans le Sud-Est au profit du FN, dans le Limousin et l’Auvergne au profit de Hollande. La grande inquiétude dont la droite doit ici prendre conscience, c’est son net recul en Ile-de-France: certes la banlieue ouest riche reste un bastion, mais la situation dans le reste de la région et dans ses marges Nord et Est est très problématique au regard de la concentration de population dans ces zones. Là, c’est à la fois le PS et le FN qui gagnent sur la droite.

Au final, la droite doit s’inquiéter d’un recul dans ses zones de gains récents (Provence intérieure), dans des régions anciennement de droite mais manifestement beaucoup plus « diverses » aujourd’hui (Lorraine, Franche-Comté) et, surtout, en Ile-de-France, alors que sa « résistance » dans l’Ouest est surtout liée au fait qu’elle a trouvé un étiage, après avoir tant régressé au profit de la gauche depuis presque 30 ans.

3. Par un effet partiel de miroir, les cartes des Le Pen montrent la « nationalisation » et la « popularisation » réussies par la fille:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien entendu, ce qui peut frapper, c’est la grande continuité entre le père et la fille dans les zones de force et de faiblesse. Mais, justement, étant donné qu’entre les deux, il y a 7,5 points, cela montre la généralisation et la progression homogène sur tout le territoire opérées par la fille et que nous avions déjà relevée récemment en publiant (par exception étant donné l’importance du phénomène) une carte par niveaux.

Il y a toutefois quelques subtiles nuances: Marion « Marine » Le Pen progresse davantage dans les zones d’électorat populaire-populaire (le Stéphanois, le Belfortain, le Languedoc, la région du Mans, l’Eure, la Moselle et surtout la Picardie et le Pas-de-Calais en témoignent) que dans les zones d’électorat très conservateur et plus riches (Rhône, Haute-Savoie, Bas-Rhin, Yvelines, Hauts-de-Seine en témoignent). Ce n’est pas vrai partout (les Alpes-Maritimes sont plutôt à contre-courant; quant à la Vendée, une frange du villiérisme a probablement rallié le FN, mais c’est surtout parce que le père y était très, très bas en 2007).

Elle progresse aussi dans des zones plus rurales (Bourbonnais, Dauphiné, Haute-Loire, Charentes et, évidemment, dans les collines du Grand Est). Mais elle reste faible en Ile-de-France, y compris dans les banlieues populaires de l’Est ou dans la grande couronne, y compris dans les zones de forte immigration. C’est ce qui permet de relativiser tous les discours sur le caractère réciste de cet électorat ou sur ses préoccupations avant tout sécuritaires. Nous ne sommes plus aux Municipales de 1983 (où Le Pen père commençait de prendre la suite du communisme municipal à tendance raciste) ou aux Européennes de 1984 (lors desquelles le FN faisait de très bons scores en Ile-de-France). Aujourd’hui, le FN est avant tout anti-système, anti-parisien, anti-insiders; il représente les décalés, les zones rurales et rurbaines « subies » (ceux qui sont poussés hors des agglomérations à cause des prix de l’immobilier et subissent les coûts des carburants), une certaine partie des précaires.

Le FN retrouve sa base imposante de 2002 et la complète même. Voilà un sérieux problème pour l’UMP.

4. Les cartes de Hollande apportent de bonnes nouvelles pour le PS:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 2007, Royal avait obtenu une géographie traditionnellement de gauche, avec une force particulière dans le grand quart Sud-Ouest (en y ajoutant l’effet « enfant du pays » -même artificiel- dans le Poitou), et plus « récente » en Bretagne (même si le recul de la droite y est désormais ancien). Notons d’ailleurs que le reflux chiraquien en Limousin était déjà acquis. En revanche, elle était très décevante dans le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie, le Languedoc et la basse vallée du Rhône.

En 2012, avec Hollande , le PS est de retour dans des zones traditionnellement de gauche qu’il avait un peu désertées avec son « grand mouvement » vers le Nord-Ouest et le Centre-Ouest. Même s’il continue le renforcement en Limousin (par effet tout aussi artificiel d' »enfant du pays »), il regagne en effet du terrain dans le triangle Nord (de base Le Havre-Charleville-Mézières et de sommet Dunkerque), en Bourgogne et, surtout, dans tout le nord du grand Bassin Parisien, de la Normandie à la Champagne et à la Brie, et en Ile-de-France même. En fait, c’est toute la bande Sud, du Midi toulousain à la Provence, qui ne progresse pas (sauf les Pyrénées-Atlantiques, avec la reprise d’électeurs « égarés » sur Bayrou): mais, autour de Toulouse, c’est parce que le niveau était déjà élevé, alors que dans le Languedoc et la Provence intérieure, c’est parce Mélenchon et même Le Pen (y compris dans la vallée de la Garonne pour celle-ci) lui volent l’électorat populaire.

