L’UMP de 2012 à 2017 et à 2022: des alternatives limitées de leadership dans un paysage lourd de nombreuses hypothèques

1. Alors que ce blog fête son premier anniversaire 🙂 et que la campagne officielle pour la présidence de l’UMP s’est ouverte le 5 octobre 2012, quelles sont les perspectives pour le parti de la droite républicaine et pour son leadership?

En premier lieu, rappelons quelques éléments sur l’évolution institutionnelle récente de la France, qui ne feront que s’accentuer avec le temps, quels que soient les appels à la « normalité » ou à la régénération de la démocratie entendus ici ou là.

La France s’est présidentialisée et c’est une tendance lourde.
Le quinquennat a fait du Président le seul leader de la majorité, la dichotomie entre majorité présidentielle et majorité parlementaire relevant désormais de la simple hypothèse d’école pour constitutionnaliste imaginatif. Cette présidentialisation n’est pas propre à la France et touche même les régimes… parlementaires. La pratique du pouvoir de Blair ou de Berlusconi a été présidentielle, comme celle de Harper, de Schröder ou d’autres.
La médiatisation a entraîné une personnalisation de la politique qui se porte en premier lieu sur le Président et non sur son Premier ministre, simplement nommé et facilement révocable. Cette personnalisation influe fortement sur la structure politique même, y compris dans des régimes parlementaires normalement plus dépendants des partis: la personne même de Merkel « sauve » la CDU dans un contexte de progression, mais de division et de faible leadership, des gauches allemandes; l’identité de Monti suffit à stabiliser (temporairement) le paysage politique italien, voire à le recomposer à moyen terme; c’est le débat Rutte-Samsom qui a structuré le résultat des dernières législatives néerlandaises, dans un pays pourtant affecté d’un « régime des partis » et d’un paysage éclaté depuis fort longtemps; face à Cameron, seul atout (avant Boris Johnson?) des Tories, le Labour n’a qu’un petit obstacle avant de revenir triomphalement au pouvoir, son leader Ed Miliband; les travaillistes australiens ont remplacé Rudd par Gillard pour le seul motif de l’image personnelle;…
La demande d’action personnelle d’un chef n’était pas tant liée que cela à Sarkozy: elle est liée à la modernité (une société avec moins de corps intermédiaires et habituée à l’immédiateté et à l’impatience), à la médiatisation, à la personnalisation et Hollande commence de comprendre que la « normalité » dilettante ou même (version plus sérieuse et plus mitterrandienne) la distance byzantine ne peuvent plus avoir cours. Alors, « lui Président », il organise une visite hautement médiatisée et « surprise » à Echirolles…

La France s’est américanisée, en ce sens que son mode de fonctionnement politique (le cycle électoral et les affrontements de leadership) se rapproche de celui des Etats-Unis. Le calendrier politique s’organise autour de la présidentielle, avec des élections locales, européennes ou sénatoriales qui jouent le rôle de midterms.
Il s’agit encore de personnalisation.
Mais il s’agit également d’histoires personnelles, d’étapes dans un parcours, d’influence des médias et des sondages (le climat et la dynamique), de consumérisme politique et électoral (revirements d’opinion rapides, en particulier).

La France s’est « médiatisée », ce qui a renforcé la présidentialisation et a accompagné l’américanisation, mais a aussi entraîné une moindre importance des structures partisanes (Bayrou ou Villepin ont existé malgré tout) et des succès électoraux locaux (qui n’ont pas permis à Royal de vaincre en 2007) et une plus grande importance des positionnements relatifs et personnels et des problématiques d’image (le racisme anti-Blancs en est un exemple récent: reproché à Copé, il ne dérange pas chez Vallaud-Belkacem; peu importe ce que l’on dit, ce qui compte c’est quand on le dit et par rapport à qui, voire où et avec quelle présentation d’ensemble), c’est-à-dire du marketing.

2. Sur ce paysage de fond, viennent s’agréger plusieurs hypothèques majeures pour la droite républicaine, dont elle ne parviendra pas à se libérer facilement, ne les ayant toujours pas résolues.

– La moindre d’entre elles, c’est l’indépendance du centre et du centre-droit.
Bien entendu, Bayrou est politiquement mort et ses grotesques rodomontades face à Borloo ne visent, à la manière d’un Villepin, qu’à se persuader que l’on est encore vivant, alors même que les membres (Vanlerenberghe, Azière, avant sûrement Artigue ou d’autres) commencent à se détacher du tronc désormais sans vie (Sarnez, Gourault).
En revanche, après l’échec de l’ARES et l’incapacité de Borloo à incarner le centre-droit à la présidentielle, celui-ci a enfin « réussi » (c’est presque un oxymore d’associer ce mot à Borloo… très barriste ou séguiniste du point de vue de la « réussite » politique…) à agglomérer le centre-droit. Tout cela est bien sûr fort timide et fragile et ne se fait que par défaut, parce que tous les petits chefs ont unanimement conclu qu’il n’y avait pas d’autre tête connue (c’est ce que Maurice Leroy avait dit, en parlant du seul leader connu du Français de la rue…). L’UDI n’est qu’une UDF en réduction, sans la force historique (au sens de leurs immédiats et plus lointains prédécesseurs, qui remontaient à 1945, voire aux années 1920) et idéologique du CDS et du PR, qui étaient les deux piliers de l’UDF. Aujourd’hui et après la scission du NC, le parti radical apparaît presque comme la force majeure de l’UDI, c’est dire… De plus, aucun centriste ou modéré de l’UMP n’est venu rejoindre l’UDI, pas même les députés UMP qui se sont apparentés à son groupe: que ce soit pour finir une carrière (Méhaignerie, voire Juppé – qui était potentiellement le Barre ou le Balladur de 2012 dans les sondages de 2011), pour retrouver de l’air et des marges de manoeuvre (Léonetti, voire Raffarin) ou pour être le borgne chez les aveugles (Jouanno, NKM, voire Wauquiez).
Malgré tout, même s’il est piquant de voir le radicalisme laïcard succéder à la démocratie-chrétienne molle dans ce rôle (après la parenthèse personnelle Bayrou), l’UDI reprendra probablement l’étiage centriste de 8-10%, celui des élections européennes de 1989 avec Veil ou de 1999, 2004 et 2009 avec Bayrou ou celui de Borloo dans les quelques sondages présidentiels l’intégrant en 2011.
La fin du MoDem va se traduire par un report de 3 points d’électeurs de centre-gauche soit vers un PS moscovicisé ou vallsisé, soit vers l’abstention; par un retour de 3 points vers l’abstention; par un report de 3 points vers l’UDI. Non seulement l’UDI est viable et va donc pouvoir grignoter sur l’UMP, mais le PS va récupérer quelques points sur les ruines du MoDem. Certes, cela peut être compensé (dans l’ouest par exemple), par un retour d’électeurs au centre-droit, après un passage par un PS local rocardisé, mais ce sera relativement marginal et, de toute façon, ne profitera pas à l’UMP.
Ainsi, l’UDI peut être un handicap lourd pour l’UMP au 1er tour d’une présidentielle, avec le risque d’un « 21 avril à l’envers ». De ce point de vue, la victoire de Copé à la tête de l’UMP aggraverait les choses, car il perdrait forcément des électeurs qui se reporteraient sur l’UDI plus facilement.

– De manière liée (le fameux étau qui enserrait Sarkozy entre extrême-droite et centre, avec des pertes d’un côté dès que l’on penche de l’autre), l’hypothèque la plus lourde est évidemment la question lancinante du FN.
Le positionnement actuel de Copé, qui reprend celui de Sarkozy, est-il le bon ? En bref, Sarkozy a-t-il « presque gagné » ou a-t-il « quand même perdu » en mai 2012 ?
Toujours pas réglée, cette question sera encore plus aiguë au fur et à mesure de l’avancée du quinquennat et Hollande s’en servira d’autant plus qu’il pourrait bien ne plus lui rester que cela pour espérer être réélu en 2017.
La crise persistante et l’austérité vont évidemment conforter le FN (pas forcément le faire augmenter, mais en tous les cas consolider sa base de départ).
La pseudo-dédiabolisation (les idées sont les mêmes, mais l’emballage a été renouvelé) pose un problème encore plus grave à l’UMP, puisque les médias semblent présenter Le Pen comme « acceptable », tout en mettant une forte pression sur l’UMP et sa tentation d’alliance avec le Mal.
La dose de proportionnelle envisagée par Hollande ne pourra que rendre encore plus délicat le retour au pouvoir de l’UMP et sera utilisée comme Mitterrand avait su le faire en 2005-2006. De manière accessoire, le futur mode de scrutin pour désigner les conseillers généraux (départementaux ?) pourrait recréer les mêmes débats délétères pour l’UMP dans les départements où il aura besoin de voix du FN pour s’imposer ou espérer s’imposer (Ain, Vaucluse, Loire, Oise, Somme, Aisne, Moselle viennent à l’esprit).
Le « précédent Sarkozy » renforce encore le poids du FN: se délester de sa menace impliquerait forcément de coller à un positionnement « dur » et, en plus, cela n’aurait pas tant nui que cela à Sarkozy en 2012 puisqu’il n’aurait pas été battu si nettement que cela, disent les soutiens de la droitisation.
Bref, mutatis mutandis, l’UMP est confronté au même problème que l’establishment du GOP, sous la pression persistante du Tea Party, qui les oblige à se déporter sur la droite et entretient des débats internes qui affaiblissent le parti. L’effet négatif se sent non seulement pour la présidentielle, mais aussi pour les élections « locales » (en incluant les sénatoriales pour ce qui est des Etats-Unis: voir, par exemple, l’Indiana où le GOP va peut-être perdre un siège à cause du candidat Tea Party qui a triomphé aux primaires): ainsi, les municipales de 2014 s’annoncent déjà fort difficiles pour l’UMP.

Car les municipales se joueront médiatiquement sur les grandes villes, où le PS restera structurellement et sociologiquement fort (Paris et Lyon sont ingagnables pour l’UMP, tandis que Marseille, Nancy, voire Perpignan, Le Havre, Orléans ou Bordeaux, pourraient basculer, avec un Gaudin en bout de course et un Juppé talonné par Feltesse, qui arrive « à point », et que l’UMP ne peut guère espérer reprendre que Metz ou, très éventuellement, Strasbourg, mais rien n’est moins sûr car l’UMP a peu de bons candidats – ce qui fait que des villes comme Caen, Amiens, Montpellier ou Reims, qui devraient être « retournables », ne le seront pas). Les éventuels succès de l’UMP dans des villes moyennes ne se verront pas ou seront masqués par quelques cas problématiques liés à la présence du FN (autour de l’étang de Berre, dans le Vaucluse ou dans le Gard). En outre, malgré les déboires hollandais, l’attachement des Français à la dépense locale (une vraie drogue…) les rend fort réceptifs au socialisme local et n’a pas encore entraîné de révolte fiscale.

