Derniers sondages IFOP, OpinionWay, TNS-Sofres, BVA, CSA, LH2 (circo), OpinionWay (circo), IPSOS (circo) et IFOP (circo) pour les législatives: la convergence des sondages incite à maintenir les pronostics d’une absence de groupe Vert et de députés FN et d’une majorité absolue radicalo-socialiste

IFOP-Fiducial
Paris Match, Europe 1
31 mai-1er juin 2012
échantillon: 874 inscrits sur un total de 1005

EXG 1,5
FG 8
PS+PRG+DVG 33
EE-LV 4
(soit PS+PRG+EE-LV 37)
MoDem 3
UMP+NC+PR 30,5
DVD 3,5
(soit UMP+NC+PR+DVD 34)
FN 15
EXD 0,5
Divers 1

TNS-Sofres-Sopra Group
Le Nouvel Observateur

1-3 juin 2012
échantillon: 1000

EXG 1,5
FG 7,5
PS+PRG+DVG 31,5
EE-LV 5
(soit PS+PRG+DVG+EE-LV 36,5)
MoDem 2
UMP+NC+PR+DVD 35
FN 15
Divers 2,5

OpinionWay-Fiducial
Le Figaro, LCI
4-5 juin 2012
échantillon: 1697 inscrits sur un total de 1821
(évolution par rapport à la précédente livraison du même sondeur)

EXG 1 (=)
FG 8,5 (+0,5)
PS+PRG+DVG 31 (-1)
EE-LV 5,5 (+1,5)
(soit PS+PRG+DVG+EE-LV 36,5)
MoDem 2 (-2)
AEI 1 (=)
UMP+NC+DVD 35 (+4)
FN 15 (-1)
Divers 1 (-2)

BVA
Le Parisien-Aujourd’hui en France
5-6 juin 2012
échantillon: 1182

LO 1
NPA 0,5
FG 9
PS+PRG 32
EE-LV 4,5
(soit PS+PRG+EE-LV 36,5)
MoDem 3,5
AEI 1
UMP 32
DLR 1
(soit UMP+DLR 33)
FN 15,5

CSA
BFM-TV, RMC, 20 Minutes, CSC
5-6 juin 2012
échantillon: 875 inscrits sur un total de 1003
(évolution par rapport à la précédente livraison du même sondeur)

LO 1 (=)
NPA 0,5 (+0,5)
FG 8 (-2)
PS+PRG+MRC 32,5 (+2,5)
EE-LV 5 (=)
(soit PS+PRG+MRC+EE-LV 37,5)
MoDem 3 (=)
UMP+NC+PR 32,5 (+1)
DLR 0,5 (=)
(soit UMP+NC+PR+DLR 33)
FN 14 (=)
autres 3 (-2)

1. S’il subsiste quelques écarts, les sondeurs sont désormais très convergents.

TNS-Sofres et OpinionWay nous gratifient de ces projections en sièges toujours aussi inutiles car trop dépendantes des chiffres nationaux. Selon TNS-Sofres, voici les fourchettes prévisibles, qui sont les plus proches de mes propres pronostics, en voyant un PS plus dominant à gauche que les autres projections: FG 13-18 (un peu « rude »)/ PS+PRG+DVG 280-310 (le 289 serait quasi-assuré)/ EE-LV 12-17 (on rappelle qu’un groupe se forme à 15) / MoDem 0-2 (voilà qui est réaliste, même si peu audacieux) / UMP+NC+PR+DVG 235-265 / FN 0-5 (c’est déjà optimiste).
Pour OpinionWay, les résultats prévisibles sont plus « classiques » par rapport au discours ambiant depuis le début de la campagne: FG 20-24 / MRC 1-3 (original, tant les députés MRC sotn désormais totalement dépendants du PS) / (PS+PRG+DVG 271-296 / EE-LV 18-24 (comment y croire ?) / MoDem 0-2 / UMP+NC+DVD 230-267 / FN 0-2 (voilà qui est raisonnable).

OpinionWay nous montre que le fait de voter d’abord pour un « courant politique proche de ses idées » séduit 75% des électeurs (+5), contre 24% (-5) qui privilégieraient « une personnalité appréciée ». Cette évolution est plutôt favorable à la majorité souhaitée par le pouvoir socialiste. De même, le rapport intérêt/désintérêt pour la campagne et les législatives est meilleur chez les anciens électeurs de 2e tour de Hollande (51/48) que chez les anciens électeurs de Sarkozy (45/55), ce qui peut alimenter une abstention différentielle et un écart de mobilisation défavorables à la droite.

Toutefois, la participation pas meilleure qu’en 2007 (60% selon OpinionWay) et la légère décrue du FN (même si j’ai pu la relativiser en estimant qu’elle serait peut-être plus forte à l’Ouest qu’à l’Est et n’influerait donc pas tant que cela sur les triangulaires prévisibles) pourraient limiter les effets dévastateurs pour la droite de la présence de candidats FN au second tour.

2. Les sondages par circonscription restent plus intéressants et continuent de me conforter dans mes pronostics, même si j’effectuerai probablement quelques ajustements, demain ou samedi, sur l’outre-mer et l’étranger, voire sur quelques circonscriptions aux prédictions trop « audacieuses » (Loire principalement; en général, cependant, seulement au sein d’un même camp: Ardèche, Pas-de-Calais, Morbihan par exemple).

En tous les cas, nous sommes gâtés, même si beaucoup de sondages locaux restent sur des circonscriptions assez « sûres ».

Parmi les circonscriptions sondées, il y a les confirmations pour la gauche, malgré l’incertitude en interne sur le candidat en tête:

IFOP 1e de Charente-Maritime:
PS 36 (+3) / DVG 22 (-4) / UMP 21,5 (+2) / FN 7 (-2) / FG 4,5 (+1,5) / EE-LV 3 (-1) / MoDem 2,5 (-0,5) / PR 2 (-0,5) / LO 0,5 (+0,5) / MRC 0,5 (+0,5) / div.écol. 0,5 (+0,5) / deux autres 0
PS 58 / UMP 42
PS 51 / DVG 49
PS 43 / UMP 30 / DVG 27
Royal est donc confortée et le réflexe légitimiste semble fonctionner en sa faveur. Les effets de la division sont toutefois forts, car, en cas de duel PS-UMP, les électeurs de Falorni qui s’expriment se répartissent à 51-49 en faveur de l’UMP… A l’inverse, les électeurs de l’UMP qui s’expriment optent à 88-12 en faveur de Falorni si celui-ci est seul face à Royal.

IFOP 2e de l’Aude:
UMP 27 / PS 25 / DVG 20 / FN 17 / FG 9 / NC 1 / AEI 1 / six autres 0
PS 49 / UMP 31 / FN 20
DVG 50 / UMP 32 / FN 18
PS 55 / UMP 45 (avec un report FN 20-80 chez ceux qui s’expriment)
DVG 57 / UMP 43 (avec un report FN 22-78)
Codorniou serait donc distancé, sans grande surprise. Le FN serait là encore distancé au 1er tour et ne pourrait pas se maintenir.

IFOP 11e du Pas-de-Calais:
FN 37 (+3) / FG 25 (-4) / PS 21,5 (+3,5) / MoDem-UMP 13 (-3) / EE-LV 2,5 (=) / NPA 0,5 (+0,5) / div.écol. 0,5 (+0,5) / sept autres 0
FG 52 / FN 48
PS 57 / FN 43
Ce sondage pourrait accélérer la tendance au vote « utile » dans la circonscription la plus médiatisée de France: le raisonnable candidat socialiste est manifestement plus efficace face à Le Pen que le tonitruant Mélenchon. Je suis presque tenté de prolonger la tendance et de voir la circonscription acquise au PS. Encore un jour de réflexion… 😉

OpinionWay 2e du Rhône:
PS 35 / UMP 32 / EE-LV 9 / FG 8 / FN  5 / PR-MoDem 5 / DVD 3 / LO 1 / NPA 1 / DLR 1 / huit autres 0
PS 55 / UMP 45
Les reports vers le PS, l’UMP et l’abstention sont les suivants: 77/7/16 chez les électeurs EE-LV, 26/59/15 chez les électeurs PR-MoDem (décevant pour l’UMP), 10/54/36 chez les électeurs FN.
IPSOS 2e du Rhône:
PS 34 / UMP 27 / FG 10 / DVD 9 / EE-LV 7 / FN 5 / PR 1 / LO 1 / NPA 1 / MPF 1 / autres 4
PS 56 / UMP 44
On voit ici que les sondages locaux sont quand même assez divergents, en particulier en ce qui concerne les petits candidats et donc aussi leur ordre d’arrivée et l’éventuelle qualification au 2nd tour de candidats moyens. 

