Victoire de « Franz-im-Glück » Hollande: majorité absolue en vue pour le PS, FN fort, UMP laminé à l’Ouest et résistant à l’Est par défaut, Mélenchon battu, Royal menacée, Bayrou disparu

Contrairement au discours dominant des médias depuis 20h:

– le FN est fort là où il est traditionnellement fort et l’abstention forte ne réduira donc pas suffisamment le nombre de triangulaires ou alors éliminera même des candidats UMP (chez Moscovici, il sera seul au 2nd tour contre le FN); en outre, avec ses voix, le FN va gagner beaucoup d’argent public pour les 5 ans qui viennent, alors que l’UMP va devoir se serrer la ceinture,

– le PS n’aura aucun problème pour avoir la majorité absolue seul: son score outre-mer est massif, il est partout très haut et les Verts commencent d’enregistrer les déconvenues (4e des Côtes-d’Armor).

Ma seule satisfaction est donc une carte qui devrait confirmer mes pronostics.

Sauf si la mobilisation se fait à droite pour le second tour, avec la prise de conscience du risque d’une majorité des 3/5 au Congrès (Assemblée + Sénat), qui laissera absolument tous les pouvoirs à la gauche…

Je publierai probablement des cartes partielles de pronostics plus tard dans la soirée et la nuit.

MISE A JOUR A 22h45: les Verts, en raison de la faiblesse de l’UMP (et du stupide réflexe légitimiste des électeurs, particulièrement fort cette année), pourraient bien, malgré tout, constituer un groupe… Un véritable échec pour la droite et ses idées, après la majorité absolue assurée pour le PS.

Voilà où j’en suis: c’est très provisoire, mais quelques exemples résument l’échec de la droite ce soir:
– menace de grand chelem de gauche dans le Finistère, la Sarthe et l’Indre-et-Loire, voire le Morbihan…
– équilibre en Savoie et dans les Vosges,
– menaces de la gauche dans la Manche et la Drôme,
– MAM et Morano en voie d’être battues au 2nd tour.

Même les menaces sur Royal (voyons quand même si Falorni ne sera pas jeté sous un pont d’ici mardi…) et Bayrou, ainsi que la fin du barnum mélenchonien, sont évidemment de grandes nouvelles pour le couple Hollande-Ayrault. Après la semi-retraite de Delanoë et les premeirs dérapages écologistes, si Aubry ne reprend pas le dessus, le pouvoir présidentiel sera absolu…

En face, la résistance de droite n’est pour le moment sensible que dans le Doubs, les Ardennes et le Tarn. Wauquiez et Copé font de très bons scores, mais c’est plutôt l’exception.

MISE A JOUR A 1h00: Voyez mon état d’esprit dans les commentaires. Je n’ai pas vécu de soirée électorale aussi terrible depuis 1997. Et la situation pour la droite est pire qu’en 1997. Bien pire. En fait, c’est pour moi la pire de tous les temps, puisqu’en 1981, j’étais un enfant de gauche 😛

Certes, je suis pessimiste et ne compte sur aucun sursaut particulier de participation pour la droite. Mais celle-ci minimise sa défaite ce soir: tout ce qu’il ne faut pas faire ! Remobilisez, bon sang ! Expliquez que la gauche n’a plus d’opposition parlementaire, plus vraiment d’opposition locale (quand Marseille et Bordeaux auront basculé en 2014…), va finir par être aussi le pouvoir constituant.

Si l’on reprend les reports « habituels » du FN et du MoDem de 2012, si l’on compte les dynamiques de 1er tour et les effets toujurs difficiles des divisions, voici où j’en suis: majorité absolue pour le PS, un groupe pour les Verts, 2 FN possibles (Collard et Ravier dans les quartiers Nord de Marseille, mais je n’y crois pas), Fillon faible à Paris et Copé fort en Seine-et-Marne, MAM battue, un raz-de-marée rose dans l’Ouest et le Midi, Royal menacée… Un tsunami de mauvaises nouvelles…

Certes, Mélenchon est battu, mais je vais presque finir par le regretter…

En jaune pâle, figurent les circonscriptions où la situation ne sera éclaircie qu’au mpment du dépôt des candidatures:
– Gard avec Collard: est-ce que le vieil UMP va se retirer ?
– Charente-Maritime: Falorni va-t-il être nommé ambassadeur au Laos pour préserver Royal ? Ou Hollande préfèrera-t-il que l’Assemblée puisse revenir à Guigou, Le Roux ou Vallini ?
– Morbihan à Auray: si la droite peut se réunir, elle peut encore sauver les meubles.
– Yvelines 3e: Delaporte va-t-il tenter de battre Guaino, au risque de faire battre toute la droite ?
– Wallis-et-Futuna: quadrangulaire possible; presque aussi incompréhensible et imprévisible que la Réunion…

MISE A JOUR A 3h15: Je me suis trompé dans mes calculs mais il faut que je dorme un peu… Alors voici mes totaux erronés:
PS: 285
DVG: 23
PRG: 9
EE-LV: 19
FG: 10
rég./ind.: 3 (1 PCR, 1 MIM, 1 Corse)
MoDem: 2 (Lassalle et 1 à la Réunion !)
EXD: 1 (Bompard)
en attente: 5 (voir ci-dessus)
UMP: 178
PR-DVD: 24 (désolé, je ne sais pas s’il y a suffisamment de radicaux là-dedans pour faire un rgoupe, mais je suis presque certain que non)
NC: 17 (ceci étant dit, vu que Lagarde peut gagner, la Grande Division avec Morin va advenir bientôt…)

Pour moi, c’est simple, c’est 2007 inversé… La victoire de la gauche est donc indéniable à ce stade. La droite parviendra-t-elle à mobiliser et limiter l’ampleur de cette victoire d’ici dimanche prochain ?

 

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Indicateur du 19 mars 2012: comment la primaire du PS peut éclairer (ou non) la prochaine élection !

1. L’indicateur de cette semaine enregistre les tendances des derniers jours, de manière d’autant plus nette que la pondération des sondages dans le temps s’accélère un peu aujourd’hui: désormais, seuls les sondages des 3 dernières semaines sont pris en compte (voir la page « mode de calcul ») et leur « valeur » décroît plus vite dans le temps.

Une fois de plus, je me félicite 😉 de ce calendrier, car nous entrons dans la phase de campagne officielle et nous sommes à à peine plus d’un mois de l’élection, ce qui implique effectivement d’être plus « réactif ». Toutefois, grâce à une recrudescence de sondages, nous sommes toujours avec un panel total d’environ 12 000 personnes, ce qui est significatif, et nous conservons toujours au moins un sondage de chaque institut, puisque les moins « chanceux » (commercialement…) d’entre eux ont quand même réussi à dépasser le niveau d’une enquête par mois… Mais certains instituts (ou plutôt leurs commanditaires) ont un peu renforcé la voilure et LH2 ou IPSOS, par exemple, sont à un sondage par quinzaine (c’est plus erratique pour OpinionWay). TNS-Sofres, BVA et surtout Harris semblent un peu inactifs encore, mais cela devrait changer.

Les tendances ne sont donc pas surprenantes, au premier tour:
– montée de Mélenchon,
– effritement accru de Hollande
– faux-plat de Bayrou,
– reprise modérée de Sarkozy,
– érosion de Le Pen,
– quasi-disparition des petits candidats,

comme au second tour:
– tassement de Hollande,
– retard toujours important de Sarkozy.

Les transferts Le Pen->Sarkozy, Hollande/Joly->Mélenchon, Villepin/Lepage->Bayrou sont confirmés.