– La trosième hypothèque, sur laquelle l’UMP a peu de prise et qu’elle n’a pas résolue à ce jour, c’est l’éventuel retour de Sarkozy.
Soyons clair: la tentative du retour est certaine, je l’ai toujours dit (c’est dans son sang… et puis, l’instinct de revanche…). La réussite du retour est en revanche très peu probable.
D’abord, l’excitation actuelle s’éteindra aussi vite qu’elle est venue: elle est une manifestation supplémentaire des emballements médiatiques de plus plus en nombreux que nous subissons; elle est aussi une conséquence de la vacance actuelle du pouvoir à l’UMP et de la faiblesse du PS, une partie de la gauche recherchant son « meilleur ennemi » pour se remobiliser et se « comparer »…
Dans le même ordre d’idées, Sarkozy continuera de vieillir et le renouvellement à gauche (le gouvernement n’est pas au mieux, mais, au moins, il y a des visages nouveaux -au moins aux yeux des Français, même si Peillon ou Mosco ne sont plus vraiment des perdreaux de l’année) comme à droite (derrière Fillon ou Copé et à côté d’eux, la nouvelle génération va prendre les premiers rôles) va le ringardiser et le faire apparaître comme un has been à la Chirac d’après 2002.
Ensuite, l’une ou l’autre des « affaires » finira bien par produire un résultat rédhibitoire pour Sarkozy.
Sa personnalité n’a pas changé et ne changera pas et ce qui l’a fait rejeter le fera échouer à l’avenir. De manière connexe, l’électorat de droite finira par comprendre (comme c’est un peu le cas avec Copé, semble-t-il) que la gauche n’attend que cela: un retour du « grand méchant loup » qui lui permettrait de se remobiliser et de gagner par défaut. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, les élections ne se gagnent plus forcément en convaincant les indécis, mais encore davantage en mobilisant le plus possible les convaincus de son camp…
Enfin, politiquement, les habitudes des acteurs vont changer une fois que l’UMP aura un nouveau chef (si tant est qu’il assume pleinement son rôle). Les structures et responsables locaux seront renouvelés, les réalignements s’effectueront (voir Baroin ou Estrosi rejoindre Fillon est déjà un premier exemple des recompositions qui peuvent s’opérer).

Cependant, ce retour raté de Sarkozy ne se fera pas tout de suite et, même destiné à échouer, ce retour constituera un élément de perturbation pour la droite et continuera de « plomber » le futur président de l’UMP en laissant planer un doute forcément affaiblissant pour son autorité.
Cette perturbation sera moins forte si Fillon ou Copé gagne largement (à plus de 60%, Sarkozy est fini). Si la victoire est entre 55 et 59%, ce sera insuffisant pour dissiper le doute. Si cela se joue à moins de 55%, alors le président de l’UMP sera réellement affaibli et les divisions internes qui perdureront (guérilla de Copé contre Fillon, en particulier) pourraient avoir raison de l’unité de l’UMP.
Plus précisément, si Copé gagne de manière étriquée, Sarkozy se sentira plus fort pour revenir, mais la concurrence Sarkozy-Copé à venir risquera de déporter l’UMP tellement à droite qu’elle pourrait bien se scinder.
Si Fillon gagne de manière étriquée, Copé servira de sapeur pour Sarkozy, qui se sentira d’autant plus fort qu’il connaît les faiblesses personnelles de Fillon et n’hésitera pas à l’attaquer méchamment, personnellement et directement: ce serait le meilleur cas de figure pour Sarkozy. Ce serait aussi la pire des situations pour l’UMP, qui pourrait alors tellement se déchirer que sa présence au 2nd tour de 2017 serait rien moins qu’assurée.

3. Pour 2017, l’éventail des possibles est forcément limité, quoi qu’en disent les médias en s’ébrouant de plaisir devant les quelques signaux de NKM ou en se repaissant de la candeur des annonces de Bertrand. En réalité, comme aux Etats-Unis, l’emballement, dès le lendemain d’une présidentielle (voire bien avant…), pour de multiples candidats potentiels à l’élection suivante, voire à celle d’après, retombe bien souvent et, finalement, ce sont les poids lourds « évidents » qui l’emportent, même avec difficulté: Kerry ou Romney en sont de bons exemples.

Ainsi, en 2017, cela se jouera entre Fillon, Copé et Sarkozy.
Je viens de dire la conviction que ce dernier n’y parviendrait pas. La pratique américaine est qu’un sortant (président ou vice-président, d’ailleurs) battu ne peut plus retenter sa chance. Certes, on trouvera toujours des exceptions (Nixon). Mais la tendance semble bien lourde d’une « ouverture » au niveau des primaires et d’un retour à l’impératif d’efficacité au niveau de l’élection proprement dite. Ainsi, Romney a plutôt bénéficié de sa campagne des primaires de 2008, plutôt réussie, et de son ralliement « à point » à McCain (suffisamment tard pour montrer sa propre force, suffisamment tôt pour ne pas pénaliser son propre camp, ce qu’avait fait en partie Huckabee); malgré la droitisation du GOP, il a quand même réussi à être le candidate, largement sur la base d’un critère: il serait le plus apte à battre Obama.
Or, quel que soit l’attachement du militant de droite à la culture du chef, la volonté de gagner est la plus forte et c’est ce qui devrait exclure la solution Sarkozy.

C’est aussi la raison pour laquelle Fillon est le mieux placé. Il est le candidat « attrape-tout », celui le plus en mesure de récupérer le centre-droit et le centre sans faire fuir les électeurs du FN.
Le récent sondage CSA pour i-Télé et Atlantico.fr (2-3 octobre 2012 auprès de 1002 personnes dont 860 inscrits) mesurait le potentiel électoral dans une confrontation de second tour avec Hollande. A la question de savoir si les personnes interrogées pourraient voter pour lui, il a été répondu, respectivement « oui, certainement » / « oui, peut-être » / « non, en aucun cas » / « ne sait pas »:
Fillon 37 / 24 / 36 / 3
Sarkozy 39 / 15 / 45 / 1
Copé 22 / 25 / 48 / 5
Ces chiffres confirment ce qui a pu être dit pendant toute la campagne présidentielle: Sarkozy mobilise bien sa base, mais se heurte à un plafond de verre qui lui interdit de franchir facilement les 50%. Fillon n’a pas ce problème, alors que Copé essuie un refus encore plus net que Sarkozy, sans enthousiasmer autant sa base.

Auprès des sympathisants du centre (soit, pour ce sondage, le MoDem, le NC et le parti radical), Fillon est évidemment dominant et Copé s’en sort encore plus mal que Sarkozy:
Fillon 53 / 27 / 19 / 1
Sarkozy 36 / 27 / 36 / 1
Copé 25 / 27 / 43 / 5

Auprès des sympathisants du FN, Sarkozy est logiquement le meilleur, mais Fillon n’est pas en retrait par rapport à Copé:
Fillon 34 / 32 / 33 / 1
Sarkozy 53 / 22 / 25 / 0
Copé 32 / 27 / 35 / 6

Enfin, auprès des sympathisants UMP, Fillon est quasiment au niveau de Sarkozy et Copé est étonnamment fragile, ce qui signifierait probablement, en 2017, au profit d’un Borloo coiffé et sobre ou d’une Le Pen poussée par le buzz médiatique et créerait un risque réel de « 21 avril à l’envers »:
Fillon 78 / 15 / 5 / 2
Sarkozy 82 / 12 / 4 / 2
Copé 49 / 35 / 13 / 3

De même, le sondage OpinionWay pour le Figaro (27 septembre-1er octobre, auprès de 523 sympathisants extraits d’un échantillon total de 2213), sur l’image comparée de Copé et Fillon, place ce dernier en position de force:
certes, la réponse dominante pour toutes les catégories (sauf une, le charisme) est: « les deux »;
certes, Fillon a un retard de -21 sur « dynamique » et de -16 sur « moderne »;
mais il parvient à ne pas céder de terrain sur « proche des adhérents et des militants » (-5), argument majeur de Copé, ni sur la personnalité (« a une force d’entraînement » à -2, « déterminé » à -1), ni sur le renvouellement à l’UMP (« incarne le renouvellement de la droite » à +2, « a des idées nouvelles » à +2, alors que Copé joue au Sarkozy avec du buzz quasiment chaque jour);
il reste surtout fort sur des éléments de personnalité sur lesquels il semblait partir avec un désavantage (« charismatique » à +13, « courageux » à +10, « sait où il va » à +17, mais le caractère vibrionnant de Copé sur le modèle de Sarkozy est sûrement contre-productif);
sur une capacité à mener l’UMP et à être proche de son « coeur » (« a l’autorité d’un chef de parti » à +13, « proche de vos préoccupations » à +19, « incarne bien les valeurs de la droite » à +16, « a un projet pour la droite » à +14, « fidèle aux idées de Sarkozy » à +16, alors qu’il s’agit là de l’autre argument majeur de Copé);
sur une capacité à gagner les élections, y compris locales tant mises en avant par Copé (« capable de mener l’UMP à la victoire aux élections de 2014 » à +20, « incarne l’avenir de la droite » à +15, « capable de rassembler les électeurs de droite » à +20, « ferait un bon chef de l’opposition » à +16).

Alors même que ce sondage n’aborde pas l’expérience, les qualités d’homme d’Etat ou la capacité à gagner en 2017, qu’il est donc « en ligne » avec les souhaits de Copé (et du Figaro ?), Copé est ainsi distancé là même où il devrait au moins faire jeu égal et dans une mesure « qualitative », sûrement bien plus révélatrice que les sondages bruts sur le candidat préféré.

