Sociologie électorale simplifiée de la présidentielle et composition du gouvernement Ayrault I: les difficultés et la faiblesse de Hollande seront apparentes plus rapidement qu’envisagé
1. Je commence en recommandant une fois de plus la lecture des blogs de Gael L’Hermine. Il vient de publier sa propre analyse politique, sociologique et cartographique du second tour, avec des constats qui ne surprendront pas les lecteurs du présent blog mais qui rentrent dans un détail cantonal et communal sans égal et absolument passionnant (http://welections.wordpress.com/2012/05/16/france-2012-runof/). L’anglais n’est pas insurmontable, je pense, et cela vaut vraiment la peine de faire un petit effort pour ceux qui n’auraient pas un niveau fluent
2. Les premiers temps de la présidence Hollande et la composition du premier gouvernement Ayrault sont pour moi l’occasion de souligner les faiblesses et les difficultés auxquelles cette présidence va se heurter et ce, beaucoup plus vite que prévu.
Je n’aborderai que les aspects purement politiques: je ne reviens pas sur la conjoncture, qui est mauvaise, ce qui était loin d’être le cas en 1988 et 1997, où la gauche a bénéficié à chaque fois d’une “chance” incroyable en matière de croissance (dilapidée, surtout en 1997-2000, par les excellents Jospin, DSK et Aubry…).
Nous avions déjà vu que la victoire de Hollande, qui entrait dans la catégorie “étriquée” selon la classification effectuée par l’intéressé lui-même, pouvait être porteuse de déception à gauche. Construite essentiellement sur l’anti-sarkozysme (très habilement sur le plan tactique à travers la “normalité”, comme je l’ai souligné à moult reprises, mais avec un net essoufflement avec le temps), elle ne fut pas large et, à juste raison, d’aucuns ont pu se demander si, à droite, un candidat plus consensuel, tout en étant capable d’attirer sur ses deux ailes (j’ai dit Fillon ?), n’aurait pas pu lui souffler la victoire. Même si je n’y crois pas car le dynamisme de campagne de Sarkozy a dû aussi jouer, grâce à un effet GOTV (get out the vote), ou de mobilisation si vous préférez, qu’un autre (j’ai dit Fillon ?) n’aurait peut-être pas été capable de mettre en oeuvre aussi efficacement. Mais, bémol au bémol, il est vrai que la campagne de Sarkozy a été un joyeux bazar, avec finalement peu de relais locaux, si ce n’est le travail “classique” effectué par l’UMP sur ordre de Copé.
Dès le lendemain de l’élection, Martine Aubry est venue contrecarrer tout enthousiasme hollandais. Elle a fermement confirmé que Bayrou serait confronté à une candidate socialiste. Aujourd’hui, elle annonce qu’une candidate aubryste est investie dans la 1e circonscription de la Somme, au détriment de Faouzi Lamdaoui, l’un des lieutenants les plus proches de Hollande, déjà éconduit à l’automne dernier d’une circonsciption des Français de l’étranger au profit de l’aubryste Pouria Amirshahi. La guerre de positions a donc repris comme avant et les courants sont plus que jamais là (au moins, l’UMP sait ce qui l’attend désormais…).
Et voilà qu’Aubry n’est pas du premier gouvernement Ayrault. Marion “Marine” Le Pen y voit un règlement de comptes de la part de Hollande et je crois qu’elle se trompe lourdement. Nous verrons bien si, dans les jours qui viennent, des “offs” paraissent dans la presse disant qu’on avait tout propsoé à Aubry, mais qu’elle a refusé et qu’elle est “infernale”: peut-être, là, pourra-t-on y voir une manoeuvre hollandaise.
Mais je pense plutôt qu’Aubry a refusé. Plutôt que d’avoir un titre ronflant, mais aucun ministère régalien ou économico-financier, plutôt, donc, que d’être ligotée à un poste secondaire dans le gouvernement de Sa Majesté, elle préfère clairement être son opposition intérieure, en quelque sorte, libre de ses mouvements.
Certes, elle a dit dans le passé qu’elle ne voulait pas “rempiler” à la tête du PS. Mais si elle change d’avis, qui pourra lui contester la place ? Seul Delanoë serait en mesure de le faire, mais serait-il vraiment un allié de Hollande ? Comme Hollande a par avance dit qu’il n’y aurait plus de “courroie de transmission” systématique entre Elysée et parti, voici venu le temps de la “cohabitation” entre majorité présidentielle, majorité parlementaire et parti majoritaire de mêmes bords… (je suis assez énervé que Copé ait dit peu ou prou cela aujourd’hui car j’avais pensé à l’expression avant)
On peut comprendre le ressentiment de Martine Aubry, qui voit lui échapper et l’Elysée et Matignon, alors qu’elle se pensait meilleure pour battre Sarkozy et qu’elle voit deux personnages apparemment falots, toujours dans la synthèse et le compromis et jamais ministres lui passer devant. La partie sera très rude pour Hollande,
- parce qu’Aubry garde son alliance avec Fabius et qu’elle bénéficiera du soutien de la gauche du PS,
- parce qu’elle contrôle relativement bien l’appareil du PS (Lamy, Borgel, Bartolone, Cambadélis, Hamon, Hammadi, Bachelay, Paul etc., tous aubrystes anciens ou ralliés et peu représentés au gouvernement; seul Harlem Désir peut se “rebeller” au sein de l’appareil, peut-être),
- parce que Mélenchon est affaibli et le sera encore davantage après sa défaite aux législatives et qu’elle pourra donc plus facilement prendre la place du héraut des classes populaires,
- parce qu’elle est en bons termes avec les appareils PCF et Verts.
En outre, Hollande n’est pas Mitterrand, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. Pour avoir la maîtrise manoeuvrière de l’ancien Président, il faut un peu plus de “bouteille” ou de maestria personnelle. Certes, Hollande a essayé de joeur au sphinx les derniers temps, mais Aubry vient de lui dire “zut” comme Rocard n’a jamais été en mesure de le faire entre 1980 et 1995.
Rocard “grillé” pour la candidature fin 1980 ? Mitterrand le musèle ensuite en le prenant à l’intérieur du gouvernement, comme ministre d’Etat mais seulement du plan, et en veillant à ne pas lui laisser de contre-pouvoir.
Rocard en premier-ministrable “raisonnable” en 1984 ? Mitterrand promeut un jeune converti à la modération et au profil encore plus technocratique et “expert” que Rocard (Fabius), tout en gardant Rocard au gouvernement (ministre de l’Agriculture), celui-ci ne pouvant trouver mieux que le prétexte de la proportionnelle (même s’il avait entièrement raison, car Mitterrand a mis le FN à l’Assemblée) pour se sortir de ce guêpier.
Rocard envisagé comme candidat de rechange en 1987 et une majorité législative non assurée en 1988 ? Mitterrand s’en sert comme Premier ministre et tente de le pressurer au maximum (malheureusement pour Mitterrand, Rocard reste populaire et il doit le “débarquer” sans raison en 1991), tout en veillant, encore, à ne pas le laisser prendre le parti.
Rocard en futur recours pour 1995 et, finalement, premier secrétaire par défaut du parti ? Mitterrand active Fabius en interne au PS, Mélenchon sur la liste Rocard des Européennes et Tapie en externe aux mêmes Européennes de 1994 pour le torpiller définitivement.
Hollande est bien loin de cette méthode face à sa rivale. J’ai eu l’occasion d’écrire qu’il ne fallait à aucun prix laisser Martine Aubry à l’extérieur du gouvernement. Certes, il a peut-être été trop gourmande, mais, quitte à sacrifier des fidèles, pourquoi ne pas lui donner quelque chose de satisfaisant pour elle ?
3. Ensuite et plus largement, Hollande rate le rassemblement de tous les socialistes, comme Mitterrand l’avait fait en 1981 en nommant Mauroy Premier ministre, Defferre, Chevènement, Delors, Rocard au gouvernement. Ayrault n’est que la copie de Hollande à Matignon ou, en tous les cas, un… “collaborateur” (mais oui, Hollande fait du Sarkozy, ici… ou, à la rigueur, pour Matignon seulement, comme Chirac en 1995: on a vu avec quel succès électoral), quelqu’un qui ne lui fera pas d’ombre mais qui n’apporte aucun complément politique réel (et la vaste plaisanterie de l’allemand ne tient pas: jamais aucun Premier ministre, hors cohabitation, n’a jamais négocié avec les chanceliers allemands… on rêve… et toute la presse, même de droite, de reprendre le cliché…).
Bien sûr, Hollande a réussi, dès octobre 2011, le ralliement de Montebourg, mais c’est davantage ce dernier, par rejet d’Aubry, qui l’a rejoint, que le contraire.
Mais peut-il réellement compter sur la gauche du parti ? C’est évidemment douteux, car Montebourg n’en est pas du tout le porte-parole.
A-t-il rallié tout le camp delanoïste ? Le positionnement réel de Delanoë reste une énigme à ce jour. Il n’est pas sûr que l’ambitieux Delanoë n’ait pas d’autres visées et son échec de 2008 doit encore lui peser, lui qui doit penser qu’il aurait pu être la “surprise” de 2012. Quant à Harlem Désir, sa patience a des limites. Et si Hollande ne veut pas laisser échapper le PS, il fera forcément des déçus chez les delanoïstes; il est vrai qu’il ne lui reste plus de grosse pointure hollandaise à imposer… sauf… Rebsamen ! Et même si c’est Aubry qui reste, ni Delanoë, ni Désir ne pourront être satisfaits.
A-t-il suffisamment gagné sur l’ancienne troupe strauss-kahnienne ? Valls n’est que l’aile droite, Moscovici apparaît bien isolé, Cambadélis, Le Guen, Dray ne se sont jamais véritablement convertis et ils ont un pouvoir de nuisance. Même une Sandrine Mazetier n’est pas retenue (plus “à gauche” qu’à “droite”, justement).
Contrôle-t-il suffisamment les quadras-quinquas Valls, Moscovici, Peillon, Montebourg ?
Aux aubrystes frustrés, cités plus haut (Paul, Borgel, Bartolone, Cambadélis, Hammadi, Bachelay), il faut ajouter Guigou, Rossignol, Hazan, pourtant femmes mais retoquées du gouvernement, ainsi que Destot, “grillé” par Fioraso.
Si Hollande n’a pas commis l’erreur de Sarkozy en 2007, qui avait vraiment sacrifié les sarkozystes (pour ne promouvoir que les moins bons d’entre eux ensuite: Morano, Lefebvre), il a au contraire très lourdement favorisé les hollandais, historiques comme ralliés. Les royalistes sont largement présents et ceux des strauss-kahniens qui sont là sont plutôt ceux “de droite” (“Mosco” et non “Camba”). Enfin, les delanoïstes intégrés ne sont que des seconds couteaux ou des soutiens de circonstance.
- Sur 34 membres, je compte 30 socialistes. Sur ces 30, 23 sont des hollandais, historiques ou ralliés.
- Parmi les hollandais ralliés, on compte 6 ex-royalistes, “superficiels” (Peillon, Filippetti; Valls était aussi dans cette catégorie, mais il y a prescription…) ou plus “profonds” (Vallaud-Belkacem, Batho, Bertinotti, Delaunay), 6 strauss-kahniens de droite (Valls , Moscovici, Touraine, Bricq, Cahuzac, Cazeneuve), 6 delanoïstes “estampillés” (Pau-Langevin, Benguigui) ou “de circonstance” (Fioraso, plutôt rocardienne car grenobloise, dans la tradition de Mendès et Dubedout; Carlotti, “multi-appartenante”; Lurel, épisodiquement royaliste; Cuvillier, surtout baron local). Ce qui laisse 5 hollandais historiques (Sapin, Le Drian, Le Foll, Arif -delano-compatible pendant longtemps, Pellerin -bien que d’histoire très récente…).
- On ne compte donc que 7 représentants de la gauche du PS, dont 2 aubrystes fidèles (Lebranchu et Lamy, probablement là pour espionner, davantage que pour compenser l’absence de la patronne…), 1 montebourgeois (Montebourg lui-même !), 2 fabiusiens (Fabius, Fourneyron), 2 gauchistes (Hamon, Vidalies).
- Certes, Taubira peut être comptée parmi les montebourgeois; mais Duflot est probablement prête à tout, Pinel est l’âme damnée de Baylet et donc acquise à Hollande. En outre, Montebourg lui-même ne sera-t-il pas plus hollandais que gauchiste ?
Au final, on peut dire qu’il s’agit d’un gouvernement de… primaire socialiste !!! Et on peut prévoir des temps difficiles dans la famille socialiste. En termes politiques.
Car, techniquement, le gouvernement est correct. Certes, il y a cette horreur des intitulés ridicules: de ce point de vue, je vous conseille la lecture du Journal Officiel dans les jours qui viennent, car la réalité d’un portefeuille ministériel, ce n’est pas le soir de la nomination, mais deux ou trois jours plus tard, quand les décrets affectant les directions des ministères à tel ou tel ministre (parfois en binôme, voire plus…) sont sortis; c’est là que l’on voit qui s’est imposé ou non. Ainsi, la “réussite éducative”, ce doit être tout simplement l’apprentissage, la formation professionnelle et, peut-être l’enseignement technique; le “redressement productif”, c’est juste l’industrie, les PME, le commerce et l’artisanat (c’est-à-dire pas grand-chose administrativement); l’”égalité des territoires”, c’est juste l’aménagement du territoire (peanuts) et la ville; le “dialogue social”, c’est juste pour faire chic, car le travail inclut déjà le dialogue social. En revanche, je suis abasourdi (et ravi) que le terme stupide de “solidarité(s)” ait été omis et qu’il ne reste que les bonnes vieilles “affaires sociales”: un oubli indigne d’un gouvernement socialiste !
Certains conflits de compétences sont à prévoir: Fioraso contre Montebourg-Pellerin sur recherche et innovation; Le Foll contre Bricq-Cuvillier sur la pêche et contre Bricq et Touraine sur l’alimentation; Montebourg contre Bricq sur l’énergie; Valls contre Batho sur les prisons; Lebranchu contre Duflot… Mais rien là que de très classique…
J’en profite pour me décerner quelques fleurs: Mosco à Bercy et Sapin au travail, je l’envisageais dès le mois de mars comme solution alternative et je l’avais adoptée récemment; tous les commentateurs ont semblé surpris… bingo!