Notons enfin la progression forte en Yvelines, Hauts-de-Seine et à Paris, par l’effet de la « bobïsation » et d’une arrivée de nouvelles catégories supérieures venues du vote Bayrou 2007. Hollande 2012 retrouve une géographie à la Jospin 1995, pour faire vite. On le voit, les perspectives sont fortes pour le PS, car Mélenchon complète bien ses positions sur le flanc sud, pendant qu’il progresse chez les insiders de l’Ouest et du Bassin Parisien, tout en regagnant du terrain dans le Nord.

5. La géographie de Mélenchon et de l’extrême-gauche peut laisser supposer une prédominance communiste. Précisons que l’ajout de Poutou et Arthaud est numériquement faible et pèse de peu d’importance géographiquement, en raison d’une certaine homogénéité à de faibles niveaux. Mais il est logique de comparer ce qui est comparable et, en 2007, Besancenot avait largement mordu sur l’électorat PCF. Auparavant, les deux partis trotskystes (ou réputés tels) n’avaient que peu de force dans le Sud et étaient surtout concentrés sur l’arc Caen- Belfort, ainsi que, moins puissamment, dans le Centre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 2007, la géographie était largement communiste, avec ce fameux triangle Le Havre-Dunkerque- Longwy, la dorsale centrale du communisme rural et « résistant » (de la Dordogne au Cher et à l’Allier) et la frange sud, de l’Ariège à la Provence intérieure en passant par Alès, mais très fortement mitée par le FN, voire l’UMP, et surtout par une nouvelle population pavillonnaire, plus ou moins âgée, sans plus de rapport avec les quelques bassins industriels ou avec les paysans « rouges » du Var ou de l’Hérault.

En 2012, en revanche, l’extrême-gauche retrouve la force du PCF dans le Midi et en petite couronne parisienne (ce qui est à souligner et va aussi logiquement avec le « désert » FN dans toute l’Ile-de-France, « bleue » ou « rouge »), mais est (relativement) moins forte dans le Nord. Il est clair que le FN a gagné dans les régions populaires du Nord et de l’Est, de l’Artois et de la Picardie à la Lorraine en passant par la Thiérache et les Ardennes. A l’inverse, Mélenchon a étendu l’influence dans le piémont pyrénéen, le Midi toulousain et, étonnamment, tout le sud du Massif Central et des Alpes. Dans ce dernier cas, il est fort probable que Mélenchon ait récupéré l’électorat de Bové 2007, les montagnards peu fortunés et une frange rurale et rurbaine altermondialiste (ce qui montre bien le côté désormais « fourre-tout » de l’extrême-gauche et, en même temps, la capacité de Mélenchon et du FG à fédérer toute la gauche de la gauche, au moins dans les urnes, à défaut de le faire dans les organisations).

Ces évolutions ne sont pas nouvelles, car le FG aux Européennes de 2009 et même Robert Hue en 2002 avaient déjà montré un tel profil géographique (Buffet seule en 2007 s’était repliée sur les bastions très anciens du PCF). La carte de 2012 rappelle vaguement celle de la SFIO dans les années 30 et, de manière plus proche et intéressante au regard de l’évolution du communisme depuis l’effondrement des années 1980, celle de Pierre Juquin en 1988 (je suis heu-reux qu’enfin, cette carte « fantastique » trouve une utilité :P).

6. Faisons un détour par Joly 2012, à relativiser en raison de son faible score, mais, comme toujours avec la géographie électorale, même à ce niveau, les tendances sont très claires.

Les zones de force traditionnelles des Verts sont là: Alpes et Savoies, Lyonnais, couloir rhôdanien (chimie et nucléaire), bassin de Toulouse, Jura, Alsace, Bretagne, Ile-de-France, grandes villes d’une manière générale. Mais cette carte est moins francilienne, moins alsacienne, moins nordiste et plus sudiste qu’à l’accoutumée. En fait, on retrouve davantage les cartes de Mamère 2002 et même Bové 2007 que celles de l’époque des Lalonde et Waechter. Il est certain que beaucoup de « bobos verts » ont rejoint Hollande ou Mélenchon dans les grandes villes et en Ile-de-France, voire dans le département du Nord.