Il y a aussi les gains ou les progrès pour la gauche, que la droite ne paraît pas en mesure ou qu’il lui sera difficile de contrecarrer:

IFOP 1e des Pyrénées-Orientales:
UMP 29,5 / FN 23 / PS 20 / FG 18 / MoDem 3 / EE-LV 2,5 / NPA 1 / PF 0,5 / LO 0,5 / AEI 0,5 / GE 0,5 / PRG 0,5 / SE 0,5 / trois autres 0
FG 40 / UMP 36 / FN 24
PS 41 / UMP 35 / FN 24
Voilà une vraie manipulation médiatique et/ou sondagière: car « on » conclut à un avantage pour la gauche… ! Or, avec ces résultats de 1er tour et l’abstention habituelle à Perpignan, ni le PS, ni le FG ne seraient au 2nd tour ! Et c’est l’UMP qui battrait évidemment Louis Aliot, dont la capacité de nuisance est, sinon, très forte à l’égard de l’UMP (c’était d’ailleurs le sens de mon pronostic dans cette circonscription, que je maintiendrai évidemment !).
L’hypothèse n’est même pas envisagée, ni celle d’un duel UMP-gauche, car, même à 23, le FN n’est pas à l’abri d’une mauvaise surprise pour lui, si un candidat de gauche le dépasse.
C’est un réel scandale car, localement, l’Indépendant est évidemment très lu et ce sondage arrive trop tard pour être contrecarré dans l’effet possible sur les électeurs…

LH2-DOM 4e de la Réunion:
Impossible d’avoir mieux qu’un score de 54 pour le PS dès le 1er tour.
LH2-DOM 5e de la Réunion:
Simplement un PS à 39, un NC à 22 et un PCR à 20.
En fait, il existe aussi des sondages LH2 dans les 6e et 7e, mais sans que je réussisse à en récupérer le détail, LH2 semblant avoir un mode de fonctionnement colonial, qui empêche de savoir ce qui se passe depuis la métropole 😛

IFOP 1e de l’Aveyron:
UMP 40,5 / PS 25,5 / PRG 13 / FN 9 / FG 8,5 / EE-LV 3 / AEI 0,5 / LO 0
UMP 50,5 / PS 49,5
Les reports seraient de 87-13 chez les électeurs FN s’exprimant, de 16-84 chez les électeurs PRG (un peu décevant pour le PS) et de 17-83 chez les électeurs EE-LV.
Comme prévu, ce sera très dur pour l’UMP Yves Censi, même s’il semble pouvoir résister. Globalement, l’Aveyron pourrait continuer d’envoyer deux députés de droite, mais à chaque fois dans un mouchoir de poche. Comme l’Yonne, la Lozère, la Meuse, le Jura, le Lot-et-Garonne, voilà un département rural qui n’intéresse pas beaucoup de monde, mais qu’il faudra bien suivre les 10 et 17 juin, car c’est aussi là que le PS va bâtir -ou non- sa majorité absolue.

OpinionWay 1e du Rhône:
EE-LV 24 / PRG 21 / UMP 30 / FN 9 / FG 8 / MoDem 3 / PCD 2 / LO 1 / DLR 1 / AEI 0,5 / Cap21 0,5 / trois autres 0
EE-LV 52 / UMP 48 (les PRG se reportent alors à 72/12/15 vers Meirieu, l’UMP et l’abstention; les FN se reportent à 18/66/16)
PRG 54 / UMP 46 (reports EE-LV 78/9/13 et reports FN 20/51/23)
Comme c’est une excellente idée d’avoir sondé cette circonscription, ne critiquons pas trop, mais, quand même, envisager une triangulaire (étant donné la virulence du combat Meirieu/Collomb par Braillard interposé) aurait été subtil, avec une petite chance pour le PRG d’éviter une victoire par défaut de l’UMP.
Quoi qu’il en soit, je me doutais qu’il serait difficile à Collomb de combattre le boboïsme de 2e génération… Mais tout espoir n’est pas perdu pour Braillard… Si seulement les électeurs de droite comprenaient l’enjeu et la nécessité d’un vote utile… 😉
IPSOS 1e du Rhône:
EE-LV 22 / PRG 20 / UMP 33 / FN 10 / FG 8 / MoDem 3 / autres 4
EE-LV 53 / UMP 47
PRG 53 / UMP 47
Les divergences entre sondeurs sont moindres que sur la 2e du Rhône, alors que la situation est moins classique. Tout cela doit renforcer notre prudence à l’égard des sondages locaux, même si le foisonnement actuel est tout à fait « excitant »…

Il y a aussi les victoires de la droite qui sont autant de non-événements:

OpinionWay 3e des Alpes-Maritimes:
NC-UMP 40 / PS 22 / FN 18 / FG 6 / EXD 4 / MoDem 2 / LO 1 / AEI 1 / DLR 1 / PCD 1 / EXG 1 / PRG 1 / RPF 1 / divers 1 / trois autres 0
UMP 62 / PS 38 (avec un report du FN à 0/44/56 si l’on garde l’ordre de la présidentielle) ou, en cas de triangulaire, UMP 47 / PS 34 / FN 19

OpinionWay 7e du Var:
UMP 40 / MRC-PS 22 / FN 15 / FG 8 / DVD 6 / div.écol. 2 /AEI 1 / AC 1 / DVD 1 / NPA 1 / DLR 1 / EXD 1 / div.écol. 1 / deux autres 0
UMP 49 / MRC-PS 34 / FN 17
UMP 62 / MRC-PS 38 (avec alors un report FN à 13/56/31, quelconque pour l’UMP, et un report DVD 7/64/29 plutôt décevant)

Il y a également les victoires plus délicates pour l’UMP, qui assure toutefois l’essentiel:

OpinionWay 6e de Seine-et-Marne:
UMP 42 / EE-LV-PS 29 / FN 16 / FG 8 / MoDem 2 / AEI 2 / DLR 1 / deux autres 0
UMP 55 / EE-LV-PS 45 ou, en cas de triangulaire, UMP 46 / PS 40 / FN 14
Même s’il est moins écrasant que dans le sondage BVA, Copé n’est donc pas particulièrement menacé.
En cas de duel, relevons que le report du FN est mauvais pour Copé: 17/31/52 si l’on garde l’ordre de la présidentielle. Un syndrôme Chirac-Juppé ? Un effet des attques ciblées d’Arnautu ?La volonté de couper la tête de l’UMP ?

OpinionWay 2e des Alpes-Maritimes:
UMP 40 / EE-LV-PS 34 / FN 18 / FG 4 / LO 1 / PRG 1 / AEI 1 / divers 1 / NPA 0
UMP 55 / EE-LV-PS 45 mais, en cas de triangulaire, EE-LV-PS 42 / UMP 41 / FN 17
Certes, la circonscription est la moins facile des Alpes-Maritimes et Ginésy est usé, mais c’est une petite surprise de voir que l’hypothèse d’une triangulaire lui est aussi défavorable (d’autant qu’en cas de duel gauche-droite, les reports FN sont bons pour la droite: 12/69/19). Néanmoins, cette hypothsèe reste peu probable, ce qui devrait sauver l’UMP, sur le fil.

Je ne reprends pas les conclusions générales de mon précédent article: elles n’ont pas évolué.
Si j’en ai le temps et le courage, ce qui est peu probable, je réaliserai un petit graphique des intentions nationales. Je veillerai surtout à actualsier ma carte des pronostics avant 1er tour.

Géographie électorale simplifiée du 2e tour: les faiblesses structurelles de la droite, sous pression du FN, et l’avenir de la gauche, sans nécessité populaire

1. Comme pour le 1er tour, je ne reviendrai pas sur les cartes par niveaux et seuils de résultats, plus ou moins bien choisis, disponibles partout. J’avais d’ailleurs fourni une première carte la nuit de l’élection.

En revanche, j’ai confectionné rapidement quelques cartes répartissant en 6 blocs égaux tous les départements métropolitains (donc 6 groupes de 16 à chaque fois), afin de faire apparaître les zones de force (et de faiblesse) de chaque candidat. Cela permet de repérer plus facilement les évolutions géographiques et sociologiques des électorats des candidats (ou l’absence d’évolution). Je me contente de la maille départementale, mais je ne doute pas que les sites « World Elections », « Elections France » (deux blogs de l’excellent Gael L’Hermine, cités dans le blogroll ci-contre) et « Dave Leip’s Atlas Forum », produiront de belles cartes par circonscription législative, par canton, voire par commune.

Attention, n’interprétons pas les couleurs foncées ci-dessous comme indiquant forcément un niveau de votes élevé dans l’absolu, mais simplement comme une force relative, en comparaison du score national du candidat concerné. Mes catégories ont des limites évidentes, puisqu’il peut y avoir un écart significatif entre deux départements appartenant à la même catégorie ou faible entre deux départements appartenant à deux catégories différentes. Je le signalerai en tant que de besoin. Les conclusions restent robustes.

