Présidence de l’UMP: Fillon doit trouver la force de refonder la droite

Que l’on me pardonne, mais, une fois n’est pas coutume (encore que la tendance se soit dernièrement fortement accentuée), mon article sera davantage d’opinion que d’analyse.

Ce blog s’arrêtera avec l’année.

Mais il me faut publier un article à la fois « manifeste » et « supplique »…. même si les lecteurs habitués sauront y picorer les éléments d’analyse et faire le tri.
5 sondages seront utilisés ici ou là:
CSA pour BFM-TV (20-21 novembre 2012)
Harris Interactive pour 20 Minutes (21-22 novembre 2012)
BVA pour i-Télé (22-23 novembre 2012)
IFOP pour Atlantico.fr (22-23 novembre 2012)
IFOP pour le Journal du Dimpanche (22-23 novembre 2012)
ces deux derniers ayant probablement été réalisés de concert.

1. Sur le fond, il faut le souligner: Copé porte seul la responsabilité de la crise actuelle de l’UMP.

Dès le dimanche en début d’après-midi, Tabarot a donné l’assaut en dénonçant des fraudes dans les Alpes-Maritimes. Depuis, ce département est devenu le point de focalisation des médias, opération fort bien réussie du clan Copé, qui a préventivement sali l’autre camp, en anticipant le résultat serré et la nécessité de « passer en force ».
Alors même que dans les Bouches-du-Rhône (La Ciotat) ou l’Oise (circonscription de Courtial), des procurations extrêmement suspectes (nombreuses et à 100% ou presque pour Copé) ont représenté des volumes supérieurs aux contestations dans les Alpes-Maritimes. Evidemment, en ciblant une « salade niçoise », les copéistes savaient qu’ils feraient mouche dans les médias…

Puis, dimanche soir, Copé s’est auto-proclamé président. Alors que les premiers résultats lui étaient favorables, ses mauvais résultats à Paris, en Moselle et dans les Hauts-de-Seine, mais aussi dans l’Aisne ou le Pas-de-Calais et, finalement, dans les Alpes-Maritimes ont contrebalancé ses surprenants bons scores en Gironde, dans le Bas-Rhin ou le Var. Il fallait donc qu’il fasse un putsch, beaucoup plus facile quand vous êtes déjà dans la place, que vous avez, au sens propre, toutes les clefs et que vous avez la personnalité d’un bulldozer.

Ensuite, la COCOE et, maintenant, la CNR, totalement contrôlées (il fallait quelques minutes à Copé pour faire refuser par Paternotte dès jeudi matin les conditions de Juppé… avant même d’avoir commencé, la mission de ce dernier s’est achevée), donnent une vague apparence de « régularité » interne, qui permet de niveler la situation dans les médias: Fillon n’est « pas meilleur » que Copé et celui-ci est parvenu à l’abaisser à son niveau dans la perception médiatique (les médias étant soit « intéressés » commercialement: un feuilleton haletant et gratuit et même rémunérateur avec les pubs entrelardées, soit « intéressés » politiquement lorsqu’ils sont de gauche et éblouis du miracle de cette implosion alors que « leur » Président semblait s’effondrer, soit enfin faussement neutres, parparesse de comprendre et paresse d’expliquer).

Enfin, faire semblant en permanence de « proposer », de « discuter », d’être « ouvert », alors que tout a été cadenassé et mis en « seringues », Juppé compris, pour, en réalité aboutir au résultat inverse: une situation totalement contrôlée, qui divise et rejette et qui ne rassemble en rien.
De toute façon, depuis le début de la campagne (accès aux fichiers très tardif, frais de campagne couverts plus largement pour le SG Copé déjà en place, utilisation du site Internet et de l’accès aux médias par le seul Copé jusqu’en septembre, nombre de bureaux de vote insuffisant, recherche de la moindre participation possible, etc.), les entraves n’ont cessé.

Une des grandes leçons de la vie, c’est que les tordus, les sans-gêne, les culottés, les sans-âme et sans-conscience accusent toujours les autres de ce qu’ils font eux-mêmes et tentent toujours de salir l’autre et de mettre la charge de la preuve de son côté: putsch, fraudes préméditées, division,…

Tout cela n’est finalement pas surprenant de la part d’un Copé désormais uniquement mû par l’ambition pure et surtout entouré d’une bande de bandits et de « salopards ». Franchement, y en a-t-il un pour rattraper les autres ? Balkany, Morano, Rosso-Debord, Tabarot, Chatel, Courtial, Karoutchi, Gaudin, Daubresse, Raffarin, Dati, Peltier, Didier, Hortefeux, Guaino, Riester, Jean Sarkozy,… il faut vraiment chercher pour trouver un soutien qui ne soit pas vulgaire, manipulateur, sans-gêne.
Tous les soutiens de Fillon ne sont pas brillants (Estrosi…), mais, au moins, il y a là quelques « honnêtes hommes ».

Face à tout cela, et cela peut surprendre, Fillon n’a pas réagi en politique mais sur le plan humain et moral. Face au mensonge, à la manipulation, à l’effronterie, à la mauvaise foi, à la violence personnelle, à la fraude intellectuelle, matérielle et morale, il a simplement dit non. Et il a totalement raison, même s’il ne sera pas compris, ou insuffisamment en tout cas.

Personnellement, je suis fier que la droite ait encore un homme capable de réagir ainsi.

2. Fillon peut-il transformer cette situation positivement pour la droite et pour lui-même ?

Evidemment, le mal est terrible, car, dans ces circonstances, tout le monde coule. Beaucoup de gens ne prennent pas le temps de comprendre ce qui est à l’oeuvre et qui a raison. Et puis, il est tellement facile de céder à l’habituel penchant poujadiste du Français… Pourtant, quel Français peut se targuer d’avoir sa famille, sa maison, ses relations amicales, son travail, ses papiers, sa situation juridique, sa sexualité, ses idées, bref sa vie, en ordre ? Vraiment ? J’en connais quelques-uns, personnellement, très peu nombreux…
Mais la critique permanente du politique me fatigue et m’agace. Dieu sait que mes orientations politiques m’incitent à critiquer vertement le « luxe » financier et la dépense publique indécente au niveau local, mais je défendrai toujours les élus qui donnent de leur temps et de leur énergie.

De fait, l’opinion portée sur l’UMP, selon BVA, s’est dégradée. Même si elle n’a jamais été extraordinaire, elle atteint le niveau du MoDem: 36% de bonnes opinions contre 63% de mauvaises (35/63 pour le MoDem). Le PS, comme souvent, s’en sort bien: 45/53, désormais au même niveau que l’UDI (45/51), qui bénéficie probablement de l’effet de nouveauté et de (petits) vases communicants avec l’UMP. Le FN reste fortement dans le négatif: 21/78.
Toutefois, il faut relativiser cette image des partis, qui est à la fois volatile et peu anticipatrice des résultats électoraux.

Malgré la difficulté, il faut pourtant savoir reconstruire, car la droite n’a pas d’avenir sans une ligne morale, républicaine, traditionnelle, forte mais équitable.
Le FN est très haut, il n’est pas la droite, il est un hybride populiste, chassant à l’extrême-gauche, « ailleurs » et dans la droite dure, pour finalement prôner surtout un autoritarisme étriqué, irréaliste, violent et stupide.
L’UDI n’est qu’un conglomérat de petites boutiques, d' »électrons libres » (à l’image d’un Borloo brouillon, inconstant et pas crédible) et de petits ambitieux ratés. Comment cette structure disparate et incohérente (du CNI à l’AC en passant par Morin, Sauvadet, Jouanoo, Yade ou Jégo) pourrait-elle sérieusement incarner la droite et le centre-droit sérieux et responsables, celui de de Gaulle, de Pompidou, de Barre, de Juppé, de Balladur (oh, comme j’ai pu ne pas l’aimer…) ? Et puis, leur tendance « libertaire » ne peut représenter toute la droite.
L’UMP croupion, celle de Copé et de ses sbires ou celle de Sarkozy et des jeunes « loups », ne pourra non plus le réaliser. S’abîmer en permanence dans de faux sujets, dans des coups médiatiques, dans un pur marketing électoral, cela décridibilise toute la droite et toute tentative de vraie réforme.

Il y a une place pour une ligne « classique », de la raison,
qui n’a pas peur des valeurs d’autorité, de force républicaine, de responsabilité, de rigueur, de respect de la vie, de transmission et d’héritage,
qui n’oublie pas la générosité, la fraternité, l’équité, le respect de la personne, la culture, l’instruction et le mérite républicain, qui a le sens de l’effort, de la raison européenne, du long terme, de l’honnêteté, du service et du bien commun,
qui n’est pas dominée par l’argent, la consommation de masse, le marketing politique, le culte de l’immédiat et de la jouissance égoïste, le jeunisme ou le paraître permanent.

Il y faut une réelle volonté et une âme bien trempée, capable de concessions sur l’accessoir pour rester inflexible sur l’essentiel. C’est sûrement quasiment impossible dans notre société moderne, qui nivelle, rabaisse l’intelligence et l’honnêteté, déteste la nuance, rejette l’effort et la rigueur. Mais cela vaut la peine d’essayer.

Aussi, Fillon doit partir de l’UMP et couper avec une situation trop pourrie, qui ne peut être relevée.

– Il peut s’appuyer sur sa popularité globale. Peu d’hommes politiques sont épargnés aujourd’hui. A part Valls, peu de responsables brillants émergent à gauche. A droite, la situation est désormais catastrophique. Même ceux qui pourraient émerger sont sur le déclin (Juppé) ou sont trop rejetés pour espérer incarner de nouveau l’avenir (Sarkozy, Copé). Fillon est encore en bonne position.

Selon BVA, sa bonne opinion se situe à 52% chez les Français (26% pour Copé) et à 76% auprès des sympathisants UMP (64% pour Copé). Ces chiffres montrent un recul, mais restent favorables.

