Derniers sondages IFOP, Harris, BVA et CSA pour les législatives et étude du sort des ténors de droite et du centre: l’effritement du FN et l’effacement du centre seront insuffisants pour que l’UMP puisse menacer un PS non assuré d’avoir seul une majorité

IFOP-Fiducial
Europe 1, Paris-Match, Public Sénat
6 mai 2012
échantillon: 1968
LO 0,5
NPA 1
FG 8
PS+PRG 31
EE-LV 5
(soit PS+PRG+EE-LV 36)
MoDem 4,5
NC+PR 1,5
UMP 30
DLR 0,5
(soit UMP+NC+PR+DLR 32)
FN 18

Harris Interactive-Viadeo
M6
6 mai 2012
échantillon: 2597 inscrits sur un total de 2913
LO+NPA 1
FG 7
PS 26
DVG 2
(soit PS+DVG: 28)
EE-LV 5
(soit PS+DVG+EE-LV 33)
MoDem 5
UMP 32
DVD 2
(soit UMP+DVD 34)
FN 17
autres 3

BVA
Le Parisien-Aujourd’hui en France / RTL, Orange, presse régionale
6 mai 2012 / 9-10 mai 2012
échantillons: 857 inscrits sur un total de 874 / 1147 inscrits sur un total de 1159
LO+NPA 0,5 / LO 0 et NPA 0,5
FG 10,5 / 10,5
PS+PRG+EE-LV 35 / PS+PRG 30 et EE-LV 4,5
(soit PS+PRG+EE-LV 35 / 34,5)
AEI – / 0
MoDem 4 / 5
UMP 33 / UMP 32,5 et DLR 1
(soit UMP+DLR 33 / 33,5)
FN 17 / 16

CSA
BFM-TV, RMC, 20 Minutes, CSC
6 mai 2012 / 9-10 mai 2012
échantillons: 1016 / 899 inscrits sur un total de 1005
LO 1 / 1
NPA 0 / 0,5
FG 10 / 10
PS 31 / 32
EE-LV 4 / 4
(soit PS+ EE-LV 35 / 36)
MoDem 6 / 4
UMP 30 / 33
DLR 1 / 0,5
(soit UMP+DLR 31 / 33,5) 
FN 15 / 12
autres 2 / 3

1. Comme souvent, mes titres à rallonge essaient de tout dire 😉 Mais il y a justement beaucoup à dire sur ces prochaines législatives.

Il y a d’abord des poncifs à combattre:

l’abstention sera nettement plus forte qu’à la présidentielle (20%): en métropole en 2007, après une très forte participation à la présidentielle, l’abstention avait grimpé à plus de 39% et ce, dès le premier tour (donc sans effet « TVA sociale » et « bourde Borloo »); certes, le déclin de Le Pen père y contribua (et la mobilisation « bleu Marion Anne Perrine » sera plus forte cette année); mais il y a de toute façon une plus forte abstention législative;

en conséquence, le poids du FN et sa capacité à se maintenir sera réduite; d’ailleurs, dans le passé, sa capacité de nuisance ne fut maximale qu’en 1997, à distance d’une présidentielle; en 1993, avec 12,4%, il pouvait se maintenir dans 101 circonscriptions, désavantageant davantage la gauche, déjà distancée par la droite dans une atmosphère d’affaires et de fin de règne; en 2002, malgré la surprise présidentielle, avec 11,1%, il pouvait se maintenir dans seulement 37 circonscriptions; en 2007, avec 4,3%, dans seulement 1 circonscription (devinez ;)); en 1997, en revanche, avec 15%, il pouvait se maintenir dans 133 circonscriptions, dont 79 triangulaires (76 effectives, finalement), 23 duels avec la gauche et 31 duels avec la droite, faisant élire un seul député dans le Var;

– aujourd’hui, au 1er tour de la présidentielle, Le Pen fille a certes dépassé les 12,5% des inscrits dans beaucoup de circonscriptions, mais c’était la présidentielle, c’est-à-dire qu’elle était présente partout; aux législtives, le FN, notamment dans tout l’Ouest, a du mal à trouver des candidats et des candidats un tant soit peu connus; en outre, le vote FN est aussi très personnalisé et « familial »: il est lepéniste au sens personnel du terme; il déclinera donc mécaniquement; bref, il est plus raisonnable de tabler sur les circonscriptions où Le Pen est arrivée en tête (23) et celles où elle est arrivée deuxième (93), plus quelques autres, ce qui aboutira probablement à une situation similaire à celle de 1997, donc avec des dégâts potentiellement équivalents pour l’UMP, notamment dans la Somme, l’Oise, l’Aisne, le Nord, les Ardennes, le Gard, l’Hérault, les Bouches-du-Rhône, la Loire, l’Isère, la Meurthe-et-Moselle, le Territoire-de-Belfort, la Moselle, la Meuse, l’Yonne;

la majorité de gauche n’est pas menacée, car le coup de poignard dans le dos du FN sera suffisant pour handicaper mortellement l’UMP et que les Français ne semblent pas souhaiter une cohabitation; le vote de 2002, alors que Chirac fut élu par défaut et que la gauche faisait jeu égal, voire mieux que la droite à l’issue du gouvernement Jospin, montre que les Français avaient souhaité donner une majorité claire à Chirac et Raffarin, malgré tout.

En revanche, subsistent des incertitudes:

le PS n’aura peut-être pas la majorité à lui tout seul: son stupide accord avec les Verts donnent à ces derniers beaucoup (trop) de circonscriptions; certes, leur « danse du ventre » indécente pour avoir des portefeuilles ministériels (au point qu’eux-mêmes -pas les médias- ont reconnu être allés trop loin… que n’aurait-on dit s’il s’était agi de gens de droite ou même du PS…) peut leur coûter quelques voix, mais c’est loin d’être sûr car le niveau d’attention des Français à l’actualité politique a mécaniquement régressé de quelques crans depuis dimanche; surtout, ce sont les multiples candidatures dissidentes du PS ou de divers gauche contre les Verts (j’espère pouvoir faire le point après le 18 mai) qui pourraient permettre au PS et au PRG de retrouver quelque espoir d’avoir une majorité à eux seuls: toutes les circonscriptions bretonnes, lyonnaises et toulousaines réservées aux Verts voient ainsi un notable local, bien implanté et très souvent PS, se présenter et avoir de très bonnes chances de faire chuter le candidat Vert; mais si le PS n’y parvient pas, il pourra se mordre les doigts…

l’éventuel accord PS-FG pour quelques candidatures uniques pourrait encore affaiblir la position du PS; heureusement pour ce dernier, le FG veut se compter et, surtout, a la même logique que le MoDem, le PR, le PCD ou le NC: pour avoir de l’argent public pendant 5 ans, il faut faire des résultats mais aussi, tout simplement, présenter au moins 50 candidats et, ensuite, récolter le plus de voix possible; il y a donc une désincitation mécanique aux candidatures uniques de premier tour; en outre, même si Mélenchon semble pouvoir se présenter partout à lui tout seul (9 circonscriptions différentes, au moins, ont déjà été envisagées…), pas très respectueux des camarades locaux, ni des Français, priés de voter pour lui où qu’il soit, le PCF a une bonne implantation locale, encore, et ne souhaitera pas forcément se retirer de zones, notamment dans le Nord et le Nord-Est, historiquement communistes;

l’ampleur de l’abstention rend évidemment le tableau incertain, entre une démobilisation à droite et un découragement précoce à gauche (à cause de la crise européenne relancée, des premières déceptions du Hollande prudent et déjà confronté à des problèmes internes);

un réflexe de « contre-pouvoir » est possible (après tout, la gauche pourrait avoir tout le pouvoir exécutif, tout le pouvoir législatif et une grande partie des collectivités territoriales), même si je ne suis pas persuadé que ce phénomène soit vérifié; ce qui est en revanche réel, c’est que, d’un tour à l’autre, des corrections ont souvent eu lieu, au travers d’une remobilisation ou d’une démobilisation d’un camp; ainsi, un score décevant pour la gauche au 1er tour pourrait entrapiner un sursaut, de peur d’une cohabitation; à l’inverse, un trop mauvais score pour la droite pourrait conduire des électeurs de droite ou modérés à se « réveiller » pour éviter un trop forte vague rose et des pleins pouvoirs à Hollande;

les désistements FN-UMP pourraient troubler la donne, essentiellement sur le plan médiatique; souhaités par une majorité d’électeurs UMP (70-30 selon IPSOS, 54-46 selon l’IFOP mais qui aprlait d' »accords électoraux », ce qui pouvait paraître plus large que les simples désistements) et par une majorité d’électeurs FN (68-32 selon IPSOS, 77-23 selon l’IFOP), ils restent rejetés par une majorité de Français et seraient médiatiquement calamiteux; ils sont toutefois peu probables, à quelques exceptions locales près, qui restent possibles (même si, même pour des candidats peu connus, c’est peu probable, les élections locales étant lointaines et certains UMP du Sud-Est ou du Nord-Est n’ayant donc pas à craindre de représailles à court terme); les leaders de l’UMP ont adopté une ligne claire pour le maintien où c’est possible et les triangulaires; restent les duels FN-PS, notamment dans le Nord de la France, pour lesquels deux lignes pourraient s’affronter, mais ils seront peu nombreux.

2. Les premiers sondages, certes influencés encore par la présidentielle, montrent des éléments clairs, qui confirment mes observations ci-dessus:

le bloc FG-PS-DVG-Verts est largement au-dessus de l’ensemble UMP-PR-NC-DVD: ce sont bien les forces à comparer, puisqu’il y a candidatures uniques dès le 1er tour ou désistements automatiques au 2nd, hors quelques exceptions locales plus tendues; même avec un environnement international tendu ou quelques couacs, l’échéance du 10 juin est trop proche pour que les rapports s’inversent ou même s’équilibrent: l’UMP ne peut espérer que « limiter la casse », pas créer une incertitude sur le résultat final;

– au sein de ces blocs, le FG est à son niveau de la présidentielle, voire un peu en-deçà et devrait donc revenir à l’étiage communiste traditionnel; les Verts retrouvent un tout petit peu d’espace, mais leur sort parlementaire dépend davantage des situations locales et de la force des dissidents socialistes; à droite, l’espace centriste est marginal;

– quant au MoDem, il est déjà effacé dès les sondages; il pourrait donc bien disparaître lors des élections elles-mêmes, le parti ne semblant déjà pas en mesure de présenter plus de 400 candidats et la décision personnelle de Bayrou ayant entraîné une hémorragie supplémentaire;

le FN apparaît haut, mais en léger retrait par rapport à la présidentielle, voire plus nettement selon le récent CSA (mais nous connaissons désormais l’erratisme de cet institut… ce 12% ne peut donc que laisser sceptique);

– CSA et Harris ont raison de sonder les « autres », car, entre les régionalistes, CPNT, les dissidents de tous poils, les défenseurs des animaux, les sectes déguisées, il y a la place pour quelques % perdus.

Pour mémoire, voici les résultats en métropole en 2007:
EXG 3,41
PCF 4,29
(soit PCF+EXG 7,70)
PS 24,73
PRG 1,32
DVG 1,97
(soit PS+PRG+DVG 28,02)
Verts 3,25
DIV ECO 0,80
(soit PS+PRG+DVG+Verts 32,07)
REG 0,51
CPNT 0,82
DIV 1,03
(soit « autres » 2,36)
UDF-MoDem 7,61
DVD 4,84
UMP 39,54
MPF 1,2
(soit UMP+DVD+MPF 45,58)
FN 4,29
EXD 0,39
(soit FN+EXD 4,61)

Sans même évoquer le score du FN, la situation entre les deux blocs est donc inversée.