7. Tant que nous sommes dans les « petits », voici la géographie de Dupont-Aignan:

Il y a bien sûr du villiérisme dans cette carte (Vendée, Anjou, Maine, Manche, Orne) mais c’est loin d’en être le décalque. Remonter à Jean Royer 1974 ou Marie-France Garaud 1981 n’est pas non plus d’un grand secours. Il y a un peu de gaullisme traditionnel dans cet intérieur de la moitié Nord, mais il y manque l’extrême nord et la côte aquitaine et, pour ce qui est du pompidolisme, le Massif Central. Il y a une sorte de mélange Debré 1981-Madelin 2002, sans que je sois capable de bien analyser pourquoi.

Finalement, l’explication la plus satisfaisante est peut-être une carte de droite traditionnelle et conservatrice mais rurale, comme le montrent les contrastes entre Ain et Jura d’un côté, Rhône de l’autre; entre Indre-et-Loire et Indre, entre couronnes parsiennes (à l’exception de l’Essonne, touchée par le phénomène « enfant du pays ») d’une part, Seine-et-Marne, Eure et Eure-et-Loir d’autre part; entre Moselle et Bas-Rhin d’un côté, Vosges et Haute-Marne de l’autre.

8. Enfin, les cartes de Bayrou apportent peu de véritables surprises et soulignent son échec profond de 2012 et, finalement, de toute son entreprise:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sa géographie de 2007 était déjà marquée du sceau du centrisme et du catholicisme version MRP: quart Nord-Ouest, Alsace, Lyonnais et Savoies, sud du Massif Central; mais il y ajoutait l’effet « enfant du pays » avec le Béarn et l’Adour, ainsi qu’une base « bobo » et/ou bourgeoise modérée en Ile-de-France.

 En 2012, eh bien… c’est presque pareil ! Mais, entre-temps, il perdu plus de 9 points. Il a perdu partout et a échoué dans son pari d’élargir le centre sur sa droite comme sur sa gauche. Quelques petits différences nous montrent en outre qu’il est davantage revenu sur le centre-droit traditionnel et a perdu les « bobos » rose pâle ou vert intermittent: Haute-Loire plutôt que Rhône; Vendée, Orne ou Loir-et-Cher plutôt que Côtes-d’Armor; Marne, Meuse et Haut-Rhin plutôt que Seine-et-Marne, Val-d’Oise ou Val-de-Marne. De même, son évolution encore plus négative en Bretagne, dans l’extrême Sud-Ouest et en Ile-de-France pointe les zones où il avait gagné beaucoup au centre-gauche, au détriment de Royal, un temps menacé par ses assauts en 2007; a contrario, sa résistance en Poitou-Charentes cette fois-ci montre que, là, il n’avait pas réussi à capter trop d’électeurs socialistes modérés, retenus localement par la « fille du pays », et son effondrement en Corrèze et dans le Lot illustre la capacité de Hollande à mordre sur l’électorat MoDem.

Il n’est en revanche pas clair qu’il ait perdu localement des votes « anti-système », même s’il en a probablement perdu un peu partout (d’où une certaine progression de Le Pen dans tout l’Ouest et Centre-Ouest intérieurs). Au niveau du seul Bayrou, au contraire, ses zones de moindre régression correspondent, hors Poitou-Charentes, aux zones de force du FN. Il y était déjà faible en 2007 et il y avait atteint un étiage.

9. Ainsi, la droite parlementaire, retranchée dans ses bastions traditionnels, écartelée entre un centre à l’avenir indéfini, privé de vrais leaders (par faiblesse électorale -Bayrou- ou personnelle -Borloo-), et une extrême-droite « transversale » et forte car ne dépendant pas de la seule droite, pourrait affronter une longue période difficile avant de trouver la martingale.

Au contraire, les gauches apparaissent complémentaires et fortes dans les régions en développement démographique. Bien sûr, tout se retourne vite (comme l’ont montré les résultats des Verts en 2009 et 2010) et la capacité du FN à se « nationaliser » (même si sa faiblesse au coeur du pays, l’Ile-de-France, est importante) est aussi un sujet d’inquiétude pour la gauche. Mais le maillage local du PS peut lui faire espérer encore quelques bonnes années.