Par rapport à ma série d’articles de la semaine passée, rien de bien neuf donc.

2. Reste à savoir où s’arrêtera la décrue de Hollande. Un ressort s’est clairement brisé, mais son sens tactique est sûrement intact et la volonté de revanche à gauche, l’anti-sarkozysme et la… longue attente des hiérarques socialistes et de gauche en général joueront pour remobiliser son électorat, au moins en partie, ce qui stabilisera Mélenchon et n’entraînera pas, finalement, de glissement vers Bayrou.

Il doit toutefois prendre garde à la tactique de l’underdog adoptée par Sarkozy: se positionner comme le challenger contre l’ordre établi fonctionne toujours aussi bien. Souvenons-nous de la « rupture » du ministre de l’Intérieur de Chirac (un candidat du nom de Sarkozy) en 2007. Souvenons-nous des pommes du président du RPR en 1995 contre son ex-conseiller spécial.

Souvenons-nous surtout de la campagne de la première secrétaire du PS Aubry, lors de la primaire du PS de 2011, contre le « favori », l' »homme installé », bref le « candidat du système« . « Ne vous laissez pas voler la victoire par les sondages et les médias »: tous les candidats aux primaires américaines ont, à un moment ou à un autre, prononcé une phrase équivalente.

Les enseignements de la primaire du PS peuvent en effet être éclairants, jusqu’à un certain point.

Cette primaire, qui voyait Hollande dominer assez fermement à compter de la fin août (La Rochelle), lui avait quand même apporté quelques sueurs froides quand, à l’approche du premier tour et surtout dans l’entre-deux-tours, Holande avait été poussé « dans les cordes » et, à force de rester vague et pâle, se retrouvait à répéter, à tourner à vide et en rond, à ne pouvoir répliquer et à être réellement menacé.

Sarkozy dans le rôle d’Aubry ?
Se présenter, alors que l’on est en fonction, comme le candidat anti-système ne manque pas d’audace et peut rapporter gros, on vient de le voir pour Martine Aubry et cela se dessine quelque peu pour Nicolas Sarkozy. Aubry avait su utiliser l’appareil et le programme officiel du PS pour coincer Hollande, comme Sarkozy sait et saura utiliser la crise et l’Europe ou reprendre la casquette présidentielle en cas de coup dur (fait divers médiatisé comme aujourd’hui, guerre Israël-Iran, nouvelle crise financière dans le sud de l’Europe, catastrophe naturelle, etc.). Elle avait harcelé et mordillé les mollets de Hollande en permanence dans les débats (jusqu’à l’agacement du téléspectateur, mais avec une certaine réussite médiatique), ce qui Sarkozy fait à longueur de terrain et de meetings.

Mélenchon dans le rôle de Montebourg ?
Lors de la primaire du PS, l' »insurrection montebourgeoise » avait finalement abouti à un ralliement prudent mais clair de Montebourg à Hollande, dans les formes et de manière… « bourgeoise ». Montebourg avait frisé le ridicule en tentant de faire monter les enchères et en surjouant sa situation; Mélenchon sera peut-être davantage dans la tactique et la combinazzione et moins dans le panache.

Mais Mélenchon se montebourgeoisera-t-il, au sens électoral du terme ? Je le pense, quoi que beaucoup disent ou écrivent en ce moment. Il n’a jamais créé l’irréparable avec Hollande et il a toujours ménagé l’avenir. N’oublions pas non plus qu’il a été ministre, sénateur, apparatchik, « poisson-pilote » de l’Elysée en matière d’anti-racisme, d’action lycéenne, d’agitation laïcarde et enseignante: Mélenchon n’est pas Laguiller. Je ne pense donc pas qu’il y ait là un vrai danger pour Hollande.

Bayrou dans le rôle de Valls ?
Hollande avait fini par concéder quelques mesures dépensières et plus à gauche (qu’il traîne d’ailleurs encore aujourd’hui) pour amadouer les électeurs de Montebourg. Mais cela ne l’avait pas empêché de rallier Valls et ses électeurs. Dans le cas de Bayrou, il s’agit plutôt de ses électeurs que de lui-même, bien entendu, car lui ne peut plus se rallier à personne sauf à décréter publiquement la fin de sa carrière politique (et Hollande n’a pas besoin de l’homme Bayrou pour gagner; il serait surtout un poids supplémentaire dans un gouvernement ô combien difficile à équilibrer et à constituer).

Joly dans le rôle de Royal ?
Avec un score très décevant, elle avait été contrainte de se rallier sans exigences à Hollande, mais l’avait fait vite pour en retirer un certain profit. Nul doute que Duflot poussera en ce sens, afin de préserver l’accord EELV-PS, par lequel ils devraient avoir une place indue à l’Assemblée. Il n’est que de voir les sévères attaques actuelles du duo Duflot-Placé contre Mélenchon pour comprendre leurs craintes et leurs orientations…

Le Pen dans le rôle de Guérini ?
Oui, je n’ai pas trouvé mieux… 😀 Mais c’est bien l’acteur extérieur au duel que François Hollande agitera en sous-main pour faire perdre son adversaire… Le parallèle n’est pas si décoiffant 😉 D’ailleurs, si Sarkozy a exploité la polémique du halal, la condamnation de ses déclarations ne manque pas de sel, lorsque l’on se souvient que c’est le maire PS de Roubaix qui, en 2010, voulait porter plainte contre Quick qui ne proposait plus, chez lui, que du halal, déclenchant la première grande polémique du genre… Comme quoi, la vieille technique mitterrandienne de la diabolisation des thèmes et des électeurs du FN pour handicaper fatalement la droite (victoire étriquée en 1986, victoire ample au centre en 1988, victoire par triangulaires en 1997, division de la droite et du centre-droit après les régionales de 1998,…) continue d’être bien utile !

3. Mais le précédent (ou le parallèle s’arrête là). Le second tour de 2012 sera davantage droite/gauche, même si Sarkozy fera tout pour en faire un second tour « peuple »/ »système ». C’est une élection nationale, avec de multiples composantes dans l’opinion.

A moins qu’il ne se poursuive en fait jusqu’au bout: lors du second tour de la primaire du PS, le vote utile et la volonté de battre Sarkozy ont constitué des socles solides pour le candidat Hollande.

La véritable clef, le véritable élément d’incertitude, pourrait finalement être la participation. Elle avait été supérieure au second tour de la primaire et avait quasi-exclusivement profité à Hollande. C’était la manifestation la plus nette du vote utile.

En 2012, pour l’élection présidentielle, la participation pourrait être décevante pour Hollande au premier tour et au moins aussi favorable à Sarkozy qu’à Hollande au second tour, avec l’effacement de l’efficacité du « sortez le sortant » et avec une certaine jospinisation rampante de Hollande (sur laquelle Mélenchon tente habilement de capitaliser). Le dernier espoir de suspense réside probablement là.

