L’UMP de 2012 à 2017 et à 2022: des alternatives limitées de leadership dans un paysage lourd de nombreuses hypothèques

1. Alors que ce blog fête son premier anniversaire 🙂 et que la campagne officielle pour la présidence de l’UMP s’est ouverte le 5 octobre 2012, quelles sont les perspectives pour le parti de la droite républicaine et pour son leadership?

En premier lieu, rappelons quelques éléments sur l’évolution institutionnelle récente de la France, qui ne feront que s’accentuer avec le temps, quels que soient les appels à la « normalité » ou à la régénération de la démocratie entendus ici ou là.

La France s’est présidentialisée et c’est une tendance lourde.
Le quinquennat a fait du Président le seul leader de la majorité, la dichotomie entre majorité présidentielle et majorité parlementaire relevant désormais de la simple hypothèse d’école pour constitutionnaliste imaginatif. Cette présidentialisation n’est pas propre à la France et touche même les régimes… parlementaires. La pratique du pouvoir de Blair ou de Berlusconi a été présidentielle, comme celle de Harper, de Schröder ou d’autres.
La médiatisation a entraîné une personnalisation de la politique qui se porte en premier lieu sur le Président et non sur son Premier ministre, simplement nommé et facilement révocable. Cette personnalisation influe fortement sur la structure politique même, y compris dans des régimes parlementaires normalement plus dépendants des partis: la personne même de Merkel « sauve » la CDU dans un contexte de progression, mais de division et de faible leadership, des gauches allemandes; l’identité de Monti suffit à stabiliser (temporairement) le paysage politique italien, voire à le recomposer à moyen terme; c’est le débat Rutte-Samsom qui a structuré le résultat des dernières législatives néerlandaises, dans un pays pourtant affecté d’un « régime des partis » et d’un paysage éclaté depuis fort longtemps; face à Cameron, seul atout (avant Boris Johnson?) des Tories, le Labour n’a qu’un petit obstacle avant de revenir triomphalement au pouvoir, son leader Ed Miliband; les travaillistes australiens ont remplacé Rudd par Gillard pour le seul motif de l’image personnelle;…
La demande d’action personnelle d’un chef n’était pas tant liée que cela à Sarkozy: elle est liée à la modernité (une société avec moins de corps intermédiaires et habituée à l’immédiateté et à l’impatience), à la médiatisation, à la personnalisation et Hollande commence de comprendre que la « normalité » dilettante ou même (version plus sérieuse et plus mitterrandienne) la distance byzantine ne peuvent plus avoir cours. Alors, « lui Président », il organise une visite hautement médiatisée et « surprise » à Echirolles…

La France s’est américanisée, en ce sens que son mode de fonctionnement politique (le cycle électoral et les affrontements de leadership) se rapproche de celui des Etats-Unis. Le calendrier politique s’organise autour de la présidentielle, avec des élections locales, européennes ou sénatoriales qui jouent le rôle de midterms.
Il s’agit encore de personnalisation.
Mais il s’agit également d’histoires personnelles, d’étapes dans un parcours, d’influence des médias et des sondages (le climat et la dynamique), de consumérisme politique et électoral (revirements d’opinion rapides, en particulier).

La France s’est « médiatisée », ce qui a renforcé la présidentialisation et a accompagné l’américanisation, mais a aussi entraîné une moindre importance des structures partisanes (Bayrou ou Villepin ont existé malgré tout) et des succès électoraux locaux (qui n’ont pas permis à Royal de vaincre en 2007) et une plus grande importance des positionnements relatifs et personnels et des problématiques d’image (le racisme anti-Blancs en est un exemple récent: reproché à Copé, il ne dérange pas chez Vallaud-Belkacem; peu importe ce que l’on dit, ce qui compte c’est quand on le dit et par rapport à qui, voire où et avec quelle présentation d’ensemble), c’est-à-dire du marketing.

2. Sur ce paysage de fond, viennent s’agréger plusieurs hypothèques majeures pour la droite républicaine, dont elle ne parviendra pas à se libérer facilement, ne les ayant toujours pas résolues.

– La moindre d’entre elles, c’est l’indépendance du centre et du centre-droit.
Bien entendu, Bayrou est politiquement mort et ses grotesques rodomontades face à Borloo ne visent, à la manière d’un Villepin, qu’à se persuader que l’on est encore vivant, alors même que les membres (Vanlerenberghe, Azière, avant sûrement Artigue ou d’autres) commencent à se détacher du tronc désormais sans vie (Sarnez, Gourault).
En revanche, après l’échec de l’ARES et l’incapacité de Borloo à incarner le centre-droit à la présidentielle, celui-ci a enfin « réussi » (c’est presque un oxymore d’associer ce mot à Borloo… très barriste ou séguiniste du point de vue de la « réussite » politique…) à agglomérer le centre-droit. Tout cela est bien sûr fort timide et fragile et ne se fait que par défaut, parce que tous les petits chefs ont unanimement conclu qu’il n’y avait pas d’autre tête connue (c’est ce que Maurice Leroy avait dit, en parlant du seul leader connu du Français de la rue…). L’UDI n’est qu’une UDF en réduction, sans la force historique (au sens de leurs immédiats et plus lointains prédécesseurs, qui remontaient à 1945, voire aux années 1920) et idéologique du CDS et du PR, qui étaient les deux piliers de l’UDF. Aujourd’hui et après la scission du NC, le parti radical apparaît presque comme la force majeure de l’UDI, c’est dire… De plus, aucun centriste ou modéré de l’UMP n’est venu rejoindre l’UDI, pas même les députés UMP qui se sont apparentés à son groupe: que ce soit pour finir une carrière (Méhaignerie, voire Juppé – qui était potentiellement le Barre ou le Balladur de 2012 dans les sondages de 2011), pour retrouver de l’air et des marges de manoeuvre (Léonetti, voire Raffarin) ou pour être le borgne chez les aveugles (Jouanno, NKM, voire Wauquiez).
Malgré tout, même s’il est piquant de voir le radicalisme laïcard succéder à la démocratie-chrétienne molle dans ce rôle (après la parenthèse personnelle Bayrou), l’UDI reprendra probablement l’étiage centriste de 8-10%, celui des élections européennes de 1989 avec Veil ou de 1999, 2004 et 2009 avec Bayrou ou celui de Borloo dans les quelques sondages présidentiels l’intégrant en 2011.
La fin du MoDem va se traduire par un report de 3 points d’électeurs de centre-gauche soit vers un PS moscovicisé ou vallsisé, soit vers l’abstention; par un retour de 3 points vers l’abstention; par un report de 3 points vers l’UDI. Non seulement l’UDI est viable et va donc pouvoir grignoter sur l’UMP, mais le PS va récupérer quelques points sur les ruines du MoDem. Certes, cela peut être compensé (dans l’ouest par exemple), par un retour d’électeurs au centre-droit, après un passage par un PS local rocardisé, mais ce sera relativement marginal et, de toute façon, ne profitera pas à l’UMP.
Ainsi, l’UDI peut être un handicap lourd pour l’UMP au 1er tour d’une présidentielle, avec le risque d’un « 21 avril à l’envers ». De ce point de vue, la victoire de Copé à la tête de l’UMP aggraverait les choses, car il perdrait forcément des électeurs qui se reporteraient sur l’UDI plus facilement.

– De manière liée (le fameux étau qui enserrait Sarkozy entre extrême-droite et centre, avec des pertes d’un côté dès que l’on penche de l’autre), l’hypothèque la plus lourde est évidemment la question lancinante du FN.
Le positionnement actuel de Copé, qui reprend celui de Sarkozy, est-il le bon ? En bref, Sarkozy a-t-il « presque gagné » ou a-t-il « quand même perdu » en mai 2012 ?
Toujours pas réglée, cette question sera encore plus aiguë au fur et à mesure de l’avancée du quinquennat et Hollande s’en servira d’autant plus qu’il pourrait bien ne plus lui rester que cela pour espérer être réélu en 2017.
La crise persistante et l’austérité vont évidemment conforter le FN (pas forcément le faire augmenter, mais en tous les cas consolider sa base de départ).
La pseudo-dédiabolisation (les idées sont les mêmes, mais l’emballage a été renouvelé) pose un problème encore plus grave à l’UMP, puisque les médias semblent présenter Le Pen comme « acceptable », tout en mettant une forte pression sur l’UMP et sa tentation d’alliance avec le Mal.
La dose de proportionnelle envisagée par Hollande ne pourra que rendre encore plus délicat le retour au pouvoir de l’UMP et sera utilisée comme Mitterrand avait su le faire en 2005-2006. De manière accessoire, le futur mode de scrutin pour désigner les conseillers généraux (départementaux ?) pourrait recréer les mêmes débats délétères pour l’UMP dans les départements où il aura besoin de voix du FN pour s’imposer ou espérer s’imposer (Ain, Vaucluse, Loire, Oise, Somme, Aisne, Moselle viennent à l’esprit).
Le « précédent Sarkozy » renforce encore le poids du FN: se délester de sa menace impliquerait forcément de coller à un positionnement « dur » et, en plus, cela n’aurait pas tant nui que cela à Sarkozy en 2012 puisqu’il n’aurait pas été battu si nettement que cela, disent les soutiens de la droitisation.
Bref, mutatis mutandis, l’UMP est confronté au même problème que l’establishment du GOP, sous la pression persistante du Tea Party, qui les oblige à se déporter sur la droite et entretient des débats internes qui affaiblissent le parti. L’effet négatif se sent non seulement pour la présidentielle, mais aussi pour les élections « locales » (en incluant les sénatoriales pour ce qui est des Etats-Unis: voir, par exemple, l’Indiana où le GOP va peut-être perdre un siège à cause du candidat Tea Party qui a triomphé aux primaires): ainsi, les municipales de 2014 s’annoncent déjà fort difficiles pour l’UMP.