3. Outre ces problèmes structurels pour la droite (niveau global limité, FN menaçant), un aspect potentiellement fort négatif pour elle et en partie décisif pour la recomposition à venir tient dans le sort de ses ténors, de la Droite Populaire jusqu’aux centres.

En effet, beaucoup de ses leaders naturels peuvent être battus ou simplement affaiblis. Nous allons voir que ce sont davantage ceux de l’aile modérée ou du centre qui sont menacés, ce qui pourrait avantager Copé face à Fillon et Juppé et ce qui pourrait retarder le regroupement des centres (ou l’accélérer mais à un niveau très faible de simple force d’appoint de l’UMP, par simple regroupement forcé des « restes » NC, radicaux et centristes divers). Ce phénomène sera déjà accentué par le fait que, globalement, les députés de l’aile droite de l’UMP sont dans des circonscriptions plus sûres (Sud-Est, Nord-Est) que ceux de l’aile modérée, qui risquent de connaître des revers dans l’Ouest et le Centre-Ouest par exemple (Sarthe, Calvados, Vienne, Bretagne), en Ile-de-France (Hauts-de-Seine notamment), dans le Rhône ou dans les Pyrénées-Atlantiques.

Il y a d’abord les leaders modérés (des gaullistes aux anciens UDF de l’UMP) menacés de défaite ou d’affaiblissement:
Juppé a déjà renoncé (ce qui pourrait lui nuire) et pourrait voir son poulain mordre la poussière (Gironde)
– l’ancienne circonscription de Fillon (Sarthe 4e) risque bien de basculer; Fillon est évidemment menacé par Dati à Paris (2e)
Méhaignerie ne se représente pas (Ille-et-Vilaine 5e), mais sa remplaçante, certes bien implantée, n’est pas assurée d’une élection facile en raison de candidatures radicale et centriste concurrentes
Raffarin n’est pas député, mais la Vienne pourrait donner un grand chelem à la gauche
Bertrand (Aisne 2e) est clairement meancé, non pas tant par le FN (Le Pen était en 3e position), mais par une poussée socialiste
Alliot-Marie est en difficulté face à un PS majoritaire (Pyrénées-Atlantiques 6e)
Devedjian (Hauts-de-Seine 13e) est meancé dans une circonscription où Hollande a été nettement majoritaire
– de même pour Gilles Carrez (Val-de-Marne 5e)
Daubresse paraît moins menacé (Nord 4e) car Sarkozy y était clairement majoritaire et le FN seulement 3e, mais le PS pourrait soutenir un centriste bien implanté localement s’il faisait un bon score
– Bachelot ne se représente pas, mais sa circonscription (Maine-et-Loire 1e) a donné plus de 50% à Hollande.

A côté, les leaders modérés moins menacés ne sont pas si nombreux ou conservent une petite part d’incertitude:
– Fillon, sans Dati, n’aurait pas de problème, évidemment
NKM est dans une criconscription où Sarkozy a été majoritaire et où le FN est assez faible (Essonne 4e), mais sa marge n’est pas si confortable
Wauquiez semble hors de danger, malgré la poussée du PS en Haute-Loire, mais il devra être attentif
– de même que Chartier (Val d’Oise 7e)
Apparu n’est pas en danger (Marne 4e) malgré un FN élevé
Bussereau n’est pas menacé (Charente-Maritime 4e)
Baroin non plus (Aube 3e)
Pécresse encore moins (Yvelines 2e)
Ollier de même (Hauts-de-Seine 7e), ainsi que Laffineur (Maine-et-Loire 7e)

En revanche, les leaders de l’aile dure sont plus en sécurité, même si leur chef putatif n’est pas totalement hors de danger:
– en effet, Copé peut pâtir d’un FN élevé (Seine-et-Marne 6e), mais il est très bien implanté
Estrosi, Luca, Ciotti, Tabarot sont tranquilles (Alpes-Maritimes)
– Boyer a migré dans une criconscription sûre (Bouches-du-Rhône 1e)
Chatel est assuré de l’emporter (Haute-Marne 1e)
– de même que Woerth (Oise 4e), malgré le FN élevé
Morano bénéficie d’une circonscription bien redécoupée (Meurthe-et-Moselle 5e)
– comme Mariani (Français de l’étranger)
– Raoult est dans la dernière circonscription de Seine-Saint-Denis (12e) gagnable et son ancrage local devrait suffire
– Guéant devrait être élu, sauf dissidence de poids (Hauts-de-Seine 9e).

Certes, même l’aile plus dure peut avoir des déconvenues, mais ce sont plutôt des libéraux ou des éléments plus difficiles à classer qui sont concernés:
Novelli (Indre-et-Loire 4e), Mariton (Drôme 3e) et Courtial (Oise 7e, en raison d’un FN élevé) dans le premier cas
Rosso-Debord (Meurthe-et-Moselle 2e, avec une poussée socialiste dans une circonscription mal redécoupée), ancienne filloniste devenue sarkozyste fidèle, ou Muselier (Bouches-du-Rhône 5e, très « rose » désormais).

Chez les centristes hors UMP ou à la marge de l’UMP, ce sont les caciques ou les plus proches de l’UMP qui devraient survivre:
Morin (Eure 3e), Sauvadet (Côte d’Or 4e), Leroy (Loir-et-Cher 3e), Hervé de Charette (Maine-et-Loire 6e), Léonetti (Alpes-Maritimes).

En revanche, la jeune génération prometteuse et les plus « indépendants » de l’UMP sont en danger:
Borloo lui-même a une circonscription difficile (Nord 21e, majoritairement pour Hollande) même si elle est gagnable étant donné son implantation personnelle; toutefois, s’il perd, ajouté à son caractère velléitaire, il sera bien diminué pour incarner en quoi que ce soit le centre à rebâtir
Hénart est fort menacé (Meurthe-et-Moselle 1e)
– Jean-Christophe Lagarde a presque déjà perdu (Seine-Saint-Denis 5e) malgré sa forte équation personnelle
Jégo aura fort à faire avec un FN élevé (Seine-et-Marne 3e)
– sans même revenir sur le cas de Bayrou (Pyrénées-Atlantiques 2e), certes désormais quasi-« divers gauche ».

Dans un contexte global défavorable, il est donc bien possible que:
les copéistes au sens large (Droite Populaire et ex-sarkozystes compris) deviennent dominants,
les centristes soient réduits à des barons et des vieux leaders, qui seront bien incapables de reconstruire quelque chose s’approchant de l’UDF.

Alors même que l’élection à la présidence de l’UMP, si elle donne bien lieu à un affrontement Copé-Fillon, risque bien de voir l’aile modérée se diviser (NKM, Wauquiez, voire Juppé ou Baroin ne voudront-ils pas se compter ?), les militants les plus actifs et donc souvent les plus durs se mobiliser davantage et les fédérations les plus importantes se copéiser fortement,
de tels résultats individuels aux législatives ne feront qu’accentuer le risque d’un centre-droit pérennisé dans la situation de croupion et d’une dispersion perdante de l’aile modérée, gaullo-centro-humaniste, de l’UMP.

En revenant sur la géographie électorale u second tour de la présidentielle, nous verrons que cet avenir sombre de la droite est confirmé. L’espoir pour elle est que le quinquennat de Hollande s’annonce fort difficile. Mais est-ce bien la droite parlementaire qui en profitera ?….

Indicateur du 9 avril 2012: quel avenir pour les droites dans la perspective d’une victoire de la gauche ?

1. L’indicateur de cette semaine montre une poursuite des tendances déjà relevées, mais avec un certain ralentissement sauf pour Bayrou:
– amélioration du score de Sarkozy,
– décrue de Le Pen,
– progression de Mélenchon,
– effritement de Hollande,
– décrochage de Bayrou,
– marginalité persistante des autres candidats.

Il est intéressant de relever que cette situation se produit alors que la pondération au sein de l’indicateur a été relevée et que seuls les sondages des deux dernières semaines (en réalité réalisés depuis le 22 mars pour le plus ancien) sont désormais pris en compte.

Avec le début des vacances scolaires, la presse lève manifestement le pied et il est clair que la campagne est un peu en « roue libre » et ne continue que sur sa lancée. C’est une bonne nouvelle pour Mélenchon, qui reste sur une dynamique favorable et sur la « dernière impression » et son score ne devrait pas s’en départir jusqu’au premier tour. Pendant ce temps, les deux principaux candidats multiplient les signes de fatigue et se battent sur le permis de conduire… bref, rien qui puisse altérer les rapports de force actuels de manière structurelle… Chaque candidat (Le Pen et Bayrou compris) est revenu à ses fondamentaux, par sécurité et par conservatisme, presque par facilité et par souci de se reposer, semble-t-il…

Cela suffira-t-il à Mélenchon pour dépasser clairement Le Pen ? Cela reste probablement la dernière inconnue de la campagne, avec, peut-être le seuil des 30% pour Sarkozy et l’éventuelle reprise du resserrement de l’écart de second tour. On peut raisonnablement parier sur un nouveau palier, tant au premier qu’au second tour.

Au second tour, justement, Sarkozy ne regagne plus de terrain et les positions se sont stabilisées à 54-46 environ (alors même que le mode de calcul de l’indicateur a été modifié).

2. Profitons de cette victoire entrevue de Hollande pour spéculer sur l’avenir possible des droites et de leurs marges, au sens très large (du MoDem au FN).

En cas de défaite du Président sortant, celui-ci sera le deuxième Président élu au suffrage universel à rater sa réélection. L’échec sera cuisant, modéré par le fait que l’alternance apparaît inévitable (10 ans de pouvoir et une crise économique profonde) mais renforcé par un score qui s’annonce net.

3. Dans ces conditions, le Président sortant peut-il espérer se maintenir à la tête de la droite ?

Bien entendu, lui-même a dit qu’il ne le souhaitait pas. Bien entendu, la concurrence s’annonce forte et le parti est aux mains d’un néo-fidèle qui sera le premier des Brutus. Bien entendu, l’étiage catastrophique de la droite parlementaire et la renaissance relative du FN (certes vécue comme une défaite par Le Pen fille au regard des sondages du début 2011, mais tout de même non négligeable si l’on se remémore le crépuscule du père) au premier tour ne pourront que créer un grand chambardement.

Mais je ne parviens pas à y croire. Sarkozy est né dans la politique, il n’a presque connu que cela. Carla n’est probablement attachée à lui que parce qu’il est et pourrait redevenir le chef de l’Etat. Sarkozy fonctionne aussi dans la revanche. VGE a bien tenté de revenir, tout au long de la décennie 1980 (et même un peu au-delà…).

Sarkozy peut se dire qu’en 1988, Chirac était au fond du trou, politiquement et personnellement, mais qu’il a réussi à reconquérir le RPR et qu’en 1995, il a réussi contre une large partie de la droite. Il peut en outre profiter d’un paysage de droite très émietté (qui’il a largement contribué à façonner, d’ailleurs), dans lequel les oppositions personnelles peuvent lui laisser l’avantage de celui qui a déjà incarné le leadership et qui peut presque passer pour le plus petit dénominateur commun. La capacité de nuisance de Sarkozy est bien plus importante que celle de VGE après 1981.