Si ces résultats sont positifs pour Fillon à court terme, ils le sont surtout à moyen terme, car ils pourraient signifier que sa présidence de l’UMP ne serait pas trop remise en cause en 2015 (le président de l’UMP est élu pour 3 ans).
D’abord, le fait de diriger permet de renouveler les structures et les apparatchiki et de s’assurer de nouvelles fidélités.
Ensuite, si les municipales de 2014 ne seront pas forcément extraordinaires pour l’UMP, les européennes de 2014 devraient être catastrophiques pour le PS (les Verts et le FG reviendront sur le devant de la scène) et les régionales et départementales seront raisonnablement bonnes pour l’UMP, tant elle part de bas en nombre de conseils régionaux et généraux (les régionales seront d’ailleurs plus médiatisées que les départementales et c’est précisément dans les régions que l’UMP a davantage de chances de gains).
Enfin, il est peu probable que Copé puisse refaire son retard si Fillon s’il perd en 2012. Bien entendu, il mènera une guérilla implacable et fera tout pour affaiblir Fillon; il facilitera la tâche de Sarkozy; mais il ne pourra le faire qu’en restant sur le créneau droitier et, sauf à ce que le FN crée un séisme aux européennes ou aux régionales, il est peu probable que le paysage général soit profondément modifié: l’UMP n’aura pas forcément progressé mais elle n’aura pas régressé et, surtout, le PS se sera effondré ce qui, par simple différence, fera apparaître Fillon comme un bon chef de l’opposition.

Peut-être tombé-je dans un optimisme excessif (maintenant que je suis sûr de pouvoir voter le 18 novembre… :P) mais, si Fillon dépasse les 55% (60% seraient mieux, mais il ne faut pas être trop exigeant), il devrait logiquement être le candidat pour 2017.

4. Quid, donc, de 2022 ?

Bien sûr, si Fillon est élu en 2017 (je continue d’en douter…), il sera le candidat sortant en 2022 et se représentera, selon la logique américaine.

Si Hollande est réélu en 2017 (rien n’est exclu: une forte Le Pen, un retour d’une croissance correcte, des mesures électoralistes, une division de l’UMP,…), Fillon sera bien entendu la victime expiatoire de la défaite. Les possibilités ne sont alors pas si nombreuses que cela.

D’abord les hypothèses fantaisistes:
Sarkozy pourra-t-il revenir en 2022 ?…. Il n’aura que 67 ans…. Et si la métaphore américaine doit être filée jusqu’au bout, la victoire de Nixon en 1968 revient de très loin…. C’est quand même peu probable car les prétendants seront nombreux et, surtout, l’échec de son retour en 2016 devrait avoir mis un terme définitif à sa carrière.
Christine Lagarde a un an de moins que Sarkozy…. Je l’évoque simplement parce qu’elle est maintenue dans les différents baromètres de popularité, mais il est évident que cette argentière plus anglo-saxonne que franchouillarde n’a strictement aucune chance dans notre pays.

Ensuite, les hypothèses qu’aiment évoquer les médias dès qu’une tête dépasse les autres de quelques centimètres pendant quelques minutes; par ordre de probabilité croissante
Chatel est par trop libéral et a également une image de privilégié (au mieux, il peut viser Bercy);
Baroin est clairement trop dilettante et « fils à papa » et, à force d’être le jeune premier, sera bien défraîchi;
Bertrand a été un bon ministre technique, mais sa popularité est faible et il a largement échoué à la tête de l’UMP: trop rigide, peu charismatique, ne pouvant s’empêcher de dégager une image d’hypocrisie et d’absence de sincérité; en outre, il est élu d’une circonscription très difficile;
Pécresse a acquis une image de « bourgeoise » et de privilégiée qui la disqualifie probablement de manière définitive pour une présidentielle; elle fait partie de ces responsables politiques (comme Baroin, mais peut-être même pas comme Bertrand) qui ne peuvent espérer, au mieux, qu’être Premier ministre (un peu à la Bianco, en son temps);
NKM est à mon sens trop « décalée », sur le plan personnel, et une forme de sincérité et une réelle intelligence ne pourront compenser le fait qu’elle serait également considérée comme une privilégiée et une « fille à papa »; sa circonscription est, en outre, délicate; elle peut largement envisager Matignon, mais plafonnerait pour une présidentielle, même si, comme Pécresse, elle a l’avantage d’être, tout simplement, une femme;
– un peu en retrait mais très proche de la catégorie suivante, Le Maire est probablement trop technocratique et sérieux pour espérer même concourir à la magistrature suprême; sa campagne interne à l’UMP fut claire et cohérente et il a déjà des relais; son bon potentiel (une certaine clarté et fermeté personnelles; une réelle compétence; un positionnement central à droite, comme Fillon) ne sera toutefois probablement pas suffisant pour effacer l’image d’énarque; Le Maire est évidemment un candidat naturel pour Matignon, mais, au-delà, il pourrait ne pas faire mieux qu’un Moscovici.

Reste les vrais postulants à la candidature pour 2022:
Copé, bien sûr, qui est né pour la présidentielle, ne pense et n’agit que pour cela, ce qui est bien la caractéristique commune à tous les Présidents récents de la Ve République (VGE, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, mais aussi Hollande, quoi qu’il veuille laisser paraître); de toute façon, il essaiera jusqu’au bout et il est bien possible qu’après avoir aidé à torpiller Fillon en 2017, il s’apprête à récupérer la mise en 2022…
– à moins qu’entretemps, Wauquiez n’ait réussi à s’imposer: il est clairement d’un matériau présidentiable, est déjà focalisé sur cet objectif et a su se positionner à la fois à droite (les assistés) et chez les modérés (héritage de Barrot, « droite sociale », classes moyennes), tout en « sentant » les évolutions socio-politiques modernes (les « sujets de la vie quotidienne » de ceux qui votent); il a un très bon ancrage local, alors même que sa circonscription n’est plus aussi acqusie à la droite.

D’aucuns pourraient nous enjoindre d’être plus volontaristes et de regarder vers les plus jeunes. Mais la France n’en est pas encore au stade du Royaume-Uni ou des Pays-Bas et l’exemple américain n’incite pas à penser qu’une carrière météorique soit possible dans un régime présidentialisé. Obama n’est pas un contre-exemple: il a eu du mal à s’imposer face à Hillary Clinton (il a eu moins de voix qu’elle… ne l’oublions pas) et il n’a pas gagné pour sa jeunesse mais pour sa couleur de peau (y compris dans la nuance pas trop foncée, quand même…) et grâce à une stratégie et une organisation exemplaires.
Il faudrait alors surveiller un Guillaume Peltier, infatigable et ambitieux, mais très à droite, ou un Christophe Béchu, auréolé de succès électoraux locaux, mais trop locaux justement. Toutefois, le creuset local, bien que riche en espoirs (Edouard Philippe, Valérie Boyer, Philippe Dallier déjà « amorti »,…), ne laisse pas apparaître beaucoup de futurs « présidentiables ». Mais, après tout, Wauquiez aura, en 2022, à peine plus que l’âge de Valls aujourd’hui…

5. En attendant 2022, cette élection à la présidence de l’UMP semble un peu moins incertaine (le ralliement de Baroin semble avoir porté un coup psychologique à Copé, qui a de plus en plus de mal à sourire), mais n’oublions pas le débat du 25 octobre, ni l’ampleur de l’écart entre les deux hommes. Bref, il reste matière à suspense et, même si la campagne connaît peu de rebondissements, on pourra se consoler avec une présidentielle américaine présentant, enfin, un peu d’intérêt (même si le rebond national de Romney ne devrait pas durer et, surtout, ne devrait pas se traduire suffisamment Etat par Etat pour qu’il espère raisonnablement l’emporter).

Bientôt, quelques spéculations sur le PS en 2017 et en 2022…

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Indicateur du 19 mars 2012: comment la primaire du PS peut éclairer (ou non) la prochaine élection !

1. L’indicateur de cette semaine enregistre les tendances des derniers jours, de manière d’autant plus nette que la pondération des sondages dans le temps s’accélère un peu aujourd’hui: désormais, seuls les sondages des 3 dernières semaines sont pris en compte (voir la page « mode de calcul ») et leur « valeur » décroît plus vite dans le temps.

Une fois de plus, je me félicite 😉 de ce calendrier, car nous entrons dans la phase de campagne officielle et nous sommes à à peine plus d’un mois de l’élection, ce qui implique effectivement d’être plus « réactif ». Toutefois, grâce à une recrudescence de sondages, nous sommes toujours avec un panel total d’environ 12 000 personnes, ce qui est significatif, et nous conservons toujours au moins un sondage de chaque institut, puisque les moins « chanceux » (commercialement…) d’entre eux ont quand même réussi à dépasser le niveau d’une enquête par mois… Mais certains instituts (ou plutôt leurs commanditaires) ont un peu renforcé la voilure et LH2 ou IPSOS, par exemple, sont à un sondage par quinzaine (c’est plus erratique pour OpinionWay). TNS-Sofres, BVA et surtout Harris semblent un peu inactifs encore, mais cela devrait changer.

Les tendances ne sont donc pas surprenantes, au premier tour:
– montée de Mélenchon,
– effritement accru de Hollande
– faux-plat de Bayrou,
– reprise modérée de Sarkozy,
– érosion de Le Pen,
– quasi-disparition des petits candidats,

comme au second tour:
– tassement de Hollande,
– retard toujours important de Sarkozy.

Les transferts Le Pen->Sarkozy, Hollande/Joly->Mélenchon, Villepin/Lepage->Bayrou sont confirmés.

Par rapport à ma série d’articles de la semaine passée, rien de bien neuf donc.

2. Reste à savoir où s’arrêtera la décrue de Hollande. Un ressort s’est clairement brisé, mais son sens tactique est sûrement intact et la volonté de revanche à gauche, l’anti-sarkozysme et la… longue attente des hiérarques socialistes et de gauche en général joueront pour remobiliser son électorat, au moins en partie, ce qui stabilisera Mélenchon et n’entraînera pas, finalement, de glissement vers Bayrou.

Il doit toutefois prendre garde à la tactique de l’underdog adoptée par Sarkozy: se positionner comme le challenger contre l’ordre établi fonctionne toujours aussi bien. Souvenons-nous de la « rupture » du ministre de l’Intérieur de Chirac (un candidat du nom de Sarkozy) en 2007. Souvenons-nous des pommes du président du RPR en 1995 contre son ex-conseiller spécial.

Souvenons-nous surtout de la campagne de la première secrétaire du PS Aubry, lors de la primaire du PS de 2011, contre le « favori », l' »homme installé », bref le « candidat du système« . « Ne vous laissez pas voler la victoire par les sondages et les médias »: tous les candidats aux primaires américaines ont, à un moment ou à un autre, prononcé une phrase équivalente.