Selon l’IFOP, sa cote d’avenir reste même quasi-intacte, en considérant ceux qui souhaitent lui voir jouer un rôle très important/assez important/peu important/pas du tout important, parmi les Français d’abord (la comparaison est intéressante dans le temps, la précédente enquête datant de la période 6-8 novembre):
Fillon 19 (+4) / 32 (-2) / 27 (-3) / 22 (+1)
Copé 5 (-2) / 24 (-1) / 32 (-1) / 39 (+4)
Ainsi, alors que Copé se décale de plus en plus vers le négatif, alors même qu’il était déjà très bas, Fillon voit son soutien et son rejet se polariser, mais avec un solde positif de 2 points déplacés.

Auprès des sympathisants UMP, la différence est plus nette entre les deux hommes:
Fillon 47 (+2) / 39 (-6) / 11 (+3) / 3 (+1)
Copé 14 (-10) / 41 (-11) / 30 (+11) / 15 (+10)
L’effondrement de Copé est ici massif, avec un déplacement négatif de 21 points. Fillon a également un solde négatif de 4 points, mais ses soutiens solides se renforcent au contraire: il y a là un noyau, auprès de l’électorat de droite plus large, qui est intéressant et semble destiné à perdurer, peut-être même à le suivre en dehors de l’UMP. Les sympathisants et les électeurs, au-delà des seuls adhérents: il y a une vraie différence et il serait temps que le caractère « attrape-tout » de Fillon serve enfin à quelque chose !

Et, selon CSA, s’il reste moins « efficace » que Sarkozy, il n’a rien à craindre de la concurrence de Copé. Le meilleur candidat pour 2017 est, en effet, pour les Français et pour les sympathisants UMP respectivement:
Fillon 23 / 24
Sarkozy 20 / 52
Copé 9 / 15
aucun 26 / 5
sans opinion 22 / 4
Mais, après tout, Sarkozy a le temps de se démonétiser d’ici 2017. La menace Sarkozy, pour Fillon, est aujourd’hui, pas demain. Si Sarkozy convainquait les électeurs de droite que Fillon est le diviseur, alors il y aurait un risque. Mais, à long terme, Sarkozy est une nuisance (éventuellement fatale pour la droite), mais il ne réussira pas à revenir et à être de nouveau candidat.

– Il peut s’appuyer sur une évolution qui pourrait lui être favorable en termes de « responsabilité » de la situation.

Si, pour les Français et les sympathisants UMP interrogés par BVA, le principal responsable est, respectivement,
Copé 38 / 29
Fillon 12 / 20
autant l’un que l’autre 48 / 49,
confirmant ainsi le risque poujadiste du « tous pourris »,
néanmoins, pour l’IFOP, l’entourage qui a raison est, respectivement, celui de
Fillon 35 / 44
Copé 7 /12
ne sait pas 57 / 44
ce qui laisse entrevoir un bien meilleur score à l’égard de Fillon. Pour peu que l’effort soit fait, il est sûrement possible de convaincre de la vraie différence de nature entre les deux hommes.

– Il peut s’appuyer sur le fait que laisser l’UMP réduite au coeur sarkozo-copéiste (un conglomérat de libéraux, de bonapartistes, d’opportunistes, de populistes et de sécuritaires) présente un double intérêt: la lutte Sarkozy-Copé sera d’autant plus intense que la « boutique » à conquérir sera réduite. En outre, même si Fillon ne peut espérer au mieux que rallier une moitié de parlementaires et donc prendre la moitié de la 2e tranche de financement public à l’UMP, il accentuera la grave crise financière de cette dernière. Partir, c’est laisser à l’UMP-croupion à la fois la personne Sarkozy, les idées sarkozystes et les dettes. Mieux vaut rebâtir de zéro…

– Il peut constituer des groupes parlementaires, affiliés à une petite structure partisane métropolitaine ou ultramarine, et inclure cette dernière dans un nouveau parti ou lui faire reverser les quelques subsides qu’il aura réussi à « prélever » sur la 2e tranche du financement public. Certes, dans le meilleur des cas, cela fait 4 millions d’ueors par an (voir les commentaires d el’article précédent), mais, avec quelques cotisations, un bon accès aux médias et une popularité sondagière, il peut tenir jusqu’en 2016 et profiter alors en partie de l’UDI.
Car le nouveau parti qui serait créé (républicain, social, responsable) aurait d’emblée vocation à être associé à l’UDI, même si cela « frottera » avec Borloo, qui a des ambitions présidentielles. Mais Borloo tiendra-t-il 4 ans ? Et puis, des gens « raisonnables » de l’UDI (Lagarde, Jouanno, Jégo, Leroy, Arthuis,…) pourraient trouver utile de pouvoir se rallier à Fillon en 2017, par exemple dans le cadre de primaires communes.
La proximité partisane est à 57% avec l’UDI, même à 12% avec le MoDem et seulement à 30% avec le FN, selon BVA.
Le risque à éviter lors d’une scission, c’est de retrouver deux partis de droite à, au mieux, 15% et coincés entre une Le Pen à 18-20% et un Borloo à 8-10%. N’oublions jamais que Chirac a toujours été dans les 18-21% au premier tour des multiples présidentielles auxquelles il a participé… Seul Jospin a fait plus mal que lui… Mais c’est insuffisant pour se retrouver au second tour, désormais.
Il faut donc totalement étouffer l’UMP-croupion d’un côté et éviter une concurrence au centre-droit de l’autre. Alors, la victoire est possible.
Je sais bien, moi-même j’ai toujours répété que les partis sont indispensables dans une élection, que Copé serait l’évident chef de l’UMP après mai 2012, que l’argent (public), tel qu’il est en tout cas distribué en France) est le meilleur antidote contre les scissions. Mais, rappelons-nous, c’est un article d’opinion (d’espoir, de rêve ;)), pas forcément une analyse totalement rationnelle :P.

– Il peut aussi s’appuyer sur le… résultat. Après tout, il a obtenu 50%, alors même que la participation n’a pas été extraordinaire, contrairement à ce que l’on dit (c’était bien mieux en 1999, même si avec un corps électoral potentiel bien plus réduit). Quant aux motions, elles ont montré que l’équilibre était bien celui-là: si la Droite forte est arrivée en tête, l’aile dure est à moins de 40% (Droites forte et populaire) et à 50% si l’on inclut le morceau libéral de FMH et l’aile de droite des Gaullistes. De l’autre côté, la Droite sociale s’en est bien tirée et la Boîte à idées est globalement filloniste, tandis que l’on peut y ajouter les Gaullistes sociaux et les plus modérés de FMH.

Même au niveau des adhérents, le fillonisme n’est donc pas une petite minorité sans avenir.

3. Mais il faut pour cela un Fillon déterminé, sûr de lui, offensif, constant, intrinsèquement fort et volontaire, endurant et plus présent médiatiquement.
Je pense que beaucoup de sympathisants et adhérents de l’UMP seraient prêts à le suivre. Je pense qu’il peut s’appuyer sur des élus de qualité et/ou tenaces et qu’il peut reconquérir les cadres supérieurs, certaines professions intellectuelles, les agriculteurs et certains employés, sans perdre les professions indépendantes et libérales ou les entrepreneurs.
Face à une gauche qui se divisera de plus en plus et qui sera à court de solutions économiques et compensera par des « échappées » sociétales contestables, il y a vraiment de quoi agir et convaincre.

Il faut que Fillon ait cette force.
J’espère que les menaces de constitution de groupes ne sont pas que cela.
J’espère que Fillon ne cèdera pas face à un Sarkozy déjà revenu et de la pire des manières: tentant d’affaiblir Copé et Fillon, puis craignant que son jouet explose parce que le duel Copé-Fillon va trop loin, tenant d’affaiblir Juppé de peur que celui-ci revienne en sauveur, mais regrettant maintenant que Fillon ne cède toujours pas, bref jouant avec le feu et dansant au bord de l’abîme…
Comment les militants peuvent encore vouloir son retour, lui qui a perdu l’élection présidentielle de 1995, qui a perdu les européennes de 1999 et de 2009, qui a perdu les municipales de 2008, qui a perdu les régionales de 2010, qui a perdu la présidentielle de 2012 et les législatives de 2012, qui a failli perdre les législatives de 2007, lui qui s’apprête, par les conséquences d’une campagne trop droitière et/ou trop médiatique, à faire exploser son propre parti ?

4. Beaucoup d’obstacles vont se dresser sur la route de Fillon:

– le manque de courage de beaucoup d’élus et la peur de l’inconnu et de l’inconfort,

l’inertie des militants et des électeurs de droite et un « légitimisme » artificiel: selon Harris, les Français et les sympathisants UMP veulent que Fillon reste à l’UMP, avec des responsabilités importantes, à 38% et 63%; qu’il reste à l’UMP sans responsabilités à 20% et 21%; qu’il quitte l’UMP à 40% et seulement 16%. Mais ce sondage est le plus « ancien » et les questions sont ambigues (on peut souhaiter que Fillon n’ait pas de pouvoir, soit pour l’avilir, soit pour le préserver). Le sondage BVA, lui, montre bien que 52% des sympathisants veulent que Copé reste président, contre 47% (le rapport est de 27/69 parmi les Français): légitimisme, lassitude et volonté de finir la séquence, quasi-équilibre également expliquent ce score; cela reste un vrai problème pour Fillon: il faut « se secouer » et « secouer » les autres,

– le nivellement et le « flou » médiatique sur la vraie responsabilité de la fracture et de la division de la droite, ce qui est un vrai risque si l’on en croit l’IFOP sur les logiques à l’oeuvre: d’abord des querelles et rivalités de personnes pour 67% des Français et même 75% des sympathisants UMP; d’abord des désaccords politiques pour 33% et 25%; le problème est aussi sur les « sentiments dominants »: satisfaction (6/4), indifférence (40/9), déception (22/44), inquiétude (21/26), colère (11/17), ces trois derniers sentiments pouvant se retourner contre Fillon et pouvant décourager plus facilement sa base modérée que les « motivés » de Copé; il ne faut donc pas que Fillon lasse ou qu’il finisse « dans le même sac »,

– le manque de moyens financiers, matériels et de base de départ (locaux, fichiers, « main d’oeuvre »),

– l’absence de soutien de ceux qui pourraient dire combien Copé a menti et triché (évidemment, si Juppé répétait vraiment quelles sont les responsabilités de l’échec de sa médiation… s’il avait l’humilité de rallier Fillon et de lui permettre de « sortir par le haut », en légitimant son départ…), combien Sarkozy s’est trompé de stratégie et d’idées et a dévalorisé la bonne idée de réformes (mais je crains que Le Maire, NKM, Apparu, Baroin, Accoyer, Carrez,…d’autres responsables de qualité, ne veuillent pas se « mouiller »),

l’intérêt des socialistes, de Borloo et de Le Pen dans une UMP aux mains d’un arrogant technocrate bling-bling et « droitiste »,

l’intérêt des médias pour les « bêtes » politiques infatigables, dont Fillon ne fait pas partie, mais qui trouvent en Copé une nouvelle incarnation après Mitterrand, Chirac, Fabius, Sarkozy, Royal,…

lui-même, introverti, taciturne, peu charismatique, peu médiatique, trop honnête sur le plan personnel, pas glamour et people, trop sérieux et « père la rigueur », trop proche de la lignée maudite des Debré (non il n’a pas toujours été fou ;)), Barre, Rocard, Juppé.