J’ai également confectionné des cartes répartissant en 6 blocs égaux les départements selon la progression ou la régression brute de chaque candidat de 2007 à 2012. La comparaison peut avoir plus de sens avec 1995 ou, bien entendu, avant, c’est-à-dire avec des élections gauche-droite « normales ». Mais je suis ici dans une optique de court terme et surtout davantage tournée vers l’avenir que dans l’analyse des séries longues. Plus le département est de couleur foncée, plus le candidat progresse ou moins il régresse.

2. En ce qui concerne Sarkozy, la carte du second tour, en comparaison d’un premier tour plus « classiquement de droite » (je renvoie à mon article correspondant sur le premier tour), retrouve une coloration lepéniste forte.

L’évolution d’un tour à l’autre est très proche de la carte de Le Pen, même si les zones populaires « de gauche » sont évidemment moins concernées (Pas-de-Calais, Aisne, Ardennes), tandis que Sarkozy progresse dans l’électorat de centre-droit traditionnel (Mayenne, Vendée).
En comparaison de 2007, le bilan est plus « équilibré ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La situation de 2012 n’est, en termes relatifs, pas foncièrement différente de celle de 2007, si ce n’est une légèrement meilleure résistance dans l’ouest du grand Bassin Parisien, alors que Cantal et Haute-Loire (et l’inexplicable Manche) connaissent une vraie décrue.

La variation 2007-2012, qu’il faut replacer dans un contexte de recul généralisé, nous montre toutefois que Sarkozy résiste dans les vieux bastions de droite, soit qu’ils lui restent fidèles à des niveaux corrects (Alsace-Moselle, Ain-Haute-Savoie, extrême Sud-Est), soit qu’il maîtrise la descente (Lorraine, Corse, voire est du Rhône), soit enfin qu’il ait de toute façon atteint un étiage (Nord-Ouest).

Mais toutes ces données montrent la dépendance de la droite à l’égard du FN. Celui-ci ne constitue nullement un réservoir de voix au-delà de l’électorat traditionnel de droite (ainsi que le montrent les résultats contrastés de la Picardie: l’électorat populaire-populaire ne va de toute façon pas vers Sarkozy; seul l’électorat populaire-boutiquier et rural y va, mais seulement éventuellement, pas de manière automatique). Il peut en revanche durement sanctionner la droite.

Enfin, une autre faiblesse vient de l’évolution catastrophique de l’Ile-de-France, qu’il s’agisse de Paris même, mais aussi de la banlieue ouest, tandis que les banlieues nord, sud et est se vident de la droite (la Seine-et-Marne connaît une évolution rapide: après avoir été longtemps une « anomalie » rurale et conservatrice en Ile-de-France, elle s’était urbanisée et lepénisée dans les années 80 et 90, tandis que, désormais, elle se « pavillonarise » et se teinte de rosepâle). Cette évolution est une vraie difficulté pour la droite, alors qu’il s’agit là de la région la plus peuplée et dont les bordures extérieures continuent de croître fortement. La perte complète de la Seine-Saint-Denis n’a jamais été un problème. L’éloignement, semble-t-il profond, de Paris, des Hauts-de-Seine, de l’Essonne, du Val-d’Oise et, en partie, de la Seine-et-Marne et des Yveline est beaucoup plus inquiétant.

Mais comment concilier l’électorat modéré de Bretagne, bobo de Paris ou Issy-les-Moulineaux, anti-immigrés de l’Oise, rural en difficulté de la Meuse, boutiquier du Vaucluse, parvenu du Var ou vieux bourgeois du Rhône ? C’est un peu la quadrature du cercle pour la droite.

3. Les cartes de Hollande présentent de bonnes nouvelles pour le PS, au-delà même de la progression générale de son score, visible dans la grande proximité des cartes socialistes de 2007 et 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà de cette similitude, l’évolution quinquennale montre évidemment le « localisme » à l’oeuvre en Limousin, Périgord, Auvergne, jusqu’au Larzac. Mais, comme cela avait pu être noté au 1er tour, la gauche revient dans le sud du triangle Le Havre-Dunkerque-Charleville-Mézières, qu’elle avait un peu déserté. Certes, cette région est en déclin, mais elle compte encore beaucoup de réservoir de voix. Surtout, la progresion est intéressante dans des régions plus dynamiques, de Paris jusqu’à la 4e couronne parisienne.

Plus localement, la progression dans la Manche, déjà avérée, mais accélérée, reste un mystère: le nucléaire, Cazeneuve, la lointaine influence de Caen et de Rennes, la droite ridiculement divisée ?

D’un tour à l’autre de 2012, aucune surprise: c’est, massivement, l’électorat mélenchono-communiste qui a accru la performance de Hollande (celui-ci ayant déjà capté tout ce qu’il pouvait en Corrèze dès le 1er tour…). Jusqu’aux particularités du Jura, du sud des Alpes, de la Meurthe-et-Moselle, c’est un fidèle décalque de la carte Mélenchon.

A une grosse exception près: les Pyrénées-Atlantiques où, manifestement, l’électorat bayrouïste a suivi son chef (probablement à contre-courant du reste du pays). Mais, depuis 2007, le phénomèn est clair: il ne s’agit pas seulement d’anciens électeurs de gauche déçus par Royal et égarés sur Bayrou; localement, ce dernier a bel et bien « recyclé » des électeurs de droite au profit de la gauche, de manière apparemment durable… Ce département traditionnellement conservateur se retrouve désormais plus « rose » que les places fortes historiques du socialisme mitterrandien qu’étaient les Landes et le Gers !

En restant dans le Sud-Ouest, le tassement socialiste autour de la vallée de la Garonne se confirme, coupant en deux la traditionnelle zone d’influence de la gauche, qui est maintenant plus concentrée sur le Massif Central et les Pyrénées. Tant que Toulouse reste acquise, cela ne pose pas de difficulté particulière pour la gauche, qui attire simplement moins les rurbains, les péri-urbains en difficulté, ceux qui sont en 2e ou 3e couronnes des grandes agglomérations de manière contrainte.

3. L’étude des abstentions montre une grande stabilité entre 2007 et 2012 et l’influence forte de tous les électeurs modestes du FN, qu’ils soient populaires ou ruraux: ce sont bien le Nord et le Nord-Est qui s’abstiennent massivement, en dehors des foyers traditionnels d’abstention: Corse, Charentes, Cher, banlieues nord-est de Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au premier tour, l’abstention était évidemment plus « classique » (Nord, Ardennes, Moselle), avec de vrais abstentionnistes récurrents et forte dans l’Ile-de-France « surbookée », dépolitisée, active, je-m’en-foutiste ou en week-end, comme on voudra… Au 2e tour, le phénomène se modifie et est évidemment fortement influencé, come on l’a vu, par la carte lepéniste, dans le Nord-Est et le Nord intérieurs.

4. La carte des blancs et nuls, qui ont certes progressé partout et ne présentent pas un écart national très ample, révèle cependant une caractéristique intéressante: le vote blanc est un vote rural bien plus qu’urbain. Dans les villes, si on refuse, si on s’oppose, on s’abstient (Ile-de-France, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Rhône, Nord, Bas-Rhin); dans les campagnes, on va déposer une enveloppe dans l’urne, même sans exprimer de suffrage, ce qui explique la faiblesse relative des blancs et nuls dans la plupart des départements urbains (Ile-de-France, Nord, Bas-Rhin, Rhône, Isère, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Gironde,…).

La carte ressemble ainsi à un « mix » du FN (Est intérieur, Pîcardie) et du PCF traditionnels (Berry, Bourbonnais, Nord ouvrier, Midi). La Corse reste, elle, une énigme de ce point de vue…

Tandis que la Bretagne se distingue par son intégration politique absolue au système: non seulement on vote, mais en plus on exprime un suffrage, comme si on trouvait l’offre politique tout à fait satisfaisante. Le Poitou et la Vendée peuvent être rangés dans la même catégorie, le cas de la Corrèze étant… particulier.

5. Ainsi, les faiblesses structurelles de la droite, affaiblie dans des régions dynamiques et dépendante des suffrages qui tendent à s’égarer sur le FN alors que le centre-droit voit sa géographie s’étioler, se confirment d’un tour à l’autre. La situation de l’Ile-de-France apparaît inquiétante.

Quel(s) leader(s) pourrai(en)t-il(s) lui permettre de se redresser ? Faut-il qu’elle régionalise son action ? Nous essaierons d’en discuter prochainement.