A court terme, j’ai bien peur que le fait divers dramatique de ces derniers jours n’aseptise tout et ne « gèle » encore davantage les rapports de force… Soupir…

Dernier sondage pour la primaire PS: Hollande résiste toujours, mon pronostic prudent est à 51,5-48,5

 

Harris Interactive
LCP
12-13 octobre 2011
échantillon total: 1519
sous-échantillon électeurs de gauche: inconnu

– Potentiel de participation (différence par rapport à la dernière enquête Harris des 9 et 10 octobre):
certainement 15 (=)
probablement 12 (+1)
probablement pas 14 (-1)
certainement pas 59 (=)

« certainement » parmi l’ensemble des électeurs de gauche: 36 (-1)
parmi les électeurs socialistes 44 (-3)
parmi les électeurs Verts 23 (+2)
parmi les électeurs du Front de Gauche 29 (+4)
parmi les électeurs d’extrême-gauche 18 (+5)
parmi les électeurs du MoDem 9 (+1)

– Préférence pour la désignation de:

parmi l’ensemble des électeurs de gauche:
Hollande 47 / 53 parmi ceux exprimant une opinion (=)
Aubry 41 / 47 parmi ceux exprimant une opinion (=)
aucun 12 / 0 (=)

parmi l’ensemble des électeurs socialistes:
Hollande 54 (-2) / 58 (-1) parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 40 (=) / 43 (+1) parmi ceux exprimant une opinion
aucun 6 (+2) / 0

parmi les électeurs de gauche ayant voté le 9 octobre:
Hollande 47 (=) / 51 (-0,5) parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 45 (+1) / 49 (+0,5) parmi ceux exprimant une opinion
aucun 8 (-1) / 0

1. La participation potentielle semble plafonner en cette fin de semaine, avec cependant un léger surcroît de mobilisation dans des catégories a priori favorables à Martine Aubry, les écologistes, la « gauche de la gauche » et l’extrême-gauche.

Néanmoins, la participation est plus élevée chez les hommes que chez les femmes, d’autant plus élevée que l’âge est plus élevé (excepté pour les plus jeunes de 18-24 ans), c’est-à-dire qu’elle reste globalement positive pour François Hollande.

Parmi ceux n’ayant pas voté au premier tour, François Hollande reçoit 47% de préférences, contre 36% à Martine Aubry et 17% ne se prononçant pas. Toutefois, les chiffres ne sont pas limités à ceux qui ont l’intention de voter au second tour.

Parmi ceux ayant voté au premier tour (et donc susceptibles de revenir au premier chef), les chiffres sont de 47%, 45% et 8% respectivement, soit de 51% et 49% sur une base de 100.

2. Les scores bruts montrent toujours un écart faible, mais qui n’évolue plus, sauf parmi les électeurs socialistes, traditionnellement favorables à François Hollande et qui le restent.

bien un resserrement de l’écart par rapport à l’avant-premier tour. Mais François Hollande reste majoritaire, que ce soit parmi l’ensemble des électeurs de gauche ou parmi le panel plus réduit de ceux qui ont voté au premier tour, à 51,5%, c’est-à-dire exactement dans la fourchette que j’évoquais dans mon article sur les reports de voix, dans une première tentative de pronostic.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

3. Les chiffres détaillés montrent une grande cohérence par rapport aux enquêtes d’avant le premier tour et aux autres enquêtes de l’entre-deux-tours:

– François Hollande est plus fort chez les hommes, les personnes âgées de plus de 50 ans (avec un succès croissant avec l’âge), les provinciaux, les retraités et inactifs.

– Martine Aubry est plus forte chez les femmes, les personnes de moins de 50 ans, les Franciliens.

La polarisation hommes-femmes est désormais assez remarquable: 56-33 chez les hommes, 35-52 chez les femmes, ce qui se voit désormais assez rarement dans les enquêtes d’opinion de nature politique.

Martine Aubry reste majoritaire parmi les électeurs du Front de Gauche et des Verts, sans être toutefois écrasante et avec un gros cinquième qui, à chaque fois, ne prend pas parti.

4. Le débat ne semble pas avoir d’effet majeur. Si, dans l’ensemble de l’échantillon,y compris ceux qui n’ont pas regardé le débat, François Hollande est légèrement plus convaincant, l’égalité est parfaite chez ceux ayant regardé le débat (65% ont trouvé Hollande convaincant et 64 % Aubry) ou chez les électeurs de gauche (70% et  71% respectivement).

Il est intéressant de noter une forte polarisation chez Martine Aubry, avec des scores supérieurs tant pour ceux l’ayant trouvée « très » convaincante que pour ceux l’ayant trouvée « pas du tout » convaincante. Son attitude clivante a donc été bien perçue comme telle, mais sans effet global véritablement notable.

Sa stratégie d’escalade de Martine Aubry (quelle que soit l’ironie d’entendre la fille de Jacques Delors, ayant soutenu le « oui » au référendum de 2005, énarque, ancienne ministre, première secrétaire du PS en congé, ancienne DRH de Péchiney, amie d’Alain Minc prendre ainsi des accents poujadistes) peut se justifier pour récupérer leur électorat. Cette stratégie est risquée, car, si elle est désignée, elle aura singulièrement rétréci sa base pour l’élection présidentielle proprement dite et créé des frustrations, qui avaient largement handicapé Ségolène Royal en 2007, pourtant victorieuse avec une marge écrasante ; si elle n’est pas désignée, elle risque bien de perdre la tête du PS, lâchée par une partie de ses soutiens actuels, ex-strauss-kahniens ralliés par opportunisme, delanoïstes et fabiusiens, dont beaucoup sont restés en retrait de ces attaques.

En réalité, le choix d’Arnaud Montebourg, même très prudent et même minimisé par un certain nombre de médias de gauche (Libération, Rue89, Mediapart, i-Télé), vient, pour François Hollande, opportunément contre-balancer l’offensive de Martine Aubry. Elle n’a finalement reçu le soutien d’aucun autre candidat, ce qui rappelle étrangement la situation d’Hillary Clinton lors des primaires démocrates de 2008, qui n’avait enregistré aucun désistement en sa faveur, pas même celui de Bill Richardson, et qui avait poursuivi son offensive très dure jusqu’au bout. Pour filer la comparaison, le résultat du premier tour, qui avait inversé la dynamique dimanche dernier ne serait peut-être comparable qu’à son succès à l’arraché dans le New Hampshire, après son lourd échec de l’Iowa, c’est-à-dire suffisant pour la remettre dans la course, mais insuffisant pour la victoire finale.

Le vote « personnel » d’Arnaud Montebourg ne constituera d’ailleurs probablement pas une aide directe à François Hollande, tant les électeurs ont probablement déjà leur choix en tête, pour la majeure partie d’entre eux (que ce soit pour des raisons sociologiques, idéologiques ou tactiques). En revanche, il permet à François Hollande de solidifier la thématique du rassemblement, qui n’est désormais plus un simple mot, et de ré-égaliser le terrain médiatique. Celui-ci, sans lui être fortement défavorable, autorisait quand même le déploiement des attaques personnelles et vives de Martine Aubry, sous l’apparente neutralité de titres et d’articles faisant état de tensions des deux côtés.

Le choix d’Arnaud Montebourg, qui sera certainement perçu comme un « traître » par certains de ses électeurs, pourrait même avoir un effet inverse, de manière très marginale, certains électeurs préférant soutenir celle qui, seule contre tous désormais, semble incarner le rejet du « système ».

Arnaud Montebourg, même en s’affichant avec François Hollande (je serais curieux de connaître la marque de la bière blonde bue à Ris-Orangis !), a quand même déclaré qu’il aurait voté pour Martine Aubry si elle était arrivée en tête. Cela revient quasiment à ne rien dire… même si je reconnais écrire ceci pour tenter d’avoir raison par rapport à ce que je pensais initialement sur une absence de prise de position. Il a finalement quand même fait l’effort d’un choix responsable pour le PS, probablement sous la pression des critiques sur la croissance récente de son ego.

Quoi qu’il en soit, au pire pour François Hollande, la situation se stabilise et il enraye la dynamique Aubry à temps avant le second tour, qui devrait rester serré.

