Indicateur du 9 avril 2012: quel avenir pour les droites dans la perspective d’une victoire de la gauche ?

1. L’indicateur de cette semaine montre une poursuite des tendances déjà relevées, mais avec un certain ralentissement sauf pour Bayrou:
– amélioration du score de Sarkozy,
– décrue de Le Pen,
– progression de Mélenchon,
– effritement de Hollande,
– décrochage de Bayrou,
– marginalité persistante des autres candidats.

Il est intéressant de relever que cette situation se produit alors que la pondération au sein de l’indicateur a été relevée et que seuls les sondages des deux dernières semaines (en réalité réalisés depuis le 22 mars pour le plus ancien) sont désormais pris en compte.

Avec le début des vacances scolaires, la presse lève manifestement le pied et il est clair que la campagne est un peu en « roue libre » et ne continue que sur sa lancée. C’est une bonne nouvelle pour Mélenchon, qui reste sur une dynamique favorable et sur la « dernière impression » et son score ne devrait pas s’en départir jusqu’au premier tour. Pendant ce temps, les deux principaux candidats multiplient les signes de fatigue et se battent sur le permis de conduire… bref, rien qui puisse altérer les rapports de force actuels de manière structurelle… Chaque candidat (Le Pen et Bayrou compris) est revenu à ses fondamentaux, par sécurité et par conservatisme, presque par facilité et par souci de se reposer, semble-t-il…

Cela suffira-t-il à Mélenchon pour dépasser clairement Le Pen ? Cela reste probablement la dernière inconnue de la campagne, avec, peut-être le seuil des 30% pour Sarkozy et l’éventuelle reprise du resserrement de l’écart de second tour. On peut raisonnablement parier sur un nouveau palier, tant au premier qu’au second tour.

Au second tour, justement, Sarkozy ne regagne plus de terrain et les positions se sont stabilisées à 54-46 environ (alors même que le mode de calcul de l’indicateur a été modifié).

2. Profitons de cette victoire entrevue de Hollande pour spéculer sur l’avenir possible des droites et de leurs marges, au sens très large (du MoDem au FN).

En cas de défaite du Président sortant, celui-ci sera le deuxième Président élu au suffrage universel à rater sa réélection. L’échec sera cuisant, modéré par le fait que l’alternance apparaît inévitable (10 ans de pouvoir et une crise économique profonde) mais renforcé par un score qui s’annonce net.

3. Dans ces conditions, le Président sortant peut-il espérer se maintenir à la tête de la droite ?

Bien entendu, lui-même a dit qu’il ne le souhaitait pas. Bien entendu, la concurrence s’annonce forte et le parti est aux mains d’un néo-fidèle qui sera le premier des Brutus. Bien entendu, l’étiage catastrophique de la droite parlementaire et la renaissance relative du FN (certes vécue comme une défaite par Le Pen fille au regard des sondages du début 2011, mais tout de même non négligeable si l’on se remémore le crépuscule du père) au premier tour ne pourront que créer un grand chambardement.

Mais je ne parviens pas à y croire. Sarkozy est né dans la politique, il n’a presque connu que cela. Carla n’est probablement attachée à lui que parce qu’il est et pourrait redevenir le chef de l’Etat. Sarkozy fonctionne aussi dans la revanche. VGE a bien tenté de revenir, tout au long de la décennie 1980 (et même un peu au-delà…).

Sarkozy peut se dire qu’en 1988, Chirac était au fond du trou, politiquement et personnellement, mais qu’il a réussi à reconquérir le RPR et qu’en 1995, il a réussi contre une large partie de la droite. Il peut en outre profiter d’un paysage de droite très émietté (qui’il a largement contribué à façonner, d’ailleurs), dans lequel les oppositions personnelles peuvent lui laisser l’avantage de celui qui a déjà incarné le leadership et qui peut presque passer pour le plus petit dénominateur commun. La capacité de nuisance de Sarkozy est bien plus importante que celle de VGE après 1981.

Certes, cela ne sera pas facile pour lui: outre le problème Copé, déjà évoqué, les électeurs de droite en voudront à Sarkozy d’avoir perdu et ceux flottants entre FN et droite parlementaire encore davantage de les avoir finalement floués deux fois, après 2007 et avant 2012. Quant aux fidèles de Sarkozy, nombre d’entre eux pourront lui en avoir de les avoir insuffisamment et tardivement récompensés, les portefeuilles ministériels allant à l’ouverture, aux chiraquiens ou aux trop fraîchement convertis.

Je pense donc que Sarkozy ne pourra s’empêcher de tenter de revenir. Ce sera cependant bien difficile

4. En effet, comme VGE, Sarkozy sera déjà l’homme du passé, car le rythme s’accélère et que les ambitions sont déjà affutées pour 2017. L’américanisation de la vie politique française se manifestera là aussi: un échec dans la réélection est un handicap trop lourd. D’une certaine manière, Mitterrand, après 1981, avait choisi Chirac comme adversaire plus « clivant » et donc plus facile à affronter. Certes, Hollande pourrait avoir intérêt à une nouvelle confrontation avec Sarkozy en 2017, mais Copé est probablement encore davantage attirant, car il est une sorte de Sarkozy-bis (dans la suspicion de l’amour de l’argent et de la fréquentation des puissants, dans le côté « clivant » et droitier), mais avec en plus des tares rédhibitoires ou presque pour le bon peuple français: il est libéral en économie (Sarkozy est beaucoup plus colbertiste) et c’est un technocrate… Idéal pour s’assurer une réélection facile en 2017 !

Comme Chirac après 1988, toutefois, il pourra jouer des divisions à droite. Chirac avait en effet réussi à passer de multiples obstacles: rénovateurs, Michel Noir, « bande à Léo », souverainisme Pasqua-Séguin,… A chaque fois il a su s’appuyer sur le parti et sur Juppé en interne, sur les « vieux » face aux « jeunes », sur des alliés externes (à l’UDF). Chirac avait en effet bénéficié du soutien de l’appareil et sa victoire, avec Juppé, sur Pasqua-Séguin avait été l’élément essentiel, même si l’adoubement de ce dernier par Mitterrand fin 1992 avait fait passer le boulet assez près. Chirac avait aussi joué sur l’absence d’une UDF forte et réellement concurrentielle: Léotard s’était révélé incapable de la structurer suffisamment (comme Borloo aujourd’hui avec l’ARES mort-née), Balladur était bien membre du RPR et non de l’UDF (un peu comme Juppé ou Fillon aujourd’hui, que l’on n’imagine créant ou même tentant de créer un parti concurrent de l’UMP).

En fait, le problème de Sarkozy, c’est la présence de Copé à la tête de l’UMP, position que Chirac n’avait jamais réellement abandonnée ou avait confiée au fidèle Juppé. C’est bien ce qu’il a tenté avec Bertrand, mais sans succès, celui qui est un bon ministre technique se révélant un très piètre chef de parti.

Mais le grand flou régnant au sein de l’UMP peut l’avantager.

5. Comme au PS, au sein duquel les vieux clivages historiques, qui avaient une véritable « légitimité », se sont estompés pour être remplacés par des « écuries » plus ou moins présidentielles, les tendances de la droite UMP sont de moins en moins structurées autour de véritables courants de pensée.

– Le gaullisme, historique comme social, semble avoir disparu. MAM n’est plus en mesure d’avoir une réelle influence: son heure est passée. Quant à Fillon, sa pratique barriste (tant dans la rigueur que dans un certain libéralisme) l’a fortement éloigné du séguinisme. En outre, Fillon a-t-il véritablement l’envie de se battre pendant 4 ans pour devenir le futur adversaire de Hollande ? On peut en douter. De plus, il n’a que peu de troupes et peu de soutiens au sein du parti. De surcroît, il s’attache lui-même une tonne de plomb au pied avant de plonger: quel intérêt à aller tenter de s’implanter à Paris, alors que le temple du boboïsme a très, très peu de chances de basculer en 2014 (n’est pas Boris Johnson qui veut…) et qu’en outre, tant Sarkozy que Copé soufflent sur les braises « datiennes » de manière quasi-caricaturale pour être certain que Fillon sera mortellement blessé dès 2012. Vraiment, que va-t-il faire dans cette galère… Fillon va connaître un destin à la Rocard: Premier ministre n’ayant pas démérité, son ancien chef fera tout pour le perdre et Dati jouera le rôle du Tapie des européennes de 1994…

– Le chiraquisme a encore de beaux restes, mais il connaît probablement un trop-plein de seconds rôles, tous tentés par les premeirs rôles, un peu comme au PS des années 2000. Certes, il y a la figure tutélaire d’Alain Juppé, mais même lui concède que l’âge l’écarte d’ores et déjà pour 2017. Derrière, Baroin, Pécresse, Le Maire, Apparu, techniquement solides (ou moins fragiles qu’avant, dans le cas de Baroin…) apparaissent encore bien tendres et/ou bien « individuels » pour parvenir à constituer un groupe fort. Leurs querelles au moment du remaniement ministériel de l’été 2011 n’augurent en outre rien de bon. Il y a donc là un vrai courant, mais qui va mettre du temps à se trouver un leader incontesté.

– Le pôle environnemental et social est très divers et très jalousé: NKM risque de pâtir de son rôle de porte-parole, même si elle a un atout majeur, la « modernité » personnelle et politique, qui la rend médiatico-compatible; Bertrand est durablement étiqueté comme « chouchou »; Wauquiez navigue plus à droite et fait déjà beaucoup d’envieux; Barnier est définitivement hors de la politique nationale. A n’en pas douter, il y a là de l’avenir (NKM plus à gauche, Wauquiez plus à droite), mais il n’est pas pour tout de suite. En cas de primaires en 2016 et de neutralisation des « gros » (Sarkozy, Copé, voire Fillon, Juppé), ils ont leur chance, notamment Wauquiez, qui raisonne déjà comme un Romney (gagner à droite en interne, faire campagne au centre au niveau national).

– Le « sarkozysme de base » (Dati, Morano, Estrosi, Lefebvre,…) est hétéroclite et chaotique. Il peut aider son ancien patron à créer la confusion et à tirer sur tout ennemi un tant soit peu entreprenant (tels des Cambadélis, Bartolone ou Assouline de droite… avec le succès que l’on sait en termes d »image et de rassemblement…), mais il ne peut prétendre à être un courant structuré et incarné en dehors de son chef.