5. Mais il faut agir vite pour éviter de trop abîmer son image, pour ne pas paraître tergiverser, pour « sortir par le haut », en disant qu’il ne quitte pas l’UMP mais que c’est Copé qui le chasse, pour garder une dynamique, pour créer une situation claire face à une « boue » qui cherchera toujours à s’infiltrer dans tous les interstices (combien de fillonistes flageollent déjà, en dehors même des ralliés de dernière minute, comme Bertrand, Accoyer, Apparu ou même Baroin ?).

Il faut éviter le piège du recours en justice, en tous les cas d’y fonder trop d’espoirs. Les délais sont trop longs à l’échelle du temps médiatique. Et les Lavrilleux et Szpiner suaront encore les allonger… en allant même jusqu’au pénal, qui suspendra le civil. Il faut simplement y voir un moyen d’obtenir moralement satisfaction à long terme, de pouvoir dire en 2015 « j’avais raison ». En tous les cas, cette saisine de la justice, il faut la faire en parallèle de ce que Fillon a déjà esquissé: je laisse la présidence de l’UMP, l’enjeu n’est pas le poste, mais le principe et la morale.
Comme le montre l’IFOP, ce pourrait être trop « diviseur » en termes d’image pour Fillon, la solution prvilégiée étant la direction provisoire Juppé (déjà évanouie…), à 73 contre 27 pour les Français et même 88 contre 12 pour les sympathisants,
ou la nouvelle élection, à 71 contre 29 et 67 contre 33, respectivement,
le recours à la justice ne se situant qu’à 42 contre 58 et surtout 24 contre 76.
Encore le bête travers du « on lave son linge sale en famille », alors que c’est bien la vérité qui doit triompher, famille ou pas… Mais c’est une variable à prendre en compte par Fillon: il faut qu’il dise qu’on l’oblige à partir.

Il doit d’ailleurs éviter le piège de la nouvelle élection, dans lequel s’engouffrent les Juppé, NKM et peut-être bientôt Le Maire et Bertrand, trop contents de voir la chance tourner. Mais ce serait délétère pour Fillon comme pour Copé. Car beaucoup plus de fillonistes sont partis que de copéistes et beaucoup plus de fillonistes s’abstiendraient (écoeurés et méfiants) que de copéistes ou iraient sur les autres candidats, tous plus ou moins « modérés ». Sur un nouveau vote général, Copé est l’allié de Fillon: il ne veut pas aggraver le trou de l’UMP (oui, cela coûte cher de voter…) et il ne veut pas prendre de risque alors qu’il a tout fait pour cadenasser et reconnaître indirectement tout ce qu’il a rejeté depuis le début.
Certes, une version dégradée de la nouvelle élection serait celle de Sarkozy: ne revoter que là où il y a des contestations (problème: qui définit la liste des contestations ?…); cela assure un terreau plus favorable à Copé, tout en évitant d’ouvrir le jeu à Juppé et aux autres. Mais cela paraît trop complexe pour prospérer.

Il faut aussi frapper vite et fort, pour éviter que Sarkozy ne vienne à la rescousse de Copé, non par compassion pour ce dernier, mais simplement pour éviter que l’éclatement de l’UMP ne l’empêche, lui, de revenir…  ou qu’il ne revienne directement lui-même, en se fondant sur le sentiment encore majoritaire, apparemment, de nostalgie du chef le plus « récent ». Si Sarkozy s’investit davantage, il recueillera l’accord des militants, si avides de « sauveur », comme le montre l’image de Juppé dans le sondage IFOP cité plus haut.

« La France peut supporter la vérité« . Mais la droite et le centre-droit aussi et les militants et électeurs de droite et du centre-droit aussi.
Alors, François, il faut emprunter le chemin de la vérité (et de la vie, oserais-je ajouter… ;)), avec confiance et force.
Ce sera dur, mais tout est dur pour celui qui est dans le vrai…
Assez de la dérive sarkozo-copéiste: revenons à un gaullisme rigoureux, à un libéralisme politique tempéré, à des valeurs d’inspiration chrétienne et refondons la droite.

AJOUT DU 27 NOVEMBRE: A l’Assemblée, un nouveau groupe filloniste. Qui s’appelle « Rassemblement-UMP », comme un petit parti calédonien, ce qui permettrait ensuite d’envisager de récupérer une part de la 2e tranche du financement public des partis, si les députés fillonistes s’affilient à ce parti. L’avenir d’une scission totale est donc préservé.
Au Sénat, les fillonistes, qui sont majoritaires dans le groupe, vont tenter de faire partir Gaudin.
Tous ces signes montrent que Fillon est décidé à aller jusqu’au bout.
En outre, avoir d’ores et déjà Baroin, Woerth, Longuet, Marleix, Gaymard, Ollier, peut-être même Accoyer, montre que Fillon est soutenu au-delà de son équipe de campagne (Ciotti, Pécresse, Wauquiez) et de ses fidèles plus ou moins historiques (Chartier, Piron, Tardy,…). Même sans Bertrand, ses soutiens et quelques soutiens tardifs (Apparu), c’est déjà une belle avancée. Surtout si Baroin préside le groupe, ce qui donne une visibilité médiatique et une caution chiraquienne (au sens historique du terme)  très importante.
L’espoir avancé dans l’article ci-dessus n’est donc peut-être pas totalement irréaliste ;).

Election à la présidence de l’UMP: avant le vote des adhérents, dernier sondage BVA confirmant la suprématie de Fillon chez les sympathisants

1. Ce devrait être le dernier sondage avant l’élection. Malheureusement, c’est le même institut qui a été sollicité: sondage BVA pour i-Télé, réalisé du 15 au 16 novembre 2012, auprès d’un échantillon total de 1075 (dont seulement 273 sympathisants UMP).

Les sympathisants de droite et ceux de l’UMP respectivement souhaitent voir la personnalité suivante diriger l’UMP:
Fillon 63 / 67
Copé 33 / 32
ne sait pas 4 / 1

Le rapport de force 2/3-1/3 se confirme de nouveau, sans surprise, dans la population large des sympathisants. Voici notre graphique actualisé:

Espérons encore un autre sondage demain (il n’y a pas de loi l’empêchant, s’agissant d’une simple élection interne d’un parti), mais j’en doute.

Juppé n’a rallié personne même s’il a laissé filtrer une demi-préférence pour Fillon.
NKM, Le Maire et MAM n’ont pas bougé non plus.

Copé finit en trombe en ce qui concerne les meetings. Fillon se fait actif par SMS et mails et plus présent dans les médias. L’argument du « meilleur adversaire de Hollande », sondage à l’appui, pourtant de bonne guerre, énerve au plus haut point les copéistes, ce qui démontre qu’elle touche juste (contrairement au durcissement des attaques, qui laissait à Copé le beau jeu du candidat subitement calme et serein…).

Bref, les dynamiques n’ont pas fondamentalement changé, semble-t-il, dans le dernier mois de campagne, même si une petite guerre de mouvement s’est déclenché dans la dernière période.

Tout le monde est désormais impatient d’en finir…

2. Pour comparaison, voici la carte de mes pronostics « sous l’influence » des sondages, c’est-à-dire avec une victoire nationale de Fillon:

Et voici la carte qui serait dictée par la logique (histoire locale du parti ou de ses prédécesseurs, sociologie électorale de l’électorat UMP,…), beaucoup plus favorable à Copé:

Je me suis amusé à l’élaborer après quelques remarques dans les commentaires, qui nécessitent en effet que l’on sache où se situe l’équilibre profond. Mais une campagne est faite pour bouleverser, même à la marge, cet équilibre et, selon les départements, l’influence de barons locaux, la situation électorale face à la gauche et/ou face au FN, l’équilibre UMP/UDI, les préoccupations économiques, sociales et sociétales du moment, le passé électoral du RPR, de DL ou d’autres composantes précédentes de l’UMP, etc. seront des facteurs de poids variable et il est bien difficile de mesurer quelle sera leur importance relative.

Rendez-vous dimanche !

Election à la présidence de l’UMP: dernier sondage BVA équivalent aux précédents et favorable à Fillon

1. J’espère tout de même que nous ne devrons pas nous contenter de ce seul sondage BVA pour Orange, France Inter et l’Express, réalisé les 7 et 8 novembre 2012 aurpsè d’un échantillon total de 1115 personnes.

A la question du souhait pour la direction de l’UMP, les réponses respectives de l’ensemble des Français, des sympathisants de droite et des sympathisants UMP (avec variation par rapport à octobre) est la suivante:
Fillon 71 (=) / 60 (-6) / 65 (-1)
Copé 19 (-2) / 34 (+2) / 33 (=)
ne sait pas 10 (+2) / 6 (+4) / 2 (+1).

Celui d’OpinionWay pour Metro, réalisé entre les 2 et 7 novembre 2012 auprès d’un échantillon total de 1007 personnes, est moins net dans son questionnement, puisqu’il interroge sur le plus à même de s’opposer au gouvernement (or, le président de l’UMP a vocation à s’opposer d’abord au Président de la République), mais donne un résultat équivalent (respectivement auprès de l’ensemble et auprès des sympathisants de droite):
Fillon 40 / 56
Copé 18 / 30
aucun 41 / 14
ne sait pas 1 / 0.