Car les municipales se joueront médiatiquement sur les grandes villes, où le PS restera structurellement et sociologiquement fort (Paris et Lyon sont ingagnables pour l’UMP, tandis que Marseille, Nancy, voire Perpignan, Le Havre, Orléans ou Bordeaux, pourraient basculer, avec un Gaudin en bout de course et un Juppé talonné par Feltesse, qui arrive « à point », et que l’UMP ne peut guère espérer reprendre que Metz ou, très éventuellement, Strasbourg, mais rien n’est moins sûr car l’UMP a peu de bons candidats – ce qui fait que des villes comme Caen, Amiens, Montpellier ou Reims, qui devraient être « retournables », ne le seront pas). Les éventuels succès de l’UMP dans des villes moyennes ne se verront pas ou seront masqués par quelques cas problématiques liés à la présence du FN (autour de l’étang de Berre, dans le Vaucluse ou dans le Gard). En outre, malgré les déboires hollandais, l’attachement des Français à la dépense locale (une vraie drogue…) les rend fort réceptifs au socialisme local et n’a pas encore entraîné de révolte fiscale.

– La trosième hypothèque, sur laquelle l’UMP a peu de prise et qu’elle n’a pas résolue à ce jour, c’est l’éventuel retour de Sarkozy.
Soyons clair: la tentative du retour est certaine, je l’ai toujours dit (c’est dans son sang… et puis, l’instinct de revanche…). La réussite du retour est en revanche très peu probable.
D’abord, l’excitation actuelle s’éteindra aussi vite qu’elle est venue: elle est une manifestation supplémentaire des emballements médiatiques de plus plus en nombreux que nous subissons; elle est aussi une conséquence de la vacance actuelle du pouvoir à l’UMP et de la faiblesse du PS, une partie de la gauche recherchant son « meilleur ennemi » pour se remobiliser et se « comparer »…
Dans le même ordre d’idées, Sarkozy continuera de vieillir et le renouvellement à gauche (le gouvernement n’est pas au mieux, mais, au moins, il y a des visages nouveaux -au moins aux yeux des Français, même si Peillon ou Mosco ne sont plus vraiment des perdreaux de l’année) comme à droite (derrière Fillon ou Copé et à côté d’eux, la nouvelle génération va prendre les premiers rôles) va le ringardiser et le faire apparaître comme un has been à la Chirac d’après 2002.
Ensuite, l’une ou l’autre des « affaires » finira bien par produire un résultat rédhibitoire pour Sarkozy.
Sa personnalité n’a pas changé et ne changera pas et ce qui l’a fait rejeter le fera échouer à l’avenir. De manière connexe, l’électorat de droite finira par comprendre (comme c’est un peu le cas avec Copé, semble-t-il) que la gauche n’attend que cela: un retour du « grand méchant loup » qui lui permettrait de se remobiliser et de gagner par défaut. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, les élections ne se gagnent plus forcément en convaincant les indécis, mais encore davantage en mobilisant le plus possible les convaincus de son camp…
Enfin, politiquement, les habitudes des acteurs vont changer une fois que l’UMP aura un nouveau chef (si tant est qu’il assume pleinement son rôle). Les structures et responsables locaux seront renouvelés, les réalignements s’effectueront (voir Baroin ou Estrosi rejoindre Fillon est déjà un premier exemple des recompositions qui peuvent s’opérer).

Cependant, ce retour raté de Sarkozy ne se fera pas tout de suite et, même destiné à échouer, ce retour constituera un élément de perturbation pour la droite et continuera de « plomber » le futur président de l’UMP en laissant planer un doute forcément affaiblissant pour son autorité.
Cette perturbation sera moins forte si Fillon ou Copé gagne largement (à plus de 60%, Sarkozy est fini). Si la victoire est entre 55 et 59%, ce sera insuffisant pour dissiper le doute. Si cela se joue à moins de 55%, alors le président de l’UMP sera réellement affaibli et les divisions internes qui perdureront (guérilla de Copé contre Fillon, en particulier) pourraient avoir raison de l’unité de l’UMP.
Plus précisément, si Copé gagne de manière étriquée, Sarkozy se sentira plus fort pour revenir, mais la concurrence Sarkozy-Copé à venir risquera de déporter l’UMP tellement à droite qu’elle pourrait bien se scinder.
Si Fillon gagne de manière étriquée, Copé servira de sapeur pour Sarkozy, qui se sentira d’autant plus fort qu’il connaît les faiblesses personnelles de Fillon et n’hésitera pas à l’attaquer méchamment, personnellement et directement: ce serait le meilleur cas de figure pour Sarkozy. Ce serait aussi la pire des situations pour l’UMP, qui pourrait alors tellement se déchirer que sa présence au 2nd tour de 2017 serait rien moins qu’assurée.

3. Pour 2017, l’éventail des possibles est forcément limité, quoi qu’en disent les médias en s’ébrouant de plaisir devant les quelques signaux de NKM ou en se repaissant de la candeur des annonces de Bertrand. En réalité, comme aux Etats-Unis, l’emballement, dès le lendemain d’une présidentielle (voire bien avant…), pour de multiples candidats potentiels à l’élection suivante, voire à celle d’après, retombe bien souvent et, finalement, ce sont les poids lourds « évidents » qui l’emportent, même avec difficulté: Kerry ou Romney en sont de bons exemples.

Ainsi, en 2017, cela se jouera entre Fillon, Copé et Sarkozy.
Je viens de dire la conviction que ce dernier n’y parviendrait pas. La pratique américaine est qu’un sortant (président ou vice-président, d’ailleurs) battu ne peut plus retenter sa chance. Certes, on trouvera toujours des exceptions (Nixon). Mais la tendance semble bien lourde d’une « ouverture » au niveau des primaires et d’un retour à l’impératif d’efficacité au niveau de l’élection proprement dite. Ainsi, Romney a plutôt bénéficié de sa campagne des primaires de 2008, plutôt réussie, et de son ralliement « à point » à McCain (suffisamment tard pour montrer sa propre force, suffisamment tôt pour ne pas pénaliser son propre camp, ce qu’avait fait en partie Huckabee); malgré la droitisation du GOP, il a quand même réussi à être le candidate, largement sur la base d’un critère: il serait le plus apte à battre Obama.
Or, quel que soit l’attachement du militant de droite à la culture du chef, la volonté de gagner est la plus forte et c’est ce qui devrait exclure la solution Sarkozy.

C’est aussi la raison pour laquelle Fillon est le mieux placé. Il est le candidat « attrape-tout », celui le plus en mesure de récupérer le centre-droit et le centre sans faire fuir les électeurs du FN.
Le récent sondage CSA pour i-Télé et Atlantico.fr (2-3 octobre 2012 auprès de 1002 personnes dont 860 inscrits) mesurait le potentiel électoral dans une confrontation de second tour avec Hollande. A la question de savoir si les personnes interrogées pourraient voter pour lui, il a été répondu, respectivement « oui, certainement » / « oui, peut-être » / « non, en aucun cas » / « ne sait pas »:
Fillon 37 / 24 / 36 / 3
Sarkozy 39 / 15 / 45 / 1
Copé 22 / 25 / 48 / 5
Ces chiffres confirment ce qui a pu être dit pendant toute la campagne présidentielle: Sarkozy mobilise bien sa base, mais se heurte à un plafond de verre qui lui interdit de franchir facilement les 50%. Fillon n’a pas ce problème, alors que Copé essuie un refus encore plus net que Sarkozy, sans enthousiasmer autant sa base.

Auprès des sympathisants du centre (soit, pour ce sondage, le MoDem, le NC et le parti radical), Fillon est évidemment dominant et Copé s’en sort encore plus mal que Sarkozy:
Fillon 53 / 27 / 19 / 1
Sarkozy 36 / 27 / 36 / 1
Copé 25 / 27 / 43 / 5

Auprès des sympathisants du FN, Sarkozy est logiquement le meilleur, mais Fillon n’est pas en retrait par rapport à Copé:
Fillon 34 / 32 / 33 / 1
Sarkozy 53 / 22 / 25 / 0
Copé 32 / 27 / 35 / 6

Enfin, auprès des sympathisants UMP, Fillon est quasiment au niveau de Sarkozy et Copé est étonnamment fragile, ce qui signifierait probablement, en 2017, au profit d’un Borloo coiffé et sobre ou d’une Le Pen poussée par le buzz médiatique et créerait un risque réel de « 21 avril à l’envers »:
Fillon 78 / 15 / 5 / 2
Sarkozy 82 / 12 / 4 / 2
Copé 49 / 35 / 13 / 3

De même, le sondage OpinionWay pour le Figaro (27 septembre-1er octobre, auprès de 523 sympathisants extraits d’un échantillon total de 2213), sur l’image comparée de Copé et Fillon, place ce dernier en position de force:
certes, la réponse dominante pour toutes les catégories (sauf une, le charisme) est: « les deux »;
certes, Fillon a un retard de -21 sur « dynamique » et de -16 sur « moderne »;
mais il parvient à ne pas céder de terrain sur « proche des adhérents et des militants » (-5), argument majeur de Copé, ni sur la personnalité (« a une force d’entraînement » à -2, « déterminé » à -1), ni sur le renvouellement à l’UMP (« incarne le renouvellement de la droite » à +2, « a des idées nouvelles » à +2, alors que Copé joue au Sarkozy avec du buzz quasiment chaque jour);
il reste surtout fort sur des éléments de personnalité sur lesquels il semblait partir avec un désavantage (« charismatique » à +13, « courageux » à +10, « sait où il va » à +17, mais le caractère vibrionnant de Copé sur le modèle de Sarkozy est sûrement contre-productif);
sur une capacité à mener l’UMP et à être proche de son « coeur » (« a l’autorité d’un chef de parti » à +13, « proche de vos préoccupations » à +19, « incarne bien les valeurs de la droite » à +16, « a un projet pour la droite » à +14, « fidèle aux idées de Sarkozy » à +16, alors qu’il s’agit là de l’autre argument majeur de Copé);
sur une capacité à gagner les élections, y compris locales tant mises en avant par Copé (« capable de mener l’UMP à la victoire aux élections de 2014 » à +20, « incarne l’avenir de la droite » à +15, « capable de rassembler les électeurs de droite » à +20, « ferait un bon chef de l’opposition » à +16).

Alors même que ce sondage n’aborde pas l’expérience, les qualités d’homme d’Etat ou la capacité à gagner en 2017, qu’il est donc « en ligne » avec les souhaits de Copé (et du Figaro ?), Copé est ainsi distancé là même où il devrait au moins faire jeu égal et dans une mesure « qualitative », sûrement bien plus révélatrice que les sondages bruts sur le candidat préféré.