Lebranchu était bien vue également de ma part, car peu évoquée à cette place
J’avais bien intégré les Carlotti, Pau-Langevin, Bricq, Pellerin, qui n’étaient pas évidentes, même si, avec Vallaud-Belkacem, il faut un peu faire les chaises musicales. Je n’aurais pas dû renoncer à Cahuzac.
Je suis déçu d’avoir négligé les Lamy, Arif, Vidalies, Bertinotti, mais il fallait bien trancher.
Je n’avais en revanche pas du tout envisagé Fioraso (probablement un très bon choix de fond, une excellente surprise), Delaunay (une catastrophe intégrale: j’avais refusé de l’imaginer) et Pinel (malgré le fait que ce n’est qu’une apparatchik PRG, protégée de Baylet et pas vraiment grande technicienne, sa nomination est une grande subtilité politique, que je m’en veux de ne pas avoir vu: enfin un choix digne de Mitterrand !
).
Mais, Pinel, avec Cuvillier, Benguigui et Canfin, qui les avait envisagés ?!? Cuvillier, cela aurait dû être devinable par d’excellents experts du PS, mais, évidemment, j’avais opté pour Poignant (une grosse déception
).
N’oublions pas qu’il n’y a pas de secrétaires d’Etat (à la différence des ministres délégués, ils n’assistent pas à tous les conseils des ministres). Encore une chance de rattraper quelques socialistes. Mais en même temps, s’il faut caser les communistes et le PG seulement sur des secrétariats d’Etat, cela va faire grincer quelques dents… Et il ne restera plus grand-chose pour les aubrystes et la gauche du PS…
4. Enfin, sur la forme, que ce soit à l’égard de Sarkozy ou à l’égard de Merkel, la première journée de Hollande a été un peu “dure”, un peu “cassante” et ne place pas sa présidence sous le signe du rassemblement ou de l’assurance tranquille face à l’adversité. On sent, soit comme une difficulté à sortir de la campagne (peut-être parce qu’il est trop “politique” et que c’était “son” moment), soit comme une volonté de contrebalancer l’image de mou et d’indécis et l’absence criante d’expérience ministérielle et internationale en en rajoutant dans le côté ferme. Mais cela donne l’impression soit d’une “gauchisation” surprenante, soit d’une peur sourde de la suite. L’anti-sarkozysme continuera de fonctionner jusqu’aux législatives, c’est vrai et c’est sûrement utile de profiter encore de l’effet d’entraînement de la présidentielle, mais le sillage va bientôt se dissoudre et cette écume ne pourra longtemps porter le skieur nautique Hollande…
Son discours sur Jules Ferry (personne ne l’a forcé à le faire), avec tous ces bémols stupides sur la “faute morale” et les “égarements politiques” du grand républicain (c’est de l’Histoire dont on parle, coco, pas un jugement sur un personnage que toi-même tu nous donnes comme symbole…), tout cela pour faire plaisir aux polémistes gauchisants et à la bien-pensance médiatique, montrent une surprenante anticipation de toute attaque qui pourrait surgir. Ce n’est franchement pas une preuve de grande force intérieure, ni de grande force politique.
Il rate donc l’aspect “rassemblement”, aussi au gouvernement: 30 socialistes, 2 radicaux de gauche et 2 Verts. Pour ces deux derniers, c’est la portion congrue: Duflot est à peine plus puissante que Boutin en 2007…
Même si c’est plutôt une onne idée sur le fond, personne de la société civile.
Pas de communistes ou d’ex-communistes (Hue, Braouezec,…).
Pas de centristes, même de “faux” centristes (Robert Rochefort avait l’air déçu ce soir, pas forcément pour lui-même mais pour tout le MoDem).
C’est très monocolore et cela va finir par se voir, même si le combat législatif peut justifier un pack resserré. Ou pas, car on pourrait argumenter qu’il aurait mieux valu mobiliser tout le monde et balayer large.
5. Il y a justement le risque des législatives, ou plus exactement de la future Assemblée.
Bien entendu, des éléments viennent au renfort indirect de Hollande:
- la déception mélenchonienne a un avantage de court terme: le PG se raidit et pollue les discussions PCF-PS, ce qui devrait réduire le nombre de candidatures uniques de premier tour,
- Bayrou, désormais supplétif de Hollande et manifestement inquiet pour sa propre réélection, appelle à rejeter la cohabitation et trouve que Hollande est en mesure de pratiquer l’élargissement nécessaire,
- il fait peu de doute que la droite se sortira mal des législatives, parce que l’actualité européenne n’aura pas le temps de la “porter” (élection en Grèce le 17 juin seulement, sommet européen quelque peu différé), parce que les Français ne veulent pas d’une cohabitation et parce que, comme je l’ai écrit, son aile modérée risque de perdre davantage que son aile dure, permettant par la suite à Hollande à la fois de remobiliser sur sa gauche et de récupérer sur la forme le discours centriste,
- l’unité de l’UMP est un combat de tous les instants jusqu’au 17 juin à 20h01 et la bataille de l’automne entre Fillon et Copé s’annonce sanglante,
- le choix d’Ayrault a un avantage: celui d’avoir à disposition un (autre) expert de la synthèse et du compromis et un vrai connaisseur du Parlement et des parlementaires, en même temps qu’un orateur et rhétoricien expérimenté (le contact de Jean Poperen a servi à quelque chose…).
En revanche, tout n’est pas favorable au nouveau Président.
J’ai déjà pu me “lâcher” sur la stupidité de l’accord avec EE-LV. Il est clair qu’il risque bien de coûter la majorité absolue au PS.
Il n’y a pas non plus d’enthousiasme particulier pour Hollande à gauche et, s’il a gagné “au centre”, c’est peut-être seulement par défaut. Car, avec une campagne “au peuple”, Sarkozy n’était pas très loin de l’exploit. Ma classification un peu artificielle et mon pronostic d’une victoire “au centre”, comme en 1988, doivent être relativisés, car la question de la France du “non” reste entière.
Le FN devrait de nouveau faire un bon score, malgré un tassement probable, ce qui sera négatif pour l’UMP mais ne peut réjouir le PS, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie, les Ardennes, le Languedoc-Roussillon, les Bouches-du-Rhône, voire la vallée de la Garonne, la Haute-Normandie ou la Lorraine.
Enfin, les députés PS seront peut-être dominés par les aubrystes, fabiusiens, hamoniens, strauss-kahniens de gauche, etc. N’oublions pas que Aubry, Lamy et Borgel ont veillé aux investitures… Cela se verra avec la présidence du groupe, que Bruno Le Roux va peut-être avoir du mal à reprendre.
6. Les difficultés électorales vont peut-être commencer assez rapidement, pas tellement par poussée de la droite, mais par progressive déception de l’électorat anti-sarkozyste. C’est un peu ce que suggère la sociologie électorale du second tour de la présidentielle, à travers les sondages “jour du vote” ou “sorties des urnes” (ou même “dernier week-end” dans le cas d’IPSOS…).
Ces sondages ne fournissent aucune surprise majeure, tant en matière de clivages gauche-droite que d’évolutions “à contrepied” déjà remarquées en réalité depuis 2005, voire depuis 1995. La géographie nous donnait déjà une image similaire à 2007, tout en étant plus classique, avec l’effacement de Bayrou (dont les électeurs sont, pour une partie, revenus à gauche au 1er tour et, pour une autre partie, retombés à droite au 2nd, le reste retrouvant l’abstention habituelle tout au long du processus).
Hollande peut trouver une satisfaction, tant dans son score “décevant” que dans la géographie que nous avons vue: la droite n’a pas réglé le problème du FN et la stratégie Buisson-Hortefeux n’a pas été invalidée. D’une certaine manière, le score de Sarkozy peut être embarrassant et “trop” élevé… même si Raffarin tente de faire du judo et de dire que, justement, c’est Sarkozy qui a fait perdre les 2 points qui manquaient…
Hollande peut aussi se réjouir de sa force en Ile-de-France, dans les zones urbaines dynamiques, bref dans les zones et parmi les électorats qui “font” les médias et la pensée dominante, ainsi que dans beaucoup de zones démographiquement dynamiques (Nord-Ouest, Sud-Ouest).
Mais ses motifs de satisfaction sont fragiles et le “peuple” n’est manifestement pas emballé. Qu’on en juge.
- Selon le sexe, peu de différence, même si les femmes sont légèrement moins à gauche… Selon l’âge, le tableau est plus flou: les plus de 65 ans sont fortement sarkozystes, sans surprise (41/59 pour TNS-Sofres, 45/55 pour IFOP – IPSOS ne donne que les plus de 60 ans: 41/59); les “baby-boomers” sont logiquement soixante-huitards et hollandais (62/38 chez les 50-64 pour TNS-Sofres et 56/44 pour IFOP; 55/45 chez les 45-55 ans pour IPSOS), ce qui est une vraie force à terme, dans la mesure où les “vieux” se mobilisent davantage, mais qui peut s’amenuiser avec la “dérive” conservatrice observée avec l’âge. C’est moins favorable pour Hollande chez les électeurs d’âge moyen, ce qui constitue une vraie faiblesse pour l’avenir: 49/51 chez les 35-49 ans pour TNS-Sofres et 50/50 pour IFOP ou 53/47 chez les 35-44 pour IPSOS. Les jeunes, souvent étudiants ou chômeurs, n’ont pas suivi Sarkozy: 56/44 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP et même 62/38 chez IPSOS. En revanche, c’est incertain pour les plus jeunes: 47/53 chez les 18-24 pour TNS-Sofres, 54/46 pour IFOP et 57/43 pour IPSOS.
- Selon le revenu et selon la pratique religieuse, rien de plus banal: plus on est riche, plus on vote à droite; plus on pratique sa religion (sauf pour les musulmans et avec une absence de données pour les protestants), plus on est à droite. Les sans religion votent à gauche, même si pas autant que par le passé (la sécularisation est passée par là, détruisant la France catholique mais rendant aussi plus “moyens” les sans religion).
- Selon la CSP, les résultats sont peu surprenants mais méritent d’être pris avec précaution (car les instituts ne ventilent pas suffisamment précisément et n’ont pas les mêmes références) et mériteraient d’être fouillés davantage.
Les commerçants-artisans-chefs d’entreprise sont l’électorat fort de Sarkozy: 20/80 chez TNS-Sofres, 33/67 chez IFOP (mais apparemment sans les chefs d’entreprise), 30/70 chez IPSOS.
Les professions libérales et cadres supérieurs sont à 56/44 chez IFOP, 52/48 chez IPSOS (mais ce sont les cadres “tout court”) et les cadres et professions intellectuelles sont à 51/49 chez TNS-Sofres. Ici, il faudrait évidemment pouvoir distinguer les professions libérales des autres, les cadres supérieurs et cadres moyens et, surtout, les salariés du public des salariés du privé. Les profs, chercheurs, journalistes restent de gauche; les cadres supérieurs sont devenus plus à gauche que les cadres moyens; les professions libérales restent à droite, malgré des infidélités chez les médecins (et la particularité des praticiens hospitaliers).
Les professions intermédiaires ont basculé à gauche nettement et c’est là la faiblesse majeure de la droite: Wauquiez l’a bien diagnostiqué, l’UMP a perdu ce coeur des classes moyennes: 58/42 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP, 61/39 chez IPSOS. C’est la bonne nouvelle pour Hollande mais elle est fragile car il sera difficile de les satisfaire.
Les employés sont à 54/46 chez TNS-Sofres, 52/48 chez IFOP et 57/43 chez IPSOS: ce n’est pas aussi massif que cela pourrait l’être pour la gauche, qui a donc du pain sur la planche, car le FN peut ici progresser, comme l’abstention, voire, un peu, la droite, en ricochet.
Le constat est similaire chez les ouvriers: 56/44 chez TNS-Sofres, 57/43 chez IFOP, 58/42 chez IPSOS: c’est évidemment net pour Hollande, mais cela ne devrait-il pas être “soviétique” comme score ? Là encore, attention au FN et à l’abstention en 2017…
Les retraités sont à 48/52 chez IFOP et 43/57 chez IPSOS, mais seulement à 51/49 chez TNS-Sofres qui les regroupe avec les autres inactifs (chômeurs, étudiants), ce qui fausse le résultat. Sinon, c’est une catégorie forte pour l’UMP, mais pas aussi écrasante que prévu, ce qui explique aussi l’échec de Sarkozy.
- Sur le secteur d’activité, la césure est nette mais sans surprise: 69/31 chez les salariés du public selon TNS-Sofres, 63/37 pour IFOP, 65/35 pour IPSOS. Avec la rigueur, les désillusions seront peut-être fortes pour la gauche…
Chez les salariés du privé, c’est plus équilibré: 46/54 pour TNS-Sofres, 52/48 pour IFOP, 53/47 pour IPSOS.
La droite se rattrape évidemment chez ceux qui travaillent à leur compte, les indépendants et employeurs: 31/69 selon TNS-Sofres, 40/60 selon IFOP et 39/61 selon IPSOS.
- Selon le diplôme, le constat est plus éclaté mais, grosso modo, la gauche est forte aux deux extrémités, chez les sans diplôme et chez les très diplômés (elle progresse au fur et à mesure du nombre d’années après le bac). Chez les détenteurs de BEP, CAP et du seul Bac, c’est équilibré ou Sarkozy l’emporte.
- Chez les abstentionnistes et ceux qui ont voté blanc ou nul au 1er tour, Sarkozy mène 67/33 selon TNS-Sofres. Chez les “sans parti”, il mène 55/45 pour IFOP et IPSOS. Clairement, sa stature l’a servi, au dernier moment. Bien sûr, Hollande aura pu en acquérir une en 2017. Mais face à un Fillon, l’avantage sera annulé.
Parmi les électeurs se déclarant proches du MoDem, Sarkozy, malgré sa “dérive droitière”, est à 57/43 pour TNS-Sofres, 52/48 pour IFOP et 61/39 pour IPSOS. Certes, on ne sait plsu trop ce qu’est cet électorat ni s’il existera en 2017, mais il est clair que le choix personnel de Bayrou n’est pas suivi majoritairement et que le centre-droit reviendra dans sa famille d’origine pour peu que Copé de poursuive pas la ligne Hortefeux-Buisson ou qu’un autre le supplante.