Indicateur agrégé du 30 avril 2012, indicateur des reports de voix et évolution par sondeurs: dans un contexte de convergence sondagière, petit « 53-47 avec perspective clairement négative » et détérioration des reports de voix pour Hollande

(Ante-scriptum: pour ceux qui arriveraient tardivement devant leur écran, allez faire aussi un tour dans l’article précédent, avec tous les sondages sortis aujourd’hui)

1. L’indicateur agrégé se resserre aujourd’hui assez nettement: 52,95 / 47,05.

Sarkozy est à son plus haut niveau, mais il n’atteint en fait que le pourcentage de Royal de 2007. On mesure ainsi la difficulté de ce dernier week-end sans campagne mais pas sans actualité (oui, tout est possible…).

Cet indicateur reprend les 10 sondages de la semaine passée, pour un échantillon total de 14 315 personnes. Tous les sondeurs y sont représentés, IFOP et BVA l’étant deux fois. IPSOS et BVA ont eu la bonne idée de re-sonder aujourd’hui et TNS-Sofres a publié son dernier sondage comme prévu, tandis qu’IFOP a terminé son rolling par un sondage représentant l’écart le plus faible entre les 2 candidats jamais relevé: 52/48. Ce sondage est le seul à intégrer un petit contingent de personnes interviewées après le lapin sorti du chapeau de Bayrou. Inversement, IFOP a plutôt présenté un tropisme pro-Sarkozy sur le moyen terme.

La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, sans pondération, donne un chiffre de 52,75 / 47,25.
La moyenne des derniers sondages de chaque sondeur, pondérée par les échantiloons respectifs, donne un chiffre de 52,70 / 47,30.

Le sondage quotidien de l’IFOP suit une tendance similaire:

2. De manière très satisfaisante, l’indicateur des reports de voix (appliquant l’agrégation des matrices de reports de voix des mêmes sondages aux résultats réels des premiers tours) donne un résultat absolument identique: 52,97 / 47,03. Au point que ç’en est presque louche ! Mais, tant mieux, cela permet d’affirmer que tous ces chiffres sont vraiment solides.

Dans le détail des électorats encore mesurés systématiquement par les sondeurs (en rappelant que les graphiques sont légèrement « allongés » en fin de période, afin de rester lisibles):

électorat Mélenchon: 84,04 / 4,96 / 11,01 en baisse de presque 1 point pour Hollande et en amélioration de près d’1 point pour Sarkozy, ce qui est difficile à expliquer autrement que par une variation statistique liée à la faiblesse des échantillons, sans véritable signification. Les reports de voix restent très élevés à gauche et on ne voit pas comment Hollande pourrait faire davantage:

même si l’électorat Joly n’est quasiment plus suivi par les sondeurs, actualisons tout de même la courbe, très favorable à Hollande, sans être aussi bonne que celle de l’électorat du FG:

électorat Bayrou: 34,03 / 36,29 / 30,38 soit en détérioration assez nette de 2,5 points pour Hollande en une semaine et en très légère décrue pour Sarkozy, avec un solde positif pour ce dernier, comme il y a une semaine; reste à savoir si cette tendance favorable au Président sortant, claire dans le graphique, car quasi-linéaire (malgré une courbe polynomiale d’ordre 6 !), reste valable après la « pochette-surprise » Bayrou d’hier soir:

électorat Le Pen: 18,66 / 52,76 / 28,59 soit en baisse de près de 3 points pour Hollande, et en forte amélioration de presque 5 points pour Sarkozy; contrairement à ce que j’écrivais et à ce qui était assez largement admis, Sarkozy semble avoir continué de grignoter l’électorat Le Pen; il n’est pas sûr qu’il ait entamé la base populaire-populaire, mais il eput toujours arguer que son positionnement d’entre-deux-tours n’était pas mauvais, puisqu’il a bien gagné chez les lepénistes, sans perdre chez les bayrouïstes; cependant, s’il ne parvient pas à accrocher les 2/3 de cet électorat et à progresser encore chez les bayrouïstes, le « saut » sera trop dur à effectuer; il ne lui reste que 2 nuits de réflexion, il va lui falloir un bon télépathe:

abstentionnistes du 1er tour: 29,93 / 30,34 / 39,73, ce qui rend très sceptique car on imagine mal 60% des abstentionnistes du 1er tour (déjà pas si nombreux) se ruer sur les urnes ce dimanche; ce qu’il est ici important de retenir, c’est que les apports de nouveaux électeurs sont constamment apparus assez équilibrés et donc sans incidence fondamentale sur le résultat, même si légèrement favorables à Sarkozy puisque’il est en retard au score:

3. Enfin, actualisons le graphique de tous les sondages de second tour publiés en 2012. Là encore, en raison de la profusion de sondages en avril et mai, la fin du graphique est « allongée » dans le temps, afin de rendre visible chaque sondage. Cet effet de distorsion ralentit quelque peu la tendance au rebond de Sarkozy ou au resserrement de l’écart. Précisons que les courbes de tendance ci-dessous sont des polynomiales d’ordre 4, car, à ce stade, depuis janvier, c’est bien le nombre de « périodes » décelable. Et, avec cet ordre 4, la convergence est la plus forte entre sondeurs (au point de brouiller la vision… :P)

La convergence assez nette des sondeurs, qui se situent dans une fourchette de 1,5 point (52-53,5), avec une tendance unanime sur, au moins, leurs deux derniers sondages au resserrement de l’écart Sarkozy-Hollande, fait que les biais ne sont désormais plus tellement d’actualité, même si IFOP et OpinionWay sont dans le bas de la fourchette et TNS-Sofres dans le haut. Mais BVA et IPSOS sont également plutôt dans le bas de la fourchette alors qu’ils semblaient jusque là plutôt pro-Hollande. Enfin, la qualité des sondeurs au premier tour n’est plus très utile ici, étant donné la faiblesse des écarts, le meilleur (Harris) étant sur la même ligne que deux moins bons (CSA et LH2), le moins bon (BVA) étant en accord avec deux satisfaisants (OpinionWay et IPSOS), et deux autres très satisfaisants (IFOP et TNS-Sofres) constituant les extrêmes.

Les éléments favorables à Sarkozy sont donc:
– une unanimité des sondeurs et des indicateurs sur la tendance en cours: il progresse en niveau brut,
– une amélioration continue du solde des reports de voix dans les électorats Le Pen et Bayrou,
– un résultat brut situé dans la marge d’erreur des sondeurs et dans une zone encore atteignable au prix d’une éminente surprise.

Ceux favorables à Hollande sont:
– une persistance majoritaire jamais démentie,
– un bon et solide report de voix à gauche,
– une sur-mobilisation qui ne lui serait pas fondamentalement défavorable.

De ce point de vue, l’effet Bayrou peut conduire à quelques mouvements favorables à Hollande, en même temps qu’à une remobilisation à droite et au centre-droit, par « réaction ». Quant aux sondages, leur détérioration pour Hollande peut tout aussi bien remobiliser à gauche par « crainte » que donner un espoir à droite et rendre utile le devoir civique de dimanche. Au final, comme souvent dans les présidentielles, il est peu probable que ces variables aient un réel effet.

4. Sur ces différentes bases et en considérant que les deux seules inconnues du second tour (l’effet Bayrou et les niveaux de participation) n’auront pas d’influence, mon pronostic est le suivant, conforme à la tendance de l’indicateur agrégé, prolongé jusqu’à dimanche:

Hollande 52,2%
Sarkozy 47,8%

Quel est le vôtre ?

En dessous de 51, ce serait un démarrage de mandat très affaibli pour Hollande et un jackpot inattendu pour Bayrou et… Sarkozy.
Entre 51 et 52 pour Hollande, ce serait une grosse déception et un Mélenchon et des Verts revenus dans le jeu législatif, ainsi qu’une droite soulagée et plus à même d’affronter le problème FN.
Entre 52 et 53, ce serait une petite contre-performance pour Hollande, supprimant l’état de grâce mais plaçant l’UMP dans la vraie défaite et les vraies difficultés, avec des divergences d’interprétations et une division face au FN.
Entre 53 et 54, ce serait une victoire solide pour Hollande et de grandes difficultés pour l’UMP, en même temps qu’une quasi-assurance d’une fin de la carrière de Sarkozy.
Entre 54 et 55, ce serait une grande victoire pour Hollande et une implosion rapide de l’UMP.
Au-delà de 55, ce serait l’hégémonie PS en vue et Marion « Marine » Le Pen triompherait déjà, avant même 2017.

L’enjeu est donc fort dimanche. Bon vote !