Les enseignements de la primaire du PS peuvent en effet être éclairants, jusqu’à un certain point.

Cette primaire, qui voyait Hollande dominer assez fermement à compter de la fin août (La Rochelle), lui avait quand même apporté quelques sueurs froides quand, à l’approche du premier tour et surtout dans l’entre-deux-tours, Holande avait été poussé « dans les cordes » et, à force de rester vague et pâle, se retrouvait à répéter, à tourner à vide et en rond, à ne pouvoir répliquer et à être réellement menacé.

Sarkozy dans le rôle d’Aubry ?
Se présenter, alors que l’on est en fonction, comme le candidat anti-système ne manque pas d’audace et peut rapporter gros, on vient de le voir pour Martine Aubry et cela se dessine quelque peu pour Nicolas Sarkozy. Aubry avait su utiliser l’appareil et le programme officiel du PS pour coincer Hollande, comme Sarkozy sait et saura utiliser la crise et l’Europe ou reprendre la casquette présidentielle en cas de coup dur (fait divers médiatisé comme aujourd’hui, guerre Israël-Iran, nouvelle crise financière dans le sud de l’Europe, catastrophe naturelle, etc.). Elle avait harcelé et mordillé les mollets de Hollande en permanence dans les débats (jusqu’à l’agacement du téléspectateur, mais avec une certaine réussite médiatique), ce qui Sarkozy fait à longueur de terrain et de meetings.

Mélenchon dans le rôle de Montebourg ?
Lors de la primaire du PS, l' »insurrection montebourgeoise » avait finalement abouti à un ralliement prudent mais clair de Montebourg à Hollande, dans les formes et de manière… « bourgeoise ». Montebourg avait frisé le ridicule en tentant de faire monter les enchères et en surjouant sa situation; Mélenchon sera peut-être davantage dans la tactique et la combinazzione et moins dans le panache.

Mais Mélenchon se montebourgeoisera-t-il, au sens électoral du terme ? Je le pense, quoi que beaucoup disent ou écrivent en ce moment. Il n’a jamais créé l’irréparable avec Hollande et il a toujours ménagé l’avenir. N’oublions pas non plus qu’il a été ministre, sénateur, apparatchik, « poisson-pilote » de l’Elysée en matière d’anti-racisme, d’action lycéenne, d’agitation laïcarde et enseignante: Mélenchon n’est pas Laguiller. Je ne pense donc pas qu’il y ait là un vrai danger pour Hollande.

Bayrou dans le rôle de Valls ?
Hollande avait fini par concéder quelques mesures dépensières et plus à gauche (qu’il traîne d’ailleurs encore aujourd’hui) pour amadouer les électeurs de Montebourg. Mais cela ne l’avait pas empêché de rallier Valls et ses électeurs. Dans le cas de Bayrou, il s’agit plutôt de ses électeurs que de lui-même, bien entendu, car lui ne peut plus se rallier à personne sauf à décréter publiquement la fin de sa carrière politique (et Hollande n’a pas besoin de l’homme Bayrou pour gagner; il serait surtout un poids supplémentaire dans un gouvernement ô combien difficile à équilibrer et à constituer).

Joly dans le rôle de Royal ?
Avec un score très décevant, elle avait été contrainte de se rallier sans exigences à Hollande, mais l’avait fait vite pour en retirer un certain profit. Nul doute que Duflot poussera en ce sens, afin de préserver l’accord EELV-PS, par lequel ils devraient avoir une place indue à l’Assemblée. Il n’est que de voir les sévères attaques actuelles du duo Duflot-Placé contre Mélenchon pour comprendre leurs craintes et leurs orientations…

Le Pen dans le rôle de Guérini ?
Oui, je n’ai pas trouvé mieux… 😀 Mais c’est bien l’acteur extérieur au duel que François Hollande agitera en sous-main pour faire perdre son adversaire… Le parallèle n’est pas si décoiffant 😉 D’ailleurs, si Sarkozy a exploité la polémique du halal, la condamnation de ses déclarations ne manque pas de sel, lorsque l’on se souvient que c’est le maire PS de Roubaix qui, en 2010, voulait porter plainte contre Quick qui ne proposait plus, chez lui, que du halal, déclenchant la première grande polémique du genre… Comme quoi, la vieille technique mitterrandienne de la diabolisation des thèmes et des électeurs du FN pour handicaper fatalement la droite (victoire étriquée en 1986, victoire ample au centre en 1988, victoire par triangulaires en 1997, division de la droite et du centre-droit après les régionales de 1998,…) continue d’être bien utile !

3. Mais le précédent (ou le parallèle s’arrête là). Le second tour de 2012 sera davantage droite/gauche, même si Sarkozy fera tout pour en faire un second tour « peuple »/ »système ». C’est une élection nationale, avec de multiples composantes dans l’opinion.

A moins qu’il ne se poursuive en fait jusqu’au bout: lors du second tour de la primaire du PS, le vote utile et la volonté de battre Sarkozy ont constitué des socles solides pour le candidat Hollande.

La véritable clef, le véritable élément d’incertitude, pourrait finalement être la participation. Elle avait été supérieure au second tour de la primaire et avait quasi-exclusivement profité à Hollande. C’était la manifestation la plus nette du vote utile.

En 2012, pour l’élection présidentielle, la participation pourrait être décevante pour Hollande au premier tour et au moins aussi favorable à Sarkozy qu’à Hollande au second tour, avec l’effacement de l’efficacité du « sortez le sortant » et avec une certaine jospinisation rampante de Hollande (sur laquelle Mélenchon tente habilement de capitaliser). Le dernier espoir de suspense réside probablement là.

A court terme, j’ai bien peur que le fait divers dramatique de ces derniers jours n’aseptise tout et ne « gèle » encore davantage les rapports de force… Soupir…

Indicateur du 2 janvier 2012: une France « américaine » ?

1. La semaine coincée entre Noël et le jour de l’an n’a produit, comme prévu, aucun nouveau sondage. Mais, rassurons-nous, jusqu’au premier tour, ce « déficit » ne se reproduira plus. Le décor est donc en place pour l’affrontement, malgré les incertitudes pesant encore sur la capacité des petits candidats à obtenir les 500 signatures: cela semble plus difficile que prévu même pour le candidat du NPA et, plus étonnant encore étant donné la grogne actuelle des maires ruraux, celui de CPNT; cela paraît compromis pour Christine Boutin et moins positif qu’affiché pour Villepin, Chevènement et Arthaud; la quête de Corinne Lepage ne paraît pas entièrement sincère (cherche-t-elle surtout à garnir son portefeuille d’avocate ou à promouvoir ses livres, comme Sarah Palin aux Etats-Unis, entretenant faussement le suspense afin de conserver sa notoriété ?); Jacques Cheminade et Jean-Marc Governatori ne paraissent pas en mesure de créer la surprise; seul Nicolas Dupont-Aignan semble mieux placé qu’en 2007.

Sur sa lancée des semaines précédentes, François Bayrou est le seul gagnant de cette dernière semaine de 2011.

 (cliquez sur le graphique pour plus de visibilité)

Au second tour, le resserrement se poursuit très, très lentement. François Hollande conserve une avance confortable.

(cliquez sur le graphique pour plus de visibilité)

2. La scène étant prête et le « show » des primaires américaines débutant aujourd’hui, c’est le moment de s’interroger sur l' »américanisation » de la politique française, en tous les cas de sa compétition présidentielle.

Plusieurs éléments structurels ont poussé à une certaine « américanisation » du système politique et électoral français :

– la Constitution de 1958 est présidentialiste, dans la mesure où majorités présidentielle et parlementaire sont en phase, notamment depuis la réforme de 1962 établissant l’élection au suffrage universel direct, consacrant la « rencontre d’un homme et d’un pays, d’un peuple »,

– le passage du septennat au quinquennat lors de la réforme constitutionnelle de 2000 et, de fait, la subordination des élections législatives à l’élection présidentielle a renforcé cette présidentialisation du régime,

– la personnalisation du monde politique, sous la pression médiatique, et, désormais, la frontière beaucoup plus poreuse entre vie privée et vie publique participent également de cette évolution ; si beaucoup nous avaient déjà habitués à montrer une partie de leur vie privée (Ségolène Royal filmée le lendemain d’un accouchement alors qu’elle était ministre, c’était il y a déjà près de 20 ans), si les couples politico-journalistiques (Kouchner-Ockrent, Strauss-Kahn-Sinclair, Baroin-Drucker, Montebourg-Pulvar, Borloo-Schönberg, Hollande-Trierweiler) sont nombreux, si la participation massive des politiques à ces talk-shows qui sont devenus l’école des Français et le symbole du fonctionnement actuel de l’esprit public (le mélange des genres, le nivellement et l’absence de hiérarchisation et de priorisation, le sarcasme, la « polémique », le zapping, l’appel aux réflexes, aux poncifs et aux clichés, l’absence de légitimité ou d’autorité avec la possibilité pour tous de parler de tout, l’imposition d’une vulgate libertaire et de « tolérance »), le feuilleton DSK a fait basculer la France dans un autre paradigme ; quelles que soient les rodomontades et les grandes leçons de morale, quels que soient le dégoût ou le trop-plein supposés des téléspectateurs, DSK a connu un record d’audience et l’aspect « téléréalité » a plu à une bonne partie de la population ou a au moins fasciné,

– de fait, les médias ont besoin d' »histoires » à raconter, comme celles des people, comme celles de la rubrique cinéma, comme celles des mercatos sportifs, des valses d’entraîneurs et des déroulements de tournois à suspense, comme celles des faits divers, comme celles des renversements de régimes dans le Tiers-Monde (prière toutefois de faire vite pour pouvoir passer à l’histoire suivante…), et les « histoires » ont besoin de personnages et de scénarios,

– la démocratie d’opinion, notamment au travers des sondages, imposant une vision de court terme, poussant à la démagogie et à la flatterie des humeurs passagères d’une opinion publique multiforme et largement définie par les médias et transformant le champ politique en flux permanent d’affrontements, de polémiques, de déclarations,

– le consumérisme touche la politique comme les autres domaines de la vie des Français: la perte de repères idéologiques et de valeurs et l’affaissement des structures intermédiaires et des partis politiques eux-mêmes (avec l’émergence d’organisations plus souples, voire floues, comme le MoDem ou EE-LV, plsu proches des partis républicain et démocrate américains) conduisent à une consommation politique faite de revirements, de participation aléatoire, d’indécision et de volatilité croissante jusqu’au jour de l’élection; ce consumérisme trouve mieux à s’appliquer dans un système personnifié à l’extrême.