L’avantage de Fillon (2/3-1/3) reste donc grosso modo le même, ce que traduit notre graphique actualisé:

Le principal atout de Fillon, son caractère attrape-tout, est également confirmé par BVA. Dans un duel de préférence avec Hollande, il est en effet gagnant parmi l’ensemble des Français: 48/45. Son avantage est net parmi les sympathisants du FN (80/10) comme parmi ceux du MoDem (62/28). Copé, lui, est nettement perdant face à Hollande (40/51), ne parvenant pas au niveau de Fillon auprès des sympathisants du FN (71/17) et concédant beaucoup parmi ceux du MoDem (47/44).

Le dernier « baromètre » IFOP donne des résultats encore plus nets:
Fillon bat Hollande 53/45, grâce à sa force au centre (62/35 chez les électeurs Bayrou et 56/41 chez les sympathisants MoDem), à son hégémonie au centre-droit (76/23 chez les sympathisants UDI), à sa réussite (qui reste étonnante même si elle ne cesse de se confirmer) à l’extrême-droite (78/21 parmi les électeurs Le Pen, nettement mieux que Sarkozy, et 75/23 parmi les sympathisants FN) et à sa capacité à s’imposer chez les sans-parti (53/34);
Copé perd nettement face à Hollande (42/55), en raison de sa faiblesse au centre (44/52 chez les électeurs Bayrou, 35/62 chez les sympathisants MoDem), au centre-droit (un très décevant 48/47 chez les sympathisants UDI, qui rappelle els mauvais reports de Borloo vers Sarkozy de l’automne 2011) et chez les sans-parti (19/67). Son score à l’extrême-droite est bon mais insuffisant pour compenser ces faiblesses (69/25 chez les électeurs Le Pen, 70/25 chez les sympathisants FN).

Il faut bien sûr y voir là la conséquence de la campagne plus dure de Copé et du positionnement plus large de Fillon, mais aussi celle du rejet de Hollande chez les électeurs FN, qui bénéficie mécaniquement à toute la droite, au point que Fillon comme Copé font mieux que Sarkozy…

AJOUT DU 16 NOVEMBRE: la campagne Fillon envoie aujourd’hui des mails avec une illustration du sondage de l’IFOP, avec de (vilaines) photos d’un petit Hollande et d’un grand Fillon d’un côté, d’un grand Hollande et d’un petit Copé de l’autre… Excellent ! Une primaire avant l’heure… 🙂

2. Malgré ces bons chiffres qui se confirment et n’ont pas fondamentalement bougé depuis cet été, il reste quelques points d’inquiétude pour Fillon:
– « sympathisant » n’est pas « adhérent », on ne cessera de le dire. Le précédent Hulot-Joly de 2011 est cependant démenti par les précédents Royal/DSK-Fabius de 2006 et Pécresse/Karoutchi de 2010. Mais…
– ce sondage est, une fois de plus, antérieur aux calculs rénaux et à la contre-offensive tous azimuts de Fillon, dont nous ne connaissons donc pas l’impact sur l’opinion;
– dans les sondages de popularité brute de chaque leader (que je ne reprends jamais), Fillon stagne, voire s’effrite, alors que Copé progresse un peu; toutefois, il est vrai que Fillon est stratosphérique (avec Valls ou quelques personnalités du passé), alors que Copé est coincé dans le marais central des seconds couteaux et des leaders sans avenir de partis extrémistes, ce qui modère un peu l’interprétation qui peut être faite de ces cotes de popularité, toujours un peu suspectes…

Vraiment, cette campagne aura été bien trop longue et met les nerfs à rude épreuve…

Election à la présidence de l’UMP: « consolidation » de Fillon dans les derniers sondages avant le débat

Consolidation… mais comme le CAC40: bref, peut-être un effritement potentiel…

1. La campagne pour la présidence de l’UMP connaît une plus faible médiatisation, car largement centrée sur les déplacements en banlieue et en province que chaque candidat multiplie, l’équipe Copé se targuant toujours d’un très bon accueil, tandis que la communication sur les chiffres laisse apparaître, comme pour les parrainages, une situation équilibrée. Tout cela est invérifiable et il est évident que la « motivation » d’un côté (le chef dynamique et bonapartiste) peut contrebalancer en apparence la « raison » de l’autre (l’homme d’Etat attrape-tout et déjà orienté vers l’échéance de 2017).

Le fait que cette campagne est longue, très longue, n’aide pas au renouvellement des débats, si tant est qu’il y ait débat. Les idées ne sont pas fondamentalement éloignées et les différences tiennent davantage aux personnalités et aux tactiques. Fillon va son chemin, martelant son stump speech, plus présidentiel que partisan, au risque d’endormir ses auditeurs; Copé surfe « à la Sarkozy », en tentant de créer l’événement, même artificiellement et avec finalement assez peu de succès.

Les ralliements se tarissent et ne changent pas la donne. Fillon peut se targuer de Guéant et Marleix et Copé de Hortefeux et Guaino, ce qui équilibre quelque peu la référence sarkozyste (Hortefeux est certes plus important, mais son ralliement est du bout des lèvres et « personnel » plus que politique, c’est-à-dire qu’Hortefeux lui-même en a fait un non-événement) et donne un avantage à Fillon dans la Cantal et confirme celui de Copé dans le Puy-de-Dôme. On pourrait même avancer que le ralliement de Guaino et le soutien extérieur de Villepin sont plutôt des désavantages pour Copé… 😛 (après tout, Guaino veut simplement se venger de la trahison du séguinisme et de l’opposition de Pécresse à son parachutage dans les Yvelines… quant à Villepin, l’ennemi numéro 1 du sarkozysme, il n’est plus tellement en odeur de sainteté à l’UMP…) Mais le soutien de Tiberi et le départ de Jouanno, censée être filloniste, ne sonnent pas extraordinairement non plus côté Fillon… 😉

Bref, tant que Bertrand ne dit rien et si Juppé ne bouge effectivement pas (comme d’ailleurs MAM, NKM et Le Maire), l’épisode « ralliements » semble refermé.

Avec le soutien de Gorges (maire de Chartres) à Copé et celui de Grouard (maire d’Orléans) à Fillon, voici l’état des forces actualisé, avec mon outil exclusif de mesure des soutiens potentiels des deux candidats, le fameux « doigt mouillé »:

2. Les données sondagières sont elles aussi malheureusement éparses, tant les médias semblent vouloir faire des économies en ne faisant plus sonder une course qu’ils semblent estimer gagnée d’avance ou en se réservant pour l’après-débat.

Fillon peut trouver des motifs de satisfaction dans le sondage IFOP pour Paris-Match, réalisé les 11 et 12 octobre auprès de 1006 personnes et interrogeant sur la personnalité préférée.
Entre Sarkozy et Fillon, respectivement auprès de l’ensemble des Français, des sympathisants de l’UMP, du FN, de l’UDI, du MoDem et des sans parti:
Sarkozy 34 / 54 / 47 / 11 / 22 / 34
Fillon 62 / 46 / 48 / 89 / 76 / 53
aucun 4 / 0 / 5 / 0 / 2 / 13,
chez les électeurs 2012 de Sarkozy, Le Pen et Bayrou:
Sarkozy 59 / 46 / 24
Fillon 41 / 49 / 73
aucun 0 / 5 / 3

Certes, Sarkozy bat encore Fillon à l’UMP, mais ce dernier est loin d’être ridicule, alors même que nous sommes en pleine période vintage de Sarko-nostalgie.
En outre, Fillon apparaît comme plus fort comme candidat présidentiel potentiel, en faisant jeu égal avec Sarkozy au sein des sympathisants FN (ce n’est plus une surprise que cette force relative à l’extrême-droite) et en l’écrasant au centre et au centre-droit. Même pour les sans-partis, pourtant plus attirés par la « bougeotte », le populisme ou l' »exotisme » politique (qu’il s’agisse de Cheminade, Bayrou, Villepin, Royal, Hulot ou Sarkozy), Fillon se révèle être le nouveau candidat potentiellement « attrape-tout« , en tous les cas sur l’aile droite de l’éventail politique.

Entre Sarkozy et Copé, il n’y a en revanche pas vraiment de comparaison possible (ensemble, UMP, FN, UDI, MoDem, sans parti):
Sarkozy 63 / 85 / 66 / 72 / 58 / 67
Copé 27 / 15 / 30 / 19 / 37 / 17
aucun 10 / 0 / 4 / 6 / 5 / 16
(et électeurs 2012 de Sarkozy, Le Pen, Bayrou)
Sarkozy 90 / 68 / 58
Copé 10 / 28 / 38
aucun 0 / 4 / 4

Evidemment, selon le vieux principe de la préférence de l’original à la copie, Copé est battu par Sarkozy dans la plupart des compartiments et surtout à l’UMP, pourtant censée être la force de ce Copé. Certes, il résiste au FN, probablement en raison du sentiment de trahison chez certains électeurs FN après le quinquennat Sarkozy et les promesses non tenues de 2007; certes, au sein du MoDem, Copé n’est pas totalement dominé (contrairement à l’UDI): mais c’est alors davantage celui qui n’est pas Sarkozy qui semble soutenu…

Il n’est pas question de tirer de ce sondage un rapport de forces de 3 à 1 en faveur de Fillon, mais bien de souligner deux profondes traces que laissera cette élection à la présidence de l’UMP:
Copé a perdu son statut de chef du parti: il n’est pas, apparemment, le préféré des sympathisants de l’UMP et il n’a pas bénéficié autant que prévu de son statut d’homme « déjà dans la place »; c’est une vraie réussite de la campagne Fillon, qui n’était pas acquise d’avance;
Fillon a installé, semble-t-il durablement, un statut de présidentiable et de candidat naturel de la droite à la présidentielle, sauf en cas de retour de Sarkozy; une hiérarchie a toutefois été installée dans l’opinion entre Copé et Fillon à l’avantage de ce dernier; Copé y a lui-même contribué en se rabaissant, probablement à l’excès, au rôle de supplétif, de subsidiaire, de Sarkozy.