Certes, cela ne sera pas facile pour lui: outre le problème Copé, déjà évoqué, les électeurs de droite en voudront à Sarkozy d’avoir perdu et ceux flottants entre FN et droite parlementaire encore davantage de les avoir finalement floués deux fois, après 2007 et avant 2012. Quant aux fidèles de Sarkozy, nombre d’entre eux pourront lui en avoir de les avoir insuffisamment et tardivement récompensés, les portefeuilles ministériels allant à l’ouverture, aux chiraquiens ou aux trop fraîchement convertis.

Je pense donc que Sarkozy ne pourra s’empêcher de tenter de revenir. Ce sera cependant bien difficile

4. En effet, comme VGE, Sarkozy sera déjà l’homme du passé, car le rythme s’accélère et que les ambitions sont déjà affutées pour 2017. L’américanisation de la vie politique française se manifestera là aussi: un échec dans la réélection est un handicap trop lourd. D’une certaine manière, Mitterrand, après 1981, avait choisi Chirac comme adversaire plus « clivant » et donc plus facile à affronter. Certes, Hollande pourrait avoir intérêt à une nouvelle confrontation avec Sarkozy en 2017, mais Copé est probablement encore davantage attirant, car il est une sorte de Sarkozy-bis (dans la suspicion de l’amour de l’argent et de la fréquentation des puissants, dans le côté « clivant » et droitier), mais avec en plus des tares rédhibitoires ou presque pour le bon peuple français: il est libéral en économie (Sarkozy est beaucoup plus colbertiste) et c’est un technocrate… Idéal pour s’assurer une réélection facile en 2017 !

Comme Chirac après 1988, toutefois, il pourra jouer des divisions à droite. Chirac avait en effet réussi à passer de multiples obstacles: rénovateurs, Michel Noir, « bande à Léo », souverainisme Pasqua-Séguin,… A chaque fois il a su s’appuyer sur le parti et sur Juppé en interne, sur les « vieux » face aux « jeunes », sur des alliés externes (à l’UDF). Chirac avait en effet bénéficié du soutien de l’appareil et sa victoire, avec Juppé, sur Pasqua-Séguin avait été l’élément essentiel, même si l’adoubement de ce dernier par Mitterrand fin 1992 avait fait passer le boulet assez près. Chirac avait aussi joué sur l’absence d’une UDF forte et réellement concurrentielle: Léotard s’était révélé incapable de la structurer suffisamment (comme Borloo aujourd’hui avec l’ARES mort-née), Balladur était bien membre du RPR et non de l’UDF (un peu comme Juppé ou Fillon aujourd’hui, que l’on n’imagine créant ou même tentant de créer un parti concurrent de l’UMP).

En fait, le problème de Sarkozy, c’est la présence de Copé à la tête de l’UMP, position que Chirac n’avait jamais réellement abandonnée ou avait confiée au fidèle Juppé. C’est bien ce qu’il a tenté avec Bertrand, mais sans succès, celui qui est un bon ministre technique se révélant un très piètre chef de parti.

Mais le grand flou régnant au sein de l’UMP peut l’avantager.

5. Comme au PS, au sein duquel les vieux clivages historiques, qui avaient une véritable « légitimité », se sont estompés pour être remplacés par des « écuries » plus ou moins présidentielles, les tendances de la droite UMP sont de moins en moins structurées autour de véritables courants de pensée.

– Le gaullisme, historique comme social, semble avoir disparu. MAM n’est plus en mesure d’avoir une réelle influence: son heure est passée. Quant à Fillon, sa pratique barriste (tant dans la rigueur que dans un certain libéralisme) l’a fortement éloigné du séguinisme. En outre, Fillon a-t-il véritablement l’envie de se battre pendant 4 ans pour devenir le futur adversaire de Hollande ? On peut en douter. De plus, il n’a que peu de troupes et peu de soutiens au sein du parti. De surcroît, il s’attache lui-même une tonne de plomb au pied avant de plonger: quel intérêt à aller tenter de s’implanter à Paris, alors que le temple du boboïsme a très, très peu de chances de basculer en 2014 (n’est pas Boris Johnson qui veut…) et qu’en outre, tant Sarkozy que Copé soufflent sur les braises « datiennes » de manière quasi-caricaturale pour être certain que Fillon sera mortellement blessé dès 2012. Vraiment, que va-t-il faire dans cette galère… Fillon va connaître un destin à la Rocard: Premier ministre n’ayant pas démérité, son ancien chef fera tout pour le perdre et Dati jouera le rôle du Tapie des européennes de 1994…

– Le chiraquisme a encore de beaux restes, mais il connaît probablement un trop-plein de seconds rôles, tous tentés par les premeirs rôles, un peu comme au PS des années 2000. Certes, il y a la figure tutélaire d’Alain Juppé, mais même lui concède que l’âge l’écarte d’ores et déjà pour 2017. Derrière, Baroin, Pécresse, Le Maire, Apparu, techniquement solides (ou moins fragiles qu’avant, dans le cas de Baroin…) apparaissent encore bien tendres et/ou bien « individuels » pour parvenir à constituer un groupe fort. Leurs querelles au moment du remaniement ministériel de l’été 2011 n’augurent en outre rien de bon. Il y a donc là un vrai courant, mais qui va mettre du temps à se trouver un leader incontesté.

– Le pôle environnemental et social est très divers et très jalousé: NKM risque de pâtir de son rôle de porte-parole, même si elle a un atout majeur, la « modernité » personnelle et politique, qui la rend médiatico-compatible; Bertrand est durablement étiqueté comme « chouchou »; Wauquiez navigue plus à droite et fait déjà beaucoup d’envieux; Barnier est définitivement hors de la politique nationale. A n’en pas douter, il y a là de l’avenir (NKM plus à gauche, Wauquiez plus à droite), mais il n’est pas pour tout de suite. En cas de primaires en 2016 et de neutralisation des « gros » (Sarkozy, Copé, voire Fillon, Juppé), ils ont leur chance, notamment Wauquiez, qui raisonne déjà comme un Romney (gagner à droite en interne, faire campagne au centre au niveau national).

– Le « sarkozysme de base » (Dati, Morano, Estrosi, Lefebvre,…) est hétéroclite et chaotique. Il peut aider son ancien patron à créer la confusion et à tirer sur tout ennemi un tant soit peu entreprenant (tels des Cambadélis, Bartolone ou Assouline de droite… avec le succès que l’on sait en termes d »image et de rassemblement…), mais il ne peut prétendre à être un courant structuré et incarné en dehors de son chef.

– La « droite populaire » ne peut prétendre aux premiers rôles (Mariani n’est pas crédible; Valérie Boyer, prometteuse, est bien trop « tendre » et loin d’être certaine de prendre la mairie de Marseille, ce qui lui assurerait un tremplin national), mais elle a potentiellement une capacité de nuisance importante. D’abord, elle est nombreuse et structurée. Ensuite, elle est forte là où la droite est forte (dans l’Est et le Sud-Est). Enfin, elle pose l’une des questions stratégiques majeures: que faire du FN, en réalité résurgent, même si pas à 20% ? De manière secondaire, elle est en mesure de capter, à travers certains de ses porte-parole, le souverainisme de droite, un peu orphelin des Pasqua et Séguin.

– Le pôle « centriste » de l’UMP et la « droite humaniste » posent l’autre question stratégique majeure: que faire du centre-droit, orphelin depuis la réduction de l’UDF à une simple chapelle personnelle de Bayrou, alors que les résultats de toutes les élections et les faiblesses régionales (grand Ouest, voire Rhône-Alpes) montrent qu’il manque une jambe à la droite. Ils auront d’ailleurs un problème de positionnement interne, comme ceux du parti radical qui restent à l’UMP. Outre que certains des chefs ne sont plus en âge de guigner les premiers rôles (Méhaignerie, Daubresse, Léonetti) ou ont trop « brûlé de ponts » (Jégo), leur avenir ne peut résider raisonnablement dans la conquête de l’UMP, qui est par trop l’héritier du RPR. Ils ne peuvent prospérer qu’à l’extérieur du parti.

– Les « libéraux » sont confrontés à une situation semblable, bien que leurs destins soient probablement à la dissolution à l’intérieur comme à l’extérieur. Les « Réformateurs » Novelli et Devedjian, de même que Longuet et Chatel, ont probablement davantage d’avenir au sein de l’UMP qu’à l’extérieur, car ils incarnent aussi un positionnement plus « dur » de la droite (même si Devedjian a beaucoup évolué; mais il ne représetne plus que lui-même). En revanche, les « giscardiens » évolueront probablement en dehors de l’UMP, Raffarin et son fidèle Bussereau suivant probablement la trajectoire d’Hervé de Charette et sa Convention démocrate. Il en est de même des « sociaux-libéraux » (Bockel, Besson).

– Les « conservateurs sociaux » (PCD de Boutin et « queue de comète » du villiérisme) connaissent un tiraillement un peu similaire: trop faibles à l’intérieur et à la fois sociaux et durs, ils ne savent pas réellement à qui se rallier; mais trop faibles aussi à l’extérieur où le grand écart entre les ex-UDF les plus traidtionnels et certains courants catholiques de droite dure est impossible à assumer durablement.

– Finalement, il convient de souligner que Copé semble être au carrefour de beaucoup de courants, ce qui en fait assurément l’ennemi n°1 d’un éventuel retour de Sarkozy et de l’émergence de tout autre leader alternatif:
il dirige l’appareil, on l’a dit,
il est d’origine juppéo-chiraquienne et peut toujours compter sur ceux (comme Baroin ou Villepin) qui continuent de voir dans le sarkozysme un avatar tactique du balladurisme (tout cela n’a plus de sens idéologique, mais c’est un peu comme dans les querelles durables Mitterrand-Rocard ou, plus exactement, Jospin-Fabius: on se déteste, c’est tout),
il s’est « libéral-isé » et peut séduire ce petit courant actif de l’UMP,
il s’est « droitisé » et est largement compatible avec la droite de l’UMP.

En outre, l’UMP a du mal à faire émerger de nouveaux leaders issus de la « base » politique locale. Christophe Béchu est l’exception qui confirme la règle. La plupart sont des « parachutés » d’en haut (ce n’est d’ailleurs pas une spécialité de la droite: Fabius, Hollande, Aubry, Moscovici, Valls, etc. sont tout sauf des produits de la politique locale): NKM, Baroin, Pécresse,… Wauquiez réussit partiellement à le faire oublier et c’est ce qui fait aussi une partie de sa force potentielle.

Etre structurellement fort dans le Sud-Est ou le Grand Est n’est par ailleurs pas forcément favorable à l’émergence de leaders plus modérés et plus rassembleurs sur le plan national.

6. Ce positionnement interne porteur de Copé est d’autant plus vrai que le centre extérieur à l’UMP est en décomposition et ne paraît pas en mesure de se reconstruire rapidement et clairement. La personnalisation et la présidentialisation de la politique française (le premier trait n’étant pas du tout spécifique à la France, contrairement à ce que veulent bien nous dire les thuriféraires des régimes parlementaires) requièrent d’un courant politique qu’il ait d’abord un chef incontesté. Borloo aurait pu jouer ce rôle, mais il est manifestement incapable d’être un leader ou même d’avoir lui-même les idées claires sur ce qu’il veut faire. Bayrou est trop solitaire et désormais dépassé, après ce qui s’annonce comme un échec net. D’autres sont trop jeunes (Lagarde) et/ou sont « trop UMP » (NKM, Juppé).