Parmi les électeurs se disant proches du FN, Sarkozy est à 82/18 selon TNS-Sofres et IPSOS et 80/20 selon IFOP . Il y a probablement eu de ladésaffection pour sArkozy sur l’électorat Le Pen “élargi”, mais sur ceux qui acceptent de se dire “proches du FN” (un noyau plus réduit mais plus fidèle et plus “votant”), Sarkozy était dominant. Un Fillon pourrait-il y garder un tel avantage ?
Ma conclusion personnelle: allez Martine ! Allez Angela !
Géographie électorale simplifiée du 2e tour: les faiblesses structurelles de la droite, sous pression du FN, et l’avenir de la gauche, sans nécessité populaire
1. Comme pour le 1er tour, je ne reviendrai pas sur les cartes par niveaux et seuils de résultats, plus ou moins bien choisis, disponibles partout. J’avais d’ailleurs fourni une première carte la nuit de l’élection.
En revanche, j’ai confectionné rapidement quelques cartes répartissant en 6 blocs égaux tous les départements métropolitains (donc 6 groupes de 16 à chaque fois), afin de faire apparaître les zones de force (et de faiblesse) de chaque candidat. Cela permet de repérer plus facilement les évolutions géographiques et sociologiques des électorats des candidats (ou l’absence d’évolution). Je me contente de la maille départementale, mais je ne doute pas que les sites “World Elections”, “Elections France” (deux blogs de l’excellent Gael L’Hermine, cités dans le blogroll ci-contre) et “Dave Leip’s Atlas Forum”, produiront de belles cartes par circonscription législative, par canton, voire par commune.
Attention, n’interprétons pas les couleurs foncées ci-dessous comme indiquant forcément un niveau de votes élevé dans l’absolu, mais simplement comme une force relative, en comparaison du score national du candidat concerné. Mes catégories ont des limites évidentes, puisqu’il peut y avoir un écart significatif entre deux départements appartenant à la même catégorie ou faible entre deux départements appartenant à deux catégories différentes. Je le signalerai en tant que de besoin. Les conclusions restent robustes.
J’ai également confectionné des cartes répartissant en 6 blocs égaux les départements selon la progression ou la régression brute de chaque candidat de 2007 à 2012. La comparaison peut avoir plus de sens avec 1995 ou, bien entendu, avant, c’est-à-dire avec des élections gauche-droite “normales”. Mais je suis ici dans une optique de court terme et surtout davantage tournée vers l’avenir que dans l’analyse des séries longues. Plus le département est de couleur foncée, plus le candidat progresse ou moins il régresse.
2. En ce qui concerne Sarkozy, la carte du second tour, en comparaison d’un premier tour plus “classiquement de droite” (je renvoie à mon article correspondant sur le premier tour), retrouve une coloration lepéniste forte.
L’évolution d’un tour à l’autre est très proche de la carte de Le Pen, même si les zones populaires “de gauche” sont évidemment moins concernées (Pas-de-Calais, Aisne, Ardennes), tandis que Sarkozy progresse dans l’électorat de centre-droit traditionnel (Mayenne, Vendée).
En comparaison de 2007, le bilan est plus “équilibré”.
La situation de 2012 n’est, en termes relatifs, pas foncièrement différente de celle de 2007, si ce n’est une légèrement meilleure résistance dans l’ouest du grand Bassin Parisien, alors que Cantal et Haute-Loire (et l’inexplicable Manche) connaissent une vraie décrue.
La variation 2007-2012, qu’il faut replacer dans un contexte de recul généralisé, nous montre toutefois que Sarkozy résiste dans les vieux bastions de droite, soit qu’ils lui restent fidèles à des niveaux corrects (Alsace-Moselle, Ain-Haute-Savoie, extrême Sud-Est), soit qu’il maîtrise la descente (Lorraine, Corse, voire est du Rhône), soit enfin qu’il ait de toute façon atteint un étiage (Nord-Ouest).
Mais toutes ces données montrent la dépendance de la droite à l’égard du FN. Celui-ci ne constitue nullement un réservoir de voix au-delà de l’électorat traditionnel de droite (ainsi que le montrent les résultats contrastés de la Picardie: l’électorat populaire-populaire ne va de toute façon pas vers Sarkozy; seul l’électorat populaire-boutiquier et rural y va, mais seulement éventuellement, pas de manière automatique). Il peut en revanche durement sanctionner la droite.
Enfin, une autre faiblesse vient de l’évolution catastrophique de l’Ile-de-France, qu’il s’agisse de Paris même, mais aussi de la banlieue ouest, tandis que les banlieues nord, sud et est se vident de la droite (la Seine-et-Marne connaît une évolution rapide: après avoir été longtemps une “anomalie” rurale et conservatrice en Ile-de-France, elle s’était urbanisée et lepénisée dans les années 80 et 90, tandis que, désormais, elle se “pavillonarise” et se teinte de rosepâle). Cette évolution est une vraie difficulté pour la droite, alors qu’il s’agit là de la région la plus peuplée et dont les bordures extérieures continuent de croître fortement. La perte complète de la Seine-Saint-Denis n’a jamais été un problème. L’éloignement, semble-t-il profond, de Paris, des Hauts-de-Seine, de l’Essonne, du Val-d’Oise et, en partie, de la Seine-et-Marne et des Yveline est beaucoup plus inquiétant.
Mais comment concilier l’électorat modéré de Bretagne, bobo de Paris ou Issy-les-Moulineaux, anti-immigrés de l’Oise, rural en difficulté de la Meuse, boutiquier du Vaucluse, parvenu du Var ou vieux bourgeois du Rhône ? C’est un peu la quadrature du cercle pour la droite.
3. Les cartes de Hollande présentent de bonnes nouvelles pour le PS, au-delà même de la progression générale de son score, visible dans la grande proximité des cartes socialistes de 2007 et 2012.
Au-delà de cette similitude, l’évolution quinquennale montre évidemment le “localisme” à l’oeuvre en Limousin, Périgord, Auvergne, jusqu’au Larzac. Mais, comme cela avait pu être noté au 1er tour, la gauche revient dans le sud du triangle Le Havre-Dunkerque-Charleville-Mézières, qu’elle avait un peu déserté. Certes, cette région est en déclin, mais elle compte encore beaucoup de réservoir de voix. Surtout, la progresion est intéressante dans des régions plus dynamiques, de Paris jusqu’à la 4e couronne parisienne.
Plus localement, la progression dans la Manche, déjà avérée, mais accélérée, reste un mystère: le nucléaire, Cazeneuve, la lointaine influence de Caen et de Rennes, la droite ridiculement divisée ?
D’un tour à l’autre de 2012, aucune surprise: c’est, massivement, l’électorat mélenchono-communiste qui a accru la performance de Hollande (celui-ci ayant déjà capté tout ce qu’il pouvait en Corrèze dès le 1er tour…). Jusqu’aux particularités du Jura, du sud des Alpes, de la Meurthe-et-Moselle, c’est un fidèle décalque de la carte Mélenchon.
A une grosse exception près: les Pyrénées-Atlantiques où, manifestement, l’électorat bayrouïste a suivi son chef (probablement à contre-courant du reste du pays). Mais, depuis 2007, le phénomèn est clair: il ne s’agit pas seulement d’anciens électeurs de gauche déçus par Royal et égarés sur Bayrou; localement, ce dernier a bel et bien “recyclé” des électeurs de droite au profit de la gauche, de manière apparemment durable… Ce département traditionnellement conservateur se retrouve désormais plus “rose” que les places fortes historiques du socialisme mitterrandien qu’étaient les Landes et le Gers !
En restant dans le Sud-Ouest, le tassement socialiste autour de la vallée de la Garonne se confirme, coupant en deux la traditionnelle zone d’influence de la gauche, qui est maintenant plus concentrée sur le Massif Central et les Pyrénées. Tant que Toulouse reste acquise, cela ne pose pas de difficulté particulière pour la gauche, qui attire simplement moins les rurbains, les péri-urbains en difficulté, ceux qui sont en 2e ou 3e couronnes des grandes agglomérations de manière contrainte.
3. L’étude des abstentions montre une grande stabilité entre 2007 et 2012 et l’influence forte de tous les électeurs modestes du FN, qu’ils soient populaires ou ruraux: ce sont bien le Nord et le Nord-Est qui s’abstiennent massivement, en dehors des foyers traditionnels d’abstention: Corse, Charentes, Cher, banlieues nord-est de Paris.
Au premier tour, l’abstention était évidemment plus “classique” (Nord, Ardennes, Moselle), avec de vrais abstentionnistes récurrents et forte dans l’Ile-de-France “surbookée”, dépolitisée, active, je-m’en-foutiste ou en week-end, comme on voudra… Au 2e tour, le phénomène se modifie et est évidemment fortement influencé, come on l’a vu, par la carte lepéniste, dans le Nord-Est et le Nord intérieurs.
4. La carte des blancs et nuls, qui ont certes progressé partout et ne présentent pas un écart national très ample, révèle cependant une caractéristique intéressante: le vote blanc est un vote rural bien plus qu’urbain. Dans les villes, si on refuse, si on s’oppose, on s’abstient (Ile-de-France, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Rhône, Nord, Bas-Rhin); dans les campagnes, on va déposer une enveloppe dans l’urne, même sans exprimer de suffrage, ce qui explique la faiblesse relative des blancs et nuls dans la plupart des départements urbains (Ile-de-France, Nord, Bas-Rhin, Rhône, Isère, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Gironde,…).
La carte ressemble ainsi à un “mix” du FN (Est intérieur, Pîcardie) et du PCF traditionnels (Berry, Bourbonnais, Nord ouvrier, Midi). La Corse reste, elle, une énigme de ce point de vue…
Tandis que la Bretagne se distingue par son intégration politique absolue au système: non seulement on vote, mais en plus on exprime un suffrage, comme si on trouvait l’offre politique tout à fait satisfaisante. Le Poitou et la Vendée peuvent être rangés dans la même catégorie, le cas de la Corrèze étant… particulier.
5. Ainsi, les faiblesses structurelles de la droite, affaiblie dans des régions dynamiques et dépendante des suffrages qui tendent à s’égarer sur le FN alors que le centre-droit voit sa géographie s’étioler, se confirment d’un tour à l’autre. La situation de l’Ile-de-France apparaît inquiétante.
Quel(s) leader(s) pourrai(en)t-il(s) lui permettre de se redresser ? Faut-il qu’elle régionalise son action ? Nous essaierons d’en discuter prochainement.
Derniers sondages IFOP, Harris, BVA et CSA pour les législatives et étude du sort des ténors de droite et du centre: l’effritement du FN et l’effacement du centre seront insuffisants pour que l’UMP puisse menacer un PS non assuré d’avoir seul une majorité
IFOP-Fiducial
Europe 1, Paris-Match, Public Sénat
6 mai 2012
échantillon: 1968
LO 0,5
NPA 1
FG 8
PS+PRG 31
EE-LV 5
(soit PS+PRG+EE-LV 36)
MoDem 4,5
NC+PR 1,5
UMP 30
DLR 0,5
(soit UMP+NC+PR+DLR 32)
FN 18
Harris Interactive-Viadeo
M6
6 mai 2012
échantillon: 2597 inscrits sur un total de 2913
LO+NPA 1
FG 7
PS 26
DVG 2
(soit PS+DVG: 28)
EE-LV 5
(soit PS+DVG+EE-LV 33)
MoDem 5
UMP 32
DVD 2
(soit UMP+DVD 34)
FN 17
autres 3
BVA
Le Parisien-Aujourd’hui en France / RTL, Orange, presse régionale
6 mai 2012 / 9-10 mai 2012
échantillons: 857 inscrits sur un total de 874 / 1147 inscrits sur un total de 1159
LO+NPA 0,5 / LO 0 et NPA 0,5
FG 10,5 / 10,5
PS+PRG+EE-LV 35 / PS+PRG 30 et EE-LV 4,5
(soit PS+PRG+EE-LV 35 / 34,5)
AEI – / 0
MoDem 4 / 5
UMP 33 / UMP 32,5 et DLR 1
(soit UMP+DLR 33 / 33,5)
FN 17 / 16
CSA
BFM-TV, RMC, 20 Minutes, CSC
6 mai 2012 / 9-10 mai 2012
échantillons: 1016 / 899 inscrits sur un total de 1005
LO 1 / 1
NPA 0 / 0,5
FG 10 / 10
PS 31 / 32
EE-LV 4 / 4
(soit PS+ EE-LV 35 / 36)
MoDem 6 / 4
UMP 30 / 33
DLR 1 / 0,5
(soit UMP+DLR 31 / 33,5)
FN 15 / 12
autres 2 / 3
1. Comme souvent, mes titres à rallonge essaient de tout dire
Mais il y a justement beaucoup à dire sur ces prochaines législatives.
Il y a d’abord des poncifs à combattre:
- l’abstention sera nettement plus forte qu’à la présidentielle (20%): en métropole en 2007, après une très forte participation à la présidentielle, l’abstention avait grimpé à plus de 39% et ce, dès le premier tour (donc sans effet “TVA sociale” et “bourde Borloo”); certes, le déclin de Le Pen père y contribua (et la mobilisation “bleu Marion Anne Perrine” sera plus forte cette année); mais il y a de toute façon une plus forte abstention législative;
- en conséquence, le poids du FN et sa capacité à se maintenir sera réduite; d’ailleurs, dans le passé, sa capacité de nuisance ne fut maximale qu’en 1997, à distance d’une présidentielle; en 1993, avec 12,4%, il pouvait se maintenir dans 101 circonscriptions, désavantageant davantage la gauche, déjà distancée par la droite dans une atmosphère d’affaires et de fin de règne; en 2002, malgré la surprise présidentielle, avec 11,1%, il pouvait se maintenir dans seulement 37 circonscriptions; en 2007, avec 4,3%, dans seulement 1 circonscription (devinez
); en 1997, en revanche, avec 15%, il pouvait se maintenir dans 133 circonscriptions, dont 79 triangulaires (76 effectives, finalement), 23 duels avec la gauche et 31 duels avec la droite, faisant élire un seul député dans le Var;
- aujourd’hui, au 1er tour de la présidentielle, Le Pen fille a certes dépassé les 12,5% des inscrits dans beaucoup de circonscriptions, mais c’était la présidentielle, c’est-à-dire qu’elle était présente partout; aux législtives, le FN, notamment dans tout l’Ouest, a du mal à trouver des candidats et des candidats un tant soit peu connus; en outre, le vote FN est aussi très personnalisé et “familial”: il est lepéniste au sens personnel du terme; il déclinera donc mécaniquement; bref, il est plus raisonnable de tabler sur les circonscriptions où Le Pen est arrivée en tête (23) et celles où elle est arrivée deuxième (93), plus quelques autres, ce qui aboutira probablement à une situation similaire à celle de 1997, donc avec des dégâts potentiellement équivalents pour l’UMP, notamment dans la Somme, l’Oise, l’Aisne, le Nord, les Ardennes, le Gard, l’Hérault, les Bouches-du-Rhône, la Loire, l’Isère, la Meurthe-et-Moselle, le Territoire-de-Belfort, la Moselle, la Meuse, l’Yonne;
- la majorité de gauche n’est pas menacée, car le coup de poignard dans le dos du FN sera suffisant pour handicaper mortellement l’UMP et que les Français ne semblent pas souhaiter une cohabitation; le vote de 2002, alors que Chirac fut élu par défaut et que la gauche faisait jeu égal, voire mieux que la droite à l’issue du gouvernement Jospin, montre que les Français avaient souhaité donner une majorité claire à Chirac et Raffarin, malgré tout.