Bien entendu, il faut rester prudent, car la capacité de nuisance de Sarkozy, ainsi que précédemment exposé, est entière. Et la victoire de Fillon n’est pas assurée, encore moins, sa victoire franche et massive, seule à même de lui assurer la tranquillité jusqu’en 2017.

Le sondage Harris Interactive pour LCP, réalisé du 10 au 15 octobre auprès de 1803 personnes, maintient Fillon à un niveau élevé. A la question de la personnalité souhaitée pour diriger l’UMP, les deux candidats obtiennent les résultats suivants parmi l’ensemble de l’échantillon, les sympathisants UMP, FN, UDI, MoDem et les sans parti respectivement:
Fillon 45 / 67 / 37 / 75 / 57 / 35
Copé 11 / 22 / 12 / 9 / 8 / 8
aucun 43 / 11 / 49 / 17 / 34 / 55
ne se prononce pas 1 / 0 / 1 / 0 / 0 / 2
et, comme d’habitude, le soutien à Fillon croît avec l’âge, le diplôme et la CSP.

Parmi les électeurs 2012 de Sarkozy, Le Pen et Bayrou, les rapports de force sont similaires:
Fillon 62 / 41 / 57
Copé 23 / 13 / 7
aucun 15 / 46 / 36
ne se prononce pas 0 / 1 / 0
avec, de nouveau, cette déception copéiste au FN et cette bonne résistance de Fillon des deux côtés de l’UMP. Quel que soit le souhait d’alliance avec le FN, Fillon devance ainsi Copé dans les mêmes proportions: le différentiel entre eux est bien une question de positionnement personnel, pas de tactique électorale, ni forcément de grands « principes ».
(Notons au passage, sur le souhait d’alliance, qu’il augmente avec l’âge et diminue avec le diplôme et la CSP; il est à 10% « systématiquement », 51% « au cas par cas » et à 39% « jamais » chez les sympathisants UMP et à 11/26/61 chez les Français, les sympathisants FN étant les seuls à la souhaiter majoritairement dans tous les cas)

En termes d’image, Fillon devance Copé dans quasiment tous les compartiments. Voici les rapports de force dans l’ensemble des Français et chez les seuls sympathisants UMP:
– « incarne les valeurs de la droite »: 71/56 et 88/78
– « ferait un bon président de l’UMP »: 59/33 et 80/60

– « a de bonnes idées pour la France »: 52/36 et 91/72
– « peut réformer dans le bon sens »: 48/31 et 86/67
– « ferait un bon Président de la République »: 44/18 et 72/37
– « compétent »: 66/43 et 92/77

– « courageux »: 57/49 et 84/85
– « sympathique »: 51/33 et 77/63
– « comprend les préoccupations des Français »: 43/30 et 78/64.

Bien entendu, Copé n’est pas enfoncé. Mais il ne bénéficie d’aucun avantage comparatif, notamment pas sur son positionnement droitier et même pas sur le courage. Fillon ne présente pas de faiblesse particulière, même sur la direction d’un parti politique, et il dispose d’une force très nette: la présidentialité.

Le jugement sur la qualité de la campagne est équivalent, avec un Copé qui n’est pas écrasé, mais qui reste toujours en retrait. Leur campagne est bonne, respectivement chez les Français et les sympathisants UMP, à hauteur de 59 et 81 (dont 17 très bonne et 64 assez bonne) pour Fillon et de 38 et 67 (dont 8 très bonne et 59 assez bonne) pour Copé. Elle est mauvaise à hauteur de 37 et 17 (dont 16 assez mauvaise et 1 très mauvaise) pour Fillon et de 59 et 32 (dont 26 assez mauvaise et 6 très mauvaise) pour Copé.

Il reste que Fillon pourrait être confronté à un problème, après cette accumulation d’indices et de bruit médiatique tendant à considérer cette compétition comme jouée d’avance: la démobilisation.
L’intérêt pour la campagne s’amenuise globalement. Mais de manière moindre chez les copéistes: 8% des soutiens de Copé s’y intéressent beaucoup et 33% assez, alors que, chez Fillon, les chiffres sont respectivement de 6 et 26%.
De même, parmi les personnes s’intéressant beaucoup ou assez à la campagne, Fillon reste à 66%, contre 20% à Copé, soit un rapport 76-24 contre 80-20 dans l’ensemble de la population.
Ce surcroît de mobilisation de Copé parmi les motivés est possiblement encore plus élevé chez les seuls adhérents. C’est toute l’inconnue du scrutin.

Le sondage BVA pour Orange, l’Express et France-Inter, réalisé les 11 et 12 octobre auprès de 1105 personnes, nous aide également à rester prudent.

Les souhaits pour diriger l’UMP vont toujours largement vers Fillon, mais de manière moins massive (ensemble, sympathisants de droite, sympathisants de l’UMP respectivement):
Fillon 71 / 66 / 66
Copé 21 / 32 / 33
ne sait pas 8 / 2 / 1

Le camp Fillon signerait probablement tout de suite pour un tel score, mais, il faut le répéter, ce sont bien des sympathisants et non des adhérents. Ceci étant dit, les bonnes cotes de Fillon dans tous les sondages nationaux doivent finir par convaincre les adhérents qu’il faut surtout rechercher l’electability.
En outre, contrairement à ce que Copé et Gaudin ont longtemps répété, la participation ne sera pas négligeable, tant la campagne est longue et permet même aux plus lents et aux plus vieux (fillonistes,  rappelons-le 😉 ) de se préparer à aller voter le 18 novembre (votre serviteur lui-même a enfin réussi à « régulariser » sa situation et sera en mesure de se rendre aux urnes à cette date-là !). Or, qui dit bonne participation, dit votes au-delà du seul cercle des plus durs des « tracteurs » de Meaux ou d’Avignon…
Sauf, évidemment, si le risque relevé plus haut se matérialisait d’une démobilisation des électeurs potentiels de Fillon, se disant que c’est déjà « plié ».

Le positionnement semble être le bon pour Fillon, mais Copé n’est toutefois pas rejeté par les électeurs potentiels. Ainsi, appelés à dire si le candidat est « trop à droite », « à droite comme il faut » ou « pas assez à droite » (et « ne sait pas », respectivement), voici ce que répondent:
– l’ensemble des Français:
Fillon 14 / 68 / 12 / 6
Copé 54 / 35 / 5 / 6
– les sympathisants de droite:
Fillon 1 / 72 / 24 / 3
Copé 26 / 60 / 10 / 4
les sympathisants de l’UMP:
Fillon 0 / 77 / 21 / 2
Copé 25 / 66 / 6 / 3.

On peut même suspecter les adhérents UMP de regretter qu’une solution « Fillon président et candidat, Copé SG et campaign manager » ne puisse voir le jour…

Finalement, Fillon reste dominant, mais ce n’est peut-être plus aussi éclatant qu’en septembre, ainsi que le montre notre graphique actualisé:

Heureusement pour lui, le débat semble un peu minimisé dans ses enjeux et dans ses conséquences potentielles. L’organisation semble donner lieu à une prudence et une volonté de « corseter » (comme pour les primaires du PS…), non seulement chez Fillon (quand on est le favori, on « gère ») mais aussi chez Copé. Ce dernier s’est peut-être avisé que ses sorties droitistes ne prenaient pas, que le sarkozysme est difficile à manier pour tout autre que Sarkozy et que la répétition des mauvais sondages finissaient par installer l’évidence dans l’esprit de beaucoup d’adhérents. La défection de Baroin a dû être un coup psychologique majeur pour lui. Copé semble désormais moins agressif mais peut-être aussi plus résigné (à l’image d’un Hortefeux, qui semble « réaliste » sur l’issue).

Le débat sera affaire de positionnements, mais il sera difficile pour Copé de se démarquer de Fillon sans trop l’attaquer. Fillon est déjà central au sein de l’UMP et Copé ne peut que tenter de le déborder par la droite. Alors que Copé aurait dû avoir les avantages d’Aubry (tenir l’appareil et être central dans l’éventail politique et idéologique du parti), il a laissé Fillon ajouter ceux d’Aubry à ceux de Hollande qu’il possédait déjà (candidat attrape-tout et vendeur pour l’extérieur). Alors qu’Aubry avait réussi à déstabiliser Hollande et aurait bien pu le rejoindre si la campagne du second tour avait duré une semaine de plus et avait été agrémentée d’un autre débat, Copé part de plus loin et n’a pas trouvé suffisamment d’espace à côté d’un Fillon bien à droite (qu’il s’agisse, d’économie, de sécurité ou d’éducation) mais restant « ouvert ».

Reste qu’il est inconcevable que Copé s’avoue réellement vaincu et que, si le débat tourne à son avantage, il remontera à l’assaut et pourrait, en jouant l’outsider, l’underdog, tenter de remonter sur le fil, comme l’aiment beaucoup d’observateurs politiques, les médias lui créant alors un environnement favorable à une dynamique qui leur permettrait d’entretenir le suspense et de vendre jusqu’au bout cette histoire… A l’image d’un Romney, dont on nous rebat les oreilles de la remontée, alors qu’Obama reste solide en Ohio et au Nevada et résiste au Colorado, en Iowa et au Wisconsin, rendant la perte de la Floride, de la Virginie et du New Hampshire peu problématiques (et même d’ailleurs celles du Colorado et de l’Iowa): ne nous fions pas trop aux sondages nationaux…

Je crois qu’il faut vraiment être très méfiant. Certes, je ne peux nier que Fillon est le favori, mais justement… 😛
Et puis, en deçà de 55%, l’avenir sera bien sombre pour l’UMP et pour Fillon et, entre 55 et 60%, tout sera à remettre régulièrement sur le métier face à Sarkozy… Bref, il faut au moins 58% à Fillon, si ce n’est 60,x%.

3. Une bonne nouvelle pour l’UMP reste quand même que, contrairement à ce qu’écrivent beaucoup de commentateurs politiques et à ce qui pouvait effectivement être redouté, il semble, à l’heure actuelle, que les pires divisions soient évitées.