De fait, la malédiction de l’UDF, qui n’a jamais su trouver un chef depuis VGE, se poursuit. Barre n’a jamais voulu être un homme de parti et était trop solitaire et marginal. Balladur était un chef de substitution, mais restait extérieur et n’aurait utilisé l’UDF, après 1995, que comme force d’appoint éternelle.

D’une certaine manière, le choix de Bayrou aura peu d’importance pour la suite, tant il sera marginalisé. Il peut arriver à négocier une place dans la future droite s’il ne reste pas sur son quant-à-lui, mais il sera de toute façon au sein d’un centre-droit atomisé et contesté. Ou il peut se couper définitivement et finir comme Villepin. Mais cela aura peu de conséquences pour les autres car il sera, au mieux, un parmi d’autres dans la mosaïque du centre-droit: voir les différences tendances du NC, du groupe centriste au Sénat, du MoDem et au sein même de l’Alliance centriste est risible; il y a presque autant de centres que de centristes… (quelquefois, certains élus, comme Thierry Benoît, semblent même héberger en eux-mêmes plusieurs tendances…).

De l’autre côté, le FN ne s’est pas réellement modernisé. La pseudo-entreprise de dédiabolisation est largement une construction médiatique. Les activistes du FN restent basiques et Marion « Marine » Le Pen est revenue aux « fondamentaux » après l’affaire Merah. Ainsi que j’ai déjà pu l’écrire, tous ceux qui auraient eu intérêt à s’allier avec la droite classique (les « technocrates », les « intellectuels », les « barons locaux traditionnels », notamment) ont quitté le parti, qui reste une machine familiale repliée sur elle-même et qui a surtout vocation à se perpétuer. Seul l’appétit personnel de pouvoir de Le Pen fille et de Louis Aliot pourrait, à terme, les pousser à se modérer réellement et à accepter de passer en dessous de 10% en échange de prébendes locales voire de portefeuilles ministériels. Mais leur culture du « ni droite ni gauche » est forte; la base personnelle de Le Pen fille est dans le Nord-Pas-de-Calais, évidemment pas dans les Alpes-Maritimes, ni dans l’Est, ni même à Marseille; le succès relatif de 2012 (en comparaison des vaches maigres de 2007-2009) fera de nouveau rentrer de l’argent dans les caisses. Tous éléments qui ne plaideront pas pour une évolution à l’italienne.

L’UMP et ses satellites (parti radical et l’essentiel du NC) restent donc le coeur de la droite et le resteront durablement. N’oublions pas que le ressort essentiel de l’action politique, ce sont l’argent et les réseaux d’élus locaux. Or, l’argent public pour le financement des partis est déterminé par les candidatures et des résultats aux élections législatives, comme l’ont bien compris, dans des genres différents, Pierre Laurent, Cécile Duflot, Christine Boutin ou Laurent Hénart.

Non, on ne crée pas de grand parti après les élections, mais juste avant. L’UMP, issue de l’UEM, a été lancée avant les législatives de 2002 et a réussi pour cette raison, alors que l’autonomisation de DL par rapport à l’UDF réduite à Force Démocrate, en 1997-98, après l’élection, a été un échec. Aujourd’hui, créer de nouveaux partis de droite entre le 6 mai et début juin apparaît impossible, faute de leaders de remplacement (et Copé est déjà à la tête de l’UMP), faute de temps et faute de force psychologique après une défaite traumatisante.

Déjà, le mode de financement public des partis a tendance à dissuader les divisions mais, en plus, la conjoncture paraît peu propice. Les grands changements à droite ne sont pas si fréquents: le RPR a surtout consisté en une nouvelle « personnalisation » de la structure gaulliste et l’UDF n’a été puissante au début de son existence que parce qu’elle soutenait le Président en exercice; quant à l’UMP, elle est effectivement la seule grande restructuration de la droite depuis les années 1970, voire 1960; sinon, les différents changements de partis n’ont consisté qu’en des transformations sans renforcement de partis existants (DL; FD), ou en des divisions (MoDem et NC) ou encore en des avatars de micro-courants sans influence réelle (PRILE, PPDF, AC,…). Seule l’ARES, si elle s’était véritablement structurée aurait pu, cahin-caha, poser les bases d’un futur parti solide et assez riche.

7. Copé est enfin idéalement placé au sein de la droite dans le scénario le plus probable.

– En effet, le bipartisme devrait de nouveau prévaloir, avec une reconstitution lente et chaotique de l’UDF et une UMP « recentrée » sur la droite plus classique. Dans ce cas de figure, l’UMP resterait la force principale de la droite et du centre-droit, tant la nouvelle UDF serait encore plus kaléidoscopique que l’ancienne:
éventuellement centre du centre, avec le MoDem de Bayrou, délesté des Bennahmias et Wehrling,
centre-droit du centre avec Arthuis,
centre du centre-droit avec le NC, lui-même explosé entre Morin, Lagarde, Leroy, Sauvadet et consorts, mais aussi avec Méhaignerie et Daubresse,
droite du centre-droit avec Borloo et le parti radical, mais aussi Raffarin, Charette et les « sociaux-libéraux »,
voire gauche de la droite, si NKM ou Bertrand sentent des « opportunités » à l’extérieur de l’UMP.

Cette nouvelle UDF (soit que l’ARES soit pérennisée, soit que l’UDF soit sortie du formol si Bayrou est de la partie) ne peut que rester un champ de guérillas permanentes, entre les vieux qui croiront toujours en leur destin mais qui resteront toujours aussi impuissants et velléitaires (Bayrou et Borloo) et les jeunes qui voudront enfin tenter leur chance (J.C.Lagarde voire NKM). Surtout, on n’imagine pas Juppé ou Fillon (les seuls qui auraient davantage de chances de parvenir à unifier ce pôle assez rapidement et plus solidement) quittant l’UMP, héritier du RPR et qu’ils ont contribué à fonder.

Copé ne peut finalement que souhaiter une telle situation, plus complémentaire électoralement et permettant de « ratisser » plus large (contrairement à la conception étriquée de Sarkozy, qui a fait fuir des électeurs modérés vers Bayrou, puis DSK, puis Hollande, sans donner la possibilité à un Borloo de les retenir), mais assurant le primat de l’UMP, plus libre de chasser les électeurs du FN.

De manière alternative, mais beaucoup moins probable, la droite pourrait se structurer autour de 3 grands courants, pas vraiment héritiers des droites de René Rémond, mais assez cohérents.

Un pôle de centre-droit cohabiterait avec un courant traditionnel chiraquien et radicalo-gaulliste si l’on veut et avec une droite « nouvelle », plus dure et prête au rapprochement avec un FN modernisé. Ce cas de figure serait plus incertain pour Copé, car il serait à la jointure des droites traditionnelle et dure. Sarkozy serait un peu sur le même créneau, mais sa stature un peu plus importante (simplement liée au fait qu’il aura été Président) lui permettrait probablement de moins pâtir d’une telle césure.

Toutefois, cette hypothèse paraît nettement moins probable et il resterait à Copé (ou à Sarkozy) la possibilité de rester à la tête d’une UMP re-chiraquisée, la droite dure servant simplement de rabatteur extérieur et plus libre de ses mouvements, plaçant mécaniquement l’UMP « canal historique » dans une position un peu plus modérée et donc « vendeuse ».

8. Au terme de ce panorama quelque peu décousu, comme l’est la droite au seuil de la chute de son leader écrasant des… 8 dernières années (je compte depuis que Sarkozy a pris l’UMP), il semble bien que le combat opposera donc Copé et Sarkozy, ou n’aura pas lieu si Sarkozy se retire. En tous les cas, on peut parier sur une primauté de l’UMP de Copé. La logique institutionnelle et financière le veut d’ailleurs. La capacité à organiser des primaires en 2016 (si elles ont lieu… car encore faudra-t-il que Bertrand, Wauquiez, NKM, Baroin ou Précresse soient en mesure de les imposer…) sera réservée au premier parti de droite et il saura alors concentrer l’attention sur lui, comme l’a fait le PS (même si cela n’empêchera pas l’émergence éventuelle d’un Mélenchon de droite).

Malheureusement pour la droite, la victoire interne de Copé risque bien d’être l’assurance de la réélection de Hollande. Trop  « sarkozyen » sur le plan personnel, trop cassant et technocrate sur le plan politique, trop impatient et pressé sur le plan stratégique, il est peu probable qu’il parvienne à faire mieux que Sarkozy 2012. Surtout que la droite n’aura probablement pas encore résolu le problème du FN, incapable de faire le même travail que Mitterrand à l’égard du PCF.

Alors, qui en 2022 ?…

Derniers sondages CSA et OpinionWay: Hollande résiste tant bien que mal à Sarkozy et Mélenchon, Bayrou et Le Pen sont privés de dynamique et confrontés au choix de leur avenir

 

CSA
20 Minutes, BFM TV, RMC
2-3 avril 2012
échantillon: 884 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1007

Sarkozy 30
Hollande 29

Le Pen 13
Bayrou 10
Mélenchon 15
Joly 1,5
Arthaud 0,5
Poutou 0,5
Dupont-Aignan 0,5
Cheminade 0

Hollande 54
Sarkozy 46

______________________________________________________________ 

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
3-4 avril 2012
échantillon: 969 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1033

Sarkozy 28,5
Hollande 26

Le Pen 16
Bayrou 11
Mélenchon 14
Joly 2
Arthaud 0,5
Poutou 1
Dupont-Aignan 1
Cheminade 0

Hollande 53
Sarkozy 47

1. La progression de Mélenchon se poursuit et ce sondage nous donne quelques élements d’explication intéressants:

– il est confirmé que Le Pen perd au profit de Sarkozy et, désormais, de l’abstention, mais pas au profit de Mélenchon. Voilà qui est conforme à l’évolution générale du vote FN dans les années 2000, revenu au fondement du début des années 1980, après une fin des années 1980 et des années 1990 plus « gaucho-populaires »;

– Mélenchon gagne en réalité du terrain parmi les « cadres et professions libérales » (même si cette catégorie est bien large chez CSA) et on peut subodorer, au vu des autres sondages, qu’il s’agit essentiellement du secteur public, des professions dites « intellectuelles ». Mélenchon gagne l’électeur qui est de gauche « par fonction »: enseignants , syndicalistes, artistes ou supposés tels, fonctionnaires territoriaux, mais … cette petite et moins petite bourgeoisie de la bonne conscience, qui, pour afficher son anti-sarkozysme, préfère les relents dirigistes et chavistes de Mélenchon (qui sait habiller le nivellement par le bas gauchiste d’un vieux discours républicain et « principiel », en réalité bien déconnecté de son programme réel, plutôt inspiré du mauvais syndicalisme enseignant, du laisser-faire démagogique et du féminisme démodé… oui, les commentaires sont ouverts ;)) au réalisme et au sérieux de Hollande, évidemment beaucoup moins « mode »;

si Hollande ne pâtit pas trop, à ce jour, de la poussée mélenchonienne, c’est parce que la frange écolo-sociale-démocrate et/ou anti-sarkozyste fondamentale de l’électorat Bayrou le rallie par souci de vote « utile » et que le vote Mélenchon n’est décidément pas un vote « ouvrier », ni même véritablement « employé » ou « contremaître », même s’il est loin d’être négligeable dans ces deux dernières catégories.