– La « droite populaire » ne peut prétendre aux premiers rôles (Mariani n’est pas crédible; Valérie Boyer, prometteuse, est bien trop « tendre » et loin d’être certaine de prendre la mairie de Marseille, ce qui lui assurerait un tremplin national), mais elle a potentiellement une capacité de nuisance importante. D’abord, elle est nombreuse et structurée. Ensuite, elle est forte là où la droite est forte (dans l’Est et le Sud-Est). Enfin, elle pose l’une des questions stratégiques majeures: que faire du FN, en réalité résurgent, même si pas à 20% ? De manière secondaire, elle est en mesure de capter, à travers certains de ses porte-parole, le souverainisme de droite, un peu orphelin des Pasqua et Séguin.

– Le pôle « centriste » de l’UMP et la « droite humaniste » posent l’autre question stratégique majeure: que faire du centre-droit, orphelin depuis la réduction de l’UDF à une simple chapelle personnelle de Bayrou, alors que les résultats de toutes les élections et les faiblesses régionales (grand Ouest, voire Rhône-Alpes) montrent qu’il manque une jambe à la droite. Ils auront d’ailleurs un problème de positionnement interne, comme ceux du parti radical qui restent à l’UMP. Outre que certains des chefs ne sont plus en âge de guigner les premiers rôles (Méhaignerie, Daubresse, Léonetti) ou ont trop « brûlé de ponts » (Jégo), leur avenir ne peut résider raisonnablement dans la conquête de l’UMP, qui est par trop l’héritier du RPR. Ils ne peuvent prospérer qu’à l’extérieur du parti.

– Les « libéraux » sont confrontés à une situation semblable, bien que leurs destins soient probablement à la dissolution à l’intérieur comme à l’extérieur. Les « Réformateurs » Novelli et Devedjian, de même que Longuet et Chatel, ont probablement davantage d’avenir au sein de l’UMP qu’à l’extérieur, car ils incarnent aussi un positionnement plus « dur » de la droite (même si Devedjian a beaucoup évolué; mais il ne représetne plus que lui-même). En revanche, les « giscardiens » évolueront probablement en dehors de l’UMP, Raffarin et son fidèle Bussereau suivant probablement la trajectoire d’Hervé de Charette et sa Convention démocrate. Il en est de même des « sociaux-libéraux » (Bockel, Besson).

– Les « conservateurs sociaux » (PCD de Boutin et « queue de comète » du villiérisme) connaissent un tiraillement un peu similaire: trop faibles à l’intérieur et à la fois sociaux et durs, ils ne savent pas réellement à qui se rallier; mais trop faibles aussi à l’extérieur où le grand écart entre les ex-UDF les plus traidtionnels et certains courants catholiques de droite dure est impossible à assumer durablement.

– Finalement, il convient de souligner que Copé semble être au carrefour de beaucoup de courants, ce qui en fait assurément l’ennemi n°1 d’un éventuel retour de Sarkozy et de l’émergence de tout autre leader alternatif:
il dirige l’appareil, on l’a dit,
il est d’origine juppéo-chiraquienne et peut toujours compter sur ceux (comme Baroin ou Villepin) qui continuent de voir dans le sarkozysme un avatar tactique du balladurisme (tout cela n’a plus de sens idéologique, mais c’est un peu comme dans les querelles durables Mitterrand-Rocard ou, plus exactement, Jospin-Fabius: on se déteste, c’est tout),
il s’est « libéral-isé » et peut séduire ce petit courant actif de l’UMP,
il s’est « droitisé » et est largement compatible avec la droite de l’UMP.

En outre, l’UMP a du mal à faire émerger de nouveaux leaders issus de la « base » politique locale. Christophe Béchu est l’exception qui confirme la règle. La plupart sont des « parachutés » d’en haut (ce n’est d’ailleurs pas une spécialité de la droite: Fabius, Hollande, Aubry, Moscovici, Valls, etc. sont tout sauf des produits de la politique locale): NKM, Baroin, Pécresse,… Wauquiez réussit partiellement à le faire oublier et c’est ce qui fait aussi une partie de sa force potentielle.

Etre structurellement fort dans le Sud-Est ou le Grand Est n’est par ailleurs pas forcément favorable à l’émergence de leaders plus modérés et plus rassembleurs sur le plan national.

6. Ce positionnement interne porteur de Copé est d’autant plus vrai que le centre extérieur à l’UMP est en décomposition et ne paraît pas en mesure de se reconstruire rapidement et clairement. La personnalisation et la présidentialisation de la politique française (le premier trait n’étant pas du tout spécifique à la France, contrairement à ce que veulent bien nous dire les thuriféraires des régimes parlementaires) requièrent d’un courant politique qu’il ait d’abord un chef incontesté. Borloo aurait pu jouer ce rôle, mais il est manifestement incapable d’être un leader ou même d’avoir lui-même les idées claires sur ce qu’il veut faire. Bayrou est trop solitaire et désormais dépassé, après ce qui s’annonce comme un échec net. D’autres sont trop jeunes (Lagarde) et/ou sont « trop UMP » (NKM, Juppé).

De fait, la malédiction de l’UDF, qui n’a jamais su trouver un chef depuis VGE, se poursuit. Barre n’a jamais voulu être un homme de parti et était trop solitaire et marginal. Balladur était un chef de substitution, mais restait extérieur et n’aurait utilisé l’UDF, après 1995, que comme force d’appoint éternelle.

D’une certaine manière, le choix de Bayrou aura peu d’importance pour la suite, tant il sera marginalisé. Il peut arriver à négocier une place dans la future droite s’il ne reste pas sur son quant-à-lui, mais il sera de toute façon au sein d’un centre-droit atomisé et contesté. Ou il peut se couper définitivement et finir comme Villepin. Mais cela aura peu de conséquences pour les autres car il sera, au mieux, un parmi d’autres dans la mosaïque du centre-droit: voir les différences tendances du NC, du groupe centriste au Sénat, du MoDem et au sein même de l’Alliance centriste est risible; il y a presque autant de centres que de centristes… (quelquefois, certains élus, comme Thierry Benoît, semblent même héberger en eux-mêmes plusieurs tendances…).

De l’autre côté, le FN ne s’est pas réellement modernisé. La pseudo-entreprise de dédiabolisation est largement une construction médiatique. Les activistes du FN restent basiques et Marion « Marine » Le Pen est revenue aux « fondamentaux » après l’affaire Merah. Ainsi que j’ai déjà pu l’écrire, tous ceux qui auraient eu intérêt à s’allier avec la droite classique (les « technocrates », les « intellectuels », les « barons locaux traditionnels », notamment) ont quitté le parti, qui reste une machine familiale repliée sur elle-même et qui a surtout vocation à se perpétuer. Seul l’appétit personnel de pouvoir de Le Pen fille et de Louis Aliot pourrait, à terme, les pousser à se modérer réellement et à accepter de passer en dessous de 10% en échange de prébendes locales voire de portefeuilles ministériels. Mais leur culture du « ni droite ni gauche » est forte; la base personnelle de Le Pen fille est dans le Nord-Pas-de-Calais, évidemment pas dans les Alpes-Maritimes, ni dans l’Est, ni même à Marseille; le succès relatif de 2012 (en comparaison des vaches maigres de 2007-2009) fera de nouveau rentrer de l’argent dans les caisses. Tous éléments qui ne plaideront pas pour une évolution à l’italienne.

L’UMP et ses satellites (parti radical et l’essentiel du NC) restent donc le coeur de la droite et le resteront durablement. N’oublions pas que le ressort essentiel de l’action politique, ce sont l’argent et les réseaux d’élus locaux. Or, l’argent public pour le financement des partis est déterminé par les candidatures et des résultats aux élections législatives, comme l’ont bien compris, dans des genres différents, Pierre Laurent, Cécile Duflot, Christine Boutin ou Laurent Hénart.

Non, on ne crée pas de grand parti après les élections, mais juste avant. L’UMP, issue de l’UEM, a été lancée avant les législatives de 2002 et a réussi pour cette raison, alors que l’autonomisation de DL par rapport à l’UDF réduite à Force Démocrate, en 1997-98, après l’élection, a été un échec. Aujourd’hui, créer de nouveaux partis de droite entre le 6 mai et début juin apparaît impossible, faute de leaders de remplacement (et Copé est déjà à la tête de l’UMP), faute de temps et faute de force psychologique après une défaite traumatisante.

Déjà, le mode de financement public des partis a tendance à dissuader les divisions mais, en plus, la conjoncture paraît peu propice. Les grands changements à droite ne sont pas si fréquents: le RPR a surtout consisté en une nouvelle « personnalisation » de la structure gaulliste et l’UDF n’a été puissante au début de son existence que parce qu’elle soutenait le Président en exercice; quant à l’UMP, elle est effectivement la seule grande restructuration de la droite depuis les années 1970, voire 1960; sinon, les différents changements de partis n’ont consisté qu’en des transformations sans renforcement de partis existants (DL; FD), ou en des divisions (MoDem et NC) ou encore en des avatars de micro-courants sans influence réelle (PRILE, PPDF, AC,…). Seule l’ARES, si elle s’était véritablement structurée aurait pu, cahin-caha, poser les bases d’un futur parti solide et assez riche.

7. Copé est enfin idéalement placé au sein de la droite dans le scénario le plus probable.

– En effet, le bipartisme devrait de nouveau prévaloir, avec une reconstitution lente et chaotique de l’UDF et une UMP « recentrée » sur la droite plus classique. Dans ce cas de figure, l’UMP resterait la force principale de la droite et du centre-droit, tant la nouvelle UDF serait encore plus kaléidoscopique que l’ancienne:
éventuellement centre du centre, avec le MoDem de Bayrou, délesté des Bennahmias et Wehrling,
centre-droit du centre avec Arthuis,
centre du centre-droit avec le NC, lui-même explosé entre Morin, Lagarde, Leroy, Sauvadet et consorts, mais aussi avec Méhaignerie et Daubresse,
droite du centre-droit avec Borloo et le parti radical, mais aussi Raffarin, Charette et les « sociaux-libéraux »,
voire gauche de la droite, si NKM ou Bertrand sentent des « opportunités » à l’extérieur de l’UMP.