3. Aujourd’hui, le déroulement même de l’élection prend des tours surprenamment « américains »:

les politiques testent d’abord l’idée de leur candidature, avant de se lancer réellement dans la candidature, un peu à la façon des exploratory committees montés par les candidats putatifs aux primaires démocrate et républicaine : Jean-Louis Borloo n’a pas procédé autrement,

– l’organisation de primaires en bonne et due forme (EE-LV, FN, PS, PCF-FG), y compris avec des débats télévisés, et un processus qui sera parachevé en 2017 avec la conversion de la droite à l’exercice, voire du centre et du centre-droit s’ils parviennent à se rassembler, est évidemment l’élément le plus emblématique,

– au cours même de ces primaires, la logique d’affrontement forcé mais qui doit rester contenu afin de ne pas trop « abîmer » le candidat et fournir l’adversaire en munitions a créé un dilemme pour le PS absolument identique à celui vécu en ce moment même par les Républicains aux Etats-Unis; d’un autre côté, l’aspect « tour de chauffe » pour les Valls et Montebourg, qui ont gagné en notoriété par rapport aux Moscovici, Hamon, Peillon, est également le fruit de primaires américanisées,

– même si la vice-présidence n’existe pas en France, il est clair que l’attitude de Montebourg dans l’entre-deux-tours, cherchant à faire monter les enchères, rappelle le comportement de candidats aux primaires américaines se maintenant pour tenter de décrocher une place de candidate vice-président sur le « ticket » présidentiel, avec des logiques de complémentarité politique (de ce point de vue, Montebourg, aujourd’hui, « couvre » utilement la gauche de Hollande) voire géographique,

– la nécessité d’éviter des dissidences (pas sirares que cela aux Etats-Unis parès des primaires difficiles, au cours desquelles un candidat n’a pas « trouvé sa place ») se retrouve dans l’attitude extrêmement rigide de Sarkozy à l’égard des Borloo, Morin, Villepin, Boutin; cela s’explique d’ailleurs par l’absence de primaire à droite, qui aurait pu rassembler au moins une partie de ces candidatures qui veulent à tout prix s’exprimer mais tentent de le faire lors de l’élection proprement dite,

– les notions de « dynamique » (momentum),
d' »écart » (spread, gap, margin) entre candidats devenu plus important que les chiffres bruts eux-mêmes,
de différence à un chiffre ou deux chiffres (cf. la problématique de l’écart entre Aubry et Hollande au premier tour: one-digit lead or double-digit lead?),
de chiffres franchissant une dizaine supplémentaire (et créant ainsi un effet psychologique à l’égal de l’affichage des prix dans les grandes surfaces),
d’anticipations de résultats confirmées ou non, plus importantes que les chiffres bruts des résultats eux-mêmes (Montebour déclaré vainqueur du premier tour avec seulement 17%),
d’électeurs extérieurs plus indépendants venant troubler le jeu et les pronostics d’une primaire ouverte,
sont tout à fait similaire à ce que vivent les Etats-Unis depuis bien longtemps,

– les notions de plus en plus prévalentes de « caractère » et de « personnalité« ,
l’importance du « story-telling« , des « comebacks » (comme celui de l’apparatchik inconsistant Hollande),
les accusations de changements de positions (flip-flopping),
viennent directement d’outre-Atlantique,

– la construction de campagnes électorales au travers d’une succession d’événements artificiels créés par les états-majors,
la segmentation des problématiques, des discours et des propositions en fonction de publics visés (l’Outre-Mer, les agriculteurs, la défense, l’immigration, l’éducation, la santé,…),
les passages obligés, les formes de communication et d’action et la ritualisation des « moments » de la campagne (une « lettre », un livre, des « twits »; des meetings, des marchés, des salons, une plongée dans la nature, des usines, des fermes, des émissions face aux Français, des grandes conférences de presse sérieuses, des visites à l’étranger; des moments d’émotion, des moments de « vérité » personnelle et familiale, des moments faussement décontractés ou casual, des occasions de belles photos ou photo opportunities),
découlent d’une approche marketing que Nicolas Sarkozy fut le premier à réellement appliquer à grande échelle et de manière très professionnelle et réussie en 2007, fascinant même des journalistes a priori hostiles; de ce point de vue, Hollande peut s’inquiéter: il est quasiment critiqué par des médias plutôt favorables, parce qu’il ne les a pas « nourris » pendant deux mois et que son « plan com et RP » ne paraissait pas ficelé…. montrant ainsi la nouvelle exigence des médias de campagnes formatées, même si elles doivent quand même « surprendre »; l’engouement, depuis hier, pour les moindres faits et gestes de Hollande (pourtant contradictoires en termes de signaux envoyés sur les dates et le contenu, annoncés ou non, prévus ou non, fixées ou non, on ne sait plus et son équipe ne sait plus elle-même…), illustre l’attente incroyable du monde médiatique.

4. Bien sûr, le processus est loin d’être abouti et, quoi qu’il en soit, le système institutionnel français n’est pas le système américain :
– le Parlement reste peu puissant face au Président, alors même qu’il dispose désormais de beaucoup de pouvoirs, le problème résidant davantage dans la volonté de les exercer que dans la nécessité de réformer encore la Constitution,
– une cohabitation reste possible ; si le PS avait continué dans sa tradition de divisions exacerbées et d’échecs cinglants à la présidentielle, la réélection par défaut de Nicolas Sarkozy en 2012 ne lui garantirait nullement une majorité législative,
– la France n’est désormais qu’un petit pays, ayant perdu une partie de sa souveraineté, ce qui réduit l’importance de sa présidence.

Mais il est probable que l' »américanisation » va se poursuivre, ce qui n’est pas pour rassurer.

Les attaques personnelles, la question de la vie privée, les publicités « comparatives » et « négatives » vont se multiplier, nourries notamment par les « affaires », vraies ou fausses d’ailleurs (malheureusement, cela importe peu dans le flot médiatique quotidien…), ainsi que la manipulation de la sphère politique par tous les intérêts corporatistes et personnels possibles.

La radicalisation des tendances, contraints de mobiliser d’abord leurs militants et leur électorat, et les plus « convaincus » en premier lieu, est une autre conséquence à redouter de cette évolution.

5. Pour terminer sur une note plus légère, la création même de cet indicateur agrégé des sondages n’est-elle pas une micro-conséquence de plus… mais ô combien divertissante !

Reste enfin à savoir si Nicolas Sarkozy s’appliquera une pratique bien américaine qui veut qu’un président sortant battu se retire de la vie politique… rien n’est moins sûr et ce sera l’objet d’un autre article sur l’avenir de la droite française.

Dernier sondage pour la primaire PS: Hollande résiste toujours, mon pronostic prudent est à 51,5-48,5

 

Harris Interactive
LCP
12-13 octobre 2011
échantillon total: 1519
sous-échantillon électeurs de gauche: inconnu

– Potentiel de participation (différence par rapport à la dernière enquête Harris des 9 et 10 octobre):
certainement 15 (=)
probablement 12 (+1)
probablement pas 14 (-1)
certainement pas 59 (=)

« certainement » parmi l’ensemble des électeurs de gauche: 36 (-1)
parmi les électeurs socialistes 44 (-3)
parmi les électeurs Verts 23 (+2)
parmi les électeurs du Front de Gauche 29 (+4)
parmi les électeurs d’extrême-gauche 18 (+5)
parmi les électeurs du MoDem 9 (+1)

– Préférence pour la désignation de:

parmi l’ensemble des électeurs de gauche:
Hollande 47 / 53 parmi ceux exprimant une opinion (=)
Aubry 41 / 47 parmi ceux exprimant une opinion (=)
aucun 12 / 0 (=)

parmi l’ensemble des électeurs socialistes:
Hollande 54 (-2) / 58 (-1) parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 40 (=) / 43 (+1) parmi ceux exprimant une opinion
aucun 6 (+2) / 0

parmi les électeurs de gauche ayant voté le 9 octobre:
Hollande 47 (=) / 51 (-0,5) parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 45 (+1) / 49 (+0,5) parmi ceux exprimant une opinion
aucun 8 (-1) / 0

1. La participation potentielle semble plafonner en cette fin de semaine, avec cependant un léger surcroît de mobilisation dans des catégories a priori favorables à Martine Aubry, les écologistes, la « gauche de la gauche » et l’extrême-gauche.

Néanmoins, la participation est plus élevée chez les hommes que chez les femmes, d’autant plus élevée que l’âge est plus élevé (excepté pour les plus jeunes de 18-24 ans), c’est-à-dire qu’elle reste globalement positive pour François Hollande.

Parmi ceux n’ayant pas voté au premier tour, François Hollande reçoit 47% de préférences, contre 36% à Martine Aubry et 17% ne se prononçant pas. Toutefois, les chiffres ne sont pas limités à ceux qui ont l’intention de voter au second tour.

Parmi ceux ayant voté au premier tour (et donc susceptibles de revenir au premier chef), les chiffres sont de 47%, 45% et 8% respectivement, soit de 51% et 49% sur une base de 100.

2. Les scores bruts montrent toujours un écart faible, mais qui n’évolue plus, sauf parmi les électeurs socialistes, traditionnellement favorables à François Hollande et qui le restent.

bien un resserrement de l’écart par rapport à l’avant-premier tour. Mais François Hollande reste majoritaire, que ce soit parmi l’ensemble des électeurs de gauche ou parmi le panel plus réduit de ceux qui ont voté au premier tour, à 51,5%, c’est-à-dire exactement dans la fourchette que j’évoquais dans mon article sur les reports de voix, dans une première tentative de pronostic.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

3. Les chiffres détaillés montrent une grande cohérence par rapport aux enquêtes d’avant le premier tour et aux autres enquêtes de l’entre-deux-tours:

– François Hollande est plus fort chez les hommes, les personnes âgées de plus de 50 ans (avec un succès croissant avec l’âge), les provinciaux, les retraités et inactifs.

– Martine Aubry est plus forte chez les femmes, les personnes de moins de 50 ans, les Franciliens.

La polarisation hommes-femmes est désormais assez remarquable: 56-33 chez les hommes, 35-52 chez les femmes, ce qui se voit désormais assez rarement dans les enquêtes d’opinion de nature politique.