Si ces résultats sont positifs pour Fillon à court terme, ils le sont surtout à moyen terme, car ils pourraient signifier que sa présidence de l’UMP ne serait pas trop remise en cause en 2015 (le président de l’UMP est élu pour 3 ans).
D’abord, le fait de diriger permet de renouveler les structures et les apparatchiki et de s’assurer de nouvelles fidélités.
Ensuite, si les municipales de 2014 ne seront pas forcément extraordinaires pour l’UMP, les européennes de 2014 devraient être catastrophiques pour le PS (les Verts et le FG reviendront sur le devant de la scène) et les régionales et départementales seront raisonnablement bonnes pour l’UMP, tant elle part de bas en nombre de conseils régionaux et généraux (les régionales seront d’ailleurs plus médiatisées que les départementales et c’est précisément dans les régions que l’UMP a davantage de chances de gains).
Enfin, il est peu probable que Copé puisse refaire son retard si Fillon s’il perd en 2012. Bien entendu, il mènera une guérilla implacable et fera tout pour affaiblir Fillon; il facilitera la tâche de Sarkozy; mais il ne pourra le faire qu’en restant sur le créneau droitier et, sauf à ce que le FN crée un séisme aux européennes ou aux régionales, il est peu probable que le paysage général soit profondément modifié: l’UMP n’aura pas forcément progressé mais elle n’aura pas régressé et, surtout, le PS se sera effondré ce qui, par simple différence, fera apparaître Fillon comme un bon chef de l’opposition.

Peut-être tombé-je dans un optimisme excessif (maintenant que je suis sûr de pouvoir voter le 18 novembre… :P) mais, si Fillon dépasse les 55% (60% seraient mieux, mais il ne faut pas être trop exigeant), il devrait logiquement être le candidat pour 2017.

4. Quid, donc, de 2022 ?

Bien sûr, si Fillon est élu en 2017 (je continue d’en douter…), il sera le candidat sortant en 2022 et se représentera, selon la logique américaine.

Si Hollande est réélu en 2017 (rien n’est exclu: une forte Le Pen, un retour d’une croissance correcte, des mesures électoralistes, une division de l’UMP,…), Fillon sera bien entendu la victime expiatoire de la défaite. Les possibilités ne sont alors pas si nombreuses que cela.

D’abord les hypothèses fantaisistes:
Sarkozy pourra-t-il revenir en 2022 ?…. Il n’aura que 67 ans…. Et si la métaphore américaine doit être filée jusqu’au bout, la victoire de Nixon en 1968 revient de très loin…. C’est quand même peu probable car les prétendants seront nombreux et, surtout, l’échec de son retour en 2016 devrait avoir mis un terme définitif à sa carrière.
Christine Lagarde a un an de moins que Sarkozy…. Je l’évoque simplement parce qu’elle est maintenue dans les différents baromètres de popularité, mais il est évident que cette argentière plus anglo-saxonne que franchouillarde n’a strictement aucune chance dans notre pays.

Ensuite, les hypothèses qu’aiment évoquer les médias dès qu’une tête dépasse les autres de quelques centimètres pendant quelques minutes; par ordre de probabilité croissante
Chatel est par trop libéral et a également une image de privilégié (au mieux, il peut viser Bercy);
Baroin est clairement trop dilettante et « fils à papa » et, à force d’être le jeune premier, sera bien défraîchi;
Bertrand a été un bon ministre technique, mais sa popularité est faible et il a largement échoué à la tête de l’UMP: trop rigide, peu charismatique, ne pouvant s’empêcher de dégager une image d’hypocrisie et d’absence de sincérité; en outre, il est élu d’une circonscription très difficile;
Pécresse a acquis une image de « bourgeoise » et de privilégiée qui la disqualifie probablement de manière définitive pour une présidentielle; elle fait partie de ces responsables politiques (comme Baroin, mais peut-être même pas comme Bertrand) qui ne peuvent espérer, au mieux, qu’être Premier ministre (un peu à la Bianco, en son temps);
NKM est à mon sens trop « décalée », sur le plan personnel, et une forme de sincérité et une réelle intelligence ne pourront compenser le fait qu’elle serait également considérée comme une privilégiée et une « fille à papa »; sa circonscription est, en outre, délicate; elle peut largement envisager Matignon, mais plafonnerait pour une présidentielle, même si, comme Pécresse, elle a l’avantage d’être, tout simplement, une femme;
– un peu en retrait mais très proche de la catégorie suivante, Le Maire est probablement trop technocratique et sérieux pour espérer même concourir à la magistrature suprême; sa campagne interne à l’UMP fut claire et cohérente et il a déjà des relais; son bon potentiel (une certaine clarté et fermeté personnelles; une réelle compétence; un positionnement central à droite, comme Fillon) ne sera toutefois probablement pas suffisant pour effacer l’image d’énarque; Le Maire est évidemment un candidat naturel pour Matignon, mais, au-delà, il pourrait ne pas faire mieux qu’un Moscovici.

Reste les vrais postulants à la candidature pour 2022:
Copé, bien sûr, qui est né pour la présidentielle, ne pense et n’agit que pour cela, ce qui est bien la caractéristique commune à tous les Présidents récents de la Ve République (VGE, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, mais aussi Hollande, quoi qu’il veuille laisser paraître); de toute façon, il essaiera jusqu’au bout et il est bien possible qu’après avoir aidé à torpiller Fillon en 2017, il s’apprête à récupérer la mise en 2022…
– à moins qu’entretemps, Wauquiez n’ait réussi à s’imposer: il est clairement d’un matériau présidentiable, est déjà focalisé sur cet objectif et a su se positionner à la fois à droite (les assistés) et chez les modérés (héritage de Barrot, « droite sociale », classes moyennes), tout en « sentant » les évolutions socio-politiques modernes (les « sujets de la vie quotidienne » de ceux qui votent); il a un très bon ancrage local, alors même que sa circonscription n’est plus aussi acqusie à la droite.

D’aucuns pourraient nous enjoindre d’être plus volontaristes et de regarder vers les plus jeunes. Mais la France n’en est pas encore au stade du Royaume-Uni ou des Pays-Bas et l’exemple américain n’incite pas à penser qu’une carrière météorique soit possible dans un régime présidentialisé. Obama n’est pas un contre-exemple: il a eu du mal à s’imposer face à Hillary Clinton (il a eu moins de voix qu’elle… ne l’oublions pas) et il n’a pas gagné pour sa jeunesse mais pour sa couleur de peau (y compris dans la nuance pas trop foncée, quand même…) et grâce à une stratégie et une organisation exemplaires.
Il faudrait alors surveiller un Guillaume Peltier, infatigable et ambitieux, mais très à droite, ou un Christophe Béchu, auréolé de succès électoraux locaux, mais trop locaux justement. Toutefois, le creuset local, bien que riche en espoirs (Edouard Philippe, Valérie Boyer, Philippe Dallier déjà « amorti »,…), ne laisse pas apparaître beaucoup de futurs « présidentiables ». Mais, après tout, Wauquiez aura, en 2022, à peine plus que l’âge de Valls aujourd’hui…

5. En attendant 2022, cette élection à la présidence de l’UMP semble un peu moins incertaine (le ralliement de Baroin semble avoir porté un coup psychologique à Copé, qui a de plus en plus de mal à sourire), mais n’oublions pas le débat du 25 octobre, ni l’ampleur de l’écart entre les deux hommes. Bref, il reste matière à suspense et, même si la campagne connaît peu de rebondissements, on pourra se consoler avec une présidentielle américaine présentant, enfin, un peu d’intérêt (même si le rebond national de Romney ne devrait pas durer et, surtout, ne devrait pas se traduire suffisamment Etat par Etat pour qu’il espère raisonnablement l’emporter).

Bientôt, quelques spéculations sur le PS en 2017 et en 2022…

Election à la présidence de l’UMP: bonne tenue de Fillon dans la bataille des parrainages

1. So far, so good… Ma foi, Fillon doit se dire qu’il ne lui reste plus que l’épreuve médiatique des débats à franchir avant de remporter la présidence de l’UMP.

La grande nouvelle du jour est en effet que Fillon aurait atteint les 45 000 parrainages, coiffant sur le poteau et à la surprise générale un Copé à un peu plus de 35 000… Or, reprendre la main et relancer la dynamique par une victoire symbolique sur les parrainages était bien l’objectif premier de Copé.

Au surplus, on peut considérer sans risque majeur d’erreur que Fillon aurait été majoritaire parmi les 8 200 parrainages de Bertrand, les 7 200 de Le Maire (joli score et peu éloigné de la barre des 7 924), les 6 700 de NKM. Certes, le camp Copé a peut-être « joué » à faire soutenir d’autres candidats « modérés », susceptibles d’affaiblir Fillon; mais cela doit être marginal: nous ne sommes plus à l’époque Pasqua et Copé lui-même avait besoin du maximum de parrainages pour ne pas en gaspiller trop par des manoeuvres excessivement compliquées.

En ne prenant en compte que les parrainages des deux candidats, le rapport de forces est de 56-44. Nous sommes loin des résultats des sondages, mais, avec une meilleure proportion de fillonistes dans les parrainages de Bertrand, NKM et Le Maire, on se rapprocherait d’un score plus probable de 60-40 (sans cependant atteindre les 66-34 en additionnant Fillon, Bertrand, NKM, Le Maire).

Pour le Nouvel Observateur, LH2 a sondé un échantillon de 969 personnes, les 14 et 15 septembre, pour savoir qui serait « le plus capable de faire gagner la droite » en 2017. Respectivement parmi l’ensemble des répondants, parmi les sympathisants de droite, ceux de l’UMP et les électeurs de Sarkozy, les résultats sont les suivants:
Fillon 37 / 32 / 32 / 34
Copé 15 / 18 / 21 / 15
Sarkozy 27 / 40 / 43 / 46
aucun 11 / 5 / 1 / ?
ne se prononce pas 10 / 5 / 3 / ?

Pour notre graphique, je ‘en retiendrai qu’un rapport de forces de 60-40, justement, entre Fillon et Copé.