Cette nouvelle UDF (soit que l’ARES soit pérennisée, soit que l’UDF soit sortie du formol si Bayrou est de la partie) ne peut que rester un champ de guérillas permanentes, entre les vieux qui croiront toujours en leur destin mais qui resteront toujours aussi impuissants et velléitaires (Bayrou et Borloo) et les jeunes qui voudront enfin tenter leur chance (J.C.Lagarde voire NKM). Surtout, on n’imagine pas Juppé ou Fillon (les seuls qui auraient davantage de chances de parvenir à unifier ce pôle assez rapidement et plus solidement) quittant l’UMP, héritier du RPR et qu’ils ont contribué à fonder.

Copé ne peut finalement que souhaiter une telle situation, plus complémentaire électoralement et permettant de « ratisser » plus large (contrairement à la conception étriquée de Sarkozy, qui a fait fuir des électeurs modérés vers Bayrou, puis DSK, puis Hollande, sans donner la possibilité à un Borloo de les retenir), mais assurant le primat de l’UMP, plus libre de chasser les électeurs du FN.

De manière alternative, mais beaucoup moins probable, la droite pourrait se structurer autour de 3 grands courants, pas vraiment héritiers des droites de René Rémond, mais assez cohérents.

Un pôle de centre-droit cohabiterait avec un courant traditionnel chiraquien et radicalo-gaulliste si l’on veut et avec une droite « nouvelle », plus dure et prête au rapprochement avec un FN modernisé. Ce cas de figure serait plus incertain pour Copé, car il serait à la jointure des droites traditionnelle et dure. Sarkozy serait un peu sur le même créneau, mais sa stature un peu plus importante (simplement liée au fait qu’il aura été Président) lui permettrait probablement de moins pâtir d’une telle césure.

Toutefois, cette hypothèse paraît nettement moins probable et il resterait à Copé (ou à Sarkozy) la possibilité de rester à la tête d’une UMP re-chiraquisée, la droite dure servant simplement de rabatteur extérieur et plus libre de ses mouvements, plaçant mécaniquement l’UMP « canal historique » dans une position un peu plus modérée et donc « vendeuse ».

8. Au terme de ce panorama quelque peu décousu, comme l’est la droite au seuil de la chute de son leader écrasant des… 8 dernières années (je compte depuis que Sarkozy a pris l’UMP), il semble bien que le combat opposera donc Copé et Sarkozy, ou n’aura pas lieu si Sarkozy se retire. En tous les cas, on peut parier sur une primauté de l’UMP de Copé. La logique institutionnelle et financière le veut d’ailleurs. La capacité à organiser des primaires en 2016 (si elles ont lieu… car encore faudra-t-il que Bertrand, Wauquiez, NKM, Baroin ou Précresse soient en mesure de les imposer…) sera réservée au premier parti de droite et il saura alors concentrer l’attention sur lui, comme l’a fait le PS (même si cela n’empêchera pas l’émergence éventuelle d’un Mélenchon de droite).

Malheureusement pour la droite, la victoire interne de Copé risque bien d’être l’assurance de la réélection de Hollande. Trop  « sarkozyen » sur le plan personnel, trop cassant et technocrate sur le plan politique, trop impatient et pressé sur le plan stratégique, il est peu probable qu’il parvienne à faire mieux que Sarkozy 2012. Surtout que la droite n’aura probablement pas encore résolu le problème du FN, incapable de faire le même travail que Mitterrand à l’égard du PCF.

Alors, qui en 2022 ?…

Reports de voix entre les deux tours: Hollande consolide à gauche et s’effrite au centre et à droite, mais sans que Sarkozy en profite

1. Pour la deuxième fois, après un premier article le 18 janvier, j’ai repris tous les sondages depuis le second tour de la primaire du PS, j’ai sélectionné ceux contenant des chiffres sur les reports de voix entre les candidats éliminés du 1er tour et les candidats du 2nd tour, Hollande et Sarkozy.

Certains instituts ne publient rien (CSA, Harris, ViaVoice), d’autres ne publient pas toujours (IFOP, TNS-SOFRES) ou seulement sur la base des suffrages exprimés (LH2). Or, la proportion de personnes hésitant ou se réfugiant dans le vote blanc ou nul ou dans l’abstention d’un tour à l’autre est évidemment importante, notamment dans l’électorat Le Pen: autant dire que des ventilations de reports de voix sur les seuls suffrages exprimés n’ont aucun sens.

Enfin, certains instituts publient toujours ces chiffres (IPSOS, BVA, OpinionWay), ce dernier publiant également une intéressante répartition des reports de voix de ceux ne s’étant prononcés pour aucun candidat au premier tour.

Je redis que l’étude des électorats Joly et Villepin doit être interprétée avec prudence, étant donné leurs scores désormais très faibles.

Je présente donc ci-dessous des graphiques simples de reports des voix: ce sont les données brutes de TOUS les sondages pertinents, classés par ordre chronologique, sans pondération par la taille de l’échantillon et sans pondération dans le temps. En revanche, je les ai « agrémentés » de courbes de tendance, selon une régression polynômiale d’ordre 3 (Le Pen, car les résultats sont ici très erratiques et l’ordre 3 rend mieux compte des quelques inflexions de fond intervenues) ou 4 (les autres candidats, car il y a clairement trois inflexions pour eux). Ces courbes permettent une lecture aisée des tendances de fond.

2. Les reports de voix dans l’électorat Mélenchon:

Par rapport à il y a un mois, une certaine remobilisation s’est fait jour du côté de cet électorat et l’effritement de mi novembre-début janvier a disparu.

L’entrée réelle en campagne de Hollande fin janvier, puis la contre-attaque sarkozyste depuis le début février, ont manifestement créé un réflexe de vote utile et de regroupement face à l’ennemi commun.

Pour Hollande, la situation est excellente et il ne peut espérer mieux:
Mélenchon est d’une grande bienveillance avec lui, ce qui n’aurait pas été le cas, à l’évidence, d’un Besancenot et d’une Laguiller, ou même d’un Bové non encore « systémisé »;
en 2007, les reports sur la gauche de la gauche étaient environ de 70% vers Royal, 10% vers Sarkozy et 20% vers l’abstention, ce qui était déjà honorable pour la socialiste (mais l’anti-sarkozysme viscéral quoique naissant faisait déjà son oeuvre à l’extrême-gauche): Hollande est aujourd’hui au-dessus et peut donc déployer sans risque sa stratégie centriste, favorable à son statut d’attrape-tout héritier de DSK et à un étouffement précoce de toute (re)montée bayrouïste.

Cette situation est d’autant plus favorable pour Hollande que, dans le même temps, Mélenchon a progressé: si, donc, Hollande a pu perdre quelques voix à son profit, elles reviennent vers lui sans difficultés au second tour. Et si ces progrès mélenchoniens viennent d’une Eva Joly décevante pour ces électeurs (non par insuffisance de gauchisme, mais par insuffisance d’efficacité électorale), elles ne sont pas pour autant perdues pour Hollande.

3. Les reports de voix dans l’électorat Joly:

Là encore, par rapport au 18 janvier, Hollande se reprend clairement et la période est à la fusion plutôt qu’à la fission.

C’est d’autant plus remarquable que l’électorat de Joly n’a cessé de se réduire, pour, supposément, devenir plus « Vert orthodoxe » et normalement moins disposé à soutenir le « social-traître mou et inféodé au complexe nucléaro-industriel ». A 70% voire davantage, Hollande efface les performances de Mitterrand et Jospin dans cet électorat, qui dépassaient rarement les 60%. A moins de 10%, Sarkozy est deux fois moins performant que Chirac.

Il faut dire que l’environnement est marginalisé dans cette campagne et que l’anti-sarkozysme est une puissante motivation à gauche. Hollande n’a donc pas besoin de se forcer beaucoup.

De surcroît, son offensive sociétale tous azimuts dans le sens du permissif et de la chosification de l’humain (mariage homosexuel, adoption pour les couples homosexuels, théorie du gender dès le primaire, remboursement par la Sécurité Sociale des opérations chirurgicales des transsexuels, procréation médicale totalement libéralisée, euthanasie, recherche sur les cellules souches embryonnaires, « évaluation collective » à l’école, etc, on en passe et des « meilleures »…) ne peut que complaire aux « Khmers verts », toujours soixante-huitards jusqu’au-boutistes.

4. Les reports de voix dans l’électorat Bayrou:

J’écrivais le 18 janvier dernier que c’est évidemment l’une des deux raisons majeures de l’incapacité de Sarkozy à se faire réélire: il ne parvient pas à convaincre cette frange centriste de l’électorat. Cet électorat de centre-droit modéré et européen ou cet électorat strictement centriste et attaché soit à la modération absolue, soit à la simple efficacité, qui ont pu se retrouver sur son nom en 2007, par différence avec une Royal incontrôlable, il les a perdus, d’abord au profit de DSK, puis de Borloo (sans les retrouver au second tour), puis de Hollande momentanément dans l’euphorie de la primaire, enfin de Bayrou depuis 1 mois et demi. Les électeurs de VGE, Barre, Balladur avaient tous fait le choix de Chirac face à l’épouvantial de la gauche.

Paradoxalement, une entrée en campagne de Sarkozy pluôt bonapartiste (davantage que simplement droitière), semble s’accompagner d’une déperdition de voix bayrouïste pour Hollande.

Mais faisons attention à la chronologie: les moins bons reports de voix de Bayrou vers Hollande remontent à la fin janvier et sont consécutifs de l’entrée en campagne de ce dernier. En réalité, ce ne sont pas tant les quelques accents laïcards et à gauche de Hollande qui auraient découragé des électeurs de Bayrou, mais bien plutôt l’effritement de Bayrou qui a réduit la base de celui-ci et, probablement, davantage sur son aile gauche. Ainsi, ces électeurs de Bayrou ne se reportent plus sur Hollande au second tour, tout simplement parce qu’ils se sont déjà reportés sur lui au premier…

L’évolution des reports dans l’électorat Bayrou n’est donc pas spécialement bonne pour Sarkozy, contrairement à ce que nous pouvions croire à première vue. Au contraire même, la base de Bayrou se réduisant quelque peu, Sarkozy devrait progresser. Or, il stagne.