Derniers sondages Harris, BVA, IPSOS, TNS-Sofres et IFOP quotidien: après un débat pour rien mais avant un Bayrou de dernière minute, l’écart continue de se resserrer

 

Harris Interactive
VSD, LCP Assemblée Nationale
2-3 mai 2012
échantillon: 1072

Hollande 53 (-2)
Sarkozy 47 (+2)

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BVA
Le Parisien-Aujourd’hui
3 mai 2012
échantillon: 2161

Hollande 52,5 (-1)
Sarkozy 47,5 (+1)

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IPSOS-Logica Business Consulting
France Télévisions, Radio France, Le Monde
3 mai 2012
échantillon: 1018

Hollande 53 (-0,5)
Sarkozy 47 (+0,5)

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TNS-Sofres-SOPRA Group
i-Télé
3 mai 2012
échantillon: 1000

Hollande 53,5 (-1,5)
Sarkozy 46,5 (+1,5)

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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
1-4 mai 2012
échantillon: 1225

Hollande 52 (-1)
Sarkozy 48 (+1)

1. Comme je l’écrivais déjà hier, les sondages du jour confirment l’absence d’influence réelle du débat sur les intentions de vote, malgré la présentation médiatique d’une victoire hollandaise.

Il faut d’abord remarquer que beaucoup de personnes interrogées voient un match nul ou ne se prononcent pas.
Ensuite, l’écart entre les deux candidats est faible: 31-29 pour Harris, 40-31 pour BVA, 29-28 pour IPSOS.
En outre, ceux qui ont vu le débat en entier sont d’un avis inverse: 35-42 selon Harris  (contre 32-27 pour ceux l’ayant vu en partie et… 21-12 pour ceux ne l’ayant pas vu). C’est toutefois à relativiser puisque l’électorat âgé et sarkozyste était le plus assidu.
Enfin et surtout, parmi les électorats à surveiller, la performance de Sarkozy est plutôt correcte:
– dans l’électorat Bayrou, Hollande n’est qu’à 40-45 pour BVA et 16-25 pour IPSOS,
– dans l’électorat Le Pen, il est distancé à 28-47 pour BVA et 12-34 pour IPSOS,
– chez les indécis de tous bords, il est seulement à 38-47.

Je redis donc que le jugement sur le vainqueur du débat (le plus convaincant) est finalement un décalque du paysage politique existant.

Sarkozy est même plutôt performant chez les bayrouïstes, notamment pour CSA, BVA et IPSOS. Peut-être cela lui permettra-t-il d’amortir l’effet de l’annonce de Bayrou.

« Séisme » ou… faille (pour rester dans le tectonique), cette annonce ne devrait modifier les rapports de force qu’à la base. Généralement, les électeurs sont peu sensibles aux consignes de vote qui, en réalité, ont surtout un effet indirect par le bruit médiatique qu’elles déclenchent. En l’occurrence, il est difficile d’être affirmatif, mais l’étonnement et/ou l’énervement d’une partie de l’électorat de Bayrou qui aurait préféré un vote blance, voire la mobilisation plus forte à droite devant la « trahison », devraient annuler les éventuels transferts vers Hollande d’électeurs modérés mais très anti-sarkozystes et qui verraient les vannes s’ouvrir devant eux.

Bref, comme pour la suite (Bayrou est définitivement seul, même s’il a réussi à ne pas perdre Bennahmias et Rochefort, grande victoire…), il est peu probable que cette annonce ait un effet quelconque sur le second tour, sauf peut-être un léger frein à la tendance du moment pour Hollande, qui est à l’érosion.

2. Les sondages du jour confirment en effet unanimement que l’écart se resserre. Et tous pointent vers un 53% avec tendance baissière (nous verrons tout à l’heure notre indicateur).

Sarkozy devrait donc parvenir à inverser les intentions de vote dans une dizaine de jours. Oups.
Plaisanterie mise à part, c’est bien le pronostic désormais très largement favorable à Hollande qui impressionne, car, dans le même temps, l’écart n’est plus si élevé (sans parler des pointes à 60%, le niveau de 57% a longtemps été celui de Hollande) et le souhait de victoire n’a pas vraiment progressé en sa faveur.

Les reports de voix se sont en effet améliorés pour Sarkozy au sein de l’électorat Le Pen (ce qu’il pourra utiliser comme légitimation de sa tactique d’entre-deux-tours, qui est aussi celle qui lui vaut ses ennuis médiatiques et MoDemesques): 20/58/22 pour Harris, 22/57/21 pour BVA, 15/54/31 pour IPSOS, 7/52/41 pour TNS-Sofres, 19/55/26 pour IFOP. Mais il n’en est pas encore à 60%, encore moins aux 2/3, qui serait le seuil réellement intéressant.

Au sein de l’électorat Bayrou, cela reste moins clair, mais l’équilibre semble se maintenir (là aussi, nous verrons tout à l’heure avec l’indicateur), alors même que de plus en plus de ces électeurs expriment une opinion: 42/41/17 pour Harris, 36/40/24 pour BVA, 30/38/32 pour IPSOS, 37/32/31 pour TNS-Sofres, 31/37/32 pour IFOP. Peut-être y a-t-il dans cette instabilité une petite inquiétude pour Sarkozy après le… tremblement Bayrou.

Enfin, au sein de l’électorat Mélenchon, Hollande reste dominateur, même si, bizarrement, les sondeurs divergent plus fortement depuis deux jours, à la hausse comme à la baisse: 91/4/5 chez Harris, 87/4/9 chez BVA, 76/6/18 chez IPSOS, 85/2/13 chez TNS-Sofres, 84/4/12 chez IFOP.

BVA ajoute les abstentionnistes du 1er tour: 34/35/31, ce qui permet d’avoir un autre sondeur confirmant que l’arrivée de nouveaux électeurs ne devrait pas changer fondamentalement les rapports de force même si, au total, Sarkozy devrait en profiter pour rattraper très légèrement une partie de son retard.

3. Plus largement, sur la participation, je ne publie pas les chiffres des sondeurs, car les notions sont différentes (abstention, indécision, non-expression d’une intention de vote). En outre, les électeurs eux-mêmes ne déclarent pas forcément la réalité de leur déplacement (si tant est que tous la connaissent réellement eux-mêmes…).

Mais il apparaît que la participation devrait tourner autour de 80-82%, pas fondamentalement différente du premier tour. Une stabilité ou une progression modérée de la participation pourront permettre de conclure à une basence de surprise par rapport aux dernières prévisions. En revanche, si la mobilisation reculait, ce serait délicat à interpréter avant 18 ou 19h (et des chiffres par départements), car la victoire annoncée ou la défaite annoncée peuvent démobiliser dans un camp et dans l’autre, mais le sursaut « d’honneur » à droite ou l’inquiétude du dernier moment à gauche peuvent garantir une bonne participation dans l’un ou l’autre camp.

Rendez-vous un peu plus tard pour toutes les données utiles à un pronostic !

Derniers sondages LH2, OpinionWay, CSA et IFOP quotidien: le regain sondagier de Sarkozy noyé dans le flux médiatique favorable à Hollande, malgré l’absence d’impact du débat et la fin de la carrière politique de Bayrou

 

LH2
Yahoo!
27 avril-2 mai 2012
échantillon: 1565

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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OpinionWay
LCI, Le Figaro
2-3 mai 2012
échantillon: 2009 inscrits sur un total de 2101

Hollande 52,5 (-1,5)
Sarkozy 47,5 (+1,5)

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CSA
BFM TV, RMC, 20 Minutes, CSC
3 mai 2012
échantillon: 1002 inscrits sur un total de 1123

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
30 avril-3 mai 2012
échantillons: 968

Hollande 53 (=)
Sarkozy 47 (=)

1. Le consensus sondagier est net vers les 53-47, qu’il s’agisse de sondages pré- ou post-débat. Sarkozy est donc moins distancé et Hollande s’érode, même si cela reste insuffisant. Mais le « bruit » médiatique n’est pas favorable au Président-candidat, alors que, sortant en temps de crise et pâtissant d’une impopularité historique, s’il parvient à passer au-dessus des 47%, il n’aura finalement pas démérité (tactiquement, s’entend), au regard du tombereau de critiques, tant sur le fond que sur sa tactique électorale.

Le débat a été finalement perçu médiatiquement comme favorable à Hollande, ce qui se retrouve globalement dans le jugement des sondés, mais tient en réalité à un simple décalque du paysage politique existant. Hollande n’est gagnant du débat que parce que la gauche est plus forte que la droite, tout simplement.

Pour IFOP, Hollande a gagné par 42-34, mais seulement par 32-30 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 23-45.
Pour LH2, il a gagné globalement par 45-41, mais seulement par 39-37 chez les bayrouïstes et a perdu chez les lepénistes par 22-55.
Pour CSA, il a gagné globalement par 44-38, mais a perdu chez les bayrouïstes par 23-59 et chez les lepénistes par 20-59.
Grossièrement, les rapports de force et même les reports de voix se retrouvent ici.