Hollande résiste encore au second tour: le « plafond de verre » de l’anti-sarkozysme empêche le Président-candidat de franchir durablement les 46-47% et l’étau qui, en réalité, l’enserre depuis le début (FN fort et centre-droit désabusé et irrité) est trop puissant; Sarkozy n’a desserré que la mâchoire à sa droite (et encore incomplètement à ce jour), celle située à sa gauche se faisant plus pressante encore, avec ces électeurs Bayrou volant au secours de Hollande. Certes, tant OpinionWay que l’IFOP quotidien donnent 53-47, mais nous connaissons leur tropisme plutôt pro-Sarkozy.

OpinionWay nous gratifie de pourcentages de reports de voix quelque peu étonnants et que je ne prendrais pas pour « argent comptant » à ce stade:
– parmi les électeurs Mélenchon, 70/4/26, ce qui signifierait une baisse de Hollande assez nette, même si sans profit direct pour Sarkozy,
– parmi les électeurs Joly, 85/5/10, plutôt haut pour Hollande,
– parmi les électeurs Bayrou, 34/37/29, seul résultat assez logique, même si encore décevant et insuffisant pour Sarkozy,
– parmi les électeurs Le Pen, 18/36/46, étonnamment bas pour Sarkozy au regard des autres enquêtes, même si l’ordre des reports est respecté,
– par mi les abstentionnistes du premier tour, 13/15/72, ce qui est en ligne avec les précédentes études, mais ne confirme pas une hypothèse qui pourrait expliquer ces mauvais chiffres relatifs de Hollande chez Mélenchon et de Sarkozy chez Le Pen: un accroissement net du désintérêt pour la campagne, qui aboutirait à quelques « déchets ». Restons prudents, donc.

Bref, Mélenchon progresse dans une partie du vieux coeur de l’électorat socialiste et c’est inquiétant pour Hollande, car Mélenchon vient d’atteindre les 15% et de dépasser la moitié de l’électorat hollandais. Il va donc parasiter la campagne d’entre-deux-tours de Hollande, même si ce « boulet » n’a pas de commune mesure avec celui représenté par Le Pen pour Chirac en 1988, par exemple.

Mélenchon progresse aussi chez les « bobos », moins « roses » (sauf Laurent Joffrin, symbole banal de ce phénomène…), probablement par simple effet de ralliement au mieux placé et au plus « canaille » parmi ceux qui ne sont ni le candidat de l’UMP (ennemi absolu), ni le candidat socialiste (trop convenu): ils avaient fini par opter pour Bayrou en 2007, mais le « brave provincial » est trop has been aujourd’hui… Ce phénomène est beaucoup moins inquiétant pour Hollande, car cet électorat se dissoudra ensuite et se portera sur EE-LV (comme il l’a fait aux dernières régionales et européennes) ou sur le PS aux législatives.

Pour son quinquennat potentiel, Hollande pourrait évidemment pâtir d’un Mélenchon trop haut. Néanmoins, les électeurs traditionnels de gauche, au pire, s’abstiendraient aux élections locales: est-ce vraiment si gênant pour Hollande, au moment où il faudra trouver de l’argent (et donc probablement, « taper » sur les collectivités locales) ? Au contraire, il est probable que le quinquennant tournera à la période 1983-86, déjà inspirée, à l’époque, par Delors: le PS au pouvoir ne sait jamais si bien « châtier » que ses propres électeurs… Les fonctionnaires, notamment, ont quelques soucis à se faire… et, en tant qu’institutions, les collectivités locales vont probablement être largement sollicitées (et comment les « barons » socialistes pourront-ils continuer de protester contre l’Etat qui les étrangle et les ensevelit ? d’autant qu’un certain nombre auront acquis un portefeuille ministériel, entretemps).

De plus, Mélenchon lui-même, au-delà de sa rhétorique, n’est ni un communiste, ni un syndicaliste: il n’a pas cette culture et se comportera probablement en traditionnel politique qu’il est. Soit il négociera son ralliement, à un moment ou un autre du quinquennat (éventuellement seulement en 2014, pour conjurer des mauvaises élections intermédiaires, ou en 2015, après de mauvaises élections intermédiaires et afin de préparer le terrain de 2017 sur la gauche); soit il essaiera de faire fructifier sa petite boutique autonome, comme Le Pen père (une « réussite ») ou Bayrou (un échec).

Enfin, en fonction des constats faits plus haut, son électorat finalement composite et pas si intrinsèquement « protestataire » que cela ne se retrouvera pas sur le FG aux législatives et aux élections locales. On imagine seulement une résurgence aux européennes, voire aux régionales, mais ce n’est pas pour demain et le paysage aura changé d’ici là.

Mélenchon est donc un problème pour Hollande à très court terme (dans la première semaine de l’entre-deux-tours, un peu à la manière du psychodrame Royal-Bayrou), mais pas à moyen terme.

2. En conséquence, cela pose la question de fond pour Bayrou, bien plus tôt qu’il ne l’aurait imaginé: qui choisir au second tour ?

Il ne peut choisir Hollande qu’en imaginant être un « recours », une porte de sortie pour ce dernier si Mélenchon était réellement menaçant. Or, il ne reste que deux semaines de campagne, donc bien trop peu pour que Hollande soit en réelle difficulté, d’autant qu’il semble se ré-éloigner du score de Royal en 2007, niveau en-deçà duquel sa campagne tanguerait sérieusement.

En outre, Bayrou lui-même est à la dérive et, s’il repasse en dessous du seuil psychologique et symbolique fort des 10% (les fameux scores à « un chiffre » et à « deux chiffres »), il aura du mal à « se vendre », d’autant que son électorat restant sera plus proche du centre-droit habituel et sera plus enclin, même s’il n’aime pas Sarkozy, à soutenir le Président sortant face à une gauche trop tonitruante.

– Il pourrait évidemment soutenir Sarkozy de manière beaucoup plus efficace pour son propre avenir. Sarkozy a besoin de lui et, à défaut d’avoir poussé Borloo à se présenter pour justement capter ce centre réticent à sa personne et le rallier ensuite en fanfare entre les deux tours, il aurait intérêt à s’entendre avec Bayrou, afin de se réouvrir quelques espoirs sur sa gauche.

Pour un Bayrou qui, décemment, aurait du mal à se représenter en 2017 après tant d’échecs (le précédent Laguiller incite à ne pas tenter l’élection de trop…), la perspective, même très ténue, d’accéder à Matignon, à l’hôtel de Lassay ou à la place Vendôme (oui, il faut que je publie un article sur le gouvernement Sarkozy d’après-réélection ;)), devrait être tentante.

Toutefois, il y a la personnalité de Bayrou: sûr de son destin, même pour 2017 et 2022, il risque d’avoir bien du mal à détruire le seul fonds de commerce qui lui reste, son « ni droite ni gauche » têtu. Choisir Sarkozy, c’est, dans sa logique, renoncer définitivement à se présenter en 2017.

Il devrait pourtant calculer de manière plus subtile: être la deuxième jambe de Sarkozy, même si celui-ci perd, c’est se mettre en capacité de refonder un grand parti de centre-droit, car le NC, les centristes de l’UMP et les quelques égarés Arthuis, Bockel, Charette ne manqueraient pas de le suivre, Borloo faisant défaut à chaque fois et Jean-Christophe Lagarde étant encore trop jeune. Bayrou, par défaut, est le seul à pouvoir refonder l’UDF, d’autant qu’il conserve encore le contrôle de cette coquille vide qui n’a pas disparu…

En résumé, je pense qu’il ne choisira pas, alors qu’il aurait clairement intérêt à se repositionner en nouveau VGE. Mais l’orgueil est probablement trop fort…

3. Pendant ce temps, Sarkozy et, désormais, l’abstention siphonnent Marion « Marine » Le Pen qui, elle aussi, a un choix à faire pour l’après-présidentielle, alors que son score, pourtant meilleur que celui de 2007, va être vécu comme une amère déception.

Bien entendu, il est clair qu’elle ne donnera aucune consigne de vote. Ce n’est pas la tradition du FN et ceux qui auraient pu, à un moment donné, appeler à un vote « utile » pour battre la gauche sont partis depuis bien longtemps du FN, par vagues successives (Mégret, les « horlogers » historiques, Carl Lang, une partie des traditionnalistes,…).

En outre, depuis le milieu des années 1990 (à l’époque avec Samuel Maréchal et le… « ni droite ni gauche », décidément si utilisé partout et d’ailleurs pas indifférent d’une certaine séduction bayrouïste sur une frange d’électorat lepéniste en 2007), Le Pen fille n’est pas du tout dans une logique de ralliement à la droite « classique ». Elle n’a fait que renouveler, que moderniser, qu’actualiser, sur la forme ou sur le fond (critique de l’Islam et défense des valeurs occidentales, y compris libertaires, plutôt qu’antisémitisme et nostalgie de l’Algérie française; discours en faveur des « petits », du « peuple », des « ouvriers », du productivisme, plutôt que corporatisme industriel et artisanal), ce qui est le FN depuis toujours, une boutique protestataire, populiste, destinée à entretenir une famille dont l’avenir matériel est ainsi assuré… De ce point de vue, en simplifiant, contrairement à ce que les médias n’ont cessé de colporter au moment de son « état de grâce » de l’hiver 2011, elle est bien plus proche de l’extrême-droite néerlandaise ou scandinave que de l’ancienne extrême-droite italienne à la Fini.

Pourtant, le FN aurait intérêt (que Sarkozy gagne ou pas d’ailleurs, puisque, s’il parvenait à l’emporter, la mobilisation à gauche aux législatives serait telle qu’il lui faudrait trouver n’importe quel moyen d’arracher la majorité à l’Assemblée) à s’allier électoralement à l’UMP, afin de s’assurer quelques députés (avoir un groupe n’est vraiment plus très difficile aujourd’hui…) dans l’ancienne province Narbonnaise, dans la 3e ou 4e couronne parisienne et dans le Grand Est « populaire ». L’UMP, copéisé ou resarkoisé et délesté de son aile gauche, réussirait alors à préserver des sièges, en contrepartie, dans le Sud-Est, le couloir rhôdanien, le Nord ou le Grand Est conservateur.

C’est évidemment peu probable car le discours anti-establishment tomberait et beaucoup à l’UMP, sans être centristes mais tout en étant l’axe central du parti (Juppé, Fillon, NKM, Pécresse, Baroin, etc.) auraient peur des répercussions médiatiques et donc électorales d’une telle alliance, même si celle-ci restait purement électoral (accord de désistement) et pas du tout programmatique.

Contrairement à Jean-Marie Le Pen, qui a abusé son électorat pendant 35 ans alors qu’il n’a jamais eu l’intention de gouverner quoi que ce soit, même au niveau local, et n’a cherché à être élu que pour bénéficier d’une immunité (député, député européen), si elle avait réellement l’intention de faire de la politique « active », c’est ce qu’elle choisirait.

Mais, là encore, les pesanteurs politiques et la déception personnelle de chuter des 20% à moins (voire nettement moins) de 15%, c’est-à-dire moins que Papa, auront probablement raison d’un comportement politique rationnel.

4. Notons que la plus grande visibilité médiatique de Dupont-Aignan ne lui apporte aucune évolution positive (c’est pourtant le seul qui, d’une certaine manière, pourrait profiter de l’égalité des temps de parole, puisque Cheminade est sur une autre planète et que Mélenchon étouffe Poutou et Arthaud, malgré la plus grande clarté et sincérité de cette dernière).