En 2007, les instituts sont très concordants sur ce point dans les sondages « sortie des urnes », les électeurs Bayrou s’étaient répartis à parts égales entre Sarkozy et Royal (40-40), 20% se réfugiant dans l’abstention ou la retrouvant.

Aujourd’hui, même avec le recul des reports vers Hollande, nous sommes dans une proportion de 40-30-30, voire 35-30-35 au pire pour Hollande.

La campagne « au peuple » de Sarkozy risque bien de l’empêcher de s’améliorer ici. Sur le long terme, il est clair qu’aucune tendance positive, même minime, ne se confirme. Ce que Sarkozy gagne auprès du FN ou des abstentionnistes l’empêche de progresser au centre. D’ailleurs, Bayrou occupe davantage le créneau de centre-droit et retrouve ses appels à l' »humanisme » et à l’Europe. Sarkozy aura bien du mal à compenser simplement en faisant monter au front le modéré et rigoureux Fillon ou la moderne et environnementale NKM.

L’étau dans lequel il est pris n’est toujours pas desserré.

5. Le report des voix ans l’électorat Villepin:

Ce que j’écrivais en janvier est encore plus vrai aujourd’hui: les données sont éparses et peu fiables, mais pourraient nous confirmer des éléments déjà notés, valables simultanément ou alternativement:
– Villepin séduit sur tout l’échiquier et son électorat est à son image, tournoyant, incontrôlable, volatile, finalement sans conséquence (inconséquent ?) au regard de la ventilation globale de l’électorat français;
– Villepin séduit un vieil électorat gaullo-chiraquien totalement incompatible avec l’atlantiste, libéral et suractif Sarkozy. De ce point de vue, le bonapartisme de Sarkozy est trop peu napoléonien ou trop commerçant à la mode du Second Empire pour réellement séduire les « césaristes » patriotes et classiques qui peuvent suivre Villepin…

6. Le report des voix dans l’électorat Le Pen:

Comme je l’avais indiqué en janvier, en 2007, Sarkozy avait rallié l’électorat du père Le Pen à plus de 60%, laissant à Royal environ 15% et à l’abstention environ 25%. Encore s’agissait-il de l’électorat qu’il n’avait pas « volé » dès le premier tour de 2007, lors duquel il avait fait main basse directement sur au moins 5 points habituellement gagnés par le président du FN.

Par rapport à mon article du 18 janvier, l’érosion de Hollande se poursuit: il est autour de 20%, ce qui est encore légèrement mieux qu’en 2007, surtout si l’on considère que la fille dépasse largement le père.

Pourtant, cette érosion ne profite pas particulièrement à Sarkozy, malgré tous ses efforts. Depuis le début de l’année, l’évolution de Sarkozy n’est plus symétrique de celle des reports de Le Pen vers l’abstention. C’est celle de Hollande qui l’est. Bien entendu, on peut interpréter cela comme un premier pas: Sarkozy fait douter l’électorat populaire de Le Pen ou les petits employés tentés par le vote protestataire. Mais le temps presse désormais, à 2 petits mois du premier tour: Sarkozy n’en est plus à des manoeuvres de long terme pour transformer en profondeur l’opinion.

Certes, il convient d’apporter un bémol à ce constat peu favorable au Président sortant: il a clairement déjà gagné des électeurs sur Le Pen qui, donc, par définition, ne se reportent plus sur lui au second tour puisqu’ils sont déjà là. Mais il est loin d’avoir regagné le terrain pris sur le père Le Pen en 2007, qui avait fini un peu au-dessus des 10%.

Même si Sarkozy parvenait à gagner son pari de retrouver son ascendant sur cet électorat, on voit bien la volatilité et la fragilité des reports mesurés parmi les votants Le Pen du premier tour (qui justifient mon ordre 3 et non 4 dans les courbes de tendance). Sarkozy est assurément un équilibriste; il est plsu douteux qu’il parvienne à se faire prestidigitateur…

7. Le report des voix parmi les abstentionnistes du premier tour:

J’appelle donc « abstentionnistes » du premier tour ceux qui n’ont pas exprimé d’intention de vote. Ce n’est pas l’exacte réalité, car il y aura de vrais abstentionnistes, il y a de vrais indécis et il y aura des abstentionnistes parmi ceux qui expriment une intention de vote, mais seront atteints de flemme démocratique, d’excès de confiance (à gauche) ou de découragement (à droite).

Toutefois, les enseignements d’il y a un mois évoluent peu:
– un abstentionniste du premier tour sera essentiellement un abstentionniste du second,
– ceux qui se prononceront finalement au second se partagent entre Hollande et Sarkozy, peut-être de manière plus équilibrée qu’en 2011, mais sans apport compensateur décisif pour Sarkozy.

En fin de compte, la détérioration des reports vers Hollande dans les électorats Bayrou et Le Pen et le caractère peu significatif des reports des abstentionnistes et indécis ne profitent pas fondamentalement à Sarkozy à ce stade. Nous suivrons de près l’évolution de ces reports, car c’est à ce niveau que l’effet des campagnes sarkozyste et hollandaise sera évidemment visible.

Reports de voix entre les deux tours: malgré l’effritement à gauche, Sarkozy est profondément affaibli

1. En reprenant tous les sondages depuis le second tour de la primaire du PS, j’ai sélectionné ceux contenant des chiffres sur les reports de voix entre les candidats éliminés du 1er tour et les candidats du 2nd tour, Hollande et Sarkozy.

Certains instituts ne publient rien (CSA, Harris, ViaVoice), d’autres ne publient pas toujours (IFOP, TNS-SOFRES) ou seulement sur la base des suffrages exprimés (LH2). Or, la proportion de personnes hésitant ou se réfugiant dans le vote blanc ou nul ou dans l’abstention d’un tour à l’autre est évidemment importante, notamment dans l’électorat Le Pen: autant dire que des ventilations de reports de voix sur les seuls suffrages exprimés n’ont aucun sens.

Enfin, certains instituts publient toujours ces chiffres (IPSOS, BVA, OpinionWay), ce dernier publiant également une intéressante répartition des reports de voix de ceux ne s’étant prononcés pour aucun candidat au premier tour.

Il est arrivé que des reports de voix soient indiqués depuis les électorats Arthaud, Boutin, Dupont-Aignan ou Morin, mais cela représente des échantillons tellement faibles qu’ils n’ont pas véritablement d’intérêt, outre celui de l’amusement (ce qui est déjà beaucoup…).

Déjà, l’étude des électorats Joly et Villepin doit être interprétée avec prudence, en particulier pour ce dernier (l’électorat Vert est désormais plus ancré et plus identifié dans le temps et il est probablement beaucoup plus facile de le cerner, lui-même étant plus « sûr » dans son expression; alors qu’un électeur Villepin est, pour un large part, un élément… « instable », même si pas au même sens que son « idole » !!!).

Je présente donc ci-dessous des graphiques simples de reports des voix: ce sont les données brutes de TOUS les sondages pertinents, classés par ordre chronologique, sans pondération par la taille de l’échantillon et sans pondération dans le temps (étant donné le nombre de sondages -15 depuis la mi-octobre– ce ne serait pas possible). En revanche, je les ai « agrémentés » de courbes de tendance, selon une régression polynômiale d’ordre 2. Ces courbes permettent une lecture aisée de la tendance de fond et nous verrons que cela est tout à fait parlant.

2. Les reports de voix dans l’électorat Mélenchon:

La tendance est certes faible dans son ampleur absolue, mais assez nette: une certaine désaffection se fait jour au cours du temps à l’égard de François Hollande, probablement au fur et à mesure du développement de la crise et de la réduction des marges de manoeuvre potentielles du candidat de l' »espérance lucide« . Les critiques récentes des Hamon, Emmanuelli, Lienemann, comme l’annonce concertée entre Hollande et Montebourg d’un tour de France des usines par ce dernier confirment cette interprétation.

Cette désaffection reste cependant limitée pour Hollande, pour trois raisons:
– elle alimente l’abstention et non le vote Sarkozy,
– elle vient probablement d’électeurs qui auraient, à défaut du héraut du Front de Gauche, opté pour un néo-trotskyste et se seraient de toute façon difficilement vu voter pour Hollande, au premier comme au second tours,
– elle ne fait que normaliser la situation de Hollande à la gauche de la gauche: en 2007, les reports sur cette aile étaient environ de 70% vers Royal, 10% vers Sarkozy et 20% vers l’abstention, ce qui était déjà honorable pour la socialiste (mais l’anti-sarkozysme viscéral quoique naissant faisait déjà son oeuvre à l’extrême-gauche).

C’est probablement « à surveiller » pour Hollande, mais il a encore une petite marge de déclin avant de s’inquiéter.

3. Les reports de voix dans l’électorat Joly:

Là encore, Hollande s’effrite, même s’il semble que les différentes querelles nucléaro-identitaro-politiciennes ont des effets nets mais assez brefs dans l’électorat Joly. Il faut aussi compter avec le fait que cet électorat se réduit lentement mais sûrement et que, progressivement, ne subsistent plus chez Eva Joly qu’un électorat plus gauchiste, plus « Khmer vert » ou plus « identitaire », donc moins disposé à soutenir le « social-traître mou ».

Plus subtilement et de manière moins étayée, il n’est pas impossible que les naïfs qui pensent encore que les Verts sont d’abord des écolos amis des oiseaux et de l’air pur se soient désormais orientés en partie vers Bayrou et se retrouvent quand même au final sur Hollande au second tour.

D’ailleurs, si l’on semble tendre vers une ventilation 60/20/20, elle reste presque meilleure que celle connue dans les années 1980-1990, où même le pompidolien Chirac parvenait à grappiller jusqu’à 25% et où les radioactifs Mitterrand et Jospin atteignaient avec peine, voire pas du tout, ces mêmes 60%.

C’est donc moins bon pour Hollande, mais cela partait de très haut.