Pour se résumer, les sondages d’entre-deux-tours ont été menés par seulement deux instituts, celui qui a réalisé la meilleure performance au premier tour (Harris Interactive) et a, par deux fois, publié un résultat de 53-47 en faveur de François Hollande et celui qui a réalisé la plus mauvaise performance (OpinionWay) et a publié, par deux fois, un résultat de 52-47.

 5. Cela m’amène à formuler un pronostic personnel, comme au premier tour !

Considérant
– la déperdition de 20% des électeurs d’Arnaud Montebourg, en réalité issues du vivier mélenchoniste et ne souhaitant pas trancher entre les « deux faces d’une même médaille »,
– la déperdition de 30% des électeurs de Ségolène Royal, soit issues de la « gauche de la gauche », soit trop déçues de la défaite de leur idole pour aller voter,
– l’apport probable d’une participation supplémentaire de 7%,

Considérant
– la ventilation 1/3 – 2/3 des voix restantes d’Arnaud Montebourg (13,75%), certes peu favorable à François Hollande, mais restant honorable et tenant compte du fait que la gauche du PS comme les « bobos », nombreux au sein de cet électorat, sont peu susceptibles de rallier Hollande,
– la ventilation 1/3 – 2/3 des voix restantes de Ségolène Royal (4,86%), conforme aux enquêtes d’opinion et à la répartition des « thèmes » de cette dernière,
– la ventilation 2/3 – 1/3 des voix de Manuel Valls (5,63%), qui peut paraître très favorable à Martine Aubry mais rejoint les enquêtes d’opinion et traduit la fraction « volontariste » de cet électorat qui n’apprécie pas forcément François Hollande,
– la ventilation 2/3 – 1/3 des voix de Jean-Michel Baylet (0,64%), en fonction de l’importance relative que ces électeurs peuvent donner aux thèmes de la laïcité, de l’Europe, de la rigueur budgétaire ou des valeurs « libertariennes » du PRG,
– la ventilation 2/5 – 3/5 des « nouveaux » électeurs (7,00%), constitués de la gauche de la gauche, d’écologistes, mais aussi de socialistes plus modérés, démobilisés au premier tour et remobilisés par la menace de la dynamique Aubry,

Considérant le report a priori total des potentiels de voix Hollande (39,17%) et Aubry (30,42%) du premier tour,

j’aboutis à un résultat de 52,32 points contre 49,12 points ou, en rebasant sur 100, de 51,58% pour François Hollande et de 48,42% pour Martine Aubry, qui me conduit à un pronostic final de 51,5 / 48,5, même si mon sentiment personnel donnerait une victoire encore plus étroite de François Hollande, à 50,7% environ.

Ce résultat serré ouvrira une période de troubles au PS, qui devrait cependant être d’assez courte durée, en raison du démantèlement de l’hétéroclite coalition aubryste, que j’ai déjà décrite. Soit Martine Aubry sera reconduite à la tête du PS mais sous haute surveillance, soit elle sera contrainte de renoncer, sous la pression de ses propres anciens amis et d’une nouvelle coalition Hollande-Montebourg-Delanoë.

Demain, j’effectuerai une analyse de l’avantage comparatif de François Hollande dans les sondages pour l’élection présidentielle, afin de s’interroger sur la problématique du « vote utile« , la seule susceptible à mon sens de permettre à François Hollande d’espérer une victoire moins étriquée.

Dernier sondage pour la primaire PS: Hollande toujours gagnant, Aubry toujours menaçante

 

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro
12-13 octobre 2011
échantillon total: 4912
sous-échantillon électeurs de gauche: 1990 (dont 1254 socialistes)
sous-échantillons du précédent: 610 certains d’aller voter le 16 octobre

Potentiel de participation (différence par rapport au sondage OpinionWay des 10 et 11 octobre derniers):
ensemble des électeurs de gauche: 31 (+1)
électeurs socialistes: 38 (+2)
électeurs de la « gauche radicale »: 31 (+1)
électeurs écologistes: 10 (+3)

Parmi l’ensemble des électeurs de gauche:
Hollande 53 (-1)
Aubry 47 (+1)

Parmi l’ensemble des électeurs socialistes:
Hollande 56 (-2)
Aubry 44 (+2)

Parmi les électeurs de gauche « certains » d’aller voter le 16 octobre:
Hollande 52 (=)
Aubry 48 (=)

Parmi les 599 électeurs de gauche ayant regardé le débat télévisé du 12 octobre:
Hollande 54
Aubry 46

Candidat le plus convaincant lors du débat (parmi l’ensemble des électeurs de gauche/parmi les socialistes/parmi les Verts/parmi la gauche « radicale »):
Hollande 37 / 43 / 23 / 15
Aubry 40 / 38 / 43 / 46
aucun 22 / 18 / 32 / 39
nspp 1 / 1 / 2 / 0
parmi les électeurs « certains » d’aller voter le 16 octobre:
Hollande 38
Aubry 44
aucun 18
nspp 0

Reports parmi les 501 sondés ayant voté le 9 octobre:
électeurs Montebourg: Holande 37 (-8) / Aubry 51 (+3) / nspp 12 (+5)
électeurs Royal: Hollande 31 (+8) / Aubry 65 (+1) / nspp 4 (-9)
électeurs Valls: Hollande 65 (=) / Aubry 34 (+11) / nspp 1 (-11)

Apports parmi les 102 sondés « certains » d’aller voter le 16 octobre, mais n’ayant pas voté le 9 octobre:
Hollande 49 (+10) / Aubry 51 (+7) / nspp 0 (-17)

1. Par rapport au sondage d’OpinonWay du début de la semaine, les chiffres de la participation potentielle laissent apparaître une légère augmentation de l’intérêt suscité. Ce serait logique au vu de la médiatisation, quantitativement forte voire saturante et qualitativement positive pour le PS. La progression reste limitée et concerne des sous-échantillons (à part celui des socialistes) réduits et donc peu significatifs. Toutefois, la progression paraît répartie sur l’ensemble du spectre de la gauche.

La nouvelle mobilisation se répartit de manière équilibrée entre les deux candidats, puisque, ainsi que je le disais précédemment, les apports écologistes et extrémistes pour Martine Aubry compensent les apports socialistes pour François Hollande, de manière schématique.

2. La perception du débat paraît relativement équilibrée, avec un léger avantage pour Martine Aubry. Son agressivité -réelle et quelque peu répétitive- semble payer à la marge. Elle fait clairement cette analyse puisque son comportement au lendemain du débat va crescendo dans ce sens, avec des attaques encore plus fortes et « sans retour »: expressions « de droite » de la part de François Hollande selon elle et celui-ci qualifié désormais de « candidat du système » (alors même que Martine Aubry a tenu un discours technocratique et « du système » lors du débat), dans une tentative classique de positionnement en candidat anti-establishment (déjà pratiquée par les Le Pen, par Georges Marchais en son temps, par Jacques Chirac en 1995, par François Bayrou en 2007, par Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg désormais). Martine Aubry déroule clairement une stratégie frontale, qui n’a pas été élaborée cette semaine. Elle prend le risque de la division fratricide irréversible, mais les quelques velléités de contre-attaque de François Hollande et son positionnement au-dessus de ces attaques ne semblent pas suffisantes au vu de la perception du débat.