En revanche, subsistent des incertitudes:
- le PS n’aura peut-être pas la majorité à lui tout seul: son stupide accord avec les Verts donnent à ces derniers beaucoup (trop) de circonscriptions; certes, leur “danse du ventre” indécente pour avoir des portefeuilles ministériels (au point qu’eux-mêmes -pas les médias- ont reconnu être allés trop loin… que n’aurait-on dit s’il s’était agi de gens de droite ou même du PS…) peut leur coûter quelques voix, mais c’est loin d’être sûr car le niveau d’attention des Français à l’actualité politique a mécaniquement régressé de quelques crans depuis dimanche; surtout, ce sont les multiples candidatures dissidentes du PS ou de divers gauche contre les Verts (j’espère pouvoir faire le point après le 18 mai) qui pourraient permettre au PS et au PRG de retrouver quelque espoir d’avoir une majorité à eux seuls: toutes les circonscriptions bretonnes, lyonnaises et toulousaines réservées aux Verts voient ainsi un notable local, bien implanté et très souvent PS, se présenter et avoir de très bonnes chances de faire chuter le candidat Vert; mais si le PS n’y parvient pas, il pourra se mordre les doigts…
- l’éventuel accord PS-FG pour quelques candidatures uniques pourrait encore affaiblir la position du PS; heureusement pour ce dernier, le FG veut se compter et, surtout, a la même logique que le MoDem, le PR, le PCD ou le NC: pour avoir de l’argent public pendant 5 ans, il faut faire des résultats mais aussi, tout simplement, présenter au moins 50 candidats et, ensuite, récolter le plus de voix possible; il y a donc une désincitation mécanique aux candidatures uniques de premier tour; en outre, même si Mélenchon semble pouvoir se présenter partout à lui tout seul (9 circonscriptions différentes, au moins, ont déjà été envisagées…), pas très respectueux des camarades locaux, ni des Français, priés de voter pour lui où qu’il soit, le PCF a une bonne implantation locale, encore, et ne souhaitera pas forcément se retirer de zones, notamment dans le Nord et le Nord-Est, historiquement communistes;
- l’ampleur de l’abstention rend évidemment le tableau incertain, entre une démobilisation à droite et un découragement précoce à gauche (à cause de la crise européenne relancée, des premières déceptions du Hollande prudent et déjà confronté à des problèmes internes);
- un réflexe de “contre-pouvoir” est possible (après tout, la gauche pourrait avoir tout le pouvoir exécutif, tout le pouvoir législatif et une grande partie des collectivités territoriales), même si je ne suis pas persuadé que ce phénomène soit vérifié; ce qui est en revanche réel, c’est que, d’un tour à l’autre, des corrections ont souvent eu lieu, au travers d’une remobilisation ou d’une démobilisation d’un camp; ainsi, un score décevant pour la gauche au 1er tour pourrait entrapiner un sursaut, de peur d’une cohabitation; à l’inverse, un trop mauvais score pour la droite pourrait conduire des électeurs de droite ou modérés à se “réveiller” pour éviter un trop forte vague rose et des pleins pouvoirs à Hollande;
-les désistements FN-UMP pourraient troubler la donne, essentiellement sur le plan médiatique; souhaités par une majorité d’électeurs UMP (70-30 selon IPSOS, 54-46 selon l’IFOP mais qui aprlait d’”accords électoraux”, ce qui pouvait paraître plus large que les simples désistements) et par une majorité d’électeurs FN (68-32 selon IPSOS, 77-23 selon l’IFOP), ils restent rejetés par une majorité de Français et seraient médiatiquement calamiteux; ils sont toutefois peu probables, à quelques exceptions locales près, qui restent possibles (même si, même pour des candidats peu connus, c’est peu probable, les élections locales étant lointaines et certains UMP du Sud-Est ou du Nord-Est n’ayant donc pas à craindre de représailles à court terme); les leaders de l’UMP ont adopté une ligne claire pour le maintien où c’est possible et les triangulaires; restent les duels FN-PS, notamment dans le Nord de la France, pour lesquels deux lignes pourraient s’affronter, mais ils seront peu nombreux.
2. Les premiers sondages, certes influencés encore par la présidentielle, montrent des éléments clairs, qui confirment mes observations ci-dessus:
-le bloc FG-PS-DVG-Verts est largement au-dessus de l’ensemble UMP-PR-NC-DVD: ce sont bien les forces à comparer, puisqu’il y a candidatures uniques dès le 1er tour ou désistements automatiques au 2nd, hors quelques exceptions locales plus tendues; même avec un environnement international tendu ou quelques couacs, l’échéance du 10 juin est trop proche pour que les rapports s’inversent ou même s’équilibrent: l’UMP ne peut espérer que “limiter la casse”, pas créer une incertitude sur le résultat final;
- au sein de ces blocs, le FG est à son niveau de la présidentielle, voire un peu en-deçà et devrait donc revenir à l’étiage communiste traditionnel; les Verts retrouvent un tout petit peu d’espace, mais leur sort parlementaire dépend davantage des situations locales et de la force des dissidents socialistes; à droite, l’espace centriste est marginal;
- quant au MoDem, il est déjà effacé dès les sondages; il pourrait donc bien disparaître lors des élections elles-mêmes, le parti ne semblant déjà pas en mesure de présenter plus de 400 candidats et la décision personnelle de Bayrou ayant entraîné une hémorragie supplémentaire;
- le FN apparaît haut, mais en léger retrait par rapport à la présidentielle, voire plus nettement selon le récent CSA (mais nous connaissons désormais l’erratisme de cet institut… ce 12% ne peut donc que laisser sceptique);
- CSA et Harris ont raison de sonder les “autres”, car, entre les régionalistes, CPNT, les dissidents de tous poils, les défenseurs des animaux, les sectes déguisées, il y a la place pour quelques % perdus.
Pour mémoire, voici les résultats en métropole en 2007:
EXG 3,41
PCF 4,29
(soit PCF+EXG 7,70)
PS 24,73
PRG 1,32
DVG 1,97
(soit PS+PRG+DVG 28,02)
Verts 3,25
DIV ECO 0,80
(soit PS+PRG+DVG+Verts 32,07)
REG 0,51
CPNT 0,82
DIV 1,03
(soit “autres” 2,36)
UDF-MoDem 7,61
DVD 4,84
UMP 39,54
MPF 1,2
(soit UMP+DVD+MPF 45,58)
FN 4,29
EXD 0,39
(soit FN+EXD 4,61)
Sans même évoquer le score du FN, la situation entre les deux blocs est donc inversée.
3. Outre ces problèmes structurels pour la droite (niveau global limité, FN menaçant), un aspect potentiellement fort négatif pour elle et en partie décisif pour la recomposition à venir tient dans le sort de ses ténors, de la Droite Populaire jusqu’aux centres.
En effet, beaucoup de ses leaders naturels peuvent être battus ou simplement affaiblis. Nous allons voir que ce sont davantage ceux de l’aile modérée ou du centre qui sont menacés, ce qui pourrait avantager Copé face à Fillon et Juppé et ce qui pourrait retarder le regroupement des centres (ou l’accélérer mais à un niveau très faible de simple force d’appoint de l’UMP, par simple regroupement forcé des “restes” NC, radicaux et centristes divers). Ce phénomène sera déjà accentué par le fait que, globalement, les députés de l’aile droite de l’UMP sont dans des circonscriptions plus sûres (Sud-Est, Nord-Est) que ceux de l’aile modérée, qui risquent de connaître des revers dans l’Ouest et le Centre-Ouest par exemple (Sarthe, Calvados, Vienne, Bretagne), en Ile-de-France (Hauts-de-Seine notamment), dans le Rhône ou dans les Pyrénées-Atlantiques.
Il y a d’abord les leaders modérés (des gaullistes aux anciens UDF de l’UMP) menacés de défaite ou d’affaiblissement:
- Juppé a déjà renoncé (ce qui pourrait lui nuire) et pourrait voir son poulain mordre la poussière (Gironde)
- l’ancienne circonscription de Fillon (Sarthe 4e) risque bien de basculer; Fillon est évidemment menacé par Dati à Paris (2e)
- Méhaignerie ne se représente pas (Ille-et-Vilaine 5e), mais sa remplaçante, certes bien implantée, n’est pas assurée d’une élection facile en raison de candidatures radicale et centriste concurrentes
- Raffarin n’est pas député, mais la Vienne pourrait donner un grand chelem à la gauche
- Bertrand (Aisne 2e) est clairement meancé, non pas tant par le FN (Le Pen était en 3e position), mais par une poussée socialiste
- Alliot-Marie est en difficulté face à un PS majoritaire (Pyrénées-Atlantiques 6e)
- Devedjian (Hauts-de-Seine 13e) est meancé dans une circonscription où Hollande a été nettement majoritaire
- de même pour Gilles Carrez (Val-de-Marne 5e)
- Daubresse paraît moins menacé (Nord 4e) car Sarkozy y était clairement majoritaire et le FN seulement 3e, mais le PS pourrait soutenir un centriste bien implanté localement s’il faisait un bon score
- Bachelot ne se représente pas, mais sa circonscription (Maine-et-Loire 1e) a donné plus de 50% à Hollande.
A côté, les leaders modérés moins menacés ne sont pas si nombreux ou conservent une petite part d’incertitude:
- Fillon, sans Dati, n’aurait pas de problème, évidemment
- NKM est dans une criconscription où Sarkozy a été majoritaire et où le FN est assez faible (Essonne 4e), mais sa marge n’est pas si confortable
- Wauquiez semble hors de danger, malgré la poussée du PS en Haute-Loire, mais il devra être attentif
- de même que Chartier (Val d’Oise 7e)
- Apparu n’est pas en danger (Marne 4e) malgré un FN élevé
- Bussereau n’est pas menacé (Charente-Maritime 4e)
- Baroin non plus (Aube 3e)
- Pécresse encore moins (Yvelines 2e)
- Ollier de même (Hauts-de-Seine 7e), ainsi que Laffineur (Maine-et-Loire 7e)
En revanche, les leaders de l’aile dure sont plus en sécurité, même si leur chef putatif n’est pas totalement hors de danger:
- en effet, Copé peut pâtir d’un FN élevé (Seine-et-Marne 6e), mais il est très bien implanté
- Estrosi, Luca, Ciotti, Tabarot sont tranquilles (Alpes-Maritimes)
- Boyer a migré dans une criconscription sûre (Bouches-du-Rhône 1e)
- Chatel est assuré de l’emporter (Haute-Marne 1e)
- de même que Woerth (Oise 4e), malgré le FN élevé
- Morano bénéficie d’une circonscription bien redécoupée (Meurthe-et-Moselle 5e)
- comme Mariani (Français de l’étranger)
- Raoult est dans la dernière circonscription de Seine-Saint-Denis (12e) gagnable et son ancrage local devrait suffire
- Guéant devrait être élu, sauf dissidence de poids (Hauts-de-Seine 9e).
Certes, même l’aile plus dure peut avoir des déconvenues, mais ce sont plutôt des libéraux ou des éléments plus difficiles à classer qui sont concernés:
- Novelli (Indre-et-Loire 4e), Mariton (Drôme 3e) et Courtial (Oise 7e, en raison d’un FN élevé) dans le premier cas
- Rosso-Debord (Meurthe-et-Moselle 2e, avec une poussée socialiste dans une circonscription mal redécoupée), ancienne filloniste devenue sarkozyste fidèle, ou Muselier (Bouches-du-Rhône 5e, très “rose” désormais).
Chez les centristes hors UMP ou à la marge de l’UMP, ce sont les caciques ou les plus proches de l’UMP qui devraient survivre:
- Morin (Eure 3e), Sauvadet (Côte d’Or 4e), Leroy (Loir-et-Cher 3e), Hervé de Charette (Maine-et-Loire 6e), Léonetti (Alpes-Maritimes).
En revanche, la jeune génération prometteuse et les plus “indépendants” de l’UMP sont en danger:
- Borloo lui-même a une circonscription difficile (Nord 21e, majoritairement pour Hollande) même si elle est gagnable étant donné son implantation personnelle; toutefois, s’il perd, ajouté à son caractère velléitaire, il sera bien diminué pour incarner en quoi que ce soit le centre à rebâtir
- Hénart est fort menacé (Meurthe-et-Moselle 1e)
- Jean-Christophe Lagarde a presque déjà perdu (Seine-Saint-Denis 5e) malgré sa forte équation personnelle
- Jégo aura fort à faire avec un FN élevé (Seine-et-Marne 3e)
- sans même revenir sur le cas de Bayrou (Pyrénées-Atlantiques 2e), certes désormais quasi-”divers gauche”.
Dans un contexte global défavorable, il est donc bien possible que:
- les copéistes au sens large (Droite Populaire et ex-sarkozystes compris) deviennent dominants,
- les centristes soient réduits à des barons et des vieux leaders, qui seront bien incapables de reconstruire quelque chose s’approchant de l’UDF.
Alors même que l’élection à la présidence de l’UMP, si elle donne bien lieu à un affrontement Copé-Fillon, risque bien de voir l’aile modérée se diviser (NKM, Wauquiez, voire Juppé ou Baroin ne voudront-ils pas se compter ?), les militants les plus actifs et donc souvent les plus durs se mobiliser davantage et les fédérations les plus importantes se copéiser fortement,
de tels résultats individuels aux législatives ne feront qu’accentuer le risque d’un centre-droit pérennisé dans la situation de croupion et d’une dispersion perdante de l’aile modérée, gaullo-centro-humaniste, de l’UMP.