4. Les reports de voix dans l’électorat Bayrou:

C’est évidemment l’une des deux raisons majeures de l’incapacité de Sarkozy à se faire réélire: il ne parvient pas à convaincre cette frange centriste de l’électorat. Cet électorat de centre-droit modéré et européen ou cet électorat strictement centriste et attaché soit à la modération absolue, soit à la simple efficacité, qui ont pu se retrouver sur son nom en 2007, par différence avec une Royal incontrôlable, il les a perdus, d’abord au profit de DSK, puis de Borloo (sans les retrouver au second tour), puis de Hollande momentanément dans l’euphorie de la primaire, enfin de Bayrou depuis 1 mois et demi. Les électeurs de VGE, Barre, Balladur avaient tous fait le choix de Chirac face à l’épouvantial de la gauche.

Or, en 2012, au second tour, ils ne reviennent pas. Certes, parmi les électeurs Bayrou qui se reportent sur Hollande, il y a de vrais électeurs de centre-gauche, vieux républicains, radicaux et laïcs, écologistes modérés à la Lalonde, orphelins de la social-démocratie rêvée (de Delors au miroir aux alouettes DSK). ll y a aussi quelques illuminés, jeunes « pirates » ou sectaires d’une mythique union nationale, « modernes » perpétuels ou sans-partis. Mais il y a aussi ces électeurs que le discours sécuritaire du Président sortant, son bonapartisme bien peu Européen et ses habitudes « bling-bling » ont définitivement, semble-t-il, éloignés.

En 2007, les instituts sont très concordants sur ce point dans les sondages « sortie des urnes », les électeurs Bayrou s’étaient répartis à parts égales entre Sarkozy et Royal (40-40), 20% se réfugiant dans l’abstention ou la retrouvant.

Or, aujourd’hui, nous sommes dans une proportion de 40-30-30, relativement stable. Le sérieux apparemment retrouvé de Sarkozy depuis l’été semblait commencer de porter ses fruits en fin d’année, mais la perte du triple AAA et la reprise d’un activisme tous azimuts risquent bien de stopper cette légère amélioration.

A l’heure actuelle, cela doit coûter jusqu’à 2 points à Nicolas Sarkozy.

5. Le report des voix ans l’électorat Villepin:

Les données sont ici éparses et peu fiables, mais pourraient nous confirmer des éléments déjà notés, valables simultanément ou alternativement:
– Villepin séduit sur tout l’échiquier et son électorat est à son image, tournoyant, irascible, incontrôlable, volatile, finalement sans conséquence(inconséquent ?) au regard de la ventilation globale de l’électorat français;
– Villepin séduit un vieil électorat gaullo-chiraquien totalement incompatible avec l’atlantiste, libéral et suractif Sarkozy.

6. Le report des voix dans l’électorat Le Pen:

Là se situe évidemment la cause majeure de l’échec de Sarkozy, en particulier en comparaison de 2007, élection gagnée « au peuple »: la perte de l’électorat populaire, déjà « largué » par toute la structure politique classique depuis la fin des années 1970 (souvenons-nous des tentatives désespérés des communistes de certaines banlieues parisiennes de cette période-là, faisant de la surenchère populiste, voire raciste, car ils sentaient bien « quelque chose »…) et trouvant sa meilleure traduction électorale et cartographique dans le référendum de 2005 (celui de 1992 était déjà révélateur).

Cet électorat populaire semble désormais le rejeter massivement. En 2007, Sarkozy avait rallié l’électorat du père Le Pen à plus de 60%, laissant à Royal environ 15% et à l’abstention environ 25%. Encore s’agissait-il de l’électorat qu’il n’avait pas « volé » dès le premier tour de 2007, lors duquel il avait fait main basse directement sur au moins 5 points habituellement gagnés par le président du FN.

Aujourd’hui, alors même que Marion « Marine » Le Pen enregistre des intentions de vote inconnues du père, le report vers Sarkozy n’est que d’environ 35%, au mieux 40%, et plutôt en baisse, alors que l’abstention -probablement « rageuse »- atteint 40% et que Flamby, le mou, le culbuto, l’Européen, l’énarque, l’héritier de Jacques Delors, atteint 25% même après une certaine érosion…

Evidemment, avec son projet de TVA sociale (en théorie une excellente idée, mais qu’un quinquennat entier aurait probablement été nécessaire pour mettre en place, expliquer, faire digérer, faire émerger des avantages, etc), Sarkozy fait tout pour « aggraver son cas » et quelques conférences de presse de Claude Guéant n’y suffiront pas. Le trio Buisson-Hortefeux-Guaino semble avoir perdu la main sur le sujet, à l’épreuve des faits.

S’il ne parvient pas à briser la tendance ici, Sarkozy a perdu. Et on voit mal, alors qu’il doit tout faire pour satisfaire Merkel, les marchés et Bayrou, comment il y parviendrait.

Seule l’abstention massive pourrait sauver Sarkozy. Or, son propre activisme et sa propre volonté de saturer l’actualité vont à l’encontre de cette tactique qui serait la seule payante: parier sur la démobilisation face à une victoire hollandaise annoncée, assurée, acquise. La démobilisation étant toujours plus forte plus on est jeune et plus on est bas dans l’échelle des CSP, il y aurait quelque espoir….

Au sein de cet électorat, Sarkozy perd ici au moins 4 points, voire 5.

7. Le report des voix parmi les abstentionnistes du premier tour:

Les indécis des sondages sont les « abstentionnistes » du premier tour, même si la réalité sera tout autre le jour du vote. Toutefois, les quelques données disponibles ne semblent pas irréalistes:
– un abstentionniste du premier tour sera essentiellement un abstentionniste du second,
– en cette élection présidentielle de facture a priori (à ce jour…) classique, ceux qui se prononcent seulement au second tour reproduisent la ventilation de l’électorat engagé et amplifient le mouvement.

En conséquence, avec 15 à 20% d’indécis « purs » dans les sondages, Sarkozy perd ici 1 à 1,5 points sur Hollande, ce qui est important.

On le voit, additionner les pertes sur Bayrou, Le Pen et les abstentionnistes suffit à faire passer Sarkozy d’une réélection étroite à une déroute, telle qu’elle se présente aujourd’hui dans les enquêtes de second tour. Car les 57-43, voire pire, que l’on croyait révolus pour passer en deçà de la barre des 55 et revenir à des duels plus « classiques », sont bel et bien de retour.

Est-ce la TVA sociale ? Est-ce Standard and Poor’s ? Est-ce la remontée de l’anti-sarkozysme primaire, après trop d’interventions médiatiques sur le thème « rien n’est joué » ? Toujours est-il que le frémissement pour Sarkozy ne se confirme pas et que, si je persiste à penser qu’il peut encore s’effondrer et passer derrière Le Pen, voire, plus probable et plus intéressant, derrière Bayrou si celui-ci joue finement, les duels Bayrou-Le Pen qu’on aime nous annoncer pour faire « rebelle » n’ont aucune chance de se réaliser tant Hollande, abonné aux 28% semble hors d’atteinte pour tout autre candidat.

Le commentaire d’un aubryste sur le fait que « même une chèvre en kilt » (on aura deviné qu’il s’agissait d’une tendresse à l’égard de la campagne morne et brouillonne du président du conseil général de la Corrèze) pourrait gagner contre Sarkozy en 2012 pourrait bien s’avérer d’une grande justesse…

J’essaierai de revenir à intervalles réguliers sur ces reports de voix, à condition que nos amis sondeurs veuillent bien nous abreuver en chiffres.

Derniers sondages IFOP, OpinionWay et Harris: la tectonique des plaques s’est enclenchée et le paysage bouge dangereusement pour Hollande et Sarkozy

 

IFOP
le JDD.fr
13-15 décembre 2011
échantillon: 937 inscrits sur un échantillon total de 1008

Hollande 27,5
Sarkozy 24
Le Pen 20
Bayrou 11
Mélenchon 6,5
Joly 5
Villepin 3,5
Arthaud 0
Poutou 0
Chevènement 0,5
Morin 0,5
Boutin 0
Dupont-Aignan 0,5
Lepage 1
Nihous 0

Hollande 56
Sarkozy 44

___________________________

OpinionWay – Fiducial
Le Figaro, LCI
13-15 décembre 2011
échantillon: 912 inscrits parmi un échantillon total de 1001

Hollande 29
Sarkozy 25
Le Pen 17
Bayrou 11
Mélenchon 6
Joly 3
Villepin 3
Dupont-Aignan 1,5
Morin 1
Lepage 0,5
Boutin 1
Nihous non testé
Arthaud 0,5
Poutou 1
Chevènement 0,5

Hollande 57
Sarkozy 43

___________________________

Harris Interactive
LCP-Assemblée Nationale
13-15 décembre 2011
échantillon: 1031

Hollande 28
Sarkozy 25
Le Pen 19
Bayrou 11
Mélenchon 6
Joly 4
Villepin 3
Dupont-Aignan 1
Morin 0,5
Lepage 0,5
Boutin 0,5
Nihous 0
Arthaud 0,5
Poutou 0
Chevènement 1

Hollande 57
Sarkozy 43

1. Débutons par deux remarques générales.

La série de 3 sondages réalisés au milieu de cette semaine est là pour démentir ceux qui doutent des enquêtes d’opinion. La convergence de Bayrou vers 11% est remarquable, celle de Villepin vers 3% également. En contrepoint, elle montre que certains instituts continuent de se démarquer et l’évolution des chiffres chez LH2 notamment ne peut manquer de surprendre: ses résultats sont toujours aussi erratiques et distants de ceux du consensus de la majorité des autres instituts.

D’autre part, la perméabilité de nombre de Français à la présence médiatique est toujours étonnante. Il suffit que Bayrou et Villepin officialisent leur candidature pour qu’ils gagnent respectivement 4 et 2 points. Bien entendu, on pourrait argumenter que cela vaudra en sens inverse et qu’ils retomberont à leurs niveaux habituels prochainement.

Ce n’est probablement pas le cas, car, manifestement, la tectonique des plaques a débuté ou s’est accélérée à l’approche de la « trêve » de fin d’année.

2. L’émergence de François Bayrou est claire et très significative chez tous les sondeurs. Nous avons déjà souligné dans le précédent article qu’il est probablement en mesure de poursuivre son ascension aux dépens de Nicolas Sarkozy une fois perdue la note AAA, après avoir grignoté les soutiens rose pâle ou vert pâle de François Hollande et d’Eva Joly.