Pourtant, le bruit médiatique est pro-Hollande. D’ailleurs, selon CSA, ceux qui n’ont pas écouté ou regardé le débat donnent Hollande gagnant par 31-18…

Comme je l’avais dit, les deux derniers jours de Sarkozy sont « pollués » par le bruit médiatique et par Bayrou. Comme je l’avais dit également (ah, en cette fin de campagne, il faut bien se remonter le moral…), le débat n’aura aucun impact profond sur les intentions de vote (même si, à échéance très courte, il peut y avoir un léger artefact; à moins qu’il ne soit insensible et ne se manifeste que par une érosion freinée de Hollande). Ainsi, selon LH2, parmi ceux qui ont regardé ou écouté le débat (plus vieux et donc plus sarkozystes que la moyenne), les intentions de vote sont restées étales à 52-48. Selon IFOP, 3% des interrogés ont dit avoir changé d’avis à l’issue du débat, dont 1% des électeurs de Mélenchon, 8% de ceux de Bayrou et 8% de ceux de Le Pen: ces mouvements semblent s’être équilibrés ou avoir concerné des échanges avec l’abstention.

Comme d’habitude (sauf, peut-être pour 1974), le débat n’aura donc fait qu’entériner la situation pré-existante. Bien entendu, le débat peut créer une inflexion de dynamqiue pour Hollande, qui ne serait visible que dimanche. Mais c’est peu probable:
– ceux qui ont regardé le débat (finalement pas si nombreux) étaient probablement déjà sûrs de leur vote,
– la pugnacité de Hollande peut remobiliser aussi une partie de l’électorat sarkozyste,
– la longueur et l’aspect « fatiguant » du débat ont probablement altéré l’impression générale.

2. Vient le suicide politique de Bayrou. Ou le « coup de poignard en plastique dans le dos » 😉

Je me permets de m’interroger sur ses motivations:
Hollande n’a pas besoin de lui (ils doivent vraiment se gausser au PS ce soir…), il ne demandait rien et Bayrou vient se livrer pieds et poings liés… où est l’intérêt tactique ? Mélenchon a lui aussi soutenu Hollande sans conditions, mais ce sont ses propres électeurs qu’il a livrés, pas lui-même; ici, Bayrou se livre lui, mais pas son électorat, davantage de centre-droit en 2012, mais en partie exaspéré par Sarkozy et donc plus équilibré dans les reports; à moyen terme, toutefois, cet électorat reviendra plus facilement vers les Juppé, Borloo, NKM, Fillon, etc.;
– il a bien sûr intérêt, comme Le Pen, à la défaite de Sarkozy, mais comment peut-il maintenant se recycler au centre-droit ? Certes, les réactions des Morin et Juppé ont été moins hostiles que d’autres, mais ce n’est plus possible de passer sur une telle traîtrise politique; il a donc brûlé les vaisseaux du retour au port UDF;
– ah oui, les convictions… (rire étouffé)

Non, vraiment, je ne vois pas. Les deux seules explications que je puisse trouver sont majeures et stratégico-historiques:
– la circonscription de Bayrou est tout à fait gagnable par le PS en juin: alors, peut-être cherche-t-il à préserver sa source personnelle de revenus (oui, la terre, faut pas rigoler, hein, c’est dur, c’est lourd, à travailler…),
les derniers fidèles et les petits apparatchiks du MoDem étaient majoritairement pour le vote Hollande: alors, peut-être cherche-t-il à conserver sa petite cour personnelle, sa « petite entreprise » (comme Le Pen père pendant longtemps), pour rester dans l’illusion de la persistance d’un destin national toujours intact (« miroir, miroir, dis-moi… »).

Bien entendu, les médias majoritairement de gauche se repaissent ce soir de cette « divine surprise » (oui, je l’écris exprès cet adjectif galvaudé…). Mais il est peu probable que les électeurs du MoDem se laissent influencer. Les sondages montraient que, majoritairement, ils préféraient que Bayrou ne donne pas de direction de vote. La subtile distinction entre « avis personnel » et « consigne de vote », déjà utilisée par d’excellentes références centristes (Montebourg et Le Pen), ne trompera personne.

Au contraire, il se rend en rase campagne, incapable de peser sur le programme et l’orientation hollandaises: les vrais centristes avaient bien davantage obtenu de Rocard (et Mitterrand) en 1988… A moyen terme, Hollande pourrait avoir besoin, lorsqu’il pressurera les fonctionnaires et les collectivités locales, de jouer le MoDem contre le FG et la gauche du PS (surtout qu’EE-LV a du plomb dans l’aile). Mais que sera le MoDem en juin ? Jean Lassalle et peut-être le député de Mayotte et peut-être Bayrou lui-même (sans oublier Jacqueline Gourault au Sénat) ? Le MoDem, combien de divisions ?

En fin de compte, il n’aura vraiment rien gagné dans l’histoire et il n’est pas impossible que ses électeurs même le passent par pertes et profits: ceux qui étaient déjà décidés pour Sarkozy le trouveront traître, ceux qui étaient déjà décidés pour Hollande n’y prêteront pas attention, ceux qui n’étaient pas décidés ou préfèrent voter blanc considèreront peut-être qu’il aurait mieux fait de ne rien dire ou de rallier franchement Hollande. Mais peut-être que Bayrou s’est reconnu dans une certaine pusillanimité et un certain comportement velléitaire dans notre futur Président 😀 Au moins, Villepin aurait fait cela avec panache (oh, c’est vrai, il reste encore toute la journée de demain 😉 ).

L’échec politique de l’aventure de Bayrou est maintenant consommé, dix ans après le début de sa rébellion anti-UMP. DSK, Sarkozy, Bayrou, la liste des morts s’allonge dans cette campagne…

3. Les reports de voix confirment le peu d’influence probable des deux événements du débat et de la trahison molle de Bayrou. Voyez, respectivement, LH2, IFOP (quotidien), OpinionWay et CSA:
– dans l’électorat Mélenchon: 93/2/5, 86/5/9, 77/9/14 et 81/7/12, globalement stable et solide pour Hollande,
– dans l’électorat Le Pen: 22/50/28, 18/50/32, 19/50/31, 17/57/26, toujours en amélioration pour Sarkozy (désormais à la moitié ou plus) ce qui explique ses gains globaux de la dernière semaine, mais toujours insuffisant,
– dans l’électorat Bayrou: 39/31/30, 32/34/34, 35/39/26 et 25/38/37, toujours divergents entre instituts, mais globalement équilibrés pour les deux candidats.

OpinionWay et CSA nous indiquent aussi que les abstentionnistes du premier tour se répartiraient respectivement à 28/28/44 et 25/25/50. Disons surtout qu’ils surévaluent leur propre participation, mais relevons que, de nouveau, les flux sont équilibrés entre les deux candidats.

Demain, je pourrai publier:
– un indicateur agrégé classique,
– un indicateur intégrant les matrices de reports de voix,
– des courbes de reports de voix,
– un graphique par sondeur, même si les biais sont maintenant réduits à leur plus simple expression.

Ce sera un peu le feu d’artifice final 😉

MISE A JOUR: Harris donne aussi 53 (-2) – 47 (+2) ce soir, avec un Hollande gagnant du débat par 31-29. Mais, je n’ai aps encore les chiffres détailéls du sondage: je le publierai donc proprement demain. Avec le dernier IFOP quotidien et peut-être avec un TNS-Sofres et un nouvel IPSOS ? On peut toujours espérer !

Derniers sondages IFOP, BVA et IFOP quotidien: une amélioration à peine sensible et trop tardive pour Sarkozy, ce qui amène aux premières supputations sur l’après-6 mai à gauche et à droite

 

IFOP-Fiducial
Paris-Match, Europe 1, Public Sénat
26-29 avril 2012
échantillon: 1876 inscrits sur un total de 1962

Hollande 54 (-0,5)
Sarkozy 46 (+0,5)

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BVA
RTL, Orange, presse régionale
30 avril-1er mai 2012
échantillon: 1387 inscrits sur un total de 1414

Hollande 53,5 (-1)
Sarkozy 46,5 (+1)

___________________________

IFOP-Fiducial quotidien
Paris-Match, Europe 1
26-30 avril 2012, 28-avril-1er mai 2012 et 28 avril-2 mai 2012
échantillons: 898, 904 et 1229

Hollande 54 (-1)  53,5 (-0,5) 53 (-0,5)
Sarkozy 46 (+1)  46,5 (+0,5) 46 (+0,5)

1. Le léger resserrement qui est perceptible juste avant le débat du 2 mai est bien trop faible pour permettre à Sarkozy d’espérer autre chose qu’une défaite un peu plus limitée.