Enfin, l’incident vécu par Joly, qui pourrait fort bien lui attirer un peu de sympathie, n’est pas sensible à ce jour dans les intentions de vote. Curieux de se cacher, quand même, alors que l’on vilipende la société de l’apparence médiatique… Et puis, dans ces cas, l’homéopathie (au contraire de l’Apathie… oups… oui, il est temps que cette campagne s’arrête…) est très efficace pour faire disparaître les hématomes: mais n’est pas réellement « écolo » qui veut… 😉

5. Au final, Hollande montre encore une bonne capacité de résistance, en considérant le désintérêt médiatique, le tapage de Mélenchon et les deux petites semaines qui restent avant le premier tour, et confirme que son choix de départ, la présidence « normale », était le bon sur le plan tactique, puisqu’il « surfe » sur l’anti-sarkozysme et est en mesure de ne pas trop pâtir de l’agitation mélenchonienne et mélenchoniste grâce à un renforcement de son aile droite. C’est la preuve a posteriori que le Mitterrand 1988 aurait pu gagner même si le PCF, à l’époque, avait eu Juquin ou un autre candidat médiatique à la place de l’inénarrable Lajoinie…

Il est temps de s’intéresser à l’avenir de la droite, de toutes les droites, ce que j’essaierai de faire prochainement, après les quelques esquisses de cet article.

Sarkozy et le désert de la droite française : un candidat alternatif pour 2012 et après ?

1. Les médias français ne se contentent pas d’être médiocres sur le fond. Ce sont en outre de piètres « commerçants ». Aucun sondage ne semble avoir été commandé pour être publié dès cette semaine et permettre un état des lieux avant même les premières polémiques de la campagne et alors même qu’ils semblaient « affamés », prêts à relayer le « nouveau » Hollande, pourtant bien poussif et décevant dès cette semaine, ou les attaques des troisièmes couteaux de l’UMP.

Notre indicateur risque donc bien de n’être pas davantage nourri d’ici lundi. Et, n’en doutons pas, nous aurons ensuite droit à une rafale de sondages exactement concomittants, au lieu d’une belle régularité dans le temps…

2. C’est au moins l’occasion de revenir sur un sujet qui avait fait l’objet d’un certain emballement médiatique l’été dernier, jusqu’à susciter la commande de quelques sondages en septembre-octobre: Sarkozy ne devrait-il pas renoncer à se représenter ? qui pourrait le remplacer à droite ?

Des sondages LH2 (8-9 juillet pour Le Nouvel Observateur), IFOP (29-30 septembre pour Sud-Ouest Dimanche), ViaVoice (29 septembre-1er octobre pour Libération), BVA (30 septembre-1er octobre pour Le Nouvel Observateur), IPSOS (30 septembre-1er octobre pour Le Point), IFOP (4-6 octobre pour Valeurs Actuelles), Harris Interactive (14-16 octobre pour VSD), CSA (17 octobre pour 20 Minutes, RMC et BFM TV) ont ainsi abordé le sujet sous un angle ou un autre.

Les conclusions qui peuvent en être tirées sont partiellement contradictoires, mais de toute façon peu réjouissantes pour la droite. Il convient toutefois de souligner que, pour le « Français moyen », peu au fait des arcanes de la politique et peu intéressé par le petit jeu des spéculations, la candidature Sarkozy est en fait tellement évidente qu’envisager un autre nom nécessite probablement un effort excessif et implique de faire appel à des noms alternatifs pas forcément bien connus: il y a clairement un problème de name-recognition qui désavantage ces autres candidatures potentielles.

3. Lorsqu’il est testé parmi d’autres noms de l’ensemble de la droite et du centre (y compris les Le Pen, Morin, Villepin et Bayrou), Nicolas Sarkozy reste en tête parmi l’ensemble des Français (IFOP-Sud-Ouest) et encore plus, parmi les électeurs de l’UMP.

Mais, dès que le sondage est mieux calibré dans une optique de primaires à droite, voire au sein de l’UMP, et que le nombre de noms se réduit, il peut être concurrencé (LH2), voire dépassé (ViaVoice) par Alain Juppé, encore plus en combat singulier contre lui (BVA).

Néanmoins, dès que ce sont tous les noms de l’UMP qui sont proposés, il redevient dominant (Harris Interactive). Surtout, plus on se rapproche du coeur UMP, plus il parvient à éviter les menaces Juppé et Fillon. D’ailleurs, auprès des seuls UMP, il bat largement Juppé (59-36 pour BVA ou 62-31 pour Harris Interactive). En ajoutant Fillon ou Copé, il reste à 48-15-21(Fillon) selon LH2 ou à 44-26-24(Fillon)-4(Copé) selon CSA.

En réalité, Alain Juppé tire sa force du centre-droit et apparaît comme le successeur du Barre 1988 ou du Balladur 1995: un comble pour le « meilleur » des chiraquiens… il bat Sarkozy parmi les électeurs de l’ARES (du temps où cela voulait dire quelque chose…) à 60-22 selon Harris Interactive et parmi les électeurs MoDem-NC à 73-22 selon BVA.

Il a même cette autre caractéristique des Barre et Balladur: être moins mauvais auprès des électeurs FN que les héritiers du gaullisme officiel, liquidateur de l’Algérie française (car, au-delà des ambiguïtés volontaires de ces deux candidats à l’égard du FN, c’est bien alors la haine du gaullisme et du chiraquisme qui motivait cette préférence d’une partie de l’électorat d’extrême-droite). Ainsi, il gagne à 53-36 selon BVA. Aujourd’hui, le problème de l’Algérie française n’est plus à l’ordre du jour et, aurpsè d’un électorat plus sensible aux rhétoriques sur la France algérienne, ce résultat est probablement davantage un effet du rejet du Sarkozy traître de sa propre campagne « au peuple » de 2007.

Le président sortant n’est donc pas si menacé. A tout le moins, la situation n’est pas claire. D’ailleurs, un sondage TNS-Sofres (12-13 octobre pour Canal +), au plus fort du « culte des primaires socialistes » dans la bulle médiatique, montrait que les primaires étaient souhaitées à 33% (11 tout à fait et 22 plutôt) contre 55% (17 plutôt pas et 38 pas du tout) au sein de l’UMP.

4. De fait, François Fillon a perdu le rôle de recours qui lui avait été progressivement attribué entre l’été 2010 et le premier trimestre 2011, en période de turbulences sur la réforme des retraites, de volte-faces continuelles sur le remaniement gouvernemental et d’explosion du phénomène Marion « Marine » Le Pen, avant que la chute de la maison DSK ne fasse revenir le jeu à un classique duel entre le sortant et le numéro 1 du « camp d’en face ».

Pour autant, Alain Juppé, malgré son « printemps » commun avec les pays arabes et une nouvelle philosophie de vie, n’a pas réussi (si tant est qu’il l’ait tenté…) à reprendre ce rôle du recours.

Dans les configurations où Sarkozy, voire d’autres, sont présents, les deux hommes se neutralisent: 27-25 pour Fillon chez les électeurs de toute la droite et 24-26 chez ceux de l’UMP pour CSA, 7-5 et 10-8 chez IFOP-Sud-Ouest-Dimanche, 19-15 et 21-15 chez LH2, 12-19 et 11-19 selon Harris Interactive. En réalité, lorsque Juppé s’affiche devant Fillon, c’est dans l’électorat centriste (32-4 parmi les électeurs ARES selon Harris Interactive) et dans celui de… gauche (26-16 dans l’ensemble de la population selon ViaVioice, 18-13 de même chez LH2) qu’il puise sa force. Un résultat de nouveau très surprenant lorsque l’on se souvient de la haine absolue à l’endroit de Juppé en 1995 du bon peuple de gauche ou que le gaulliste social, c’est bien Fillon à l’origine.

Dans les configurations où Sarkozy est absent, le résultat est à peine plus clair. 27-27 parmi l’ensemble de l’électorat chez IPSOS (mais avec un Villepin à 18, un Copé à 6 et un Bertrand à 3), 26-22 pour Juppé selon IFOP-Valeurs Actuelles dans le même électorat. Dans ce dernier sondage, Juppé est en revanche plus fort au sein de l’UMP (51-39), alors qu’IPSOS donne une victoire 42-31 pour Fillon (avec 10 à Villepin, alors encore à l’UMP, 7 à Copé et 5 à Bertrand).

Parmi les autres noms de l’UMP testés (Bertrand, Alliot-Marie, Copé, NKM), seule cette dernière obtient un chiffre d’une quelconque signification: dans le sondage Harris Interactive, elle atteint les 10% parmi les électeurs ARES, derrière Juppé à 32 et devant Sarkozy à 8, Villepin à 6 et Morin à 5. Elle obtient alors, de manière relative, un très bon résultat chez les jeunes, comme Sarkozy obtenait un bon résultat chez les plus âgés et les CSP- et Juppé chez les CSP+. De manière sévère, Copé ne franchit jamais les 10%, même chez les électeurs UMP.

5. Au final, le constat n’est pas fameux pour la droite: elle va devoir faire avec le Président sortant.

François Fillon a connu une période euphorique due au fait qu’il était simplement le réceptacle des frustrations de la droite à l’égard d’un Président qu’elle aurait voulu aussi efficace électoralement et politiquement que sa volonté affichée depuis de si longues années. Aujourd’hui, son image est devenue floue.

L’effacement institutionnel du Premier ministre en période de sarkozysme triomphant (ou n’est-ce pas plutôt en quinquennat non ohabitationniste ?) y est évidemment pour beaucoup. De surcroît, il n’est pas, à l’image d’un Rocard, un « tueur » en politique. Sur le fond, il est passé du « gaullisme social » à l’époque du séguinisme triomphant (on me pardonnera cet oxymore…), au barrisme patriote à l’époque du sarkozysme étouffant. Au surplus, son image de « père la rigueur » lucide lui est dérobée par le « buvard » Bayrou dès l’entrée en campagne de celui-ci.

Alain Juppé est finalement le nouveau candidat de l’UDF, mais par défaut complet (la faute à Borloo). Il est en réalité l’incarnation même du gaullisme d’appareil (RPR puis UMP) et ne peut malheureusement renier son image, probablement indélébile, de technocrate de l’austérité. Il est plus populaire car, justement, personne ne pense qu’il puisse être en position de revenir.

En théorie, son positionnement modéré, sans être trop associé au quinquennat (que ce soit en raison de son exil « extérieur », forcé en 2004-2007, ou fonctionnel en 2010-2011, ou de son exil « intérieur », lui aussi forcé en 2007-2010), devrait lui assurer une meilleure réussite qu’à Fillon. Mais son intelligence trop visible dérange dans une grande partie de la population et il est malheureusement définitivement inéligible, comme l’étaient Rocard ou Barre.

Jean-François Copé n’est autre, désormais, que le nouveau Sarkozy: ambition démesurée et affichée, intérêt pour la réussite pécuniaire, « mélange des genres » partiellement assumé, positionnement libéral et atlantiste, « nationalisme » assumé, cette « copie » est presque caricaturale et se trouve renforcée par sa ligne du moment (coller à un Sarkozy dont on espère intensément la défaite pour mieux le remplacer en 2017). Tout cela est paradoxal pour un chiraco-juppéiste d’origine, mais, on le voit, les revirements sont légion ces dernières années… Encore que la volonté de donner le « baiser de la mort » à Sarkozy soit une attitude fort chiraquienne, réminiscence du « soutien » à VGE en 1981…

Aucun ne semble véritablement en mesure de l’emporter face à Hollande. Les sondages du premier trimestre 2011 avaient d’ailleurs mis en relief l’incapacité de ces 3 solutions alternatives à se qualifier pour le second tour. Bien entendu, c’était l’époque du « messie » DSK et de la « Marinemania », peu favorable au soutien d’ersatz rigoureux du défaillant Sarkozy.