Plus étonnante encore est sa progression chez les professions intermédiaires et les employés (respectivement 18 et 17% dans le sondage IFOP. OpinionWay décèle également une avancée dans l’électorat populaire. Est-il en train de répéter, par le nationalisme industriel à la Marchais, le succès de Sarkozy en 2007 dans ses visites d’usines et ses slogans sur le travail ?

N’allons pas trop vite en besogne, mais relevons quand même cette progression, pas si étonnante si l’on se souvient, comme je l’ai déjà rappelé, qu’il cache bien son héritage démocrate-chrétien et européen et qu’il avait au contraire déjà montré, en 2007, ses accents poujadistes et anti-système.

S’il conduit bien sa campagne, une alliance subtile, même si totalement incongrue, de la carpe du « centre » et du lapin du « peuple » pourrait le mener loin. Mon article sur les élections gagnées « au centre » et celles gagnées « au peuple » serait alors à compléter d’un codicille sur le centre ayant réussi à gagner au peuple…

J’arrête là les conjectures, mais pour oser une autre hypothèse audacieuse… François Bayrou semble de nouveau rencontrer un petit succès chez les jeunes: peut-être y a-t-il là matière à comparaison avec le succès des « partis pirates » dans les pays germaniques et scandinaves. Ces jeunes partiellement libertaires, mais surtout ultra-consommateurs (contrairement aux Verts plus « historiques », tout aussi « libéraux » du point de vue moral et sociétal, mais anti-libéraux en économie), tout en se piquant de « civisme » ou d’esprit « rebelle » (ah, télécharger gratuitement Lady Gaga, aux frais du contribuable, quelle belle avancée de la liberté et des droits humains…!), n’ont pas encore su s’organiser en France, mais l’aspect « trublion » et « décalé » du MoDem qui avait fait fureur parmi ces jeunes engagés politiquement mais non-alignés, en 2007, pourrait de nouveau séduire cette frange minoritaire mais certainement très présente dans une jeunesse dont les sujets de préoccupation ne dépassent pas le cadre des différents… « écrans » dans lesquels ils vivent.

3. François Bayrou, menaçant pour Hollande et désormais encore davantage pour Sarkozy: qu’en est-il de Villepin ?

Le parallélisme du tassement de Sarkozy et du petit sursaut de Villepin pourrait laisser penser à un transfert. Il n’en est rien au regard des chiffres de nos sondeurs. En réalité, Villepin ratisse sur absolument tout l’éventail politique. Il semble surtout répondre à des électeurs abstentionnistes dans les précédentes enquêtes. C’est également partiellement le cas de Bayrou.

Voilà qui expliquerait l’impact d’une présence médiatique et d’une déclaration de candidature: les indécis et ceux qui ne s’intéressent à la politique qu’à un rythme mensuel permettent en large partie à Bayrou et Villepin de rebondir. Hollande et Sarkozy ne s’effriteraient donc que parce que le nombre de ceux qui se prononcent s’élargit. Cela doit également conduire à s’interroger sur la solidité et la pérennité de ce soutien.

Ne forçons cependant pas le trait: Le Pen et Mélenchon restent stables, en particulier la leader du FN, qui est de nouveau à un très haut niveau. Or, cela signifierait qu’eux également ont trouvé la capacité de rallier des abstentionnistes.

Cela veut bien dire que des mouvements assez profonds sont à l’oeuvre. L’accélération du rythme politique et médiatique dans la deuxième quinzaine, voire la deuxième semaine de janvier, pourrait bien conduire à quelques surprises et à quelques déstabilisations.

Enfin, nous voici entrés dans le vif du sujet ! On ne peut que s’en réjouir !

4. Les instituts semblent prendre l’habitude de publier désormais les reports du premier au second tour, ce qui est une excellente idée, même si l’on doit fortement dégrader la note de ceux qui ramènent ces chiffres uniquement sur la base des exprimés, soit un total Hollande-Sarkozy à 100%, ce qui est évidemment stupide et inintéressant, notamment eu égard à l’importance du « déchet » abstentionniste dans l’électorat de Marion (dite « Marine ») Le Pen.

Pour Harris, la répartition Hollande/Sarkozy se fait à 100/0 dans l’électorat Mélenchon, 93/7 dans l’électorat Joly, 63/37 dans l’électorat Bayrou, ce qui paraît un peu élevé et 37/63 dans l’électorat Le Pen, ce qui serait inespéré pour le Président dans la période actuelle.

L’IFOP et OpinionWay divergent quelque peu, mais nous donnent des ventilations comprenant les abstentionnistes et indécis:
– électorat Mélenchon: 78/0/22 et 71/12/17, ce qui reste assez similaire,
– électorat Joly: 77/6/17 et 53/1/46, ce qui ne peut manquer de s’expliquer par l’étroitesse de l’échantillon, mais confirme au moins que l’électorat écologiste est définitivement et totalement perdu pour le Président, ce qui est cohérent avec son tropisme plus à gauche aujourd’hui,
électorat Bayrou: 41/23/26 et 44/17/39, ce qui est étonamment proche et reste bien défavorable à Sarkozy,
– électorat Le Pen: 20/43/37 et 23/28/49, ce qui dénoterait un rétablissement plus habituel des proportions chez IFOP mais une persistance d’un déficit sarkozyste dans cet électorat pour OpinionWay.

L’IFOP ajoute une ventilation 49/31/20 dans l’électorat Villepin, à prendre avec précaution, mais similaire à ce que nous avions relevé au printemps dernier lorsque Villepin était encore à des niveaux significatifs. Son électorat dispersé et, lorsqu’il vient de droite et du centre-droit, très anti-sarkozyste (le libéral, pro-américain et communautariste, selon cette frange probablement nostalgique des grands envolées gaulliennes, à défaut d’être vraiment gaullistes…) aurait évidemment quelque réticence à rejoindre le Président sortant. Cela confirme en revanche que la marge de progression de Villepine st faible, car ce type d’électorat n’est pas extensible à l’infini. Dupont-Aignan et Bayrou ne sont de toute façon pas très loin…

Les reports de voix s’amélioreraient donc légèrement pour le Président à l’extrême-droite, ce qui explique le tassement de François Hollande au second tour. Rien d’alarmant toutefois pour ce dernier, tant il reste nettement au-dessus des 55%. Le clignotant orange du premier tour (moins de 30% désormais) n’est qu’orange pâle étant donné le tassement de Sarkozy lui-même et il ne s’est pas encore allumé pour le second tour.

Avec grande précaution (OpinionWay travaille pour des médias éminemment favorable au Président sortant), considérons tout de même les questions posées sur le candidat le plus « capable de prendre des décisions difficiles« , ayant le plus « l’autorité d’un chef d’Etat » et le plus « capable de prendre les bonnes décisions face à la crise« : Sarkozy devance Hollande même chez les électeurs MoDem et Vertes et, très largement, chez les électeurs FN. Certes, Sarkozy est lui-même parfois devancé par le très français « aucun des deux »; mais cet élément de force pourrait l’aider dans un second tour serré, avec un Bayrou l’ayant rallié et avec une tempête financière internationale redoublée.

Pour ce qui est d' »avoir un projet » et d’être « proche des préoccupations des gens », il est bien entendu battu par Hollande: mais la crise imposant son propre projet et les préoccupations du moment, s’agira-t-il véritablement d’un avantage pour François Hollande ?

Oui, cette semaine apporte vraiment les premières véritables interrogations sur la solidité du candidat PS, qui reste l’immense favori au regard de l’anti-sarkozysme persistant (sa côte de popularité est de nouveau encarafée aux alentours des 35%), de l’étau de plus en plus serré Bayrou-Le Pen et des fumets des « affaires » qui persistent à se dégager des différentes procédures judiciaires en cours.

Mais attention pour lui à ne pas se faire entraîner par le Président, soit dans sa chute face à « ceux que l’on n’a pas encore essayés » (Bayrou et Le Pen), soit sur son terrain de la « guerre économique mondiale » (dont le président du conseil général de la Corrèze aura bien des difficultés à prouver que ses petits poings suffiront à la terrasser).

Le suspense est de nouveau là ! Inespéré ! Restez à l’écoute !

Dernier sondage OpinionWay: François Bayrou va-t-il progresser et dans quel but ?

 

OpinionWay-Fiducial
LCI, Le Figaro
23-24 novembre 2011
échantillon: 952 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 1034

Hollande 30
Sarkozy 26
Le Pen 18
Mélenchon 7
Bayrou 7
Joly 5
Villepin 1
Chevènement 1
Arthaud 1
Poutou 1
Dupont-Aignan 1
Boutin 1
Morin 1

Hollande 58
Sarkozy 42

1. Ce sondage OpinionWay se situe dans la moyenne globale des sondages les plus récents et confirme l’érosion de François Hollande, qui reste cependant au-dessus des 30%, seuil élevé et probablement important sur le plan psychologique s’il le franchissait à la baisse.

François Hollande est toujours très solide au second tour et les reports de voix sont toujours aussi problématiques pour le Président sortant:
– les électeurs Mélenchon se répartiraient à  63/8/29 entre les votes Hollande, Sarkozy et abstention-blanc-nul;
– les électeurs Joly se ventileraient 49/6/45;
– les électeurs Bayrou 47/20/33;
– les électeurs Le Pen 21/28/51;
– les abstentionnistes du 1er tour 23/11/66.

La proportion de répondants ne choisissant pas entre Hollande et Sarkozy est ici très forte, mais la ventilation de ceux qui expriment un choix est conforme aux résultats des autres enquêtes, avec un fort taux de déchet pour Sarkozy dans l’électorat Le Pen et un fort tropisme de l’électorat Bayrou vers Hollande.

Parmi les petits candidats, le fait qu’OpinionWay ne retienne pas de demi-points explique cette rafale de résultats à 1%. Il convient de souligner la marginalisation complète de Dominique de Villepin, qui obtient là son plus mauvais score. Les quelques velléités de progression chez Chevènement ne sont pas confirmées.

2. L’évolution intéressante à suivre dans les prochaines semaines, qui devraient par ailleurs être globalement calmes et sans surprise, sera celle de François Bayrou.