Bien sûr, cela introduit d’emblée l’incertitude sur le retour de Sarkozy et sa capacité à convaincre les adhérents de l’UMP et les électeurs de droite. Mais, autant je suis convaincu de sa volonté et de sa future tentative de revenir, autant ce sondage se révèlera faux:
– nous ne sommes qu’à 4 mois et demi de l’élection,
– les médias, même de gauche, ne peuvent s’empêcher de parler de leur « personnage » favori, Sarkozy, ce qui contribue à faire durer le sillage de son quinquennat,
– les « affaires » ne l’ont pas encore totalement rattrapé,
– les électeurs de la primaire UMP de 2016 seront d’abord pragmatiques et constateront l’avantage relatif de Fillon dans un second tour de présidentielle,
– Fillon va peut-être contrôler l’appareil UMP et sera le « premier opposant »,
– comme aux USA, il faut un peu de temps avant que le candidat battu s’efface des hypothèses pour l’élection suivante,
– comme aux USA, l’échec ne pardonnera plus dans le système présidentiel français.

Certes, Sarkozy ne reculera devant rien (utilisation de « leurres » pendant 4 ans tels que Bertrand, Copé ou Dati; exploitation d’une éventuelle déception aux municipales de 2014; pressions psychologiques et personnelles contre un Fillon qu’il connaît bien; primaire dure;…). Mais, normalement, il retombera dans les travers qui l’ont déjà perdu.

2. Mais fermons la parenthèse 2017 (on y reviendra), revenons au présent et constatons que Fillon, après l’amateurisme de l’été, dégage une certaine force tranquille, faite de pondération, d’humour et de rigueur sur le fond, qui tranche avec un certain patinage chez Copé, qui a tenté de s’adoucir, qui vient de tenter l' »émotion » sur les parrainages et qui teste tous les angles d’attaque sur Fillon.

Fillon a tranquillement annoncé son « ticket« : Wauquiez vice-président, Pécresse SG (pas forcément une bonne idée, car un Wauquiez aurait mieux réussi dans ce poste de « soutier en chef »), Ciotti SG adjoint. Il ne s’embarrasse pas de conserver des places pour Bertrand et Juppé (la présidence du conseil national ne peut suffire à tout le monde…) et se permet de ne pas faire apparaître Estrosi. Certes, il peut toujours promettre le futur porte-parolat, mais il n’éprouve pas le besoin d’élargir son socle de départ.
On aurait pu penser qu’il ferait de cette annonce un « événement » plus important, mais il semble se tenir à une ligneplus personnalisée, ce qui est peut-être plus clair.

Même lorsqu’une mauvaise surprise surgit (Morano finalement dans le camp Copé – comme prévu initialement, ceci étant dit), il semble toujours avoir des ressources pour l’effacer et éviter qu’elle n’entame sa dynamique (ainsi, Longuet et Ollier soutiennent aussi Fillon, après Bussereau et Lancar).

Copé n’a ainsi toujours pas réussi à inverser la dynamique et cela peut avoir des conséquences négatives pour la suite, même s’il reste précisément 2 mois de campagne, soit une quasi-éternité:

– les vrais hésitants pourraient ne pas prendre trop de risques et rallier Fillon, au vu du soutien militant inattendu qu’il a reçu: Bertrand, Juppé, MAM ne sont pas des casse-cous et ils devraient logiquement suivre le vent dominant; d’ailleurs « POM » (Ollier) semble rouler pour Fillon, ce qui anticipe peut-être le ralliement de MAM;
pourquoi l’arriviste Baroin ne ferait-il pas la même chose ? (c’est peu probable, et pourtant…);
NKM et Le Maire sont logiquement plus proches de Fillon;
Le Maire pourrait faire parler les liens personnels, mais le fait qu’il ait signé la motion « Boîte à idées » avec Jouanno, Gaymard et Apparu (2 fillonistes et 1 juppéiste) est peut-être une indication inverse; certes, il a dit solennellement qu’il ne choisirait pas, mais c’est difficile à croire; NKM a été moins solennelle et, comme Guaino, finira bien par dire quelque chose;
une unanimité des 3 autres candidats potentiels aurait un air de 1er tour de primaire socialiste, lorsque Martine Aubry n’avait reçu le soutien d’aucun candidat non qualifé pour le 2nd; là encore, c’est affaire de dynamique;

les médias ne font qu’amplifier les dynamiques, surtout lorsqu’elles les surprennent et les prennent à revers de leurs anticipations, ce qui est le cas sur les parrainages;

Copé va être contraint d’attaquer davantage, notamment lors des débats, ce qui fera resurgir l’image sarkozyenne d’agressivité et d’agitation qu’il tentait récemment de dissiper; il n’aborde pas cette nouvelle phase en ayant « remis les compteurs à zéro » et ce n’est pas du tout à son avantage;

– le haut niveau des parrainages et le longueur de la campagne encore à venir laissent entrevoir une forte mobilisation des adhérents de l’UMP le 18 novembre prochain, bien supérieure aux 140 000 qu’annoncent les commentateurs: le seuil des 200 000 votants pourrait bien être dépassé; l’équipe Copé elle-même avait d’ailleurs dit qu’un parrain mobiliserait un électeur de plus…;
or, une forte mobilisation signifie un électorat plus large et, a priori, plus favorable à Fillon car plus éloigné du coeur ultra-militant et plus « dur » politiquement;

la dynamique des motions pourrait ne pas être si favorable à Copé; certes, tous les leaders ont pris leurs précautions, mais, quand même, la motion Raffarin-Chatel est largement menée par des copéistes (un paradoxe quand cette motion est plutôt censée être une sorte d’UDF interne…);
or, sa bonne tenue dans les sondages pourrait être contrecarrée par la motion de Wauquiez (qui sera perçue comme filloniste, à tort ou à raison) et par la motion Le Maire et alii (sur la base de la bonne colecte de parrainages pour Le Maire mais aussi NKM);
les autres motions auront davantage de mal à être étiquetées copéistes, les « gaullistes » étant plus identifiés à MAM qu’à Karoutchi et la Droite populaire étant sourcilleuse sur son indépendance et sa spécificité;
la Droite forte (Peltier et les sarkolâtres) pourrait l’être davantage mais sera probablement noyée dans le nombre important de « mouvements » potentiels.

Je précise d’ailleurs que je n’ai pas accordé beaucoup d’importance aux motions, car, contrairement au PS, elles ne seront pas « exhaustives »: un adhérent n’est pas contraint de suivre une motion particulière, un membre du conseil national n’a pas obligation de « s’affilier » et toutes les motions ne se transformeront pas en « mouvements ». Il est probable que leur physionomie sera largement dictée par le résultat du duel Fillon-Copé et non l’inverse.

Finalement, il est peut-être temps de commencer à croire en la victoire de Fillon… 😉

Election à la présidence de l’UMP: stabilité des sondages et inutilité de Xavier Bertrand

1. La dernière livraison de l’IFOP pour Paris-Match (sondage réalisé les 6 et 7 septembre 2012 auprès d’un échantillon total de 1007 personnes) ne repose pas sur un questionnement direct pour la présidence de l’UMP, mais sur la « préférence pour une personnalité » et donc s’en rapproche clairement et, comme pour les trois précédents « tableaux de bord », je l’intègre dans notre graphique général du rapport de force Fillon-Copé:
Fillon 73 (+3)
Copé 25 (+1)
ni l’un ni l’autre 1 (-5)
ne se prononce pas 1 (+1)

Fillon est proportionnellement plus fort avec l’âge et recrute dans toutes les catégories de diplômes. Il est moins fort chez les ouvriers (62-33) et, marginalement, chez les commerçants et artisans (67-29).
La seule évolution de moyen terme décelable est l’évolution « politique », avec une situation davantage de centre-droit pour Fillon, qui était moins marquée avant l’été: 62-36 chez les électeurs FN et 64-32 chez les électeurs Le Pen, mais 74-19 chez les électeurs PS et 91-8 chez les électeurs Bayrou.
Toutefois, il reste fort dans le coeur de l’électorat UMP: 71-27 chez les électeurs Sarkozy.
Chez les électeurs PCF-PG, le rapport est de 65-16.

Publié avant-hier, le sondage IFOP pour Atlantico.fr est plus intéressant, mais donne exactement le même rapport de forces. Réalisé du 11 au 14 septembre 2012 auprès de 428 sympathisants de l’UMP (extraits d’un échantillon total de 2012 personnes), il donne
Fillon 59 (-3)
Copé 20 (-1)
NKM 6 (+2)
Le Maire 4 (+2)
Bertrand 3 (+2)
Guaino 1 (+1)
aucun 7 (-3)

Malgré un grignotement de chacun des petits candidats, le duel majeur n’est pas remis sérieusement en cause.
Dans le détail, les caractéristiques de l’électorat potentiel de chacun sont comme immuables.
Fillon est quasiment d’autant plus fort que l’âge est plus élevé: toujours un bon élément en termes de mobilisation potentielle.
Il est fort dans toutes les CSP, sauf chez les ouvriers (Copé est à 36%) et les « autres inactifs », soit les étudiants et les chômeurs (Copé à 25%), catégories de toute façon peu représentées à l’UMP et moins susceptibles de se déplacer. En termes géographiques, si Le Maire est relativement bon dans les communes rurales (8% – même score chez les retraités), Fillon fournit un score étonnant en Ile-de-France: 64-17 contre Copé. Mais, ici, l’écart entre sympathisants et militants peut être très fort, encore davantage que dans toutes les provinces.

La prédominance sondagière de Fillon se poursuit donc, sans grand changement, avec toujours le même bémol: ce sont bien des sympathisants déclarés qui sont sondés, non les adhérents de l’UMP, ceux qui iront voter.

Il paraît peu envisageable que le rapport soit inversé ou même que Copé soit légèrement au-dessus de Fillon, à 51-49. Si les sondages devaient se stabiliser ainsi jusqu’à la fin, le rapport de forces final serait probablement de 60-40, celui qui permet d’affirmer qu’une victoire est solide et légitime:
Jospin-Emmanuelli  (primaire de 1995) 65,8/34,2
Alliot-Marie-Delevoye (présidence du RPR de 1999) 62,7/37,3
Pécresse-Karoutchi (primaire régionale de 2009) 59,9/40,1
Le Pen-Gollnisch (présidence du FN et primaire de 2010) 67,7/32,3
Joly-Hulot (primaire de 2011) 58,2/41,3
Mélenchon-Chassaigne (primaire de 2011) 59,1/36,8
Hollande-Aubry (primaire de 2011) 56,6/43,4.