Martine Aubry reste majoritaire parmi les électeurs du Front de Gauche et des Verts, sans être toutefois écrasante et avec un gros cinquième qui, à chaque fois, ne prend pas parti.

4. Le débat ne semble pas avoir d’effet majeur. Si, dans l’ensemble de l’échantillon,y compris ceux qui n’ont pas regardé le débat, François Hollande est légèrement plus convaincant, l’égalité est parfaite chez ceux ayant regardé le débat (65% ont trouvé Hollande convaincant et 64 % Aubry) ou chez les électeurs de gauche (70% et  71% respectivement).

Il est intéressant de noter une forte polarisation chez Martine Aubry, avec des scores supérieurs tant pour ceux l’ayant trouvée « très » convaincante que pour ceux l’ayant trouvée « pas du tout » convaincante. Son attitude clivante a donc été bien perçue comme telle, mais sans effet global véritablement notable.

Sa stratégie d’escalade de Martine Aubry (quelle que soit l’ironie d’entendre la fille de Jacques Delors, ayant soutenu le « oui » au référendum de 2005, énarque, ancienne ministre, première secrétaire du PS en congé, ancienne DRH de Péchiney, amie d’Alain Minc prendre ainsi des accents poujadistes) peut se justifier pour récupérer leur électorat. Cette stratégie est risquée, car, si elle est désignée, elle aura singulièrement rétréci sa base pour l’élection présidentielle proprement dite et créé des frustrations, qui avaient largement handicapé Ségolène Royal en 2007, pourtant victorieuse avec une marge écrasante ; si elle n’est pas désignée, elle risque bien de perdre la tête du PS, lâchée par une partie de ses soutiens actuels, ex-strauss-kahniens ralliés par opportunisme, delanoïstes et fabiusiens, dont beaucoup sont restés en retrait de ces attaques.

En réalité, le choix d’Arnaud Montebourg, même très prudent et même minimisé par un certain nombre de médias de gauche (Libération, Rue89, Mediapart, i-Télé), vient, pour François Hollande, opportunément contre-balancer l’offensive de Martine Aubry. Elle n’a finalement reçu le soutien d’aucun autre candidat, ce qui rappelle étrangement la situation d’Hillary Clinton lors des primaires démocrates de 2008, qui n’avait enregistré aucun désistement en sa faveur, pas même celui de Bill Richardson, et qui avait poursuivi son offensive très dure jusqu’au bout. Pour filer la comparaison, le résultat du premier tour, qui avait inversé la dynamique dimanche dernier ne serait peut-être comparable qu’à son succès à l’arraché dans le New Hampshire, après son lourd échec de l’Iowa, c’est-à-dire suffisant pour la remettre dans la course, mais insuffisant pour la victoire finale.

Le vote « personnel » d’Arnaud Montebourg ne constituera d’ailleurs probablement pas une aide directe à François Hollande, tant les électeurs ont probablement déjà leur choix en tête, pour la majeure partie d’entre eux (que ce soit pour des raisons sociologiques, idéologiques ou tactiques). En revanche, il permet à François Hollande de solidifier la thématique du rassemblement, qui n’est désormais plus un simple mot, et de ré-égaliser le terrain médiatique. Celui-ci, sans lui être fortement défavorable, autorisait quand même le déploiement des attaques personnelles et vives de Martine Aubry, sous l’apparente neutralité de titres et d’articles faisant état de tensions des deux côtés.

Le choix d’Arnaud Montebourg, qui sera certainement perçu comme un « traître » par certains de ses électeurs, pourrait même avoir un effet inverse, de manière très marginale, certains électeurs préférant soutenir celle qui, seule contre tous désormais, semble incarner le rejet du « système ».

Arnaud Montebourg, même en s’affichant avec François Hollande (je serais curieux de connaître la marque de la bière blonde bue à Ris-Orangis !), a quand même déclaré qu’il aurait voté pour Martine Aubry si elle était arrivée en tête. Cela revient quasiment à ne rien dire… même si je reconnais écrire ceci pour tenter d’avoir raison par rapport à ce que je pensais initialement sur une absence de prise de position. Il a finalement quand même fait l’effort d’un choix responsable pour le PS, probablement sous la pression des critiques sur la croissance récente de son ego.

Quoi qu’il en soit, au pire pour François Hollande, la situation se stabilise et il enraye la dynamique Aubry à temps avant le second tour, qui devrait rester serré.

Pour se résumer, les sondages d’entre-deux-tours ont été menés par seulement deux instituts, celui qui a réalisé la meilleure performance au premier tour (Harris Interactive) et a, par deux fois, publié un résultat de 53-47 en faveur de François Hollande et celui qui a réalisé la plus mauvaise performance (OpinionWay) et a publié, par deux fois, un résultat de 52-47.

 5. Cela m’amène à formuler un pronostic personnel, comme au premier tour !

Considérant
– la déperdition de 20% des électeurs d’Arnaud Montebourg, en réalité issues du vivier mélenchoniste et ne souhaitant pas trancher entre les « deux faces d’une même médaille »,
– la déperdition de 30% des électeurs de Ségolène Royal, soit issues de la « gauche de la gauche », soit trop déçues de la défaite de leur idole pour aller voter,
– l’apport probable d’une participation supplémentaire de 7%,

Considérant
– la ventilation 1/3 – 2/3 des voix restantes d’Arnaud Montebourg (13,75%), certes peu favorable à François Hollande, mais restant honorable et tenant compte du fait que la gauche du PS comme les « bobos », nombreux au sein de cet électorat, sont peu susceptibles de rallier Hollande,
– la ventilation 1/3 – 2/3 des voix restantes de Ségolène Royal (4,86%), conforme aux enquêtes d’opinion et à la répartition des « thèmes » de cette dernière,
– la ventilation 2/3 – 1/3 des voix de Manuel Valls (5,63%), qui peut paraître très favorable à Martine Aubry mais rejoint les enquêtes d’opinion et traduit la fraction « volontariste » de cet électorat qui n’apprécie pas forcément François Hollande,
– la ventilation 2/3 – 1/3 des voix de Jean-Michel Baylet (0,64%), en fonction de l’importance relative que ces électeurs peuvent donner aux thèmes de la laïcité, de l’Europe, de la rigueur budgétaire ou des valeurs « libertariennes » du PRG,
– la ventilation 2/5 – 3/5 des « nouveaux » électeurs (7,00%), constitués de la gauche de la gauche, d’écologistes, mais aussi de socialistes plus modérés, démobilisés au premier tour et remobilisés par la menace de la dynamique Aubry,

Considérant le report a priori total des potentiels de voix Hollande (39,17%) et Aubry (30,42%) du premier tour,

j’aboutis à un résultat de 52,32 points contre 49,12 points ou, en rebasant sur 100, de 51,58% pour François Hollande et de 48,42% pour Martine Aubry, qui me conduit à un pronostic final de 51,5 / 48,5, même si mon sentiment personnel donnerait une victoire encore plus étroite de François Hollande, à 50,7% environ.

Ce résultat serré ouvrira une période de troubles au PS, qui devrait cependant être d’assez courte durée, en raison du démantèlement de l’hétéroclite coalition aubryste, que j’ai déjà décrite. Soit Martine Aubry sera reconduite à la tête du PS mais sous haute surveillance, soit elle sera contrainte de renoncer, sous la pression de ses propres anciens amis et d’une nouvelle coalition Hollande-Montebourg-Delanoë.

Demain, j’effectuerai une analyse de l’avantage comparatif de François Hollande dans les sondages pour l’élection présidentielle, afin de s’interroger sur la problématique du « vote utile« , la seule susceptible à mon sens de permettre à François Hollande d’espérer une victoire moins étriquée.

Dernier sondage pour la primaire PS: Hollande toujours gagnant, Aubry toujours menaçante

 

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro
12-13 octobre 2011
échantillon total: 4912
sous-échantillon électeurs de gauche: 1990 (dont 1254 socialistes)
sous-échantillons du précédent: 610 certains d’aller voter le 16 octobre

Potentiel de participation (différence par rapport au sondage OpinionWay des 10 et 11 octobre derniers):
ensemble des électeurs de gauche: 31 (+1)
électeurs socialistes: 38 (+2)
électeurs de la « gauche radicale »: 31 (+1)
électeurs écologistes: 10 (+3)

Parmi l’ensemble des électeurs de gauche:
Hollande 53 (-1)
Aubry 47 (+1)

Parmi l’ensemble des électeurs socialistes:
Hollande 56 (-2)
Aubry 44 (+2)

Parmi les électeurs de gauche « certains » d’aller voter le 16 octobre:
Hollande 52 (=)
Aubry 48 (=)

Parmi les 599 électeurs de gauche ayant regardé le débat télévisé du 12 octobre:
Hollande 54
Aubry 46

Candidat le plus convaincant lors du débat (parmi l’ensemble des électeurs de gauche/parmi les socialistes/parmi les Verts/parmi la gauche « radicale »):
Hollande 37 / 43 / 23 / 15
Aubry 40 / 38 / 43 / 46
aucun 22 / 18 / 32 / 39
nspp 1 / 1 / 2 / 0
parmi les électeurs « certains » d’aller voter le 16 octobre:
Hollande 38
Aubry 44
aucun 18
nspp 0

Reports parmi les 501 sondés ayant voté le 9 octobre:
électeurs Montebourg: Holande 37 (-8) / Aubry 51 (+3) / nspp 12 (+5)
électeurs Royal: Hollande 31 (+8) / Aubry 65 (+1) / nspp 4 (-9)
électeurs Valls: Hollande 65 (=) / Aubry 34 (+11) / nspp 1 (-11)

Apports parmi les 102 sondés « certains » d’aller voter le 16 octobre, mais n’ayant pas voté le 9 octobre:
Hollande 49 (+10) / Aubry 51 (+7) / nspp 0 (-17)

1. Par rapport au sondage d’OpinonWay du début de la semaine, les chiffres de la participation potentielle laissent apparaître une légère augmentation de l’intérêt suscité. Ce serait logique au vu de la médiatisation, quantitativement forte voire saturante et qualitativement positive pour le PS. La progression reste limitée et concerne des sous-échantillons (à part celui des socialistes) réduits et donc peu significatifs. Toutefois, la progression paraît répartie sur l’ensemble du spectre de la gauche.