Certes, dans l’IFOP quotidien, on en est à 0,5 point par jour (à ce rythme, c’est du 51-49 :P), mais bon, c’est l’IFOP. En revanche, BVA, de tropisme pro-Hollande, est également un peu plus pessimiste sur le score de ce dernier. Mais bon, c’était la lanterne rouge des sondeurs en termes de fiabilité au 1er tour.

Dans l’optique de la victoire annoncée de Hollande (même si beaucoup de socialistes, à l’heure où j’écris, n’ont plus d’ongles…), plusieurs seuils peuvent être surveillés:
– Hollande ne paraît plus en mesure d’atteindre les niveaux gaulliens de 1965 (55,80%, vécus à l’époque comme un désaveu par de Gaulle, surtout au 1er tour avec sa mise en ballottage;
– en revanche, pour Hollande, le niveau de Mitterrand en 1988 semble encore atteignable (54,02%), même si ce sera difficile;
– ensuite, deux seuils proches ont une valeur symbolique réelle, tant pour la légitimité et la future force politique de Hollande, que pour l’éventuelle survie politique de Sarkozy: le niveau en pourcentage de Sarkozy en  2007 (53,06%) et son niveau en voix (près de 19 millions); certes, le corps électoral grossit, mais avec une participation et un nombre de blancs et nuls à peu près identiques au premier tour (35,9 millions de suffrages exprimés), il faudrait environ 52,9% à Hollande pour atteindre les 19 millions: malgré l’élévation probable du nombre de blancs d’origines lepéniste et bayrouïste, ce n’est pas impossible pour Hollande s’il « colle » aux 54%;
– enfin, la précédente défaite d’un sortant (VGE avec 48,24% en 1981) paraît hors d’atteinte pour Sarkozy; de manière générale, même une défaite à la Jospin 1995 (47,36%) et tout score dans lequel Hollande serait en dessous des 53% seraient une garantie de survie politique pour lui et une tentation de tenter de revenir dans le jeu pour 2017 (ou au-delà…), même si Copé, Fillon, Juppé et d’autres s’assureront que ce ne sera pas le cas (mais il peut profiter, justement, de ces divisions à venir).

D’une certaine manière, les leaders de droite ont intérêt à une défaite claire (pour se débarrasser de Sarkozy), sans être une déroute (pour éviter le coup de poignard mortel dans le dos de Le Pen): entre 52 et 52,5% ?

2. J’en profite d’ailleurs pour récapituler les données fournies par deux sondages récents pour BVA et LH2 sur le nom du futur Premier ministre.

Si Sarkozy l’emportait, BVA proposait aux sondés plusieurs noms, dont celui de Bayrou (c’était la semaine dernière), mais pas celui de Fillon. Dans l’ensemble, parmi les électeurs de Bayrou, Sarkozy et Le Pen respectivement, cela donnait:
Juppé 30/27/49/20
Bayrou 30/56/10/28
Borloo 16/8/9/17
NKM 7/3/11/9
Copé 5/1/13/10
Bertrand 3/2/6/10
En retenant les électeurs de Sarkozy, cela montre que le bloc central est potentiellement puissant au sein de la droite, pour peu qu’il ne soit pas divisé entre Juppé, Fillon, voire Wauquiez, NKM, Bertrand ou Baroin; que le centre-droit reste à sa place, réelle mais minoritaire; que Copé part de bas, mais qu’il aura une capacité réelle dès lors qu’il s’agira de ne consulter que les militants encartés (plus « politisés » et moins modérés que les électeurs, comme aux Etats-Unis) et que produiront leurs effets ses rabibochages avec Estrosi, Gaudin et Muselier, Karoutchi (dans les grosses fédérations, donc), sa capacité de nuisance à Paris (Goasguen, Dati,…) et son contrôle de l’appareil du parti (directement ou via des alliés potentiels: Courtial, Tabarot, Hortefeux, Gaudin, Morano, Riester,…).
Notons également qu’est confirmée l’absence de leader clair du centre-droit, Borloo réalisant des scores décevants.

LH2 a envisagé des hypothèses différentes et a inclus Fillon mais pas Bayrou, ce qui donne, dans l’ensemble, dans les électeurs de droite, dans les électeurs UMP, respectivement:
Juppé 26/27/33
Fillon 18/30/29
Borloo 15/10/8
Copé 6/11/14
Baroin 6/6/5
Bertrand 2/3/4
ce qui confirme la marginalité de Bertrand, la faiblesse de Borloo, le niveau bas mais probablement « motivé » des partisans de Copé, le risque de la division Juppé-Fillon. Ce dernier réalise un score surprenant, étant donné l’usure qui devrait le toucher après 5 ans de Matignon. Certes, ce n’est pas un sondage sur la présidence de l’UMP, mais tout de même. Le côté « légitimiste » pourrait le favoriser, même si Juppé a des atouts, notamment celui de pouvoir rallier peut-être plus facilement l’aile gauche de l’UMP et le parti radical (le PCD étant sûrement plus filloniste).
Cela montre également que Copé, qui est pourtant le grand soutien de Sarkozy aujourd’hui, est celui qui a le plus intérêt à sa défaite: comment exister sinon ?…
Ajoutons que, parmi les électeurs de Sarkozy, LH2 donne seulement Juppé à 34 et Fillon à 32; parmi les électeurs de Le Pen, Fillon à 32 et Juppé à 14; parmi les électeurs de Bayrou, Juppé à 46 et Borloo à 18 (seulement, alors que Bayrou est absent: un camouflet !); parmi les électeurs de Hollande, Juppé à 30 et Borloo à 24 (encore une mauvaise surprise pour Borloo le « social-écolo »); parmi les électeurs de Mélenchon, Borloo à 26 et Juppé à 13 😀

Et puisque nous en sommes aux hypothèses Matignon, voici celles du PS.

Pour les personnes interrogées par BVA, les résultats sont les suivants, parmi l’ensemble des électeurs, ceux de Mélenchon, Hollande, Bayrou et Le Pen respectivement:
Aubry 28/46/37/21/12
Valls 24/10/18/26/35
Ayrault 12/14/17/11/10
Moscovici 11/7/15/10/5
Fabius 9/14/5/16/14
Sapin 7/4/5/8/9
Aubry reste, par manque d’originalité et par notoriété (name-recognition) aussi, la grande favorite des Français, même si son tropisme de gauche est ici très clair. Je maintiens que ce serait une triple erreur de la nommer dès le départ: elle ferait de l’ombre à Hollande et rendrait son début de mandat difficile; elle serait « usée » pour la fin de mandat, alors que la remobilisation à gauche sera sûrement nécessaire après 3 ou 4 ans d’austérité et de « social-trahison »; il serait bien plus utile de la « griller » avant 2017, afin d’éviter toute concurrence interne pour Hollande… Le seul intérêt de la nommer à Matignon dès maintenant serait de ligoter la gauche du PS, qui risque de se faire bruyante assez rapidement, avec un Mélenchon soufflant sur les braises de l’extérieur.
Moscovici fait un score bien décevant, mais son côté dilettante lui joue manifestement des tours, tant auprès de Hollande que dans sa visibilité pendant la campagne. Je le garde comme favori, car il est le « logique collaborateur » que Hollande peut souhaiter et a quand même une expérience ministérielle et un positionnement politique, général et à l’intérieur du PS, hollando-compatible (Sapin aussi, mais il est moins connu et aurait plus de mal à s’imposer aux ténors du PS). Reste peut-être un aspect plus secret du processus de vetting à l’oeuvre en France comme il l’est aux Etats-Unis pour les candidats à la vice-présidence: sa vie privée et sa proximité multiforme avec DSK.
Valls au contraire a bénéficié à plein de la campagne, même s’il est surtout visible à droite. Il n’aurait été utile qu’en cas de haut score de Bayrou et de victoire très étriquée de Hollande, le rendant utile pour les législatives, comme Rocard en 1988. En revanche, par rapport à la liste confectionnée il y a quelques semaines, il est bien possible qu’il ait gagné Beauvau, Rebsamen se voyant rétrogradé ou recyclé au PS.
Ayrault est un peu une surprise, car il est loin d’être marginalisé, alors qu’il n’a pas de charisme et que son poperénisme d’origine remonte régulièrement à la surface, contredisant sa soi-disant modération d’élu de l’Ouest (on est loin des Le Drian ou Poignant !). Il a une grosse faiblesse toutefois: il n’a jamais été ministre. Avoir un Président qui a surtout été premier secrétaire du PS et un Premier ministre qui a surtout été président du groupe PS à l’Assemblée, est-ce bien raisonnable ? Mais, après tout, Hollande peut vouloir agir à la « Mitterrand 1981 ».
Fabius est marginalisé chez les siens, mais pourrait avoir l’avantage d’être en capacité de faire le sale boulot au départ, avec autorité, et de fournir un fusible utile ensuite.