Certes, la tension est palpable entre équipes de candidats, mais la descente sondagière plus rapide qu’anticipé du pouvoir hollandais peut susciter un souci de ne pas prématurément gaspiller les bonnes chances de revenir rapidement en responsabilités, tant localement que nationalement.
Ensuite, la pression forte de Le Pen (très haute dans un sondage rejouant la présidentielle de 2012) fait que l’UMP ne peut risquer un « 21 avril à l’envers ».
L’émergence de l’UDI ne peut qu’apporter de l’eau à ce moulin. Bien sûr, ce week-end médiatique fut borlooïsé de manière artificielle et une Jouanno ne fait pas le printemps (Daubresse, Léonetti, Raffarin, Méhaignerie et consorts restent à l’UMP), mais quand même, une UDI à 8-10% peut être gênante dans un premier tour.

Pourtant, les déchirements semblent moins rudes qu’entre balladuriens et chiraquiens en 1994-1995 (et après) ou entre sarkozystes et villepinistes (prolongation sous d’autres formes et avec plus de personnalisation du précédent combat).
Le débat pourrait aussi fournir une petite tribune utile à l’UMP, surtout si la division personnelle n’est pas trop forte (comme les primaires du PS furent une vaste campagne promotionnelle gratuite).
La création même de l’UDI est en réalité une bonne nouvelle (en tous les cas avant 2017), car, localement, une droite et un centre-droit avec deux tendances complémentaires sont indispensables pour regagner du terrain dans le Nord-Ouest modéré, dans le Sud-Ouest radical et dans les zones urbaines « sociales-libérales » et modernistes: l’UMP a éminemment besoin d’un renfort européen, « permissif » (:D), verdissant et empathique.
D’ailleurs, si Borloo se présente effectivement à Paris, cela allègera l’UMP (et Fillon en particulier) du poids de la défaite, tout en ouvrant une réelle petite perspective de victoire face à Hidalgo (si Borloo se lève un peu plus tôt et fait vraiment campagne… euh… bon, d’accord…).
Enfin et surtout, la situation économique ne s’améliore pas et c’est bien la première fois depuis 1984 que la gauche ne bénéficie pas d’une embellie juste au moment où elle arrive (contrairement à 1988 et 1997).

Pourquoi risquer de fragiliser un avenir qui s’annonce positivement ?
Rendez-vous jeudi soir pour le débat.

Election à la présidence de l’UMP: stabilisation générale

1. La bataille des parrainages se termine sur l’échec de Copé à reprendre l’avantage. Certes, il semble avoir refait son retard, avec un rapport de 46 000 contre 47 000. Mais, autant le chiffre de Fillon ne sera jamais connu précisément, autant le chiffre précis de Copé ne l’est que formellement:
– l’huissier est-il déjà intervenu avant le dépôt d’une partie des parrainages à l’UMP ?
– l’huissier n’était pas en mesure de certifier la validité des parrainages, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les manipulations,
– le camp Copé a retenu des parrainages jusqu’au samedi suivant le mardi jour de dépôt: à ce compte-là, combien de parrainages étaient-ils valables et pourquoi ne pas accepter les candidatures de Le Maire et NKM qui, mardi, étaient finalement assez proches du but ?

L’essentiel est en fait que Fillon a réussi à passer sans dommages à travers cette épreuve des parrainages, qui aurait pu remettre les deux camps sur un pied d’égalité.

2. Il peut donc aborder la phase suivante plus sereinement, d’autant que les sondages sont stables.

La dernière livraison nous vient d’Harris Interactive, qui n’avait pas encore sondé sur la présidence de l’UMP et qui l’a fait, du 20 au 22 septembre 2012, auprès d’un échantillon total de 1484 personnes, pour le compte de 20 Minutes.

A la question de la personnalité que l’on souhaite voir élue, il a été répondu, respectivement par l’ensemble de l’échantillon, les sympathisants de droite et ceux de l’UMP:
Fillon 45 / 71 / 71
Copé 13 / 21 / 23
aucun 41 / 8 / 6
ne se prononce pas 1 / 0 / 0

et auprès des sympathisants MoDem, ARES (disons UDI désormais !) et FN:
Fillon 49 / 75 / 44
Copé 9 / 12 / 19
aucun 36 / 12 / 37
ne se prononce pas 7 / 0 / 0

et parmi les électeurs de Sarkozy, Bayrou et Le Pen:
Fillon 69 / 64 / 43
Copé 22 / 6 / 19
aucun 9 / 27 / 38
ne se prononce pas 3 / 0 / 0

Ainsi, est de nouveau confirmé le positionnement plus modéré de Fillon, mais aussi sa très bonne tenue au fur et à mesure que l’on se rapproche du coeur de l’UMP. A l’inverse, Copé ne parvient pas vraiment à être plus performant à l’extrême-droite ou chez les électeurs de Sarkozy. Le côté technocratique et arrogant de Copé peut ici clairement le desservir, voire un aspect « bling-bling » ou quelques relents antisémites.

La plus-value électorale de Copé est donc faible, alors que Fillon est en mesure de mordre largement au centre-droit et au centre, sans perdre trop à droite ou même à l’extrême-droite. Cet argument de l’attrape-tout peut encourager les adhérents à privilégier l’efficacité électorale (au moins supposée).

D’ailleurs, à la question de savoir si l’élection de Fillon serait une « bonne chose », les sympathisants UMP répondent positivement à 69% contre 3% (28% ni bonne ni mauvaise). Pour l’élection de Copé, les chiffres ne sont que de 31% contre 14% (et 54%). Cela confirme peut-être l’intégration de ce critère d’efficacité électorale potentielle dans une présidentielle.

Plus précisément, à la question de savoir si une élection à la présidence de l’UMP constituerait un premier pas vers la candidature en 2017, les sympathisants UMP répondent selon un éventail 31/55/13/1 pour Fillon et 21/50/24/5 pour Copé (certainement, probablement, probablement pas, certainement pas). Cette question est certes ambiguë: certains peuvent la comprendre de manière « distante » et analytique, en projetant ce que l’élu lui-même ferait de sa victoire; d’autres peuvent simplement juger, à titre personnel, que cela donnerait une légitimité telle que la candidature de 2017 en découlerait logiquement. Toutefois, cela montre une plus forte légitimité, réelle ou projetée, accordée alors à Fillon.

De manière désormais classique, le soutien à Fillon progresse avec l’âge, le diplôme et la CSP. Copé n’a pas vraiment de points forts, même s’il enregistre quelques points supplémentaires chez les jeunes, les artisans-commerçants voire, de manière surprenante, les ouvriers.

La mobilisation potentielle pour Fillon est donc bonne, puisque les électeurs âgés sont normalement les plus susceptibles de voter. En outre, en fonction de l’intérêt porté à la compétition (« beaucoup », « assez », « pas vraiment », « pas du tout », respectivement), le soutien pour Fillon reste fort:
Fillon 72 / 70 / 53 / 22
Copé 27 / 17 / 15 / 5
Même si Copé est plus fort chez ceux qui s’y intéressent beaucoup, Fillon reste très haut.

En sens inverse, parmi les électeurs de Fillon, 10% s’intéressent beaucoup et 31% assez, tandis que chez Copé, les chiffres sont de 13% et 28%: des totaux équivalents, avec un léger avantage à Copé. Rien d’aussi massif de ce que veulent faire accroire les copéistes, donc.

Au final, ainsi que le montre notre graphique, la prédominance de Fillon se stabilise et n’a pas été affectée par l’épisode des parrainages, les seules incursions en dessous d’un rapport de forces 70-30 étant dues à la présence d’un tiers important (Juppé ou Sarkozy) ou au fait que c’était la préférence pour la présidentielle de 2017 qui était sondée:

3. La prochaine étape importante sera celle des débats télévisés. Plus acculé, Copé risque d’être plus violent et agressif (ses proches disent qu’il a été naïf sur les parrainages… ils vont le faire passer pour gentil, bientôt ! Cela promet des coups bas et durs pour la suite…). Ainsi, l’avantage de Fillon pourrait bien perdurer, surtout qu’il lui suffit, à lui, de taper sur l’ambulance hollando-écolo-socialiste pour ne pas paraître trop « mou ».

Les débats seront d’autant plus importants que la campagne de terrain a tellement accéléré, même de la part de l’estropié Fillon, que, avant le 18 novembre, tous les adhérents auront potentiellement pu approcher les deux hommes.

D’autant plus également que les ralliements se tarissent. Certes, Fillon est soutenu par Balladur, mais je doute de l’impact majeur de ce ralliement… sauf peut-être sur les plus de 65 ans en Ile-de-France et dans les Savoies…

J’en profite pour actualiser ma carte de pronostics « à l’instinct » (qu’Eric Dupin, sur Slate, a citée à ma grande surprise, me faisant grand honneur, même si d’aucuns apparatchiki de l’UMP auraient probablement plus de vista que moi… mais, que voulez-vous, ils n’en font pas, eux, de jolies cartes en couleur ! 😉 ou seulement dans le secret des QG de campagne):

Sinon, Juppé semble vouloir se réfugier dans le non-alignement, ce qui entraînerait peut-être Baroin (surtout, ne pas insulter l’avenir…), Apparu, Accoyer, MAM (malgré son compagnon Ollier), voire NKM à faire de même et à ne pas se prononcer et confirmerait Le Maire dans son refus affiché de ne pas se prononcer. Ne resterait plus alors que Bertrand, que l’on voit mal tomber ailleurs que chez Fillon et qui, de toute façon, n’aurait pas un effet décisif, même si un ralliement à Copé redonnerait sûrement de la dynamique à ce dernier.

Toutefois, le monde journalistique semble apprécier l’humour actuel et la sérénité de Fillon, tandis que Copé, trop sarkozyste et pas assez sarkozyen (trop droitiste, sans avoir le « charme » qui a pu opérer en 2007 sur l’aréopage des journaleux qui le suivaient, même de gauche), ne passe décidément pas très bien dans la presse. Certes, Le Figaro, derrière les Dassault, pourrait favoriser Copé in fine, mais ce n’est pas encore flagrant. Mais, globalement, il semble de plus en plus difficile pour Copé de regagner de la dynamique, tant les journalistes-commentateurs-experts (ceux des services politiques qui se font aussi éditorialistes ou commentateurs de talk-shows) insistent sur « la machine Copé qui n’accroche pas ».