En revenant sur la géographie électorale u second tour de la présidentielle, nous verrons que cet avenir sombre de la droite est confirmé. L’espoir pour elle est que le quinquennat de Hollande s’annonce fort difficile. Mais est-ce bien la droite parlementaire qui en profitera ?….
Quel Premier ministre et quel gouvernement pour le nouveau Président Hollande ?
(Afin de rester davantage dans “l’actualité”, je préfère décaler mon article sur la cartographie du second tour et livrer une actualisation de mes spéculations préférées)
Le 7 mars dernier (on se réfèrera à l’article pour voir les justifications précises de mes différents choix), je simulais un gouvernement Hollande. Maintenant que l’hypothèse est devenue cauchemar réalité, cette spéculation gratuite doit-elle être revue ?
Malheureusement oui, car Moscovici semble avoir nettement perdu du terrain pour Matignon (un côté un peu dilettante, moins de “prévenance” que Valls, voire des doutes sur d’éventuelles retombées collatérales des affaires DSK).
Jean-Marc Ayrault, tout ancien poperéniste (c’était dur, le poperénisme, on l’a oublié…), dénué d’expérience présidentielle (tout comme le Président…), falot et peu souriant qu’il soit, semble avoir désormais la préférence. Il est pourtant peu charismatique pour mener les législatives et la future majorité parlementaire. Mais, malgré tous ses grandqs engagements, Hollande reviendra probablement rapidement à la bonne vieille pratique, seulement accentuée sous Sarkozy et pas inventée par lui, surtout accentuée pour une raison structurelle (le quinquennat et la dépendance des députés à l’égard du Président, c’est-à-dire l’alignement de la majorité parlemtaire sur la majorité présidentielle): l’Elysée contrôle, que ce soit directement ou en sous-main. Seuls des Mitterrand malade et largement minoritaire (1993-95) et Chirac sur le déclin et lame-duck (2005-2007) ont contredit cette règle. Va donc pour Ayrault, quis era de totue façon un fusible facile et consentant si besoin est…
Car je maintiens qu’Aubry ne peut être la première Premier ministre de Hollande: trop à gauche, trop incontrôlable (la candidature PS dans la circonscription de Bayrou en est déjà une superbe illustration !), trop revêche, trop peu appréciée de l’entourage proche d’Hollande. Et puis trop utile en fin de mandat, lorsqu’il s’agira à la fois de remobiliser à gauche après 3 années d’austérité et de renoncements et d’éviter qu’elle ait des velléités de candidature présidentielle concurrente…
Autre motif de modification, Hollande veut une parité au niveau des ministres de plein exercice, comme au niveau des ministres délégués et des secrétaires d’Etat. Voilà qui complique singulièrement la donne et conduit à quelque ajustements…
Président du Sénat: Jean-Pierre Bel
Présidente du groupe PS au Sénat: Catherine Tasca
Rapporteur général du budget au Sénat: Yves Krattinger
(il a acquis du poids et s’est modéré)
Présidente de l’Assemblée Nationale: Ségolène Royal
Présidente du groupe PS à l’Assemblée Nationale: Elisabeth Guigou
Rapporteur général du budget à l’Assemblée Nationale: Jérôme Cahuzac
(voir plus bas: il faut faire de la place aux femmes…)
Premier secrétaire du PS: Bertrand Delanoë
Premier ministre: Pierre Moscovici Jean-Marc Ayrault
Ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes: Laurent Fabius
Ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la Justice: Martine Aubry
Ministre de l’Economie et des finances: Michel Sapin Pierre Moscovici
(Mosco a peut-être déçu en interne, mais quand même, en juin 2011, ce fut le ralliement de poids de la campagne Hollande et il entraîne avec lui une partie des ex-strauss-kahniens; Mosco apparaît comme l’”ingénieur de la transition” et semble promis aux contacts internationaux, mais comment se passer de Fabius et, surtout, le laisser à l’extérieur, en force d’opposition ? Mosco ne peut donc plus être placé qu’à Bercy; l’ami fidèle Sapin est plus facilement sacrifiable)
Ministre de l’Intérieur, de la sécurité, de l’outre-mer et des collectivités locales: François Rebsamen
Ministre de la Défense: Jean-Yves Le Drian
Ministre de l’Industrie, de la production et de l’énergie: Arnaud Montebourg
Ministre de l’Education nationale et de la recherche: Vincent Peillon
Ministre du Plan, de l’aménagement du territoire et de la ville, porte-parole du gouvernement: Manuel Valls
Ministre du Travail, de l’emploi et des retraites: Jean-Marc Ayrault Michel Sapin
(un lot de consolation fort correct pour Sapin, en y ajoutant les retraites, retirées à Touraine)
Ministre de l’Environnement, du développement durable et de l’équipement: Cécile Duflot
Ministre des Affaires sociales et de la solidarité: Marisol Touraine
Ministre de l’Agriculture, de la pêche et de l’alimentation: Stéphane Le Foll
Ministre de la Culture et de la communication: Aurélie Filippetti
Ministre de la Jeunesse et des sports: Valérie Fourneyron
Ministre de la Coopération, du développement et de la francophonie: Christiane Taubira
(difficile de respecter la parité, alors, ériger ce ùministère délégué auprès du ministère des affaires étrangères en ministère à part entière est une façon d’y parvenir…)
Pour des raisons similaires à celles évoquées en mars, l’ordre protocolaire peut être modifié entre Montebourg, Peillon et Valls au profit de ce dernier, s’il piquait une crise trop forte et visible, “à la Baroin”…
Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Fonction publique et de la réforme de l’Etat: Christian Paul
Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement: Bruno Le Roux
Ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée des Affaires européennes: Catherine Trautmann
Ministre délégué auprès du ministre de l’Economie et des finances, chargé du Budget: Jérôme Cahuzac Nicole Bricq
(Cahuzac a commis des erreurs pendant la campagne: autant le laisser à l’Assemblée; en outre, la parité est la loi d’airain…)
Ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, chargée des Collectivités locales: Marylise Lebranchu
Ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, chargé de l’Outre-mer: Victorin Lurel
Ministre délégué auprès du ministre de l’Education nationale, chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche: Alain Rousset
Ministre délégué auprès du ministre du Travail, chargé de la Formation professionnelle: Benoît Hamon
Ministre délégué auprès du ministre de l’Environnement, chargé des Transports: Robert Hue
Ministre délégué auprès du ministre de l’Environnement, chargé du Logement: Thierry Repentin
Ministre délégué auprès du ministre des Affaires sociales, chargé de la Santé: Jean-Marie Le Guen
Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des finances, chargée du Commerce, de l’artisanat, des PME et des professions libérales: Delphine Batho
Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des finances, chargé de la Consommation et de la concurrence: Yannick Jadot
Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des finances, chargé du Commerce extérieur: Nicole Bricq Pierre Laurent
(la percée de Mélenchon oblige à renforcer la présence du PCF, afin d’handicaper en réalité le FG)
Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des finances, chargé du Tourisme: André Chassaigne
Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens combattants: Bernard Cazeneuve
Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Industrie, chargée des Télécommunications et de l’économie numérique: Fleur Pellerin
Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Environnement, chargé de la Mer et de la Pêche: Bernard Poignant
(je lui ajoute la pêche, puisque Hollande veut avoir un “grand ministère de la mer…”)
Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires sociales, chargée de la Famille et des personnes handicapées: Sandrine Mazetier
Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires sociales, chargée des Personnes âgées et de la dépendance: Marie-Arlette Carlotti
Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires sociales, chargée des Droits des femmes: George Pau-Langevin
Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires sociales, chargée de l’Economie sociale: Laurence Rossignol
Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Jeunesse et des Sports, chargée de la Jeunesse et de la vie associative: Najat Vallaud-Belkacem
Il suffit, pour avoir une parité plus stricte, de “promouvoir” au niveau de ministres délégué les Batho, Vallaud-Belkacem et Pau-Langevin, sans changer le périmètre de compétences.
Comme en mars, cela laisse beaucoup de recalés:
- mais il y a ceux qui gênent, dont l’heure est passée ou qui se sont exclus d’eux-mêmes et dont les responsabilités locales sont parfois suffisantes: Dray, Cambadélis, Bartolone, Collomb, Huchon, Patriat, les Nordistes et les Marseillais,
- il y a ceux qui se rattraperont plus tard, dans un autre gouvernement, ou avec des présidences de commissions à l’Assemblée ou dont les responsabilités en collectivités sont suffisantes: Vallini, Gorce, Destot, Hazan, Désir, Ries, Garot, Hidalgo,
- il y a les indécents Verts, qui se répandent tous (sauf Cochet, à ma connaissance), de manière unanime mais égoïstement dispersée, en protestation sde grande compétence personnelle… heureusement que ce ne sont pas les leaders de la droite qui se répandent ainsi ouvertement… mais bon, ce sont les Verts, alors ils ont tous les droits et tous les culots… franchement répugnant: j’espère que Hollande continuera sur son chemin d’écrasement,
- il y a les inclassables, le reste de la gauche (Autain, Braouezec, mais les communistes ou ex-communistes sont déjà correctement servis, Baylet, déjà bien servi dans d’autres décennies, etc) et le reste (Bayrou… ou Sarnez…).
Bilan du second tour: en tendance, les sondages et les indicateurs agrégés ont été fiables
1. Avec les Français de l’étranger, le Président sortant Nicolas Sarkozy a obtenu 48,38% et le Président-in-waiting François Hollande a obtenu 51,62%. Ce dernier n’ayant pas atteint le score qu’il souhaitait, Nicolas Sarkozy est donc reconduit à la Présidence de la République
Bon, plaisanterie mise à part, il est frappant de constater, qu’une fois encore, les sondages et les indicateurs agrégés (celui avec les intentions de vote et celui appliquant aux résultats du premier tour les matrices sondagières de reports des voix) ont donné la bonne tendance. Il suffisait de les prolonger pour obtenir une idée assez précise du résultat final.
Certains objecteront que le niveau brut n’était pas donné, mais justement, les sondages ne sont pas des pronostics: ils nous aident à faire notre propre pronostic. En outre, environ 5% des électeurs se décident le dernier week-end: il n’est donc pas anormal de voir quelque écart.
Au premier tour, il fallait même accélérer la tendance (comme en 2002 ou en 2007, d’ailleurs), alors que, pour le second tour (comme en 2007), un simple prolongement (sans ralentir un peu de manière conservatrice, comme je l’ai fait dans mon pronostic
) suffisait à se rapprocher très près du résultat final.
De là à conclure que les sondeurs, de peur d’être encore accusés de se tromper, redressent de manière excessivement prudente et n’osent pas totalement valider les tendances qu’ils décèlent, il n’y a qu’un petit pas à franchir…
La fiabilité de l’indicateur agrégé m’étonne même moi-même. Comme il est donc utile de le calculer et comme les médias français sont vraiment totalement… nuls de ne pas l’avoir fait depuis tant d’années !… Peut-être certains auraient-ils pu, de manière cassandresque, faire leur petit effet à la mi-avril 2002…
Globalement, nous pouvons dire que tous les discours critiques sur “l’échec des sondages” se trouvent ici bien affaiblis.
Sauf, évidemment, la critique relative à la force auto-réalisatrice des sondages, qui seraient tellement puissants et manipulateurs que les Français finiraient par voter “comme les sondages”. Mais, justement, l’indicateur agrégé que ce blog vous a proposé n’a jamais été calculé, sauf sous forme de moyennes frustres, sans être jamais beaucoup popularisées, d’ailleurs. En outre, quand on voit quelle est la mémoire à court terme généralement constatée et quelle est celle de tous les critiques des sondages (“ah ben, Mélenchon devait être 3e”, “ah ben, Le Pen devait être à 13″, “ah ben, Hollande devait gagner à 55″), on se dit que les sondages, a fortiori agrégés et pondérés comme il faut, ont peu d’influence fondamentale… En outre, pour avoir rencontré tant d’électeurs de droite peu conscients du risque de voter Villiers en 2007 (avec Sarkozy risquant d’être sous les 30) ou Dupont-Aignan (ou même Bayrou ou Le Pen) en 2012 (Sarkozy finissant derrière Hollande) et tant d’électeurs de droite ne comprenant pas qu’il ne fallait pas voter pour Sarkozy mais contre Hollande (avec les seuils symboliques que je vous ai décrits: le score de Sarkozy en 2007, le seuil de 52 évoqué par Hollande lui-même et même, finalement, le score de 1981), je crois vraiment qu’une large majorité de Français ne sont pas influencés directement par “l’état de la course” à un instant “t” (même si, bien sûr, la fin des espoirs de Bayrou a pu accélérer sa chute sous 10%, par exemple).
Même cette critique est donc à relativiser. Autant je suis sceptique sur les sondages sur des idées, des comportements, des opinions, des popularités, car la question posée est parfois décisive et souvent influençante, ainsi que les réponses proposées ou possibles, autant les sondages d’intentions de vote sont clairs, précis et, finalement, fiables, en tous les cas pour une élection présidentielle ou un référendum.
2. En matière de report des voix, il est évidemment difficile de juger puisque nous ne connaîtrons jamais l’exacte réalité des reports.
Les sondages publiés après la clôture du scrutin montrent des divergences équivalentes à ce qui pouvait être constaté auparavant.
Respectivement, IPSOS (mais dans un sondage réalisé les vendredis et samedis et non le dimanche), TNS-Sofres, IFOP, Harris et, pour mémoire, les reports “agrégés” calculés avant le 2nd tour:
- dans l’électorat Mélenchon, 81/6/13, 74/5/21, 89/7/4, 84/4/12 et 84,04/4,96/11,01, confirmant la bonne estimation des reports de cet électorat, sans surprise, même si TNS-Sofres est un peu divergent,
- dans l’électorat Bayrou, 29/41/30, 28/40/32, 40/41/19, 33/44/23 et 34,03/36,29/30,38, ce qui montre finalement un meilleur report sur Sarkozy que prévu, peut-être explicable par un sentiment de trahison et de dépit conduisant des bayrouïstes disposés à s’abstenir et optant finalement pour un vote anti-Hollande et… anti-Bayrou; voilà une preuve de l’échec de Bayrou,
- dans l’électorat Le Pen, 14/51/35, 14/58/28, 21/54/25, 14/53/33 et 18,66/52,76/28,59, ce qui montre globalement une assez grande fiabilité des reports mesurés, en tous les cas au travers de leur agrégation.