Finalement, le meilleur recours de la droite ne sera-t-il pas… Bayrou ?

Aussi dérangeant que cela puisse paraître pour un électeur de droite normalement constitué, il est clair que:
– Bayrou est sur une dynamique ascendante, par gains à la fois à gauche et au centre-droit, ainsi que nous l’avons déjà exposé,
– ses maigres troupes voient se rallier d’aussi maigres renforts, mais tous venant de droite (Arthuis, Lambert, tous les « recalés » des investitures législatives, peut-être Boutin désormais, un jour une partie du NC et quelques centristes de l’UMP),
– il a un positionnement extrêmement facile aujourd’hui:
il n’a pas besoin de rassurer l’électorat flottant du centre étant donné qu’il est censé incarner le centre européen (celui qui a adulé DSK puis a voulu croire en Borloo et a suivi la mode Hollande du mois d’octobre): il peut donc se permettre de faire du patriotisme et du populisme à la petite semaine, bientôt probablement du poujadisme anti-système, pour tenter de voler quelques suffrages à l’inorganisée fille Le Pen,
il n’a pas besoin de rassurer sur son anti-sarkozysme étant donné « les tonnes qu’il a faites » dans le passé: il peut donc se permettre d’entonner le chant de l »union nationale » et de paraître au-dessus des petites phrases et des attaques ad hominem qui commencent de pleuvoir,
il n’a pas besoin de proposer de programme trop détaillé tant il a réussi un hold-up sur l’image du plus rigoureux en matière de finances publiques: il pourra donc se permettre de « faire du social » à peu de frais,
il n’a pas besoin de rassurer l’électorat plus traditionnel ou plus âgé puisqu’il est censé être « catholique », paysan et littéraire « classique »: il peut donc se permettre de jouer au « rebelle » et de suivre la ligne de « Moseigneur » Gaillot, en se ralliant au mariage homosexuel et tutti quanti.

Ainsi, quel que soit le caractère de scandaleuses supercheries de tous ces points, Bayrou pourrait bien se révéler très dangereux pour un Sarkozy touché par la perte du triple A, incapable d’inverser la courbe du chômage, englouti dans l’affaire Karachi et toujours menacé sur sa droite par le FN.

6. Quoi qu’il arrive, 2012 signera la fin du sarkozysme.

Non pas que le Président sortant, même défait, veuille forcément se retirer. Cette évidence n’en est pas du tout une… Face à une UMP éclatée, il est tout à fait capable de reprendre, comme le Chirac pourtant au bord de la dépression en 1988, le combat pour le leadership de la droite. Chirac avait d’ailleurs conservé la maîtrise de la droite, malgré les tentatives avortées de la « bande à Léo », des « rénovateurs », de Michel Noir en solo, du duo souverainiste Pasqua-Séguin, enfin du balladurisme triomphant.

Il part cependant en plus mauvaise posture que le Chirac de 1988. Il resterait de toute façon le Président incapable d’avoir été réélu et VGE pourrait lui expliquer combien cela est rédhibitoire, lui qui n’a jamais réussi en un septennat (1981-1988) à revenir dans le jeu, malgré l’absence de forte concurrence à l’UDF (Lecanuet n’était qu’un pape de transition, Barre n’avait pas de structure ni, au départ, de troupes nombreuses, Léotard ne faisait qu’émerger et était prêt à aider VGE tant que cela lui procurait une ombre portectrice).

Les sarkozystes « historiques » de tous poils (Devedjian, Estrosi, Jégo) ou ralliés (Bertrand, Wauquiez, Le Maire, Paillé) ont tous connu d’amères déconvenues et n’ont pas forcément envie de repartir derrière le même chef. Beaucoup de jeunes « pousses », au surplus, n’ont rien de sarkozystes sur le fond et leur alliance du moment n’est que pure tactique: Baroin, Chatel, Le Maire, Wauquiez, Pécresse.

Alors, qui pour l' »après » ?

Fillon est le plus attrape-tout à droite: certains accents de fermeté ne l’ont pas éloigné de la Droite populaire; il garde un profil « RPR historique », surtout avec l’effacement définitif d’Alliot-Marie; il est apprécié des modérés et des ex-UDF; sa rigueur financière plaît même aux libéraux. Mais il n’a aucune structure derrière lui, il a peu de réseaux et de troupes et il semble en train de se suicider lentement sur le plan politique en essayant d’atterrir à Paris, soit dès 2012, soit en 2014.

Juppé ne peut que rejoindre Alliot-Marie et Raffarin dans les figures historiques. Son tour est passé.

– Les « nouveaux » sont trop jeunes encore et ils ont été stressés par 5 ans de sarkozysme, ballottés, incertains, pas si couvés que cela et cela les a probablement fragilisés, contrairement à ce que l’on pourrait penser à première vue. Il y a encore un peu plus d’un an, certains socialistes regrettaient que les « jeunes » n’aient pas été poussés chez eux. Pourtant, avec la chute de DSK, la péremption de Fabius, la défaite d’Aubry, les faux pas et occasions manquées successifs de Delanoë et l’effacement de Royal, la nouvelle génération est aujourd’hui prête à passer au premier plan sans trop de dommages: Moscovici, Peillon, Valls, Montebourg, avec une seconde ligne qui ne sera pas en reste, notamment chez les femmes.

Contrairement à la pratique sarkozyste, faire émerger des talents, ce n’est pas seulement les mettre en concurrence pure et dure, sans jamais les aider, les pousser, les cajoler.

Luc Chatel et Bruno Le Maire ont manifestement des traits d’image (le « privé » et le technocrate) qu’ils pourraient mettre beaucoup de temps à tenter de gommer.

François Baroin semble usé par les difficultés financières et économiques du moment. En outre, au-delà de l’emballage avenant, le produit est quelque peu décevant à l’usage… Sans être un Borloo, il peut aussi^présenter la faiblesse d’un certain dilettantisme, même « contrarié ».

Valérie Pécresse, après quelques coups de fatigue, semble finalement plus résistante, mais elle pâtit de son image « scolaire » et « bourgeoise », malgré sa qualité technique. Matignon est probablement l’extrême sommet de ses possibilités.

Laurent Wauquiez semble « griller » un peu vite ses possibilités de faire des erreurs ou de provoquer des polémiques. Encore que son positionnement plus « à droite » pour débuter sa carrière n’est pas inintéressante, tant il aura la possibilité, avec le temps et en revenant à ses « origines » politiques, d’arrondir le profil. Le côté « premier de la classe » et apparemment maladroit sur le plan humain sont cependant des handicaps. Il reste cependant une valeur d’avenir assez sûre.

NKM est évidemment celle dont on sent que les médias, indulgents, seraient le plus disposés à adouber. Ses qualités techniques indéniables sont toutefois contrebalancées par une personnalité complexe et évanescente. Son positionnement plus « social », plus « vert », plus modéré en fait la rivale naturelle de Copé, à terme. Le fait que ce soit une femme lui garantit un « plus » non négligeable.

Xavier Bertrand semblait pourtant prédisposé à jouer indéfiniment ce rôle, mais son échec politique à la tête de l’UMP risque bien de lui coûter cher sur le long terme. Il est un excellent ministre technique, mais son image personnelle s’est dégradée et il a été trop caricatural en chef de parti pour ne pas avoir abîmé assez profondément ses chances pour l’avenir. Le niveau présidentiel n’est pas pour lui, même s’il lui reste de beaux jours ministériels, très probablement.

Jean-François Copé suit un parcours tellement classique qu’il risque bien de s’y enfermer. Il a pris le parti et veille à le garder, ainsi que le groupe à l’Assemblée, au travers d’un « second » peu gênant. C’est sa meilleure assurance contre une tentative de retour de Sarkozy et contre une volonté éventuelle de transmutation du Premier ministre Fillon, chef théorique de la majorité parlementaire, en chef de la future opposition.

Mais il aura un problème d’image et de positionnement politique évident: pourquoi reprendre une dose de Sarkozy alors que le modèle original a échoué ? Au surplus, Copé pourra difficilement se réinventer, alors qu’il a progressivement glissé vers la droite, sur les questions économiques et sociales comme identitaires.

Plus profondément, a-t-il bien perçu le changement que semblent avoir annoncé la primaire socialiste et la défaite de Martine Aubry ? Comme aux Etats-Unis, le chef du parti n’est pas forcément le candidat et cela pourrait bien valoir pour l’UMP aussi.

Bien entendu, tous seront dépendants de ce qui restera de l’UMP après 2012. Il est probable que des scissions et des départs se produiront, même si cela dépendra de l’ampleur de la défaite aux législatives et de la force relative de Bayrou. Si celui-ci parvenait au second tour contre Hollande, l’UMP imploserait et une UDF se reconstituerait dans l’opposition. S’il parvenait très haut et en position de négocier « gros » avec Sarkozy, l’aile gauche de l’UMP partirait peut-être mais sans forcément rejoindre Bayrou. Si Sarkozy résiste bien, l’UMP n’a pas de raison d’exploser, mais tous ses futurs « leaders » putatifs seront bien contents de garder la machine tout en éjectant le conducteur fautif.

Néanmoins, l’UMP resterait dominante, tant les centristes de l’UMP, le parti radical (avec un Borloo démonétisé) et le NC affaibli et sans véritable tête ne pourront faire émerger un leader fort et alternatif à l’UMP « maintenue » dès 2012 et même dès 2017, sauf à ce qu’un coup de tonnerre se produise et promeuve un Bayrou régénéré ou voit un Juppé 2.0 recommencer une carrière en leader du centre-droit. Arrêtons là la fiction… Plus sérieusement, un Jean-Christophe Lagarde ou tout autre « jeune pousse » du centre-droit mettra de toute façon du temps à émerger.

Voilà bien le paradoxe de la droite, qui ne considère pas avoir, aujourd’hui, de meilleur candidat que le Président sortant, mais qui risque bien de s’assurer ainsi une défaite… Vivement les primaires de 2017 !

A qui profite le retrait de Jean-Louis Borloo ?

La décision de Jean-Louis Borloo de ne pas se présenter à la présidentielle est considéré favorablement à droite. Sauf à considérer que le risque d’un « 21 avril 2002 à l’envers » est une possibilité réelle et grave (ce qui ne révèlerait rien de bon sur la manière dont la droite estime ses propres chances…), il n’en est rien.

1. Depuis la constitution de l’UMP, l’absence d’un pôle identifié de centre-droit pèse lourdement sur les résultats de la droite française. Il n’est qu’à voir les résultats locaux dans le Grand Ouest et en particulier en Bretagne, où la tradition MRP, une certaine modération et un sentiment pro-Européen s’accommodent mal d’une étiquette UMP perçue comme jacobine, peu Européenne et en même temps libérale en économie. Nicolas Sarkozy revient sur des niveaux comparables à ceux d’un des deux meilleurs candidats de droite, en se référant aux élections de 1974, 1981, 1988 ou 1995, sauf que, précisément, ils étaient alors deux candidats majeurs.

De ce point de vue, son idée d’une dynamique de premier tour, tout à fait valable et intelligente en 2007 (dépasser les 30% avait alors créé une impression de puissance et d’efficacité de la campagne qui avait même impressionné une partie des médias de gauche et/ou peu favorables à sa personne), est bien lointaine aujourd’hui alors qu’il semble retomber vers les 20% et s’éloigner des 25% et alors que François Hollande semble en mesure d’atteindre ce seuil de 30%.