Il paraît donc difficile de croire que l’on pourrait se retrouver dans le scénario du PS en 2008 (Aubry-Royal).
Et pourtant…

2. La « bataille des ralliements » continue de battre son plein. L’incertitude continue notamment de peser sur le positionnement de Juppé et, de manière secondaire, de Bertrand, Le Maire et NKM.

Cela fait beaucoup d’inconnues et Copé, tant auprès de Juppé que de Le Maire et, évidemment de Baroin, conserve une capacité de conviction importante.
A l’heure actuelle, la période n’est pas faste pour Copé car, après Estrosi et Morano, Fillon a réussi à arracher Bussereau et Lancar à l’autre camp. Concrètement, ce ne sont pas des super-poids lourds. Mais, localement, Bussereau peut compter dans une fédération (Charente-Maritime), dont nous avons vu qu’elle n’était pas négligeable, et dans une région où il est en mesure de contrebalancer en partie l’influence de Raffarin.
Quant à Benjamin Lancar, il dirige quand même les Jeunes Pops, dont nous venons de voir qu’a priori, ils étaient largement copéistes. Et il représente justement une « force militante »: à force, l’argument de Copé sur « les militants contre les barons » ne pourra quand même plus trop tenir.
Surtout, dans l’un comme dans l’autre cas, tout concordait pour les inscrire parmi les soutiens de Copé. D’ici à ce que la même surprise ait lieu sur Le Maire ou même Baroin…

Quant à Xavier Bertrand, il semble avoir tout faux. Il a encore réussi à repousser le jour de sa décision, en entretenant artificiellement le suspense sur sa candidature. Aujourd’hui, il veut monnayer son ralliement et fait peser une pseudo-menace avec sa candidature à la primaire de 2016… Quelle arme nucléaire quand on voit son niveau dans les sondages… De l’art de rentabiliser au maximum ses 3-4%… Mais, à force de se faire désirer, plus personne ne l’attendra et la vraie campagne débutera sans lui, entre le 18 septembre et le 5 octobre. Il apparaît un peu comme la grenouille voulant se faire plus grosse que le boeuf…

(Nous reviendrons sur la perspective de 2016-17, mais constatons d’ores et déjà que nous sommes, électoralement parlant, dans une optique désormais totalement américaine, conséquence logique et prévisible dès 2000 avec l’adoption du quinquennat.)

Encore davantage que les ralliements, la « bataille des parrainages« , à partir de demain, sera sûrement utilisée par Copé pour tenter d’amorcer une dynamique inverse.

Les copéistes annoncent qu’ils sont au-delà des 20 000 parrainages, tandis que les fillonistes seraient aux environs des 15 000. Mais nous ne saurons en réalité jamais véritablement combien de parrainages valides chaque candidat aura reçus, puisque la COCOE (commission d’organisation) ne publiera que la liste des candidats retenus, sans le nombre de parrainages validés, sur le modèle du Conseil constitutionnel en matière d’élection présidentielle.

Certes, les copéistes ont dit qu’ils tiendraient les parrainages à la disposition de journalistes pour prouver leurs dires (et la confidentialité ? ils optent maintenant plutôt pour un constat d’huissier…), mais il est certain qu’il y aura un peu d’intoxication, probablement comme Xavier Bertrand, avec ses sacs censés contenir 8 200 parrainages.

Surtout, étant donné la différence sociologique des électorats potentiels de Fillon et de Copé, il y a fort à parier que les copéistes sont plus mobilisés que les fillonistes: ainsi, une avance sur les parrainages aura bien un effet médiatique positif pour Copé, mais elle ne signifiera pas pour autant un rapport de forces équivalent dans l’ensemble des adhérents (déjà, je peux vous assurer que Fillon aura au moins 2 voix de plus que le nombre de ses parrainages 😀 ): c’est la même chose pour l’affluence aux meetings, qui n’annonce pas le résultat dans les urnes.

Toutefois, ce sont le ou les débats télévisés qui constitueront probablement le morceau de choix: la « bataille médiatique » reste la plus importante. La campagne de terrain restera sûrement importante, mais elle ne mobilisera que les déjà convaincus; elle peut avoir seulement un effet indirect, en convaincant les médias que la dynamique est plutôt chez l’un ou chez l’autre et en modifiant alors, éventuellement, le discours ambiant. Dans cette campagne de terrain, alors que Fillon n’est toujours pas débarrassé de ses cannes (on a dépassé les 15 jours, pourtant…), il apparaît néanmoins presque aussi présent que Copé, au moins sur le plan médiatique.

Les débats télévisés auront une possibilité d’influence essentielle car ils peuvent éventuellement modifier les traits d’image. Copé devance Fillon sur un seul trait, le dynamisme, mais justement peut en faire un levier en focalisant les choses sur le fonctionnement du parti. Toutefois, dans le contexte général, la stature, l’expérience et le positionnement rocardo-juppéo-barriste de Fillon lui assurent une forte avance.

De ce point de vue, la position de challenger de Copé est plus intéressante, car les médias (comme nous tous 😉 ) aiment le suspense et les « remontées fantastiques ». Ceci étant dit, les petites bisbilles internes au gouvernement, les premiers « pas de géant » de l’hypo-président, le Premier ministre déjà essoré pour certains, tout cela semble encore devoir agiter le microcosme pour quelques temps. L’essentiel pour Fillon serait que les médias continuent de traiter l’UMP comme une simple distraction, sans remettre en cause l’actuel bruit de fond d’une « victoire annoncée ».

J’ai cependant du mal à croire que cela tiendra 2 mois entiers, même avec le répit des vacances de la Toussaint. Or, si Copé parvient déjà à modifier son image médiatique, ce sera une grande partie du chemin, car la modification viendra alors parmi les adhérents et militants, plus réceptifs et réactifs que l’ensemble des sympathisants. Il n’a de toute façon rien à perdre et peut se permettre d’être plus offensif, de réclamer plusieurs débats et une formule en face-à-face et non en côte-à-côte et de continuer d’utiliser les relais de la logistique d’appareil (quand on reçoit, à 1 seconde d’intervalle, un SMS de JFC candidat annonçant une réunion locale et un SMS de JF Copé SG annonçant la bonne prise en compte de la réadhésion, on peut effectivement douter de l’impartialité totale de l’appareil du parti… 😛 ).

Et puis, je me répète sur ce point également, mais les médias de gauche pourraient se réveiller en faveur de leur « meilleur ennemi » (sachant que, de l’autre côté, le Figaro et Atlantico semblent tenir, pour le moment, sur une position de neutralité prudente et attentiste…).

A suivre dès demain…

Géographie électorale simplifiée du 2e tour: les faiblesses structurelles de la droite, sous pression du FN, et l’avenir de la gauche, sans nécessité populaire

1. Comme pour le 1er tour, je ne reviendrai pas sur les cartes par niveaux et seuils de résultats, plus ou moins bien choisis, disponibles partout. J’avais d’ailleurs fourni une première carte la nuit de l’élection.

En revanche, j’ai confectionné rapidement quelques cartes répartissant en 6 blocs égaux tous les départements métropolitains (donc 6 groupes de 16 à chaque fois), afin de faire apparaître les zones de force (et de faiblesse) de chaque candidat. Cela permet de repérer plus facilement les évolutions géographiques et sociologiques des électorats des candidats (ou l’absence d’évolution). Je me contente de la maille départementale, mais je ne doute pas que les sites « World Elections », « Elections France » (deux blogs de l’excellent Gael L’Hermine, cités dans le blogroll ci-contre) et « Dave Leip’s Atlas Forum », produiront de belles cartes par circonscription législative, par canton, voire par commune.

Attention, n’interprétons pas les couleurs foncées ci-dessous comme indiquant forcément un niveau de votes élevé dans l’absolu, mais simplement comme une force relative, en comparaison du score national du candidat concerné. Mes catégories ont des limites évidentes, puisqu’il peut y avoir un écart significatif entre deux départements appartenant à la même catégorie ou faible entre deux départements appartenant à deux catégories différentes. Je le signalerai en tant que de besoin. Les conclusions restent robustes.

J’ai également confectionné des cartes répartissant en 6 blocs égaux les départements selon la progression ou la régression brute de chaque candidat de 2007 à 2012. La comparaison peut avoir plus de sens avec 1995 ou, bien entendu, avant, c’est-à-dire avec des élections gauche-droite « normales ». Mais je suis ici dans une optique de court terme et surtout davantage tournée vers l’avenir que dans l’analyse des séries longues. Plus le département est de couleur foncée, plus le candidat progresse ou moins il régresse.

2. En ce qui concerne Sarkozy, la carte du second tour, en comparaison d’un premier tour plus « classiquement de droite » (je renvoie à mon article correspondant sur le premier tour), retrouve une coloration lepéniste forte.

L’évolution d’un tour à l’autre est très proche de la carte de Le Pen, même si les zones populaires « de gauche » sont évidemment moins concernées (Pas-de-Calais, Aisne, Ardennes), tandis que Sarkozy progresse dans l’électorat de centre-droit traditionnel (Mayenne, Vendée).
En comparaison de 2007, le bilan est plus « équilibré ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La situation de 2012 n’est, en termes relatifs, pas foncièrement différente de celle de 2007, si ce n’est une légèrement meilleure résistance dans l’ouest du grand Bassin Parisien, alors que Cantal et Haute-Loire (et l’inexplicable Manche) connaissent une vraie décrue.

La variation 2007-2012, qu’il faut replacer dans un contexte de recul généralisé, nous montre toutefois que Sarkozy résiste dans les vieux bastions de droite, soit qu’ils lui restent fidèles à des niveaux corrects (Alsace-Moselle, Ain-Haute-Savoie, extrême Sud-Est), soit qu’il maîtrise la descente (Lorraine, Corse, voire est du Rhône), soit enfin qu’il ait de toute façon atteint un étiage (Nord-Ouest).

Mais toutes ces données montrent la dépendance de la droite à l’égard du FN. Celui-ci ne constitue nullement un réservoir de voix au-delà de l’électorat traditionnel de droite (ainsi que le montrent les résultats contrastés de la Picardie: l’électorat populaire-populaire ne va de toute façon pas vers Sarkozy; seul l’électorat populaire-boutiquier et rural y va, mais seulement éventuellement, pas de manière automatique). Il peut en revanche durement sanctionner la droite.