Il est pour le moment à peu près à son étiage de 2002 et il lui sera difficile de rééditer l’exploit de 2007. Toutefois, il est probable qu’il soit désormais le seul à pouvoir troubler les 3 « grands » candidats.

Ses attaques plus précises et médiatiquement plus porteuses sont réservées au PS et à EELV. Il est clair qu’il compte reprendre le marais électoral du centre et séduire les anciens adeptes du « strauss-kahnisme » à l’extérieur du PS. La rigueur en matière de finances publiques, mais aussi la cacophonie socialo-verte, devraient l’aider. Eva Joly semble durablement discréditée (dans toutes les catégories de sympathisants, sauf ceux d’EELV, plus de 60% des répondants au sondage d’OpinionWay sont favorables à son retrait), même si les Verts ne peuvent plus vraiment reculer: elle a été désignée à l’issue de la primaire et les conditions ne sont pas du tout les mêmes que celles de 2002 lorsqu’Alain Lipietz a dû renoncer. François Bayrou est probablement en mesure de capter des déçus de cet accord électoral PS-EELV, dont il sait exploiter chaque faille.

Le « bruit » médiatique reste étonnamment défavorable à François Hollande, alors que les problèmes sont plutôt du côté des Verts et que tant le nucléaire que le veto de la France au Conseil de sécurité de l’ONU ne sont pas les premiers sujets de préoccupation des Français. Mais le martèlement médiatique, même sans fondement solide, se transforme souvent en prédiction auto-réalisatrice et des électeurs potentiels pourraient bien finir par fuir Hollande pour cette seule raison.

Sans se forcer, tant la défiance à l’égard de la personne du Président est persistante, il pourra probablement progresser également parmi les orphelins d’un Villepin retiré de la course, d’une Lepage finalement pas candidate, voire d’une Boutin désargentée et sans signatures ou d’un Morin qui peinerait à recueillir les 500 signatures (même si cela serait étonnant).

La dégradation de la notation de la France et l’aggravation probable de la crise européenne finiront par le servir: certes, l’électorat populaire risque de retrouver ses réflexes de 2005, mais l’électorat CSP+ devrait en partie rallier l' »original » en matière d’engagement européen et de rigueur budgétaire, que Bayrou incarne, même si cela est largement artificiel, plutôt que les copies « Hollande » et « Sarkozy », eux-mêmes d’ailleurs contraints de penser au « peuple » sous peine de voir Marine Le Pen progresser encore et les menacer, et donc de modérer leur profil « rigoureux » et « international ».

François Bayrou dispose donc clairement de marges de progression et il est probable qu’il s’élève au-dessus des 10% prochainement, ce qui serait psychologiquement important pour lui.

3. Mais pour faire quoi ?

Malgré un accord avec les Verts dont on peut se demander pourquoi il a été conclu (vieille mauvaise conscience idéologique des socialistes, qui n’ont jamais assumé un Bad Godesberg ? subtilité tactique des Verts encore meilleure que tout ce que l’on pouvait redouter ? divisions entre socialistes ?), l’orientation donnée par Hollande et les Sapin, Moscovici, Rebsamen, Ayrault est clairement sociale-démocrate.

Logiquement, la rencontre avec Bayrou devrait être beaucoup plus aisée qu’en 2007. Mais est-ce bien l’intérêt de Bayrou ?

Tant que les socialistes n’abandonnent ni les Verts (toujours gauchisés, malgré l’élargissement d’Europe-Ecologie et à la suite du rejet d’une ligne Hulot), ni le Front de Gauche, il sera difficile à Bayrou de rallier le PS, d’autant qu’il ne serait qu’un appoint peu utile.

A l’inverse, pour un Sarkozy coincé entre des électeurs modérés qui ont de si grandes réticences à son égard et un FN redevenu aussi menaçant qu’en 1997 ou 2002, François Bayrou est la seule planche de salut. Celui-ci pourra donc se « vendre beaucoup plus cher » auprès du Président, qu’il ne critique plus que de manière impersonnelle.

Le récent mouvement de ralliement des quelques habituels dissidents du NC (Folliot, Vigier), des « centristes du centre » (Arthuis et son Alliance centriste), de quelques fortes personnalités incarnant une idée particulière (Lambert et l’équilibre des finances publiques, Bourlange et l’Europe, Lamassoure pour les deux, même si ces deux derniers sont pour le moment en attente de ralliement) ou de quelques anciens poids lourds (ou moyens) de l’ex-UDF (Bosson, Idrac), va dans le sens d’une droitisation de Bayrou. De même que les bruits de sortie des centristes de l’UMP après 2012 (Méhaignerie, Daubresse), ce qui signerait la reconstitution de l’ancienne UDF, manifestement totalement ratée par l’ARES de Borloo.

François Bayrou négociant Matignon avec Sarkozy et/ou la reconstitution d’une UDF forte ? Cela apparaît de plus en plus plausible, avec un Sarkozy actionnant Alain Juppé, lui-même heureux de pouvoir gêner Fillon et Copé, voire de se retrouver à cette occasion à Matignon avec l’appui d’un Bayrou numéro 2 du gouvernement (à Bercy ou dans un ministère régalien).

En réalité, cela dépendra clairement du rapport de forces du premier tour. François Bayrou, contrairement à ce qu’il peut dire, n’aura probablement aucun principe en la matière, juste un immense pragmatisme face à l’intérêt de son avenir politique personnel…

– Hollande très fort au premier tour, avec une vraie dynamique et Sarkozy très affaibli ? Quel besoin de s’associer à un « loser » assuré: Bayrou tentera soit de se substituer aux Verts et à Mélenchon comme allié privilégié d’un Hollande « schrödérisé » (peu probable), soit au contraire de devenir le véritable futur opposant à Hollande.

– Hollande en difficulté et Sarkozy remis en selle ? Bayrou négociera avec Sarkozy. Celui-ci, s’il perdait, ne serait d’ailleurs pas pénalisé par un renforcement de la position de Bayrou, tant il aura envie de sa revanche en 2017 et aura donc tout intérêt à avoir des contrepoids face aux Copé et Fillon qu’il faudra bien marginaliser….

– Hollande et Sarkozy décevants et Marine Le Pen haute ? Bayrou se rallierait au plus offrant, mais ce serait pour lui la pire situation, car il se retrouverait dans le camp des « élites » face à la candidate « du peuple » assurée de devenir l’opposante officielle du nouveau pouvoir.

Au final, 2012 devrait offrir une situation plus favorable à Bayrou que 2007, alors même qu’il est peu probable qu’il puisse atteindre le même score…

Les « petits » candidats: le risque de l’émiettement et de la dispersion pour certains grands et moyens candidats

 

La situation des « petits » candidats pourrait inciter à les tenir pour quantité négligeable. Il n’en est rien.

1. Ainsi qu’il a déjà été dit, leur simple nombre (jusqu’à 6 paraissent avoir une chance de réunir les 500 signatures d’élus pour parvenir à se présenter, sachant que Gérard Schivardi et le POI ont annoncé qu’ils ne seraient pas présents à la présidentielle) peut mécaniquement rogner les résultats des autres candidats, pour peu qu’ils obtiennent 1 ou 1,5%, au lieu des 0 ou 0,5% que leur promettent les sondages.

La candidature annoncée de Victor Izraël au nom de la lutte contre le cancer, bien que bénéficiant de publicités gratuites (et se plaçant déjà en difficulté juridique à l’égard des règles de financement), n’aboutira pas car elle est destinée à utiliser la présidentielle à des fins extérieures, un peu comme un Donald Trump aux Etats-Unis.

2. En outre, la plupart des instituts ne testent même pas Frédéric Nihous. Or, le candidat de CPNT est probablement le plus à même de réunir les 500 signatures, en raison de la présence territoriale de son organisation, du caractère « apolitique » (réel ou supposé) de sa démarche et de l’esprit frondeur actuellement présent dans les zones rurales (que l’échec de certaines candidatures de droite aux sénatoriales est venu confirmer avec éclat).

La candidature de Frédéric Nihous, à ce titre, sera la plus problématique pour Nicolas Sarkozy, déjà affaibli dans les campagnes.

3. De même, Christine Boutin n’est pas encore systématiquement testée par tous les instituts. Si sa capacité à réunir les 500 signatures est moindre que celle de Frédéric Nihous, elle a déjà été candidate en 2002 et l’absence de candidature Villiers comme la faiblesse d’une éventuelle candidature Morin devraient lui assurer une présence en 2012. Seule sa propre décision de ne pas se présenter, sur la base d’un risque de voir Nicolas Sarkozy devancé par Marine Le Pen, pourrait l’exclure du jeu.

Là encore, cette candidature serait négative pour Nicolas Sarkozy et, peut-être, pour Dominique de Villepin s’il est candidat, par effet générationnel.

4. Jean-Pierre Chevènement est de moins en moins testé par les instituts, probablement en raison d’une résolution qui ne paraît pas sans faille. Sa notoriété devrait lui assurer les 500 signatures s’il se décide.

Il prendrait quelques suffrages à Jean-Luc Mélenchon et entrerait en concurrence avec Nicolas Dupont-Aignan. Celui-ci n’avait pas réussi à réunir les 500 signatures en 2007 et l’UMP l’aidera encore moins cette fois-ci. Il est peu probable que beaucoup de dissidents de droite lui prêtent main-forte. Ses faibles résultats dans les sondages, plutôt en baisse d’ailleurs de 1 vers 0,5%, alors même qu’il est, lui, quasi-systématiquement testé et depuis longtemps, l’affaiblissent fortement auprès de signataires potentiels. En cas d’échec de l’Europe face à la crise, c’est plutôt Marine Le Pen que lui qui en profiterait.

5. A l’extrême droite, une candidature de Carl Lang paraît avoir peu de chances d’aboutir en raison du réseau d’élus quasi-inexistant désormais pour les dissidents du FN. Un « conseil » de l’UMP à certains élus, pour tenter d’affaiblir Marine Le Pen, ne suffirait probablement pas, la publication d’une partie des noms de signataires les dissuadant largement de le faire.

Quant à Jacques Cheminade, sorte de mélange de libertarien et de socialo-nationaliste, il est fort peu probable qu’il parvienne de nouveau à réunir les 500 signatures. A défaut, il prendrait un peu partout sur l’échiquier politique, mais probablement encore davantage parmi les abstentionnistes ou les adeptes du vote blanc ou nul volontaire.