Les tentatives internes à l’UMP de structuration d’un pôle de centre-droit n’ont pas abouti et il est aujourd’hui bien tard pour créer un courant de « droite modérée » ou « humaine ». Le fait que le nom de Nathalie Kosciusko-Morizet, d’origine RPR, soit évoqué pour le conduire montre d’ailleurs qu’il ne saurait se substituer à l’ancienne UDF.

2. L’absence de chef incontesté et incontestable pour cette mouvance est ancienne, après les échecs de François Léotard, de Bernard Bosson, de François Bayrou lui-même, d’autres encore, l’absence permanente de concrétisation de l’hypothèse Simone Veil, le leadership de substitution et de transition d’Edouard Balladur, voire la tentative avortée d’un Michel Noir, l’impossibilité fondamentale d’une reprise de l’UDF par les seuls libéraux Madelin et Longuet.

Cette absence est toutefois encore plus criante aujourd’hui. La manière dont Jean-Louis Borloo vient de renoncer, sans préparer le terrain auprès de ceux qui le suivaient, risque bien de détruire ses espoirs politiques pour longtemps, alors même qu’il était le seul en mesure, depuis longtemps, d’offrir une visibilité au centre-droit et de structurer de nouveau ce courant, depuis finalement VGE et Raymond Barre (qui avait lui-même peu structuré son action…). Mais les faiblesses personnelles de Jean-Louis Borloo, la difficulté de créer une véritable force politique en période de déclin électoral (l’ARES n’est rien d’autre qu’une tentative de reconstitution de l’UDF) et la réticence subséquente de nombreux élus du Parti Radical, de la mouvance centriste de l’UMP ou même de caciques du Nouveau Centre ont eu raison de sa tentative.

Or, après Jean-Louis Borloo, le néant. Le seul élément prometteur du « borlooïsme », Jean-Christophe Lagarde, est trop peu connu et influent pour espérer émerger. Quant aux « jeunes pousses » ministérielles, elles sont toutes d’origine gaulliste ou libérale (François Baroin, NKM, Valérie Pécresse, Bruno Le Maire, Luc Chatel). Si Laurent Wauquiez aurait pu prétendre à un rôle plus centriste, son positionnement est désormais davantage celui d’une forme hybride et déroutante de « séguinisme libéral »… Bien entendu, les barons du centrisme (Pierre Méhaignerie, Jean Arthuis, André Rossinot, Marc-Philippe Daubresse,…) n’ont plus, où qu’ils soient, la possibilité réelle de structurer le cours des événements. De ce point de vue, Hervé Morin n’est rien d’autre qu’un nouveau baron du centrisme, mais ne peut à l’évidence jouer le rôle d’un VGE dans les années 1970.

3. La dispersion est aujourd’hui phénoménale :
– le MoDem se compose d’une tendance jeune et « yuppie » (urbaine, moderne et férue de NTIC et de « citoyenneté ») de centre-gauche (en déclin par rapport à 2007), d’une tendance de fidèles à la personne de François Bayrou de manière quasi-sectaire et de quelques barons locaux de centre-droit, encore soucieux de préserver leur avenir,
– l’Alliance centriste de Jean Arthuis comporte elle-même un courant de centrisme strict, désireux de maintenir la distance égale entre le MoDem et l’ARES-NC, et des élus qui choisiraient finalement le centre-droit s’ils y étaient contraints (François Zochetto, Thierry Benoît),
– le Nouveau Centre est divisé entre un chef de plus en plus isolé et dont la motivation semble désormais uniquement personnelle, une tendance « borlooïste » (Jean-Christophe Lagarde, Valérie Létard) qui souhaite s’émanciper davantage de l’UMP et des barons comme Maurice Leroy ou François Sauvadet, conscients que leurs portefeuilles ministériels ou leurs situations locales dépendent encore largement du bon vouloir de l’UMP,
– le Parti Radical, quelque peu désorienté aujourd’hui, dont les membres historiques restent fidèles à l’UMP et au sein duquel la greffe « borlooïste » (Yves Jégo, Rama Yade) pourrait bien ne pas prendre,
– la mouvance centriste de l’UMP (Marc-Philippe Daubresse, Pierre Méhaignerie, Marc Laffineur, renforcés par les radicaux restés fidèles comme Jean Léonetti ou Laurent Hénart) qui n’a pas de chef et de visibilité.

4. Cette absence de centre-droit, quoi qu’en dise l’Elysée, ôte une réserve de voix importante et conduit mécaniquement l’UMP à apparaître davantage marqué à droite, en particulier dans un contexte de FN renaissant, malgré le fait qu’une partie de cette renaissance soit due à un transfert direct d’électeurs potentiels orphelins d’une extrême-gauche médiatisée à la Besancenot. La présence de Jean-Louis Borloo n’avait jusque là, pas gêné Nicolas Sarkozy dans les sondages et ne l’empêchait pas de figurer au second tour.

Au contraire, le ralliement de Jean-Louis Borloo entre les deux tours de 2012, avec une perspective de le nommer, enfin, à Matignon, aurait permis de donner de forts gages aux électeurs modérés, qui auraient alors réfléchi à deux fois avant de glisser un bulletin Hollande dans l’urne (a fortiori un bulletin Aubry). Jean-Louis Borloo aurait été un Premier ministre potentiel rassurant pour une bonne partie de l’électorat, avec une couverture médiatique bienveillante et une spécificité écologique gênante pour un candidat « traditionnel » du PS (comprendre industrialiste).

5. De manière conjoncturelle, le retrait de Jean-Louis Borloo va alimenter les spéculations, même sans chance de réussite, sur d’autres candidatures à droite et au centre, voire sur des candidatures de substitution à Nicolas Sarkozy.

Ici, la menace n’est pas réelle. François Fillon est, au mieux pour les centristes, un gaulliste social, au pire un conservateur traditionnel ; il n’a de toute façon pas d’espace politique à côté de Nicolas Sarkozy et (très) peu de soutiens au sein de l’UMP. Seul un empêchement physique et inattendu de Nicolas Sarkozy lui dégagerait la route : encore faudrait-il qu’il intervienne très tardivement dans la campagne, sinon, d’autres seraient à l’évidence en meilleure situation (Jean-François Copé, Alain Juppé). Quant à Alain Juppé, s’il pouvait apparaître comme un nouveau Balladur pour le centre-droit lorsqu’il n’était plus ministre, il reste identifié au RPR et à la fondation de l’UMP ; en outre, sa profonde impopularité, masquée par les succès qu’il obtient sur un sujet dont beaucoup de Français se moquent (la politique étrangère), est prête à resurgir, surtout alors qu’il est un des très rares à avoir tenté de mener une véritable politique de rigueur et de redressement structurel.

Non, il s’agit plutôt pour Nicolas Sarkozy d’une gêne : pendant qu’il est occupé à étouffer les spéculations, son image se brouille encore davantage et le temps de parole de la droite continue d’être gaspillé alors que le PS s’apprête à se rassembler après avoir parlé, au moins en apparence, du fond. En outre, l’idée de la défaite et, pour beaucoup, la nécessité de se positionner à l’intérieur de la droite derrière les futurs chefs se répandent encore davantage et mobilisent les énergies pour autre chose que la campagne de 2012.

6. Les sondages du printemps avaient indiqué de très mauvais reports de voix de Jean-Louis Borloo vers Nicolas Sarkozy. Effacer le symptôme ne fera bien entendu pas disparaître la cause. La déperdition se faisait au profit de DSK, de François Hollande et même de Martine Aubry, même si dans une moindre mesure.

La situation actuelle du Président risque bien d’empêcher qu’il rallie plus de 2 points parmi les 6,5 recueillis en moyenne par Jean-Louis Borloo.
Il fait peu de doutes que le candidat socialiste parvienne à grappiller 0,5 (Martine Aubry) ou 1 point (François Hollande) au minimum.
François Bayrou devrait bien entendu profiter du retrait de Jean-Louis Borloo, même si sa demi-déclaration de candidature dans la foulée peut apparaître opportuniste : 1,5 à 2 points semble être une fourchette réaliste, en raison aussi d’une exposition médiatique qui va croître et d’une image (auprès de ceux qui ont la mémoire courte et ont peu écouté les Rocard, Barre, Juppé, en leur temps) de prophète sur la dette et les déficits publics.
Dominique de Villepin pourrait récupérer 1 point, peut-être un peu plus, auprès des électeurs qui souhaitent rester à droite mais détestent trop la personne de Nicolas Sarkozy pour envisager aujourd’hui de voter pour lui dès le premier tour.

Il est plus difficile de dire si Eva Joly sera en mesure de récupérer 1 à 1,5 point pour ceux sensibles à la cause environnementale. Le positionnement à gauche de sa candidature n’a semble-t-il pas encore fait reculer le mythe de Verts français essentiellement centrés sur les questions environnementales, alors qu’ils sont devenus principalement une gauche libertaire, après le départ des « environnementalistes » (Antoine Waechter), des « réalistes » (Brice Lalonde) et le déclin des écologistes historiques (Alain Lipietz ou même Yves Cochet). Toutefois, il paraît difficile de penser que les reports puissent être massifs ou, en tous les cas, durables. A défaut, cette frange des intentions de vote pour Jean-Louis Borloo se dissoudrait alors entre le PS et le MoDem ou rejoindrait l’abstention.

(Juste après la rédaction de ce billet, Corinne Lepage, déjà candidate en 2002, annonce qu’elle compte se présenter de nouveau à l’élection présidentielle. Elle devrait donc partager avec Hervé Morin 2 points anciennement portés sur Nicolas Hulot et/puis sur Jean-Louis Borloo… Rien qui changera fondamentalement la face de la campagne et de l’élection: si Corinne Lepage a une forte visibilité médiatique, elle va peut-être lasser les médias qui aiment les têtes nouvelles. Elle a précisé qu’elle n’annonçait pas sa candidature par pur opportunisme après la décision de Jean-Louis Borloo, mais par référence à l’anniversaire de la Constitution de la Ve République…)

Ainsi, la disparition d’un des 4 candidats moyens à 5-7% pourrait ainsi rebattre les cartes dans cet immense « marais » allant désormais d’une partie du centre-droit jusqu’au centre-gauche et que la dynamique médiatique de la campagne de François Bayrou avait réussi à fédérer en 2007, même de manière fragile.

Parviendra-t-il à « refaire » 2007 ? C’est peu probable.
Dominique de Villepin rejoindra-t-il les candidats moyens ? Probablement pas sur le long terme.
Eva Joly émergera-t-elle ? Cela étonnerait.

Au final, le candidat socialiste, pour peu qu’il se positionne bien au centre, est le mieux à même de profiter, directement et indirectement, de cette situation d’explosion des centres et de déclin de l’aile centriste de la majorité. Le retrait de Jean-Louis Borloo est bien une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy.

Je précise enfin que l’indicateur agrégé comprend désormais un intitulé « candidat de centre-droit », destiné à décliner fortement jusqu’à la déclaration de candidature d’Hervé Morin. Lorsque l’incertitude persistait sur l’identité du candidat écologiste, l’indicateur comprenait les résultats de Nicolas Hulot et la courbe générale présentée avec l’indicateur du 3 octobre ci-dessous montre qu’un ajustement s’est produit une fois que le nom d’Eva Joly s’est substitué à celui de Nicolas Hulot. Il en sera de même maintenant avec le candidat de centre-droit. L’objectif de l’indicateur étant de déterminer des tendances, il est logique que subsiste la « trace » de Jean-Louis Borloo pendant quelques temps encore.