Néanmoins, François Hollande semble rester solide et n’a pas perdu, loin s’en faut, le débat, pendant lequel il a été plus précis et plus clair qu’à l’accoutumée, Martine Aubry étant plus technocratique et agressive. Le fait que l’appréciation du caractère convaincant des candidats recouvre en réalité les appréciations différentes portées par avance sur les candidats eux-mêmes, de la part des différents électorats de gauche montre qu’il n’a pas fondamentalement reculé.

Il reste que toute perte, même limitée, est dangereuse pour lui.

3. En effet, les scores bruts ne montrent pas une franche détérioration, puisqu’il reste au même niveau parmi les électeurs « certains » d’aller voter et qu’il a finalement une avance de 8 points parmi ceux ayant regardé le débat. Ce dernier chiffre est d’ailleurs surprenant au regard des résultats évoqués au point précédent: mais il montre peut-être que, même en le jugeant moins convaincant ou pas plus convaincant, certains électeurs lui garderont leur suffrage.

En revanche, parmi l’ensemble des électeurs de gauche ou socialistes, il est en légère baisse, même s’il se retrouve en réalité dans une situation équivalente au résultat du sondage Harris Interactive, ce qui confirmerait de nouveau une certaine sur-évaluation chez OpinionWay.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

La légère contre-dynamique de mardi et mercredi ne se confirme donc pas et François Hollande reste sous la menace d’un retour de Martine Aubry.

4. Quant aux reports, ils paraissent se compenser, même si, là encore, un certain grignotage peut être noté de la part de Martine Aubry.

(cliquez sur le graphique pour une meilleure visibilité)

François Hollande semble perdre chez les électeurs Montebourg ce qu’il gagne chez les électeurs Royal. Ce pourrait être imputé à l’effet du ralliement de Ségolène Royal et à la surenchère de gauche d’Arnaud Montebourg convenant normalement mieux à la candidature Aubry. Cependant, les sous-échantillons sont ici très réduits et il est délicat de valider de telles interprétations.

Seul l’effritement de François Hollande parmi les électeurs d’Arnaud Montebourg mérite d’être noté, ainsi que le fait qu’il n’y a toutefois pas d’inversion de tendance lourde dans les reports.

Les atermoiements et la confusion de l’équipe Montebourg enlèvent encore du poids à sa décision finale. Néanmoins, qu’elle lui soit favorable ou qu’elle soit simplement neutre (ce qui reste, à mon sens, le plus probable) serait une bonne chose pour François Hollande, en interrompant de nouveau la dynamique plutôt favorable à Martine Aubry. Qu’elle soit favorable à cette dernière pourrait lui donner un dernier soutien suffisant pour arracher une victoire sur le fil.

5. En ce qui concerne les nouveaux votants potentiels (représentant seulement 102 sondés), ils se répartiraient de manière équilibrée entre les deux candidats de tête, ainsi qu’il avait déjà été constaté lors du précédent sondage.

L’échantillon est ici très réduit. Toutefois, étant donné le fait qu’une participation supplémentaire de 5% est loin d’être exclue (elle pourrait même atteindre les 8-10%), ce résultat est intéressant pour François Hollande car il neutralise ce qui reste malgré tout comme la réserve de voix principale (au sens de l’avantage marginal, supplémentaire qu’il peut conférer) pour Martine Aubry, encore davantage qu’un électorat Montebourg trop incertain.

6. La présentation médiatique des sondages d’entre-deux-tours permet à François Hollande de rester en tête, ce qui est psychologiquement décisif (un sondage montrant une égalité 50-50 ou une inversion à 49-51 serait évidemment fatal), tout en montrant un resserrement des écarts qui pourrait engendrer une mobilisation supplémentaire au moins aussi favorable en sa faveur.

Le traitement médiatique est lui-même très volatil, avec un débat télévisé globalement considéré comme un match nul, mais avec l’apparition de nouveaux articles dans Le Monde et Libération plutôt pro-Aubry sur des sujets connexes, Le Nouvel Observateur paraissant rester sur une ligne plus équilibrée, la presse de droite oscillant entre des soutiens indirects à Martine Aubry et à François Hollande, au gré des estimations changeantes du « meilleur » ennemi.

Peut-être un ou deux ultimes sondages paraîtront-ils demain. C’est à espérer, même si peu probable.

Quoi qu’il en soit, je ferai part de mon pronostic demain soir ou, au plus tard, samedi.

Je termine en signalant le blog d’un ami franco-canadien, en langue anglaise mais tout à fait abordable, qui a consacré quelques articles aux élections françaises et à la primaire du PS en particulier, recoupant très largement mes propres analyses: http://welections.wordpress.com/
C’est l’occasion de perfectionner son anglais et, surtout, d’apprendre énormément sur les pays étrangers, avec de fantastiques études de fond sur le Brésil et l’Espagne notamment, et quantité d’informations sur absolument tous les systèmes politiques et résultats électoraux de tous les pays du monde.
Il y a beaucoup à « gagner » à cliquer sur ce lien !

Dernier sondage pour la primaire PS: duel serré mais Hollande résiste et Royal le rallie

 

Harris Interactive
LCP
9-11 octobre 2011
échantillon total: 1220
sous-échantillon électeurs de gauche: inconnu

– Potentiel de participation (différence par rapport à la dernière enquête Harris précédant le premier tour):
certainement 15 (+1)
probablement 11
probablement pas 15
certainement pas 59

« certainement » parmi l’ensemble des électeurs de gauche: 37 (+3)
parmi les électeurs socialistes 47 (+7)
parmi les électeurs Verts 21
parmi les électeurs du Front de Gauche 25
parmi les électeurs d’extrême-gauche 13
parmi les électeurs du MoDem 8

– Préférence pour la désignation de:

parmi l’ensemble des électeurs de gauche:
Hollande 47 / 53 parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 41 / 47 parmi ceux exprimant une opinion
aucun 12 / 0

parmi l’ensemble des électeurs socialistes:
Hollande 56 / 58 parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 40 / 42 parmi ceux exprimant une opinion
aucun 4 / 0

Parmi les électeurs de gauche ayant voté le 9 octobre:
Hollande 47 / 51.5 parmi ceux exprimant une opinion
Aubry 44 / 48.5 parmi ceux exprimant une opinion
aucun 9 / 0

1. En premier lieu, il convient de souligner, ainsi qu’il a déjà été dit dans les articles précédents, combien ces sondages portant sur des échantillons réduits (encore davantage ici que dans le précédent sondage d’OpinionWay) sont à prendre avec précaution.

Harris Interactive s’est montré le plus performant avant le premier tour, mais ce n’est pas l’assurance d’une réussite au second, étant donné le caractère très mouvant de la campagne dans cette semaine d’entre-deux-tours et la difficulté de percevoir la mobilisation complémentaire éventuelle.

2. Le surcroît de participation potentielle est réel, mais n’est pas massif. Il se concentre chez les électeurs socialistes, ce qui m’apparaissait logique dans mon article précédent. Cet élément est favorable à François Hollande dans la mesure où sa domination est constante dans cette catégorie de la population.

La mobilisation des Verts et du Front de Gauche n’apparaît pas négligeable, mais la très faible taille des échantillons sur ces tendances politiques doit les faire envisager avec circonspection.

Quoi qu’il en soit, une mobilisation supplémentaire mais pas massive serait plutôt favorable à François Hollande, davantage signe d’un retour d’électeurs potentiels démobilisés par les sondages excessifs pour François Hollande et soucieux de participer au choix final. A l’inverse, une forte mobilisation supplémentaire serait le signe d’un déplacement d’électeurs extérieurs au PS et donc plutôt susceptibles de voter pour Martine Aubry. Il convient de garder cette donnée en tête pour la journée de dimanche.