Parmi les abstentions, blancs, nuls, sans réponse du 1er tour, TNS-Sofres voit des reports de 12/21/67 (dernière agrégation: 29,93/30,34/39,73), confirmant une situation un peu plus favorable à Sarkozy mais insuffisante pour faire bouger le résultat final. Dans l’électorat Joly, IFOP voit un 77/12/11 assez cohérent avec les mesures d’avant-2nd tour.
Finalement, et comme le montre d’ailleurs mon deuxième indicateur agrégé, celui des reports de voix, qui avait rejoint le premier indicateur vendredi, l’agrégation des reports de voix donne là encore des indications fiables pour établir un pronostic.
La seule nouveauté entre jeudi (dernier jour de sondage réel, sauf pour un quart du dernier IFOP quotidien) et dimanche était donc, comme prévu, l’annonce personnelle de Bayrou, mais qui semble avoir eu surtout pour effet de mobiliser davantage en faveur de Sarkozy (à tout le moins, elle n’a rien fait gagner à Hollande).
3. Peut-on prolonger le palmarès du 1er tour ?
C’est plus délicat au second tour. Tous les sondeurs ont été situés au-dessus du résultat final, IFOP se situant au plus près (52%). Ce qui relativise d’ailleurs les accusations de manipulation à l’encontre d’IFOP (c’était la même chose au 1er tour), censé être aux mains des amis de Sarkozy. TNS-Sofres, pourtant bon sondeur du 1er tour, s’est ici retrouvé le plus éloigné (53,5%) du niveau réel, et même en retard en tendance. BVA, IPSOS et OpinionWay étaient à 52,5% avec une bonne tendance à chaque fois. LH2, Harris et CSA en étaient restés à 53%, mais avec une bonne tendeance à chaque fois.
Sans établir de palmarès final, et en considérant que tous les instituts ne se sont pas risqués à mesurer la primaire du PS, on peut indiquer les élements suivants:
- Harris s’est avéré un très bon sondeur de 1er tour, sur la primaire du PS comme sur la présidentielle, et il est possible d’en faire le vainqueur global de cette “édition”, en tous les cas de considérer qu’il a intégré le haut du panier, alors même qu’une telle performance est difficile à établir aussi vite.,
- IFOP a effectué un rolling quotidien depuis le début du mois de janvier, fort utile et “sécurisant”; il a, en outre, effectué de bonnes performances globales, notamment an 2nd tour;
- OpinionWay et IPSOS se sont correctement placés à chaque fois, IPSOS décevant toutefois quelque peu par rapport à ses bonnes performances de 2007;
- TNS-Sofres fut fiable au 1er tour mais pas au 2nd et a malheureusement été moins sollicité que d’autres instituts;
- LH2 trop biaisé, CSA trop erratique, BVA trop biaisé et hésitant, ont confirmé, comme en 2007, qu’ils étaient un ton, voire deux tons en dessous des autres sondeurs.
Effectivement, la meilleure des choses reste de suivre un indicateur agrégé…
Je reviendrai ultérieurement sur la géographie électorale, toujours riche d’enseignements, et sur les sondages sorties des urnes, assez classiques dans la sociologie du vote.
Je publierai peut-être, finalement, les sondages pour les législatives… ![]()
Mais, malheureusement, ils sont déjà divergents, certains mêlant PS-PRG mais aussi Verts, d’autres prévoyant une rubrique “divers”, sans plus de précision… Donc pas de possibilité d’indicateur agrégé. Mais une situation qui rappelle furieusement 1997…
51,67% sans les Français de l’étranger: sur fond de fiabilité globale des sondages et de notre indicateur, la victoire de Hollande est incontestable mais loin d’être massive
A 12h, participation de 30,66%.
Pour mémoire, 30,2 en 1981, 28,5 en 1988, 29,6 en 1995, 26,2 en 2002, 34 en 2007. Et 28,3 au premier tour de cette année (sachant que le premier tour de 2007 avait donné 30,9).
1,4 point d’amélioration d’un tour à l’autre, ce n’est pas exceptionnel (c’est dans le schéma de 1995). Et, à ce niveau, vu ce que nous avons dit jusque là, ce n’est pas un indice de mouvement vers l’un ou vers l’autre.
MISE A JOUR A 17h15:
Participation à 17h de 71,96%. Pour mémoire, à la même heure, nous étions à 72,1 en 1981, 70,1 en 1988, 66,8 en 1995, 67,6 en 2002, 75 en 2007 et à 70,6 au premier tour de 2012.
1,3 point de plus par rapport au 1er tour (1,4 à midi), cela signifie a priori qu’il ne devrait pas y avoir de mouvement majeur vers un candidat ou un autre. Mais, bien entendu, cela peut permettre à Sarkozy de se rattraper ou à Hollande de creuser suffisamment l’écart pour être tranquille.
MISE A JOUR A 18h30:
Les instituts donnent entre 18 et 19,5% d’abstention pour 20h. Pour mémoire, l’abstention finale se situait à 12,7% en 1974, 14,1 en 1981, 15,9 en 1988, 20,3 en 1995, 20,3 en 2002 et 16 en 2007.. Au premier tour de 2012, l’abstention s’est située à 20,52%.
Reste à voir si, comme le pronostiquaient les sondages d’avant élection, le surcroît de participation s’est ventilé de manière équilibrée, ou s’il y a eu mobilisation de crainte à gauche ou remobilisation d’espoir à droite. La cartographie des résultats nous sera utile.
MISE A JOUR A 21h45:
Avec des estimations des sondeurs comprises entre 51,8 et 52%, la victoire de François Hollande est suffisante mais elle est “juste” sur le plan politique. Vendredi, Hollande avait lui-même fixé ce seuil de 52% (en le sous-évaluant évidemment). Symboliquement, Hollande a fait moins bien que Sarkozy en 2007. Reste à voir le nombre de voix et notamment sa comparaison avec le très haut total de Royal.
Selon TNS-SOFRES, Sarkozy est majoritaire chez les 18-24 ans et les salariés du secteur privé.
En outre, les reports de voix seraient les suivants: dans l’électorat Bayrou, 28/40/32; dans l’électorat Le Pen, 14/58/28; dans l’électorat Mélenchon, 74/5/21.
Dans un contexte de crise, d’anti-sarkozysme, de “droitisation” stigmatisée régulièrement, de basculement personnel de Bayrou,
le score global de Sarkozy est donc respectable. Alors que Hollande avait atteint des niveaux très élevés, semblait promis aux 57 puis aux 54%, qu’il bénéficiait du rejet du président sortant et d’une dynamique médiatique évidente, il gagne clairement mais sans éclat particulier.
En outre, il semble y avoir eu une certaine déperdition dans l’électorat de gauche, comme le montrent les queqlues chiffres ci-dessus.
De plus, Sarkozy n’a pas tant perdu dans l’électorat MoDem en raison de sa campagne droitière ou de la décision de Bayrou. Il a en revanche fini par plafonner dans l’électorat Le Pen, même s’il a réussi à “gratter” dans l’entre-deux tours une dizaine de points.
Bref, Fillon
, ferme, compétent, responsable, compatible avec les centristes comme la droite dure, peu clivant, a là une situation intéressante et paraît bien positionné pour tenter de relever la droite. Reste que l’affrontement risque d’être dur avec Copé, sur le fond, voire Juppé, sur la forme. Surtout, Marion “Marine” Le Pen commence déjà à “taper” dur sur l’UMP.
Enfin, Ayrault semble prendre l’ascendant sur Aubry, à moins que Moscovici ou Valls aient regagné et gagné, respectivement, un peu de terrain…
MISE A JOUR A 1h15:
Beaucoup de choses pourront être analysées: d’abord, “comme un certain air de victoire à la Pyrrhus”:
- la victoire de Hollande est en partie “étriquée”, selon ses propres termes, en particulier auprès de la France populaire; les lendemains qui déchantent vont vite arriver; d’autant que son discours de Tulle paraissait à contretemps (il était encore en campagne…) et que son discours de la Bastille était totalement creux et probablement refroidissant pour le bon peuple de gauche… Il est sûrement fatigué, mais, semble-t-il, déjà un peu déboussolé;
- décidément, les sondages sont globalement fiables et notre indicateur l’était, du coup, aussi, mais pas autant que l’on pensait en début de soirée: il fallait encore accentuer la tendance perçue, un peu comme au premier tour… C’est finalement la même chose presque à chaque fois pour la présidentielle;
- les sondages sorties des urnes semblent montrer une bonne tenue de Sarkozy dans l’électorat Bayrou et un niveau intéressant chez les électeurs de Le Pen, même si pas massif; la mobilisation à gauche n’a peut-être pas été aussi forte que prévu;
- les intentions de vote pour les législatives ne sont pas miraculeux pour la gauche et semblent un ton en-dessous du 22 avril (mais c’est à confirmer; en outre, le score -faible- du MoDem est difficile à interpréter: s’agit-il encore de centre-droit ou du “croupion” rose pâle et vert pâle ?);
- le choix du Premier ministre s’avère plus délicat que prévu: Ayrault est-il suffisamment charismatique pour mener la campagne des législatives ? ou alors, Hollande va-t-il finalement être obligé de faire du Sarkozy et s’impliquer truès fortement dans la campagne et dans la gestion des affaires pour le mois et demi qui vient ?
ensuite, des fondamentaux quand même lourds pour la droite:
- Le Pen a commencé le pilonnage dès ce soir;
- la carte de Sarkozy est très lepénisée, “trop” dirais-je car le même problème qu’en 1997 risque de se poser, voire pire; et l’UMP sera enfermé dans le piège mitterrandien de la diabolisation du FN (qui s’est lui-même de nouveau durci depuis l’affaire Merah, ce qui laisse peu de marge de manoeuvre tactique à la droite);
- la sociologie de la droite est très rurale, rurbaine, populaire, vieillie; même si cela donne quand même plus de 48%, ce n’est pas encourageant pour l’avenir;
- le combat des chefs à droite risque bien d’être inévitable, même s’il est repoussé à l’automne (ce qui est loin d’être sûr); en outre, Sarkozy semble vouloir s’en mêler: va-t-il se venger des états d’âme de Fillon, Juppé, Raffarin ? va-t-il pousser Copé ? la gauche lui dira peut-être “merci” finalement, comme la droite avait intérêt à ce que Royal devançât les éléphants en 2006.
Voici une première carte “classique”, avec des niveaux absolus, parmi lesquels j’ai introduit les moyennes des deux candidats. Les tendances lourdes à l’oeuvre se poursuivent: progression de la gauche dans le Nord-Ouest (Morbihan, Calvados, Manche, Maine-et-Loire sont frappants), sur les marges du Massif Central (avec un effet hollandais supplémentaire: Corrèze, Cantal, Aveyron notamment) et dans les zones urbaines “bobos” ou bourgeoises modérées (Hauts-de-Seine, Yvelines et Paris évidemment en témoignent), bonne résistance de la droite dans les marges de l’Est et du Nord qui sont aussi zones de force du FN (Bourgogne, Champagne, vallée du Rhône) et dans l’Est bourgeois (Savoies, Lyonnais, Alsace, Côte d’Azur), mais aussi dans le Midi plus boutiquier ou rurbain (vallée de la Garonne intérieure, Languedoc).
Indicateur agrégé du 30 avril 2012, indicateur des reports de voix et évolution par sondeurs: dans un contexte de convergence sondagière, petit “53-47 avec perspective clairement négative” et détérioration des reports de voix pour Hollande
(Ante-scriptum: pour ceux qui arriveraient tardivement devant leur écran, allez faire aussi un tour dans l’article précédent, avec tous les sondages sortis aujourd’hui)
1. L’indicateur agrégé se resserre aujourd’hui assez nettement: 52,95 / 47,05.
Sarkozy est à son plus haut niveau, mais il n’atteint en fait que le pourcentage de Royal de 2007. On mesure ainsi la difficulté de ce dernier week-end sans campagne mais pas sans actualité (oui, tout est possible…).
Cet indicateur reprend les 10 sondages de la semaine passée, pour un échantillon total de 14 315 personnes. Tous les sondeurs y sont représentés, IFOP et BVA l’étant deux fois. IPSOS et BVA ont eu la bonne idée de re-sonder aujourd’hui et TNS-Sofres a publié son dernier sondage comme prévu, tandis qu’IFOP a terminé son rolling par un sondage représentant l’écart le plus faible entre les 2 candidats jamais relevé: 52/48. Ce sondage est le seul à intégrer un petit contingent de personnes interviewées après le lapin sorti du chapeau de Bayrou. Inversement, IFOP a plutôt présenté un tropisme pro-Sarkozy sur le moyen terme.
La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, sans pondération, donne un chiffre de 52,75 / 47,25.
La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, pondérée par les échantiloons respectifs, donne un chiffre de 52,70 / 47,30.
Le sondage quotidien de l’IFOP suit une tendance similaire:
2. De manière très satisfaisante, l’indicateur des reports de voix (appliquant l’agrégation des matrices de reports de voix des mêmes sondages aux résultats réels des premiers tours) donne un résultat absolument identique: 52,97 / 47,03. Au point que ç’en est presque louche ! Mais, tant mieux, cela permet d’affirmer que tous ces chiffres sont vraiment solides.