La nouvelle mobilisation se répartit de manière équilibrée entre les deux candidats, puisque, ainsi que je le disais précédemment, les apports écologistes et extrémistes pour Martine Aubry compensent les apports socialistes pour François Hollande, de manière schématique.

2. La perception du débat paraît relativement équilibrée, avec un léger avantage pour Martine Aubry. Son agressivité -réelle et quelque peu répétitive- semble payer à la marge. Elle fait clairement cette analyse puisque son comportement au lendemain du débat va crescendo dans ce sens, avec des attaques encore plus fortes et « sans retour »: expressions « de droite » de la part de François Hollande selon elle et celui-ci qualifié désormais de « candidat du système » (alors même que Martine Aubry a tenu un discours technocratique et « du système » lors du débat), dans une tentative classique de positionnement en candidat anti-establishment (déjà pratiquée par les Le Pen, par Georges Marchais en son temps, par Jacques Chirac en 1995, par François Bayrou en 2007, par Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg désormais). Martine Aubry déroule clairement une stratégie frontale, qui n’a pas été élaborée cette semaine. Elle prend le risque de la division fratricide irréversible, mais les quelques velléités de contre-attaque de François Hollande et son positionnement au-dessus de ces attaques ne semblent pas suffisantes au vu de la perception du débat.

Néanmoins, François Hollande semble rester solide et n’a pas perdu, loin s’en faut, le débat, pendant lequel il a été plus précis et plus clair qu’à l’accoutumée, Martine Aubry étant plus technocratique et agressive. Le fait que l’appréciation du caractère convaincant des candidats recouvre en réalité les appréciations différentes portées par avance sur les candidats eux-mêmes, de la part des différents électorats de gauche montre qu’il n’a pas fondamentalement reculé.

Il reste que toute perte, même limitée, est dangereuse pour lui.

3. En effet, les scores bruts ne montrent pas une franche détérioration, puisqu’il reste au même niveau parmi les électeurs « certains » d’aller voter et qu’il a finalement une avance de 8 points parmi ceux ayant regardé le débat. Ce dernier chiffre est d’ailleurs surprenant au regard des résultats évoqués au point précédent: mais il montre peut-être que, même en le jugeant moins convaincant ou pas plus convaincant, certains électeurs lui garderont leur suffrage.

En revanche, parmi l’ensemble des électeurs de gauche ou socialistes, il est en légère baisse, même s’il se retrouve en réalité dans une situation équivalente au résultat du sondage Harris Interactive, ce qui confirmerait de nouveau une certaine sur-évaluation chez OpinionWay.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

La légère contre-dynamique de mardi et mercredi ne se confirme donc pas et François Hollande reste sous la menace d’un retour de Martine Aubry.

4. Quant aux reports, ils paraissent se compenser, même si, là encore, un certain grignotage peut être noté de la part de Martine Aubry.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

François Hollande semble perdre chez les électeurs Montebourg ce qu’il gagne chez les électeurs Royal. Ce pourrait être imputé à l’effet du ralliement de Ségolène Royal et à la surenchère de gauche d’Arnaud Montebourg convenant normalement mieux à la candidature Aubry. Cependant, les sous-échantillons sont ici très réduits et il est délicat de valider de telles interprétations.

Seul l’effritement de François Hollande parmi les électeurs d’Arnaud Montebourg mérite d’être noté, ainsi que le fait qu’il n’y a toutefois pas d’inversion de tendance lourde dans les reports.

Les atermoiements et la confusion de l’équipe Montebourg enlèvent encore du poids à sa décision finale. Néanmoins, qu’elle lui soit favorable ou qu’elle soit simplement neutre (ce qui reste, à mon sens, le plus probable) serait une bonne chose pour François Hollande, en interrompant de nouveau la dynamique plutôt favorable à Martine Aubry. Qu’elle soit favorable à cette dernière pourrait lui donner un dernier soutien suffisant pour arracher une victoire sur le fil.

5. En ce qui concerne les nouveaux votants potentiels (représentant seulement 102 sondés), ils se répartiraient de manière équilibrée entre les deux candidats de tête, ainsi qu’il avait déjà été constaté lors du précédent sondage.

L’échantillon est ici très réduit. Toutefois, étant donné le fait qu’une participation supplémentaire de 5% est loin d’être exclue (elle pourrait même atteindre les 8-10%), ce résultat est intéressant pour François Hollande car il neutralise ce qui reste malgré tout comme la réserve de voix principale (au sens de l’avantage marginal, supplémentaire qu’il peut conférer) pour Martine Aubry, encore davantage qu’un électorat Montebourg trop incertain.

6. La présentation médiatique des sondages d’entre-deux-tours permet à François Hollande de rester en tête, ce qui est psychologiquement décisif (un sondage montrant une égalité 50-50 ou une inversion à 49-51 serait évidemment fatal), tout en montrant un resserrement des écarts qui pourrait engendrer une mobilisation supplémentaire au moins aussi favorable en sa faveur.

Le traitement médiatique est lui-même très volatil, avec un débat télévisé globalement considéré comme un match nul, mais avec l’apparition de nouveaux articles dans Le Monde et Libération plutôt pro-Aubry sur des sujets connexes, Le Nouvel Observateur paraissant rester sur une ligne plus équilibrée, la presse de droite oscillant entre des soutiens indirects à Martine Aubry et à François Hollande, au gré des estimations changeantes du « meilleur » ennemi.

Peut-être un ou deux ultimes sondages paraîtront-ils demain. C’est à espérer, même si peu probable.

Quoi qu’il en soit, je ferai part de mon pronostic demain soir ou, au plus tard, samedi.

Je termine en signalant le blog d’un ami franco-canadien, en langue anglaise mais tout à fait abordable, qui a consacré quelques articles aux élections françaises et à la primaire du PS en particulier, recoupant très largement mes propres analyses: http://welections.wordpress.com/
C’est l’occasion de perfectionner son anglais et, surtout, d’apprendre énormément sur les pays étrangers, avec de fantastiques études de fond sur le Brésil et l’Espagne notamment, et quantité d’informations sur absolument tous les systèmes politiques et résultats électoraux de tous les pays du monde.
Il y a beaucoup à « gagner » à cliquer sur ce lien !

Dernier sondage pour la primaire PS: duel serré mais Hollande résiste et Royal le rallie

 

Harris Interactive
LCP
9-11 octobre 2011
échantillon total: 1220
sous-échantillon électeurs de gauche: inconnu

– Potentiel de participation (différence par rapport à la dernière enquête Harris précédant le premier tour):
certainement 15 (+1)
probablement 11
probablement pas 15
certainement pas 59

« certainement » parmi l’ensemble des électeurs de gauche: 37 (+3)
parmi les électeurs socialistes 47 (+7)
parmi les électeurs Verts 21
parmi les électeurs du Front de Gauche 25
parmi les électeurs d’extrême-gauche 13
parmi les électeurs du MoDem 8

– Préférence pour la désignation de:

parmi l’ensemble des électeurs de gauche:
Hollande 47 / 53 parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 41 / 47 parmi ceux exprimant une opinion
aucun 12 / 0

parmi l’ensemble des électeurs socialistes:
Hollande 56 / 58 parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 40 / 42 parmi ceux exprimant une opinion
aucun 4 / 0

Parmi les électeurs de gauche ayant voté le 9 octobre:
Hollande 47 / 51.5 parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 44 / 48.5 parmi ceux exprimant une opinion
aucun 9 / 0

1. En premier lieu, il convient de souligner, ainsi qu’il a déjà été dit dans les articles précédents, combien ces sondages portant sur des échantillons réduits (encore davantage ici que dans le précédent sondage d’OpinionWay) sont à prendre avec précaution.

Harris Interactive s’est montré le plus performant avant le premier tour, mais ce n’est pas l’assurance d’une réussite au second, étant donné le caractère très mouvant de la campagne dans cette semaine d’entre-deux-tours et la difficulté de percevoir la mobilisation complémentaire éventuelle.

2. Le surcroît de participation potentielle est réel, mais n’est pas massif. Il se concentre chez les électeurs socialistes, ce qui m’apparaissait logique dans mon article précédent. Cet élément est favorable à François Hollande dans la mesure où sa domination est constante dans cette catégorie de la population.

La mobilisation des Verts et du Front de Gauche n’apparaît pas négligeable, mais la très faible taille des échantillons sur ces tendances politiques doit les faire envisager avec circonspection.

Quoi qu’il en soit, une mobilisation supplémentaire mais pas massive serait plutôt favorable à François Hollande, davantage signe d’un retour d’électeurs potentiels démobilisés par les sondages excessifs pour François Hollande et soucieux de participer au choix final. A l’inverse, une forte mobilisation supplémentaire serait le signe d’un déplacement d’électeurs extérieurs au PS et donc plutôt susceptibles de voter pour Martine Aubry. Il convient de garder cette donnée en tête pour la journée de dimanche.

3. Les scores bruts montrent bien un resserrement de l’écart par rapport à l’avant-premier tour. Mais François Hollande reste majoritaire, que ce soit parmi l’ensemble des électeurs de gauche ou parmi le panel plus réduit de ceux qui ont voté au premier tour, à 51,5%, c’est-à-dire exactement dans la fourchette que j’évoquais dans mon article sur les reports de voix, dans une première tentative de pronostic.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

4. Les chiffres détaillés montrent une grande cohérence par rapport aux enquêtes d’avant le premier tour, déjà détaillées dans les précédents articles:

– François Hollande est plus fort chez les hommes, les personnes âgées de plus de 50 ans (avec un succès croissant avec l’âge), les provinciaux, les retraités et inactifs.

– Martine Aubry est plus forte chez les femmes, les personnes de moins de 50 ans.

– Les scores sont équilibrés chez les habitants d’Ile-de-France (ce qui est donc meilleur pour Martine Aubry) et chez les CSP+, avec toutefois une faible crédibilité de cette catégorisation, Harris se contentant de distinguer les CSP+ et les CSP-. Les autres enquêtes ont pourtant montré, et la géographie électorale des résultats du premier tour a confirmé, que les « bobos« , les jeunes et les habitants des grandes villes ont clairement préféré Martine Aubry et que les classes populaires ont équilibré leurs votes, alors que les employés, les commerçants-artisans, la France moyenne, celle des petites villes et du monde rural ont clairement soutenu François Hollande.