4. J’en reste là pour aujourd’hui et je prends le risque de promettre quelques supputations prochaines sur:
– les différentes hypothèses de victoire à latête de l’UMP et pour les 4 ans qui vont suivre, jusqu’aux primaires,
– les espoirs de la droite pour 2017 et surtout 2022,
– les espoirs de la gauche pour 2017 et surtout 2022,
le tout à l’aune d’un système américanisé, avec la nécessité d’intégrer les élections intermédiaires mais aussi un facteur bien français: le parasite FN.

Election à la présidence de l’UMP: bonne tenue de Fillon dans la bataille des parrainages

1. So far, so good… Ma foi, Fillon doit se dire qu’il ne lui reste plus que l’épreuve médiatique des débats à franchir avant de remporter la présidence de l’UMP.

La grande nouvelle du jour est en effet que Fillon aurait atteint les 45 000 parrainages, coiffant sur le poteau et à la surprise générale un Copé à un peu plus de 35 000… Or, reprendre la main et relancer la dynamique par une victoire symbolique sur les parrainages était bien l’objectif premier de Copé.

Au surplus, on peut considérer sans risque majeur d’erreur que Fillon aurait été majoritaire parmi les 8 200 parrainages de Bertrand, les 7 200 de Le Maire (joli score et peu éloigné de la barre des 7 924), les 6 700 de NKM. Certes, le camp Copé a peut-être « joué » à faire soutenir d’autres candidats « modérés », susceptibles d’affaiblir Fillon; mais cela doit être marginal: nous ne sommes plus à l’époque Pasqua et Copé lui-même avait besoin du maximum de parrainages pour ne pas en gaspiller trop par des manoeuvres excessivement compliquées.

En ne prenant en compte que les parrainages des deux candidats, le rapport de forces est de 56-44. Nous sommes loin des résultats des sondages, mais, avec une meilleure proportion de fillonistes dans les parrainages de Bertrand, NKM et Le Maire, on se rapprocherait d’un score plus probable de 60-40 (sans cependant atteindre les 66-34 en additionnant Fillon, Bertrand, NKM, Le Maire).

Pour le Nouvel Observateur, LH2 a sondé un échantillon de 969 personnes, les 14 et 15 septembre, pour savoir qui serait « le plus capable de faire gagner la droite » en 2017. Respectivement parmi l’ensemble des répondants, parmi les sympathisants de droite, ceux de l’UMP et les électeurs de Sarkozy, les résultats sont les suivants:
Fillon 37 / 32 / 32 / 34
Copé 15 / 18 / 21 / 15
Sarkozy 27 / 40 / 43 / 46
aucun 11 / 5 / 1 / ?
ne se prononce pas 10 / 5 / 3 / ?

Pour notre graphique, je ‘en retiendrai qu’un rapport de forces de 60-40, justement, entre Fillon et Copé.

Bien sûr, cela introduit d’emblée l’incertitude sur le retour de Sarkozy et sa capacité à convaincre les adhérents de l’UMP et les électeurs de droite. Mais, autant je suis convaincu de sa volonté et de sa future tentative de revenir, autant ce sondage se révèlera faux:
– nous ne sommes qu’à 4 mois et demi de l’élection,
– les médias, même de gauche, ne peuvent s’empêcher de parler de leur « personnage » favori, Sarkozy, ce qui contribue à faire durer le sillage de son quinquennat,
– les « affaires » ne l’ont pas encore totalement rattrapé,
– les électeurs de la primaire UMP de 2016 seront d’abord pragmatiques et constateront l’avantage relatif de Fillon dans un second tour de présidentielle,
– Fillon va peut-être contrôler l’appareil UMP et sera le « premier opposant »,
– comme aux USA, il faut un peu de temps avant que le candidat battu s’efface des hypothèses pour l’élection suivante,
– comme aux USA, l’échec ne pardonnera plus dans le système présidentiel français.

Certes, Sarkozy ne reculera devant rien (utilisation de « leurres » pendant 4 ans tels que Bertrand, Copé ou Dati; exploitation d’une éventuelle déception aux municipales de 2014; pressions psychologiques et personnelles contre un Fillon qu’il connaît bien; primaire dure;…). Mais, normalement, il retombera dans les travers qui l’ont déjà perdu.

2. Mais fermons la parenthèse 2017 (on y reviendra), revenons au présent et constatons que Fillon, après l’amateurisme de l’été, dégage une certaine force tranquille, faite de pondération, d’humour et de rigueur sur le fond, qui tranche avec un certain patinage chez Copé, qui a tenté de s’adoucir, qui vient de tenter l' »émotion » sur les parrainages et qui teste tous les angles d’attaque sur Fillon.

Fillon a tranquillement annoncé son « ticket« : Wauquiez vice-président, Pécresse SG (pas forcément une bonne idée, car un Wauquiez aurait mieux réussi dans ce poste de « soutier en chef »), Ciotti SG adjoint. Il ne s’embarrasse pas de conserver des places pour Bertrand et Juppé (la présidence du conseil national ne peut suffire à tout le monde…) et se permet de ne pas faire apparaître Estrosi. Certes, il peut toujours promettre le futur porte-parolat, mais il n’éprouve pas le besoin d’élargir son socle de départ.
On aurait pu penser qu’il ferait de cette annonce un « événement » plus important, mais il semble se tenir à une ligneplus personnalisée, ce qui est peut-être plus clair.

Même lorsqu’une mauvaise surprise surgit (Morano finalement dans le camp Copé – comme prévu initialement, ceci étant dit), il semble toujours avoir des ressources pour l’effacer et éviter qu’elle n’entame sa dynamique (ainsi, Longuet et Ollier soutiennent aussi Fillon, après Bussereau et Lancar).

Copé n’a ainsi toujours pas réussi à inverser la dynamique et cela peut avoir des conséquences négatives pour la suite, même s’il reste précisément 2 mois de campagne, soit une quasi-éternité:

– les vrais hésitants pourraient ne pas prendre trop de risques et rallier Fillon, au vu du soutien militant inattendu qu’il a reçu: Bertrand, Juppé, MAM ne sont pas des casse-cous et ils devraient logiquement suivre le vent dominant; d’ailleurs « POM » (Ollier) semble rouler pour Fillon, ce qui anticipe peut-être le ralliement de MAM;
pourquoi l’arriviste Baroin ne ferait-il pas la même chose ? (c’est peu probable, et pourtant…);
NKM et Le Maire sont logiquement plus proches de Fillon;
Le Maire pourrait faire parler les liens personnels, mais le fait qu’il ait signé la motion « Boîte à idées » avec Jouanno, Gaymard et Apparu (2 fillonistes et 1 juppéiste) est peut-être une indication inverse; certes, il a dit solennellement qu’il ne choisirait pas, mais c’est difficile à croire; NKM a été moins solennelle et, comme Guaino, finira bien par dire quelque chose;
une unanimité des 3 autres candidats potentiels aurait un air de 1er tour de primaire socialiste, lorsque Martine Aubry n’avait reçu le soutien d’aucun candidat non qualifé pour le 2nd; là encore, c’est affaire de dynamique;

les médias ne font qu’amplifier les dynamiques, surtout lorsqu’elles les surprennent et les prennent à revers de leurs anticipations, ce qui est le cas sur les parrainages;

Copé va être contraint d’attaquer davantage, notamment lors des débats, ce qui fera resurgir l’image sarkozyenne d’agressivité et d’agitation qu’il tentait récemment de dissiper; il n’aborde pas cette nouvelle phase en ayant « remis les compteurs à zéro » et ce n’est pas du tout à son avantage;

– le haut niveau des parrainages et le longueur de la campagne encore à venir laissent entrevoir une forte mobilisation des adhérents de l’UMP le 18 novembre prochain, bien supérieure aux 140 000 qu’annoncent les commentateurs: le seuil des 200 000 votants pourrait bien être dépassé; l’équipe Copé elle-même avait d’ailleurs dit qu’un parrain mobiliserait un électeur de plus…;
or, une forte mobilisation signifie un électorat plus large et, a priori, plus favorable à Fillon car plus éloigné du coeur ultra-militant et plus « dur » politiquement;

la dynamique des motions pourrait ne pas être si favorable à Copé; certes, tous les leaders ont pris leurs précautions, mais, quand même, la motion Raffarin-Chatel est largement menée par des copéistes (un paradoxe quand cette motion est plutôt censée être une sorte d’UDF interne…);
or, sa bonne tenue dans les sondages pourrait être contrecarrée par la motion de Wauquiez (qui sera perçue comme filloniste, à tort ou à raison) et par la motion Le Maire et alii (sur la base de la bonne colecte de parrainages pour Le Maire mais aussi NKM);
les autres motions auront davantage de mal à être étiquetées copéistes, les « gaullistes » étant plus identifiés à MAM qu’à Karoutchi et la Droite populaire étant sourcilleuse sur son indépendance et sa spécificité;
la Droite forte (Peltier et les sarkolâtres) pourrait l’être davantage mais sera probablement noyée dans le nombre important de « mouvements » potentiels.

Je précise d’ailleurs que je n’ai pas accordé beaucoup d’importance aux motions, car, contrairement au PS, elles ne seront pas « exhaustives »: un adhérent n’est pas contraint de suivre une motion particulière, un membre du conseil national n’a pas obligation de « s’affilier » et toutes les motions ne se transformeront pas en « mouvements ». Il est probable que leur physionomie sera largement dictée par le résultat du duel Fillon-Copé et non l’inverse.