3. Les scores bruts montrent bien un resserrement de l’écart par rapport à l’avant-premier tour. Mais François Hollande reste majoritaire, que ce soit parmi l’ensemble des électeurs de gauche ou parmi le panel plus réduit de ceux qui ont voté au premier tour, à 51,5%, c’est-à-dire exactement dans la fourchette que j’évoquais dans mon article sur les reports de voix, dans une première tentative de pronostic.

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4. Les chiffres détaillés montrent une grande cohérence par rapport aux enquêtes d’avant le premier tour, déjà détaillées dans les précédents articles:

– François Hollande est plus fort chez les hommes, les personnes âgées de plus de 50 ans (avec un succès croissant avec l’âge), les provinciaux, les retraités et inactifs.

– Martine Aubry est plus forte chez les femmes, les personnes de moins de 50 ans.

– Les scores sont équilibrés chez les habitants d’Ile-de-France (ce qui est donc meilleur pour Martine Aubry) et chez les CSP+, avec toutefois une faible crédibilité de cette catégorisation, Harris se contentant de distinguer les CSP+ et les CSP-. Les autres enquêtes ont pourtant montré, et la géographie électorale des résultats du premier tour a confirmé, que les « bobos« , les jeunes et les habitants des grandes villes ont clairement préféré Martine Aubry et que les classes populaires ont équilibré leurs votes, alors que les employés, les commerçants-artisans, la France moyenne, celle des petites villes et du monde rural ont clairement soutenu François Hollande.

5. Quant aux reports, ils ne sont pas abordés par l’enquête Harris. Toutefois, afin de compléter mes analyses précédentes, il convient de souligner que le ralliement de Ségolène Royal, sans ambiguïté et qui sera peut-être plus clair que la position finalement choisie par Arnaud Montebourg, quelle qu’elle soit, constitue finalement une bonne surprise pour François Hollande.

Non pas sur le fond, puisque le potentiel de voix en jeu est limité, par le score même obtenu par Ségolène Royal, par le caractère « fanatisé » de beaucoup de ses soutiens qui ne se rendront probablement pas aux urnes dimanche prochain et par le fait que les consignes de votes ne sont jamais massivement suivies.

Mais sur la forme, car le timing de sa décision est excellent pour François Hollande: juste avant le débat télévisé, lui est ainsi offerte une occasion de démontrer qu’il rassemble effectivement et de renvoyer Martine Aubry et ses attaques personnelles à la division. En outre, ce soutien contre-balance opportunément ceux de Manuel Valls et Jean-Michel Baylet et affaiblissent l’accusation de « droitisation » lancée contre François Hollande. Par ailleurs, les appels « féministes » de Martine Aubry résonneront moins nettement avec ce soutien de celle qui fut la première à prétendre briser le supposé « plafond de verre ».

Enfin, les mauvais reports de voix mesurés dans l’enquête d’OpinionWay pourraient tout de même se trouver légèrement modifiés et revenir au niveau de ceux que j’envisageais dans mon premier pronostic.

Le suspense entretenu par Arnaud Montebourg, la dévalorisation progressive de sa décision au fil des jours et le fait que certains de ses conseillers envisagent prolonger son résultat par la constitution d’une « mouvement », même au sein du PS, ne peuvent que desservir conjoncturellement Martine Aubry, qui ne peut faire état d’aucun soutien supplémentaire.

6. J’évoquais précédemment la présentation médiatique des sondages, aussi importante que les sondages eux-mêmes. Or, le sondage OpinionWay, comme celui d’Harris rendu public aujourd’hui, sont présentés de manire plutôt équilibrée et le fait que François Hollande soit toujours gagnant n’est pas occulté par l’effritement enregistré depuis l’avant-premier tour.

De ce point de vue, toujours de manière formelle, le fait que François Hollande ait dépassé le niveau du million de voix, est symboliquement une forme de contrepoids à son échec à franchir la barre des 40% et à mettre plus de 10 points entre Martine Aubry et lui. C’est un élément qui n’est bien entendu pas conscient chez l’écrasante majorité des électeurs potentiels, mais qui influe indirectement sur le discours médiatique global.

Les réactions fermes du camp Hollande d’hier semblent également avoir porté leurs fruits et convaincu la sphère médiatique qu’il n’était pas encore temps de passer dans le camp Aubry de manière définitive. Le fait qu’elles aient été effectuées par une génération plus jeune et plus avenante (Moscovici, Peillon, Filipetti) ne peut également qu’être favorable, en face d’une offensive menée par des apparatchiks d’une autre ère ou perçus comme tels (Fabius, Delanoë).

Bien entendu, cette « bonne » journée relative pour François Hollande pourrait être totalement annulée par un débat télévisé décevant. Néanmoins, une petite contre-dynamique semble s’être enclenchée en sa faveur, qui lui permettra d’aborder le débat de manière plus équilibrée et moins sur la défensive.

Une ou deux autres enquêtes, y compris après le débat, seraient bienvenues afin de pouvoir poser un pronostic définitif, que je ferai quoi qu’il en soitavant dimanche prochain.

Dernier sondage pour la primaire PS: Hollande toujours gagnant mais Aubry en forte hausse

 

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro
10-11 octobre 2011
échantillon total: 5502
sous-échantillon électeurs de gauche: 2196 (dont 1372 socialistes)
sous-échantillon du précédent: 638 certains d’aller voter le 16 octobre

Potentiel de participation (différence par rapport au sondage OpinionWay des 5 et 6 octobre derniers):
ensemble des électeurs de gauche: 29 (+6)
électeurs socialistes: 36 (+8)
électeurs de la « gauche radicale »: 30 (+7)
électeurs écologistes: 7 (-1)

Parmi l’ensemble des électeurs de gauche:
Hollande 54 (-4)
Aubry 46 (+4)

Parmi l’ensemble des électeurs socialistes:
Hollande 58 (-1)
Aubry 42 (+1)

Parmi les électeurs de gauche « certains » d’aller voter le 16 octobre:
Hollande 52 (-8)
Aubry 48 (+8)

Reports parmi les 521 sondés ayant voté le 9 octobre:
électeurs Montebourg: Holande 45 / Aubry 48 / nspp 7
électeurs Royal: Hollande 23 / Aubry 64 / nspp 13
électeurs Valls: Hollande 65 / Aubry 23 / nspp 12

Apports parmi les 117 sondés « certains » d’aller voter le 16 octobre, mais n’ayant pas voté le 9 octobre:
Hollande 39 / Aubry 44 / nspp 17

1. En premier lieu, il convient de souligner, ainsi qu’il a déjà été dit dans l’article précédent, combien ces sondages portant sur des échantillons réduits sont à prendre avec précaution, même si, en l’occurrence, le sondeur a élargi ses échantillons habituels. Le problème persiste toutefois sur la catégorie des sondés « certains » d’aller voter, puisque, globalement, la participation a été 2 fois moins importante que celle repérée dans les sondages d’avant 1er tour.

En outre, OpinionWay ne s’est pas révélé être un institut performant, son dernier sondage d’avant 1er tour surévaluant très fortement François Hollande et n’ayant pas relevé, contrairement à Harris Interactive (pourtant décrié au premier trimestre 2011 pour ses sondages plaçant Marine Le Pen en tête du premier tour), l’inversion entre Arnaud Montebourg et Ségolène Royal.

Ici, soit OpinionWay s’est « amendé » et a corrigé les réponses au regard des résultats réels du premier tour; soit OpinionWay continue de surévaluer François Hollande. Dans tous les cas, les chiffres ne sont pas rassurants pour ce dernier qui, il est vrai, figurait précédemment à des niveaux très hauts, même à l’aune de l' »histoire » sondagière d’OpinionWay.