5. Quant aux reports, ils ne sont pas abordés par l’enquête Harris. Toutefois, afin de compléter mes analyses précédentes, il convient de souligner que le ralliement de Ségolène Royal, sans ambiguïté et qui sera peut-être plus clair que la position finalement choisie par Arnaud Montebourg, quelle qu’elle soit, constitue finalement une bonne surprise pour François Hollande.

Non pas sur le fond, puisque le potentiel de voix en jeu est limité, par le score même obtenu par Ségolène Royal, par le caractère « fanatisé » de beaucoup de ses soutiens qui ne se rendront probablement pas aux urnes dimanche prochain et par le fait que les consignes de votes ne sont jamais massivement suivies.

Mais sur la forme, car le timing de sa décision est excellent pour François Hollande: juste avant le débat télévisé, lui est ainsi offerte une occasion de démontrer qu’il rassemble effectivement et de renvoyer Martine Aubry et ses attaques personnelles à la division. En outre, ce soutien contre-balance opportunément ceux de Manuel Valls et Jean-Michel Baylet et affaiblissent l’accusation de « droitisation » lancée contre François Hollande. Par ailleurs, les appels « féministes » de Martine Aubry résonneront moins nettement avec ce soutien de celle qui fut la première à prétendre briser le supposé « plafond de verre ».

Enfin, les mauvais reports de voix mesurés dans l’enquête d’OpinionWay pourraient tout de même se trouver légèrement modifiés et revenir au niveau de ceux que j’envisageais dans mon premier pronostic.

Le suspense entretenu par Arnaud Montebourg, la dévalorisation progressive de sa décision au fil des jours et le fait que certains de ses conseillers envisagent prolonger son résultat par la constitution d’une « mouvement », même au sein du PS, ne peuvent que desservir conjoncturellement Martine Aubry, qui ne peut faire état d’aucun soutien supplémentaire.

6. J’évoquais précédemment la présentation médiatique des sondages, aussi importante que les sondages eux-mêmes. Or, le sondage OpinionWay, comme celui d’Harris rendu public aujourd’hui, sont présentés de manire plutôt équilibrée et le fait que François Hollande soit toujours gagnant n’est pas occulté par l’effritement enregistré depuis l’avant-premier tour.

De ce point de vue, toujours de manière formelle, le fait que François Hollande ait dépassé le niveau du million de voix, est symboliquement une forme de contrepoids à son échec à franchir la barre des 40% et à mettre plus de 10 points entre Martine Aubry et lui. C’est un élément qui n’est bien entendu pas conscient chez l’écrasante majorité des électeurs potentiels, mais qui influe indirectement sur le discours médiatique global.

Les réactions fermes du camp Hollande d’hier semblent également avoir porté leurs fruits et convaincu la sphère médiatique qu’il n’était pas encore temps de passer dans le camp Aubry de manière définitive. Le fait qu’elles aient été effectuées par une génération plus jeune et plus avenante (Moscovici, Peillon, Filipetti) ne peut également qu’être favorable, en face d’une offensive menée par des apparatchiks d’une autre ère ou perçus comme tels (Fabius, Delanoë).

Bien entendu, cette « bonne » journée relative pour François Hollande pourrait être totalement annulée par un débat télévisé décevant. Néanmoins, une petite contre-dynamique semble s’être enclenchée en sa faveur, qui lui permettra d’aborder le débat de manière plus équilibrée et moins sur la défensive.

Une ou deux autres enquêtes, y compris après le débat, seraient bienvenues afin de pouvoir poser un pronostic définitif, que je ferai quoi qu’il en soitavant dimanche prochain.

Dernier sondage pour la primaire PS: Hollande toujours gagnant mais Aubry en forte hausse

 

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro
10-11 octobre 2011
échantillon total: 5502
sous-échantillon électeurs de gauche: 2196 (dont 1372 socialistes)
sous-échantillon du précédent: 638 certains d’aller voter le 16 octobre

Potentiel de participation (différence par rapport au sondage OpinionWay des 5 et 6 octobre derniers):
ensemble des électeurs de gauche: 29 (+6)
électeurs socialistes: 36 (+8)
électeurs de la « gauche radicale »: 30 (+7)
électeurs écologistes: 7 (-1)

Parmi l’ensemble des électeurs de gauche:
Hollande 54 (-4)
Aubry 46 (+4)

Parmi l’ensemble des électeurs socialistes:
Hollande 58 (-1)
Aubry 42 (+1)

Parmi les électeurs de gauche « certains » d’aller voter le 16 octobre:
Hollande 52 (-8)
Aubry 48 (+8)

Reports parmi les 521 sondés ayant voté le 9 octobre:
électeurs Montebourg: Holande 45 / Aubry 48 / nspp 7
électeurs Royal: Hollande 23 / Aubry 64 / nspp 13
électeurs Valls: Hollande 65 / Aubry 23 / nspp 12

Apports parmi les 117 sondés « certains » d’aller voter le 16 octobre, mais n’ayant pas voté le 9 octobre:
Hollande 39 / Aubry 44 / nspp 17

1. En premier lieu, il convient de souligner, ainsi qu’il a déjà été dit dans l’article précédent, combien ces sondages portant sur des échantillons réduits sont à prendre avec précaution, même si, en l’occurrence, le sondeur a élargi ses échantillons habituels. Le problème persiste toutefois sur la catégorie des sondés « certains » d’aller voter, puisque, globalement, la participation a été 2 fois moins importante que celle repérée dans les sondages d’avant 1er tour.

En outre, OpinionWay ne s’est pas révélé être un institut performant, son dernier sondage d’avant 1er tour surévaluant très fortement François Hollande et n’ayant pas relevé, contrairement à Harris Interactive (pourtant décrié au premier trimestre 2011 pour ses sondages plaçant Marine Le Pen en tête du premier tour), l’inversion entre Arnaud Montebourg et Ségolène Royal.

Ici, soit OpinionWay s’est « amendé » et a corrigé les réponses au regard des résultats réels du premier tour; soit OpinionWay continue de surévaluer François Hollande. Dans tous les cas, les chiffres ne sont pas rassurants pour ce dernier qui, il est vrai, figurait précédemment à des niveaux très hauts, même à l’aune de l' »histoire » sondagière d’OpinionWay.

2. Les chiffres de la participation potentielle laissent apparaître une marque d’intérêt croissant. Ce serait logique au vu de la médiatisation, quantitativement forte voire saturante et qualitativement positive pour le PS. Ce serait également logique chez les socialistes, qui, au vu du succès de participation du premier tour, iraient logiquement voter plus nombreux afin que le choix de leur candidat ne soit pas majoritairement le fait de non-socialistes. Ce serait enfin logique parmi la gauche dite « radicale » (au sens d’extrême, non pas au sens herriotiste ou mendésiste…), mise en appétit par le phénomène Montebourg (ou supposé tel) et la vulnérabilité inespérée du social-démocrate Hollande (ou supposé(e) tel(le)).

Le fait que cette participation ne progresserait pas chez les écologistes et progresserait chez les socialistes sont de bonnes nouvelles pour François Hollande, aux soutiens plus traditionnels et particulièrement fort chez les militants socialistes, notamment les plus âgés. En revanche, une mobilisation plus forte de la gauche « radicale » serait une bonne nouvelle pour Martine Aubry.

3. Les scores bruts montrent un resserrement de l’écart assez logique, au vu de la perte de dynamique du camp Hollande, des déclarations mêmes de celui-ci sur la faiblesse de l’écart à venir, du discours médiatique ambiant sur le caractère ouvert du second tour.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

François Hollande reste très fort chez les électeurs socialistes et reste suffisamment haut dans l’ensemble des électeurs de gauche, mais il perd beaucoup parmi les sondés « certains » d’aller voter.

Certes, la remobilisation de ses soutiens est forcément un peu plus lente que la galvanisation de ceux de Martine Aubry, enclenchée dès dimanche soir. Toutefois, cette forte érosion est inquiétante pour lui, alors que l’échantillon est déjà plus significatif que précédemment (638). De surcroît, à 52/48, il se situe dans la marge d’erreur habituellement admise.

Ici, c’est la tendance qui est importante, la dynamique à l’oeuvre, et elle ne paraît pas favorable à François Hollande.

4. Quant aux reports, leur analyse ne saurait fortement évoluer par rapport à mon précédent article (que j’invite à lire dans le même temps que celui-ci, même si j’actualise ici les graphiques).

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

François Hollande est logiquement dominant parmi les électeurs de Manuel Valls (3/4-1/4 en base 100).
Il reste étonamment résistant parmi les électeurs d’Arnaud Montebourg (48-52 en base 100).
Il semble en revanche déclinant chez ceux de Ségolène Royal, dans une proportion surprenante (1/4-3/4 en base 100). La faiblesse de l’échantillon peut jouer, mais des réactions personnelles, voire une forte proportion de motivations féministes, pourraient expliquer ces chiffres.

Quoi qu’il en soit, la prudence des proportions que j’ai retenues en fin d’article précédent compense largement ces éventuelles évolutions.

5. En ce qui concerne les nouveaux votants potentiels (représentant seulement 117 sondés), ils se répartiraient de manière équilibrée entre les deux candidats de tête, avec toutefois une légère avance pour Martine Aubry et une proportion non négligeable d’hésitants, peut-être plus susceptibles de basculer du côté de cette dernière à l’issue du débat télévisé.

L’échantillon est ici très réduit. Toutefois, si François Hollande était en mesure de capter ainsi les 2/5 de ces nouveaux votants, ce serait suffisant pour éviter un basculement des résultats globaux en faveur de Martine Aubry.

6. Enfin, il reste à voir la présentation médiatique de ce sondage, toujours aussi importante que le sondage lui-même (ce qui est, d’ailleurs, souvent à l’origine de l’antienne « les sondages se sont encore trompés », les impressions personnelles remplaçant en fait les sondages dans beaucoup d’esprits): sera-ce « Hollande gagnant » ou « Hollande en forte baisse » qui prévaudra ?

Au final, la compétition semble se tendre, avec une poursuite des attaques personnelles (quoi qu’elle en dise) de Martine Aubry et une volonté -enfin- de répliquer de la part du camp Hollande. Cette tension est à la mesure du resserrement des écarts et d’une attitude triomphaliste et très critique de la part d’Arnaud Montebourg, qui ne peut que contribuer à la crispation, tout en démonétisant progressivement son propre positionnement, par une gourmandise excessive.

Il est à espérer qu’Harris Interactive et l’IFOP produisent une enquête avant ce week-end, de manière à y voir un peu plus clair.