Finalement, il est peut-être temps de commencer à croire en la victoire de Fillon… 😉

Election à la présidence de l’UMP: stabilité des sondages et inutilité de Xavier Bertrand

1. La dernière livraison de l’IFOP pour Paris-Match (sondage réalisé les 6 et 7 septembre 2012 auprès d’un échantillon total de 1007 personnes) ne repose pas sur un questionnement direct pour la présidence de l’UMP, mais sur la « préférence pour une personnalité » et donc s’en rapproche clairement et, comme pour les trois précédents « tableaux de bord », je l’intègre dans notre graphique général du rapport de force Fillon-Copé:
Fillon 73 (+3)
Copé 25 (+1)
ni l’un ni l’autre 1 (-5)
ne se prononce pas 1 (+1)

Fillon est proportionnellement plus fort avec l’âge et recrute dans toutes les catégories de diplômes. Il est moins fort chez les ouvriers (62-33) et, marginalement, chez les commerçants et artisans (67-29).
La seule évolution de moyen terme décelable est l’évolution « politique », avec une situation davantage de centre-droit pour Fillon, qui était moins marquée avant l’été: 62-36 chez les électeurs FN et 64-32 chez les électeurs Le Pen, mais 74-19 chez les électeurs PS et 91-8 chez les électeurs Bayrou.
Toutefois, il reste fort dans le coeur de l’électorat UMP: 71-27 chez les électeurs Sarkozy.
Chez les électeurs PCF-PG, le rapport est de 65-16.

Publié avant-hier, le sondage IFOP pour Atlantico.fr est plus intéressant, mais donne exactement le même rapport de forces. Réalisé du 11 au 14 septembre 2012 auprès de 428 sympathisants de l’UMP (extraits d’un échantillon total de 2012 personnes), il donne
Fillon 59 (-3)
Copé 20 (-1)
NKM 6 (+2)
Le Maire 4 (+2)
Bertrand 3 (+2)
Guaino 1 (+1)
aucun 7 (-3)

Malgré un grignotement de chacun des petits candidats, le duel majeur n’est pas remis sérieusement en cause.
Dans le détail, les caractéristiques de l’électorat potentiel de chacun sont comme immuables.
Fillon est quasiment d’autant plus fort que l’âge est plus élevé: toujours un bon élément en termes de mobilisation potentielle.
Il est fort dans toutes les CSP, sauf chez les ouvriers (Copé est à 36%) et les « autres inactifs », soit les étudiants et les chômeurs (Copé à 25%), catégories de toute façon peu représentées à l’UMP et moins susceptibles de se déplacer. En termes géographiques, si Le Maire est relativement bon dans les communes rurales (8% – même score chez les retraités), Fillon fournit un score étonnant en Ile-de-France: 64-17 contre Copé. Mais, ici, l’écart entre sympathisants et militants peut être très fort, encore davantage que dans toutes les provinces.

La prédominance sondagière de Fillon se poursuit donc, sans grand changement, avec toujours le même bémol: ce sont bien des sympathisants déclarés qui sont sondés, non les adhérents de l’UMP, ceux qui iront voter.

Il paraît peu envisageable que le rapport soit inversé ou même que Copé soit légèrement au-dessus de Fillon, à 51-49. Si les sondages devaient se stabiliser ainsi jusqu’à la fin, le rapport de forces final serait probablement de 60-40, celui qui permet d’affirmer qu’une victoire est solide et légitime:
Jospin-Emmanuelli  (primaire de 1995) 65,8/34,2
Alliot-Marie-Delevoye (présidence du RPR de 1999) 62,7/37,3
Pécresse-Karoutchi (primaire régionale de 2009) 59,9/40,1
Le Pen-Gollnisch (présidence du FN et primaire de 2010) 67,7/32,3
Joly-Hulot (primaire de 2011) 58,2/41,3
Mélenchon-Chassaigne (primaire de 2011) 59,1/36,8
Hollande-Aubry (primaire de 2011) 56,6/43,4.

Il paraît donc difficile de croire que l’on pourrait se retrouver dans le scénario du PS en 2008 (Aubry-Royal).
Et pourtant…

2. La « bataille des ralliements » continue de battre son plein. L’incertitude continue notamment de peser sur le positionnement de Juppé et, de manière secondaire, de Bertrand, Le Maire et NKM.

Cela fait beaucoup d’inconnues et Copé, tant auprès de Juppé que de Le Maire et, évidemment de Baroin, conserve une capacité de conviction importante.
A l’heure actuelle, la période n’est pas faste pour Copé car, après Estrosi et Morano, Fillon a réussi à arracher Bussereau et Lancar à l’autre camp. Concrètement, ce ne sont pas des super-poids lourds. Mais, localement, Bussereau peut compter dans une fédération (Charente-Maritime), dont nous avons vu qu’elle n’était pas négligeable, et dans une région où il est en mesure de contrebalancer en partie l’influence de Raffarin.
Quant à Benjamin Lancar, il dirige quand même les Jeunes Pops, dont nous venons de voir qu’a priori, ils étaient largement copéistes. Et il représente justement une « force militante »: à force, l’argument de Copé sur « les militants contre les barons » ne pourra quand même plus trop tenir.
Surtout, dans l’un comme dans l’autre cas, tout concordait pour les inscrire parmi les soutiens de Copé. D’ici à ce que la même surprise ait lieu sur Le Maire ou même Baroin…

Quant à Xavier Bertrand, il semble avoir tout faux. Il a encore réussi à repousser le jour de sa décision, en entretenant artificiellement le suspense sur sa candidature. Aujourd’hui, il veut monnayer son ralliement et fait peser une pseudo-menace avec sa candidature à la primaire de 2016… Quelle arme nucléaire quand on voit son niveau dans les sondages… De l’art de rentabiliser au maximum ses 3-4%… Mais, à force de se faire désirer, plus personne ne l’attendra et la vraie campagne débutera sans lui, entre le 18 septembre et le 5 octobre. Il apparaît un peu comme la grenouille voulant se faire plus grosse que le boeuf…

(Nous reviendrons sur la perspective de 2016-17, mais constatons d’ores et déjà que nous sommes, électoralement parlant, dans une optique désormais totalement américaine, conséquence logique et prévisible dès 2000 avec l’adoption du quinquennat.)

Encore davantage que les ralliements, la « bataille des parrainages« , à partir de demain, sera sûrement utilisée par Copé pour tenter d’amorcer une dynamique inverse.

Les copéistes annoncent qu’ils sont au-delà des 20 000 parrainages, tandis que les fillonistes seraient aux environs des 15 000. Mais nous ne saurons en réalité jamais véritablement combien de parrainages valides chaque candidat aura reçus, puisque la COCOE (commission d’organisation) ne publiera que la liste des candidats retenus, sans le nombre de parrainages validés, sur le modèle du Conseil constitutionnel en matière d’élection présidentielle.

Certes, les copéistes ont dit qu’ils tiendraient les parrainages à la disposition de journalistes pour prouver leurs dires (et la confidentialité ? ils optent maintenant plutôt pour un constat d’huissier…), mais il est certain qu’il y aura un peu d’intoxication, probablement comme Xavier Bertrand, avec ses sacs censés contenir 8 200 parrainages.

Surtout, étant donné la différence sociologique des électorats potentiels de Fillon et de Copé, il y a fort à parier que les copéistes sont plus mobilisés que les fillonistes: ainsi, une avance sur les parrainages aura bien un effet médiatique positif pour Copé, mais elle ne signifiera pas pour autant un rapport de forces équivalent dans l’ensemble des adhérents (déjà, je peux vous assurer que Fillon aura au moins 2 voix de plus que le nombre de ses parrainages 😀 ): c’est la même chose pour l’affluence aux meetings, qui n’annonce pas le résultat dans les urnes.

Toutefois, ce sont le ou les débats télévisés qui constitueront probablement le morceau de choix: la « bataille médiatique » reste la plus importante. La campagne de terrain restera sûrement importante, mais elle ne mobilisera que les déjà convaincus; elle peut avoir seulement un effet indirect, en convaincant les médias que la dynamique est plutôt chez l’un ou chez l’autre et en modifiant alors, éventuellement, le discours ambiant. Dans cette campagne de terrain, alors que Fillon n’est toujours pas débarrassé de ses cannes (on a dépassé les 15 jours, pourtant…), il apparaît néanmoins presque aussi présent que Copé, au moins sur le plan médiatique.

Les débats télévisés auront une possibilité d’influence essentielle car ils peuvent éventuellement modifier les traits d’image. Copé devance Fillon sur un seul trait, le dynamisme, mais justement peut en faire un levier en focalisant les choses sur le fonctionnement du parti. Toutefois, dans le contexte général, la stature, l’expérience et le positionnement rocardo-juppéo-barriste de Fillon lui assurent une forte avance.

De ce point de vue, la position de challenger de Copé est plus intéressante, car les médias (comme nous tous 😉 ) aiment le suspense et les « remontées fantastiques ». Ceci étant dit, les petites bisbilles internes au gouvernement, les premiers « pas de géant » de l’hypo-président, le Premier ministre déjà essoré pour certains, tout cela semble encore devoir agiter le microcosme pour quelques temps. L’essentiel pour Fillon serait que les médias continuent de traiter l’UMP comme une simple distraction, sans remettre en cause l’actuel bruit de fond d’une « victoire annoncée ».

J’ai cependant du mal à croire que cela tiendra 2 mois entiers, même avec le répit des vacances de la Toussaint. Or, si Copé parvient déjà à modifier son image médiatique, ce sera une grande partie du chemin, car la modification viendra alors parmi les adhérents et militants, plus réceptifs et réactifs que l’ensemble des sympathisants. Il n’a de toute façon rien à perdre et peut se permettre d’être plus offensif, de réclamer plusieurs débats et une formule en face-à-face et non en côte-à-côte et de continuer d’utiliser les relais de la logistique d’appareil (quand on reçoit, à 1 seconde d’intervalle, un SMS de JFC candidat annonçant une réunion locale et un SMS de JF Copé SG annonçant la bonne prise en compte de la réadhésion, on peut effectivement douter de l’impartialité totale de l’appareil du parti… 😛 ).

Et puis, je me répète sur ce point également, mais les médias de gauche pourraient se réveiller en faveur de leur « meilleur ennemi » (sachant que, de l’autre côté, le Figaro et Atlantico semblent tenir, pour le moment, sur une position de neutralité prudente et attentiste…).

A suivre dès demain…