2. Les chiffres de la participation potentielle laissent apparaître une marque d’intérêt croissant. Ce serait logique au vu de la médiatisation, quantitativement forte voire saturante et qualitativement positive pour le PS. Ce serait également logique chez les socialistes, qui, au vu du succès de participation du premier tour, iraient logiquement voter plus nombreux afin que le choix de leur candidat ne soit pas majoritairement le fait de non-socialistes. Ce serait enfin logique parmi la gauche dite « radicale » (au sens d’extrême, non pas au sens herriotiste ou mendésiste…), mise en appétit par le phénomène Montebourg (ou supposé tel) et la vulnérabilité inespérée du social-démocrate Hollande (ou supposé(e) tel(le)).

Le fait que cette participation ne progresserait pas chez les écologistes et progresserait chez les socialistes sont de bonnes nouvelles pour François Hollande, aux soutiens plus traditionnels et particulièrement fort chez les militants socialistes, notamment les plus âgés. En revanche, une mobilisation plus forte de la gauche « radicale » serait une bonne nouvelle pour Martine Aubry.

3. Les scores bruts montrent un resserrement de l’écart assez logique, au vu de la perte de dynamique du camp Hollande, des déclarations mêmes de celui-ci sur la faiblesse de l’écart à venir, du discours médiatique ambiant sur le caractère ouvert du second tour.

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François Hollande reste très fort chez les électeurs socialistes et reste suffisamment haut dans l’ensemble des électeurs de gauche, mais il perd beaucoup parmi les sondés « certains » d’aller voter.

Certes, la remobilisation de ses soutiens est forcément un peu plus lente que la galvanisation de ceux de Martine Aubry, enclenchée dès dimanche soir. Toutefois, cette forte érosion est inquiétante pour lui, alors que l’échantillon est déjà plus significatif que précédemment (638). De surcroît, à 52/48, il se situe dans la marge d’erreur habituellement admise.

Ici, c’est la tendance qui est importante, la dynamique à l’oeuvre, et elle ne paraît pas favorable à François Hollande.

4. Quant aux reports, leur analyse ne saurait fortement évoluer par rapport à mon précédent article (que j’invite à lire dans le même temps que celui-ci, même si j’actualise ici les graphiques).

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François Hollande est logiquement dominant parmi les électeurs de Manuel Valls (3/4-1/4 en base 100).
Il reste étonamment résistant parmi les électeurs d’Arnaud Montebourg (48-52 en base 100).
Il semble en revanche déclinant chez ceux de Ségolène Royal, dans une proportion surprenante (1/4-3/4 en base 100). La faiblesse de l’échantillon peut jouer, mais des réactions personnelles, voire une forte proportion de motivations féministes, pourraient expliquer ces chiffres.

Quoi qu’il en soit, la prudence des proportions que j’ai retenues en fin d’article précédent compense largement ces éventuelles évolutions.

5. En ce qui concerne les nouveaux votants potentiels (représentant seulement 117 sondés), ils se répartiraient de manière équilibrée entre les deux candidats de tête, avec toutefois une légère avance pour Martine Aubry et une proportion non négligeable d’hésitants, peut-être plus susceptibles de basculer du côté de cette dernière à l’issue du débat télévisé.

L’échantillon est ici très réduit. Toutefois, si François Hollande était en mesure de capter ainsi les 2/5 de ces nouveaux votants, ce serait suffisant pour éviter un basculement des résultats globaux en faveur de Martine Aubry.

6. Enfin, il reste à voir la présentation médiatique de ce sondage, toujours aussi importante que le sondage lui-même (ce qui est, d’ailleurs, souvent à l’origine de l’antienne « les sondages se sont encore trompés », les impressions personnelles remplaçant en fait les sondages dans beaucoup d’esprits): sera-ce « Hollande gagnant » ou « Hollande en forte baisse » qui prévaudra ?

Au final, la compétition semble se tendre, avec une poursuite des attaques personnelles (quoi qu’elle en dise) de Martine Aubry et une volonté -enfin- de répliquer de la part du camp Hollande. Cette tension est à la mesure du resserrement des écarts et d’une attitude triomphaliste et très critique de la part d’Arnaud Montebourg, qui ne peut que contribuer à la crispation, tout en démonétisant progressivement son propre positionnement, par une gourmandise excessive.

Il est à espérer qu’Harris Interactive et l’IFOP produisent une enquête avant ce week-end, de manière à y voir un peu plus clair.

Sondages pour le second tour de la primaire du PS: quels reports de voix pour un premier pronostic ?

1. Une seule semaine séparant les deux tours de la primaire socialiste ouverte, TNS-Sofres refusant de sonder cette consultation et IPSOS subissant une grève d’une partie de son personnel, peu de sondages seront publiés avant le second tour.

Les données disponibles à ce jour sont celles de sondages réalisés avant le premier tour.

En outre, seuls les instituts IFOP, IPSOS et OpinionWay ont réalisé des estimations de reports; si les deux premiers instituts ont une bonne réputation, ils n’ont pas réalisé de sondage suffisamment proche du premier tour pour être certain d’une fiabilité élevée de leur part à l’égard de la primaire; quant à OpinionWay, il a été le moins performant des instituts pour le premier tour (même s’il a pris davantage de risques en sondant régulièrement et jusqu’au bout).

Enfin, les échantillons sont évidemment très restreints, comportant quelques dizaines de répondants, au mieux deux centaines.

2. En termes de scores bruts, la domination de François Hollande était claire pour beaucoup d’instituts, même en reprenant la moins favorable des deux hypothèses « valables », soit la population de l’ensemble de la gauche, soit celle des personnes qui déclaraient vouloir voter de manière certaine ou très probable.

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Ces courbes suivaient celles des intentions de vote pour le premier tour, avec un resserrement à la fin du mois de juin au moment de la déclaration de candidature de Martine Aubry.

La dynamique du camp Hollande étant désormais enrayée, ces données n’ont plus véritablement de sens.

La présentation médiatique des résultats du premier tour s’avère globalement équilibrée, en rappelant le premier rang de François Hollande, mais en pointant également le caractère serré du second tour. Les médias de gauche sont plus favorables à Martine Aubry mais une certaine retenue est de mise afin de ne pas insulter l’avenir.

3. Les flux d’entre-deux-tours eux-mêmes doivent être envisagés avec prudence. Outre les faiblesses des données sondagières déjà évoquées, plusieurs facteurs viennent contrecarrer la mécanicité supposée des phénomènes.

En premier lieu, les appels et soutiens des candidats éliminés n’ont pas forcément d’effet d’entraînement fort, selon l’adage traditionnel « nul n’est propriétaire de ses voix« . Certains soutiens peuvent s’annuler.

En outre, la personnalité des candidats est parfois plus déterminante que les options politiques, en particulier lorsque les différences programmatiques sont peu profondes, comme c’est le cas ici.

Enfin, le phénomène du « vote utile » peut également jouer. Il est davantage du côté de François Hollande, ainsi que le montre notre indicateur de l’élection présidentielle dans ses deux versions « Aubry » et « Hollande »; mais son incapacité à franchir la barre des 40%, comme l’écart de « seulement » 8,5 points entre les deux principaux candidats, affaiblissent l’effet d’entraînement qu’aurait dû susciter le fait d’arriver en tête.