6. A l’extrême gauche, le retrait d’Olivier Besancenot a fait retomber les soi-disant héritiers du trotskysme dans la marginalité, même si Nathalie Arthaud pourrait, une fois la campagne officielle entamée, parvenir à atteindre les 2% ou davantage. Philippe Poutou, anonyme candidat d’une ligne orthodoxe de la LCR, a lui-même renoncé à obtenir plus de 1 à 1,5% en cas de « divine » surprise.

Leurs gains potentiels se feraient essentiellement au détriment de Jean-Luc Mélenchon et, de manière secondaire, de Marine Le Pen, dont le succès sondagier de février-mars 2011 s’est produit après la médiatisation massive de sa désignation comme candidate du FN, mais aussi après le retrait d’Olivier Besancenot, par une fraction d’électorat populaire (ou de classes moyennes inférieures qui ont perdu leur statut) rebelle et anti-système, devenu très fluide entre l’extrême gauche et l’extrême droite.

7. Au centre, la candidature de Corinne Lepage ne semble pas être d’une grande conviction. Il est fort probable qu’elle tente de négocier au plus offrant (Hollande, Bayrou, Sarkozy) le poids qu’elle aura réussi à accumuler grâce à son entregent médiatique et à sa sur-exposition liée à un mélange des genres avocate/écologiste/candidate. Elle mordrait principalement sur l’électorat Bayrou.

Hervé Morin est réapparu dans les enquêtes d’opinion à son niveau habituel de 1%, qui ne semble pas pouvoir s’élever beaucoup, en raison d’une attitude personnelle qui paraît très négative dans les médias et d’un soutien de plus en plus réduit parmi ses propres troupes. Chef de bande un peu par hasard en 2007, il ne s’est pas mué en leader incontestable et ne parviendra jamais à faire un candidat crédible. Le fait même que Nicolas Sarkozy ne semble plus vouloir le faire renoncer montre son caractère marginal.

Dominique de Villepin est désormais réduit à un rôle de « petit » candidat, au moment même où Jean-Louis Borloo s’est retiré. Cela démontre à l’évidence l’impasse de son éventuelle candidature, qui apparaît très peu probable désormais : la faiblesse de ses soutiens, l’absence de financement solide alors qu’il s’éloigne de la barre des 5% offrant un financement public, les efforts qu’a et que va déployer Nicolas Sarkozy pour le dissuader de se présenter plaident dans le sens de son renoncement.

Il n’est pas du tout certain que ses 2-3% seront récupérés entièrement par Nicolas Sarkozy, tant le soutien à Villepin vaut rejet personnel et épidermique de Sarkozy. Un bon tiers de ses électeurs potentiels devrait se perdre dans l’abstention, un tiers rejoindre le nom de Sarkozy et le dernier tiers se disperser sur les candidatures Bayrou, Dupont-Aignan voire Hollande.

8. Une typologie est finalement possible :

– les candidats « identitaires », ceux qui veulent se présenter quoi qu’il arrive, pour simplement faire exister leur courant politique : Cheminade, Arthaud, Poutou, Dupont-Aignan, de plus en plus Boutin et Morin (encore qu’il s’agisse plus, pour ce dernier, d’identité personnelle…).

– les candidats « politiques », ceux qui veulent tester leur poids politique et tenter ensuite d’entrer dans des jeux plus larges avec les grands candidats : Villepin, Boutin et Morin initialement, Nihous, Lang.

– les « faux » candidats, qui veulent simplement obtenir des compensations par la simple menace de leur candidature : Lepage, Lang, Chevènement, de plus en plus Villepin.

Toutefois, la capacité à recueillir les 500 signatures sera autrement déterminante dans la réalité finale de leur candidature :

– 100% : Villepin, Morin, Lepage, Nihous

– 90% : Arthaud (le nom d’Arlette Laguiller est encore bien présent dans les mémoires et LO est presque un pilier de la Vème République présidentielle…), Chevènement (le réseau du mouvement chevènementiste s’est passablement fractionné et il n’est pas impossible que beaucoup d’élus de gauche rejettent sa candidature en souvenir du cuisant 21 avril 2002 et de la peur persistante de la division à gauche)

– 75% : Poutou (le réseau Besancenot doit encore fonctionner), Boutin (l’UMP ne facilitera pas sa candidature)

– 50% : Dupont-Aignan

– 25% : Lang

– 0% : Cheminade

Le croisement des deux critères devrait laisser seulement Morin, Nihous, Arthaud, Poutou, Boutin et peut-être Dupont-Aignan aux côtés des 6 candidats « grands » et « moyens », soit un total déjà élevé de 11 ou 12, proche de la moyenne désormais observée à chaque élection.

Il est intéressant de noter en conclusion que toutes les « petites » candidatures pourraient cette fois-ci, faire le jeu de celle de François Hollande, en affaiblissant les Mélenchon, Sarkozy et Bayrou et quasi-jamais sa propre candidature. Cette situation est bien différente de celle de 2002.

Dernier sondage LH2: François Hollande toujours dominant, François Bayrou émergent, Dominique de Villepin marginalisé

 

LH2
Yahoo!
21-22 octobre 2011
échantillon: 813 électeurs inscrits parmi un échantillon total de 953

Hollande 39 (+8)
Sarkozy 24 (+3)
Le Pen 14 (-1)
Mélenchon 6,5 (-1,5)
Bayrou 8,5 (+0,5)
Joly 5 (-2)
Villepin 1,5 (-0,5)
Arthaud 0,5 (=)
Poutou 0 (=)
Dupont-Aignan 0,5 (+0,5)
Boutin 0 (-0,5)
Morin 0,5 (+0,5)
Lepage 0 (=)

Hollande 60 (=)
Sarkozy 40 (=)

1. Ce sondage LH2 est plus proche du sondage BVA que des sondages CSA et IFOP: se confirme ici l’intérêt de disposer d’un échantillon suffisant pour disposer d’au moins 900 électeurs inscrits et 1000 de préférence, plutôt que seulement 800 ou 850.

2. François Hollande est en effet de nouveau à 39%, ce qui est manifestement excessif. Sa domination est cependant confirmée:
– il est à 41% parmi les employés et ouvriers, contre seulement 18% à Nicolas Sarkozy et 24% à Marine Le Pen; il est ultra-dominant parmi les professions intermédiaires (cadres moyens probablement);
– il parvient à arracher la première place chez les 65 ans et plus: 39-38 contre Nicolas Sarkozy et le bat chez les retraités, 36% à 32%, Marine Le Pen étant quand même à 13%; celle-ci atteint d’ailleurs les 17% chez les 50-64 ans contre seulement 18% à Nicolas Sarkozy.

3. Les autres tendances se confirment, même si à des niveaux différents, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon étant très élevés dans le précédent sondage LH2:

Dominique de Villepin est désormais passé de la catégorie des candidats moyens à celle des petits candidats, probablement par manque d’exposition médiatique et par intégration du caractère moins probable de sa candidature; peut-être aussi que le groupe Canal+, grand promoteur traditionnel de la candidature Villepin depuis 2007 (à l’inverse de la vulgate servie pendant l’année cPE en 2006… mais alors, le nom de Villepin n’était pas encore tout à fait l’antithèse absolue de Nicolas Sarkozy…), a trouvé moins de temps pendant la primaire du PS pour l’ancien Premier ministre…

François Bayrou, à la faveur de cet effacement et du retrait de Jean-Louis Borloo, émerge comme le « quatrième homme ».

Jean-Luc Mélenchon semble réellement stoppé et Eva Joly glisse lentement vers le bas.

– Les autres candidats sont insignifiants, en particulier Hervé Morin et Corinne Lepage, incapables de reprendre à eux seuls le créneau Borloo.

4. Les reports de voix confirment les éléments déjà analysés chez les autres sondeurs:
– l’électorat Bayrou se répartit à 64-36 vers François Hollande,
– l’électorat Le Pen est lui aussi favorable à François Hollande, à 56-44, ce qui est probablement exagéré mais témoigne d’un pouvoir d’attraction de François Hollande temporairement impressionnant, que même DSK n’aurait probablement pas eu,
– l’électorat Mélenchon se reporte à 87-13 sur François Hollande, ce modeste 13% montrant peut-être qu’un certain souverainisme n’est pas désespéré de Nicolas Sarkozy: une piste à creuser pour le Président ? Peut-être, même si les ballets internationaux rendraient peu crédible un réveil gaullo-séguino-guainoiste de sa part…

Ce grand éventail offert à François Hollande devrait logiquement le conduire à jouer de l’émergence de François Bayrou contre les Verts historiques et contre une partie de la « gauche de la gauche ». Le même sondage montre d’ailleurs que le souhait d’alliance avec Bayrou est légèrement majoritaire chez les sympathisants de gauche et du PS et s’approche du niveau des souhaits équivalents pour Mélenchon. Une piste à creuser pour le candidat du PS ? Tactiquement, c’est probable.

Paradoxalement, François Bayrou, qui a peu de chances de rééditer son exploit de 2007 (justement parce qu’il a déjà eu lieu et que Ségolène Royal n’est plus candidate), pourrait être plus central aujourd’hui:
moins menaçant à l’égard du PS, celui-ci accepterait mieux d’en faire un appoint utile en période de crise, un peu à la manière des Libéraux-Démocrates pour David Cameron (ce sont eux qui ont le plus pâti du rigorisme du Chancelier de l’Echiquier Osborne, pas tellement les Conservateurs); en outre, François Bayrou n’était pas loin d’une grande alliance avec le PS en 2007, s’il n’y avait eu la maladresse d’entre-deux-tours de Ségolène Royal et la force de l’appareil;
Nicolas Sarkozy ayant lui-même détruit le centre-droit et le pseudo-gaullisme modéré (censément incarné par Dominique de Villepin), il ne lui reste que François Bayrou avec qui discuter.

Bien entendu, c’est le Président de la République qui aura le plus besoin de lui et c’est pourtant davantage vers le président du conseil général de Corrèze que François Bayrou serait susceptible de se tourner. Voici probablement un des « jeux » qui devraient occuper la fin de 2011 et le début de 2012, sauf si Marine Le Pen réalise un retour.