Enfin, une autre faiblesse vient de l’évolution catastrophique de l’Ile-de-France, qu’il s’agisse de Paris même, mais aussi de la banlieue ouest, tandis que les banlieues nord, sud et est se vident de la droite (la Seine-et-Marne connaît une évolution rapide: après avoir été longtemps une « anomalie » rurale et conservatrice en Ile-de-France, elle s’était urbanisée et lepénisée dans les années 80 et 90, tandis que, désormais, elle se « pavillonarise » et se teinte de rosepâle). Cette évolution est une vraie difficulté pour la droite, alors qu’il s’agit là de la région la plus peuplée et dont les bordures extérieures continuent de croître fortement. La perte complète de la Seine-Saint-Denis n’a jamais été un problème. L’éloignement, semble-t-il profond, de Paris, des Hauts-de-Seine, de l’Essonne, du Val-d’Oise et, en partie, de la Seine-et-Marne et des Yveline est beaucoup plus inquiétant.

Mais comment concilier l’électorat modéré de Bretagne, bobo de Paris ou Issy-les-Moulineaux, anti-immigrés de l’Oise, rural en difficulté de la Meuse, boutiquier du Vaucluse, parvenu du Var ou vieux bourgeois du Rhône ? C’est un peu la quadrature du cercle pour la droite.

3. Les cartes de Hollande présentent de bonnes nouvelles pour le PS, au-delà même de la progression générale de son score, visible dans la grande proximité des cartes socialistes de 2007 et 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà de cette similitude, l’évolution quinquennale montre évidemment le « localisme » à l’oeuvre en Limousin, Périgord, Auvergne, jusqu’au Larzac. Mais, comme cela avait pu être noté au 1er tour, la gauche revient dans le sud du triangle Le Havre-Dunkerque-Charleville-Mézières, qu’elle avait un peu déserté. Certes, cette région est en déclin, mais elle compte encore beaucoup de réservoir de voix. Surtout, la progresion est intéressante dans des régions plus dynamiques, de Paris jusqu’à la 4e couronne parisienne.

Plus localement, la progression dans la Manche, déjà avérée, mais accélérée, reste un mystère: le nucléaire, Cazeneuve, la lointaine influence de Caen et de Rennes, la droite ridiculement divisée ?

D’un tour à l’autre de 2012, aucune surprise: c’est, massivement, l’électorat mélenchono-communiste qui a accru la performance de Hollande (celui-ci ayant déjà capté tout ce qu’il pouvait en Corrèze dès le 1er tour…). Jusqu’aux particularités du Jura, du sud des Alpes, de la Meurthe-et-Moselle, c’est un fidèle décalque de la carte Mélenchon.

A une grosse exception près: les Pyrénées-Atlantiques où, manifestement, l’électorat bayrouïste a suivi son chef (probablement à contre-courant du reste du pays). Mais, depuis 2007, le phénomèn est clair: il ne s’agit pas seulement d’anciens électeurs de gauche déçus par Royal et égarés sur Bayrou; localement, ce dernier a bel et bien « recyclé » des électeurs de droite au profit de la gauche, de manière apparemment durable… Ce département traditionnellement conservateur se retrouve désormais plus « rose » que les places fortes historiques du socialisme mitterrandien qu’étaient les Landes et le Gers !

En restant dans le Sud-Ouest, le tassement socialiste autour de la vallée de la Garonne se confirme, coupant en deux la traditionnelle zone d’influence de la gauche, qui est maintenant plus concentrée sur le Massif Central et les Pyrénées. Tant que Toulouse reste acquise, cela ne pose pas de difficulté particulière pour la gauche, qui attire simplement moins les rurbains, les péri-urbains en difficulté, ceux qui sont en 2e ou 3e couronnes des grandes agglomérations de manière contrainte.

3. L’étude des abstentions montre une grande stabilité entre 2007 et 2012 et l’influence forte de tous les électeurs modestes du FN, qu’ils soient populaires ou ruraux: ce sont bien le Nord et le Nord-Est qui s’abstiennent massivement, en dehors des foyers traditionnels d’abstention: Corse, Charentes, Cher, banlieues nord-est de Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au premier tour, l’abstention était évidemment plus « classique » (Nord, Ardennes, Moselle), avec de vrais abstentionnistes récurrents et forte dans l’Ile-de-France « surbookée », dépolitisée, active, je-m’en-foutiste ou en week-end, comme on voudra… Au 2e tour, le phénomène se modifie et est évidemment fortement influencé, come on l’a vu, par la carte lepéniste, dans le Nord-Est et le Nord intérieurs.

4. La carte des blancs et nuls, qui ont certes progressé partout et ne présentent pas un écart national très ample, révèle cependant une caractéristique intéressante: le vote blanc est un vote rural bien plus qu’urbain. Dans les villes, si on refuse, si on s’oppose, on s’abstient (Ile-de-France, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Rhône, Nord, Bas-Rhin); dans les campagnes, on va déposer une enveloppe dans l’urne, même sans exprimer de suffrage, ce qui explique la faiblesse relative des blancs et nuls dans la plupart des départements urbains (Ile-de-France, Nord, Bas-Rhin, Rhône, Isère, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Gironde,…).

La carte ressemble ainsi à un « mix » du FN (Est intérieur, Pîcardie) et du PCF traditionnels (Berry, Bourbonnais, Nord ouvrier, Midi). La Corse reste, elle, une énigme de ce point de vue…

Tandis que la Bretagne se distingue par son intégration politique absolue au système: non seulement on vote, mais en plus on exprime un suffrage, comme si on trouvait l’offre politique tout à fait satisfaisante. Le Poitou et la Vendée peuvent être rangés dans la même catégorie, le cas de la Corrèze étant… particulier.

5. Ainsi, les faiblesses structurelles de la droite, affaiblie dans des régions dynamiques et dépendante des suffrages qui tendent à s’égarer sur le FN alors que le centre-droit voit sa géographie s’étioler, se confirment d’un tour à l’autre. La situation de l’Ile-de-France apparaît inquiétante.

Quel(s) leader(s) pourrai(en)t-il(s) lui permettre de se redresser ? Faut-il qu’elle régionalise son action ? Nous essaierons d’en discuter prochainement.

Indicateur agrégé du 30 avril 2012, indicateur des reports de voix et évolution par sondeurs: dans un contexte de convergence sondagière, petit « 53-47 avec perspective clairement négative » et détérioration des reports de voix pour Hollande

(Ante-scriptum: pour ceux qui arriveraient tardivement devant leur écran, allez faire aussi un tour dans l’article précédent, avec tous les sondages sortis aujourd’hui)

1. L’indicateur agrégé se resserre aujourd’hui assez nettement: 52,95 / 47,05.

Sarkozy est à son plus haut niveau, mais il n’atteint en fait que le pourcentage de Royal de 2007. On mesure ainsi la difficulté de ce dernier week-end sans campagne mais pas sans actualité (oui, tout est possible…).

Cet indicateur reprend les 10 sondages de la semaine passée, pour un échantillon total de 14 315 personnes. Tous les sondeurs y sont représentés, IFOP et BVA l’étant deux fois. IPSOS et BVA ont eu la bonne idée de re-sonder aujourd’hui et TNS-Sofres a publié son dernier sondage comme prévu, tandis qu’IFOP a terminé son rolling par un sondage représentant l’écart le plus faible entre les 2 candidats jamais relevé: 52/48. Ce sondage est le seul à intégrer un petit contingent de personnes interviewées après le lapin sorti du chapeau de Bayrou. Inversement, IFOP a plutôt présenté un tropisme pro-Sarkozy sur le moyen terme.

La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, sans pondération, donne un chiffre de 52,75 / 47,25.
La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, pondérée par les échantiloons respectifs, donne un chiffre de 52,70 / 47,30.

Le sondage quotidien de l’IFOP suit une tendance similaire:

2. De manière très satisfaisante, l’indicateur des reports de voix (appliquant l’agrégation des matrices de reports de voix des mêmes sondages aux résultats réels des premiers tours) donne un résultat absolument identique: 52,97 / 47,03. Au point que ç’en est presque louche ! Mais, tant mieux, cela permet d’affirmer que tous ces chiffres sont vraiment solides.

Dans le détail des électorats encore mesurés systématiquement par les sondeurs (en rappelant que les graphiques sont légèrement « allongés » en fin de période, afin de rester lisibles):

électorat Mélenchon: 84,04 / 4,96 / 11,01 en baisse de presque 1 point pour Hollande et en amélioration de près d’1 point pour Sarkozy, ce qui est difficile à expliquer autrement que par une variation statistique liée à la faiblesse des échantillons, sans véritable signification. Les reports de voix restent très élevés à gauche et on ne voit pas comment Hollande pourrait faire davantage:

même si l’électorat Joly n’est quasiment plus suivi par les sondeurs, actualisons tout de même la courbe, très favorable à Hollande, sans être aussi bonne que celle de l’électorat du FG:

électorat Bayrou: 34,03 / 36,29 / 30,38 soit en détérioration assez nette de 2,5 points pour Hollande en une semaine et en très légère décrue pour Sarkozy, avec un solde positif pour ce dernier, comme il y a une semaine; reste à savoir si cette tendance favorable au Président sortant, claire dans le graphique, car quasi-linéaire (malgré une courbe polynomiale d’ordre 6 !), reste valable après la « pochette-surprise » Bayrou d’hier soir:

électorat Le Pen: 18,66 / 52,76 / 28,59 soit en baisse de près de 3 points pour Hollande, et en forte amélioration de presque 5 points pour Sarkozy; contrairement à ce que j’écrivais et à ce qui était assez largement admis, Sarkozy semble avoir continué de grignoter l’électorat Le Pen; il n’est pas sûr qu’il ait entamé la base populaire-populaire, mais il eput toujours arguer que son positionnement d’entre-deux-tours n’était pas mauvais, puisqu’il a bien gagné chez les lepénistes, sans perdre chez les bayrouïstes; cependant, s’il ne parvient pas à accrocher les 2/3 de cet électorat et à progresser encore chez les bayrouïstes, le « saut » sera trop dur à effectuer; il ne lui reste que 2 nuits de réflexion, il va lui falloir un bon télépathe:

abstentionnistes du 1er tour: 29,93 / 30,34 / 39,73, ce qui rend très sceptique car on imagine mal 60% des abstentionnistes du 1er tour (déjà pas si nombreux) se ruer sur les urnes ce dimanche; ce qu’il est ici important de retenir, c’est que les apports de nouveaux électeurs sont constamment apparus assez équilibrés et donc sans incidence fondamentale sur le résultat, même si légèrement favorables à Sarkozy puisque’il est en retard au score:

3. Enfin, actualisons le graphique de tous les sondages de second tour publiés en 2012. Là encore, en raison de la profusion de sondages en avril et mai, la fin du graphique est « allongée » dans le temps, afin de rendre visible chaque sondage. Cet effet de distorsion ralentit quelque peu la tendance au rebond de Sarkozy ou au resserrement de l’écart. Précisons que les courbes de tendance ci-dessous sont des polynomiales d’ordre 4, car, à ce stade, depuis janvier, c’est bien le nombre de « périodes » décelable. Et, avec cet ordre 4, la convergence est la plus forte entre sondeurs (au point de brouiller la vision… :P)

La convergence assez nette des sondeurs, qui se situent dans une fourchette de 1,5 point (52-53,5), avec une tendance unanime sur, au moins, leurs deux derniers sondages au resserrement de l’écart Sarkozy-Hollande, fait que les biais ne sont désormais plus tellement d’actualité, même si IFOP et OpinionWay sont dans le bas de la fourchette et TNS-Sofres dans le haut. Mais BVA et IPSOS sont également plutôt dans le bas de la fourchette alors qu’ils semblaient jusque là plutôt pro-Hollande. Enfin, la qualité des sondeurs au premier tour n’est plus très utile ici, étant donné la faiblesse des écarts, le meilleur (Harris) étant sur la même ligne que deux moins bons (CSA et LH2), le moins bon (BVA) étant en accord avec deux satisfaisants (OpinionWay et IPSOS), et deux autres très satisfaisants (IFOP et TNS-Sofres) constituant les extrêmes.

Les éléments favorables à Sarkozy sont donc:
– une unanimité des sondeurs et des indicateurs sur la tendance en cours: il progresse en niveau brut,
– une amélioration continue du solde des reports de voix dans les électorats Le Pen et Bayrou,
– un résultat brut situé dans la marge d’erreur des sondeurs et dans une zone encore atteignable au prix d’une éminente surprise.

Ceux favorables à Hollande sont:
– une persistance majoritaire jamais démentie,
– un bon et solide report de voix à gauche,
– une sur-mobilisation qui ne lui serait pas fondamentalement défavorable.

De ce point de vue, l’effet Bayrou peut conduire à quelques mouvements favorables à Hollande, en même temps qu’à une remobilisation à droite et au centre-droit, par « réaction ». Quant aux sondages, leur détérioration pour Hollande peut tout aussi bien remobiliser à gauche par « crainte » que donner un espoir à droite et rendre utile le devoir civique de dimanche. Au final, comme souvent dans les présidentielles, il est peu probable que ces variables aient un réel effet.

4. Sur ces différentes bases et en considérant que les deux seules inconnues du second tour (l’effet Bayrou et les niveaux de participation) n’auront pas d’influence, mon pronostic est le suivant, conforme à la tendance de l’indicateur agrégé, prolongé jusqu’à dimanche:

Hollande 52,2%
Sarkozy 47,8%

Quel est le vôtre ?

En dessous de 51, ce serait un démarrage de mandat très affaibli pour Hollande et un jackpot inattendu pour Bayrou et… Sarkozy.
Entre 51 et 52 pour Hollande, ce serait une grosse déception et un Mélenchon et des Verts revenus dans le jeu législatif, ainsi qu’une droite soulagée et plus à même d’affronter le problème FN.
Entre 52 et 53, ce serait une petite contre-performance pour Hollande, supprimant l’état de grâce mais plaçant l’UMP dans la vraie défaite et les vraies difficultés, avec des divergences d’interprétations et une division face au FN.
Entre 53 et 54, ce serait une victoire solide pour Hollande et de grandes difficultés pour l’UMP, en même temps qu’une quasi-assurance d’une fin de la carrière de Sarkozy.
Entre 54 et 55, ce serait une grande victoire pour Hollande et une implosion rapide de l’UMP.
Au-delà de 55, ce serait l’hégémonie PS en vue et Marion « Marine » Le Pen triompherait déjà, avant même 2017.

L’enjeu est donc fort dimanche. Bon vote !

Derniers sondages Harris, BVA, IPSOS, TNS-Sofres et IFOP quotidien: après un débat pour rien mais avant un Bayrou de dernière minute, l’écart continue de se resserrer

 

Harris Interactive
VSD, LCP Assemblée Nationale
2-3 mai 2012
échantillon: 1072

Hollande 53 (-2)
Sarkozy 47 (+2)

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BVA
Le Parisien-Aujourd’hui
3 mai 2012
échantillon: 2161

Hollande 52,5 (-1)
Sarkozy 47,5 (+1)

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IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
3 mai 2012
échantillon: 1018

Hollande 53 (-0,5)
Sarkozy 47 (+0,5)

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TNS-Sofres-SOPRA Group
i-Télé
3 mai 2012
échantillon: 1000

Hollande 53,5 (-1,5)
Sarkozy 46,5 (+1,5)

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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
1-4 mai 2012
échantillon: 1225

Hollande 52 (-1)
Sarkozy 48 (+1)

1. Comme je l’écrivais déjà hier, les sondages du jour confirment l’absence d’influence réelle du débat sur les intentions de vote, malgré la présentation médiatique d’une victoire hollandaise.

Il faut d’abord remarquer que beaucoup de personnes interrogées voient un match nul ou ne se prononcent pas.
Ensuite, l’écart entre les deux candidats est faible: 31-29 pour Harris, 40-31 pour BVA, 29-28 pour IPSOS.
En outre, ceux qui ont vu le débat en entier sont d’un avis inverse: 35-42 selon Harris  (contre 32-27 pour ceux l’ayant vu en partie et… 21-12 pour ceux ne l’ayant pas vu). C’est toutefois à relativiser puisque l’électorat âgé et sarkozyste était le plus assidu.
Enfin et surtout, parmi les électorats à surveiller, la performance de Sarkozy est plutôt correcte:
– dans l’électorat Bayrou, Hollande n’est qu’à 40-45 pour BVA et 16-25 pour IPSOS,
– dans l’électorat Le Pen, il est distancé à 28-47 pour BVA et 12-34 pour IPSOS,
– chez les indécis de tous bords, il est seulement à 38-47.

Je redis donc que le jugement sur le vainqueur du débat (le plus convaincant) est finalement un décalque du paysage politique existant.

Sarkozy est même plutôt performant chez les bayrouïstes, notamment pour CSA, BVA et IPSOS. Peut-être cela lui permettra-t-il d’amortir l’effet de l’annonce de Bayrou.

« Séisme » ou… faille (pour rester dans le tectonique), cette annonce ne devrait modifier les rapports de force qu’à la base. Généralement, les électeurs sont peu sensibles aux consignes de vote qui, en réalité, ont surtout un effet indirect par le bruit médiatique qu’elles déclenchent. En l’occurrence, il est difficile d’être affirmatif, mais l’étonnement et/ou l’énervement d’une partie de l’électorat de Bayrou qui aurait préféré un vote blance, voire la mobilisation plus forte à droite devant la « trahison », devraient annuler les éventuels transferts vers Hollande d’électeurs modérés mais très anti-sarkozystes et qui verraient les vannes s’ouvrir devant eux.

Bref, comme pour la suite (Bayrou est définitivement seul, même s’il a réussi à ne pas perdre Bennahmias et Rochefort, grande victoire…), il est peu probable que cette annonce ait un effet quelconque sur le second tour, sauf peut-être un léger frein à la tendance du moment pour Hollande, qui est à l’érosion.

2. Les sondages du jour confirment en effet unanimement que l’écart se resserre. Et tous pointent vers un 53% avec tendance baissière (nous verrons tout à l’heure notre indicateur).

Sarkozy devrait donc parvenir à inverser les intentions de vote dans une dizaine de jours. Oups.
Plaisanterie mise à part, c’est bien le pronostic désormais très largement favorable à Hollande qui impressionne, car, dans le même temps, l’écart n’est plus si élevé (sans parler des pointes à 60%, le niveau de 57% a longtemps été celui de Hollande) et le souhait de victoire n’a pas vraiment progressé en sa faveur.

Les reports de voix se sont en effet améliorés pour Sarkozy au sein de l’électorat Le Pen (ce qu’il pourra utiliser comme légitimation de sa tactique d’entre-deux-tours, qui est aussi celle qui lui vaut ses ennuis médiatiques et MoDemesques): 20/58/22 pour Harris, 22/57/21 pour BVA, 15/54/31 pour IPSOS, 7/52/41 pour TNS-Sofres, 19/55/26 pour IFOP. Mais il n’en est pas encore à 60%, encore moins aux 2/3, qui serait le seuil réellement intéressant.

Au sein de l’électorat Bayrou, cela reste moins clair, mais l’équilibre semble se maintenir (là aussi, nous verrons tout à l’heure avec l’indicateur), alors même que de plus en plus de ces électeurs expriment une opinion: 42/41/17 pour Harris, 36/40/24 pour BVA, 30/38/32 pour IPSOS, 37/32/31 pour TNS-Sofres, 31/37/32 pour IFOP. Peut-être y a-t-il dans cette instabilité une petite inquiétude pour Sarkozy après le… tremblement Bayrou.

Enfin, au sein de l’électorat Mélenchon, Hollande reste dominateur, même si, bizarrement, les sondeurs divergent plus fortement depuis deux jours, à la hausse comme à la baisse: 91/4/5 chez Harris, 87/4/9 chez BVA, 76/6/18 chez IPSOS, 85/2/13 chez TNS-Sofres, 84/4/12 chez IFOP.

BVA ajoute les abstentionnistes du 1er tour: 34/35/31, ce qui permet d’avoir un autre sondeur confirmant que l’arrivée de nouveaux électeurs ne devrait pas changer fondamentalement les rapports de force même si, au total, Sarkozy devrait en profiter pour rattraper très légèrement une partie de son retard.