Les sondages d’avant le premier tour de la primaire socialiste nous apportent des chiffres surprenants, même si la tendance globale apparaît logique.

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– En ce qui concerne Manuel Valls, les reports se feraient majoritairement vers François Hollande, sans surprise, avec toutefois une forte minorité pour Martine Aubry et plutôt croissante en fin de période. Certes, un rapport de 3/4-1/4 a pu être atteint voire dépassé et un rapport 2/3-1/3 apparaît réaliste, mais un resserrement à 3/5-2/5 ne semble pas exclu. Une telle ventilation 60-40 n’est en soi pas si favorable à François Hollande. Il est difficile de l’expliquer, sauf pour des raisons tenant à la personnalité des candidats, tant les idées de Manuel Valls ont évidemment plutôt tendance à se retrouver chez François Hollande.

– En ce qui concerne Ségolène Royal, les données sont très fluctuantes. Cependant, l’effritement de son soutien, repéré par les sondages, semble s’être accompagné d’un plus grand équilibre dans la ventilation de ses voix. Cela est logique dans la mesure où la migration d’électeurs plus à gauche vers Arnaud Montebourg en fin de période laisse une plus grande place à des électeurs plus modérés dans le soutien résiduel de Ségolène Royal. Le report vers François Hollande reste toutefois globalement contenu dans une fourchette comprise entre 40 et 50%, ce qui est probablement un peu plus élevé que ce qui est spontanément attendu.

– En ce qui concerne Arnaud Montebourg, la surprise vient d’un report supposé sur François Hollande plus élevé qu’attendu. Majoritaire, voire nettement majoritaire pendant toute la période, il s’effrite en revanche dans les dernières semaines précédant le premier tour. La cristallisation de l’aile gauche de l’électorat autour de son nom en fin de période semble clairement en cause et, assez mécaniquement, augmente le report vers la candidate perçue comme la plus à gauche. Même si sa marge est probablement inférieure aux 3/4 ou aux 2/3 spontanément attendus, Martine Aubry semble en mesure de capter 55% ou plus de l’électorat Montebourg

4. A ces éléments sondagiers qui sont les seuls disponibles, il convient d’ajouter l’ampleur de la mobilisation/démobilisation.

Il est clair que l’électorat de Ségolène Royal devrait s’abstenir fortement, voire majoritairement, sous le coup de la déception et de l’impossibilité pour beaucoup d’imaginer un autre candidat.

Pour les électeurs des autres candidats, la mobilisation devrait être similaire à celle du premier tour, d’autant plus que, matériellement, ils ont déjà franchi le pas de voter et ont déjà acquitté leur participation financière, ce qui incite à revenir voter. Une petite déperdition devrait toutefois se faire sentir parmi les électeurs d’Arnaud Montebourg, qui a probablement réuni des voix souverainistes (ainsi que je l’ai expliqué dans l’article précédent, en prenant en compte des éléments de géographie électorale). Ces dernières ne souhaiteront pas choisir entre la fille de Jacques Delors et le héraut socialiste du « oui » au traité de Constitution européenne lors du référendum de 2005.

En revanche, la mobilisation supplémentaire directe sur les noms de Martine Aubry et de François Hollande est très difficile à estimer. Le débat télévisé sera essentiel à cet égard et Martine Aubry pourrait bien l’emporter de ce point de vue. Sa stratégie est déjà claire: ainsi que je l’ai déjà expliqué, considérer (à juste titre) qu’elle est située au centre du parti et de la gauche, idéologiquement et institutionnellement lui permet d’être plus proche de l’électorat Montebourg; en outre, présenter François Hollande comme un flip-flopper, ainsi que les Américains qualifient les candidats « opportunistes », prêts à changer de discours en fonction des intérêts du moment, Mitt Romney étant à l’heure actuelle la « référence » en la matière côté républicain; enfin, insister sur sa personnalité supposée plus « forte » et creuser une image déjà présente, ce qui est toujours payant (même si ses atermoiements sur les primaires elles-mêmes et sur le cas Guérini, ses propres changements de positions sur l’âge de la retraite ou le niveau des dépenses, les excès de son caractère peuvent plaider pour une interprétation inverse).

Le positionnement de François Hollande est rendu plus difficile par le score d’Arnaud Montebourg et par la chute de Ségolène Royal: un équilibre de ces deux candidats à 12-12 au lieu de 17-7 l’aurait laissé plus libre de poursuivre la voie « raisonnable » et sa campagne déjà présidentielle autour du « président normal ». Il se retrouve en partie pris dans la même difficulté que Lionel Jospin en 2002, qui avait fait une campagne de second tour (« mon projet n’est pas socialiste », « présider autrement ») et avait fait l’impasse sur un premier tour qui s’est finalement révélé fatal. François Hollande se retrouve contraint, en une semaine, de réaliser le parcours habituel des candidats: commencer plus « extrême » pour finir plus « central ».

Le réflexe de « vote utile » peut déclencher en revanche une mobilisation supplémentaire pour François Hollande, surtout de la part de ceux qui se sont démobilisés au premier tour en raison des niveaux élevés d’intentions de vote du « favori des sondages ». La volonté de battre Nicolas Sarkozy reste la premire motivation et François Hollande, à tort ou à raison, reste perçu comme le meilleur candidat de ce point de vue.

De manière marginale, une participation d’électeurs du centre, voire de la droite, pourrait renforcer la candidature Hollande, soit par conviction et souci d’éviter un « gauchissement » du PS, sous la pression du rythme de la campagne et de la percée d’Arnaud Montebourg (encore que l’aile gauche du PS ait toujours engrangé un cinquième des suffrages des militants…), soit par pure tactique, en estimant que François Hollande serait plus ouvert à une alliance avec le MoDem ou qu’il serait plus facile à battre pour Nicolas Sarkozy.

6. Tenter de faire un pronostic est délicat et je ne le ferai qu’à l’issue du débat de demain soir.

Néanmoins, une base de départ peut être établie comme suit:
– pour les 0,6% de Jean-Michel Baylet, répartition 2/3-1/3 en faveur de François Hollande;
– pour les 5,7% de Manuel Valls, répartition 2/3-1/3 en faveur de François Hollande;
– sur les 6,8% de Ségolène Royal, déperdition dans l’abstention de 40%, soit 2,7 points; ventilation 3/5-2/5 en faveur de Martine Aubry des 4,1 points restants;
– Sur les 17,3% d’Arnaud Montebourg, déperdition dans l’abstention de 10%, soit 1,7 point; ventilation selon deux hypothèses des 15,6 points restants: 2/3-1/3 ou 3/4-1/4, à chaque fois en faveur de Martine Aubry.

En rebasant ces chiffres sur 100% et en se situant dans chacune des deux hypothèses évoquées, François Hollande se situe entre 51 et 52,4%, Martine Aubry entre 47,6% et 49%.

Ainsi, le haut niveau d’Arnaud Montebourg n’est pas, en soi, une difficulté insurmontable pour François Hollande, même en retenant des hypothèses de reports des votes Montebourg et Royal qui ne lui sont pas particulièrement favorables. Cela serait d’autant plus vrai si Arnaud Montebourg ne donnait aucune consigne de vote, comme c’est le plus probable, ou s’il sur-exploite son succès du premier tour et « en fait trop », dévalorisant la portée de son positionnement.

C’est davantage la mobilisation supplémentaire, comme la perception du débat télévisé, qui seront décisifs pour confirmer cette courte avance de François Hollande ou permettre à Martine Aubry d’arracher une victoire serrée.

Il flotte comme une atmosphère de second tour de la présidentielle de 1974…