Dans le détail des électorats encore mesurés systématiquement par les sondeurs (en rappelant que les graphiques sont légèrement “allongés” en fin de période, afin de rester lisibles):
électorat Mélenchon: 84,04 / 4,96 / 11,01 en baisse de presque 1 point pour Hollande et en amélioration de près d’1 point pour Sarkozy, ce qui est difficile à expliquer autrement que par une variation statistique liée à la faiblesse des échantillons, sans véritable signification. Les reports de voix restent très élevés à gauche et on ne voit pas comment Hollande pourrait faire davantage:
même si l’électorat Joly n’est quasiment plus suivi par les sondeurs, actualisons tout de même la courbe, très favorable à Hollande, sans être aussi bonne que celle de l’électorat du FG:
électorat Bayrou: 34,03 / 36,29 / 30,38 soit en détérioration assez nette de 2,5 points pour Hollande en une semaine et en très légère décrue pour Sarkozy, avec un solde positif pour ce dernier, comme il y a une semaine; reste à savoir si cette tendance favorable au Président sortant, claire dans le graphique, car quasi-linéaire (malgré une courbe polynomiale d’ordre 6 !), reste valable après la “pochette-surprise” Bayrou d’hier soir:
électorat Le Pen: 18,66 / 52,76 / 28,59 soit en baisse de près de 3 points pour Hollande, et en forte amélioration de presque 5 points pour Sarkozy; contrairement à ce que j’écrivais et à ce qui était assez largement admis, Sarkozy semble avoir continué de grignoter l’électorat Le Pen; il n’est pas sûr qu’il ait entamé la base populaire-populaire, mais il eput toujours arguer que son positionnement d’entre-deux-tours n’était pas mauvais, puisqu’il a bien gagné chez les lepénistes, sans perdre chez les bayrouïstes; cependant, s’il ne parvient pas à accrocher les 2/3 de cet électorat et à progresser encore chez les bayrouïstes, le “saut” sera trop dur à effectuer; il ne lui reste que 2 nuits de réflexion, il va lui falloir un bon télépathe:
abstentionnistes du 1er tour: 29,93 / 30,34 / 39,73, ce qui rend très sceptique car on imagine mal 60% des abstentionnistes du 1er tour (déjà pas si nombreux) se ruer sur les urnes ce dimanche; ce qu’il est ici important de retenir, c’est que les apports de nouveaux électeurs sont constamment apparus assez équilibrés et donc sans incidence fondamentale sur le résultat, même si légèrement favorables à Sarkozy puisque’il est en retard au score:
3. Enfin, actualisons le graphique de tous les sondages de second tour publiés en 2012. Là encore, en raison de la profusion de sondages en avril et mai, la fin du graphique est “allongée” dans le temps, afin de rendre visible chaque sondage. Cet effet de distorsion ralentit quelque peu la tendance au rebond de Sarkozy ou au resserrement de l’écart. Précisons que les courbes de tendance ci-dessous sont des polynomiales d’ordre 4, car, à ce stade, depuis janvier, c’est bien le nombre de “périodes” décelable. Et, avec cet ordre 4, la convergence est la plus forte entre sondeurs (au point de brouiller la vision…
)
La convergence assez nette des sondeurs, qui se situent dans une fourchette de 1,5 point (52-53,5), avec une tendance unanime sur, au moins, leurs deux derniers sondages au resserrement de l’écart Sarkozy-Hollande, fait que les biais ne sont désormais plus tellement d’actualité, même si IFOP et OpinionWay sont dans le bas de la fourchette et TNS-Sofres dans le haut. Mais BVA et IPSOS sont également plutôt dans le bas de la fourchette alors qu’ils semblaient jusque là plutôt pro-Hollande. Enfin, la qualité des sondeurs au premier tour n’est plus très utile ici, étant donné la faiblesse des écarts, le meilleur (Harris) étant sur la même ligne que deux moins bons (CSA et LH2), le moins bon (BVA) étant en accord avec deux satisfaisants (OpinionWay et IPSOS), et deux autres très satisfaisants (IFOP et TNS-Sofres) constituant les extrêmes.
Les éléments favorables à Sarkozy sont donc:
- une unanimité des sondeurs et des indicateurs sur la tendance en cours: il progresse en niveau brut,
- une amélioration continue du solde des reports de voix dans les électorats Le Pen et Bayrou,
- un résultat brut situé dans la marge d’erreur des sondeurs et dans une zone encore atteignable au prix d’une éminente surprise.
Ceux favorables à Hollande sont:
- une persistance majoritaire jamais démentie,
- un bon et solide report de voix à gauche,
- une sur-mobilisation qui ne lui serait pas fondamentalement défavorable.
De ce point de vue, l’effet Bayrou peut conduire à quelques mouvements favorables à Hollande, en même temps qu’à une remobilisation à droite et au centre-droit, par “réaction”. Quant aux sondages, leur détérioration pour Hollande peut tout aussi bien remobiliser à gauche par “crainte” que donner un espoir à droite et rendre utile le devoir civique de dimanche. Au final, comme souvent dans les présidentielles, il est peu probable que ces variables aient un réel effet.
4. Sur ces différentes bases et en considérant que les deux seules inconnues du second tour (l’effet Bayrou et les niveaux de participation) n’auront pas d’influence, mon pronostic est le suivant, conforme à la tendance de l’indicateur agrégé, prolongé jusqu’à dimanche:
Hollande 52,2%
Sarkozy 47,8%
Quel est le vôtre ?
En dessous de 51, ce serait un démarrage de mandat très affaibli pour Hollande et un jackpot inattendu pour Bayrou et… Sarkozy.
Entre 51 et 52 pour Hollande, ce serait une grosse déception et un Mélenchon et des Verts revenus dans le jeu législatif, ainsi qu’une droite soulagée et plus à même d’affronter le problème FN.
Entre 52 et 53, ce serait une petite contre-performance pour Hollande, supprimant l’état de grâce mais plaçant l’UMP dans la vraie défaite et les vraies difficultés, avec des divergences d’interprétations et une division face au FN.
Entre 53 et 54, ce serait une victoire solide pour Hollande et de grandes difficultés pour l’UMP, en même temps qu’une quasi-assurance d’une fin de la carrière de Sarkozy.
Entre 54 et 55, ce serait une grande victoire pour Hollande et une implosion rapide de l’UMP.
Au-delà de 55, ce serait l’hégémonie PS en vue et Marion “Marine” Le Pen triompherait déjà, avant même 2017.
L’enjeu est donc fort dimanche. Bon vote !
Derniers sondages Harris, BVA, IPSOS, TNS-Sofres et IFOP quotidien: après un débat pour rien mais avant un Bayrou de dernière minute, l’écart continue de se resserrer
Harris Interactive
VSD, LCP Assemblée Nationale
2-3 mai 2012
échantillon: 1072
Hollande 53 (-2)
Sarkozy 47 (+2)
___________________________
BVA
Le Parisien-Aujourd’hui
3 mai 2012
échantillon: 2161
Hollande 52,5 (-1)
Sarkozy 47,5 (+1)
___________________________
IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
3 mai 2012
échantillon: 1018
Hollande 53 (-0,5)
Sarkozy 47 (+0,5)
___________________________
TNS-Sofres-SOPRA Group
i-Télé
3 mai 2012
échantillon: 1000
Hollande 53,5 (-1,5)
Sarkozy 46,5 (+1,5)
___________________________
IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
1-4 mai 2012
échantillon: 1225
Hollande 52 (-1)
Sarkozy 48 (+1)
1. Comme je l’écrivais déjà hier, les sondages du jour confirment l’absence d’influence réelle du débat sur les intentions de vote, malgré la présentation médiatique d’une victoire hollandaise.
Il faut d’abord remarquer que beaucoup de personnes interrogées voient un match nul ou ne se prononcent pas.
Ensuite, l’écart entre les deux candidats est faible: 31-29 pour Harris, 40-31 pour BVA, 29-28 pour IPSOS.
En outre, ceux qui ont vu le débat en entier sont d’un avis inverse: 35-42 selon Harris (contre 32-27 pour ceux l’ayant vu en partie et… 21-12 pour ceux ne l’ayant pas vu). C’est toutefois à relativiser puisque l’électorat âgé et sarkozyste était le plus assidu.
Enfin et surtout, parmi les électorats à surveiller, la performance de Sarkozy est plutôt correcte:
- dans l’électorat Bayrou, Hollande n’est qu’à 40-45 pour BVA et 16-25 pour IPSOS,
- dans l’électorat Le Pen, il est distancé à 28-47 pour BVA et 12-34 pour IPSOS,
- chez les indécis de tous bords, il est seulement à 38-47.
Je redis donc que le jugement sur le vainqueur du débat (le plus convaincant) est finalement un décalque du paysage politique existant.
Sarkozy est même plutôt performant chez les bayrouïstes, notamment pour CSA, BVA et IPSOS. Peut-être cela lui permettra-t-il d’amortir l’effet de l’annonce de Bayrou.
“Séisme” ou… faille (pour rester dans le tectonique), cette annonce ne devrait modifier les rapports de force qu’à la base. Généralement, les électeurs sont peu sensibles aux consignes de vote qui, en réalité, ont surtout un effet indirect par le bruit médiatique qu’elles déclenchent. En l’occurrence, il est difficile d’être affirmatif, mais l’étonnement et/ou l’énervement d’une partie de l’électorat de Bayrou qui aurait préféré un vote blance, voire la mobilisation plus forte à droite devant la “trahison”, devraient annuler les éventuels transferts vers Hollande d’électeurs modérés mais très anti-sarkozystes et qui verraient les vannes s’ouvrir devant eux.
Bref, comme pour la suite (Bayrou est définitivement seul, même s’il a réussi à ne pas perdre Bennahmias et Rochefort, grande victoire…), il est peu probable que cette annonce ait un effet quelconque sur le second tour, sauf peut-être un léger frein à la tendance du moment pour Hollande, qui est à l’érosion.
2. Les sondages du jour confirment en effet unanimement que l’écart se resserre. Et tous pointent vers un 53% avec tendance baissière (nous verrons tout à l’heure notre indicateur).
Sarkozy devrait donc parvenir à inverser les intentions de vote dans une dizaine de jours. Oups.
Plaisanterie mise à part, c’est bien le pronostic désormais très largement favorable à Hollande qui impressionne, car, dans le même temps, l’écart n’est plus si élevé (sans parler des pointes à 60%, le niveau de 57% a longtemps été celui de Hollande) et le souhait de victoire n’a pas vraiment progressé en sa faveur.
Les reports de voix se sont en effet améliorés pour Sarkozy au sein de l’électorat Le Pen (ce qu’il pourra utiliser comme légitimation de sa tactique d’entre-deux-tours, qui est aussi celle qui lui vaut ses ennuis médiatiques et MoDemesques): 20/58/22 pour Harris, 22/57/21 pour BVA, 15/54/31 pour IPSOS, 7/52/41 pour TNS-Sofres, 19/55/26 pour IFOP. Mais il n’en est pas encore à 60%, encore moins aux 2/3, qui serait le seuil réellement intéressant.
Au sein de l’électorat Bayrou, cela reste moins clair, mais l’équilibre semble se maintenir (là aussi, nous verrons tout à l’heure avec l’indicateur), alors même que de plus en plus de ces électeurs expriment une opinion: 42/41/17 pour Harris, 36/40/24 pour BVA, 30/38/32 pour IPSOS, 37/32/31 pour TNS-Sofres, 31/37/32 pour IFOP. Peut-être y a-t-il dans cette instabilité une petite inquiétude pour Sarkozy après le… tremblement Bayrou.
Enfin, au sein de l’électorat Mélenchon, Hollande reste dominateur, même si, bizarrement, les sondeurs divergent plus fortement depuis deux jours, à la hausse comme à la baisse: 91/4/5 chez Harris, 87/4/9 chez BVA, 76/6/18 chez IPSOS, 85/2/13 chez TNS-Sofres, 84/4/12 chez IFOP.
BVA ajoute les abstentionnistes du 1er tour: 34/35/31, ce qui permet d’avoir un autre sondeur confirmant que l’arrivée de nouveaux électeurs ne devrait pas changer fondamentalement les rapports de force même si, au total, Sarkozy devrait en profiter pour rattraper très légèrement une partie de son retard.
3. Plus largement, sur la participation, je ne publie pas les chiffres des sondeurs, car les notions sont différentes (abstention, indécision, non-expression d’une intention de vote). En outre, les électeurs eux-mêmes ne déclarent pas forcément la réalité de leur déplacement (si tant est que tous la connaissent réellement eux-mêmes…).
Mais il apparaît que la participation devrait tourner autour de 80-82%, pas fondamentalement différente du premier tour. Une stabilité ou une progression modérée de la participation pourront permettre de conclure à une basence de surprise par rapport aux dernières prévisions. En revanche, si la mobilisation reculait, ce serait délicat à interpréter avant 18 ou 19h (et des chiffres par départements), car la victoire annoncée ou la défaite annoncée peuvent démobiliser dans un camp et dans l’autre, mais le sursaut “d’honneur” à droite ou l’inquiétude du dernier moment à gauche peuvent garantir une bonne participation dans l’un ou l’autre camp.
Rendez-vous un peu plus tard pour toutes les données utiles à un pronostic !
Derniers sondages LH2, OpinionWay, CSA et IFOP quotidien: le regain sondagier de Sarkozy noyé dans le flux médiatique favorable à Hollande, malgré l’absence d’impact du débat et la fin de la carrière politique de Bayrou
LH2
Yahoo!
27 avril-2 mai 2012
échantillon: 1565
Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)
___________________________
OpinionWay
LCI, Le Figaro
2-3 mai 2012
échantillon: 2009 inscrits sur un total de 2101
Hollande 52,5 (-1,5)
Sarkozy 47,5 (+1,5)
___________________________
CSA
BFM TV, RMC, 20 Minutes, CSC
3 mai 2012
échantillon: 1002 inscrits sur un total de 1123
Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)
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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
30 avril-3 mai 2012
échantillons: 968
Hollande 53 (=)
Sarkozy 47 (=)
1. Le consensus sondagier est net vers les 53-47, qu’il s’agisse de sondages pré- ou post-débat. Sarkozy est donc moins distancé et Hollande s’érode, même si cela reste insuffisant. Mais le “bruit” médiatique n’est pas favorable au Président-candidat, alors que, sortant en temps de crise et pâtissant d’une impopularité historique, s’il parvient à passer au-dessus des 47%, il n’aura finalement pas démérité (tactiquement, s’entend), au regard du tombereau de critiques, tant sur le fond que sur sa tactique électorale.
Le débat a été finalement perçu médiatiquement comme favorable à Hollande, ce qui se retrouve globalement dans le jugement des sondés, mais tient en réalité à un simple décalque du paysage politique existant. Hollande n’est gagnant du débat que parce que la gauche est plus forte que la droite, tout simplement.
Pour IFOP, Hollande a gagné par 42-34, mais seulement par 32-30 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 23-45.
Pour LH2, il a gagné globalement par 45-41, mais seulement par 39-37 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 22-55.
Pour CSA, il a gagné globalement par 44-38, mais a perdu chez les bayrouïstes par 23-59 et chez les lepénistes par 20-59.
Grossièrement, les rapports de force et même les reports de voix se retrouvent ici.