3. Plus largement, sur la participation, je ne publie pas les chiffres des sondeurs, car les notions sont différentes (abstention, indécision, non-expression d’une intention de vote). En outre, les électeurs eux-mêmes ne déclarent pas forcément la réalité de leur déplacement (si tant est que tous la connaissent réellement eux-mêmes…).

Mais il apparaît que la participation devrait tourner autour de 80-82%, pas fondamentalement différente du premier tour. Une stabilité ou une progression modérée de la participation pourront permettre de conclure à une basence de surprise par rapport aux dernières prévisions. En revanche, si la mobilisation reculait, ce serait délicat à interpréter avant 18 ou 19h (et des chiffres par départements), car la victoire annoncée ou la défaite annoncée peuvent démobiliser dans un camp et dans l’autre, mais le sursaut « d’honneur » à droite ou l’inquiétude du dernier moment à gauche peuvent garantir une bonne participation dans l’un ou l’autre camp.

Rendez-vous un peu plus tard pour toutes les données utiles à un pronostic !

Derniers sondages LH2, OpinionWay, CSA et IFOP quotidien: le regain sondagier de Sarkozy noyé dans le flux médiatique favorable à Hollande, malgré l’absence d’impact du débat et la fin de la carrière politique de Bayrou

 

LH2
Yahoo!
27 avril-2 mai 2012
échantillon: 1565

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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OpinionWay
LCI, Le Figaro
2-3 mai 2012
échantillon: 2009 inscrits sur un total de 2101

Hollande 52,5 (-1,5)
Sarkozy 47,5 (+1,5)

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CSA
BFM TV, RMC, 20 Minutes, CSC
3 mai 2012
échantillon: 1002 inscrits sur un total de 1123

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
30 avril-3 mai 2012
échantillons: 968

Hollande 53 (=)
Sarkozy 47 (=)

1. Le consensus sondagier est net vers les 53-47, qu’il s’agisse de sondages pré- ou post-débat. Sarkozy est donc moins distancé et Hollande s’érode, même si cela reste insuffisant. Mais le « bruit » médiatique n’est pas favorable au Président-candidat, alors que, sortant en temps de crise et pâtissant d’une impopularité historique, s’il parvient à passer au-dessus des 47%, il n’aura finalement pas démérité (tactiquement, s’entend), au regard du tombereau de critiques, tant sur le fond que sur sa tactique électorale.

Le débat a été finalement perçu médiatiquement comme favorable à Hollande, ce qui se retrouve globalement dans le jugement des sondés, mais tient en réalité à un simple décalque du paysage politique existant. Hollande n’est gagnant du débat que parce que la gauche est plus forte que la droite, tout simplement.

Pour IFOP, Hollande a gagné par 42-34, mais seulement par 32-30 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 23-45.
Pour LH2, il a gagné globalement par 45-41, mais seulement par 39-37 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 22-55.
Pour CSA, il a gagné globalement par 44-38, mais a perdu chez les bayrouïstes par 23-59 et chez les lepénistes par 20-59.
Grossièrement, les rapports de force et même les reports de voix se retrouvent ici.

Pourtant, le bruit médiatique est pro-Hollande. D’ailleurs, selon CSA, ceux qui n’ont pas écouté ou regardé le débat donnent Hollande gagnant par 31-18…

Comme je l’avais dit, les deux derniers jours de Sarkozy sont « pollués » par le bruit médiatique et par Bayrou. Comme je l’avais dit également (ah, en cette fin de campagne, il faut bien se remonter le moral…), le débat n’aura aucun impact profond sur les intentions de vote (même si, à échéance très courte, il peut y avoir un léger artefact; à moins qu’il ne soit insensible et ne se manifeste que par une érosion freinée de Hollande). Ainsi, selon LH2, parmi ceux qui ont regardé ou écouté le débat (plus vieux et donc plus sarkozystes que la moyenne), les intentions de vote sont restées étales à 52-48. Selon IFOP, 3% des interrogés ont dit avoir changé d’avis à l’issue du débat, dont 1% des électeurs de Mélenchon, 8% de ceux de Bayrou et 8% de ceux de Le Pen: ces mouvements semblent s’être équilibrés ou avoir concerné des échanges avec l’abstention.

Comme d’habitude (sauf, peut-être pour 1974), le débat n’aura donc fait qu’entériner la situation pré-existante. Bien entendu, le débat peut créer une inflexion de dynamqiue pour Hollande, qui ne serait visible que dimanche. Mais c’est peu probable:
– ceux qui ont regardé le débat (finalement pas si nombreux) étaient probablement déjà sûrs de leur vote,
– la pugnacité de Hollande peut remobiliser aussi une partie de l’électorat sarkozyste,
– la longueur et l’aspect « fatiguant » du débat ont probablement altéré l’impression générale.

2. Vient le suicide politique de Bayrou. Ou le « coup de poignard en plastique dans le dos » 😉

Je me permets de m’interroger sur ses motivations:
Hollande n’a pas besoin de lui (ils doivent vraiment se gausser au PS ce soir…), il ne demandait rien et Bayrou vient se livrer pieds et poings liés… où est l’intérêt tactique ? Mélenchon a lui aussi soutenu Hollande sans conditions, mais ce sont ses propres électeurs qu’il a livrés, pas lui-même; ici, Bayrou se livre lui, mais pas son électorat, davantage de centre-droit en 2012, mais en partie exaspéré par Sarkozy et donc plus équilibré dans les reports; à moyen terme, toutefois, cet électorat reviendra plus facilement vers les Juppé, Borloo, NKM, Fillon, etc.;
– il a bien sûr intérêt, comme Le Pen, à la défaite de Sarkozy, mais comment peut-il maintenant se recycler au centre-droit ? Certes, les réactions des Morin et Juppé ont été moins hostiles que d’autres, mais ce n’est plus possible de passer sur une telle traîtrise politique; il a donc brûlé les vaisseaux du retour au port UDF;
– ah oui, les convictions… (rire étouffé)

Non, vraiment, je ne vois pas. Les deux seules explications que je puisse trouver sont majeures et stratégico-historiques:
– la circonscription de Bayrou est tout à fait gagnable par le PS en juin: alors, peut-être cherche-t-il à préserver sa source personnelle de revenus (oui, la terre, faut pas rigoler, hein, c’est dur, c’est lourd, à travailler…),
les derniers fidèles et les petits apparatchiks du MoDem étaient majoritairement pour le vote Hollande: alors, peut-être cherche-t-il à conserver sa petite cour personnelle, sa « petite entreprise » (comme Le Pen père pendant longtemps), pour rester dans l’illusion de la persistance d’un destin national toujours intact (« miroir, miroir, dis-moi… »).

Bien entendu, les médias majoritairement de gauche se repaissent ce soir de cette « divine surprise » (oui, je l’écris exprès cet adjectif galvaudé…). Mais il est peu probable que les électeurs du MoDem se laissent influencer. Les sondages montraient que, majoritairement, ils préféraient que Bayrou ne donne pas de direction de vote. La subtile distinction entre « avis personnel » et « consigne de vote », déjà utilisée par d’excellentes références centristes (Montebourg et Le Pen), ne trompera personne.

Au contraire, il se rend en rase campagne, incapable de peser sur le programme et l’orientation hollandaises: les vrais centristes avaient bien davantage obtenu de Rocard (et Mitterrand) en 1988… A moyen terme, Hollande pourrait avoir besoin, lorsqu’il pressurera les fonctionnaires et les collectivités locales, de jouer le MoDem contre le FG et la gauche du PS (surtout qu’EE-LV a du plomb dans l’aile). Mais que sera le MoDem en juin ? Jean Lassalle et peut-être le député de Mayotte et peut-être Bayrou lui-même (sans oublier Jacqueline Gourault au Sénat) ? Le MoDem, combien de divisions ?

En fin de compte, il n’aura vraiment rien gagné dans l’histoire et il n’est pas impossible que ses électeurs même le passent par pertes et profits: ceux qui étaient déjà décidés pour Sarkozy le trouveront traître, ceux qui étaient déjà décidés pour Hollande n’y prêteront pas attention, ceux qui n’étaient pas décidés ou préfèrent voter blanc considèreront peut-être qu’il aurait mieux fait de ne rien dire ou de rallier franchement Hollande. Mais peut-être que Bayrou s’est reconnu dans une certaine pusillanimité et un certain comportement velléitaire dans notre futur Président 😀 Au moins, Villepin aurait fait cela avec panache (oh, c’est vrai, il reste encore toute la journée de demain 😉 ).

L’échec politique de l’aventure de Bayrou est maintenant consommé, dix ans après le début de sa rébellion anti-UMP. DSK, Sarkozy, Bayrou, la liste des morts s’allonge dans cette campagne…

3. Les reports de voix confirment le peu d’influence probable des deux événements du débat et de la trahison molle de Bayrou. Voyez, respectivement, LH2, IFOP (quotidien), OpinionWay et CSA:
– dans l’électorat Mélenchon: 93/2/5, 86/5/9, 77/9/14 et 81/7/12, globalement stable et solide pour Hollande,
– dans l’électorat Le Pen: 22/50/28, 18/50/32, 19/50/31, 17/57/26, toujours en amélioration pour Sarkozy (désormais à la moitié ou plus) ce qui explique ses gains globaux de la dernière semaine, mais toujours insuffisant,
– dans l’électorat Bayrou: 39/31/30, 32/34/34, 35/39/26 et 25/38/37, toujours divergents entre instituts, mais globalement équilibrés pour les deux candidats.

OpinionWay et CSA nous indiquent aussi que les abstentionnistes du premier tour se répartiraient respectivement à 28/28/44 et 25/25/50. Disons surtout qu’ils surévaluent leur propre participation, mais relevons que, de nouveau, les flux sont équilibrés entre les deux candidats.

Demain, je pourrai publier:
– un indicateur agrégé classique,
– un indicateur intégrant les matrices de reports de voix,
– des courbes de reports de voix,
– un graphique par sondeur, même si les biais sont maintenant réduits à leur plus simple expression.

Ce sera un peu le feu d’artifice final 😉

MISE A JOUR: Harris donne aussi 53 (-2) – 47 (+2) ce soir, avec un Hollande gagnant du débat par 31-29. Mais, je n’ai aps encore les chiffres détailéls du sondage: je le publierai donc proprement demain. Avec le dernier IFOP quotidien et peut-être avec un TNS-Sofres et un nouvel IPSOS ? On peut toujours espérer !