Pour LH2, les hypothèses testées sont différentes, mais les résultats restent cohérents (car Royal et Montebourg n’ont évidemment aucune chance d’accéder à Matignon), au sein de tous les électeurs, de ceux de gauche et de ceux du PS respectivement:
Aubry 23/33/41
Valls 12/10/11
Royal 10/14/9
Montebourg 10/10/6
Ayrault 7/10/13
Moscovici 5/6/9
résultats que LH2 complète en donnant simplement Aubry à 29 et Montebourg à 22 parmi les électeurs de Mélenchon (où l’on retrouve la passerelle Montebourg-Mélenchon, notamment visible dans le sud-est de la France); Aubry à 37 et Ayrault à 14 parmi les électeurs de Hollande; Valls à 27 et Aubry à 20 parmi ceux de Bayrou; Valls à 18 et Aubry à 13 parmi ceux de Sarkozy; Aubry à 20 et Royal à 13 parmi ceux de Le Pen.

En tous les cas, l’après-6 mai sera passionnant, car la guerre de mouvement va enfin reprendre, tant au sein du PS que, désormais, au sein de l’UMP et du centre-droit…

3. En ce qui concerne les reports de voix, ils restent divergents (respectivement BVA, IFOP et les IFOP quotidiens)
– dans l’électorat Mélenchon: 87/4/9, 80/6/14 et puis 86/4/10, 85/6/9 et 85/5/10, sans grande nouveauté puisque très solides pour Hollande,
– dans l’électorat Le Pen: 21/57/22, 18/43/39 et puis 18/44/38, 15/46/39 et 16/45/39, en amélioration pour Sarkozy, soit qu’il progresse soit que Hollande régresse, mais ce n’est pas suffisant et la forte composante populaire-populaire dont j’ai précédemment parlée ne peut permettre à Sarkozy d’atteindre les 2/3, ce qui serait le minimum à réaliser,
– dans l’électorat Bayrou: 36/36/28, 28/31/41 et puis 33/27/40, 28/32/40 et 26/32/42, à des niveaux de partage un peu moins à gauche qu’en 2007 (même si c’est logique, puisqu’alors, Bayrou rassemblait les déçus de Royal), avec une érosion récente de Hollande, mais marquant une certaine instabilité, dangereuse pour Sarkozy s’il est de nouveau trop à droite ce soir ou si Bayrou parasite trop la journée de demain (voire Villepin celle de vendredi).

IFOP ajoute les reports dans l’électorat Joly: 69/11/20, de nouveau moins favorables que prévu. Mais l’échantillon est limité et même une petite déperdition ici ne peut véritablement menacer Hollande.

« Trop peu, trop tard » en quelque sorte pour Sarkozy, même si l’écart va probablement continuer de se resserrer. Le résultat reste important pour l’avenir de la droite, dans son combat à venir contre le néo-FN, et pour l’assise politique de Hollande, face aux ténors du PS et dans sa dynamique politique de début de quinquennat. Il reste donc, quand même, un peu de suspense… 😛

Bon débat !

Indicateur agrégé du 30 avril 2012, indicateur des reports de voix et derniers sondages LH2 et IPSOS: l’écart Hollande-Sarkozy, même s’il se resserre très légèrement, est trop important et les reports de voix trop instables

1. L’indicateur agrégé se resserre très légèrement. Mais Sarkozy n’aura jamais réussi à passer véritablement au-dessus des 46%: il fait même un tout petit peu moins bien que début avril.

Certes, la tendance des chiffres bruts est au resserrement. Mais le quotidien est désormais par trop « pollué » par des actualités, qu’elles soient suscitées, reprises ou subies, qui ne peuvent que renforcer l’impression de gribouille de la campagne Sarkozy.
– Le 1er mai va être « inaudible » pour qui que ce soit, entre Le Pen, Sarkozy, les syndicats et Mélenchon,
– La journée du débat sera une journée « neutralisée » et d’attente (sauf si quelque « révélation » se fait jour),
– Le lendemain du débat sera parasité par Bayrou, quelle que soit sa décision et les sondages post-débat promettent de fournir des interprétations utiles pour tout le monde,
– Le vendredi verra une autre salve de sondages et un parasitage par Mélenchon et peut-être d’autres.

J’ignore si l’incertitude persiste pour qui que ce soit, mais les médias n’attendent que la défaite et, surtout, la droite parlementaire est, elle aussi, dans l’après-Sarkozy (enfin, dans l’après-6 mai, ce qui ne sera pas forcément la même chose… en fonction du score final).

2. La situation est d’autant plus dure pour Sarkozy que les reports de voix sont très instables ou difficiles à mesurer par les sondeurs. Parmi les électorats encore mesurés, la situation agrégée est désormais la suivante:

électorat Mélenchon: 84,88 / 3,68 / 11,44 soit en amélioration de 2 points pour Hollande et en détérioration d’1 point pour Sarkozy: manifestement un effet de la droitisation poursuivie du Président sortant,

électorat Bayrou: 36,68 / 36,90 / 26,42 soit en amélioration pour Hollande mais en plus forte amélioration pour Sarkozy, paradoxalement; mais, en réalité, il s’agit probablement d’électeurs de centre-droit qui « reviennent à la raison » malgré l’attitude du Président-candidat et vont voter pour lui avec réticence mais quand même… D’ailleurs, les reports se sont constamment améliorés pour Sarkozy au fur et à mesure du rétrécissement de l’électorat bayrouïste sur ses bases historiques de centre-centre-droit. Au total, cela fait 6% d’abstentionnistes en moins,

électorat Le Pen: 21,44 / 47,82 / 30,74 soit en très léger tassement pour Hollande, et en seulement légère amélioration pour Sarkozy: « tout ça pour ça »; en réalité, nous le verrons demain avec l’analyse de quelques cartes du 1er tour, Sarkozy ne peut plus mordre sur l’électorat lepéniste, car il ne reste plus que l’os « populaire-populaire », soit un électorat sociologiquement de gauche (même s’il ne vote pas ou plus pour la gauche) ou dépolitisé. La courbe de tendance montre même un léger fléchissement, même s’il n’est pas très clair, éventuellement dû à une certaine lassitude face à la « drague » présidentielle:

Au final, l’indicateur des reports de voix s’améliore comme prévu pour Hollande, grâce à la forte mobilisation à gauche et à la stagnation de Sarkozy à l’extrême-droite:
54,20 pour Hollande et
45,80 pour Sarkozy.

3. Hier et aujourd’hui, des sondages favorables au Président sortant ont certes été publiés, mais soit relèvent du bruit statistique, soit restent dans l’écart habituel et ne peuvent décemment rasséréner le camp présidentiel.

Reste un dernier espoir: l’abstention. Maisles sondages la placent au même niveau qu’au premier tour. Quant aux « incertains« , ils ont fortement diminué et, surtout, ils n’ont pas du tout influé sur l’issue du premier tour. Le « paysage » est planté depuis tellement longtemps qu’on ne voit pas ce qui pourrait faire changer les choses.

D’ailleurs, les « affaires », réelles ou inventées (eh oui, j’ai depuis toujours reconnu le pouvoir nocif de Karachi ou même de Bettencourt, crédibles; mais, franchement, la Libye….), ne semblent pas avoir d’effet sur Sarkozy: soit un effet de saturation, soit un grand scepticisme, soit même une validation du discours de « victime » de Sarkozy. Bref, on pourrait même se demander si cela ne fait pas l’affaire (!) de Sarkozy. De même qu’en sens inverse, s’il exploite trop DSK, cela pourrait lui revenir en boomerang.

LH2
Yahoo!
27-28 avril 2012
échantillon: 958

Hollande 54 (-2)
Sarkozy 46 (+2)

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IPSOS-Logica Business Consulting
Le Monde, Radio-France, France-Télévisions
27-28 avril 2012
échantillon: 988

Hollande 53 (-1)
Sarkozy 47 (+1)

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IFOP quotidien
Paris Match, Europe 1
26-30 avril 2012
échantillon: 898

Hollande 54 (-1)
Sarkozy 46 (+1)

Pour les reports, respectivement, LH2, IPSOS et IFOP donnent:
Mélenchon: 73/2/25, 80/3/17, 86/4/10
Bayrou: 30/31/39, 34/40/26, 33/27/40
Le Pen: 20/45/35, 14/54/32, 18/44/38.

Comme annoncé, j’ai confectionné un article sur l’analyse cartographique du 1er tour que je publierai demain, mais je viens de voir que, en donnant des conclusions similaires, Gael L’Hermine avait écrit hier un superbe article très complet sur le sujet, avec de belles cartes par circonscriptions. Je n’attends pas pour vous en recommander vivement la lecture: http://welections.wordpress.com/2012/04/29/france-2012/