Pourtant, le bruit médiatique est pro-Hollande. D’ailleurs, selon CSA, ceux qui n’ont pas écouté ou regardé le débat donnent Hollande gagnant par 31-18…
Comme je l’avais dit, les deux derniers jours de Sarkozy sont “pollués” par le bruit médiatique et par Bayrou. Comme je l’avais dit également (ah, en cette fin de campagne, il faut bien se remonter le moral…), le débat n’aura aucun impact profond sur les intentions de vote (même si, à échéance très courte, il peut y avoir un léger artefact; à moins qu’il ne soit insensible et ne se manifeste que par une érosion freinée de Hollande). Ainsi, selon LH2, parmi ceux qui ont regardé ou écouté le débat (plus vieux et donc plus sarkozystes que la moyenne), les intentions de vote sont restées étales à 52-48. Selon IFOP, 3% des interrogés ont dit avoir changé d’avis à l’issue du débat, dont 1% des électeurs de Mélenchon, 8% de ceux de Bayrou et 8% de ceux de Le Pen: ces mouvements semblent s’être équilibrés ou avoir concerné des échanges avec l’abstention.
Comme d’habitude (sauf, peut-être pour 1974), le débat n’aura donc fait qu’entériner la situation pré-existante. Bien entendu, le débat peut créer une inflexion de dynamqiue pour Hollande, qui ne serait visible que dimanche. Mais c’est peu probable:
- ceux qui ont regardé le débat (finalement pas si nombreux) étaient probablement déjà sûrs de leur vote,
- la pugnacité de Hollande peut remobiliser aussi une partie de l’électorat sarkozyste,
- la longueur et l’aspect “fatiguant” du débat ont probablement altéré l’impression générale.
2. Vient le suicide politique de Bayrou. Ou le “coup de poignard en plastique dans le dos”
Je me permets de m’interroger sur ses motivations:
- Hollande n’a pas besoin de lui (ils doivent vraiment se gausser au PS ce soir…), il ne demandait rien et Bayrou vient se livrer pieds et poings liés… où est l’intérêt tactique ? Mélenchon a lui aussi soutenu Hollande sans conditions, mais ce sont ses propres électeurs qu’il a livrés, pas lui-même; ici, Bayrou se livre lui, mais pas son électorat, davantage de centre-droit en 2012, mais en partie exaspéré par Sarkozy et donc plus équilibré dans les reports; à moyen terme, toutefois, cet électorat reviendra plus facilement vers les Juppé, Borloo, NKM, Fillon, etc.;
- il a bien sûr intérêt, comme Le Pen, à la défaite de Sarkozy, mais comment peut-il maintenant se recycler au centre-droit ? Certes, les réactions des Morin et Juppé ont été moins hostiles que d’autres, mais ce n’est plus possible de passer sur une telle traîtrise politique; il a donc brûlé les vaisseaux du retour au port UDF;
- ah oui, les convictions… (rire étouffé)
Non, vraiment, je ne vois pas. Les deux seules explications que je puisse trouver sont majeures et stratégico-historiques:
- la circonscription de Bayrou est tout à fait gagnable par le PS en juin: alors, peut-être cherche-t-il à préserver sa source personnelle de revenus (oui, la terre, faut pas rigoler, hein, c’est dur, c’est lourd, à travailler…),
- les derniers fidèles et les petits apparatchiks du MoDem étaient majoritairement pour le vote Hollande: alors, peut-être cherche-t-il à conserver sa petite cour personnelle, sa “petite entreprise” (comme Le Pen père pendant longtemps), pour rester dans l’illusion de la persistance d’un destin national toujours intact (“miroir, miroir, dis-moi…”).
Bien entendu, les médias majoritairement de gauche se repaissent ce soir de cette “divine surprise” (oui, je l’écris exprès cet adjectif galvaudé…). Mais il est peu probable que les électeurs du MoDem se laissent influencer. Les sondages montraient que, majoritairement, ils préféraient que Bayrou ne donne pas de direction de vote. La subtile distinction entre “avis personnel” et “consigne de vote”, déjà utilisée par d’excellentes références centristes (Montebourg et Le Pen), ne trompera personne.
Au contraire, il se rend en rase campagne, incapable de peser sur le programme et l’orientation hollandaises: les vrais centristes avaient bien davantage obtenu de Rocard (et Mitterrand) en 1988… A moyen terme, Hollande pourrait avoir besoin, lorsqu’il pressurera les fonctionnaires et les collectivités locales, de jouer le MoDem contre le FG et la gauche du PS (surtout qu’EE-LV a du plomb dans l’aile). Mais que sera le MoDem en juin ? Jean Lassalle et peut-être le député de Mayotte et peut-être Bayrou lui-même (sans oublier Jacqueline Gourault au Sénat) ? Le MoDem, combien de divisions ?
En fin de compte, il n’aura vraiment rien gagné dans l’histoire et il n’est pas impossible que ses électeurs même le passent par pertes et profits: ceux qui étaient déjà décidés pour Sarkozy le trouveront traître, ceux qui étaient déjà décidés pour Hollande n’y prêteront pas attention, ceux qui n’étaient pas décidés ou préfèrent voter blanc considèreront peut-être qu’il aurait mieux fait de ne rien dire ou de rallier franchement Hollande. Mais peut-être que Bayrou s’est reconnu dans une certaine pusillanimité et un certain comportement velléitaire dans notre futur Président
Au moins, Villepin aurait fait cela avec panache (oh, c’est vrai, il reste encore toute la journée de demain
).
L’échec politique de l’aventure de Bayrou est maintenant consommé, dix ans après le début de sa rébellion anti-UMP. DSK, Sarkozy, Bayrou, la liste des morts s’allonge dans cette campagne…
3. Les reports de voix confirment le peu d’influence probable des deux événements du débat et de la trahison molle de Bayrou. Voyez, respectivement, LH2, IFOP (quotidien), OpinionWay et CSA:
- dans l’électorat Mélenchon: 93/2/5, 86/5/9, 77/9/14 et 81/7/12, globalement stable et solide pour Hollande,
- dans l’électorat Le Pen: 22/50/28, 18/50/32, 19/50/31, 17/57/26, toujours en amélioration pour Sarkozy (désormais à la moitié ou plus) ce qui explique ses gains globaux de la dernière semaine, mais toujours insuffisant,
- dans l’électorat Bayrou: 39/31/30, 32/34/34, 35/39/26 et 25/38/37, toujours divergents entre instituts, mais globalement équilibrés pour les deux candidats.
OpinionWay et CSA nous indiquent aussi que les abstentionnistes du premier tour se répartiraient respectivement à 28/28/44 et 25/25/50. Disons surtout qu’ils surévaluent leur propre participation, mais relevons que, de nouveau, les flux sont équilibrés entre les deux candidats.
Demain, je pourrai publier:
- un indicateur agrégé classique,
- un indicateur intégrant les matrices de reports de voix,
- des courbes de reports de voix,
- un graphique par sondeur, même si les biais sont maintenant réduits à leur plus simple expression.
Ce sera un peu le feu d’artifice final
MISE A JOUR: Harris donne aussi 53 (-2) – 47 (+2) ce soir, avec un Hollande gagnant du débat par 31-29. Mais, je n’ai aps encore les chiffres détailéls du sondage: je le publierai donc proprement demain. Avec le dernier IFOP quotidien et peut-être avec un TNS-Sofres et un nouvel IPSOS ? On peut toujours espérer !
Débat Hollande-Sarkozy: dans une confrontation paradoxale, Sarkozy a échoué à reprendre l’avantage et à profiter des faiblesses de Hollande
J’aurais probablement dû ouvrir un article sur le débat avant, pour permettre à tous de s’exprimer au travers des commentaires, mais, bon, mon article précédent sur les perspectives de bisbilles politiciennes pour Matignon et à l’UMP à partir de lundi m’intéressaient bien davantage
.
Voici quand même, à chaud, quelques impressions subjectives, sachant que, dès demain ce soir, nous reprendrons le fil normal de nos articles sondagiers.
- Sur la partie introductive, Sarkozy a attaqué d’emblée et habilement, mais Hollande s’est très bien défendu et, par rapport aux attentes -faibles au regard de sa piètre performance face à Aubry-, il a plutôt étonné de vivacité, de répondant et d’affûtage. Il a dû beaucoup s’entraîner et Valls va gagner des points ce soir… C’était du lourd, Sarkozy a “fait le job”, mais Hollande aussi bien, voire mieux.
- Hollande a bien enchaîné sur les aspects d’emploi et de fiscalité, même si le débat fut plus confus et si les chicaneries ont probablement donné l’impression d’une certaine confusion.
- Sarkozy s’est rétabli sur la gestion de la crise depuis 2008 et a pleinement profité de sa position présidentielle. Je pense que l’électorat Bayrou a ici pu trouver des motifs de se rapprocher de Sarkozy. De même, sur l’Europe, Hollande n’est pas apparu réaliste et est retombé dans le flou habituel.
- Sur l’immigration, Sarkozy avait très bien commencé et a plutôt été plus calme et clair, mais il a commis une erreur à l’égard de Hollande, qui a pu se rétablir sur la laïcité et a, fort étonnamment, quasiment pris l’avantage à l’égard de certains électeurs du FN. Hollande a été très habile et manipulateur, très mitterrandien. Il a presque remporté la période, non parce que Sarkozy a été mauvais mais parce que Hollande a été moins faible qu’attendu.
- Sur le nucléaire, Hollande n’a fait que défendre. Il a clairement sacrifié l’électorat Vert pour ne pas perdre pied face à Sarkozy. Paradoxalement, c’est une mauvaise séquence pour lui, alors que Sarkozy a été assez lourdaud dans ses attaques répétées.
- Sur la fonction présidentielle, Hollande avait l’avantage de départ, qu’il a partiellement dilapidé, avec sa longue litanie, à un moment où, probablement, les téléspectateurs commençaient à décrocher. Il a perdu du percutant inutilement. Mais Sarkozy a défendu faiblement et a surtout été déplacé sur DSK (encore que la réaction de la France profonde -si je puis dire…- pourrait ne pas être aussi négative), alors que les attaques de Hollande étaient des attaques faibles et du “microcosme” (les réunions des députés de l’UMP…) et que Hollande harcelait et interrompait bien trop son adversaire. Toutefois, par rapport à l’attente d’un écrasement de Sarkozy sur le sujet, Hollande n’a pas vraiment réussi à pousser son avantage, notamment à l’égard des centristes.
- Sur la politique étrangère, manifestement, les deux étaient fatigués et ce fut une match nul dans le vide.
- Sur la conclusion, Hollande a été convenu et a retrouvé sa généralité et sa prudence habituelles, sans aucun enthousiasme mais sans aucun risque. Sarkozy a été plus percutant et convaincant, il a fait une bonne synthèse pour chaque électorat, même si ses dernières phrases étaient un peu “en roue libre”.
Sur le fond, c’était plutôt un débat de chefs de partis. Sarkozy a été contraint de défendre le bilan, ce qu’il ne voulait pas faire mais a finalement plutôt bien fait, tant ce n’est pas facile de se représenter avec 10% de chômage et une dette et des déficits publics gigantesques. Quant à Hollande, il n’a pas été très précis et a resservi ses propositions de la primaire, mais Sarkozy a été incapable de l’attaquer comme l’avait fait Aubry.
Sur la forme, la très grande tension n’a bénéficié à personne et chaque camp aura trouvé quelque chose à rejeter chez l’autre. Toutefois, paradoxalement et à fronts renversés, Sarkozy est apparu sur la défensive et Hollande quasi-agressif en harcelant et interrompant sans cesse: il voulait manifestement faire plus “ferme” et présidentiel. Mais Sarkozy n’a pas su en profiter: sur l’indécision et sur une certaine arrogance, il a semblé presque interdit face à Hollande, pourtant pas si bon. A l’inverse, Sarkozy est retombé dans ses tics et dans l’agitation, alors même qu’il devait d’abord paraître plus présidentiel, surtout à l’égard de l’électorat centriste.
Au final, Hollande a peut-être marqué des points à l’extrême-droite et, peut-être, démobilisé l’électorat UMP qui doit être déçu (les visages d’Yves Thréard et François d’Orcival ne trompent pas…). En revanche, il a perdu des voix chez les Verts, voire chez Mélenchon. Sarkozy n’a probablement pas beaucoup progressé dans l’électorat FN, mais a peut-être marqué quelques points chez les centristes. Et les abstentionnistes s’abstiendront.
Bref, Hollande a habilement réussi à annuler tout effet négatif pour lui, en ne perdant pas et en ramenant ce débat à ce qu’a été l’élection dès le début: un référendum anti-Sarkozy, une élection par défaut d’un candidat “normal” (et j’ai toujours répété la subtilité tactique de ce positionnement, avant même la chute de DSK), une simple alternance après un bilan difficile en période de crise forte, comme on en connaît tant en Europe.
Hollande n’avait pas suscité beaucoup d’attentes avant et on pouvait penser qu’il gèrerait: il a été plutôt offensif. Sarkozy avait mis la barre plus haut, demandé 3 débats et considéré que Hollande était moins fort qu’Aubry: il n’a pas réussi à atteindre son propre objectif. Là encore, il aura rendu un grand service à Hollande…
Statistiquement et électoralement, Hollande a gagné, parce que Sarkozy n’a pas réussi à l’écraser ce soir. Sarkozy aurait pu être meilleur, mais il a semblé abandonner trop facilement la partie, probablement parce qu’il est arrivé perdant au fond de lui. Il aurait dû se faire entraîner par Aubry ! Mais c’était réellement “mission impossible” pour Sarkozy, quand on y songe un instant. Hollande aura aussi plutôt gagné parce que les sondages le déclareront globalement tel.
Nous verrons dans les 2 jours s’il y a une petite évolution, mais, même en 2007 (oui, je maintiens, dans IPSOS, IFOP et Sofres, Sarkozy avait gagné 1 à 2 points avant le week-end en 2007, pour les reperdre le dimanche), cela n’avait pas duré alors que Royal avait été dominée. La durée du débat aura spurement dissuadé aussi tout mouvement significatif de voix: 2h50… Même Aubry et NKM paraissaient lessivées du simple fait d’avoir écouté de bout en bout… Encore un débat pour rien, finalement… Il est loin le temps de 1974….
Une seule conséquence politique, peut-être: il sera un peu plus facile pour Bayrou, aujourd’hui, de ne pas prendre position ou même de voter personnellement Sarkozy… Mais sait-il lui-même à cette heure-ci ce qu’il va dire tout à l’heure… ?
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